Accusation de kidnapping de Ruth Galbraith

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Charles Taze Russell, le fondateur de la Société Watch Tower, fut en 1915 au cœur d'une controverse impliquant une mineure du nom de Ruth Galbraith. Cette dernière vécut pendant un moment à Brooklyn, à proximité de sa sœur et de son beau-frère qui étaient Béthélites. Or, comme elle ne touchait pas l'argent de la fiducie dont elle était héritière, elle fit un recours en justice pour que de l'argent lui soit alloué même lorsqu'elle était à Brooklyn. La presse rapporta parfois que l'action avait été intentée par la mère qui se serait plainte que sa fille avait été kidnappée et maintenue au Béthel, ce que Russell comme Rutherford nièrent.

Historique

The Brooklyn Daily Eagle, 22 février 1915, "Asks Who Pays Bills of Bethel Inmates"
The Brooklyn Daily Eagle, 25 février 1915, "Ruth Not Produced at Court Hearing"

Une jeune fille de 17 ans, Ruth Galbraith, originaire d'Atlantic City, dans le New Jersey, était la propriétaire de certains biens détenus en fiducie par une société de Philadelphie, en Pennsylvanie. Selon le récit établi par Joseph Rutherford, sa mère, Elizabeth D. Galbraith, elle-même disciple de Russell, voulait utiliser le revenu de la fille alors qu'elle n'avait pas le droit. Avec l'accord de sa mère, Ruth vint à Brooklyn en septembre 1914 pour voir sa demi-sœur, Mme William Hollister, membre de la famille du Béthel. Pendant un moment, elle fut nourrie et logée dans le quartier, mais pas au Béthel.[1]

Plus tard, il fut demandé au pasteur Russell si Ruth pouvait prendre ses repas au Béthel, et ceci pour les raisons suivantes: Ruth voulait vivre séparément de sa mère, car elle cohabitait avec un frère aîné atteint de tuberculose et ne voulait plus être exposée à la maladie; de son côté, la mère aurait été largement en mesure de fournir un domestique pour s'occuper de son fils malade. De plus, l'allocation mensuelle de Ruth avait entièrement cessé, et de ce fait elle se trouvait sans argent pour payer sa pension. La demande a été accordée: elle resterait donc l'invitée de sa sœur. Ruth entreprit une action devant la Cour des Orphelins afin qu'un revenu mensuel de 45 $ puisse lui être versé à elle, même lorsqu'elle était à Brooklyn, et non à sa mère. Appelée devant un tribunal de Philadelphie, Ruth fut accompagnée par sa sœur et son beau-frère, William Hollister.[1]

Pendant ce temps, la mère de Ruth souhaita que sa fille revienne chez elle, mais Ruth refusa de partir. La mère envoya un télégramme à Russell afin de lui demander que sa fille revienne. Là-dessus, Russell lui adressa une lettre en lui disant que son télégramme avait été reçu à dix heures du soir, qu'il ne savait pas où résidait sa fille, et qu'il était donc incapable de l'aider davantage. Selon Rutherford, ceci était le seul lien que Russell eut avec toute cette affaire.[1] Le procureur de la mère obtint un bref d'habeas corpus sur M. Hollister, lui enjoignant de présenter Ruth devant un tribunal de Philadelphie.[2]

Actions judiciaires

Appelés à la barre dans le cadre de la procédure intentée par Ruth, les époux Hollister donnèrent des "extrêmement évasives et obscures", selon le Brooklyn Daily Eagle qui critiqua l'opacité entourant l'identité de celui ou de ceux qui payaient la facture des 200 invités au Béthel du 122 Columbia Heights. William Holliter, qui était alors depuis 11 ans une sorte d'agent de presse de Russell, déclara à la barre que "la question était trop vague" quand Eugene Raymond, avocat de Mme Galbraith, lui demanda qui payait les frais des invités du Béthel. Quand on lui reposa la question, il mit si longtemps à répondre que l'avocat demanda au sténographe qu'il précise bien: "le témoin hésite". Finalement, il dit que le lieu où était hébergé Ruth appartenait à l'International Bible Students Association, avec Russell comme président, et donna le nom de Brenniser comme secrétaire-général, et les dépenses étant payées par des dons volontaires. Il dit aussi ne pas connaître une certaine Clara B. Johnson de Scranton, Pennsylvanie, qui avait donné 1 300 dollars à Russell, selon Raymond.[3]

Le 25 février 1915, Ruth n'apparut pas à la Cour. Francis J. Shileds, avocat de la fiducie, promit que la jeune fille se présenterait le mercredi suivant avant de dire qu'il n'en était pas certain. Raymond déclara qu'il y aurait des "développements sensationnels" sur les différentes activités de Russell.[4] Ce mercredi-là, le 3 mars, le juge de la Cour municipale Charles R. Brown décida du lieu de résidence de Ruth, demandant à ce que la jeune fille revienne auprès de sa mère.

Répercussions médiatiques et rectifications

Selon les Étudiants de la Bible, l'affaire fut relayée dans la presse de façon erronée, car les journaux auraient affirmé que c'était la mère de Ruth qui avait intenté une action en justice pour récupérer sa fille, cette dernière ayant été alors présentée comme prisonnière au Béthel par Russell,[5][6] et ceci dans une volonté du pasteur d'obtenir le contrôle de son héritage. Selon une rumeur, un ordre de la cour aurait demandé à Russell d'amener la jeune fille devant un juge pour qu'il s'assure qu'elle vivait à Brooklyn de son plein gré.[7] Les écrits de Russell et de Rutherford présentèrent cela comme une attaque orchestrée par les opposants religieux.

Selon Rutherford, la version des médias trouvait son origine dans celle du Brooklyn Daily Eagle et fut reprise par d'autres journaux; cette version ne pouvait pas être véridique, car le tribunal en Pennsylvanie n'avait aucune compétence pour délivrer un bref d'habeas corpus à l'encontre de quelqu'un qui résidait dans l'État de New York — pourtant, La Tour de Garde du 15 mars 1915 précisa que l'avocat de la mère avait bel et bien obtenu un habeas copus à l'encontre de Hollister, voir plus bas. Rutherford écrivit que Russell n'avait jamais impliqué dans la procédure de cette affaire, qu'aucune procédure d'habeas corpus n'avait jamais été engagée contre lui, que Ruth n'avait pas été sous la garde de Russell ou de toute autre personne au Béthel, et qu'aucun mandat d'habeas corpus n'avait jamais été délivré dans le but de la ramener. En outre, Ruth n'avait jamais vécu au Béthel, sauf pendant une brève période pendant laquelle elle y prenait ses repas.[1]

Bien qu'il soit fort probable que les journaux ait exagéré ou déformé les faits, la prudence s'impose: compte tenu du peu de sources disponibles sur ce sujet, il se peut aussi que Russell et Rutherford aient quelque peu caricaturé les accusations des critiques, afin de mieux en démontrer l'absurdité. La mère a bel et bien joué un rôle dans cette affaire puisque La Tour de Garde ci-dessous évoque "l'avocat de la mère": sans doute voulait-elle que sa fille revienne auprès d'elle, notamment pour bénéficier du revenu qu'elle touchait, sans que cela n'indique une quelconque faute de la part de Russell. Selon l'auteur Fredrick Zydek, "il est possible que la vérité sur cette situation ne soit jamais entièrement connue."[7]

Réponse de Russell

Voici la présentation de l'affaire dans le périodique La Tour de Garde:[8]

"Les attaques actuellement déployées à l'encontre du pasteur Russell dans divers journaux sont destinées à avoir commencé le 1er novembre. Cependant, la guerre, coïncidant si étroitement avec les présentations des Études dans les Écritures, intimida temporairement ceux qui sont décidés à assassiner sa réputation. La grande guerre menaçait de catastrophe ici à travers des complications financières qui pressaient tout le monde pendant un certain temps. L'arrangement de la National Banking Reserve a donné un soulagement temporaire, et les expéditions de céréales à des prix élevés ont fortement stimulé le marché. Les ennemis du pasteur Russell n'ont plus la peur dans "l'attente des choses à venir". Au lieu de cela, disent-ils, "C'est seulement ce que le monde a déjà connu avant, mais c'est sur ​​une échelle plus gigantesque; ce n'est pas le prélude à l'Har-Maguédôn que le pasteur Russell clamait. Toutes les choses vont continuer comme elles l'étaient. Nos institutions vont prospérer et ne seront pas plongées dans l'anarchie, comme il déclare que l'Écriture l'enseigne".

"Cette audace au niveau des sentiments conduit à l'agressivité. Les prédicateurs ont approché quelques-uns des journaux de premier plan. Les journalistes, ne sont pas spécialement religieux, sont trompés par les prédicateurs en supposant qu'il existe quelque chose de substantiel dans leurs revendications. Ils souhaitent s'attirer les faveurs des prédicateurs, et améliorer l'opportunité de frapper quelqu'un quand il y a une excuse religieuse à le faire. Comme le Maître l'avait prédit, ils disent "toutes sortes de maux à tort" contre le pasteur. C'est pour l'amour du Christ dans le sens où il veut blesser le travail du pasteur, pour l'empêcher - parce qu'il dit la Vérité; parce que les gens sont en train d'entendre la vérité, et donc leurs chaînes de l'ignorance et de la superstition tombent, leurs yeux de la compréhension sont ouverts, et la clé perdue de la connaissance entre dans leurs mains.

"Nous n'avons pas besoin de répéter les explications sur des questions vieilles de dix-neuf ans et dans tous les cas honorables et louables en ce qui concerne le pasteur, quand elles sont bien comprises. Mais nous devrions peut-être, expliquer le dernière tactique de l'Adversaire. Il a été publié et republié partout que le pasteur avait "enlevé Ruth Galbraith", âgée de dix-sept ans, qu'il la privait de sa liberté; qu'un juge d'une cour de Philadelphie a publié un bref d'habeas corpus ordonnant au pasteur d'amener Ruth devant lui; Ruth étant l'héritière du peu d'argent dont le pasteur a cherché à obtenir le contrôle.

"L'affaire entière est totalement fausse du début à la fin. Aucun juge n'a jamais émis une telle ordonnance. Ruth Galbraith n'a été ni enlevée ni retenue, ni privée de sa liberté. Avec le consentement de sa mère, elle a visité sa sœur, Mme William Hollister, qui est membre de la famille du Béthel. Pendant un moment, elle s'est nourrie et logée dans le quartier, mais pas au Béthel. Plus tard, il fut demandé au pasteur Russell si Ruth pouvait prendre ses repas au Béthel. L'explication formulée était que Ruth était désireuse de rester pendant un certain temps à Brooklyn - que sa santé n'était pas la meilleure qui soit, que son frère avait la tuberculose; que la santé de Ruth demandait ce changement, que sa mère lui avait permis de venir à Brooklyn pour une visite; que son allocation mensuelle en attendant la succession de son père avait entièrement cessé, et qu'elle était sans argent pour payer sa pension. La demande a été accordée; elle resterait aussi l'invitée de sa sœur. Pendant ce temps, la mère de Ruth souhaita qu'elle revienne chez elle, mais Ruth refusa de partir. Appelée à Philadelphie dans une tentative pour obtenir son indemnité mensuelle de l'exécuteur, Ruth a été accompagnée par sa sœur et son frère-frère, William Hollister. Là-dessus, l'avocat de la mère a obtenu un bref d'habeas corpus sur M. Hollister, lui enjoignant de présenter sa belle-sœur devant un tribunal de Philadelphie.

"À aucun moment, le pasteur n'eut quelque chose à voir avec le fait que Ruth ait quitté son domicile, ni avec le fait qu'elle reste loin de celui-ci, ni avec aucune de ses affaires.

"Considérant comment l'adversaire peut accomplir merveilleusement ses desseins maléfiques, le fait de circuler des rumeurs mensongères et de trouver des agents pour ces services, nous prouve que Satan n'est pas encore été lié, et qu'il a peu de difficulté à trouver des serviteurs humains. (2 Corinthiens 4:4; Romains 6:16) Ce fait devrait nous rendre extrêmement sceptiques sur ce que nous entendons dire que qui est peu flatteur pour n'importe qui. Comment savons-nous mais que la moitié, ou plus, de toutes les choses peu recommandables mentionnées dans les journaux sont toutes aussi fausses et sans fondement que d'autres questions qui relèvent du pasteur Russell? Nous pensons qu'il en normal pour le pasteur Russell et pour les lecteurs que cette déclaration figure dans ces colonnes (...)."

Références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 Rutherford, 1915, pp. 37,38
  2. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 mars 1915, R5654, p. 93, "Preachers Back of Malicious Attack"
  3. Arrowup.png The Brooklyn Daily Eagle (anglais), 22 février 1915, "Asks Who Pays Bills of Bethel Inmates", p. 3
  4. Arrowup.png The Brooklyn Daily Eagle (anglais), 25 février 1915, "Ruth Not Produced at Court Hearing"
  5. Arrowup.png Parkinson, James (1975) (anglais), The Bible Student Movement in the Days of CT Russell, p. 47
  6. Arrowup.png "Annotationen zu den Zeugen Jehovas — Ruth Galbraith" (allemand), article paru dans la revue américaine The Lutheran, manfred-gebhard.de. Consulté le 10 mai 2012
  7. 7,0 et 7,1 Zydek, Fredrick (2010, 2è éd.) (anglais), Charles Taze Russell: His Life and Time. The Man, the Millennium and the Message, Winthrop Press, pp. 384,385 (ISBN 978-1-4499-5157-3)
  8. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 mars 1915, R5654, p. 93, "Preachers Back of Malicious Attack"