Amis de l'homme

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Les amis de l'homme (Ange de l'Éternel en Suisse et Église du Royaume de Dieu jusqu'en 1951) constituent un mouvement religieux né vers 1920 par Alexandre Freytag, l'ancien dirigeant de la filiale suisse de la Société Watch Tower; Il s'agit donc d'un schisme de l'organisation des Étudiants de la Bible. Bien que toujours actif mais davantage dans le domaine de la philanthropie, le groupe ne progresse plus aujourd'hui.

Historique

Fondateur

Voir article détaillé Alexandre Freytag

Le groupe fut fondé par Alexandre Freytag, le dirigeant de la branche suisse des Étudiants de la Bible. Freytag se présenta comme le "serviteur fidèle et prudent" de Matthieu 24:45 jusque là représenté par Russell, et le Messager de l'alliance mentionné en Malachie 3:1. En 1917, il publia Journal pour tous et, en 1920, une lettre ouverte intitulée Le Message à Laodicée destinée à ses coreligionnaires afin de dénoncer, selon lui, la fausseté de leur dogmes; Joseph Rutherford, le nouveau président de la Société Watch Tower, répondit par le biais du livre La Harpe de Dieu. Freytag adressa aussi Un Message d'amour à Laodicée aux adventistes et à l'Association Internationale des Étudiants de la Bible.[1] En Suisse francophone, il provoqua une grande crise dans le mouvement de la Watch Tower, car la majorité des 304 assistants au Mémorial le suivirent puisque l'année suivante en 1920, le nombre chuta à 75.[2] Évidemment, Rutherford désapprouva cette conduite et cela aboutit à l'exclusion de Freytag et même à une action en justice à son encontre. Freytag se mit alors à développer sa doctrine dans plusieurs livres et fonda dès 1925 une station d'essai pour y établir le royaume de Dieu, à Méthamis (Vaucluse).

Fixant sa date de fondation à 1916 — contrairement aux non membres qui la fixe au plus tôt à 1920 —, le mouvement estime qu'il est né suite à la "persécution par les Étudiants de la Bible", car "il fallait poursuivre le travail de sanctification, arriver au changement total du caractère, changement qui est une condition inhérente à la prêtrise. Il n'était plus possible de suivre les errements dans les interprétations des Étudiants de la Bible."[3]

Crise(s) de succession

À la mort de Freytag en 1947, une crise de succession divisa le mouvement en deux branches: l'une en France, l'autre en Suisse. En effet, en Suisse, l'ex-russelliste Edouard Rufener prit la direction du mouvement jusqu'à sa mort en décembre 1969, et fut succédé par Marie Roulin (1889—août 1982), ex-secrétaire de Freytag, puis par M. Kohli.[4] Dans ce pays, le nom du mouvement, "Ange de l'Éternel", fait référence à une vision contenue dans le livre de l'Apocalypse, celle d'un ange volant dans le ciel et tenant un livre dans la main, ce livre étant censé être le livre de Freytag La Divine Révélation.[3]

En France, Bernard Sayerce (1912—1963), un instituteur qui avait rencontré le fondateur à Lyon en 1933, affirma être son successeur légitime et se fit appeler le "Berger fidèle du Peuple de Dieu",[5] et presque toutes les 900 assemblées de France et de Belgique adhérèrent à ce schisme dont les effectifs atteignirent 9 700 membres entre 1958 et 1962. En 1963, Lydie Sartre (1898—1972), amie de l'homme depuis 1920 et ex-secrétaire de Sayerce, nommée la "chère maman", puis Joseph Neyrand (1927—1981) en 1971, assumèrent la direction à la place de Sayerce.[6][7]

Dans les années 1980, des difficultés de succession se manifestent à nouveau dans la version française du mouvement, entrainant des procès ainsi que l'exhumation et le renvoi à leurs familles des restes de Sartre et de Neyrand. En 1984 fut fondée les "amis sans frontière", à laquelle s'opposa "Le Renouveau des amis de l'homme", créée pour rester fidèle au fondateur.[6][7]

Développement

Monde

Freytag fit d'abord des convertis en Europe occidentale puis en Amérique du Nord, principalement parmi les adeptes de la Watch Tower. En 1918, il alla au Mexique, et convertit l'ex-russelliste Abel Ortega qui devint le représentant légal du mouvement qu'il dirigeait depuis sa maison (il dirigea le mouvement au moins jusqu'à la fin de l'année 1970). En 1925, une filiale vit le jour dans ce pays et en juillet 1926, le nom devint la Société biblique de traités de L'Ange du Seigneur. À partir de 1926 parut la version mexicaine du Journal pour tous, suivit de L'Ange de l'Éternel.[2]

En Italie, la première communauté fut établie en 1946 à Turin par Sebastiano Chiardola.[8]

Des colonies agricoles du mouvement virent progressivement le jour en Allemagne, en Belgique, en Suisse et dans d'autres pays. Des congrès eurent aussi lieu en Allemagne, en Autriche et en Belgique.[7] Écrivain prolifique ayant composé presque 380 hymnes et mélodies,[1] Freytag vit ses œuvres diffusées par dizaines de milliers dans les années 1920 et 1930 par ses disciples actifs dans plusieurs États.[2]

France

En 1919, les premiers adeptes arrivèrent en France.[4] Des congrès agrémentés de galas artistiques et de concerts furent tenus en 1948 et 1949 à Paris, en 1950 à Bordeaux et en 1951 à Toulouse, avec une assistance atteignant à chaque fois 10 000, suivis d'assemblées régionales trimestrielles dans les années ultérieures. Dès 1948, Toulouse fut le siège de l'impression. Majoritairement composés de femmes, les adeptes étaient alors principalement regroupés dans le Sud-Ouest, puis en région parisienne.[7]

En France, le mouvement n'a pas pu être enregistré sous le nom de l'Ange de l'Éternel, ce qui est son nom en Suisse.[3] En 1951, le nom d'Église du Royaume de Dieu fut abandonné pour souligner la réorientation de la doctrine de la religion vers la philanthropie et le groupe vit son rayonnement limité au Sud-Ouest du pays. À cette époque, un service social fut ouvert à Bordeaux où des marchandises furent engrangées à destination des défavorisés. Suite à un don d'un terrain et d'une ferme dans le Lot-et-Garonne, le siège fut transféré dans ce département et le mouvement concentra son œuvre sur l'aide aux fermiers.[7] Le nom actuel, amis de l'homme, fait référence à la volonté de rassembler les humains en grande famille.

Littérature et doctrine

Le Message à l'Humanité (1922), le second ouvrage de Freytag

Freytag écrivit trois ouvrages qui contiennent la doctrine du groupe: La Divine Révélation (1920), retraçant l'histoire du petit troupeau, Le Message à l'Humanité (1922, le plus diffusé), contenant la Loi Universelle, et La Vie Éternelle (1933), traitant du rétablissement de l’humanité à la vie éternelle terrestre. Le mouvement édite également deux journaux généralement distribués dans la rue: l'hebdomadaire Le Journal pour tous (depuis 1917, dirigé par Y. Magnan), et le bimensuel Le Moniteur du Règne de la Justice (depuis 1936, dirigé par G. Fromentin, tirage de 120 000 exemplaires). À ceci s'ajoutent de nombreuses brochures et le recueil de 372 cantiques appelé Les Cantiques du Messager.[4] Le sociologue Jean Séguy écrivit que dans les ouvrages de Freytag "la prétention scientifique le dispute à chaque pas à une exégèse symbolique des plus fantaisistes",[9] et que l'ensemble de son œuvre est "marquée au sceau bien défini d'une époque et de ses illusions".[10]

Au niveau des croyances, le mouvement mélange millénarisme, philanthropie et écologie, bien que la doctrine chrétienne, et même l'aspect religieux, ait presque disparu aujourd'hui dans la branche française. La Bible est peu citée par rapport aux écrits de Freytag. Plusieurs aspects de la doctrine font références aux croyances des Étudiants de la Bible.

Selon Séguy, les amis de l'homme seraient le fruit de russellistes animés d'une volonté de prouver que la vie éternelle était possible pour tous les hommes sur terre en construisant "des havres de paix et d'amour mutuel dont les habitants auraient porté témoignage au monde méchant et mortel de l'éternité de la race humaine lorsque celle-ci accepte d'être bonne et charitable". Par ailleurs, il y avait une volonté d'adoucir l'idée de la vengeance divine: Dieu ne détruirait pas les humains, mais ce sont les méchants qui se détruiraient eux-mêmes car, étant éloignés de la Loi Universelle de l'altruisme et qui inclut une certaine hygiène de vie, ils ne peuvent plus gouverner leur corps et donc "le fluide vital (l'Esprit de Dieu) n'a plus aucune influence sur leur système nerveux".[11]

Considéré comme le "serviteur fidèle et prudent" dont le portrait orne les lieux de culte du mouvement, Fraytag est censé avoir reçu les révélations divines — dont la Loi Universelle que les humains doivent suivre — qu'il a consignées dans ses livres et avoir été chargé de rassembler l'Église du Christ, le petit troupeau (les 144 000 oints, membres des amis de l'homme vivant selon l'enseignement de Freytag, qui peuvent être remplacés en cas de chute et entretiennent une espérance céleste) et la grande multitude (l'Armée de l'Éternel). L'idée centrale est que l'humanité vit à la fin des temps, que Christ va sous peu inaugurer le Royaume de Dieu sur terre, à savoir le paradis, et que l'Armée de l'Éternel en sera la base tandis que les Églises formant Babylone s'effondreront. Har-Maguédôn est considéré comme symbolique, et ceux qui mourront ressusciteront, à l'exception des personnes vraiment irréformables.[3]

Le mouvement est non trinitaire, ne reconnaissant qu'un seul Dieu, Jéhovah,[3] bien que le nom divin ne soit pas employé systématiquement. L'histoire de l'âge évangélique est divisée en sept périodes allant de la Pentecôte à la naissance des amis de l'homme, périodes pendant lesquelles il y aurait eu une Église fidèle; ces périodes sont: 33—73, 73—325, 325—1160, 1160—1378, 1378—1518, 1518—1830, 1830—1916. Le mouvement prône le changement du caractère, notamment la pratique de l'altruisme.[4]

Organisation et effectifs

Peu développée, la hiérarchie comprend la direction mondiale qui est formée de plusieurs membres âgés, avec Ruth Cavin comme responsable générale. Au niveau local, un ancien ou une ancienne dirige la communauté; néanmoins, ces anciens se font de plus en plus rares.[3] Les adeptes constituent la famille divine, l'Armée de l'Éternel, précurseurs de la nouvelle terre et instructeurs de l'humanité lors du rétablissement. Les groupes locaux reçoivent deux visites annuelles d'anciens suisses plus expérimentés.[3] En France uniquement, l'organisation se décline en "noyau" (dirigeants), "tabernacle" (adeptes) et "débonnaires" (sympathisants).[7]

Avec un total d'environ 71 500 membres[4]20 000 selon Séguy en 1956 —,[9] les amis de l'homme sont présents et actifs dans dix à vingt pays, essentiellement européens, avec une prédominence en France (une cinquantaine d'assemblées) et en Allemagne, mais aussi dans une moindre mesure en Amérique du Nord et du Sud (Mexique, États-Unis, Brésil). Le groupe justifie le peu d'adeptes dans ses rangs ainsi: "Le petit nombre est un gage. Ceux qui appartiennent à de grands mouvements n'ont pas la concentration nécessaire pour leur sanctification."[3] Des stations d'essai destinées à réaliser la nouvelle terre ont été créées en Suisse (Cartigny, Marnand et Wart), en Allemagne (Waldeck et Sternberg), en France (Valensole, Oraison, Méthamis, Draveil).[4]

Le siège mondial est situé à Le Château, 1236 Cartigny, en Suisse. En France, le siège social est au 22 rue David d'Angers, Paris 19e, et l'administration à Draveil (la propriété servant à l'édition du Moniteur du Règne de la Justice fut acquise par Freytag en mai 1930).[12]

Pratiques

Le Moniteur du Règne de la Justice

Le mouvement pratique un prosélytisme de porte-à-porte et dans la rue, celui-ci étant plus marqué en France.[7] Quatre réunions hebdomadaires sont organisées (lundi: prière et lecture du Moniteur du Règne de la Justice; jeudi soir: lecture des livres de Freytag; dimanche matin: Rosée du ciel; dimanche après-midi: lecture du Journal pour tous), auxquelles s'ajoutent annuellement des congrès ou réunions générales.[4] Les suisses pratiquent le baptême par immersion totale ainsi que la Cène, célébrée au printemps, les emblèmes étant réservés aux adeptes du petit troupeau; les fêtes incluent la Fête de l'Armée de l'Éternel en avril et la Fête du petit troupeau en octobre. Les adeptes français ne pratiquent pas de baptême, mais se concentrent sur des activités philanthropiques se traduisant par une aide aux défavorisés, notamment des fermiers.[6] Les membres sont censés rejeter le tabac, l'alcool et la viande,[4] mais en France, Sayerce alla plus loin en interdisant également le pain et l'huile afin de "se préserver contre les effets de la bombe atomique".[5] Dans leurs communautés rurales où ils pratiquent l'agriculture, les adeptes rejettent l'utilisation des engrais et des produits chimiques.[13] Par ailleurs, ils célèbrent Noël.

Perception

Contrairement aux Témoins de Jéhovah, les amis de l'homme ne sont pas considérés comme une secte dans les rapports parlementaires. Le mouvement est parfois critiqué par des associations évangéliques et protestantes en raison de ses doctrines jugées non chrétiennes;[14] toutefois, info-sectes précise: "Ce n'est pas non plus un mouvement "dangereux" pour la société".[4] En revanche, dans ses publications, la Watch Tower a qualifié ce mouvement de "secte" et,[15][16] parfois sans le nommer à propos d'Ortega, de "nouveau mouvement religieux, qui avait pris naissance en France" (ce qui est d'ailleurs inexact).[17]

Voir aussi

Ressources sur le sujet

Références

  1. 1,0 et 1,1 Bergman, Jerry (1999) (anglais), Jehovah's Witnesses: A Comprehensive and Selectively Annotated Bibliography, Westport, London, Greenwood Press, pp. 332,333 (ISBN 0-313-30510-2)
  2. 2,0, 2,1 et 2,2 Gutiérrez
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3, 3,4, 3,5, 3,6 et 3,7 Barbey, Philippe (2001), "Le christianisme unitarien en France", barbeyphilippe.jimbo.com. Consulté le 13 septembre 2012
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3, 4,4, 4,5, 4,6, 4,7 et 4,8 Info-Sectes
  5. 5,0 et 5,1 Séguy, 1956, p. 132
  6. 6,0, 6,1 et 6,2 Vernette, Moncelon
  7. 7,0, 7,1, 7,2, 7,3, 7,4, 7,5 et 7,6 Chantin, 2004
  8. Arrowup.png CESNUR (italien), "La Chiesa del Regno di Dio", cesnur.org. Consulté le 13 septembre 2012
  9. 9,0 et 9,1 Séguy, 1956, p. 133
  10. Arrowup.png Séguy, 1956, p. 140
  11. Arrowup.png Séguy, 1956, pp. 127,128,134
  12. Arrowup.png Macé, Jacques (2001), Paul et Laura Lafargue: du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, L'Harmattan, p. 202 (ISBN 978-2-7475-1488-0)
  13. Arrowup.png Séguy, 1956, p. 139
  14. Arrowup.png Kreiss, Wilbert, "Les amis de l'homme", egliselutherienne.org. Consulté le 13 septembre 2012
  15. Arrowup.png WTBTS (1980), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, pp. 46-50
  16. Arrowup.png WTBTS (1987), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 127
  17. Arrowup.png WTBTS (1995), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 174