Accusation de sermons imaginaires

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"Pastor Russell's Imagniery Sermons", Brooklyn Daily Eagle, 19 février 1912. L'article affirmait que Russell prononçait des discours imaginaires lors de sa tournée mondiale.

Un article du Brooklyn Daily Eagle paru le 19 février 1912 affirma en gros titre que Russell prononçait des discours imaginaires lors de sa tournée mondiale. En effet, le journal rapporta que Russell prétextait, dans les rapports qu'il émettait, avoir prononcé des discours dans de nombreux endroits dans le monde tels qu'Hawaï et d'autres pays asiatiques, mais qu'en réalité, il n'y avait pas de discours et que ses visites étaient très courtes. L'auteur évangélique Walter R. Martin reprit intégralement cet article dans ses livres Kingdom of the Cults et Jehovah of the Watch Tower, et en tira comme conclusion que Russell mentait régulièrement au sujet de ses activités d'évangélisation, notamment en relatant qu'il se contenait de parler brièvement en public dans des endroits où son navire s'arrêtait pour se ravitailler en carburant. Par la suite, cette information fut reprise dans différents ouvrages parlant de Russell.[1] Pour savoir ce qui s'est réellement passé, il faut se reporter aux journaux de l'époque de la tournée du pasteur, qui permettent de reconstituer l'histoire, et ainsi d'évaluer le degré de pertinence de cette accusation.

Article du Brooklyn Daily Eagle

Voici les principales idées développées dans cet article du 19 février 1912:

Russell délivrait des sermons à des publics imaginaires dans des îles tropicales comme Hawaï, et passait à peine quelques heures dans des pays comme la Chine et le Japon, ce qu'il faisait passer pour des missions d'investigation.

Son premier arrêt après avoir pris la mer à partir de la côte du Pacifique fut Honolulu. Le journaux dans lesquels un encart publicitaire avait été contracté imprimèrent de longues dépêches présentant les discours de Russell. Dans l'un de ces journaux, l'annonce commençait ainsi: "Honolulu, Hawaii - L'International Bible Students Committee of Foreign Missions Investigation s'est arrêtée à Honolulu et fit des observations. Pasteur Russell, président du comité, prononça un discours public. Il eut une large audience et une écoute attentive. Vint ensuite le sermon, plein de couleurs locales et d'allusions au "Paradis du Pacifique"". Le rapport, qui s'étendit sur deux colonnes, fait dire au pasteur: "Je peux maintenant bien comprendre pourquoi votre belle île fut décrite comme "le Paradis du Pacifique". Je note votre merveilleux climat et tout ce qui contribue à réaliser cette ressemblance de Paradis".

Or, Russell n'a jamais fait de sermons à Honolulu pendant les quelques heures que son navire s'est arrêté là pour prendre du charbon. Dans l'espoir d'obtenir un rapport précis de son sermon, le Brooklyn Daily Eagle écrivit à l'éditeur de The Hawaiian Star, qui est publié à Honolulu. Dans sa réponse, l'éditeur Walter G. Smith, déclarait:

« En réponse à votre demande du 19 décembre, à propos du pasteur Russell, je dirais qu'il était ici pour quelques heures avec une comité des étudiants de la Bible d'enquête de missions étrangères, mais il n'a pas fait un discours en public comme cela a été prévu. »

Le Japan Weekly Chronicle du 11 janvier 1912 fournit quelques informations sur les missions du pasteur à travers le monde. Après avoir expliqué comment le bureau du journal avait été bombardé pendant des semaines avec la littérature de Russell et ses agents avec des contrats, "juste comme si le gentleman révérend était une compagnie de théâtre non régénérée", le journal dit:

« Ces messieurs sont arrivés au Japon le samedi 30 décembre. Le jour suivant, le pasteur Russell prononça un sermon à Tokyo, intitulé "Où sont les morts?" qui, bien que le titre soit un peu ambigu, il ne semble pas avoir eu de lien particulier avec le travail missionnaire. Le lundi, il est à supposer que l'enquête sur le travail missionnaire au Japon a été commencé et achevé, pour le lendemain il semble avoir été consacré au voyage, et le mercredi le Pasteur Russell et ses coadjuteurs quittèrent Kobe pour la Chine dans le même navire dans lequel ils étaient arrivés à Yokohama. Dans cette navire, il semble qu'ils sont en train de se rendre à Hongkong, restant quelques heures à Shanghai, et à partir de Hong Kong l'équipe va aux Philippines. Il ne semble pas que plus de quelques heures doivent être donnés par le comité d'enquête à la Chine proprement dite. Combien de temps doit être consacré aux Philippines, au Siam, à l'Inde, à l'Arabie et aux autres endroits, nous ne pouvons pas dire. La vérité est que l'expédition est simplement un programme d'énorme publicité. »

Recherches effectuées par Leolaia

Reconstitution de l'emploi du temps de Russell

Timothy White montre que Russell avait un emploi du temps extrêmement chargé. Avant de se rendre à Hawaï le 19 décembre 1911, il avait passé l'hiver en Grande-Bretagne où il avait prononcé des sermons, et qui fut sa deuxième visite dans la même année. Il était aussi prévu qu'il donne de nombreux discours en Asie. Apparemment, Russell avait pour projet de donner un sermon à Hawaï, vu que le surnom de l'archipel "le Paradis du Pacifique" lui offrait une occasion parfaite pour exposer les perspectives de l'âge futur.

Russell est arrivé le lundi 11 décembre 1911 à la baie de San Francisco (à Oakland précisément). Mais il avait déjà écrit son sermon pour Hawaï. Il faut se rappeler qu'il était sur le point de se lancer dans le tour du monde le plus important de sa vie et, de ce fait, la plupart de ses sermons devaient être écrits à l'avance. Le magazine mensuel de San Francisco Overland Monthly devait publier ses sermons, alors qu'il était à l'étranger, y compris celui de Hawaï, qui figura dans l'édition de mars 1912. Russell a évidemment envoyé un lot de ses sermons aux éditeurs de Overland Monthly avant qu'il n'entamât sa tournée mondiale. Bien que le sermon hawaïen de Russell commença par les mots: "Comme notre bateau approchait de votre belle île je me suis rappelé un siècle en arrière...", le pasteur n'eut certainement pas le temps de composer un tel sermon au cours de son bref séjour là-bas.

Le bateau à vapeur que Russell envisageait de prendre pour Hawaï, le paquebot de grande ligne T.K.K. Shinyo Maru, arriva en baie de San Francisco le 1er décembre 1911. C'était sa deuxième visite à ce port. Selon le San Francisco Chronicle, le navire fut ouvert au public le dimanche 10 décembre, et plusieurs centaines de personnes sont venues visiter le "lévrier grand océan", comme on l'appelait à l'époque.[2] Russell n'était pas là (il était partit de Fresno, en Californie), mais avait aussi des affaires plus importantes en ville. Avant son départ, Russell "fit un contrat pour un espace publicitaire" dans le Brooklyn Citizen du 18 décembre afin de publier son sermon qui devait être télégraphié à partir d'Honolulu. Évidemment, il avait prévu d'arriver à Hawaï le 18 décembre. Le navire devait partir le 13 décembre et, étant donné que le Shinyo Maru avait une vitesse de 20,23 nœuds lors de ses procès en 1911, le navire aurait pu arriver à Hawaï dès le 17 décembre. Un article publié dans le Hawaiian Star du 16 décembre 1911[3] nota que le navire jumeau du Maru, le Tenyo Maru n'avait mis que 4 jours 18 heures et 50 minutes pour arriver au départ de San Francisco. Apparemment, donc, Russell avait prévu d'être à Hawaï le 18 décembre où il a aurait télégraphié son sermon à Brooklyn.

Le Shinyo Maru devait quitter San Francisco Bay le 13 décembre, et le San Francisco Chronique de ce matin-là déclara: "Parmi les passagers de la cabine du Shinyo, il y aura un certain nombre d'éminents hommes d'affaires japonais. Plusieurs employeurs insulaires ont pour destination Manille. Le Pasteur Russell, un évangéliste, et un groupe de dix entameront un tour du monde sur le Shinyo."[4] Le navire partit promptement à 13 heures cet après-midi, et un millier de passagers japonais crièrent "Banzai!" quand le paquebot à grande vitesse partit. Le journal San Francisco Chronique du lendemain publia une liste des passagers de la cabine à bord du Shinyo Maru: parmi ceux qui avaient pour destination Hong Kong il y avait le général W.P. Hall, le Dr L.W. Jones, le professeur F.H. Robinson, et le pasteur C.T. Russell.

Toutefois, au 18 décembre le paquebot était encore en route vers Honolulu. Le capitaine H. Stanley Smith envoya Castle & Cooke à Hawaï un message radio annonçant que le navire allait arriver le lendemain vers 7h30. Le voyage prit plus de cinq jours, et le retard fut probablement provoqué par le mauvais temps. Le Pacifique Commercial Advertiser du 20 décembre déclara cela à propos du Shinyo Maru à destination d'Honolulu: "Avec tous les navires qui sont venus dans le port au cours de la semaine dernière, le Shinyo Maru rapporta avoir eu une traversée difficile à partir de San Francisco. On dit que le paquebot est remarquablement stable dans une voie maritime car elle portait deux grandes quilles de fonds de cale".[5]

Étant donné que Russell avait déjà payé pour l'espace publicitaire dans le Brooklyn Citizen, il décida d'envoyer le télégramme de toute façon à partir du navire, avec toujours l'intention de prononcer son sermon lors de son arrivée. S'il n'avait pas envoyé la dépêche, l'espace publicitaire dans le journal pour lequel il avait payé aurait été perdu. D'autre part, il est possible qu'il n'y ait jamais eu de dépêche et que Russell s'était déjà arrangé avec le Brooklyn Citizen pour que celui-ci publie un texte déjà écrit, et n'avait donc pas la possibilité d'annuler sa publication puisqu'il était en mer.

Le Shinyo Maru arriva à Honolulu Harbor à 7:30, le mardi 19 décembre. Russell et ses lieutenants quittèrent le navire une heure plus tard. Grâce aux journaux, on peut savoir ce qu'ont fait plusieurs des Étudiants de la Bible. Tout d'abord, le Dr Leslie W. Jones se dirigea vers Bethel Street dans le quartier d'affaires afin de faire savoir à la presse que son équipe était présente. Il fut interviewé par un journaliste au bureau du Hawaiian Star, et lui laissa sa carte avant de se reprendre son chemin. Lorsque le journaliste lui demanda si le comité missionnaire avait prévu d'étudier la situation religieuse à Hawaï, le Dr Jones répondit que, "tandis que le bateau était au port, les membres du comité étaient en train de circuler, faisant des enquêtes générales". Aucune mention n'est faite d'un sermon prononcé par le Dr Jones.

Un autre des membres du comité mentionné dans les rapport des journaux de l'époque est le général William P. Hall. Au matin, il rendit visite au général Macomb à son quartier général, "et après effectua une visite sociale au général et à Mme Macomb à leur résidence, où il fut reçu à déjeuner". Plus tard dans l'après-midi, il fut interrogé par le Pacific Commercial Advertiser.

Concernant Russell, les journaux ne disent rien sur ses activités ce jour-là, et rien n'exclut la possibilité qu'il ait effectivement prononcé un sermon. Il est à noter qu'il passa huit heures à Honolulu, et pas seulement "quelques" comme le Brooklyn Daily Eagle le rapporta plus tard. Ce fut peut-être assez de temps pour Russell pour attirer l'attention de passants dans un parc ou trouver un public dans une résidence et prononcer un sermon à l'heure du midi. Selon Thrum's Hawaiian Almanac and Annual for 1912, la célèbre orchestre Souza donna deux concerts en 1911 alors que leur navire était dans le port. Mais il peut aussi y avoir de bonnes raisons de croire que Russell n'a pas prononcé son sermon.

Quelles que furent les activités des Russellites ce jour-là, il est certain qu'ils montèrent à bord du Shinyo Maru à 16 heures 30. Treize passagers en retard devaient monter à bord avec beaucoup de difficulté à partir de vedettes. Le Advertiser du 20 décembre confirma la présence de Russell sur le navire allant à Yokohama: "Jusque dans la première cabine, le Shinyo Maru transporta une très grande variété de passagers. Par exemple, il y avait le pasteur C.T. Russell, chef du tabernacle de Brooklyn et célèbre en tant que prédicateur dans la monde entier, une équipe de prêtres catholiques qui retournaient dans leurs foyers en Australie après un voyage à Rome et en Terre Sainte, une société d'image animée avec des appareils et des films, un professeur du musée d'histoire naturelle à New York [...], deux chanteurs et un mélange de marchands et de fonctionnaires japonais et chinois et des fonctionnaires".[6] Selon le Brooklyn Daily Eagle du 11 janvier 1913, Russell n'a pas atteint Yokohama avant le 30 décembre. Là, il prononça un autre sermon.

Analyse de la critique du journal et de Martin

Le récit du sermon a donc été publié dans l'édition du 18 décembre du Brooklyn Citoyen. Le lendemain, les rédacteurs du Brooklyn Daily Eagle envoyèrent une lettre à Walter G. Smith, rédacteur en chef du Hawaiian Star pour lui demander si Russell avait vraiment prononcé un sermon à Honolulu le 18 décembre. L'éditeur Smith enquêta sur la question, puis répondit (voir la section ci-dessus). En déclarant "il n'a pas fait un discours public comme c'était prévu", il confirma que Russell avait en effet prévu de prononcer un sermon à Hawaï.

Le 19 février 1912, le Brooklyn Daily Eagle publia la lettre de Smith, l'article du Brooklyn Citizen et un article critiquant Russell de ne jamais prononcer de sermon. Puis Walter R. Martin reprit l'article dans son intégralité dans son livre Kingdom of the Cults. Toutefois, le titre de cet article - "Les sermons imaginaires du pasteur Russell - Rapports imprimés des discours dans les terres étrangères qu'il n'a jamais faits - un à Hawaii, un échantillon" - ne doit pas laisser croire que Russell avait forcément l'habitude de relater des discours qu'ils n'avait pas prononcés.

Un article plus tard, le Brooklyn Daily Eagle, également cité par Martin, déclara: "Pendant tout ce temps, les sermons du "Pasteur" ont été imprimés dans le monde entier, notamment quand il fit un tour du monde en 1912 et généra des rapports publiés dans ses sermons publicitaires racontant des accueils enthousiastes dans les différents lieux qu'il a visités. Il a été montré dans de nombreux cas que les sermons n'ont jamais été délivrés dans les lieux qui ont été revendiqués".[7] En vérité, les "nombreux cas" se résumaient au seul cas d'Hawaï. Comme Timothy White le montra, Russell fut couronné de succès avec sa série de sermons; entre le 5 janvier et la date de publication de l'article du Brooklyn Daily Eagle, Russell s'était adressé au public asiatique au moins quinze fois.

Une autre distorsion du Brooklyn Daily Eagle peut être trouvé dans le premier paragraphe de l'article. L'auteur anonyme déclara à propos de Russell: "Il est en train de délivrer des sermons dans les missions de la Chine et du Japon en passant quelques heures dans chaque pays". Il est assez étrange que Martin lui-même n'ait pas relevé l'erreur dans cette affirmation, car il cita ensuite l'article du 11 janvier 1913 du Brooklyn Daily Eagle qui dit quelque chose d'assez différent. Le deuxième article fut écrit pour critiquer le voyage chargé de Russell au Japon, et cita le Japon Weekly Chronicle du 11 janvier 1912 qui stipulait clairement que le pasteur était arrivé à Yokohama le samedi 30 décembre et avait quitté Kobe pour Hong Kong le mercredi 3 janvier 1912. Cela signifiait que Russell avait passé au moins quatre jours au Japon, ce qui est loin de "quelques heures". Pour ce qui est de la Chine, Timothy White déclara que Russell était arrivé en Chine (Hong Kong) le 5 janvier et y était resté jusqu'au 10 janvier.

La plus grave accusation de l'article est celle-ci: "Le pasteur Russell n'a jamais parlé à Honolulu pendant les quelques heures au cours desquelles son navire s'est arrêté là pour prendre du charbon". Contrairement aux allégations précédentes, cette accusation est étayée par des preuves documentaires à l'appui, que nous devons essentiellement à la parole de l'éditeur Smith qui, nous le supposons, eut une bonne connaissance de l'activité de Russell en ville.

Toutefois, il n'est pas impossible que l'éditeur Smith ait pu enquêter sur le mauvais jour. La lettre que le Brooklyn Daily Eagle lui envoya le 19 décembre informa que le télégraphe avait été imprimé dans l'édition du 18 décembre du Brooklyn Citizen. Étant donné que le Brooklyn Daily Eagle n'était pas au courant de la date effective d'arrivée de Russell, il semble possible que Smith s'était tout simplement rendu compte que le navire n'était pas arrivé par le 18 et avait conclu donc qu'aucun sermon n'avait été prononcé - sans pour autant vérifier que Russell avait pu faire un sermon le lendemain.

La question de savoir si Russell a effectivement réussi à prononcer son sermon est donc incertaine. Très probablement, il visita les églises locales pour constater de visu la réussite des missionnaires pour convertir les Hawaïens indigènes et les Asiatiques. Le fait qu'il ait observé une certaine sorte d'activité ecclésiastique ou religieuse là-bas est mis en évidence par la remarque suivante dans son rapport sur son tour du monde: "À notre avis, le travail à Hawaï est bon, si on le considère du point de vue humanitaire, mais un échec total de point de vue de la christianisation".[8]

Martin fit un mauvais usage de la lettre de l'éditeur Smith. En effet, il qualifia les sermons de Russell de "mensonge" (et ce mot est en italique) et écrivit: "Aucun doute quant au caractère du "Pasteur" Russell". En réalité, les faits montrent que Martin est celui qui a menti. Comme indiqué plus haut, les extraits de la lettre reproduite par Martin montrent que Russell avait prévu de "faire un discours public". Russell avait de bonnes raisons de s'attendre à être à Hawaï par le 18. Smith n'a certainement pas cru que Russell était un menteur. Plus d'un mois avant que la lettre n'ait été publiée dans le Brooklyn Daily Eagle, Smith avait écrit un article dans le Hawaiian Star qui exprimait son point de vue sur ce sujet. Intitulée "Le sermon que le pasteur Russell n'a pas prêché à Honolulu", cet article fut publié le 4 janvier 1912 et fit les déclarations suivantes:

« Le 18 décembre, le Brooklyn Citoyen publia un télégramme de Honolulu, un rapport d'un sermon prêché ce jour-là par le pasteur Russell, le ministre sensationnel de Brooklyn. C'était un très bon sermon, duquel nous donnons une partie ci-dessous, mais il n'a jamais été prononcé ici. Pasteur Russell est venu, est resté à peu près quelques heures avec un comité de clercs et de laïcs, et continua. Aucune réunion n'a été tenue, mais ci-dessous voici quelques paragraphes de la partie d'ouverture du discours. Le pasteur avait probablement l'intention de prêcher, mais il n'a pas communiqué. »[9]

Selon Smith, Russell avait simplement manqué sa correspondance et n'a pas eu assez de temps pour faire toutes les choses qu'il voulait. Bien que le Brooklyn Daily Eagle conclut à partir de la lettre de Smith que Russell n'avait jamais eu l'intention de prononcer son sermon, Smith lui-même dit que Russell avait probablement "l'intention de prêcher".

Ce ne sont pas les seules paroles de Smith sur la sujet. Ayant été informé par le Brooklyn Daily Eagle de la notoriété de Russell à Brooklyn, Smith publia un autre article le lendemain sur la pasteur. Il fut très critique et reproduisit un article du Eagle sur les enseignements et la vie personnelle de Russell. Pourtant, il soutenait encore que celui-ci avait l'intention d'évangéliser quand il vint à Honolulu: "Que le pasteur Russell avait l'intention de prêcher ici, si son bateau lui laissait le temps, on le voit par l'apparition dans un journal de Brooklyn d'un sermon censé avoir été délivré par lui à Honolulu, quelques extraits de ce discours non délivré ayant été publié dans le Star"[10] Smith avait donc considéré que le sermon du Brooklyn Citizen était une preuve que Russell avait bien l'intention d'évangéliser quand il était dans le port.

Conclusion

L'explication la plus probable, donc, est que Russell avait préparé son discours avant de quitter San Francisco et avait donné une copie à The Overland Monthly alors qu'il était absent (donc il ne pouvait pas se rétracter plus tard), puis partit sur le Shinyo Maru, s'attendant à arriver à Honolulu à temps pour prononcer son sermon le 18. Il est également possible que Russell avait déjà envoyé sa "dépêche" au Brooklyn Citizen avant son départ, pour qu'il soit publié dans l'espace publicitaire du 18. S'il a effectivement fait parvenir un télégramme alors qu'il était en mer, il l'aurait fait afin d'utiliser l'espace pour lequel il avait déjà payé. Toutefois, il reste incertain si un télégramme de la mer pourrait vraiment été imprimé sous forme de dépêche à partir de Honolulu. Il est probable que Russell avait l'intention de faire son discours le lendemain, mais on ne sait pas s'il a effectivement réussi, mais c'est peu probable. Lui et ses compagnons étaient occupés ce jour-là, et Russell semble avoir au moins visité les églises locales tandis que ses compagnons se réunirent avec d'autres gens intéressés et avoir même contacté la presse locale.

Il n'existe aucune preuve comme quoi il voulait tromper en n'ayant pas l'intention de faire un discours lorsqu'il était à Hawaï. S'il devait être à Hawaï pour un autre jour - et la date du 18 pour la publicité suggérerait cela -, il est difficile d'imaginer qu'il n'envisageait pas de faire un sermon, que c'était son modus operandi pour le reste du voyage. Il avait préparé un sermon le plus approprié, adapté à son auditoire à Hawaii. De toute évidence, Martin et le Brooklyn Daily Eagle ont exagéré ces questions en accusant Russell de donner fréquemment des "sermons imaginaires".

Toutefois, Russell s'est rendu coupable d'avoir envoyé du contenu à publier à l'avance, contenu qui affirmait faussement qu'il était en un certain endroit à un certain moment. D'autre part, on peut remarquer que tous les détails inventés par Russell étaient forcément à son avantage, que ce soit sur le nombre d'assistants comme sur l'étude qu'il dirigea dans l'île, alors que, concrètement, il ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer lors de sa visite dans ces pays. Cela était certes un peu malhonnête, mais Russell peut avoir pris ces dispositions uniquement pour simplifier les choses alors qu'il voyageait. En faisant cela, il reproduisait une certaine méthode couramment employée à l'époque par les Étudiants de la Bible consistant à envoyer des articles avant les faits n'aient eu lieu. Par ailleurs, cet épisode se comprend mieux lorsqu'il est inscrit dans le but général de la tournée de Russell: il s'agissait en grande partie d'une vaste campagne de publicité en faveur du pasteur.

Ressources sur le sujet

  • Leolaia (1991, 2002) (anglais), "Pastor Russell's Imaginary Sermon", jehovahs-witness.net. Consulté le 30 octobre 2011
  • Martin, Walter R.; Klann, Norman H. (1953) (anglais), Jehovah of the Watch Tower, Grand Rapids, Zondervan Publishing House, p. 16
  • Martin, Walter R. (2003, 5è éd) (anglais), The Kingdom of Cults, Grand Rapids, Zondervan Publishing House, pp. 52,53 (ISBN 978-0-7642-2821-6)

Références

  1. Arrowup.png Gruss, Edmond C. (2003) (anglais), The Four Presidents of the Watch Tower Society, Xulon, pp. 23,24 (ISBN 1-594671-31-1)
  2. Arrowup.png San Francisco Chronicle (anglais), 9 décembre, p. 17; 10 décembre, p. 63; 11 décembre, p. 15
  3. Arrowup.png Hawaiian Star (anglais), 16 décembre 1911, p. 9
  4. Arrowup.png San Francisco Chronique (anglais), 13 décembre 1911, p. 17
  5. Arrowup.png Pacifique Commercial Advertiser (anglais), 20 décembre, p. 14
  6. Arrowup.png Advertiser (anglais), 20 décembre, p. 14
  7. Arrowup.png Original en anglais:
    « All during this time the 'Pastor's' sermons were being printed throughout the world, notably when he made a tour of the world in 1912 and caused accounts to be published in his advertised sermons telling of enthusiastic greetings at the various places he visited. It was shown in many cases that the sermons were never delivered in the places that were claimed. »
  8. Arrowup.png Wills, Tony (2006, 2è éd.) (italien), Un popolo per il suo nome, format pdf, pp. 40-43
  9. Arrowup.png Original en anglais:
    « On December 18 the Brooklyn Citizen published as a cablegram from Honolulu, a report of a sermon preached here on that day by Pastor Russell, the sensational Brooklyn minister. It was a very good sermon, part of which we give below, but it was never uttered here. Pastor Russell came, stayed about a few hours with a clerical and lay committee, and went on. No meeting was held, but below are some paragraphs from the opening part of it. Probably the pastor meant to preach, but he didn't connect. »
  10. Arrowup.png Hawaiian Star (anglais), 5 janvier 1912, p. 6. Original en anglais:
    « That Pastor Russell intended to preach here, had the time of his steamer permitted, is evident from the appearance in a Brooklyn paper of a sermon purported to have been delivered by him in Honolulu, some extracts from this undelivered discourse having been published in the Star. »