Échecs

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Le thème des échecs fut rarement abordé dans les publications de la Société Watch Tower, et n'est généralement pas considéré comme un jeu malsain parmi les Témoins de Jéhovah actuels, certains d'entre eux l'ayant pour passe-temps. Toutefois, il est à noter que des publications des années 1950 et 1970 adoptèrent des positions radicalement opposées sur ce jeu: alors que deux articles de 1955 le considéraient comme très éducatif et bénéfique, un article de 1973 le critiqua pour l'esprit de compétition qu'il était censé susciter et ses racines dans la guerre, déconseillant aux lecteurs la pratique de ce jeu. Cette façon de souffler le chaud et le froid, même sur un sujet mineur sans conséquences sur les adeptes, est typique du mode de fonctionnement de l'organisation jéhoviste: ses avis, considérés comme étant ceux de Jéhovah, dépendent grandement de la personnalité et des préférences des dirigeants ou de l'équipe rédactionnelle.

Historique

À l'époque de Charles Taze Russell, la question du caractère convenable ou pas des échecs ne fut jamais abordée dans les publications de la Société Watch Tower. Les échecs furent parfois mentionnés, mais uniquement de façon anecdotique, sans jugement de valeur. Russell écrivit ceci, entre autres: "Les politiques nationales européennes sont comme un jeu d'échecs dans lequel chaque nation est un joueur pour ses propres intérêts".[1] L'habitude de jouer aux échecs, toute comme d'autres distractions, était toutefois associée aux gens du monde, par opposition aux Étudiants de la Bible qui préféraient leur Bible (mais cela ne signifiait pas que les échecs n'étaient pas pour les chrétiens): par exemple, Russell déclara, afin de montrer la nécessité que les membres d'une ecclesia collaborent ensemble: "Supposons qu'un frère aille à la maison d'un autre frère, et que deux ou trois voisins viennent aussi pour passer la soirée. Puis, supposons qu'un voisin ait dit: "Jouons aux échecs" et qu'un autre aurait dit: "Non, ayons une étude de la Bible". Nous ne pensons pas que ce serait la volonté du Seigneur de dire: "Non, nous ne pouvons pas avoir une étude de la Bible, car cela n'est pas autorisé par l’ecclésia, mais nous jouerons aux échecs"."[2] De même: "Ce désir nous conduit à nous réunir pour étudier la Bible, lorsque ceux du monde diraient: "Laissez-nous jouer au billard ou aux échecs ou aller à la piscine"";[3] ou encore: ils ne sont "pas si bien familiarisés avec leurs Bibles comme ils le sont avec avec leurs almanachs, leurs journaux quotidiens, leurs dominos, leurs cartes et leur jeu d'échecs".[4]

Rien de conséquent sur le sujet ne parut jusqu'en 1955. Cette année-là, deux articles présentèrent les échecs comme étant profitables pour tous, permettant de développer des qualités utiles dans la vie de tous les jours; par ailleurs l'origine de ce jeu était inconnue, l’Encyclopædia Britannica étant citée à l'appui de cette affirmation (voir section suivante). L'année suivante, le Réveillez-vous! (anglais) du 22 mai 1956, à la page 32, comparait le fait d'obtenir ce numéro du périodique à "une manœuvre sage", représentant un échiquier en arrière-plan.[5]

Puis, soudain, en 1973, un article fit volte face à la fois sur les bienfaits et sur l'origine inconnue des échecs. En effet, le Réveillez-vous! du 22 juillet de cette année-là critiqua ce jeu pour les dangers qu'il présentait: il développait chez les participants un esprit de compétition non conforme aux directives bibliques et avait des connections avec la guerre dans laquelle il trouvait ses origines. En conséquence, les enfants ne devaient pas y jouer et les adultes étaient sérieusement invités à rejeter ce jeu malsain (voir section suivante).

En 2004, la rubrique "Coup d'œil sur le monde" rapporta des cas de tricherie aux échecs.[6]

Article de fond

Publication Contenu et commentaire
Réveillez-vous! (anglais), 8 juin 1955, pp. 9,10, "The Ancients Played It First" Les échecs sont présentés comme "un jeu d'adresse pure et [qui] nécessite une réflexion intense. À travers les siècles, le jeu a été associé avec des personnes à la profonde réflexion, avec les rois, avec la royauté, avec les généraux. La date et le lieu d'origine des échecs ne sont pas précisément connus."
Réveillez-vous! (anglais), 22 juin 1955, pp. 22,23, "The Sensible Views of Games"
Réveillez-vous! (anglais), 22 juin 1955, pp. 22

"Beaucoup de jeux pour enfants sont spécialement conçus pour favoriser la croissance des qualités souhaitables, bien que les enfants l'ignorent peut-être. Même les jeux joués par des adultes offrent plus que du divertissement. Par exemple, prenons le jeu d'échecs, un jeu où le hasard a scrupuleusement été exclu." Puis est cité Benjamin Franklin qui associe aux échecs la vertu d'acquérir ou de renforcer plusieurs qualités de l'esprit très précieuses dans la vie humaine. Il est montré que les échecs permettent de:

  • Développer la prudence
  • Se projeter dans l'avenir en anticipant les coups
  • Constater les dégâts résultant de décisions hâtives
  • Manifester de l'endurance en trouvant la solution qui permet de se tirer d'une mauvaise situation.

Enfin, dans un encadré "Le savez-vous?" en fin de périodique (p. 28), il est dit: "Quels sont les traits souhaitables que vous apprenez en jouant aux échecs? P. 22"

Réveillez-vous! (anglais), 22 mai 1956, p. 32
Réveillez-vous! (anglais), 22 mai 1956, p. 32

"Une manœuvre sage quand vous avez obtenu cette exemplaire de Réveillez-vous!", avec un échiquier à gauche montrant un cavalier sur une case noire ainsi qu'un pion.

=> Puisque, plus tard, l'article de 1973 estima que le jeu d'échecs était critiquable et donc à éviter, faut-il en déduire qu'il était aussi nécessaire de rejeter le périodique, puisque le fait de l'avoir obtenu était comparé à ce jeu? En fait, les rédacteurs avaient simplement changé d'avis entre temps...

Réveillez-vous!, 22 juillet 1973, "Un coup d'œil sur les échecs", pp. 12-14
  • Esprit de compétition: L'article estime que ce jeu "ne peut qu'exciter l'esprit de compétition", "le facteur chance étant complètement éliminé". Voilà pourquoi "il n'y a pas de grandes championnes d'échecs". Cet esprit est "parfois porté à son comble" au niveau de l'attitude et du langage, avec parfois des "résultats regrettables".
  • Origine et vocabulaire guerriers: Le jeu a son origine dans le jeu de l'Inde du VIè siècle avant notre ère appelé chaturanga ou jeu de l’armée. De plus, le vocabulaire des échecs est "manifestement militaire", avec des rapports évidents avec la guerre: le "pion vient d'un terme bas latin signifiant "fantassin". Le cavalier était l’homme d'armes à cheval de la période féodale. Quant au fou, les Anglais l'appellent bishop, c'est-à-dire "évêque"; or nous savons que les évêques soutenaient activement les efforts de guerre de leur pays. Les tours, elles, servaient à se protéger durant les guerres du Moyen Âge". Ainsi, le jeu a probablement "contribué au développement de la stratégie".
  • Effets négatifs, d'où prudence: Ce jeu peut causer du "tort", notamment en faisant perdre du temps considérable au détriment des activités essentielles, et en "excit[ant] des rivalités" et même l'hostilité. Étant donné qu'il n'est "pas bien que les enfants jouent avec des jouets guerriers ou à des jeux militaires", "serait-il logique alors qu[e les adultes] se livrent à une distraction qui, de l'avis de certains, est "l'équivalent intellectualisé des manœuvres que les petits garçons font faire à leurs soldats"? L'effet des échecs est-il vraiment salutaire?"

=> Il est curieux de constater que le rédacteur semble attribuer l'éventuel esprit de compétition des échecs à l'absence du facteur chance, lorsqu'on examine le Réveillez-vous! du 8 août 1985, p. 24: "Ceux qui jouent à la loterie comptent sur la chance plutôt que sur l'habileté, sur l'intuition plutôt que sur la logique. De ce fait, nombre d’entre eux ont tendance à devenir superstitieux. À quoi cela peut-il les mener? La Bible parle de ceux qui "dressent une table pour le dieu de la Chance" et présente leur acte comme une forme d'idolâtrie. (...) cf. Ésaïe 65:11-14". De plus, comme souvent dans la littérature jéhoviste, les rédacteurs se réfèrent aux origines (réelles ou supposées) d'une chose pour déterminer si celle-ci est convenable ou pas pour le Témoin. Mais est-ce vraiment utile puisque, de toute façon, tout est censé provenir du monde de Satan? De plus, est-ce vraiment pertinent puisque la pratique actuelle d'un jeu n'a probablement plus aucun lien avec ses origines lointaines, quand bien même celles-ci n'étaient pas particulièrement honorables? On note au passage que la Watch Tower en profite pour égratigner l'Église catholique en disant que les évêques ont soutenu les guerres... Par ailleurs, la Watch Tower est mal placée pour critiquer l'esprit militaire alors qu'elle affirme à ses adeptes qu'ils sont engagés dans une "guerre spirituelle" et doivent "revêtir l'armure complète de Dieu", et qu'elle a développé le concept de stratégie de guerre théocratique (inspirée des échecs?)... Enfin, sans dire explicitement que les échecs n'étaient pas pour les chrétiens, cet article semble bien les condamner et conseiller aux lecteurs de ne pas y jouer. D'une manière générale, bien que l'article cite effectivement des sources qui décrient les échecs, on peut dire qu'il adopte vraiment une position volontairement alarmiste qui, cela dit, pourrait s'appliquer à tous les jeux.

Références

  1. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er novembre 1896, R2056, p. 255, "View from the Tower"
  2. Arrowup.png Jones L.W. (1916), Questions et réponses, Mouvement Missionnaire Intérieur Laïque, p. 247
  3. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1914, R5580, p. 349, "Clearer Light Now Shining"
  4. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 août 1900, R2680, p. 246, "View from the Watch Tower"
  5. Arrowup.png Shilmer, Marvin (11 juillet 2011) (anglais), "Chess – Watchtower – Irony", marvinshilmer.blogspot.fr. Consulté le 24 juillet 2012
  6. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 septembre 2004, p. 28, "Coup d'œil sur le monde"