Alexandre Freytag

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Alexandre Freytag
Nom complet Frédéric-Louis-Alexandre Freytag
Naissance 18 octobre 1870
Baden, Suisse
Décès 31 janvier 1947
Château de Cartigny
Nationalité Suisse.jpg Suisse
Occupation Traducteur de La Tour de Garde en français
Connu(e) pour Ancien dirigeant du Bureau de Genève, fondateur de l'Association Philanthropique Les Amis de l'Homme
Œuvres célèbres Le Message à l'Humanité
Parents Louis et Maria-Hélène Weissbrod

Frédéric-Louis-Alexandre Freytag (18 octobre 1870, Baden, Suisse - 31 janvier 1947, Château de Cartigny) fut un Étudiant de la Bible qui, en 1916, dirigea le Bureau suisse de la Société Watch Tower, basé à Genève. Estimant que les dirigeants de l'organisation n'avait plus la faveur divine et qu'il remplissait le rôle de l'"esclave fidèle et avisé", il provoqua des remous au sein de la Société avant d'en être finalement exclu. Vers 1919-1920, il fonda son propre mouvement, aujourd'hui connu sous le nom d'Amis de l'homme.

Parcours

Freytag était le fils de Louis, coiffeur, et de Maria-Hélène Weissbrod. Malade du cœur dès l’âge de huit ans, il grandit à Montreux, étant élevé dans la foi de l’Église Nationale Réformée.[1] Très jeune, il commença à s'intéresser à la spiritualité ainsi qu'au thème de la mort après celle de l'un de ses camarades nommé Émile dont il vit le cadavre, puis celle de son père en 1888. Il se maria, mais sa femme ne le comprit pas et cette union ne fut pas heureuse, à tel point qu'elle et deux de leurs enfants sur trois l'abandonnèrent.[2][3] Photographe de métier, il fréquenta les réunions adventistes puis, en 1898, celles des Étudiants de la Bible.[4] Il devint officiellement membre en 1912 et seconda le dentiste Émile Lanz à la filiale basée à Genève, notamment en l'aidant à traduire La Tour de Garde en français et les Études dans les Écritures de Charles Taze Russell. En 1916, Fraytag remplaça Lanz à la direction de ce Bureau;[5] il fut surveillant de filiale de l'International Bible Students Association.[6] Il était capable de s'exprimer en français, en anglais et en allemand.[7]

Contentieux avec Rutherford

En 1917, Freytag commença à ajouter des pensées personnelles dans les colonnes du périodique La Tour de Garde tandis qu'il le traduisait en français. Un Étudiant de la Bible, le bûcheron Adolphe Weber, s'en aperçut et décida d'en informer la direction de la Watch Tower. Mis au courant de la situation, Joseph Rutherford envoya une lettre d'avertissement destinée à être lue publiquement au congrès de Genève du 6 au 8 octobre 1917, qui mettait en garde contre l'orgueil et l'ambition et encourageait la loyauté envers l'organisation.[8]

Dans le numéro de décembre 1918 de La Tour de Garde, Freytag exprima son hostilité envers les dirigeants de l'organisation, alors incarcérés, ce qu'il percevait comme le signe de la perte de faveur de Dieu. Le 19 janvier 1919, la congrégation de Paris écrivit une lettre au bureau de Genève et envoya un double au siège international. Selon le récit de l'organisation, le courrier critiquait la "traduction défectueuse" des publications et se plaignait des "procédés d'un des gérants responsables du bureau de Genève". À la fin du mois, cette congrégation forma un Comité remplaçant le bureau de Genève.[8] Dès La Tour de Garde d'avril 1919, Freytag fit apparaître son nom dans la revue, non plus en tant que responsable du Bureau, mais comme rédacteur. En août, il amena chez lui beaucoup de publications et du matériel de la Société, dont celui qui était nécessaire à la projection du Photo-Drame de la Création, et exprima l'idée selon laquelle il constituait le chemin de la vérité dans le numéro de septembre de La Tour de Garde.[8]

Rutherford riposta vigoureusement: dans sa version anglaise du numéro d'octobre de La Tour de Garde, il fit paraître une lettre indiquant que la position que Charles Taze Russell avait accordée avant sa mort à Freytag était celle "d'un simple serviteur de la Société" et que "jamais il ne fut autorisé à publier" quoi que ce soit d'autre que les publications prévues par le fondateur de la Watch Tower. La lettre expliquait que le manque de loyauté de Freytag envers l'organisation lui faisait perdre toutes ses fonctions, désormais confiées à Conrad C. Binkele, dirigeant du Bureau Central de Zurich.[8] Ainsi, Rutherford congédia Freytag et mit fin au bureau de Genève, situé 7 rue de La Tour Maîtresse.[9]

De son côté, Freytag vécut comme cette situation comme une persécution et s'en plaignit dans le numéro de octobre/novembre 1919 de la version française de La Tour de Garde qu'il publia, déclarant en page 2:[10]

"À nos chers lecteurs,
"Les persécutions dirigées contre nous par la Watch Tower Bible and Tract Society, Pittsburgh,et par ses représentants à Berne et Zurich, ainsi que les calomnies qui ont été réparties sur notre compte nous ont valu, selon la promesse divine, de grandes bénédictions. Car il est dit que "tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu" (Romains 8:28). Ceux qui voulaient nous anéantir ne sont pas arrivés à leurs fins. Nous leur souhaitons de venir en contact avec la connaissance de la vérité afin de s'en laisser pénétrer, et de reconnaître le véritable caractère de notre grand Dieu et Père, Celui qui aime et dont le nom est amour. Le Fils de Dieu porte le même nom que son Père, l'épouse du Christ de même.
"Au cours de ces persécutions et calomnies, nous avons reçu une grande quantité de lettres de sympathie, qui nous ont profondément réjouis, non pas seulement à cause de la grande consolation que nous avons retirée en remerciant et glorifiant notre Dieu, mais à cause de ce qui en découle, des fruits qui sont tous les bien-aimés qui nous ont ainsi témoigné une manifestation de la grâce divine, provoquée par les chauds rayons d'amour au moyen du saint esprit. Nous remercions de tout notre cœur tous les bien-aimés qui nous ont ainsi témoigné leur affection, et nous les portons devant l'Éternel comme une part du sacrifice qui est tournoyé devant le Seigneur. C'est un doux encens, un parfum d'agréable odeur de lèvres qui confessent son saint nom. Hébreux 13:15
"Que l'Éternel, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Dieu de toute consolation, vous bénisse tous et vous garde dans son amour.
"Votre serviteur par sa grâce,
"F.L.A. FREYTAG"

Toutefois, l'affaire se compliqua car les membres du personnel de Genève, ralliés aux idées de Freytag, refusèrent d'obtempérer aux ordres: utilisant les locaux de la Watch Tower, ils continuèrent de publier un périodique toujours intitulé La Tour de Garde. La Société fit envoyer des huissiers pour confisquer tous les biens qui lui appartenait, et après trois procès, Fraytag restitua tout à l'organisation. Cela entraina la fermeture du bureau de Genève, désormais transféré à Berne.[8]

Fondation de son mouvement

Voir article détaillé Amis de l'homme

En se basant sur Révélation 3:15-21, Freytag estimait que les Étudiants de la Bible constituaient l'antitype de l'Église de Laodicée que Dieu avait rejetée à cause de sa tiédeur spirituelle. Il pensait être le messager du Seigneur annoncé en Malachie 3 ainsi que le "serviteur fidèle et prudent" de Matthieu 24:45. De ce fait, en 1920, il envoya aux Étudiants de la Bible une lettre ouverte appelée "Le message de Laodicée" leur expliquant ces vues doctrinales et destinée à leur faire prendre conscience de ce qu'ils estimaient être leurs erreurs théologiques dans le mouvement. Outre le départ de nombreux fidèles qui le suivirent, cette lettre valut à Freytag d'être exclu des Étudiants de la Bible.[11]

La même année, il abandonna définitivement les Étudiants de la Bible, fonda le mouvement aujourd'hui connu sous le nom d'amis de l'homme, et publia ses propres publications. Écrivain prolifique, Freytag écrivit notamment trois livres doctrinaux: La Divine Révélation en 1920, Le Message à l'Humanité en 1922, La Vie Éternelle en 1933. Voulant rassembler les 144 000 afin d'édifier le royaume de Dieu sur terre, il créa un centre à Méthamis dans le Vaucluse, dirigé par sa femme et sa fille. Entre autres choses, il mit l'accent sur le dévouement et l'alimentation saine.[1]

En 1934, il vint en France mais fut expulsé, et décéda en 1947 près de Genève.[1] Toutefois, son mouvement lui survécut, et son portrait est désormais installé dans les salles de culte des Amis de l'Homme.

Dans les publications jéhovistes actuelles

Publication et date Description du contenu et commentaire
Annuaire des Témoins de Jéhovah, 1980, pp. 46-50 Freytag est présenté comme "le genre d'homme qui attachait de l'importance au développement de la personnalité, il aimait attirer l'attention sur lui-même et susciter l'admiration, surtout parmi les sœurs". Deux sous-titres déclarent: "Freytag cherche l'indépendance", et "Un mauvais esclave est rejeté". Un passage de la lettre de Rutherford mettant en garde les adeptes français est cité déclarant: "Jamais [Freytag] ne fut autorisé à publier un journal ou traité quelconque, ou à répandre des publications en dehors de ce qui fut écrit par frère Russell ou sous sa direction. (...) Son cas semble très grave, puisqu'il prétend maintenant que le Seigneur l'a désigné comme le messager spécial qui doit achever l'œuvre pour l'Église. À cause de sa conduite infidèle..." Après les actions en justice, il est dit que Freytag "fonda une secte pour laquelle il était "le messager du Seigneur"", et qu'il "dirigea la secte" depuis Genève, où il possédait une maison acquise "avec les subsides de ses disciples".

=> Ironiquement, les défauts attribués à Freytag, qu'ils aient été réels ou pas, étaient précisément ceux qui caractérisaient Rutherford. En effet, ce dernier:

  • "aimait attirer l'attention sur lui-même", comme le prouvent de nombreux témoignages d'historiens et de sociologues;
  • "aimait (...) susciter l'admiration, surtout parmi les sœurs", en l'occurrence sa secrétaire Bonnie Boyd et sa diététicienne Berta Teel, deux femmes dont il fut particulièrement proche;
  • selon le testament de Russell, "jamais il ne fut autorisé à publier un journal ou traité quelconque, ou à répandre des publications en dehors de ce qui fut écrit par frère Russell ou sous sa direction", et pourtant, c'est ce qu'il fit en publiant L'Âge d'Or et de nombreux autres livres, violant les dernières volontés de son prédécesseur — pourtant alors perçu comme étant l'esclave fidèle et avisé —, et ceci alors qu'il s'était engagé à les respecter;
  • "prétend[ait] (...) que le Seigneur l'a[vait] désigné comme le messager spécial qui doit achever l'œuvre pour l'Église", puisque ses décisions étaient présentées comme émanant de Jéhovah lui-même et n'étaient pas discutables;
  • "fonda une secte pour laquelle il était "le messager du Seigneur", ce qu'il fit en restructurant totalement la théologie et l'organisation de ceux qui devinrent les Témoins de Jéhovah en 1931 et qui ne ressemblaient plus du tout aux Étudiants de la Bible de l'époque de Russell:
  • possédait une maison acquise "avec les subsides de ses disciples": Beth-Sarim, splendide villa qu'il obtient indirectement, en prétendant que celle-ci était réservée aux dignitaires de l'Ancien Testament; il est fort peu probable que Freytag ait, pour sa part, conçu un tel scénario pour s'offrir une demeure.

Ainsi, cette publication fait un bien mauvais procès à Freytag, prouvant le caractère subjectif des accusations qui se résument en fait à une seule: la déloyauté envers Rutherford.

La Tour de Garde, 1er mars 1982, p. 25 "À cette époque, Alexandre Freytag, qui représentait la Société au bureau français de Genève, apostasia et envoya des émissaires pour rallier à ses idées les chrétiens de Berne et des environs. Toutefois, en nous mettant à plusieurs pour visiter les frères, nous avons pu les aider à continuer de marcher d'un pas ferme sur la "montagne" du culte pur de Jéhovah."

=> Les idées d'apostasie, de tentatives de faire des disciples et de résistance d'adeptes de la Watch Tower donnent l'image d'une réelle épreuve qui constituait une menace pour les Étudiants de la Bible, point de vue qui, bien sûr, part du principe que la Watch Tower constitue la "vraie" religion. Pourtant, même s'il innovait d'un point de vue théologique, Freytag, ici présenté a priori comme un renégat, ne faisait qu'entreprendre la même démarche que celle de Russell des décennies plus tôt: remettre en cause les croyances de sa religion et faire connaître ce qu'il estimait être la "vérité". Mais si l'on imagine rapporter les faits du point de vue des Amis de l'homme, voilà ce que cela pourrait donner:

"À cette époque, Alexandre Freytag, qui représentait la Société au bureau français de Genève, trouva sincèrement la vérité et envoya des pèlerins pour amener sur le chemin de la lumière spirituelle les pseudo-chrétiens de Berne et des environs. Hélas, Satan ayant redoublé ses efforts en poussant certains faux frères à dissuader les autres d'accepter la vérité révélée par frère Freytag, bon nombre d'entre eux n'ont pas pu continuer de marcher d'un pas ferme sur la "montagne" du culte pur de Jéhovah."
Annuaire des Témoins de Jéhovah, 1987, p. 127 Freytag est présenté comme ayant causé de "graves (...) difficultés"; il "abusa de sa position en publiant ses idées personnelles", "voulait garder la mainmise sur les biens de la Société à Genève et refusait de rendre compte de sa gestion financière" et, "déformant grossièrement les faits, il prétendit que la Société lui avait réclamé ce qui était sien". Après trois procès, Freytag fonda ce que le livre appelle "sa propre secte".

=> Jamais la Société n'accepterait qu'elle soit qualifiée de "secte", que ce soit au sens sociologique comme au sens moderne du terme — et ceci alors qu'elle constitue à la fois une branche issue du terreau adventiste et un groupe dont le mode de fonctionnement peut à bon droit être considéré comme contestable; elle estime toutefois qu'elle peut traiter de "secte" un groupe qui, ironiquement, n'a jamais été mentionné comme tel dans les rapports parlementaires français.

Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, 1993, p. 628 "Les individus cités plus haut n'ont pas été les seuls à laisser l'orgueil miner leur foi. D'autres ont succombé à ce travers, comme Alexandre Freytag (...). Il aimait attirer l'attention sur lui; il ajoutait des idées personnelles lorsqu'il traduisait les publications de la Société en français et il est allé jusqu'à se servir du matériel et des locaux de la Société pour imprimer ses propres ouvrages."

=> En quoi l'état d'esprit et les agissements de Freytag, à savoir publier ses propres avis dans des revues religieuses et se prendre pour le porte-parole terrestre de Dieu, sont-ils différents de ceux de Russell et de Rutherford, qui se sont comportés ainsi durant tout le temps de leur présidence de la Watch Tower? (Toutefois, le reproche que l'on peut légitimement formuler contre Freytag est celui d'avoir utilisé le matériel de la Watch Tower pour promouvoir ses idées).

Voir aussi

Références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 Dagon, Gérard, "Association Philanthropique "Les Amis de l'Homme"", Vigi-Sectes. Consulté le 25 octobre 2011
  2. Arrowup.png "Dokumente aus den Dunkelkammern religiöser Wahnideen zugleich Kleiner Städteführer Baden/Aargau — F.L. Alexandre Freytag — Treuer und kluger Diener und Sendbote der Periode von Laodizea und Reinkarnator im Schnoor — Ein Mann steht auf gegen den Tod — Leichen pflastern seinen Weg" (allemand), manfred-gebhard.de. Consulté le 25 octobre 2011
  3. Arrowup.png Séguy, Jean (1956), Les Sectes protestantes dans la France contemporaine, Beauchesne, pp. 128-32
  4. Arrowup.png Ranc, Paul (19 juillet 2005), article "Freytag, Alexandre", Dictionnaire historique de la Suisse, hls-dhs-dss.ch. Consulté le 25 octobre 2011
  5. Arrowup.png Fr. A. D., "La moisson, en France", bibletude.free.fr. Consulté le 25 octobre 2011
  6. Arrowup.png Penton, James (2004) (anglais), Jehovah's Witnesses and the Third Reich: Sectarian Politics under Persecution, Toronto: University of Toronto Press, p. 137 (ISBN 9780802086785)
  7. Arrowup.png Parkinson, James (anglais), "Troubled Years", heraldmag.org. Consulté le 14 novembre 2011
  8. 8,0, 8,1, 8,2, 8,3 et 8,4 WTBTS (1980), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, pp. 46-50
  9. Arrowup.png Garbe, Detlef (2008) (anglais), "Between resistance and martyrdom: Jehovah's Witnesses in the Third Reich", University of Wisconsin Press, p. 44 (ISBN 9780299207908)
  10. Arrowup.png Freytag, Alexandre (octobre-novembre 1919), deuxième page de La Tour de Garde, Bureau de Genève. Consulté le 25 octobre 2011
  11. Arrowup.png Vernette, Jean; Moncelon, Claire, Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui — Religions, églises, sectes, nouveaux mouvements religieux, mouvements spiritualistes, Presses Universitaires de France, prevensectes.com. Consulté le 25 octobre 2011