Barbara Anderson

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Barbara Anderson est une ancienne Témoin de Jéhovah qui a travaillé pendant des années au Département de la Rédaction de la Société Watch Tower.

Biographie sommaire

Barbara est née en 1940 de parents catholiques polonais. Elle entra en contact avec les Témoins de Jéhovah à 14 ans. Très vite, elle abandonna ses idées d'études de l'archéologie, en raison de l'interdiction des études supérieures dans ce mouvement. Après trois mois d'études bibliques, elle prêcha de porte en porte. Neuf mois plus tard, elle se fit baptiser en même temps que sa mère.

À 17 ans, elle entama le service de pionnier à Colombus (Ohio), mais après trois mois, ne trouvant pas de travail, elle se dirigea vers New York pour travailler à mi-temps au quartier général de la Watchtower Bible and Tract Society de Brooklyn. C'est là qu'elle rencontra son futur mari; il travaillait à l'imprimerie. Ils se marièrent en 1959 et partirent exercer le service de pionnier en Floride jusqu'en 1961, date à laquelle Barbara tomba enceinte. Pendant plus de 20 ans, ils servirent fidèlement dans nombre de congrégations, stigmatisés par l'attente de l'intervention de Dieu attendu pour 1975.

Elle et son mari furent admis à servir au Béthel de Brooklyn en 1982. Elle servit comme secrétaire dans un certain nombre de services. Puis en 1989, elle fut mutée au Département de Rédaction pour servir d'auxiliaire de recherche au responsable de rédaction [Karl Adams], rédacteur, entre autres, du très officiel ouvrage Les Témoins de Jéhovah - Prédicateurs du Royaume de Dieu, publié en 1993. Cette position de responsabilité, très convoitée, lui donna un point d'observation unique.

Ses recherches dans les fonds historiques de la Watchtower Bible and Tract Society révélèrent des faits quelque peu oubliés, notamment:

  • Le premier Président de la Société ne fut pas Charles Taze Russell, comme le croient toujours les Témoins de Jéhovah aujourd'hui, mais un banquier de Pennsylvanie nommé William H. Conley, en 1881. Russell en était alors le secrétaire-trésorier et son propre père, Joseph, le vice-président.
  • Le procès gagné en octobre 1940 par Olin Moyle contre Joseph Rutherford, après avoir été chassé sans ménagement du Béthel pour avoir porté contre ce dernier de lourdes accusations d'ivrognerie et de brutalité. En dépit des preuves matérielles et des témoignages recueillis, cet épisode n'a pas été rapporté dans la littérature jéhoviste.

Sous la conduite de Harry Peloyan, collaborateur de valeur du Département de Rédaction, elle assura la rédaction de plusieurs articles de Réveillez-vous !.

À partir de 1984 et pendant plusieurs années, elle prit conscience de l'importance du problème occulté de la pédophilie au sein de l'organisation des Témoins de Jéhovah. Elle co-écrivit certains articles qui traitaient ouvertement de la question, mais qui furent amendés afin de minimiser les faits.

Elle et son mari quittèrent le Béthel en 1992. Après une période de réflexion intense sur la politique menée par l'organisation des Témoins de Jéhovah concernant la pédophilie, elle abandonna le mouvement en 1998. À partir de 2000, elle se rapprocha de Bill Bowen qui fonda le mouvement Silentlambs afin de donner la parole aux jeunes victimes, longtemps restées sans voix, des Témoins de Jéhovah, et prit publiquement fait et cause pour ce mouvement de dénonciation en mai 2002 lors d'une émission télévisée. La réaction jéhoviste fut rapide: elle fut exclue spectaculairement et à grand renfort de publicité peu de temps auparavant, son exclusion étant annoncée à titre préventif dans toutes les congrégation des États-Unis; son mari le fut lui aussi en juillet de la même année.

Son choix courageux lui vaut le rejet de son fils et de sa belle-fille restés fidèles à l'organisation. Elle est aujourd'hui résolue à faire le jour sur le vrai visage du jéhovisme.

Traduction de sa biographie: "Les découvertes de Barbara Anderson"

Voici l'introduction de Poul Bregninge:

« Dans le courant de l'automne 2005, accompagné de Bill Bowen, un ex ancien du Kentucky qui vient en aide à de nombreux enfants Témoins de Jéhovah victimes d'abus sexuels, j'ai rendu visite à Barbara Anderson. Mon propos, en contactant Barbara, était de découvrir comment les choses se passaient, pour elle, depuis la fin de son association avec les Témoins de Jéhovah fin 2002, et je lui ai demandé si elle voulait raconter son histoire pour mon livre. Elle a accepté et m'a envoyé plus d'informations que je ne pouvais en imprimer en seulement dix pages. Nous nous sommes mis d'accord pour que je condense son histoire pour mon livre, Dommedag må vente (Le jour du jugement doit attendre), mais je lui ai promis que j'essayerai de publier la version longue de son histoire sur le site internet Gyldendal. Dans ce but, Barbara a édité les documents qu'elle m'avait fourni à l'origine, en y incluant de nouvelles informations qui ne figuraient pas dans les premiers documents qu'elle m'avait envoyé. C'est pourquoi il y a quelques différences entre le récit actuel de Barbara et celui de mon livre. Lorsque j'ai demandé à Barbara d'écrire son histoire, je ne savais pas grand-chose des problèmes rencontrés par les enfants, Témoins de Jéhovah, victimes d'agressions sexuelles. Cependant, après avoir lu le récit de Barbara, j'ai été forcé de réviser mon attitude envers ce problème sensible, et finalement j'ai décidé, parce qu'il paraît maintenant occuper une part importante de l'histoire récente des Témoins de Jéhovah quelque soit le nombre des cas avérés, de dévoiler le témoignage de Barbara. Je suis sûr que la question relative à la pédophilie, à l'intérieur de l'organisation des Témoins, est des plus complexe; en effet, les Témoins de Jéhovah en tant que mouvement, peuvent être la proie de pédophiles isolés ou en groupe, parce que cette organisation est de structure patriarcale et fondamentaliste. Cependant, depuis le début, les mesures concernant les abus d'enfants Témoins semblent poser problème, et malgré ce qu'en ont pensé les responsables de l'organisation après avoir changé d'attitude et décidé de réformer leurs mesures, les problèmes semblent toujours être d'actualité. »

Cette biographie, racontée par Barbara elle-même et datée du 1er mai 2006, fut intitulée: "Ce que Barbara Anderson a découvert. Une ex Témoin de Jéhovah a été un témoin oculaire privilégié de malversations au sein de l'organisation."

Un choix qui changea sa vie

« Je suis née à Long Island, New York, en 1940 au sein d'une famille polonaise et catholique. Alors que j'étais une jeune fille de 14 ans, inexpérimentée et mécontente, j'ai fais un choix qui a restreint, pour une période de 44 années, mes possibilités quant à d'autres choix – j'ai rejoint les rangs d'un des groupes religieux les plus agressifs et controversés, les Témoins de Jéhovah, devenu le centre de ma vie. J'ai mis de côté, ce qui me tenait le plus à cœur, l'étude de l'archéologie, à cause de l'interdiction religieuse émise à l'encontre de tous ses adhérents de poursuivre de hautes études. J'ai tenu compte des règles, impliquant le choix d'amis au sein des Témoins de Jéhovah, et dans le choix d'un conjoint, qui soit Témoin de Jéhovah, lui aussi. Pourquoi une jeune fille a-t-elle permis que sa vie soit contrôlée de telle façon? Non seulement parce que j'étais idéaliste comme on l'est à cet âge, mais parce que je m'ennuyais. J'étais trop jeune pour apporter une contribution valable à la résolution des problèmes que le monde connaissait, mais aussi trop désespérée, une attitude qui laissait la porte grande ouverte pour accepter l'étude de la Bible que me proposaient les Témoins de Jéhovah. Après tout les Témoins disaient qu'ils pouvaient expliquer le bien et le mal et bien d'autres mystères de la vie. Très vite j'ai embrassé avec zèle la foi des Témoins. J'étais jeune, naïve et crédule, comment aurais-je pu imaginer que l'on allait me manipuler – par des méthodes d'endoctrinement pointues, habilement montées depuis des décennies – qui me donneraient l'impression que tout ce que j'apprenais avait l'accent de la vérité? Avoir l'entregent que possédaient les personnes parlant de façon persuasive sur des sujets que peu de gens semblaient connaître, tout cela me fascinait. Cela me donna la sensation de pouvoir rester forte et de supporter les critiques de mes connaissances catholiques et de mes amis. Après trois mois d'études bibliques j'ai été heureuse d'aller en prédication donner le témoignage de porte en porte, et six mois plus tard de prendre le baptême comme Témoin de Jéhovah, en compagnie de ma mère. Après deux années au cours desquelles j'ai développé mon zèle, cinq adultes se convertirent à ma foi. En 1956, alors que j'avais seize ans, une missionnaire Témoin vivant temporairement à Long Island, dans l'attente de ses papiers pour aller en Inde, me proposa de l'accompagner pendant deux mois d'été comme pionnier ou missionnaire à plein temps, à Athens, Ohio. Durant la seconde guerre mondiale, quinze ans plus tôt, une foule de patriotes de cette région attaquèrent des Témoins et les enduisirent de goudron et de plumes, parce qu'ils avaient refusé de saluer le drapeau et de supporter l'effort de guerre. Il y eut un peu de tension lorsqu'un homme fort énervé nous pria de quitter sa propriété nous menaçant de prendre son fusil et de nous chasser hors du conté, comme il l'avait fait des années auparavant avec les Témoins. Pas trop intimidées, nous avons continué notre ministère. Le retour à l'école en automne a été stressant parce que je voulais être encore dans le service du champ, et non passer mes journées à étudier en pensant que ce monde courait à sa fin à tout moment. C'était une période difficile pour moi, mais quelques mois plus tard ma famille déménagea pour le sud de la Floride ou nous avons repris contact avec les Témoins de Jéhovah, et une fois encore je trouvais un nouveau groupe d'amis. »

Mariage

« En 1957, à l'âge de dix sept ans, j'ai fais équipe avec deux autres filles de Floride et nous avons accepté une affection à Columbus, Mississippi. Mais il ne nous a pas été possible de trouver un travail, à temps partiel, à Columbus les élèves du collège local occupant tous les postes, après trois mois nous étions abattues et découragées. Au lieu de retourner en Floride, nous avons décidé d'aller à New York car nous savions que le quartier général des Témoins de Jéhovah à Brooklyn, New York, recherchait des volontaires. Le personnel du Béthel s'activait aux préparatifs de la plus importante assemblée internationale des Témoins de Jéhovah qui devait se tenir dans le courant de l'année 1958, au Yankee Stadium et au Polo Grounds. Nous sommes restées avec des amis Témoins à Long Island jusqu'à ce que nous trouvions un appartement et du travail à temps partiel; c'est ainsi que pendant quelques semaines nous avons parcouru les quelques 48 kilomètres nous séparant des bureaux du siège central, plusieurs fois par semaine. J'ai rencontré Joe Anderson quelques mois avant l'assemblée de New York. Sa mère, Virginia, et moi fréquentions la même congrégation à Hempstead, Lond Island, et elle nous a présenté. La grand-mère de Joe avait été Témoin de Jéhovah, mais son engagement était faible; en conséquence ses enfants, pour la plupart, étaient des Témoins de Jéhovah "spectateurs". Joe avait 6 ans lorsque ses parents déménagèrent à Dallas, Texas, et sa mère commença à assister aux réunions de la congrégation locale. Son père, un alcoolique intimidant, se désintéressait totalement des Témoins. La camaraderie, religieuse et zélée, attira Joe; ses deux sœurs quittèrent le groupe mais lui se joignit aux autres Témoins en s'engageant dans le service de pionnier, pour trois ans, dans la région de Dallas. (A cette époque les pionniers devaient passer cent heures par mois dans l'activité de prédication en parlant avec des personnes, non Témoin, du message contenu dans la Bible; actuellement le nombre d'heures exigées est de soixante-dix. En règle générale les pionniers exercent un métier à temps partiel pour subvenir à leurs besoins). En 1956, Joe entra comme travailleur volontaire et s'installa au complexe de Brooklyn Heights connu des Témoins comme "le Béthel". C'est le siège mondial et quartier général des Témoins de Jéhovah, opérant sous le nom de Watchtower and Tract Society, Inc., de New York ["Watchtower Society"]. Joe y travailla de 1956 à 1959 comme opérateur sur les presses imprimantes, c'était son travail au moment ou je le rencontrais en 1958. Après notre mariage en novembre 1959, nous avons effectué le service de pionniers à West Palm Beach, Floride, jusqu'à ce que je tombe enceinte de notre fils, Lance, né le 14 septembre 1961. »

Dévotion sans faille

« Mon mari servait comme surveillant président (président du collège des anciens) dans la congrégation que nous fréquentions et s'efforçait d'être un exemple pour le troupeau, non seulement en donnant des discours, mais également en s'activant dans le service puisque qu'il a été pionnier pendant trente cinq ans. Nous étions un couple de croyants zélés et au cours des ans nous avons convertis environ quatre vingt personnes. En 1974 notre famille déménagea pour le Tenessee, pour former une nouvelle congrégation en compagnie de quelques dizaines d'autres Témoins du sud de la Floride. Au tout début j'avais foi en la théologie de la société Watchtower et je me laissais influencer car elle semblait posséder les réponses à toutes les questions et particulièrement celles, si cruciales, ayant trait à la vie, à la mort, à la guerre et la paix en ces temps d'instabilité et d'insécurité qu'étaient les années 1950, années "d'abri antiaérien et de guerre froide". Le temps passant j'étais convaincue d'avoir fait le bon choix, particulièrement en voyant les conditions de détresse mondiale empirer sur toute la terre, ce que les Témoins proclamaient comme étant le signe de la fin, imminente, du monde. Dès le milieu des années 1960 de nombreux discours, émanant des responsables de l'organisation, attirèrent l'attention sur 1975 représentant à leurs yeux la fin du système de chose. Soucieux de faire plus pour Dieu, en 1968, Joe quitta son emploi auprès de la "Florida Power and Light Company" et nous avons pris un travail à temps partiel tous les deux afin de reprendre, une nouvelle fois, le service de pionnier. Joe servit comme pionnier pendant trois ans, et moi-même pendant une année, ensuite un mois sur deux quand je le pouvais. Bien que la date de 1975 présentée par les Témoins de Jéhovah, pour la venue de l'Apocalypse, passa nous n'avions pas le sentiment d'en avoir trop fait et de jeter l'éponge. »

Invitation à servir comme volontaire

« En 1982 la société Wathctower nous a invité, Joe et moi, de nous joindre aux membres du Béthel de Brooklyn, comme volontaires; nous disposions du gîte et du couvert ainsi que d'une petite allocation en échange de notre travail. Une année avant ses dix neuf ans Lance, notre fils, a demandé à travailler comme volontaire au Béthel et sa demande a été acceptée. Il a été affecté à l'un des nombreux ateliers de productions de la société Watchtower, à Brooklyn, pour l'entretien d'une des nombreuses presses imprimante ultra rapide, qui produisait des millions de "Tour de Garde" (périodique religieux) annuellement. Si nous avons invité à venir travailler au Béthel de Brooklyn, c'est à cause de la profession de mon mari. En effet, lorsque nous avons rendu visite à notre fils en mars 1982, Joe a salué Richard Wheelock, un haut responsable de l'imprimerie de la société Watchtower, avec qui il avait travaillé en 1950. Lorsque Richard découvrit que Joe était plombier, il fit tout ce qui était en son pouvoir pour nous faire inviter à travailler et vivre au quartier général. Malheureusement, huit ans plus tard, le 25 juillet 1990, à l'âge de soixante quinze ans Richard Wheelock se suicida en sautant du 3e étage de l'immeuble ou il vivait. Il souffrait d'une profonde dépression provoquée par le décès de son épouse, cinq années auparavant. Quelques mois après avoir déménagé nous avons découvert pourquoi Richard était si intéressé par le métier de Joe. Des négociations, ignorées par la communauté locale de Brooklyn, ainsi que par la plupart des employés de la Watchtower, étaient en cours pour acquérir une vieille usine de Brooklyn située au bord de l'East River à Furman Street. Cet immense bâtiment, négligé de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés, avec des citernes blindées, avait été construit pendant la seconde guerre mondiale. Les ascenseurs étaient assez grands pour accueillir et supporter le poids d'un grand camion et le monter ou le descendre tout le long des 13 étages. Peu de temps après cet achat, notre fils a quitté l'atelier d'Adams Street et a été affecté au bâtiment de Furman Street pour étudier l'installation et la maintenance des ascenseurs. (A propos, après que de nombreux volontaires aient passé des années à rénover le bâtiment, il a été vendu en avril 2004 permettant à la Watchtower d'en tirer un profit énorme). De plus l'immeuble, décrépi, de douze étages de l'Hôtel Bossert ouvert en 1900 à Montague Street au centre de Brooklyn Heights, un district local historique, a fait l'objet de discussions secrètes en vue de son achat par Cohi Towers Associates, un organisme formé par un nombre important de Témoins de Jéhovah, riches, achetant des bâtiments à l'usage de la Watchtower. En achetant des bâtiments sous le couvert de Cohi Towers Associates la Watchtower se met à l'abri des groupes locaux d'opposition qui ignorent ainsi qu'un nouvel édifice du voisinage va être enlevé de la liste des impôts. Afin de réduire quelques taxes sur les biens fonciers de Cohi lors de l'achat de Bossert, j'ai été affectée à la recherche des informations nécessaires pour enregistrer l'hôtel sur le registre national des lieux historiques. Cependant, quelques mois après la fin de mon travail, j'ai entendu que l'organisme Cohi avait cédé le bâtiment à la Watchtower. A ce jour la société Watchtower possède environ vingt immeubles résidentiels à Brooklyn Heights, bien qu'en 2005 quelques bâtiments aient été mis en vente par l'organisation pour diminuer le coût effectif de ses opérations à New York. Quand nous avons visité le Béthel ce samedi matin de mars 1982, nous avons vu des volontaires travailler dur à la rénovation d'anciens édifices et qui étaient prêt à commencer le travail sur le bâtiment de 12 étages du Standish Hotel (ouvert en 1903), acquis par la Watchtower quelques années auparavant. En ayant en tête d'une part tous ces achats et d'autre part le besoin d'un plombier expérimenté, Richard s'était arrangé pour des entretiens avec des responsables de la Watchtower, à la fin de la matinée nous étions invités à rejoindre les plus de deux mille membres du personnel de la Watchtower à Brooklyn. Environ onze plus tard lorsque nous sommes retournés au Tenessee, plus de trois mille trois cents personnes travaillaient au Béthel de Brooklyn suite à l'accroissement prodigieux au sein de l'organisation des Témoins pour la décennie de 1980 à 1990. Anticipant avec enthousiasme notre nouvelle aventure, nous sommes retournés à la maison, afin de mettre nos affaires en ordre et sommes revenus à New York en juin 1982. Joe a été affecté au département de la construction, section plomberie, qui était en train de rénover la plomberie du vieil édifice Squibb, et j'ai commencé à travailler au département de duplication de cassettes. Après quelques semaines, j'ai commencé à développer une sévère allergie respiratoire à cause de mon travail qui me mettait en relation avec des produits chimiques et j'ai été transférée au département d'expédition ou j'effectuais un travail d'entrée de données. »

Expansion mondiale

« Environ une année plus tard je faisais partie du personnel du département de construction et de génie civil en qualité de secrétaire. Le département rassemblait environ une centaine de personnes –dessinateurs, ingénieurs, architectes, secrétaires etc. –tous impliqués d'une manière ou d'une autre dans le génie civil, le dessin et la construction de nouveaux bâtiments ou la rénovation d'anciens édifices utilisés par les Témoins de Jéhovah dans le monde entier, lorsque les Témoins étaient considérés comme l'une des religions à l'accroissement le plus rapide. Peu de temps après mon arrivée dans ce département, la société Watchtower entra en possession d'une grande surface de terrain à Patterson, dans l'Etat de New York. Au début la société ne savait que faire de cette propriété, puis elle décida après quelques temps d'y implanter un centre d'enseignement. Le montant original consacré au développement du centre, je l'avais entendu, représentait cinquante millions de dollars. Quand j'ai quitté la construction et le génie civil, en 1989, cent millions de dollars avaient déjà été dépensés, alors que l'extension du complexe était loin d'être terminée, les opérations à Brokklyn diminuant considérablement. Bien que les bureaux du Collège central des Témoins de Jéhovah soient toujours situés à Brooklyn, le site de Patterson est devenu le centre (hub) d’où les responsables dirigent l'organisation mondiale. »

Construction d'un édifice de 30 étages au bord de l'eau

« Par la suite j'ai été affectée comme secrétaire à l'un des architectes, un ancien missionnaire, qui a dressé les plans du bâtiment résidentiel de trente étages pour le personnel. Un après-midi, alors que j'attendais, seule, un ascenseur dans l'immeuble administratif de la Watchtower, ou je travaillais, John ("Jack") Barr, un des membres du Collège central, s'approcha de l'ascenseur également. Pendant que nous attendions, Jack me posa quelques questions à propos de mon travail. Je lui dis combien notre groupe de génie civil se dépêchait pour compléter la déclaration concernant l'impact sur l'environnement (EIS). Nous devions retourner les informations contenues dans le volumineux document EIS à la municipalité de New York, qui allait statuer sur notre demande de changement d'attribution de zone pour l'emplacement choisi par l'organisation Watchtower pour construire l'immeuble résidentiel de 30 étages. Il y avait une importante opposition communautaire à propos de l'édification de ce grand immeuble dans cette partie de Brooklyn donnant sur l'East River, lower Manhattan et Wall Street, cette construction masquerait définitivement ce fameux coup d'œil. Je n'oublierais jamais ce que Jack m'a dit ce jour là, "Nous avons débloqué cinquante millions pour ce projet, et miraculeusement le montant de notre compte bancaire n'a jamais baissé." Et il a ajouté, "Jéhovah pourvoit toujours!" tout en mimant avec sa main droite une ligne horizontale imaginaire tirée de gauche à droite indiquant le niveau du compte restant stationnaire. Cependant, Jéhovah n'a pas approuvé le changement de zone. L'immeuble résidentiel a finalement été construit quelques blocs plus à "l'intérieur", près des ateliers de la société Watchtower, loin de ce qui était considéré comme un emplacement idéal. »

Des possibilités de faire des recherches

« Depuis que Brooklyn Heights, district de Brooklyn, ou les immeubles de la Watchtower sont situés, est considéré comme une zone historique, tout nouveau bâtiment, ou tout immeuble rénové, doit respecter certains critères architecturaux définis par l'association locale de la protection des sites. A un certain moment, une part importante de mon travail incluait la recherche historique locale et les questions architecturales afin de satisfaire à ces conditions. Les codes de restauration étaient si stricts que nous avons été obligés de recopier le style original du numéro de l'adresse qui était apposé à la porte principale de l'hôtel Bossert. Il peut paraître aisé, à de nombreuses personnes, de retrouver cette information et pourtant ce n'est qu'après de longues recherches, à la société historique de Long Island, que j'ai fini par trouver une image assez ancienne représentant la façade de l'hôtel, dans un vieux magazine publicitaire. Le numéro figurant à côté de la porte de l'hôtel apparaissait assez clairement pour être reproduit sans difficulté. Après cette découverte mes capacités de chercheuse ne furent plus mises en question. En 1989, j'ai été transférée au département de la rédaction en tant qu'assistante de recherche du responsable du personnel de rédaction, Karl Adams. Il était en train d'écrire l'histoire de notre religion qui devint finalement une chronique de sept cent cinquante pages intitulée, Les Témoins de Jéhovah – Prédicateurs du Royaume de Dieu, publiée en 1993. Un autre responsable de la rédaction, David Iannelli, était affecté, pour travailler avec Karl, à la rédaction du livre. Au cours de ma première journée au département de la rédaction, David m'aperçut, seule, dans la bibliothèque du département de rédaction et vint vers moi pour parler. Je me rappelle, clairement, lui avoir dit combien j'étais enchantée d'avoir été transférée à la rédaction. Il me dit que les Béthélites étaient prêt à "tuer" pour avoir ce travail. Je pensais comprendre ce qu'il sous-entendait et je souris. Tous ceux qui vivent au Béthel ont été choisis pour faire partie du personnel en raison de leurs excellentes qualités "spirituelles" démontrées dans leur participation au travail d'évangélisation. Au lieu d'exercer un travail de type séculaire dans le cadre du Béthel, la plupart des Béthélites auraient préféré passer leurs journées en étant totalement immergés dans un emploi "spirituel". Le département de la rédaction était le centre de toutes les activités du Béthel parce que la littérature de la Watchtower représentait la colonne vertébrale de cette religion; donc je savais qu'un emploi au département de la rédaction était un poste très convoité. David avait remarqué mon sourire et il répéta ses mots, avec plus de conviction. Il déclara, "Je sais que des Béthélites iraient jusqu'à tuer pour le poste que l'on t'a octroyé, ne l'oublie pas!" Troublée par sa déclaration et reprenant mon sérieux, je discutais brièvement avec lui avant de reprendre mon chemin pour sortir de la bibliothèque, perdue dans mes pensées et me demandant, premièrement, la raison de mon affectation auprès de Karl. Je me rappelais les mots de David bien plus tard quand je me demandais ce que j'avais bien pu commettre de mal aux yeux de Dieu pour avoir été transférée dans ce département. Oui, je travaillais avec de nombreuses personnes extraordinairement bonnes, personnes que je considérais comme mes amis. Mais derrière ce tableau idyllique, certains me souhaitaient du mal et essayaient de saboter mon travail parce qu'ils voulaient prendre ma place; ou voulaient me voir déguerpir de peur que je ne découvre leur malhonnêteté. Naïve, j'excusais ces personnes amicales et serviables, en apparence du moins; peu de temps après elles m'entraînèrent à commettre un faux pas qui me valut des reproches de Karl. Environ deux ans plus tard, une situation particulièrement difficile au sein de la rédaction entraîna le déplacement d'une jeune femme du département; Karl me déclara qu'elle n'était pas l'amie que je voyais en elle, mais elle m'en voulait d'occuper un poste tant convoité par elle. Oui David avait bien raison, certaines personnes auraient été prêtes à tuer pour prendre mon poste. En dépit de ces quelques aspects négatifs, le travail journalier au département de la rédaction était excitant; mon travail était un défi permanent rempli d'activités variées. Chaque semaine, Karl me donnait une liste de questions pour lesquelles il désirait une réponse, la plupart concernant l'histoire des débuts de la Watchtower Bible and Tract Society, dont les origines remontent en 1879. Pour ce faire j'ai lu de nombreux documents à propos de ma religion. Souvent, alors que je recherchais quelque chose de bien spécifique, je découvrais d'autres documents archivés depuis longtemps dans de vieux meubles à différentes places et totalement oubliés. »

Découvertes surprenantes

« Je fis une découverte étonnante, c'est en fait William H. Conley, d'Allegheny, banquier de Pennsylvanie –et non Charles Taze Russell – qui a été le premier président de la Watchtower, association créée en 1881. C'était une découverte palpitante, car personne au siège principal ne savait que Conley était le premier président, ou que le père de Russell, Joseph, en était le vice-président et Charles Taze Russell le secrétaire trésorier. La nomination dépendait du nombre d'actions, de $ 10.00 pièce, détenues par chacun. Comme j'ai transmis le document presque immédiatement, je ne suis pas certaine du nombre exact d'actions achetées par Conley, mais je pense qu'il s'agissait de 350 actions pour $3,500. Cependant, je me rappelle que Joseph Lytel Russell acheta 100 actions pour $1,000.00 et Charles Taze Russell 50 actions pour $500.00. Quand j'ai regardé, plus tard, à la page 576 du nouveau livre de l'histoire des Témoins mentionnant les informations concernant Conley, j'ai constaté que, curieusement, Karl Adams n'avait pas inclus le fait que Joseph Russell était vice-président. Le nombre d'actions détenues par chacune des trois personnes n'était pas indiqué. Ces faits importants étaient notés sur la première page d'un petit carnet de comptabilité recouvert d'une feuille cartonnée rouge; j'ai trouvé dans ce carnet, également, la charte de l'organisation écrite à la main. Le papier avait 2 plis, les parties supérieures recouvrant les parties inférieures. L'examen de l'écriture penchée ne laissa aucun doute en mon esprit, c'était bien Maria, la femme de Charles Taze Russell qui avait écrit cette première charte. J'avais trouvé ce petit carnet dans une vieille chemise en papier dans un meuble classeur, posé à même le sol dans une chambre forte au milieu du département de trésorerie de la Watchtower au 25 Columbia Heights. Au cours d'une de mes fréquentes incursions dans les vieilles archives au quartier général de la Watchtower, je découvris au fond d'un vieux meuble de la salle du classement du département exécutif, un vieux sac, en papier brun, fermé par une ficelle. Le sac contenait une transcription du procès-verbal du fameux procès canadien de 1913, intenté pour diffamation par le Pasteur Russell contre le Révérend J.J. Ross. Quand le cas passa devant le grand jury le 4 avril 1913, aucune jugement n'a été pris car il n'y avait pas suffisamment de preuves pour être présenté devant la cour et le cas a été abandonné (Brooklyn Daily Eagle, 8 juillet 1916, page 12). Récemment j'ai entendu que quelques années auparavant le département de rédaction détenait dans ses archives une copie de la transcription du procès-verbal, mais qu'elle avait disparue. Je sais cependant, avec certitude, qu'une copie, de mes découvertes dans les archives de la Watchtower a été faite à l'usage de Karl, répondant à la question importante posée par une Cours de justice canadienne, et qui a intéressée beaucoup de chercheurs – à savoir, qu'a répondu le Pasteur Russell lorsqu'on lui a demandé si il lisait ou non le grec? J'ai donné le sac avec son contenu, si important, sans avoir lu aucun de ces documents. Ce qui est étonnant, c'est qu'à aucun moment Karl ne fit de commentaires, ni n'écrivit une seule ligne dans le livre de l'histoire de la société sur ce remarquable procès pour diffamation qui avait fait les grands titres des principaux journaux canadiens de l'époque. Dans le même vieux meuble, dans un autre sac en papier, fragilisé par le temps, il y avait environ une centaine de lettres jaunies par le temps, de même forme et de même longueur dont personne, à ma connaissance, n'a entendu parler. Les lettres ont été écrites pour répondre à une demande de Rutherford, désirant avoir le récit des persécutions subies par les Étudiants de la Bible (comme on appelait alors les Témoins de Jéhovah) durant la première guerre mondiale. Dans ces lettres les Étudiants de la Bible expliquent que le refus de saluer le drapeau ou de participer à l'effort de guerre leur valurent d'être sévèrement battus, d'être enduits de goudron et recouverts de plumes, et emprisonnés sans autre forme de procès. (Rutherford a reproduit plusieurs de ces lettres dans le magazine de la société Tour de Garde L'Âge d'Or du 29 septembre 1920 [en anglais], appelé plus tard Consolation et de nos jours Réveillez-vous!). Grâce à ce sac, j'ai pu apporter des lettres importantes et des documents oubliés ainsi que des coupures de presse fort intéressantes, tous révélant des événements de cette époque difficile. Je découvris, dans la même partie du bâtiment, dans quatre tiroirs de vieux bureaux, un tas de photos et cartes postales diverses. Il y avait aussi bien des photos d'anciennes assemblées, que des photos prises par des professionnels et des amateurs du troisièmes président de la Watchtower, Nathan H, Knorr; parmi les cartes postales adressées à Knorr il y en avait une de sa femme, Audrey, avant qu'ils se marient. Il y avait également des photos et un portrait immaculé, jamais reproduit auparavant, de Charles Taze Russell photographié en studio. Une trouvaille importante, soit six photos jamais présentées, montrant l'intérieur et l'extérieur de la première Maison de la Bible de Russell; sur de nombreuses photos on voyait le Pasteur Russell assis à son bureau dans sa bibliothèque. Je découvris dans l'un de ces tiroirs des photos personnelles du second président de la Watchtower, Joseph F. Rutherford, photos que j'ai considéré comme la découverte la plus désagréable et répugnante. Rutherford était revêtu d'un maillot de bain moulant de couleur foncée, sans manches, qui le couvrait jusqu'aux cuisses, comme les gens en portaient à la fin des années 1920, début des années 1930. Il avait un gros ventre, l'air heureux s'ébattant joyeusement dans un patio, large, face à l'océan. Il me semble qu'il y avait d'autres personnes, sur quelques photos, allongées dans des chaises longues. La photo que je n'oublierais jamais était un plan rapproché du visage de Rutherford; il était à quelques centimètres de la caméra tirant la langue en direction de l'objectif. Il avait l'air ivre. C'est à cette époque que j'ai été "visiter" un grand meuble à dossiers dans le bureau du quatrième président de la société Wathctower, Fred Franz, qui était alors un vieillard fragile et aveugle n'utilisant plus son bureau depuis longtemps; je trouvais une lettre du président Rutherford, adressée à Franz, datant de la fin des années 1930. Une lettre contenant une question que Rutherford posait à Franz, lui demandant de répondre pour une prochaine édition du magazine La Tour de Garde. Dans chaque Tour de Garde il y avait une colonne contenant une réponse de Rutherford à une question biblique spécifique. Cette lettre me confirma que Franz, qui avait rejoint, en 1926, l'équipe de la rédaction en tant que chercheur et rédacteur pour les publications de la société, était bien l'auteur des réponses, aux questions émises par Rutherford, même si ce dernier s'en attribuait la paternité. La lettre était vraiment spécifique. On ne demandait pas à Franz de poser une question, mais de répondre à un point particulier qui sera traité dans une colonne de la Tour de Garde. Cela m'amena à me poser la question suivante: sur les vingt trois livres et les soixante huit brochures attribués à Rutherford, comme auteur, combien Franz en a-t-il réellement écrits? »

Procès Olin Moyle

« À la bibliothèque du service juridique, j'ai découvert deux volumes contenant la retranscription du procès-verbal du procès pour diffamation intenté en octobre 1940 par Olin R. Moyle contre douze cadres de la Watchtower, ainsi que la Watchtower Bible and Tract Society, Inc. of Pennsylvania et la Watchtower Bible and Tract Society, Inc., of New York. En parcourant les livres je m'aperçus que Moyle gagna son procès et la cour lui attribua trente mille dollars de dommages. J'ai apporté les volumes à Karl Adams qui a manifesté de la surprise en voyant ma découverte. Il a déclaré n'avoir pas eu connaissance du procès Moyle, jugé en 1943. J'ai eu de la peine à croire que Karl n'a pas entendu parlé de cette affaire, car au moment des faits il avait 14 ans, et il a rejoint le personnel de la Watchtower quelques années après alors que le verdict, à propos de Moyle, était encore un sujet, délicat, bien présent dans les mémoires des Témoins. Compte tenu de l'importance que joua le procès Moyle dans l'histoire des Témoins de Jéhovah, je n'ai pas de réponse permettant d'expliquer l'absence de mention de ce procès dans le livre retraçant l'histoire des Témoins. Peu après mon départ du Béthel, deux Témoins, des anciens très en vue, ainsi que leurs épouses m'ont posé la même question alors que je visitais Burbank, en Californie. La raison qui leur avait fait accepter l'invitation à dîner tenait dans le fait de pouvoir s'entretenir de mon travail, important, de recherches qui les fascinait tant. Ce soir-là, j'ai rencontré George Kelly, témoin de longue date, qui avait été le secrétaire personnel, au Béthel, de l'avocat très connu des Témoins, Hayden C. Covington. (Sur 138 cas présentés devant la cour suprême des Etats-Unis, au nom des Témoins, Covington en a défendu cent onze.) Olin Moyle a été l'avocat de la société Watchtower depuis 1935 jusqu'à ce que Rutherford l'évince en 1939. Il a été remplacé par Covington qui est intervenu en qualité d'avocat représentant la société, en 1940, dans le procès opposant Minersville School District contre Gobitis, suite au refus d'obtempérer à l'obligation, dans les écoles publiques, de saluer le drapeau. L'autre homme accompagnant Kelly, Lyle Reusch était lui aussi un ancien bien en vue à Burbank, représentant spécial pendant de longues années, aux Etats-Unis, de la société Watchtower, ministre à temps plein en juin 1935 lors de son entrée au Béthel. Les deux hommes ont fait part de leur étonnement et mécontentement de ne pas voir figuré le procès de Moyle dans le livre, édité en 1993, sur l'histoire des Témoins. Avant et à l'époque du procès de Moyle, Kelly et Reusch étaient étroitement associés avec la société Watchtower. Ils m'ont dit qu'ils étaient curieux de savoir comment l'auteur du livre aurait présenté l'épisode, peu reluisant, des responsables de la Watchtower, spécialement Rutherford diffamant leur propre avocat Témoin dans le magazine La Tour de Garde. Selon la transcription du procès, les problèmes de Moyle ont commencé peu après que ce dernier ait écrit une lettre personnelle à Rutherford afin de lui exprimer son aversion quant à sa consommation excessive d'alcool et son comportement extrêmement abusif envers autrui, comportement dont il a été témoin oculaire, sans compter les plaintes entendues ici et là. Arthur Worsley, membre du Béthel pendant de longues années et bien connu de Kelly et Reusch, était l'une de ces personnes qui se sont plaintes auprès de Moyle des humiliations infligées par Rutherford. Ce dernier a été si outré par les critiques de Moyle qu'il a chassé celui-ci et son épouse du Béthel et fait placer leurs effets personnels sur le trottoir. Moyle a été choqué par le traitement, mais les faits démontrent qu'il n'a en tout cas pas réagit. Non content d'avoir expulsé Moyle du Béthel, Rutherford et ses associés ont calomnié de façon vicieuse le caractère de Moyle dans le magazine La Tour de Garde, amenant Moyle à déposer une plainte pour diffamation contre toutes les parties responsables. Je mentionnais par la suite, à Kelly et Reusch, le nom d'Arthur Worsley. Nous avons parlé de la part prise par Arthur dans le procès Moyle, et tout deux ont admis qu'il avait présenté un faux témoignage lors de son interrogatoire. Je leur ai dit qu'après avoir lu la transcription de Moyle, j'ai parlé avec Arthur, un bon ami, à propos de son témoignage défendant la Watchtower. Olin Moyle a raconté, qu'un matin, dans la salle à manger du Béthel, Rutherford a publiquement et de façon injustifiée accusé Arthur. Plus tard Arthur s'en est plaint auprès de Moyle et lui a dit combien l'incident l'avait humilié. Cependant, devant la cour Arthur a déclaré que Rutherford avait vraisemblablement raison en le reprenant. Il indiqua également que la remarque n'était pas hors de propos, et au plus grand étonnement de Moyle, il rajouta qu'il n'avait de ce fait aucune plainte à émettre. Pourtant lorsque Arthur nous a parlé de l'incident survenu, à la salle à manger, il a critiqué Rutherford de l'avoir humilié. Nous lui avons demandé pour quelle raison il a témoigné, sous serment, n'avoir jamais entendu de langage ordurier à la table du Béthel, ou pourquoi il a nié que les liqueurs occupaient la place d'honneur, alors qu'en fait il nous a dit le contraire. Apparemment contrarié, Arthur répliqua que Rutherford l'aurait chassé du Béthel si son témoignage avait corroboré les déclarations de Moyle. Et comme il ne savait pas ou aller, il a mentit à la cour. Mais cela ne servit à rien, car après avoir entendu les divers témoignages, la cour condamna Rutherford et les autres responsables de la Watchtower pour diffamation. Arthur nous a dit que les responsables ont été tellement en colère contre Moyle, qu'ils ont payé les trente mille dollars de dommage, au moyen de pièces en argent, le traitant de "Judas". En taisant volontairement l'affaire Moyle, la Watchtower a occulté un épisode particulièrement choquant et déplaisant, dont elle ne ressort pas blanchie, offrant une image salie, et non celle que le livre historique tente de laisser, à savoir, d'une organisation sans taches. En des termes dépourvus de toute ambiguïté, les Témoins présents, ce soir-là, firent part de leur désapprobation quant, à l'omission, dans l'ouvrage cité, de l'affaire Moyle, et au travail de révisionnisme initié par les responsables actuels de la Watchtower, afin de présenter une histoire non ternie par des scandales, des erreurs, mais, comme son avant-propos le déclare, "objective et quelque peu candide". »

À la recherche de réponses

« À ce stade de mes travaux Karl m'a donné la transcription de l'enregistrement du compte-rendu du divorce de Russel, et particulièrement le contre-interrogatoire de Charles Taze Russell. Il n'a pas mis à ma disposition le contre-interrogatoire de Maria Russell, et je n'ai pas demandé pourquoi, mais bien des années plus tard, poussée par la curiosité, je l'ai lu. Bien évidemment j'ai vite compris ce qui avait décidé Karl à ne pas me transmettre la version de Maria Russell, Il savait que je serais étonnée de découvrir que Madame Russell a eu gain de cause dans la procédure de divorce, la cour estimant que le Pasteur s'était rendu coupable de conduite indigne à l'encontre de son épouse. Cette dernière a prouvé que les rumeurs malveillantes propagées par son mari étaient mensongères : elle était soi-disant une suffragette (militant pour les droits de la femme, ce qui était mal vu à l'époque); son but visait la prise en main du périodique La Tour de Garde, et si elle désirait se séparer de son mari c'était essentiellement pour assouvir sa soif de pouvoir. De nos jours les révisionnistes de la Watchtower continuent, encore et toujours, de répéter ces mensonges. Par la suite, j'ai découvert en lisant le compte-rendu, de la Watchtower, sur la mort de Charles Taze Russell le 1er décembre 1916, qu'il avait fait un mariage blanc. Cela m'a surprise au plus haut point. J'ai donc demandé si ces faits, obscures, seraient publiés dans le nouveau livre retraçant l'histoire de la Société. Non, m'a-t-on répondu, le Collège central a jugé que ces informations pourraient troubler des membres du troupeau. Un enseignement spécifique aux Témoins de Jéhovah, laisse entendre qu'après la mort des apôtres, à la fin du 1er siècle, une apostasie généralisée déboucha sur une copie du christianisme en donnant naissance à l'Eglise catholique romaine. Les Témoins de Jéhovah prétendent qu'en dépit de cette situation il y a toujours eu de "vrais" chrétiens sur terre, de la mort du dernier apôtre de Jésus jusqu'aux jours de Charles Taze Russell et de ses associés, eux-mêmes ayant adhéré aux enseignements de Jésus et de ses apôtres. Karl reçut la mission d'identifier ces vrais chrétiens, ce qui a représenté un véritable défi. Mon examen a porté sur 4 points ou critères permettant, sans aucun doute, d'identifier "les fils du Royaume"; les trois premiers points se rapportaient au rejet de la trinité, de l'enfer et de l'immortalité de l'âme. Cependant, le 4e point était le plus difficile à justifier, il avait trait au sacrifice rédempteur du Christ, selon la compréhension des Témoins de Jéhovah. Pendant des mois le département de la rédaction collecta de nombreux ouvrages dans les bibliothèques spécialisées d'Europe, d'Angleterre et bien sûr des USA. J'ai lu la traduction anglaise de nombreux ouvrages écrits en diverses langues, à propos des mouvements non-conformistes qui sont sortis avant ou après le schisme de l'Eglise orthodoxe, et pendant la période de la Réforme. Pour tout dire, c'était extrêmement fascinant d'étudier, avec un œil critique, les premiers mouvements arianistes, tels les Lollards, les Vaudois, les Sociniens et les Anabaptistes. Karl a acquis la conviction, en tenant compte de mon analyse des faits présentés, qu'il n'y avait pas une génération de vrais chrétiens pouvant être reliés à la génération suivante, si l'on tentait de le faire sur la base des 4 points mentionnés précédemment. Karl termina son travail de recherche en promettant que cette déclaration ne sera jamais faîte, bien que cet enseignement n'ait pas été rejeté. Dans le livre "Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu", à la question suivante (p.44): "Qu'est-il advenu du vrai christianisme après le 1er siècle?", Karl a essayé d'apporter la meilleure réponse possible, soit: "Le vrai christianisme n'a jamais complètement disparu". Il a ajouté: "Au fil des siècles, il y a toujours eu des humains qui aimaient la vérité", et a dressé une liste de personnages, remarquables, fidèles à la Bible. Au cours d'une autre mission que Karl m'a confiée, j'ai dû examiner la période allant de 1917 à 1918 afin de déterminer ce qui a permis au gouvernement des USA de lancer un acte d'accusation fédéral à l'encontre du Président Rutherford et de ses associés pour, entre autre chose, conspiration en violation de l' "Espionage Act of june 15, 1917", et tentative de conspiration; ainsi que d'obstruction au recrutement et au service d'enrôlement des USA, durant la 1ere guerre mondiale. Quand il a appris que le gouvernement avait soulevé des objections à propos des pages 247 à 253 du livre "Le mystère accompli", 7e volume de l'étude des Écritures, Rutherford a donné l'ordre de supprimer ces pages de tous les livres encore en stock. Ensuite la distribution du livre a été suspendue lorsque Rutherford a compris que l'ouvrage lui-même représentait une violation de l'"Espionage Act". Mais malgré ses efforts, Rutherford et sept de ses plus proches associés ont été condamnés à purger de lourdes peines de prison dans une maison d'arrêt fédérale; ils ont été relâchés peu de temps après, à la fin de la guerre. Karl et moi-même avons été stupéfaits en prenant connaissance des paroles de Rutherford figurant dans la transcription du compte-rendu, Rutherford et al. vs United State; ce n'était ni plus ni moins que des atermoiements afin d'apaiser la cour et le gouvernement, un gouvernement si souvent qualifié, par Rutherford, de "satanique". Il ne fait aucun doute que Rutherford tenta par tous les moyens de calmer les autorités. Comme Karl le déclara franchement, le 2e président de la Watchtower avait, sans aucun doute, compromis son intégrité. C'est certainement pour cette raison qu'à sa sortie de prison, Rutherford, forma le vœu de donner la priorité à l'annonce du Royaume sans tenir compte des persécutions éventuelles. À mes yeux il devint évident que durant son administration, Rutherford n'eut de cesse de créer délibérément des problèmes, en attaquant les religions et leur clergé, ainsi que les gouvernements, essuyant en retour des actes de violence et des châtiments dont étaient victimes, en premier, les Etudiants de la Bible à titre individuel. Ce qui suscitait immanquablement la réprobation de Rutherford, celui-ci criant à la "Persécution" ! Au cous des deux ans pendant lesquels j'assistais Karl, mon travail de recherches me réserva bien des surprises, bonnes ou mauvaises, au sujet de l'organisation, mais malgré l'aspect négatif de certaines découvertes le doute ne s'est pas insinué en moi et mes convictions ne vacillèrent point. Bien sûr j'étais désappointée par le comportement de l'organisation qui n'était pas toujours sans reproches. Cependant, il n'est pas dans ma nature de manifester une suspicion tenace à propos de choses que je considérais comme véridiques. Étant une croyante fervente, il m'était plus facile d'imaginer que le comportement choquant des responsables de la Watchtower Society était l'affaire de "mauvaises personnes" et non le reflet réel d'une religion dans son ensemble. »

Des gens inoubliables

« Lorsque j'ai appris que je ferai partie du personnel du département de la rédaction, j'ai considéré qu'être associée quotidiennement avec les hommes les plus spirituels du Béthel, hommes chargés de nourrir le troupeau, avec les dernières mises au point tirées des écritures, représentait un grand privilège. Trois membres du Collège central, soit Lloyd Barry, Jack Barr et Karl Klein, occupaient les postes de directeurs de la rédaction. Lloyd Barry, diplômé ès science, était l'éminence grise du département (c'est sous son égide, en 1992, que la société est devenue plus conciliante quant à la poursuite d'études supérieures par les jeunes Témoins; position qui a été modifiée en 2005). J'aimais bien Lloyd. Un jour je lui ai dit mon plaisir de pouvoir lire la correspondance de l'ancien Béthel de Nouvelle-Zélande. Il a voulu savoir, sur le champ, pour quelle raison j'avais accès à cette documentation. Sur le moment il avait oublié que je lisais ces documents au même titre que Karl Adams, dans le cadre de recherches afin de préparer la rédaction du nouveau livre de l'histoire des Témoins de Jéhovah. Quand je lui ai rappelé ce fait, il a rit. Lloyd était originaire de Nouvelle-Zélande tout comme Frank Dewar, missionnaire pour la Watchtower, dont j'avais lu l'histoire, aventureuse, d'évangélisateur en Indonésie dans les années 1930. Ce récit me rappela le personnage du film Crocodile Dundee. Aucune montagne n'était assez haute, aucune rivière n'était assez profonde pour empêcher Frank d'apporter le message des Témoins aux populations les plus éloignées. Dewar était le missionnaire préféré de Lloyd et bien sûr Crocodile Dundee était son film favori, de même que l'acteur qui tenait le rôle jusqu'à ce que ce dernier se sépare de sa femme pour se marier avec la vedette féminine du film. Dans le nouveau livre retraçant l'histoire des Témoins de Jéhovah à la page 446, Karl Adams a écrit que lorsque Frank Dewar faisait route pour le Siam (actuellement la Thaïlande) il s’est arrêté à Kuala Lumpur en attendant d’avoir assez d’argent pour finir le voyage, mais pendant cette halte il a eu un accident : il s’est fait renverser par un camion alors qu’il roulait à vélo. Une fois rétabli, il a pris "comme Karl l'a écrit" un train bondé pour Bangkok avec seulement cinq dollars en poche. Mais, confiant que Jéhovah pouvait subvenir à ses besoins (pas en italique dans le livre), il s’est mis à prêcher. Mais le compte rendu figurant dans le livre, omet un ingrédient profondément humain. Après l'accident Frank était resté inconscient et un peu plus tard il se réveilla dans un lit de ce qui lui apparaissait être un hôtel de 2e ordre; en réalité, selon les déclarations de Frank, il s'agissait d'une maison close réputée et ce sont des prostituées qui l'ont soigné jusqu'à ce qu'il recouvre la santé. Si cette partie de l'expérience de Frank avait été révélée, on pourrait alors croire à la promesse faîte par les éditeurs : " Les rédacteurs de ce livre se sont efforcés de relater les faits avec franchise et objectivité". Cependant, les auteurs ont présenté l'incident de Frank Dewar, dans le compte rendu historique des Témoins de Jéhovah, en prenant le parti de taire une partie du récit. A partir de 1989 j'avais la certitude que Karl Klein avait connu ses meilleures années. Il était, maintenant, décrépi, un peu loufoque et se comportait presque comme un enfant, beaucoup l'évitaient non seulement à cause du timbre particulier de sa voix, mais aussi à cause de son excentricité inquiétante due à son âge. Il m'arrivait, parfois, d'apercevoir Karl assis, immobile, à son bureau alors qu'il venait de terminer la lecture de l'ébauche finale d'un magazine ou d'un livre de la Watchtower, remis à son attention pour approbation. Un jour, en 1992, alors qu'il était à la recherche d'une oreille attentive, Karl Klein nous déclara avec excitation, à un autre membre de la rédaction et à moi-même, qu'il avait fait une suggestion à ses collègues du Collège central et que cette nouvelle lumière serait révélée ce matin même, selon les procédures du Béthel, qu'il connaissait bien. Au cours du petit déjeuner, les 6000 membres du Béthel, installés dans les salles à manger dans 3 sites à New York, ont entendu pendant la discussion matinale (lecture du texte du jour), la déclaration suivante: Jéhovah n'a pas besoin de justifier son nom, son dessein principal étant de justifier sa souveraineté. Les Témoins de Jéhovah avaient pensé auparavant, particulièrement depuis 1935, que le dessein principal de Jéhovah n'était pas le salut des humains mais la justification de son nom propre. Et 57 ans plus tard, Karl Klein était certain qu'il avait agit, avec cette nouvelle interprétation, comme le visionnaire de Dieu et il voulait que nous l'apprenions, répétant, tout excité à qui voulait bien l'entendre que ce dernier changement venait de lui. Jack Barr que nous considérions comme un ami personnel, était un homme bienveillant marchant dans l'ombre de Barry et faisant tout ce que celui-ci lui disait de faire. Malheureusement il était doux – non comme "une main de fer dans un gant de velours", mais plutôt comme une chiffe molle. La faiblesse de Barr devint plus évidente lorsque Lloyd Barry s'absenta pendant quelques temps et que trois rédacteurs principaux pressèrent Barr de se rendre à la salle des rotatives ou se trouvait Ted Jaracz; ce dernier avait intimé l'ordre de ne pas imprimer le Réveillez-vous! du 9 avril 1992 contenant des matières qui ne lui plaisaient pas, cependant en agissant de la sorte, Jaracz avait nettement dépassé son dicastère. Le travail assigné à chaque membre du Collège central est bien délimité, ainsi les décisions, prises au sein du département de la rédaction concernant l'édition ou non d'un article, ne sont pas du ressort de Ted Jaracz; de même que les décisions de fonctionnement du département du service, sous les ordres de Jaracz, ne sont pas l'affaire de Barry, Barr ou Klein. Un jour, je me suis plainte auprès de Jack à propos d'un rédacteur principal, particulièrement insupportable, qui venait d'être nommé comme assistant auprès du Collège central. Cet homme m'avait menacé parce qu'il pensait que je mettais mon nez dans des affaires ayant un lien avec la disparition d'archives très importantes prêtées à la société. J'ai pensé qu'il fallait enquêter afin de déterminer si son comportement n'était pas contraire à l'éthique et ne remettait pas en cause sa position. Après m'avoir écoutée, Jack m'informa que sa nomination était irrévocable parce qu'il avait été nommé par "l'Esprit saint"; c'est ainsi que Jack éluda toute intervention dans cette affaire. Harry Peloyan, responsable principal du personnel de la rédaction, était coordinateur et rédacteur du magazine Réveillez-vous!, devint un de nos meilleurs amis. Harry était diplômé de Harvard et membre du personnel depuis 1957. Sous des cheveux gris se cachaient un esprit vif et une intelligence sur laquelle l'âge n'avait pas d'emprise. Il s'était converti alors qu'il était un jeune adulte et restait une personne talentueuse et charismatique; sa conversion lui avait coûté, tant sur le plan matériel, il avait laissé une carrière bien rémunérée pour aller au Béthel, que sur le plan familial, son père, riche, l'avait déshérité parce qu'il n'avait pas voulu abandonner sa nouvelle religion. Harry est toujours intimement convaincu que seul les Témoins possèdent "la vérité". Cependant, au fil de nos conversations je me rendis compte que son opinion et ses croyances n'étaient pas coulées dans le bronze et qu'il pourrait changer son point de vue face à un enseignement théologique ne provenant pas des Écritures ou devant une loi organisationnelle choquante. C'était toujours un plaisir de pouvoir discuter avec Harry sur des sujets qui nous passionnaient tous les deux, soit religieux ou séculiers, et même si nous ne partagions pas toujours la même opinion nous considérions l'autre avec respect. Il arrivait, souvent que les articulations de ses mains, posées sur le bureau, qu'il serrait fortement, l'une contre l'autre, deviennent violettes, particulièrement lorsqu'il argumentait sur un point au cours d'une conversation animée. Sa colère à l'encontre de ceux qui refusaient de s'engager dans une voie menant à une organisation plus compatissante, bouillonnait sous un calme extérieur apparent et pouvait entrer en éruption lorsqu'il était finalement poussé dans ses derniers retranchements. Nous parlions de l'éducation des enfants, avec ses joies et ses peines, même si Harry et sa chère épouse, Rose morte en 2005, n'avaient pas eu d'enfants. Dans les années 1990, le périodique Réveillez-vous! contenait des articles démontrant la valeur des conseils bibliques et l'amélioration, par leur mise en application, de la vie courante. Aussi lorsque notre fils écrivit une lettre pleine de prévenance et déclarant son appréciation pour le magnifique témoignage que nous lui avions donné, Harry décida-t-il de la reproduire en bas de page dans le numéro du 8 avril 1993 (anglais) de Réveillez-vous! comme un exemple de succès remporté par des parents, qui ont suivi la Bible dans l'éducation de leur enfant. Il y avait toujours un besoin d'idées nouvelles pour maintenir l'intérêt des gens pour la littérature de la Watchtower. C'est pour cette raison qu'Harry discutait souvent avec un groupe d'amis au quartier général à propos des dernières publications sorties, afin de savoir ce qui les intéressaient le plus. Comme d'autres membres du département de la rédaction il se plaignait que parmi ceux tenant les rênes de la Watchtower, y compris au sein du Collège central, certains reflétaient l'état d'esprit des années 1950. Selon mes propres observations, ce sont les dizaines d'années passées au Béthel qui ont empêché les responsables de la Watchtower de se familiariser avec les problèmes de société et le stress que les membres du troupeau affrontent quotidiennement; de plus ces mêmes personnes, naïves, pensaient que la "lumière" ne passait que par eux. Pendant la période au cours de laquelle j'apportais des réponses aux questions de Karl Adams, Harry a lu une partie de mon travail et nota que j'avais un certain talent pour l'écriture. Sous sa tutelle et celle de Colin Quackenbusch, j'ai écrit une partie de sept articles de Réveillez-vous! La plupart des articles ont été écrits, et les recherches ont été effectuées, après ma journée de travail. Avec le temps j'ai réalisé que de nombreux articles de Réveillez-vous! étaient écrits par des hommes et des femmes qui n'appartenaient pas au service de la rédaction et édités par le personnel de la rédaction. Ainsi la table de travail de Harry était toujours nette, car ce dernier faisait souvent appel à des auteurs externes à son service pour rédiger des articles publiés sous son nom. Jusqu'à ce moment j'avais de l'admiration pour l'auteur, des nombreux livres et brochures, qu'il prétendait être. Mais si Harry n'avait pas écrit les documents, avait-il au moins vérifié les sources indiquées et proposées, comme il aurait du le faire? Harry était-il totalement responsable, lorsque des citations étaient mal utilisées? Un critique de la théologie de la Watchtower, Alan Feuerbacher a collationné un grand nombre de citations tirées hors de leur contexte et utilisées dans les prétendus écrits de Harry. Je voulais, vraiment, croire que Harry était un rédacteur responsable et qu'il n'était pas au courrant des citations mentionnées hors de leur contexte par ceux qui lui ont présenté leurs articles. »

Marque de respect pour les femmes

« Harry jouait le rôle d'avocat contre la domination abusive et tyrannique à l'encontre des femmes et des enfants, par des hommes croyants et patriarcaux usant des enseignements de la Bible comme d'un fouet. Beaucoup d'entre-nous étions privés d'informations concernant le cas de nombreuses épouses Témoins, malheureuses, se plaignant du mauvais usage, par leur mari, de leur autorité comme chef de famille. Je me souviens d'une conversation que j'ai eue, en janvier 1992, avec Harry et un autre responsable de la rédaction, Eric Beveridge; nous nous trouvions dans le bureau de Harry et je leur ai dit ce que m'avait rapporté des femmes Témoins, pendant mes vacances. Selon elles, trop d'hommes dans l'organisation traitent les femmes avec bien peu de respect et les considèrent comme étant inférieures. Une femme, en colère, m'avait raconté qu'une Témoin s'était plainte d'avoir été violée par un homme, lui aussi Témoin, alors qu'elle faisait le ménage dans la maison de cet homme. Quand il a été questionné, l'homme a admis devant les anciens avoir eu des rapports sexuels, mais selon lui la femme était consentante, de plus il manifesta de la repentance. La femme nia avoir été consentante et dit qu'elle avait été violée. Elle a été exclue pour mensonge; lui n'a pas été exclu parce qu'il a admis et regretté son péché. Les femmes, Témoins, connaissaient l'accusé, et elles étaient scandalisées car cet homme n'avait pas une bonne réputation et elles pensaient qu'il n'était pas digne de confiance. (Par la même occasion le viol ne fut pas rapporté aux autorités) Mon récit a contrarié Harry et Eric. A la suite de cette discussion Harry demanda à Eric d'écrire une séries d'articles (15 pages) parus dans le numéro du 8 juillet 1992 de Réveillez-vous! sur le thème suivant: "Les femmes sont dignes de respects" à propos du respect dû aux femmes; il me demanda de faire des recherches afin de fournir des matières pour ces articles. De nombreuses femmes écrivirent des lettres d'appréciation peu après la parution de ce numéro de Réveillez-vous!. Ce qui nous a le plus déconcerté c'est que 75% des lettres n'étaient pas signées, parce que les femmes qui les avaient écrites avaient peur des représailles éventuelles tant à la maison qu'au sein de la congrégation, si la Watchtower envoyait leur lettre au collège des anciens de leur propre congrégation, afin qu'une suite soit donnée à leur plainte. »

Articles sur les agressions sexuelles enfin publiés dans Réveillez-vous!

« La politique de stricte confidentialité de l'Organisation exige des Témoins impliqués dans une affaire judiciaire, au sein de la congrégation, de ne parler que devant le comité judiciaire, (actuellement comité de discipline religieuse) et de ne rien dire en dehors de ce comité. C'est pour cette raison que je n'entendis parler d'agression sexuelle sur mineur au sein de l'Organisation qu'en 1984, pour la première fois. Une jeune femme qui travaillait avec moi au département de construction et de génie civil raconta, avec animation, à quelques membres du département, qu'un ancien très en vue de la congrégation qu'elle fréquentait avant de venir au Béthel, avait été arrêté pour pédophilie. Je découvris par la suite que l'agresseur avait été condamné et envoyé en prison ou il a purgé une peine de trois ans. Cet ancien, populaire et charismatique, avait abusé de sa propre fille ainsi que de nombreuses autres jeunes filles de sa congrégation, pendant des années, les menaçant afin qu'elles se taisent; ce qui lui fut très facile à cause de son autorité naturelle et de l'âge de ses jeunes victimes. À ce moment-là j'ai pensé qu'il s'agissait d'un comportement isolé, mais par la suite je découvris combien je me trompais. À l'évidence, il y avait plus que ce seul cas relaté, dans lequel des enfants de Témoins ont été abusés, cependant beaucoup avaient gardé le silence; le Réveillez-vous! du 22 janvier 1985 portait le titre suivant en couverture: " Les agressions d'enfants – Le cauchemar des mamans". De par l'expérience acquise au sein du département de la rédaction, j'ose dire qu'il apparaît improbable que la Société publie une série d'articles traitant du problème des enfants victimes d'agressions sexuelles à moins d'avoir constaté une augmentation de tels cas au sein de ses rangs et que les responsables des Témoins comprennent que les parents ont besoin d'instructions pour, non seulement, protéger leurs enfants, mais aussi, pour agir en cas de suspicion de mauvais traitements et pour être à même de reconnaître les premiers signes de tels agressions. Malheureusement, les articles ne donnaient pratiquement pas d'informations sur le traitement que devaient suivre les victimes et n'évoquaient pas l'impact émotionnel ressenti par ces dernières; il n'était pas indiqué qu'il fallait en informer, sans attendre, les autorités. En fait, ce sont les responsables scolaires de la partie nord de New York qui ont signalé, un cas d'agression sexuelle sur enfant, aux autorités. Le Réveillez-vous! du 8 octobre 1991 portait le titre suivant en 1ere page: "Abus sexuels sur les enfants: comment en effacer les séquelles?" et contenait une série d'articles contre les agressions sexuelles sur enfants. La publication présentait de nombreuses informations spécifiques écrites dans le but d'apporter aide et assistance aux victimes d'agressions sexuelles pour surmonter le contrecoup dévastateur suite à l'agression qu'elles ont subies. De plus des informations complémentaires expliquaient aux familles et aux amis des victimes pourquoi celles-ci adoptaient un comportement si souvent destructeur. Ce périodique fut publié un peu avant la fin de mon travail de recherches pour la rédaction du livre de l'histoire des Témoins. Ma réaction à la lecture de ces articles dut être la même que celle de nombreux Témoins de Jéhovah – je pensais que la raison d'être de ces informations était d'atténuer les effets durables de ce que beaucoup considéraient comme un crime abominable. Nombre d'entre nous ont pensé que la couverture médiatique toujours plus importante, pendant les années 1980, dans la révélation de secrets cachés à propos d'agressions sexuelles sur mineurs au sein même des églises et d'autres organisations était la raison principale de la publication de tels articles. Après tout, raisonnablement parlant il y avait certainement des adultes qui, avant de devenir Témoins de Jéhovah, avaient pu être sexuellement abusés et pour lesquels les informations parues dans le Réveillez-vous! étaient fort utiles. Le quartier général, après la parution de ce périodique, a reçu des milliers de lettres et d'appels téléphoniques exprimant leur reconnaissance au Collège central pour l'aide fournie par le contenu des articles; bien plus que pour tout autre article de son histoire, bien loin devant un autre thème, à forte connotation émotionnelle paru dans le Réveillez-vous! du 8 juillet 1990: "L’expérimentation animale — Crime ou bienfait?". »

Problème des agressions sexuelles d'enfants au sein de l'organisation

« À la fin de l'année 1991, par l'intermédiaire d'Harry j'appris les raisons qui ont motivé la rédaction, et après l'autorisation de Lloyd Barry, la publication des articles écrits par deux membre de la rédaction à savoir, Lee Waters Jr., et Harry lui-même. Lee était connu comme un homme plein de compassion et très à l'écoute des besoins et des droits de groupes minoritaires. Harry m'apprit que Lee et lui-même avaient lu un essai intitulé: "Aller de l'avant, de l'aide pour les Témoins, dans le traitement des questions d'abus, et de victimisation dans leur vie." (http://www.silentlambs.org/education/movingforward.htm) qui avait circulé parmi les Témoins aux USA entre 1989 et 1990. Je ne me rappelle pas de quelle façon cet essai est arrivé au département de la rédaction, mais il a laissé une profonde impression. Il a été écrit par Mary Woodard, Témoin de Jéhovah, qui a discuté des effets des agressions sexuelles sur mineur, elle était elle-même impliquée ainsi que d'autres femmes Témoins de Jéhovah. Un ancien de Floride a contacté Mary et l'a invitée à venir au département de la rédaction pour discuter du sujet avec Harry et Lee et c'est son apport qui a servi de base au Réveillez-vous! du 8 octobre 1991 pour les articles traitant des abus sur les mineurs. En 2003, j'ai eu une longue conversation avec Mary, qui avait tenté de se suicider en 1992, au sujet de l'invitation qu'elle avait acceptée de venir au département de la rédaction. Elle me montra également la correspondance privée échangée avec Lee pendant que ce dernier préparait les articles. Il y était mentionné des accusations à l'encontre de personnes qui avaient abusé de mineurs alors qu'elles étaient Témoins de Jéhovah, ce que Réveillez-vous! ne pouvait mentionner la plupart de ces crimes n'ayant pas été dénoncés. J'appris par la suite que les Témoins de Jéhovah de ma congrégation suivaient scrupuleusement les règles établies en ne dénonçant qu'exceptionnellement auprès des autorités les affaires de ce genre. Cependant, personne à ma connaissance travaillant dans le département de la rédaction, moi-même y compris n'a jugé une telle situation comme déplorable, car nous pensions que l'Organisation de Dieu pouvait proposer des solutions bien meilleures, à ce problème, que les autorités gouvernementales. De plus nous n'avions pas envie d'aller laver notre linge salle sur la place publique, pensant que cela porterait atteinte à la réputation des Témoins de Jéhovah. Généralement ce genre d'accusations conduisait à la tenue d'un comité judiciaire qui statuait secrètement au sein de la congrégation. (Quand le collège local d'une congrégation apprend une faute commise par un membre de la congrégation, il forme un comité composé de 3 anciens ou plus, qui sera chargé d'examiner l'affaire et de prendre les mesures nécessaires). Cependant, si les accusations des victimes peuvent être mises en doute, (par manque de précision sur le lieux, dans le temps etc.) et de ce fait le pédophile non repris, les malheureuses victimes Témoin seront priées de garder leur opinion pour elles-mêmes au risque d'être réprimandées et disciplinées. De telles situations engendrent de l'aigreur et nombreux sont ceux qui gardent le silence au sujet d'abus dont ils ont été victimes pensant qu'il s'agit d'une circonstance tout à fait inhabituelle au sein de l'organisation Watchtower. "Laissons Jéhovah opérer" se disent de nombreux membres insatisfaits, pensant que ce dernier essuiera toutes les larmes dans le futur paradis terrestre. Comme j'avais terminé mon travail concernant le livre de l'histoire des Témoins, vers la fin 1991, j'ai été à nouveau assignée pour des recherches au département d'architecture, mais quelques mois après, Jack Barr est venu à mon bureau pour me dire qu'Harry ainsi que d'autres responsables de la rédaction avaient besoin de moi pour effectuer des recherches. C'est ainsi que, dans le courant de l'année 1992, j'en appris encore un peu plus, des membres de la rédaction, au sujet des agressions sexuelles sur mineurs perpétrées au sein des congrégations des Témoins de Jéhovah dans le monde entier. Puis Lloyd Barry autorisa la préparation d'un autre article sur le sujet, qui paru dans le Réveillez-vous! du 8 avril 1992, sous le titre: "J'ai pleuré de joie". Cet article présentait des extraits de lettres envoyées à la Société par des victimes, leurs amis et leur famille pour exprimer la profonde appréciation au Collège central à la suite du numéro de Réveillez-vous! du 8 octobre 1991. De nombreux lecteurs Témoins ont ressenti les informations, du Réveillez-vous! du 8 octobre, comme une brise rafraîchissante circulant au sein de l'organisation, mais en réalité on avait ouvert la boîte de Pandore en permettant aux milliers de survivants qui avaient été, alors qu'ils n'étaient encore que des enfants victimes d'abus sexuels, de chercher le traitement pouvant les aider sur les plans mental et physique, et de se confier aux membres Témoins pour dénoncer ceux qui à l'intérieur de l'organisation ont abusé d'eux. »

Vers quelles thérapies se tourner

« Les articles de Réveillez-vous! tentaient d'apporter une aide aux victimes, devant faire face aux répercussions suivant les agressions dont elles avaient été victimes enfant, en suggérant, soit de recourir à la consultation d'un psychiatre si nécessaire, ou de chercher une oreille attentive et amie auprès d'un membre de la congrégation. Cependant, une grande partie du Collège central, et spécialement Ted Jaracz, voyait d'un mauvais œil cette idée de réconfort apporté par l'intermédiaire de thérapeutes professionnels, prétendant que la plupart des conseils exprimés par ces derniers étaient générés par le monde de Satan. Le Collège central et de nombreux hauts responsables de la Watchtower estimèrent que la mise en application des conseils bibliques présentés dans la littérature de la Watchtower amènerait une meilleure stabilité psychologique, même dans le cas de traumatismes dus à des agressions sexuelles pendant l'enfance. En général l'avis donné par ceux considérés comme mûrs était, peu importe le type de souffrance ressenti: "lis la Bible, viens au réunions, et participes à la prédication (le porte à porte)". Ayant été découragés de chercher de l'aide, sous forme de thérapie, à l'extérieur de la congrégation, les Témoins victimes d'agressions sexuelles dans leur enfance, se tournèrent vers les anciens, ce qui vira souvent au cauchemar tant pour les victimes que pour les anciens. Le réveil fut rude pour toutes les victimes d'abus qui espéraient, après la parution du Réveillez-vous! du 8 octobre 1991, observer un changement d'attitude à leur égard au sein de l'organisation. La plupart des anciens ont gardé, sans se remettre en question, leur approche du problème, à savoir: seule la mise en application des écritures peut guérir les victimes de mauvais traitements en dehors de toute références provenant d'ouvrages publiés dans le "monde", et ce contrairement à ce qui avait été suggéré par le Réveillez-vous! du 8 octobre qui en contenait une liste. (Ceci explique pourquoi tant de responsables des Témoins sont toujours en opposition avec les informations paraissant dans Réveillez-vous!). »

Lorsque la mémoire des victimes refoule le passé

« Un point important abordé par Réveillez-vous! concerne une étrange réaction connue sous le terme de "mémoire refoulée"; ce sujet n'était pas du goût de Témoins influents. De nombreux Témoins ayant été abusés alors qu'ils étaient enfants ont encore en mémoire ces évènements des années après, ce que Lee a remarqué et qui est corroboré par les lettres d'anciennes victimes d'abus, ainsi que par leur thérapeute. La fiabilité de ces souvenirs est devenu le centre d'un débat et de controverses au sein même des professionnels de la santé mentale, et qui plus est dans l'organisation Watchtower. Au quartier général, à Brooklyn, les congrégations sont supervisées par le département du service. Les hommes travaillant dans ce département, sous la direction de Ted Jaracz, membre du Collège central, répondaient négativement, lorsque des anciens les interrogeaient à propos de l'anomalie appelée "la mémoire refoulée". En fait, je savais que Jaracz était un partisan de la mouvance luttant "contre la mémoire refoulée". Mais ce sujet ne fut plus abordé après qu'Harry ait démontré que la mouvance contre la mémoire refoulée a été mise en doute par des enquêteurs. Le trouble de la personnalité multiple (TPM) remplacé par le trouble dissociatif de l'identité (TDI) est devenu un sujet de débat brûlant. Même si le syndrome TPM n'est jamais indiqué dans les publications de la Watchtower, et ne figure pas non plus dans la correspondance adressée aux collèges d'anciens; ces derniers ont été mis au courrant de ce phénomène par les victimes souffrant de ce traumatisme, dû à des agressions sexuelles subies durant leur enfance au sein de la congrégation, certains étant même perçus comme souffrant de démonisme. Quelle aide espérer alors que certains responsables au sein du département du service considèrent le TPM, le TDI et la mémoire refoulée comme une manie et ont peu de considération pour ceux qui appellent. Face à une telle confusion et à l'incrédulité de la part des responsables de la Watchtower à propos du TPM Harry me demanda d'écrire un article sur ce sujet. Malheureusement l'esclandre provoquée par le Réveillez-vous! du 8 octobre 1991 amena Lloyd Barry à renoncer de publier la moindre nouvelle ligne sur ce sujet par peur de causer encore plus de controverses qu'il n'y en avait déjà. »

Encore de la confusion

« Le département du service adopta une ligne de conduite qui ne réconforta pas les victimes d'abus. Ainsi il fut répondu aux appelants de "lire plus souvent la Bible et de regarder en avant, vers le Monde nouveau dans lequel tous les problèmes disparaîtront". Ce n'était pas, bien sûr, la solution pour un problème si complexe. Les avis, dénués de tact, donnés par ces hommes de "passer par-dessus" n'étaient pas du goût ni des victimes, ni des membres plus libéraux du département de la rédaction. De fait, lorsque des victimes appelaient et s'entretenaient avec des membres du personnel de la correspondance et de la rédaction, elles étaient traitées avec compassion, et étaient tenues au courant des dernières informations concernant ce problème. Ce qui résulta de tout cet ensemble de contradictions, fut de replonger dans leur état de victime celles ou ceux qui avaient besoin d'aide et de laisser les anciens qui appelaient dans une confusion totale. A la fin de décembre 1991 tous les anciens des congrégations assistèrent à l'Ecole du ministère du Royaume pour une formation complémentaire et une mise à jour des prescriptions de la Société. Peu après, le 23 mars 1992 une lettre fut envoyée à tous les collèges d'anciens des Etats-Unis. La lettre reprenait des pensées qui avaient été examinées dans les écoles fin décembre 1991, à propos de sérieux problèmes rencontrés par les victimes d'abus sexuels, alors qu'elles étaient enfants, et la lettre ne condamnait plus comme par le passé les thérapeutes professionnels, mais reprenait le programme de l'école qui se référait aux informations parues dans le Réveillez-vous! La lettre pleine de compassion recommandait aux Témoins désirant suivre un traitement psychiatrique, psychologique, ou toute autre thérapie de prendre les précautions nécessaires tout en reconnaissant qu'il s'agissait d'un choix personnel. La lettre précisait également que les anciens ne devaient pas étudier les méthodes thérapeutiques afin de remplacer éventuellement les thérapeutes ce que certains sont tentés de faire, encore, de nos jours. Elle formulait d'excellentes suggestions à propos de ce que l'on pouvait dire aux victimes. Malheureusement ce point de vue n'allait pas durer bien longtemps. A l'intérieur de ce que l'on peut considérer comme un refuge formé par les congrégations, les secrets mauvais ou dégoûtants perduraient, et pour des raisons incompréhensibles la protection était assurée aux abuseurs, comme si rien ne s'était passé. En fait, un secret particulièrement déplaisant se rapportait à des instructions personnelles envoyées, en 1992 à des surveillants de districts ou de circonscription, par un membre du Collège centrale qui n'était autre que Ted Jaracz selon Harry; les surveillants devaient rencontrer les victimes d'abus en vue d'obtenir leur silence et dans le cas contraire de procéder à leur exclusion. En 1994 mon mari et moi-même étions, dans le bureau de Harry, en train de feuilleter une pile de lettres récemment arrivées au quartier général en provenance de toutes les parties du pays se plaignant de cette situation. On peut noter que l'un des surveillants, dont le nom est fréquemment cité à propos de ces mesures d'intimidation, est devenu par la suite un membre du Collège central. "Ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain" voilà ce que nous répétait plusieurs fois par jour Harry lorsqu'il voyait, à la lumière des derniers développements, les nouvelles rapportées par les responsables du département de service, faisant état d'aggravation à la suite de la ligne dure préconisée. Il était personnellement concerné par l'impact que la saga des agressions sur enfant, rapporté jour après jour, pouvait avoir sur nous et souhaitait que cela ne nous amène pas à quitter l'organisation. »

Retour dans le Tennessee

« Nous avons pris la décision, en août 1992, de terminer notre séjour dans le complexe immobilier de la Watchtower et de quitter Brooklyn à la fin de l'année, à cause des problèmes de santé de mes parents âgés. Cependant, avant de partir j'ai encore pris du temps pour effectuer un dernier projet de recherches. Harry m'autorisa d'emmener avec moi une quantité d'informations en vue d'attirer l'attention du Collège central et lui prouver que le problème des enfants agressés au sein de l'organisation était important. Quelques semaines après que j'aie quitté le quartier général j'envoyai, un volumineux paquet de documents d'informations que j'avais recueillies, à Harry qui les a transmis à chacun des membres du Collège central. Pendant plus de 10 ans nous avions côtoyé plusieurs milliers de personnes de "la famille du Béthel", ce qui a représenté une expérience tout à fait originale. Ainsi en retournant à notre domicile au Tennessee, nous avons quitté, littéralement, des centaines d'amis, et bien entendu notre fils et notre belle fille. Dans les jours qui ont précédé notre départ, Joe et moi-même avons reçu des centaines de messages pour nous dire au revoir. Je conserve comme un trésor un petit livre, confectionné par mes collègues du département de la rédaction, rempli d'expressions d'affection et de regrets de ne plus pouvoir collaborer ensemble plus longtemps et qui nous souhaite de bonnes choses pour le futur. Si seulement ils avaient pu imaginer ce que le futur nous réservait ! Dans le petit livre, Harry exprima le plaisir qu'il avait eu de travailler avec moi, et dit combien ma serviabilité, ma détermination et ma compassion allaient lui manquer. Lee déclara qu'il ne pouvait pas encore imaginer combien j'allais lui manquer. Il rajouta que mon soutien, mon apport et mes recherches étaient inestimables. Un autre responsable des rédacteurs, Jim Pellechia, me remercia d'avoir un peu secouer les choses. Toutes ces observations se rapportaient spécifiquement à mon travail, en vue de persuader le Collège central de changer certaines règles de l'organisation dans le traitement des cas d'agressions sexuelles sur enfants. Je me rappellerai toujours de mon dernier jour de travail et particulièrement, lorsque David Iannelli me dit au revoir et me remercia chaleureusement d'avoir découvert ce que plus personne dans l'organisation ne savait – que William H. Conley, et non Charles Taze Russell, avait été le premier président de la Watchtower. Je parti sans regrets. Pendant que je me trouvais au centre mondial des Témoins de Jéhovah, j'avais donné le meilleur de moi. Bien que j'aimais ces personnes, j'avais un dilemme. Après avoir quitté New York pouvais-je laisser tomber ma compassion et oublier tout ce que j'avais appris au sujet du scandale caché des agressions sexuelles sur enfant au sein de l'organisation Watchtower? Je savais que si par compassion je remuais ces choses en dehors du Béthel, je risquais d'être exclue. Quand j'ai quitté New York je n'ai pas abandonné la compassion sincère que j'avais pour les victimes de ces loups malhonnêtes déguisés en brebis opérant au sein de l'organisation, mais à présent que puis-je faire? Les années qui vont suivre seront stressantes pour ne pas dire plus. Peu après notre retour au Tennessee, une lettre datée du 3 février 1993 a été envoyée à tous les collèges d'anciens des Etats-Unis à propos des agressions sexuelles sur mineurs. Apparemment le travail que j'avais effectué portait du fruit, car cette lettre contenait certaines informations que j'avais incluses dans le courrier envoyé au Collège central. De nombreuses suggestions, dans le but d'apporter de l'aide aux victimes, étaient conçues, particulièrement, pour celles souffrant de troubles longtemps après l'évènement. L'attitude du Collège central paraissait plus conciliante envers la réalité de la mémoire refoulée. Dans la lettre il était également répété que le fait de consulter un professionnel de la santé en vue de recevoir de l'aide, et de reporter l'agression aux autorités ne représentait pas un acte désobligeant vis-à-vis des anciens. Et ce n'était pas tout. Un nouvel article, extrêmement bien documenté sur le thème des agressions sexuelles sur mineur, parut dans Réveillez-vous! du 8 octobre 1993, il parlait de professionnels compétents aidant les victimes d'abus sexuels pendant leur enfance. J'ai continué mes recherches pour le département de la rédaction depuis mon domicile. Parmi les choses examinées je me suis penchée sur le problème de l'agression sexuelle sur mineur au sein des autres religions et plus généralement de la société. En un sens j'espérais comme quelques-uns, au quartier général de la Watchtower, que le Collège central modifierait sa politique à l'égard des agressions sexuelles sur mineur. Cependant, au lieu de voir les premiers résultats de mon travail, j'appris avec horreur, quelques mois après notre retour à la maison, qu'au sein des congrégations de notre région un grand nombre d'agressions avaient eu lieu dans un passé récent et qu'aucune d'entre elles n'avaient été annoncées aux autorités. Ces agressions étaient rapportées à des hommes n'ayant peu, voire pas d'idées sur le processus à suivre dans ces affaires complexes d'accusations pour agressions sexuelles, voilà qui était pour le moins dérangeant, ou même effrayant. »

Réactions tardives

« Un ancien de ma congrégation a confessé avoir agressé la fille d'une Témoin. Il perdit sa charge d'ancien parce que le père, non Témoin, de l'enfant porta plainte auprès de la police ce qui fit grand bruit. Quelques années plus tard à la suite d'habiles manœuvres l'agresseur recouvra, contre toute logique, ses privilèges au sein de la congrégation. Il avait réussi à convaincre les anciens qu'il était repentant, alors que selon toute évidence il utilisait le ministère de maison en maison pour rencontrer et étudier la Bible avec des femmes seules ayant des enfants, dans le but d'abuser ensuite de ces enfants. J'envoyais une lettre à la société Watchtower pour exposer la situation; de plus j'écrivis une missive implorant Lloyd Barry, membre du Collège central (décédé depuis ces événements) d'examiner les faits. Dans ma lettre je faisais part de mon inquiétude en pensant aux agresseurs engagés dans le ministère de porte en porte en me référant aux agissements d'un pédophile de notre congrégation usant de cette activité pour trouver de nouvelles proies, et déclarait que la participation, d'un agresseur, à cette forme de témoignage devrait être mise sous restriction. Pour augmenter mon inquiétude j'appris qu'en dehors des congrégations les noms, y compris celui du repenti, n'avaient jamais été communiqués au public; peut-être certains avaient-ils été mis à la disposition des autorités après un long délai d'attente. Par conséquent ils étaient toujours potentiellement dangereux et susceptibles de continuer d'abuser de nouveaux enfants, ce que certains n'ont pas manqué de faire. Lorsque j'ai visité, en 1994, le quartier général de la Watchtower, je parlais brièvement avec Lloyd Barry de ma lettre pour laquelle il n'avait jamais accusé réception. Et contrairement au changement espéré dans la politique à l'égard des agresseurs, ces derniers purent continuer dans le ministère et retrouver leur position d'autorité si ils se montraient repentants. Je compris, cependant, que la décision à propos de ces situations devenait difficile et avait des ramifications. La complexité et la portée de la situation de tous les enfants abusés sexuellement au sein de l'organisation prenaient des proportions énormes. Mais les enfants, envers et contre tout, continuaient d'être abusés par des agresseurs Témoins, et comme je le savais je décidais de mettre fin à cette situation. Je fus heureuse d'apprendre que le recours à des thérapeutes, en vue d'atténuer les effets à long terme subis par les enfants victimes d'agressions sexuelles, n'était plus considéré avec dédain comme c'était le cas en 1992 et 1993; mais en en décembre 1994 on en revint à un point de vue des plus rigide comme cela avait déjà été le cas pendant le cours de l'Ecole du Ministère du Royaume. Il avait été dit, durant le cours, aux anciens que les accusations portées contre un Témoin pour donner suite à la mémoire refoulée ne sont plus admissibles pour une action judiciaire. Il avait été précisé qu'en l'absence du témoignage de deux témoins oculaires de l'agression, et de l'abandon automatique de l'accusation, il ne serait pas pris de sanctions ni d'excommunication prononcée. Je me rappelle combien je me suis sentie inquiète, dans la période s'étendant de 1993 à 1997, à propos de ces règles de confidentialité. Je me suis ouvertement exprimée auprès de mes amis du département de la rédaction au sujet de l'aveu d'agresseurs paraissant repentant, au sein de ma congrégation et qui continuaient de prendre dans leurs bras des bébés ou de tenir sur leurs genoux de jeunes enfants; de plus les anciens ne disaient rien et n'avertissaient pas même les parents. Une lettre du 1er août 1995 adressée à tous les collèges d'anciens, semblant faire suite à mon inquiétude, incita les anciens de faire preuve de prudence vis-à-vis d'anciens agresseurs d'enfants, et attira particulièrement l'attention "sur le danger évident lorsque ces derniers prennent dans leurs bras des enfants ou les tiennent sur leurs genoux et suggéra de ne pas les laisser seuls avec des enfants sans la présence d'un autre adulte". Je sais que Harry et bien d'autres essayaient toujours d'être différents. Finalement, en 1997, la société Watchtower annonça, dans l'article du périodique La Tour de Garde du 1er janvier sous le titre : "Ayons en aversion de qui est mauvais" qu'un homme ayant abusé sexuellement d’un enfant ne remplit pas les conditions requises pour assumer des responsabilités dans la congrégation. L'article précisait également que l'organisation ne protégerait pas l'agresseur des risques de sanctions éventuelles prises par l'Etat. Peu de temps après, Harry et moi discutions par téléphone et il me déclarait qu'il était extrêmement heureux de voir 5 ans de labeur déboucher sur une nouvelle politique empêchant un agresseur même repentant de se voir attribuer une position de responsabilité dans la congrégation. Bien que satisfaite par ces nouvelles règles, j'étais troublée en lisant la phrase suivante: "Si le coupable [l'agresseur] s’avère repentant, on l’encouragera à faire des progrès spirituels, à prendre part à la prédication, [le ministère des Témoins de Jéhovah, c'est-à-dire le porte à porte]…" ce qui était exactement le contraire de ce que j'avais exprimé auparavant. »

Une loi lacunaire, et une autre inapplicable: celle des deux témoins

« À première vue le Collège central semblait avoir progressé en indiquant que quiconque est un agresseur reconnu ne peut plus exercer de privilèges au sein de l'organisation. Ainsi on avait finalement reconnu qu'un ancien agresseur est toujours un agresseur potentiel. Donc, si un agresseur exerce déjà une responsabilité dans la congrégation, il peut en être démis. Les Témoins manifestèrent leur enthousiasme pour la nouvelle politique, pensant qu'ainsi plus aucun agresseur connu ne pourrait obtenir de responsabilité dans la congrégation; le Collège central s'était, à leurs yeux, montré bien supérieur dans la gestion du scandale des agressions d'enfants que les autres Eglise, en proie à de nombreuses difficultés, à travers tout le pays. Mais très vite une lacune apparut dans le texte de la nouvelle politique. Elle apparaissait dans la phrase suivante : "un homme ayant abusé sexuellement d’un enfant ne remplit pas les conditions requises pour assumer des responsabilités dans la congrégation"; exprimé de cette façon le texte était trompeur et dangereux. Les mots clés ne permettant pas à un agresseur de garder ses responsabilité dans la congrégation sont :"…ayant abusé…". Tout ceci a bien été clarifié dans la lettre du 14 mars 1997 envoyée aux collèges des anciens répondant à la question : " Comment savoir si un homme est un agresseur "ayant abusé" ? Notez bien la réponse : "Un individu est peut-être connu, non seulement de la communauté mais également de la congrégation chrétienne, pour avoir été autrefois un agresseur d'enfant". Ainsi on comprend que si la communauté ou la congrégation chrétienne connaît l'homme comme un agresseur, ce dernier ne remplira pas les conditions requises pour exercer des responsabilités, ou le cas échéant sera démis de ses fonctions dans la congrégation. Mais pour qu'un homme soit reconnu comme un agresseur par la communauté, il faut que son cas ait été rapporté à la police, ce qui est rarement le fait des Témoins. Et les lois de confidentialité de la Société rendent impossible la communication d'une information sur un éventuel agresseur, puisque la victime voulant évacuer l'agression en faisant appel à sa mémoire refoulée est priée, par le comité de discipline, de se taire. L'accusé continuera d'exercer ses responsabilités, les anciens allégeant qu'il n'est pas reconnu comme un agresseur. Bien sûr peu de Témoins lambda ont bien compris la signification des mots "…un homme ayant abusé…" comme ils ont été expliqués plus haut –et des anciens dans de nombreuses congrégations ont passé à côté de l'implication de La Tour de Garde du 1er janvier 1997 et de la lettre de la Société du 14 mars 1997 –mais de quelles façons les congrégations devaient-elles réagir lorsqu'elles apprenaient que des agresseurs d'enfants ont bien été nommés en dépit de leur culpabilité clairement démontrée? Une instruction figurant dans la lettre du 14 mars 1997, envoyée à tous les collèges d'anciens, l'admettait bien involontairement en déclarant : " Le collège des anciens enverra un rapport à la Société à propos de celui qui sert ou qui a été nommé par la Société, à une responsabilité dans votre congrégation et qui est reconnu comme ayant abusé sexuellement des enfants". Cela revient à confirmer le fait que la Société a nommé délibérément des agresseurs à des responsabilités. Cette lettre, si claire, ajoute en plus : "Quelqu'un a pu se rendre coupable d'agressions sexuelles sur des enfants avant d'être baptisé. Il n'est pas nécessaire de questionner les personnes à ce sujet. "À l'heure ou les organisations séculaires et religieuses forment et contrôlent les employés et les volontaires ayant de fréquents contacts avec les enfants, le Collège central ne juge pas nécessaire de questionner individuellement, sur leur passé, les hommes qui exerceront une responsabilité. C'est pour le moins irresponsable, peut-être même criminel, et peut passer aux yeux des autorités, en cas d'investigations, pour plus grave qu'il n'en paraît. Découvrons la position officielle de la Watchtower par la voix d'un de ses représentant; J.R. Brown, porte parole, déclarant à un média allemand, en juin 2002 : "Si nous découvrons qu'un individu s'est rendu coupable d'agressions sur enfants il ne pourra en aucun cas servir comme ancien". Maintenant notons ce que déclare une lettre de la Watchtower envoyée à tous les collèges d'anciens du Royaume Uni, le 1er juin 2001, en citant une exception à cette loi : "Si la filiale a décidé qu'il [un ancien agresseur d'enfants] peut être nommé ou peut continuer de servir dans une position de confiance, parce que le péché a été commis il y a très longtemps, et que depuis ce temps il a mené une vie exemplaire, il n'est pas nécessaire de faire figurer son nom dans la liste, de même il n'est pas utile de parler du péché passé du frère si il change de congrégation et ce contrairement aux instructions données par la filiale". (La liste est constituée par la congrégation et porte le titre: "protection des enfants –Psaumes 127:3". La liste contient des données concernant le ou les agresseur(s) repentant(s); ceux qui ont été accusé par deux témoins crédibles ou plus, et ceux qui ont reconnu leur culpabilité devant la cour). La lettre poursuit en disant: "Il y a, cependant, bien d'autres situations en rapport avec les agressions d'enfants. Par exemple, si il n'y a qu'un seul témoin et que le frère accusé nie les faits. (Deutéronome 19:15; Jean 8:17) Il est peut-être déjà l'objet d'investigations policières à la suite d'une plainte pour agressions sexuelles sur un enfant; l'agression n'a pas encore été clairement déterminée. Dans ce cas et pour des cas similaires on ne portera aucune écriture dans la liste "protection des enfants". Lorsque je pris connaissance la première fois de cas d'agression sur enfant au sein de l'organisation de la Watchtower je ne connaissais pas l'enseignement biblique demandant l'attestation de deux témoins pour prouver le péché d'agressions sexuelles. Ce n'est qu'après 1997 que je compris que d'une part cette règle, des deux témoins ayant vu l'agression, protégeait les pédophiles, et d'autre part cette politique représentait un grand danger pour les enfants. Comme l'indique la lettre du 1er juin 2001, si la victime de l'agression ne peut présenter un autre témoin et que l'accusé nie les allégations, l'accusation va être abandonnée et ne figurera pas même dans la liste "protection des enfants". Ainsi les règles de confidentialité continuent leurs effets. Il est conseillé aux victimes de se taire, de ne pas parler de l'accusation au risque de s'excommunier d'elles-mêmes. C'est de cette façon que les agresseurs ont pu et continuent de se cacher et que les enfants sont toujours leurs cibles. Il est nécessaire de changer la stricte application de la loi des deux témoins et la politique de confidentialité en rapport avec les agressions sur enfants. »

Illusions perdues

« J'appartenais, en fait, à une organisation dont les membres ne sont pas si différents des gens en général. En surface ils ont l'air différents dans leur approche de la vie; en effet, les Témoins de Jéhovah croient que leur organisation est guidée par Dieu et qu'ils vivent leurs convictions au sein d'une théocratie. Les responsables des Témoins, donc représentant de la théocratie ont édicté toutes une série de règles gérant tous les aspects de la vie des membres, ils également émis des règles pour les protéger des mauvaises influences. Malgré leur bon vouloir les responsables des Témoins se sont petit à petit mis à ressembler aux Pharisiens en donnant des instructions pour toutes les situations imaginables. La nouvelle règle des deux témoins mentionnée dans La Tour de Garde du 1er janvier 1997, de même que le commentaire supplémentaire ajouté au manuel destinés aux anciens, Prenez garde a vous-mêmes et à tout le troupeau, ainsi que la lettre du 14 mars 1997 envoyée à tous les collèges d'anciens, et toutes les autres lettres se référant à l'Ecole du ministère du Royaume, posaient problème car ils rendaient encore plus complexe les cas d'agressions sur enfants. Ces directives écrites dans l'intention de protéger la congrégation chrétienne des agresseurs potentiels, protégeaient en réalité ces derniers. J'espère que cela n'a pas été fait intentionnellement. En 1992, mon inquiétude au sujet des problèmes posés par les procédures mises en place par la société Watchtower dans le traitement des cas d'agressions sur enfant, m'empêcha de comprendre que les responsables des Témoins traitaient les accusations d'agressions sexuelles sur enfants de la même façon que d'autres péchés comme la fornication ou l'ivrognerie. Je réalisais que les anciens ne faisaient pas d'enquête à la suite d'allégations pour agressions sur enfants, mais que ce soin était laissé aux autorités car l'agression était un crime – une forme de viol – un point que la Société ne semblait toujours pas être en mesure d'appréhender. Ce que la police tenait pour un crime, était un péché pour les anciens. Ces derniers avaient besoin d'indications dans la manière de procéder pour excommunier quiconque se rendrait coupable d'agressions sexuelles sur enfants, et c'était dans ce seul but que des instructions leur étaient envoyées. Les anciens ne sont pas des magistrats. Même si les autorités reconnaissent l'accusé coupable, deux témoins sont exigés pour déterminer la faute éventuelle et prononcer le cas échéant une excommunication. C'est en 1998 que je quittais officiellement l'organisation, après m'être effacée depuis quelques années. En mettant de côté mon anxiété je me rendis au collège local pour passer quelques examens et je reçus une bourse, ce qui me donna la force de faire mes premier pas loin de mes amis Témoins de Jéhovah de part le monde. (Je savais, à coup sûr, que certains me rejetteraient lorsqu'ils réaliseraient que je n'étais plus une des leurs) En fréquentant le collège je me rendis compte qu'il y avait une vie après la Watchtower. Cela faisait 39 ans que mon mari et moi étions mariés. Nous n'avons jamais eu de secrets l'un vis- à-vis de l'autre. La confiance et le respect sont le ciment de notre mariage réussi. C'est pourquoi mon mari Joe, accepta mon départ de notre religion car il comprit qu'en toute conscience il m'était difficile de rester associée avec l'organisation des Témoins connaissant les procédures de règlement des agressions sexuelles sur enfant, règles que je considérais comme malfaisantes. Étant une femme, je devais garder le silence sur ce mal au risque d'être excommuniée. Ma colère et ma frustration de ne rien pouvoir faire pour aider et protéger les enfants des agressions devinrent un poids que je pouvais supporter plus longtemps. Ma famille proche, Témoin, ainsi que mes amis intimes ne m'abandonnèrent pas. Bien sûr au début ils furent consternés par mon choix, mais avec respect ils considérèrent de mon droit de le faire. Finalement deux d'entre eux ont quitté à leur tour l'organisation. En 1997, après 16 années passées au Béthel mon fils et ma belle-fille désirant avoir des enfants, ont quitté le quartier général. Mon petit fils, Luke, est né en 1999 et comme je n'étais pas exclue nous nous sommes régulièrement vus chez l'un ou chez l'autre. Mon mari était toujours ancien et les autres anciens ne savaient pas pourquoi je m'étais retirée et ne semblaient pas particulièrement pressés de le savoir. Dans tous les cas je ne disais rien de négatif à l'encontre de l'organisation des Témoins, de ce fait je n'étais pas perçue comme une traîtresse. »

Bill Bowen et le site "Silentlambs"

« À la fin de l'an 2000 un de mes amis, ancien surveillant de circonscription de la Watchtower, a vu sur un site de discussion de Témoins de Jéhovah, un message émanant d'un ancien demandant si des anciens s'étaient déjà trouvés dans une situation identique à la sienne; il venait de découvrir que le surveillant président de sa congrégation avait admis avoir agressé sexuellement des enfants quelques années auparavant. La congrégation et la collectivité n'ayant pas eu connaissance de ces faits, seul deux anciens étaient au courant, l'homme garda sa position au sein de la congrégation. Le message exprimait son souci pour les enfants de la congrégation, y compris les siens. Mon ami avait pris contact avec cet ancien ce que je fis également. Ce que je lui ai appris à propos des agressions sexuelles sur enfants au sein de l'organisation fut une révélation inattendue pour lui. Immédiatement nous avons décidé de mettre le public au courant de l'irresponsabilité et de la négligence coupable de l'organisation Watchtower qui portait, à cause de ses règlements, la responsabilité d'avoir couvert au niveau international le crime d'agressions sexuelles sur enfant, et d'autre part de convaincre le Collège central de changer ses règlements. Mais comment pouvions-nous accomplir cette tâche ? L'ancien en question, Bill Bowen, décida de renoncer à sa position et rendit public le problème des agressions sur mineurs le 1er janvier 2001. Dans l'Etat du Kentucky, ou Bill est domicilié, la couverture médiatique, pris une ampleur sans précédent, à la suite de sa démission de la charge d'ancien, en raison des agressions sexuelles dont sont victime les enfants de Témoin. Bill et moi-même avons décidé de nommer Silentlambs.org, un site sur Internet que Bill avait ouvert auparavant. Ainsi les Témoins de Jéhovah victimes d'agressions sexuelles par des prédateurs Témoins, pouvaient dorénavant déposer leur histoire sur un site accessible au public. Au bout de quelques semaines il y en avait une centaine, et après 5 ans plus de six mille. Je ne m'étais pas encore fait connaître du grand public alors que Bill l'avait déjà fait, mais quelques semaines après nous nous trouvions, Bill et moi, en avion pour nous rendre à New York ou nous devions être interrogés par les producteurs de NBC qui désiraient préparer un documentaire sur les problèmes d'agressions sexuelles sur enfants pour leur émission nationale de télévision, Dateline. Après avoir vérifié la justesse nos déclarations, et effectués d'importantes recherches, les producteurs nous contactèrent pour prendre rendez-vous afin de filmer notre entretien pour la télévision. Dans le même temps un des producteurs discuta, sur la base de nos accusations, avec des responsables de la Watchtower qui nièrent catégoriquement. Le passage de l'émission était prévu pour novembre 2001, mais à la suite des attaques terroristes sur les immeubles du World Trade Center, le 11 septembre, il fût ajourné. »

Excommunication

« À la suite d'appels répétés à la NBC afin de savoir pour quelle date l'émission était prévue, l'organisation Watchtower s'entendit répondre, en avril 2002, qu'elle serait présentée le 28 mai 2002. Sans plus attendre les responsables de la Watchtower demandèrent aux anciens locaux de mettre sur pied des auditions judiciaires pour nous entendre. Au début mai je prouvais aux anciens que je n'étais pas coupable des charges retenues contre moi. Quelques jours plus tard les anciens programmèrent une audition judiciaire avec de nouvelles charges. Je refusais de me rendre à cette audition parce que cela me paraissait inutile –si je n'acceptais pas les charges invoquées; il était évident qu'ils reviendraient avec des accusations différentes. Par conséquent je fus excommuniée le 19 mai 2002 pour avoir suscité des divisions. D'autres Témoins, apparus au cours de l'émission, pour dénoncer le problème, furent excommuniés également. Les personnes excommuniées sont généralement perçues comme des pécheurs non repentants et incroyants, la Watchtower avait agit habilement. Un fait me parut évident; mon excommunication ayant été prononcée avant la diffusion de l'émission, les Témoins qui regarderaient la télévision ne me croiraient pas. Ce qui suivit ne manqua pas de me surprendre. La société envoya une lettre datée du 24 mai 2002 à toutes les congrégations des Etats-Unis, avec instruction de la lire dans le courant de la semaine précédant l'émission Dateline. Après avoir entendu la lecture de la lettre contenant un grand nombre de demi-vérités sur l'affaire, Joe, mon mari, rendit les clés de la Salle du Royaume et renonça à ses fonctions d'ancien. On lui demanda alors d'envoyer une lettre confirmant sa démission des ses fonctions d'ancien, ce qu'il fit quelques jours plus tard. Joe en donna un exemplaire à chaque ancien, ainsi qu'à Dan Sydlik et Jack Barr tous deux membres du Collège central. Il envoya également une copie à Robert Johnson du département du service. Une semaine plus tard au cours d'une conversation téléphonique Bob conseilla à mon mari de mieux me contrôler, car j'avais une mauvaise compréhension des règles de la Société. Lorsque Joe essaya de poser quelques questions sur ces règles, Bob lui répondit que ces informations étaient confidentielles. De plus il était extrêmement contrarié que Joe l'ait appelé et la conversation se termina de façon déplaisante. Joe fut excommunié en juillet 2002 pour avoir causé des divisions. Parce qu'il avait pris ma défense et exprimé son point de vue sur les agressions sexuelles sur mineurs, point de vue qui ne correspondait absolument pas à celui de la Watchtower, Joe n'était plus considéré comme un homme fréquentable. Joe émis des critiques, comme Bill et moi-même à l'égard des instructions données aux anciens sur le processus à suivre lorsque des agressions sexuelles leurs sont rapportées. Joe pensait que les anciens ne devaient pas enquêter eux-mêmes sur l'éventuelle agression sexuelle sur enfants; s'agissant d'un crime cette dernière devait être rapporté par les anciens aux autorités et pas seulement dans les états ou la loi en fait une obligation. Avant que l'émission Dateline ne soit diffusée, les reporters ont demandé à la Watchtower si il était bien exact que nous avions été convoqués pour des auditions judiciaires à cause de notre participation au programme? Le porte-parole de la Watchtower, J.R. Brown nia ces allégations, selon lui les auditions judiciaires ont été tenues localement à la suite de péchés déclarés et non parce que nous avions participé à l'émission. Selon Brown les responsables de la Watchtower ne savaient pas qui avait participé à l'émission, c'était un mensonge de plus. A la question du reporter lui demandant à quels textes la religion se référait pour excommunier des membres, le porte-parole de la Watchtower cita 1 Corinthiens 5:11, 12 demandant à l'église d'ôter de son milieu tout homme qui commettrait la fornication, l'avidité, l'idolâtrie, l'ivrognerie, l'extorsion et serait un insulteur. Étant associée à ma dernière congrégation depuis 1998, et n'ayant pas commis ce genre de délit, je me suis décidée de porter plainte pour diffamation, en novembre 2002, contre la Watchtower bien que cette dernière essaye toujours de tirer à son avantage le système procédurier de la justice. Depuis ces évènements, Bill et moi-même, avons souvent été interrogés par des journalistes et nous profitons de cette publicité pour informer au mieux le public des règlements de la Watchtower qui protègent les pédophiles. Moins de 10 ans sont passés depuis la parution de la lettre dans Réveillez-vous! du 8 août 1993 dans laquelle notre fils chantait les louanges de nos vertus parentales; maintenant il a complètement changé son optique à notre égard et il nous a totalement rejeté depuis notre exclusion à la suite de notre témoignage sur le problème caché des agressions sexuelles sur enfants au sein de l'organisation. Il a déclaré à la presse que je faisais une chose noble en cherchant à protéger les enfants de Témoins; mais il ne pensait pas que j'avais choisi la bonne voie en mettant le public au courant. (Apparemment je n'avais pas respecté le "onzième commandement", le plus important pour les Témoins de Jéhovah : "Tu ne dois jamais colporter de mauvaises choses de l'organisation en public.") Peu après la diffusion de l'émission Dateline mon fils et sa femme se sont rendus à New York pour entendre, personnellement, l'opinion des responsables de la Watchtower, sur cette affaire. On leur a dit que je n'avais pas compris les règlements de la Société et qu'à cause de mes actions, des milliers de personnes avaient quitté l'organisation, délaissé la Bible et abandonné Dieu. Comme elles se sont éloignées des Témoins de Jéhovah elles perdront la vie à Har-Maguédon et cela par ma faute, oui je devais être considérée comme responsable de leurs morts. Mon fils et ma belle-fille ont choisi de croire ce que les responsables leur ont dit et depuis ce jour là ils ne m'ont plus adressé la parole. Cela fait plus de 3 ans que nous n'avons plus revu notre fils, notre belle-fille et leur jeune fils, notre seul petit-fils. Si nous envoyons du courrier, ou un paquet contenant un jouet pour notre petit-fils, cela nous est toujours retourné non ouvert. »

Nouvel engagement

« Quand je repense à ma vie depuis mon baptême comme Témoin de Jéhovah à l'âge de 14 ans, je suis émerveillée par le chemin parcouru. Mon unique désir, à cette époque, était d'aider les personnes de comprendre les mystères de la vie comme l'enseignaient les Témoins de Jéhovah. Maintenant je n'entretiens plus l'illusion que les mystères de la vie puissent être expliqués, ou que l'association des Témoins de Jéhovah soit une religion bienveillante. Bien que l'un de mes plus chers amis, Harry Peloyan, m'ait comparé à "Judas" pour avoir rendu public le problème des agressions sexuelles sur enfant au sein de l'organisation des Témoins, je vais continuer mon engagement, le reste de ma vie, de partager mes expériences de témoin oculaire privilégié. J'espère que mes paroles aideront les gens à comprendre les secrets cachés de cette organisation religieuse, une religion qui a été très adroitement dirigée par son Collège central depuis 1881. Je fais connaître la vérité de cette manière, afin de pouvoir aider d'autres personnes sincères de ne pas faire le même choix malheureux qui m'a conduit à être un témoin oculaire de la malhonnêteté. »

À propos de la pédophilie

La règle des deux témoins est toujours en vigueur au sein des congrégations des Témoins de Jéhovah. Aux États-Unis dans le cas d'une accusation d'agression rapportée au collège des anciens, ces derniers désignent un des leurs pour prendre contact avec le département juridique de la Watchtower Bible and Tract Society, à New York. C'est une exigence de la Watchtower depuis 1989. Un représentant du département juridique demande à l'ancien le nom de l'État de domicile de la congrégation. L'ancien lui précise si la congrégation se trouve dans un Etat exigeant la levée "du secret de la confession", les anciens (ou le clergé) dans ce cas sont tenus de rapporter l'accusation d'agression sexuelle auprès des autorités. Les anciens vont encourager les parents ou le mineur abusé de porter plainte auprès des autorités, dans le cas ou la famille n'accompli pas cette démarche, les anciens déposent eux-mêmes la plainte. Avant la diffusion de l'émission Dateline, du 28 mai 2002, exposant le problème des agressions sexuelles sur mineurs au sein de l'organisation des Témoins, les anciens habitants dans un Etat obligeant le clergé de rapporter les cas d'abus sur enfant ne dénonçaient pas auprès des autorités les abuseurs même lorsque les parents ou le mineur s'en étaient abstenus. Mais si l'agression est perpétrée dans un Etat ou le clergé n'est pas tenu de dénoncer le cas d'abus, les anciens, selon les instructions reçues, vont informer les parents ou le mineur victime d'agression sexuelle de cette situation. Les anciens vont rester neutres et laissent les parents ou la victime rapporter l'agression aux autorités. Les instructions, précises, de la Watchtower demandent aux anciens de ne pas encourager, ni décourager les membres de la famille Témoin de rapporter l'agression. Ainsi, lorsque la famille ou la victime choisit de ne pas aller dénoncer l'affaire à la police, rien ne va transpirer, à moins qu'un ancien ne le fasse secrètement. Mais comme dans de nombreux cas l'abuseur n'est autre que le père de la victime laisser aux parents le soin de porter plainte ou non revient, d'une certaine manière, à se voiler la face. Avant la diffusion de Dateline les parents Témoins ne voulaient pas reporter d'agressions par peur de jeter l'opprobre sur "l'organisation de Jéhovah". Cette attitude n'était pas exceptionnelle bien au contraire. Par exemple, Bill Bowen a enregistré un avocat Témoin du quartier général lui déclarant que l'Etat de domicile de Bill n'exigeant pas le report automatique de cas aux autorités, Bill se devait de rester neutre et de ne pas encourager, ni décourager les accusateurs de porter plainte auprès des autorités. De plus le représentant de la Société recommanda à Bill de placer la situation entre les mains de Jéhovah, afin de lui laisser le soin de régler ce problème délicat. Ainsi un pédophile Témoin soi-disant repenti ayant confessé sa faute, ne risque pas d'être démasqué dans un Etat ne demandant pas de dénonciation automatique, si la famille ou la victime ne porte pas plainte auprès des autorités. Les règles de confidentialité sont une garantie contre toute révélation d'agression au sein de la congrégation. Trop souvent des pédophiles se déclarant repentis ont continué de perpétrer des agressions, au sein de la même congrégation, protégés par la règle de confidentialité. Sans tenir compte de la décision des parents de porter ou non plainte auprès des autorités, les anciens continuent d'utiliser la règle des "deux témoins" afin de déterminer si il convient d'excommunier l'accusé. Si l'accusé nie les faits et qu'il n'y a pas deux témoins de l'agression (deux témoins, soit la victime plus un témoin oculaire), il ne sera pas excommunié. L'excommunication n'est prononcée que lorsque la règle des deux témoins peut s'appliquer. Cependant, si "une repentance sincère" est démontrée l'agresseur ne sera pas excommunié. Dans tous les cas, la victime et les parents n'ont pas la permission de mettre au courant de l'agression les autres familles de la congrégation. Depuis la diffusion de Dateline les parents Témoins sont plus enclins de rapporter toutes agressions aux autorités. Cependant, même si les parents ont rapporté l'agression à la police, l'accusé arrêté, et sa culpabilité prouvée, l'excommunication ne sera pas prononcée si la victime ne peut pas présenter aux anciens un témoin de l'agression. Récemment un agresseur a été libéré après avoir purgé plus de 5 ans de prison, mais il n'a jamais été excommunié parce que la victime n'a pas pu satisfaire à la règle des deux témoins. Durant son incarcération et après sa mise en liberté l'agresseur a été traité comme un innocent, par les anciens s'entend. La réaction du comité formé d'anciens considérant l'accusé innocent ne facilita pas la tâche des enquêteurs de la police. Aux États-Unis les agressions sexuelles sur mineur sont considérées comme un crime. Les parents ne doivent pas se préoccuper de l'action des anciens et doivent aller dénoncer l'agression aux autorités, car la loi fédérale des États-Unis l'exige, même si la loi d'un Etat ne le demande pas. Mais il semble que la Watchtower n'est pas tout à fait d'accord. Voici ce que déclare La Tour de Garde du 1er août 2005 à la page 14: "À notre époque aussi, le viol est un crime passible de lourdes peines. La victime a parfaitement le droit de signaler l'agression à la police. Ainsi, les autorités compétentes pourront punir l’offenseur. Si la victime est mineure, les parents se chargeront des démarches." Cette directive de la Watchtower montre clairement que la dénonciation est envisagée comme une option même si le crime a bien été commis.

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