Alcoolisme de Rutherford

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Rutherford éméché lors d'un apéritif arrosé

Même si cela reste encore un point d'histoire relativement méconnu de l'organisation par les Témoins de Jéhovah actuels, Joseph Rutherford, qui fut président de la Société Watch Tower, était un alcoolique notoire. Il sombra dans ce travers particulièrement après son échec sur la prédiction d'Har-Maguédôn pour 1925. Plusieurs témoignages convergents prouvent que Rutherford avait de sérieux problèmes d'alcoolisme durant sa présidence. Certains ont été témoins oculaires, tandis que d'autres ont fait un travail d'investigation sur la Société Watch Tower.

Témoignages et preuves

Voici plusieurs preuves et témoignages de l'alcoolisme de Joseph Rutherford:

  • Edward J. Ford, Jr., un ancien béthélite de Brooklyn, rapporte qu'Alexander Macmillan, pourtant très fidèle à Rutherford et mort en tant que Témoin de Jéhovah, a dit à son père que Beth-Sarim a été construite "pour aucun autre but que de garder l'alcoolique (...) Rutherford hors de Brooklyn".[1]
  • Hayden Covington, avocat et vice-président de la Watch Tower, et lui-même alcoolique, rapporta les propos de Frederick William Franz: "Ils construisirent au juge une villa en Californie juste pour le tenir hors du Béthel", ceci en raison de son alcoolisme.[1]
  • James Penton, historien, a interviewé une femme qui déclara avoir vendu de "grandes quantités de boissons alcoolisées" à Rutherford lorsqu'il se rendait à la pharmacie de San Diego de son mari et qu'il était un de ses "meilleurs clients". Il expliqua qu'il était parfois difficile pour Rutherford de monter sur le podium pour donner des conférences lors de congrès en raison de son ivresse. Penton rapporta aussi une interview qu'il dirigea en avril 1972 avec Frank Wainright, le dernier secrétaire-trésorier de l'International Bible Students Association du Canada, au cours de laquelle Wainright évoqua l'importation illégale de liqueur provenant de la filiale canadienne pour le Béthel de Brooklyn durant la prohibition.[2]
  • Walter F. Salter, l'ex-dirigeant de filiale du Canada, déclara dans une lettre ouverte en date du 1er avril 1937 qu'en pleine prohibition, Rutherford se faisait livrer des caisses entières de whisky, brandy et d'autres liqueurs pour des milliers de dollars de l'époque. Le prix était de 60$ la caisse.
  • Olin Richmond Moyle, qui fut l'avocat personnel de la Société Watch Tower pendant quatre années, dénonça en 1939 l'utilisation de l'alcool au Béthel. Il dénonça également la promotion et la consommation d'alcool au Béthel en général, à cause de Rutherford. Il remporta plus tard un procès en diffamation contre la Société Watch Tower, prouvant ainsi que ses accusations étaient bien fondées. Sa lettre originale à Rutherford en date du 21 juillet 1939, qui fut la pièce 4 dans la transcription du procès, déclare que "sous votre tutelle [celle de Rutherford] s'est développée une glorification de l'alcool et une condamnation de l'abstinence totale" au Béthel, citant plusieurs expériences que Moyle avait eu au Béthel à ce sujet, notamment le fait qu'"on ne peut pas être un vrai Béthélite sans boire de la bière", et dit expressément à Rutherford: "Vous avez publiquement étiqueté les abstinents totaux comme des prudes et devez donc assumer votre part de la responsabilité dans l'attitude digne de Bacchus que montrent les membres de la famille". (pp. 1736-1737). Olin Moyle lui-même déclara à la barre, que les jeunes hommes du Béthel dans l'ascenseur, faisaient des allusions comme quoi ils "rêvent d'avoir un tonneau de bière autour, comment il serait beau d'avoir un tonneau de bière" (p. 359); il décrivit l'usage habituel de boire de la bière et des "trucs forts" par le personnel du Béthel en soirée (p. 360), et relata un incident au cours duquel un travailleur du Béthel ivre a sonné une cloche d'alarme tard dans la nuit pour faire une blague (pp. 361-362).
  • Phoebe Moyle décrivit, lors du procès, avoir vu de nombreuses bouteilles de whisky vides dans les chambres du Béthel où elle avait travaillé comme femme de ménage (p. 1587), et affirmait avoir été taquiné par les frères dans l'ascenseur en disant qu'elle ne pouvait pas prendre de la liqueur (p. 186).
  • Arthur Worsley, béthélite décédé en début des années 1990, a témoigné lors du procès Moyle, déclarant sous serment que Rutherford n'était pas ivre, entre autres choses. Toutefois, Barbara Anderson rapporta plus tard que Worsley avait admis que son témoignage n'était pas vrai et qu'il avait menti simplement parce qu'il souhaitait conserver sa position au Béthel, position qu'il aurait perdu s'il n'avait pas témoigné en faveur de Rutherford.
  • Peter Moyle, le fils d'Olin Moyle, déclara dans une lettre publiée dans le United Israel Bulletin de décembre 1972 — phrase reproduite dans le livre de James Penton Jehovah's Witnesses and the Third Reich: Sectarian Politics Under Persecution: "C'est bien connu, même si c'est « tenu secrètement caché », que Rutherford aimait les femmes et le whisky".[3]
  • Edmond C. Gruss interviewa un ancien Béthélite qui rapporta que "les vieux de la vieille disent que l'alcoolisme de [Rutherford] fut étouffé, dans toute la mesure du possible, par ses associés Frederick W. Franz et Nathan H. Knorr".[4]
  • Barbara Anderson, ancienne chercheuse au Comité de Rédaction de la Société Watch Tower, rapporte que parmi les archives de documents en possession du Béthel de Brooklyn figurent des photos de Rutherford sur lesquels il était manifestement ivre.[5]
  • Massimo Introvigne, un sociologue italien pourtant généralement favorable à tout ce qui concerne les nouveaux mouvements religieux, rapporte dans la première édition de son livre I Testimoni di Geova: "Des historiens indépendants ne doutent pas aujourd'hui que Rutherford buvait trop, et à son propos on a même parlé d'"un cas grave d'alcoolisme"".[6]

Tentatives de justifications

L'Âge d'Or (anglais), 5 mai 1937, p. 500. Clayton Woodworth tente de justifier l'alcoolisme de Rutherford.

Suite à la lettre de Walter Salter évoquant l'alcoolisme de Rutherford, L'Âge d'Or (anglais) du 5 mai 1937, aux pages 499-500, a publié un paragraphe afin de répondre à cette accusation. Il ne nie pas l'existence de ce fait, mais se propose de justifier les problèmes de boisson du Président. Il établit un parallèle avec Jésus et ses disciples qui étaient accusés de boire et évoque un usage médical de l'alcool par Rutherford, celui-ci étant censé être efficace pour ses problèmes de santé et lui étant recommandé par son chiropracteur:

"Il n'y a rien de nouveau à ce que Jésus et ses disciples aient été accusés d'être des buveurs de vin. Cette accusation a-t-elle modifié d'une quelconque manière la position de Jésus avec son Père céleste? Pas un iota. Pourquoi Jésus en utilisait-il? Il était sous une grande tension nerveuse. Il [l'alcool] lui a fourni un nutriment parfait, immédiatement assimilable. Le chiropracteur, traitant une fois le juge Rutherford et l'écrivain [Woodworth] en même temps, dit au juge, comme il vit son dos souffrant de l'ankylose (six vertèbres soudées entre elles par la pneumonie), "Vous êtes un miracle de la grâce de Dieu." Dans le même temps il dit à l'écrivain: "Il porte un fardeau qui vous écraserait totalement." Lisez ce paragraphe deux fois, et profitez au maximum de celui-ci, tous les hypocrites qui souhaitent rester hypocrites jusqu'à la fin. Vous recevrez votre souhait, et votre récompense."

Dans l' Annuaire de 1974, à la page 194, le fait que Rutherford dorme toute la journée à cause de son alcoolisme est justifié par un soi-disant travail qu'il effectuait pour l'organisation durant la nuit:

"Sœur Hazel Burford était l'une des infirmières qui s'occupaient de frère Rutherford pendant sa dernière maladie à Beth-Sarim, où on l'amena en novembre 1941. Elle relate: "Nous avons passé des moments intéressants. Vers la fin, il dormait toute la journée et s’occupait des affaires de la Société pendant la nuit. Nous étions tous bien occupés.""

Position de Rutherford sur l'alcool

Voir article détaillé Alcool

Rutherford adopta une position étonnement conciliante envers l'alcoolisme, comme en témoignèrent plusieurs articles qu'il rédigea. Par exemple, il estima publiquement dans La Tour de Garde que les personnes qui commettaient des péchés dont l'ivrognerie étaient "victimes des circonstances, de l'environnement (...), entravées par des faiblesses charnelles auxquelles elles sont impuissantes à résister (...). Dieu a pitié des pécheurs et se montre indulgent pour leurs faiblesses",[7] que « le diable a conduit tout le monde à croire que (...) se saouler (...) constituait le péché jusqu'à la mort. Mais, au contraire, toutes ces choses sont pardonnables".[8]

Il fut également furieux lorsqu'il y eut l'interdiction des boissons alcoolisées aux USA. Un article de la Tour de Garde du 1er novembre 1924 déclara ouvertement que cette interdiction était en fait édictée par le diable, et que les personnes qui soutiennent un tel acte, en réalité, sont sous la coupe de Satan. La position de Rutherford par rapport à cette loi 1/ violait la morale puritaine du mouvement et 2/ constituait une prise de position sur un plan politique. En fait, comme les disciples croyaient que le point de vue de Dieu s'exprimait à travers ce périodique, il pensaient donc que suivre son avis revenait à se positionner en faveur de la justice divine; cet article constituait ainsi un moyen habile de rallier les disciples au point de vue de Rutherford qui, en grand amateur d'alcool, ne pouvait pas supporter qu'une loi le dérange dans son vice, et échappait ainsi aux critiques des fidèles de son mouvement.[9][10]

En fait, en important des liqueurs du Canada, Rutherford n'était pas en conformité avec la loi, en contradiction avec Romains 13:1-7. De ce fait, il modifia en 1929 la compréhension relative à l'identité des "autorités supérieures" mentionnées dans ces versets, qui désignèrent alors exclusivement Jéhovah et Jésus Christ, ce qui permettait de violer les lois gouvernementales sans difficulté aux yeux de ses adeptes.

En 1930, il publia également Prohibition and League of Nations -- Born of God or the Devil, Which?.

Liens internes

Liens externes

Références

  1. 1,0 et 1,1 Freeminds (12 avril 2009) (anglais), "Rutherford and Booze", freeminds.org. Consulté le 25 février 2012
  2. Arrowup.png Penton, James (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, Toronto : University of Toronto Press, pp. 72,73
  3. Arrowup.png Penton, James (2004) (anglais), Jehovah's Witnesses and the Third Reich: Sectarian Politics Under Persecution, Toronto: University of Toronto Press, p. 102 (ISBN 978-0-8020-8678-5)
  4. Arrowup.png Gruss, Edmond (2003) (anglais), The Four Presidents of the Watch Tower Society, Xulon (ISBN 1-594671-31-1)
  5. Arrowup.png ""Ce que Barbara Anderson a découvert. Une ex Témoin de Jéhovah a été un témoin oculaire privilégié de malversations au sein de l'organisation", aggelia.be, format pdf. Consulté le 9 février 2010
  6. Arrowup.png Introvigne, Massimo (1991), I Testimoni di Geova, première édition, pp. 41,42
  7. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 mars 1929, pp. 93-95, "Who Are God's Worst Enemies?"
  8. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er septembre 1929, p. 271, "The Sin That Will Never Be Forgiven"
  9. Arrowup.png "Le « Juge » Rutherford et la prohibition", article du 1er novembre 1924 de La Tour de Garde + commentaire Consulté le 23 janvier 2011
  10. Arrowup.png Watch the Tower (anglais) ""Booze" Rutherford", La Tour de Garde (anglais) du 1er novembre 1924, watchthetower.net. Consulté le 9 février 2010