Blé miraculeux

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Ce qui est connu sous le nom de blé miraculeux ou blé miracle était une variété de blé découverte par un fermier et censée produire 30 fois plus que les variétés de blé existantes à l'époque. Une partie des grains fut achetée par un disciple de Charles Taze Russell et revendu au profit de la Société Watch Tower. Après avoir reçu une certaine publicité par ce moyen, comme par exemple dans le New York Times, Russell fut ridiculisé quand le blé ne se révéla pas aussi productif qu'espéré. Par ailleurs, le pasteur poursuivit en justice le journal Brooklyn Daily Eagle qui avait publié une caricature le dépeignant comme un escroc, mais perdit le procès. Cet épisode de l'histoire de l'organisation est souvent interprétée de façon erronée tant par les défenseurs de celle-ci que par ses opposants.

Découverte du blé

Un blé au rendement soi-disant exceptionnel fut découvert en 1904 par Kent B. Stoner, un fermier de 70 ans vivant à Fincastle, en Virginie, dans un petit jardin à l'arrière de sa maison, et fut convaincu qu'il produisait jusqu'à deux fois plus que le blé ordinaire. Au début, il crut qu'il s'agissait d'une sorte d'herbe connue sous le nom de "parlor grass", mais se rendit compte que c'était bien du blé après davantage d'observations. Selon ses propres déclarations, Stoner n'avait jamais vu, à l'époque, un plant de blé ayant plus de cinq têtes. La plante comptait en tout 142 tiges, chacune d'entre elles comportait un épi lors de sa pleine maturité, et totalisait plus de 4 000 grains.

À l'automne de 1904, il planta 1 800 grains, et chaque gramme donna une moyenne de 250 grains. Le rendement moyen du blé ordinaire dans cette section était d'environ dix grains pour chaque grain de semence. Stoner constata qu'un peck par acre[1], soit 15 livres du blé qu'il avait découvert, produisait plus de quarante boisseaux (jusqu'à 80 boisseaux selon lui). Ce blé aurait donc produit 25 fois plus que le blé ordinaire en proportion de la quantité semée. Stoner testa aussi les variétés de blés Red Wonder, Fuldz et le Old Mediterranean. Pour qu'il soit productif, le "blé miracle" avait besoin d'environ quatre fois plus de place que le blé ordinaire, nécessitant 16 pouces entre les rangées. En revanche, il obtenait des résultats décevants s'il était semé comme le blé ordinaire.

En 1906, ce blé fut donc appelé blé Stoner, du nom de celui qui le découvrit, ou "blé miracle", et une rumeur affirma que ce blé particulièrement productif était le résultat d'une demande de Stoner à Dieu, ce que le fermier nia par la suite. Le 23 novembre 1907, H.A. Miller, un agronome assistant au gouvernement des États-Unis, présenta au département de l'Agriculture à Washington, DC, un rapport très élogieux sur le blé en question. Finalement, la nouvelle de ce blé fut largement relayée dans la presse à travers tout le pays, et c'est ainsi que Russell apprit son existence et en parla dans son journal, La Tour de Garde.

Sources de cette section:[2][3]

Comment le blé se répandit

"Blé miracle" cultivé en 1912 dans le jardin de Stoner, à deux pieds de l'endroit où la tige originale avait été découverte. La plante avait poussé à partir d'un seul grain et était d'une hauteur de six pieds au moment où la photographie a été prise, et n'était donc pas complètement développée.

En 1908 ou 1909, Stoner attira l'attention de Joseph I. Knight sur les qualités inhabituelles du blé. Les deux hommes décidèrent de se partager le blé pour le cultiver et de le commercialiser après en avoir amassé une quantité suffisante. Knight reçut 45% d'intérêts dans le blé. Ils se mirent d'accord de ne pas le mettre sur le marché avant 1912, puis décidèrent par la suite de le vendre à partir d'août 1911. Après avoir passé cet arrangement avec Stoner, Knight partit en Europe et présenta le blé aux Ministères de l'Agriculture de différents pays.

Avant de rencontrer Knight, Stoner avait vendu une partie du blé, systématiquement à 1,25 $ la livre. En 1908, il avait vendu quatre livres à 1,25 $ la livre à Joseph A. Carlton, un dentiste de Palmetto en Géorgie, également propriétaire d'une ferme de 256 acres. En 1909, il vendit deux livres à Frederick S. Widener, de Belvidere dans le New Jersay, pour une somme comprise entre deux et cinq dollars. Widener en donna une partie à Isaac L. Frey, un agriculteur de la Lower Mt. Bethel. William I. Tomlinson et Edward Hunt, des agriculteurs du New Jersey, expérimentèrent à leur tour ce blé.

Ainsi, toutes ces personnes achetèrent le blé soit directement de Stoner, soit indirectement par son associé, Knight, et tous estimèrent que le blé possédait de remarquables qualités de production.

Sources de cette section:[2]

Résultats obtenus par les autres fermiers

Quand il sema le "blé miracle", Widener compta de 22 à 98 tiges au grain. Frey obtint un boisseau et demi de blé à partir d'un quart de grain, et l'année suivante, en 1911, il eut 108 boisseaux à partir de 16 à 22 quarts de semences. Il ensemença environ 15 livres par acre.

Henry A. Ayre, un agriculteur de Cleveland, Tennessee, ayant 35 ans d'expérience dans l'agriculture, acheta du "blé miracle" à l'automne 1909 ou 1910. Il sema un demi-boisseau pour les sept-huitièmes d'une acre et récolta un peu plus de 26 boisseaux par acre. Ayre trouva ce blé plus résistant que le blé ordinaire, passant mieux les hivers puisqu'il se tenait droit les jours de gel alors que le seigle avait gelé. Des agriculteurs des environs, avec lesquels Ayre avait passé un contrat, faisaient pousser ce blé pour lui. Le "blé miracle" fit remporter le premier prix à Ayre à l'automne 1910 lors de la Appalachian Exposition, pour le Tennessee, la Géorgie et la Caroline du Nord, et gagna également le premier prix au State Fair dans le Tennessee, et à sa foire de comté.

William Pray, un fermier de Mansfield Township, dans le New Jersay, agriculteur pendant 25 ans, fit pousser du "blé miracle" pendant trois années. Il cultiva plus de 80 tiges à partir d'un seul grain. Une acre de blé ordinaire qu'il avait semé avec deux boisseaux produisit 17 boisseaux, alors que l'acre attenante où il avait semé avec un demi-boisseau de "blé miracle" produisit 25 boisseaux. La pratique habituelle des agriculteurs dans sa région était de semer deux boisseaux de blé ordinaire par acre, et Pray ne connaissait aucun moyen d'obtenir de meilleurs résultats.

William I. Tomlinson, qui avait été agriculteur pendant neuf années à Kirkwood, New Jersey, avait planté du "blé miracle" en 1909 en concurrence avec du blé ordinaire: 16 acres avec du "blé miracle" à un demi-boisseau par acre, ce qui donna 32 boisseaux par acre, contre 20 acres de blé ordinaire à un boisseau et demi par acre, ce qui donna 21 boisseaux par acre.

Edward W. Hunt, un agriculteur de longue durée de Stratford, dans le New Jersey, sema d'abord un boisseau de semences pour une acre et demi, qui produisit 56 boisseaux, une partie de la récolte ayant été détruite. En 1911 et 1912, il planta du "blé miracle" en concurrence avec le blé Amber. Il planta 10 acres avec le "blé miracle", trois pecks par acre, et le rendement fut de 345 boisseaux en tout. Il planta 18 acres avec le blé Amber, un boisseau et demi par acre, et le rendement total fut de 325 boisseaux, soit un peu plus de 18 boisseaux par acre. Les deux champs étaient semblables, se tenaient côte à côte, et les conditions étaient les mêmes.

Sources de cette section:[2]

Implication de la Watch Tower

New York Times, 23/09/1911 sur "le blé miraculeux"

En 1908, ce blé fut mentionné pour la première fois dans les publications de la Société Watch Tower, dans l'édition anglaise du 15 mars; pour Russell, cela semblait alors confirmer la venue du Règne du Christ et réaliser des prophéties bibliques dont celles contenues en Isaïe 35:1 et Ezechiel 34:27. Ce blé se retrouva finalement en possession de la Société Watch Tower par l'intermédiaire du président de la United Cemeteries Corporation de Pittsburgh qui donna de la semence à un administrateur de la Watch Tower, John Bohnet de Pittsburgh (en Pennsylvanie), avec l'autorisation de cultiver ce blé sur ses terres. Ce n'est donc pas avant 1910 que la Société Watch Tower fut impliquée dans la vente de ce blé, par l'intermédiaire d'un autre Étudiant de la Bible qui en fit la promotion dans son propre magazine. Puis en 1911, Bohnet et Samuel J. Fleming de Wabash (Indiana), tous deux Étudiants de la Bible, donnèrent une trentaine de boisseaux de ce grain à la Watch Tower et envisagèrent de vendre le blé aux lecteurs pour financer aux activités religieuses de l'organisation. Ce blé était vendu au prix d'un dollar la livre, ce qui était assez cher à l'époque.

Après avoir lu le premier article sur le blé dans La Tour de Garde, le Dr. Joseph A. Carlton, de Palmetto en Géorgie, acheta à Stoner quatre livres de la céréale au prix de 1,25 $ la livre ou 75 $ le boisseau. Il planta une livre trois-quarts sur un cinquième d'une acre, et nota soigneusement que le rendement était de huit boisseaux et 24 livres, soit 504 livres, et ceci alors que la Géorgie n'est pas un État producteur de blé. Le rendement du blé ordinaire dans cet État est de 5 à 20 boisseaux par acre. En 1910, Carlton récolta 62,5 boisseaux de "blé miracle" sur un peu plus de deux acres. 71 tiges furent cultivées à partir d'un seul grain.

Bohnet obtint un peck de ce blé de Carlton. Il sema 14 livres pour une demi-acre et récolta huit boisseaux. Il envoya la moitié de la récolte à M. Kuesthardt, de Port Clinton dans l'Ohio, rédacteur en chef de Ottawa Zeitung, un journal allemand du comté. Samuel J. Fleming, de Wabash, Indiana, obtint cinq livres de graine de Bohnet et 20 livres de Kuesthardt. Il sema 25 livres sur environ une acre de terrain, et bien que c'était la fin de la saison, le rendement fut de 34 boisseaux — le rendement moyen du blé ordinaire dans cette région, à partir d'une semence d'un boisseau et demi par acre, était d'environ 20 boisseaux.

Ainsi, d'après ces témoignages, il ressortait que le blé ordinaire, semé à la proportion de six pecks par acre, produisait une moyenne de 20 boisseaux, alors que le "blé miracle" semé à la proportion d'un peck par acre produisait 40 à 80 boisseaux par acre. Le rendement du "blé miracle" aurait donc été de 12 à 20 fois plus élevé que le blé ordinaire.

En 1911, le Gouvernement américain décida de procéder à une expertise du blé pour que ceux qui avaient investi leur argent dans cette semence en sachent davantage sur les mérites de celle-ci. W.W. Dickson, le chef des inspecteurs postaux de Manhattan, fut chargé de se procurer un échantillon de la semence qui fut par la suite analysée par les chimistes du Gouvernement de Manhattan. Ils découvrirent aussi qui avait acheté du "blé miracle" à Frère Dockey, le gardien des finances de la céréale, et ainsi ils surent quelles avaient été les livraisons de blé entre les États. Interrogé pour un article qui paru dans le Brooklyn Daily Eagle du 23 septembre 1911, Russell ne pu pas dire quelle quantité de blé était stockée au Tabernable, et téléphona à Dockey de venir à son appartement. Celui-ci déclara alors que l'approvisionnement en blé était limité. Celui-ci était toujours en vente à 60 $ le boisseau, seulement il n'y en avait pas assez pas pour quelqu'un en achète deux boisseaux. Il se vendait de préférence à la livre, dont le prix était toujours fixé à un dollar. Dockey en avait laissé 200 livres quelques jours auparavant, mais quelqu'un de Californie avait transmis par télégraphe qu'il devait en obtenir 100 livres. Il avait donc réservé cette quantité jusqu'à ce que cette personne ait envoyé son argent. Il répugnait à dire le montant jusqu'à ce que le pasteur Russell lui en donna l'autorisation. Il expliqua que la veille, le 22 septembre 1911, un journaliste de Brooklyn Daily Eagle avait acheté une livre pour un dollar. Dockey ne voulut pas le vendre pour moins cher, bien que le journaliste ait essayé d'abaisser le prix. À présent, le pasteur Russell, en présence de Dockey, fit une offre au journaliste: qu'il rapporte la livre de blé, et il serait remboursé du montant qu'il a déboursé quand il l'a acheté; toutefois, le journaliste indiqua que sa livre n'était pas à vendre. Dockey rappela qu'il était désormais assez tard, à cette période de l'année, pour planter le blé, à moins de le faire germer dans le Sud. En outre, il déclara que seulement 5% des ventes du "blé miracle" du Tabernacle provenaient de personnes extérieures au groupe de disciples de Russell. Le pasteur affirma qu'il avait une totale confiance dans les extraordinaires qualités du grain, mais que celle-ci était basée sur les lettres qui lui avaient été adressées par ses disciples, et qu'il n'avait jamais lui-même supervisé la plantation et la croissance du blé. Comme Dockey l'avait dit la veille, il reconnut qu'il n'y avait aucune garantie que le blé miracle possède le pouvoir de produire un rendement exceptionnel, mais que la vente au Tabernacle se poursuivrait aussi longtemps que Bohnet, Fleming et les autres disciples en assureraient la vente. Il déclara aussi qu'il était responsable de la publicité qui en était faite dans La Tour de Garde et qu'il voulait que ses lecteurs soit assurés de sa bonne foi.

Sources de cette section:[2][4]

Cause du procès

Brooklyn Daily Eagle, 23/09/1912: caricature à l'origine du procès.

Suite à la vente du "blé miracle" par la Société Watch Tower, le journal Brooklyn Daily Eagle publia une série d'articles qui incluait des caricatures de Russell présenté comme étant un homme d'affaires sans scrupules. L'une d'entre elles ayant pour titre "Easy Money Puzzle" fut publiée le 23 septembre 1912; elle montrait un banquier debout sur les marches de la Banque de l'Union — appelée "Onion Bank" dans le dessin, cette banque fut liquidée en 1912 du fait de son incapacité à payer plus de la moitié de ce que ses clients avaient investi. Cet homme était en train de héler un vieux marchand ambulant portant un chapeau haut et une longue barbe qui s'enfuyait avec un petit butin. Le banquier lui déclarait: "Vous perdez votre temps. Venez ici", et la légende du dessin disait: "Si le pasteur Russell peut obtenir un dollar la livre pour le blé miraculeux, que pouvait-il obtenir pour les stocks et obligations miraculeux de l'ancienne Banque de l'Union?"[5]

Cette caricature amena Russell à attaquer le journal pour diffamation et à réclamer 100 000 $ de dommages et intérêts, estimant que ces articles avaient nui à sa réputation, que ce soit à l'extérieur comme à l'intérieur de son organisation. La plainte déclarait que Russell a prêché l'Évangile pendant 30 ans, qu'il était pasteur du Tabernacle de Brooklyn et du Tabernacle de Londres, qu'il était président de la Société Watch Tower et de la People's Pulpit Association, et qu'à travers toute son œuvre comme "prêcheur, pasteur, enseignant et auteur il a[vait] l'estime et la confiance de plusieurs milliers de gens". Il y était également affirmé qu'à cause des articles critiques à son égard, le pasteur avait reçu des écrits et des lettres d'insultes, et qu'il n'y avait pas de lien entre le "blé miracle" et la Banque de l'Union. Comme Russell était en vacances en Europe à ce moment-là, l'action judiciaire fut lancée en son nom par son agent, Edward Brenneisen, également secrétaire de la People's Pulpit Association.

Sources de cette section:[6]

Déroulement du procès

Le procès, présidé par le juge Charles H. Kelby, se déroula devant la Kings County Supreme Court, et le jury fut composé de douze hommes: George R. Lister, John H. Lee, Darwin Hacker, Walter E. Carlin, Harry A. Colter, Charles H. Hana, Hugh F. Bracken, Ambroise K. Rolff, William M. Randolph, Samuel D. Lewry, Stephen J. O'Grady et Otto Reichert. Russell fut défendu par Frederick W. Sparks et Joseph Rutherford, tandis que l'ex-juge Isaac R. Oeland fut l'avocat du Brooklyn Daily Eagle.

Témoignages de Menta Sturgeon et d'Alfred I. Ritchie

Brooklyn Eagle, 22/01/1913: témoignages de Sturgeon et Ritchie
Voir aussi Menta Sturgeon et Alfred Ritchie

La seconde session du procès se tint le mercredi 22 janvier 1913. Tout le monde étudia la Bible lors de l'audience, et les avocats des deux partie eurent le livre en main. Le juge demanda aussi un exemplaire pour suivre les réponses de Menta Sturgeon (appelé Mentus A. Sturgeon dans le Brooklyn Daily Eagle) lors de son audition. Les doctrines de Russell à propos du commencement de l'âge du Millenium en 1914 et de l'incarnation des anges déchus furent exposées devant la cour.

Un passage d'une publication de Russell déclarant que les anges déchus prendraient occasionnellement une forme humaine fut lu dans le tribunal par Oeland. Sturgeon expliqua que, dans leurs croyances, il s'agissait d'anges condamnés, mais non pas dans la "Géhenne" ou le "Hadès" grec, mais dans l'air environnant ou les ténèbres. Il dit: "Voilà pourquoi ils sont capables d'apparaître lors de soi-disant "séances de spiritisme". Ils opèrent dans l'obscurité." Dans le passage de la publication, l'éditeur, qui était Russell lui-même, parle d'une lettre qu'il avait reçu de M. Nicholson, d'Australie, dans laquelle il était relaté que l'épouse de ce monsieur avait reçu la visite d'un ange déchu qui avait pris l'apparence de Russell et qu'elle avait été victime de ses avances indécentes. À la question de l'avocat qui lui demandait s'il croyait cela, Sturgeon répondit "oui".

Puis Alfred I. Ritchie, le vice-président de la Société Watch Tower et directeur du département de la correspondance, admit que J.C. Driscoll était "l'agent de presse" de Russell et qu'il se déplaçait en avant du prédicateur, organisant une vaste publicité par voie de presse. Ritchie déclara ne pas savoir combien d'argent Driscoll dépensait pour cette publicité ni combien coûtait la publication des sermons de Russell dans les différents journaux.

Sturgeon et Ritchie témoignèrent tous deux que le seul salaire de n'importe quel homme ou femme en lien avec Russell était le couvert, le logement, et une indemnité de 10 $ par mois pour les dépenses supplémentaires et les vêtements. Ritchie déclara que les femmes n'avaient pas plus de 5 $ par mois pour [suite de la phrase inconnue].

Suite à une question de Oeland, Sturgeon répondit qu'il croyait que, lorsque les grands changements surviendront, les élus, ou l'Épouse du Christ, entreront dans un état divin, et que cette terre ne sera plus la même après cela. Les juges vieux de la semence d'Abraham seront de retour et gouverneront ce monde, comme ce fut le cas dans un premier temps, puis il lut le passage d'Isaïe 1:26 pour justifier cette croyance, et admit volontiers qu'il prenait ce verset comme une prophétie qui devait s'accomplir littéralement. En outre, il déclara que pour lui toute la Bible était inspirée de Dieu.

Puis Sturgeon expliqua tout son parcours au sein des Étudiants de la Bible. Il précisa qu'au Béthel, il recevait 10 $ par mois, en plus de l'hébergement et de la nourriture, et affirma que Russell touchait la même somme.

[NB: Beaucoup d'autres informations sur ces deux témoignages ne sont, malheureusement, pas disponibles]

Source de cette section:[7]

Témoignages des fermiers

Gerbe de "blé miracle" présenté au jury.
Lettre du Gouverneur de Virginie, à propos de Stoner

Neuf fermiers, plus les deux Étudiants de la Bible ayant fait la promotion du blé dans le cercle de Russell, se succédèrent à la barre: Kent B. Stoner (Fincastle, Virginia), Joseph I. Knight, Sr. (1067 38th Street, Brooklyn, New York), Isaac L. Frey (Lower Mt. Bethel, Pennsylvania), Frederick Widener (Belvidere, New Jersay), Henry D. Ayre (Cleveland, Tennessee), William Pray (Mansfield, New Jersay), William I. Tomlinson (Kirkwood, New Jersay), Edward W. Hunt (Stratford, New Jersay), Dr. Joseph A. Carlton (Palmetto, Géorgie), J.A. Bohnet (Pittsburgh, Pennsylvanie), Samuel J. Fleming (Wabash, Indiana). Les cinq premiers cités ici n'avaient jamais vu Russell avant le procès et ne connaissaient pas ses enseignements.

Tous certifièrent que le "blé miracle", quand il était semé à une proportion de deux pecks par acre, produisait bien plus que le blé ordinaire. Selon eux, quand il était semé finement, il aurait un rendement supérieur de une et demie à deux fois par rapport à celui obtenu par un autre variété de blé. Toutefois, les annonces faites dans The Watchotwer affirmaient que le rendement du "blé miracle" serait de 10 à 15 fois plus élevé que d'ordinaire, affirmation qui ne fut jamais soutenue par les témoignages (le détail de leurs déclarations à la barre se trouve dans les sections "Comment le blé se répandit", "Résultats obtenus par les autres fermiers" et "Implication de la Watch Tower").

K.B. Stoner fut au nombre des fermiers qui témoignèrent en faveur de Russell. Il expliqua comment il avait découvert ce blé et comment il choisit de l'appeler "blé miracle". Il précisa: "Je n'ai jamais vu le pasteur Russell de ma vie jusqu'à ce matin, et n'a jamais eu aucune correspondance avec lui de quelconque façon. Je n'ai pas reçu la moindre suggestion de sa part; celui qui le nomma (le blé) était une personne en lien avec moi qui était intéressée par le blé". Une lettre datée du 23 octobre 1907 provenant du Gouverneur de Virginie attestait de l'intégrité de Stoner, les deux hommes se connaissant personnellement.

Une gerbe de "blé miracle" produite par Edward McCleery, au 2493 Wabash Avenue, près de Los Angeles, en Californie, fut présentée au jury et fit partie des pièces de l'accusation. D'une hauteur de plus de six pieds de haut, elle comportait 118 tiges et autant de têtes de blé bien développées, toutes ayant grandi à partir d'un seul grain (voir photo ci-contre).

Témoignage de Maria Russell

Dans l'après-midi du 24 janvier 1913, Maria Russell, alors séparé de son époux, fut appelée comme témoin de la défense. Le juge Kelby précisa bien aux membres du jury que le motif de la séparation du couple n'était pas l'enjeu du procès. Oeland, avocat de la défense, demanda à Maria qui était l'auteur du pamphlet qu'on lui présenta et qui avait été écrit en 1894. Elle répondit qu'elle s'en souvenait très bien et que c'était son mari. L'avocat de Russell objecta que l'identité de l'auteur était une information confidentielle entre les époux, ce que le juge rejeta mais accepta une autre objection, à savoir que la publication n'était pas complète puisque certaines pages avaient été arrachées. Certaines passages furent présentés comme preuves, mais après quelques objections de Sparks, le juge décida d'examiner ces preuves pour se faire une opinion et se décider s'il les admettait avant la reprise du procès, le lundi matin suivant.[8]

Témoignage de William E. Van Amburgh

Brooklyn Daily Eagle, 24/01/1913, témoignage de Amburgh

Plus tard dans l'après-midi, William E. Van Amburgh, alors secrétaire-trésorier de la Société Watch Tower, fut appelé à la barre par la défense pour évoquer les questions financières (il fut souvent appelé à tort Amberg dans la presse). Son témoignage peu avisé joua un rôle primordial dans la décision du tribunal de trancher en défaveur de Russell. Il était un témoin particulièrement réservé, indiquant que sur bien des points qu'il n'avait pas de connaissance précise. Sur les conseils de son avocat, il désobéit à l'injonction du tribunal qui lui avait demandé de produire tous les livres et les correspondances susceptibles de jeter quelque lumière sur les affaires des sociétés de Russell. Le tribunal a retenu l'objection selon laquelle l'énoncé de la demande était trop vague, et le témoin promit d'apporter ultérieurement les livres nécessaires.

Amburgh révéla au tribunal les dons de l'organisation, et malgré l'attaque en diffamation intentée contre Russell, ceux-ci étaient en constante augmentation: 139 000 $ en 1910, 169 000 $ en 1911 et 202 000 $ en 1912. En ajoutant les revenus des autres sociétés du pasteur et un solde excédentaire de l'année précédente, les dépenses totales de la Société s'élevaient à 371 715 $ au cours de l'année 1912, et à la fin de l'année il y avait un solde de 7 000 $ dans le trésor. Le solde de l'année précédente s'élevait à 26 607,13 $.

Amburgh expliqua le lien entretenu par l'agent de presse de Russell, G.C. Driscoll, Ohio, avec la Société Watch Tower. Il le qualifia de "publicitaire de la Société", et déclara: "Nous ne faisons pas de la publicité pour le pasteur Russell, seulement pour la Bible, mais M. Driscoll nous dit que dans le but de promouvoir la Bible, il devait avoir le droit d'utiliser l'image du pasteur Russell". À la question de Oeland "n'était-ce pas son affaire [celle de Driscoll] d'annoncer la venue de Russell ?", Amburgh répondit: "Oui, ça revenait à cela", et ajouta: "M. Driscoll est ce que vous appelez un promoteur. Il fut employé par la Société dans le but de promouvoir le travail de celle-ci à travers les journaux, de faire de la publicité pour les rassemblements du Pasteur Russell, d'obtenir que les journaux impriment les sermons, etc. Il a dit qu'il aurait à utiliser d'image de Russell avec les sermons". Amburgh déclara qu'en 1911 et 1912, Driscoll reçut un salaire annuel d'environ 3 000 $, bien qu'il fut incapable de donner le montant exact. Il reconnut également que Driscoll fut envoyé en tournée à travers le monde, en lien avec la série de sermons de Russell, et cela aux frais de la Société qui payait ses déplacements.

Il expliqua qu'il y avait une sorte de fonds auquel chaque personne peut donner ses biens à la condition de pouvoir les récupérer de son vivant; lorsqu'elle mourrait, l'argent allait à la Société Watch Tower. Amburgh s'expliqua ensuite sur le fait que ce fonds servit à acheter les propriétés de Columbia Height et le Tabernacle de Brooklyn en déclarant que l'acquisition fut d'abord prise en son nom et que le fonds fut par la suite remboursé. Il dit que la Société avait investi 20 000 $ dans le Tabernacle de Brooklyn. Les branches de l'organisation en Europe (Allemagne, Suisse, Norvège, Suède, Danemark) n'apportaient pas de recettes, mais coûtaient de l'argent à la Société. La branche à Melbourne en Australie avait couté entre 3 000 et 4 000 $ l'année précédente, et environ 1 000 $ de moins furent dépensés pour la branche allemande. La branche jamaïcaine à Kingston fut aussi une dépense de la Société.

Les seuls papiers dans lesquels les sermons de Russell étaient imprimés aux frais de la Société étaient le Brooklyn Times, le Brooklyn Citizen et le New York World. Le contrat de publicité avec le New York American fut interrompu quelques mois. De mémoire, Amburgh déclara que la Société payait le Brooklyn Times environ 50 $ par semaine pour l'espace qu'il lui offrait.

Brooklyn Daily Eagle, 25/01/1913. Partie 1: témoignages de Maria Russell et de Amburgh
Partie 2

Oeland déclara qu'il voulait les livres d'actions de la United States Investment Company qu'il prétendait être une corporation de la Société Watch Tower. Face à l'insistance des avocats de la partie adverse à révéler l'existence de deux sociétés écrans, les United States Investment Co., Ltd., et la United Cemeteries Corporation, Amburgh admit qu'il s'agissait de corporations affiliées, mais que le rapport annuel de la Société ne montrait pas qu'elle recevait quoi que ce soit d'elles parce que "ce n'était pas un rapport détaillé". Il déclara ne pas savoir qui étaient les actionnaires de la Investment Company, mais admit qu'il avait un titre de propriété comme faux-nez pour la Société Watch Tower, précisant: "J'ai pris le titre d'une ferme près de Pittsburgh il y a quelques années. L'argent fut celui de la Société Watch Tower. Je l'ai cédé à la United States Society, qui, à son tour, l'inscrivit à la United Cemetaries Company".

À la question "Pourquoi ne faites-vous pas toutes vos affaires commerciales au nom de la Société Watch Tower, c'est pourquoi vous avez besoin des sociétés écrans?", Amburgh répondit: "Certaines personnes semblent penser qu'une société religieuse ne doit pas faire du tout d'affaires soi-disant profanes". Amburgh aggrava la situation en disant que la raison pour laquelle il détenait le titre de propriétés importantes utilisées par la Société Watch Tower était que la Investment Company ne s'occupait pas des opérations de prêts hypothécaires, et dit: "Ils ne voient pas le bien-fondé de cela - Non, permettez-moi de changer cette réponse - Je veux dire que les United States Investment Company et la United Cemeteries existaient avant je ne vienne à Pittsburgh, et nous avons continué à utiliser ces compagnies pour leur commodité depuis."

Il fut révélé qu'un homme mentalement déficient, Hope Hay, avait participé à ce fonds à hauteur de 10 000 $. Selon Amburgh, l'homme n'était certainement pas fou au moment où il fait ce don, et précisa puisqu'il n'entra dans un asile d'aliénés au Canada qu'en 1906 et qu'il s'y trouvait toujours au moment du procès, et que la Société couvrait alors les dépenses de cet homme.

Selon Amburgh, il n'y a pas de stock dans la Société au sens habituel du mot. Il expliqua que chaque fois qu'une personne faisait un don d'argent pour le travail de la Société, elle avait droit à une part de vote pour chaque contribution de 10 $, et que seulement 50 000 certificats de vote avait été délivrés. Puis, à l'aide des livres qu'il avait amenés au tribunal, Amburgh déclara à la cour que Russell détenait 44 760 actions dans la société, Alfred Ritchie en possédait 410, J.D. Wright 90, Rutherford 200 et lui-même 124 (chacune de ses actions ayant donc été achetée pour la somme de 10 $). Il expliqua qu'une élection avait lieu chaque année le premier samedi de janvier et à la dernière élection le 4 janvier 1913, Russell avait été réélu président sans opposition. En outre, celui-ci était le président à vie de la People's Pulpit Association.

Les holdings de Russell représentaient une contribution réelle des biens d'environ 320 000 $. Il déclara que 200 000 actions votantes (entre 400 000 et 500 000 selon un autre article) pourraient être délivrées si chaque contributeur à la Watch Tower demandait ses certificats, cela incluant les holdings de Russell, mais que seuls cinquante ou soixante donateurs se sont prévalus de leurs droits. Cela signifiait qu'au moins 2 000 000 $ avaient été dépensés pour les activités religieuses de l'organisation au cours des dix dernières années. Il précisa que le président tout comme n'importe quel directeur de la société ne tirait pas d'avantage matériel, sinon une importante charge de travail, et que les dépenses étaient gérées par les directeurs de la société (Russell, Amburgh, Ritchie). À la question "y a-t-il quelqu'un d'autre, à côté de vous trois, qui vont dans vos comptes pour vérifier les dépenses?", Amburgh répondit: "Non, monsieur. Dans un sens, nous ne sommes pas responsables devant quiconque de nos dépenses. Nous sommes responsables seulement devant Dieu."

Russell refusa de témoigner à la barre, ce que l'avocat du journal ne manqua pas de critiquer.

Sources de cette section:[8][9]

Témoignage de l'expert du gouvernement

Brooklyn Eagle, 01/1913. Partie 1: témoignage de l'expert du Gouvernement
Partie 2

Contrairement aux fermiers, les agents du Gouvernement qui enquêtèrent sur le blé donnèrent une version moins enthousiasmante sur le blé et furent des témoins importants à l'instruction du procès en diffamation. Il fut révélé que lors de tests réalisés dans des conditions strictes, les experts du Gouvernement le classèrent bien en-dessous d'autres variétés de blé. Carlton R. Ball, un expert en céréales du gouvernement américain, qui avait été élevé dans une ferme dans l'Iowa et qui tenait lui-même une ferme là-bas, contredit les témoignages établis par les agriculteurs quant au rendement du blé miracle en affirmant que, s'il était vrai que ce dernier avait un rendement satisfaisant, il était moins bon que les autres variétés (par exemple, le blé Fultz vendu 60 fois moins cher produisait deux fois plus que le blé Stone). Il affirma que le "blé miracle" avait un meilleur rendement quand il état planté cinq pecks pour une acre que pour deux acres. Il expliqua : "Il serait suffisant de semer deux pecks par acre pour n'importe quelle sorte de blé. Le boisseau supplémentaire par acre est semé comme une assurance contre la destruction par le gel. Il est moins coûteux de planter beaucoup plus et d'obtenir une bonne récolte que de semer plus finement et que le gel tue tout, peut-être".

Ball expliqua que le "blé miracle" fut testé de deux façons: par le "nursery" test et par le "plat" ou "field" test. La première méthode fut expérimentée en 1907/08, à la station expérimentale du gouvernement de Arlington Park, et l'expert du gouvernement présenta les résultats obtenus à partir de rangées de différentes variétés de blé (blé miracle, blé Fultz, blé Fultz "checked" [variété hybride issue du croisement de différentes espèces de blé Fultz]) plantées côte à côté. La deuxième méthode fut testée sur un terrain de 10 acres des Arlington Farms. Les résultats obtenus par cette méthode furent vigoureusement contesté par Sparks, l'avocat de Russell, qui prétexta que les tests avaient été réalisés après que le procès n'aient commencé, et le juge Kelby voulut d'abord retenir l'objection, puis y renonça.

Sur 30 variétés de blé testées en compétition, le "blé miracle" se classait 18è au niveau du rendement quand il était planté à six pecks par acre, 3è pour quatre pecks par acre, et 2nd pour cinq pecks par acre. La récolte de ce blé était plus petite quand il était planté à quatre pecks par acre (30.17 boisseaux par acre), plutôt qu'à six pecks par acre (29.67 boisseaux par acre). Quand il était planté à deux pecks par acre, ce que Stone avait recommandé, il produisait seulement 22.60 boisseaux par acre. Lors d'un test utilisant la méthode "plat" sur 10 acres au College Park, Maryland, le blé miracle se classa 6è, avec un rendement de 27.87 boisseaux par acre, tandis que le premier donnait 30.73 boisseaux par acre.

Source de la section:[10]

Plaidoiries et verdict

Les plaidoiries des avocats des deux parties eurent lieu le mardi 28 janvier 1913. Les arguments en faveur de la défense furent présentés par Oeland, et ceux du plaignant par Sparks. Chacune des plaidoiries dura une heure et demie. La salle du tribunal était alors bondée, étant majoritairement remplie par les nombreux disciples de Russell. Le pasteur lui-même n'entra dans la salle que lorsque l'avocat de la défense eut fini sa plaidoirie et, ce jour-là, il ne prit pas sa place habituelle devant le banc des jurés, mais s'assit ailleurs. Il entra accompagné par l'un de ses disciples, frère Edward W. Brenneisen, qualifié d'"alter ego" de Russell dans le Brooklyn Daily Eagle.

Défense

Brooklyn Eagle, 28/01/1913: Plaidoiries des avocats

Oeland remercia les membres du jury pour l'attention qu'ils avaient apportée aux preuves, puis expliqua la loi sur la diffamation, déclarant que contrairement à ce qui est en vigueur en Angleterre, aux États-Unis les intérêts de l'individu ont été sacrifiés au bien-être public. Or, étant donné que le plaignant avait affirmé être un enseignant et un chef public, la presse avait le droit de le critiquer, lui ou ses doctrines. Puis Oeland prit la caricature à l'origine du procès, précisa que c'était la presse publique qui avait conduit à l'enquête sur la Banque de l'Union et que le Brooklyn Daily Eagle devait être félicité pour avoir ainsi dévoilé l'escroquerie de la banque. Selon l'avocat, la caricature ne signifiait pas que Russell était de la même trempe que les directeurs de la Banque de l'Union, mais qu'il était un marchand de blé dont les banquiers voulaient le compte en banque de 1 000 $ par jour.

Puis il essaya de réfuter l'idée selon laquelle la caricature aurait nui à la réputation du pasteur. Il dit: "Ce qu'est la moralité du plaignant, vous pouvez le déduire du fait qu'il n'est pas venu à la barre des témoins, et regardez dans ses yeux quand il parle de sa vie passée. Il ne nous a pas donné la chance, à vous et à moi, de le questionner sur comment il est devenu prêcheur de doctrines religieuses, pourquoi il a quitté Pittsburgh, pourquoi il est venu ici, et ce qu'il entend faire quand il part d'ici".

Puis le témoignage du Révérend Johnson fut repris, précisant qu'il était significatif que le témoin ait refusé de discuter de la moralité du pasteur. Les témoignages des disciples de Russell furent ensuite résumés, et l'avocat ridiculisa la théorie du retour des dignitaires de l'Ancien Testament pour diriger le monde, et la catastrophe qui aurait dû se produire en 1914 selon les prophéties de Russell. Il lut un passage de la Bible indiquant à quel point les familles de David et Salomon étaient nombreuses, ajoutant que si ces deux hommes devaient revenir, ils ne bénéficieraient pas de son vote pour les désigner comme "dirigeants du monde", et que cela pourrait faire l'objet d'une caricature qui serait intitulée "Big Family Puzzle" dans les magazines traitant d'eux.

Les aspects relatifs à la croissance et à la vente du blé furent ensuite résumées. L'avocat déclara avec grande peine qu'il fut prouvé que le blé avait poussé sur une terre appartenant à une société que Russell contrôlait, et qu'il avait été offert pour ensuite être vendu aux adeptes à des prix bien plus élevés. Puis il lut des lettres du frère Bohnet montrant que celui-ci pensait que le blé survivrait à la "période de troubles", la grande tribulation, puis les publicités sur le blé qui ont figuré dans The Watch Tower et qui étaient, selon lui, trompeuses, affirmant que le prix de vente fut mis sur le compte de Bohnet dans le but d'éviter un conflit avec les autorités américaines.

L'avocat balaya vigoureusement le moindre doute qui pourrait subsister sur le fait que le pasteur Russell contrôlait les sociétés sur lesquelles il exerçait son activité.

Ainsi, l'argument principal de la défense était que la vente du "blé miracle" constituait un plan d'enrichissement profitant à la Société Watch Tower dont Russell avait le contrôle absolu, et que les articles et caricatures du journal étaient donc justifiés par les faits.

Accusation

Puis, Sparks, l'avocat de Russell présenta sa plaidoirie.

Il déclara: "Le Eagle est un journal bizarre. Il circule dans une communauté particulière. Il y a plus d'hommes à Brooklyn qui ont eu leur réputation injuriée par ce journal que par n'importe quel autre. Si un homme atteint une quelconque importance dans la vie publique et qu'un article contre lui apparaisse dans le Eagle, il subit irrémédiablement un tort parce que le Eagle est le journal le plus puissant dans la ville. Le juge Oeland savait très bien que la caricature était diffamatoire, mais il ne fit pas référence à cela: il cacha ses réflexions sur les faits. Dans sa défense, il n'avait pas le moindre fait auquel se référer pour sa plaidoirie."

Puis Sparks repassa en revue les preuves à propos du blé. Il dénia le fait que la pasteur ait pensé vouloir vendre le blé la première fois qu'il en fit mention dans La Tour de Garde (anglais) en 1908, mais qu'il se contenta d'accepter les dons de ses disciples Bohnet et Fleming.

Sparks parla ensuite de l'éditorial du Eagle et affirma que l'allusion à un yacht était une basse insinuation qui ne pouvait pas être justifiée. "Il était méchant de qualifier le plaignant de serpent", dit-il, d'autant que la référence biblique de ce passage ("prudent comme un serpent"), souvent citée par le pasteur Russell dans ses publications, n'était pas mentionnée.

Il critiqua ensuite la caricature intitulée "Easy Money Puzzle", dans laquelle Russell était présenté comme un trafiquant de blé hélé par un dirigeant de la Banque de l'Union à venir se joindre à eux dans des projets de la haute finance. Il releva que, dans celle-ci, Russell avait été dépeint avec une barbe négligée et débraillée, alors que celui-ci l'entretenait toujours soigneusement. Il maintint donc que la caricature était diffamatoire et qu'elle a tourné en ridicule et porté au mépris public un prédicateur de l'Évangile, et que ce dernier n'avait pas l'intention de faire un profit financier en dehors de la vente du blé.

Il dénia catégoriquement que Russell ait obtenu un profit hors de la Société Watch Tower, déclarant: "Il y a 25 ans, Pasteur Russell dirigea sa fortune de 250 000 $ vers la Société Watch Tower et maintenant, ils le blâment de conserver le contrôle de la Société. Où cet argent est-il allé ? Il a tout été dépensé. Pas un centime n'a été gardé. S'il avait conservé sa fortune à la banque, il aurait eu maintenant un montant de 750 000 $" (pour juger de la pertinence de cette argumentation, voir Richesse de Russell).

Il lut des articles relatifs au prix du blé dans le but de montrer que par insinuation le journal avait accusé le projet d'être frauduleux. En conclusion, Sparks demanda qu'un puissant verdict en défaveur du journal soit rendu afin de lui enseigner une leçon qu'il n'oublierait pas. Il déclara qu'il ne voulait pas des dommages-intérêts pour le plaisir de gagner de l'argent, mais que le pasteur voulait obtenir réparation pour lui-même. Il assura chaque membre du jury qu'ils seraient eux-mêmes fort susceptibles d'être plaignants contre le journal et, afin de démontrer la puissance de ce dernier, affirma que l'air de la salle d'audience avait été chargée d'une atmosphère qui indiquait que Russell était un escroc.

Source de la section:[11]

Verdict

Ce jour-même, Russell perdit en première instance, après une délibération du jury de 40 à 45 minutes. Lorsque Sparks apprit que le verdict allait être rendu après si peu de temps, il s'exclama: "Cela semble mauvais pour nous. Nous perdons". Le juge, les avocats de l'opposition et un grand nombre de disciples du pasteur étaient restés dans la salle d'audience pour entendre le verdict. En revanche, Russell n'était pas là lorsque le contremaitre, George R. Leister, annonça la décision du jury. Sparks demanda alors que le verdict soit annulé comme étant contraire au poids des preuves, mais sa requête fut rejeté par le juge Kelby.[12]

Le pourvoi en appel du 5 février fut rejeté cinq jours plus tard, condamnant Russell à verser 15 $ au Brooklyn Daily Eagle. Finalement, le 7 mai 1915, la Cour suprême de l'État de New York confirma le jugement de fonds, tranchant en faveur du journal.[13] Russell avait basé son appel que le fait que le témoignage des expert du Gouvernement à propos du "blé miracle" n'aurait pas dû être présenté comme preuve, mais ce motif fut rejeté. La décision finale fut rendue par les juges Jenks, Thoms, Carr, Stapleton et Putnam.[14]

Le 10 mai 1915, le Brooklyn Daily Eagle publia l'intégralité de la décision de la Cour suprême de l'État de New York. Le journal affirma alors avoir reçu de très nombreuses lettres en provenance de tous les États du pays et du reste du monde de la part de personnes le félicitant pour sa victoire, et demandant des copies du transcript du procès. L'article évoque le déploiement massif de la publicité faite par Russell depuis le début du procès, et l'importance des ses fonds utilisés à cette fin, à peu près équivalente à celle des grandes organisations commerciales.[15]

Explications de la défaite dans les publications

Les publications de la Société Watch Tower fournirent diverses raisons pour justifier la défaite de Russell au procès. En voici quelques-unes, en fonction de leur auteur:

Celles de Russell

Dans une lettre datée du 29 janvier 1913 et parue dans La Tour de Garde (anglais) du 15 février de la même année, Russell revient sur l'issue du procès et tente de justifier sa défaite, déclarant qu'il était alors "poussé par [s]es avocats et amis à porter l'affaire devant la Cour d'appel." Voici ses arguments:

  • Une résignation à accepter la défaite: "Je suis d'accord avec le juge Kelby, qui a dit: "L'affaire a bel et bien été présentée équitablement au jury". Les décisions de Son Honneur me semble équitables. Je suis très très heureux de la capacité et l'énergie de mes avocats, M. Sparks et M. Rutherford. Je n'ai aucune plainte, ni murmure contre la Providence divine qui a permis ce que je considère comme un verdict très injuste. En portant notre affaire à la Cour, nous avons suivi l'exemple du Maître, qui se demanda pourquoi il était frappé contrairement à la loi (Jean 18:23). De même saint Paul fait appel la justice telle que prévue par la Loi. (Actes 25:10) J'ai donc fait ainsi; et moi, comme eux, s'est vu refuser la protection de la loi. Je murmure pas. Je suis en bonne compagnie."
  • Un sentiment de persécution, d'avoir été considéré comme un imposteur, un voleur et quelqu'un d'insulté, à l'image de Jésus, des apôtres et de Paul, et y voit la preuve qu'il est bien un disciple du Christ: "Je me souviens, d'autre part, que ce fut une partie de la volonté divine à travers l'âge de l'Évangile de permettre à ses fidèles serviteurs de subir les reproches et les pertes. Il en était ainsi dans le cas du Maître: "Étant insulté, il ne rendait pas l'insulte". Quand il a plu au Père de le briser et lui faire honte, il déclara: "La coupe que mon Père a versé pour moi, ne vais-je pas boire?" - "Que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui soit faite" - I Pierre 2:23;. John 18:11; Luc 22:42." (...) "Si Jésus et les apôtres et les saints fidèles des dix-huit siècles ont tous appartenu à cette classe [celles des hypocrites et des fraudeurs, selon les hommes charnels], j'aurai bon courage et je ne serai pas honteux d'appartenir à la même classe."
  • Une implication indirecte de sa société dans la vente du blé: "Nous fîmes les affaires à la demande d'autres et dans leur intérêt, et les créditèrent sur nos livres avec les résultats (...). Nous n'avons fait aucune demande pour le blé à partir de nos propres connaissances. Nous avons simplement donné le rapport de l'expert gouvernemental, de l'auteur, et de nos amis qui avaient testé le blé. Nous avons simplement agi en tant qu'intermédiaire".
  • La véracité des témoignages sur le blé: "Tout ce qui a été dit sur le blé a été entièrement prouvé lors de ce procès par les témoins experts, intéressés et désintéressés, et leur témoignage n'a pas été ébranlé."
  • Du favoritisme: Stoner et Knight vendaient leur blé à 1,25 $ la livre jusqu'à septembre 1911, puis "baissèrent le prix à 5 $ le boisseau, à peu près à la même époque que le blé de la Watch Tower fut vendu à un 1 $ la livre. L'avocat du Eagle revendiqua que cela était une preuve de fraude de la part de la Watch Tower - excuse suffisante pour les agressions diffamatoires du Eagle contre moi."
  • Certaines subtilités de la loi: "Dans la salle d'audience était assis environ vingt-cinq de mes amis, qui étaient venus de très loin à leurs propres frais pour avoir l'occasion de dire un mot en ma faveur. Grâce à certaines subtilités de la loi sur la preuve, ils furent incapables d'être entendus en ma faveur."
  • Une hostilité religieuse de la part du journal: Russell affirma que le Brooklyn Daily Eagle l'attaqua sur des "motifs religieux", présentant le journal comme le "champion de certains de mes ennemis cléricaux, cherchant à détruire mon influence et, si possible, à me conduire hors Brooklyn."
  • Un moyen de nuire à la vérité: "La loi donna à l'avocat du Eagle le privilège de dire toute sorte de mal contre moi à tort - pour le bien de la doctrine du Christ, que je soutiens et enseigne. Il fut autorisé à me dépeindre, comme the Eagle l'avait fait dans sa caricature - comme un voleur déguisé sous le costume d'un ministre du Christ. Il fut autorisé à ridiculiser le "blé miracle", alors que je n'avais rien à voir avec lui, ni avec le nom qui lui fut donné, et bien que sa supériorité ait été prouvée."
  • La théorie du complot: selon lui, "sans doute parce que il y avait sept catholiques sur le jury, l'avocat de l' Eagle fut poussé à se référer aux Sœurs de la Charité et à leur noble travail comme infirmières sans faire référence au fait que celles-ci sont bien payées et que les hôpitaux, dans une large mesure, sont pris en charge par l'impôt d'État." A l'inverse de l'Église catholique qui était riche, son organisation était pure, selon lui, précisément parce qu'elle ne s'engageait pas dans des actes de charité, ne faisait pas de quête, et distribuait sa littérature librement aux pauvres, alors que l'Église utiliserait la charité comme une couverture pour le vol sournois. Russell affirma aussi que "les Protestants du jury ont été amenés à espérer [par les avocats du journal] qu'ils échapperaient à un tourment éternel à travers le 'portes du paradis du ciel', accueillis avec les mots 'Bravo' pour avoir donné un verdict favorable au Eagle. Ni moi, ni mes avocats ne pourrions proposer de telles incitations en toute conscience".
  • Un signe encourageant comme quoi la fin est proche: "Je suis d'autant plus encouragé, car je me rends compte que le grand jour de la bénédiction, le grand jour de mille ans du royaume du Messie, est à portée de main - se lève maintenant. Bientôt Satan, le "Prince des ténèbres", sera lié pour mille ans, pour ne plus séduire les nations (Apocalypse 20:2,3,6). Les Ténèbres ne seront plus autorisées à se déguiser en Lumière, et la Lumière à être calomniée comme étant les Ténèbres. Tous les yeux des aveugles seront ouverts, toutes les oreilles de sourds seront débouchées."

Celles de Rutherford

Dans le livre A Great Battle in the Ecclesiastical Heavens, rédigé du vivant de Russell, Rutherford proposa de nombreuses explications pour justifier la défaite du pasteur:[2]

Champs d'où provenait le "blé miracle" présenté par W.A. Jarrett à l'Exposition Universelle de San Francisco en 1915
  • Le Brooklyn Daily Eagle serait connu pour ses attaques injustifiées sur des personnalités célèbres, comme en aurait témoigné sa persécution contre le "regretté" Dr Thomas DeWitt Talmage (il s'agit pourtant d'un pasteur d'une Église presbytérienne). Le but du journal serait de faire diversion en accusant les autres d'actes répréhensibles.
  • L'enseignement de Russell aurait interféré avec les Prêcheurs de l'Alliance Non Sainte, et certains de ses membres aurait jugé nécessaire d'instrumentaliser le journal pour l'attaquer.
  • Russell n'avait pas une connaissance personnelle du blé, il ne l'avait pas nommé non plus, c'est pourquoi l'avocat ne l'appela pas comme témoin, bien qu'il fut prêt à le faire.
  • Ball, du Ministère de l'Agriculture du gouvernement des États-Unis, fut le seul témoin pour contrebalancer les déclarations des fermiers. Lui-même n'était ni fermier ni producteur de blé. Son titre imposant fut sa seule recommandation. Il dirigea des expériences avec le "blé miracle", censées avoir été réalisées à la station de gouvernement, par des personnes qu'il fut incapable de nommer.
  • C'était de la persécution religieuse: le jury aurait été composé en grande partie d'hommes animés de forts préjugés religieux, et au moins l'un d'entre eux était un athée.
  • Il n'y eut pas de témoignage montrant que Russell aurait incité quiconque d'acheter du "blé miracle", et pas un mot démontrant que quelqu'un se serait senti victime d'une fraude. Peu de temps après la publication des articles critiques par le Brooklyn Daily Eagle, la Société Watch Tower avait envoyé à chaque acheteur un avis déclarant que s'il s'estimait insatisfait de son achat, il pourrait obtenir un remboursement intégral; et d'ailleurs l'argent provenant de la vente avait été conservé pendant un an à cette fin. Or, pas une seule personne n'avait demandé son remboursement total.
  • La United States Investment Company n'aurait jamais été une société au sens strict du mot. Elle était une société associée organisée en vertu des Statuts de Pennsylvanie. Son capital était de 1 000 $. Cette société fut organisée dans le but de prendre le titre de certaines propriétés dont il prit la relève et qu'il fit disparaître par la suite. Chaque dollar qui vint de là entra dans la trésorerie de la Société Watch Tower et fut utilisé pour ses activités religieuses. Ni Russell ni qui que ce soit d'autre n'aurait fait de bénéfice financier.
  • Si le prix de 1 $ la livre par la Société Watch Tower fut critiqué par la cour, en revanche le prix de 1,25 $ la livre par les fermiers "ne fut pas seulement considéré comme légitime, mais comme un prix très raisonnable compte tenu de l'extraordinaire qualité du blé et de la faible quantité existante".
  • Suite à une série d'articles critiques sur Russell parus dans le Chicago Daily Tribune, une lettre de W.A. Jarrett, de Columbus, dans le Kansas, représentant de l'État du Kansas à l'Exposition universelle de San Francisco en 1915, vante les mérites du "blé miracle" et propose la photo d'un champs cultivé avec ce blé, photo également envoyée au Secrétaire du Conseil d'État de l'Agriculture, J.C. Mohler. Le champs avait produit 49 boisseaux par acre, soit plus du double du rendement moyen du blé dans les environs et dans de nombreux cas plus de trois fois autant (Remarque: cette lettre avait déjà figurée dans La Tour de Garde (anglais) du 3 mars 1915, à la page 79. Assez curieusement, on remarquera que, dans la deuxième publication, toute allusion de l'appartenance de Jarrett aux Étudiants de la Bible a disparu: "Chers amis et frères" est devenu "Chers amis", et "Avec amour chrétien et meilleures salutations, je suis votre frère et compagnon de service" est devenu "je suis votre serviteur").

Point de vue des sociologues et historiens

Différentes versions circulent à propos de la culpabilité de Russell dans cette affaire, celui-ci étant présenté soit comme un odieux profiteur qui manipulait ses disciples à des fins pécuniaires (version du clergé de l'époque, des anti-TJ les plus virulents), soit comme quelqu'un qui n'a rien à se reprocher (version du Mouvement missionnaire intérieur laïque, des Témoins de Jéhovah actuels).

Après avoir examiné le sujet, l'historien Bernard Blandre rejette ces deux visions comme étant trop caricaturales et avance plusieurs arguments qui permettent d'évaluer la responsabilité de Russell:[16]

- Arguments en sa faveur:

  • Russell n'était pas à l'origine de ce blé, puisque c'était un disciple du nom de Bohnet qui proposa de le vendre au profit de la Watch Tower, et Russell ne traitait pas les commandes;
  • Il rapporta ce fait dans son périodique comme tant d'autres simplement parce que celui-ci était censé prouver la fin prochaine des système de choses;
  • Il fut probablement l'une des premières personnes trompées par cette annonce de blé exceptionnellement productif puisque des analyses scientifiques apparemment sérieuses avaient été rapportées dans les journaux;
  • Lors des premières fois que le blé fut mentionné dans les colonnes du périodique, il n'y avait aucune incitation à l'acheter;
  • L'annonce de cette vente se fit dans un autre périodique, mais tenu par un Étudiant de la Bible;
  • Les profondes convictions religieuses de Russell étaient le moteur de ses actions, ce n'était pas un simple alibi puisqu'il avait même vendu les magasins pourtant rentables de son père, ceci pour promouvoir ses activités religieuses.

- Arguments en sa défaveur:

  • Russell était le propriétaire de son organisation, avait donc donné son accord à son adepte, et son association était la bénéficiaire des ventes de ce blé;
  • L'un des exploitants travaillait sur une terre de la "United Cemeteries Company", société que Russell contrôlait;
  • Les commandes étaient envoyées au siège de la Watch Tower, bien qu'adressée à "Miracle Wheat Bohnet";
  • Étant dépendant financièrement de la Watch Tower, il était entretenu par les ventes du blé, ce qui est comparable à la position du pape par rapport aux activités financières de l'église catholique;
  • Le prix du blé était très élevé, et il y avait une énorme disproportion entre les gains de productivité, et l'augmentation du coût. En 1911, Stoner, qui découvrit ce blé, le vendit pour 5 $ le boisseau, ce qui représentait déjà cinq fois le prix du marché du blé ordinaire, alors que Russell le vendit pour 60 $ le boisseau, soit 12 fois plus que Stoner et 60 fois plus que le prix ordinaire. Par ailleurs, une fois le caractère exceptionnel du blé écarté, Russell conserva un prix élevé, alors que même celui qui l'avait découvert avait largement baissé ses prix.

Blandre conclut:

"Russell semble avoir été essentiellement imprudent. Il s'est laissé entrainer par des adeptes pleins de bonne volonté dans une affaire financière qu'il cautionna, qui profita à son œuvre, mais qu'il contrôla mal. (...) Il commit l'erreur de présenter dans un journal religieux son produit [du blé] comme miraculeux, s'exposant à être qualifié d'exploiteur de la crédulité de ses lecteurs. Il devenait ainsi vulnérable pour la satire, et les échecs judiciaires qu'il subit portèrent à sa crédibilité un coup dont son organisation continue de souffrir actuellement. Incontestablement, Russell avait vu dans le blé miraculeux une occasion de faire de bonnes affaires. C'était un bon moyen de financer sa publicité; il ne s'en est jamais caché. (...) Les motivations de Russell étaient moins financières que religieuses. (...) Russell effectuait ses choix en fonction de sa doctrine, et que les questions financières (...) étaient envisagées d'abord comme des moyens de réussir son entreprise religieuse."

Deux autres sociologues sont sensiblement du même avis. Régis Dericquebourg pense que "cette anecdote témoigne que l'auteur des Études dans les Écritures ne dédaignait pas de joindre un certain sens des affaires à son œuvre de prédication",[17] tandis que Massimo Introvigne estime que Russell fut "imprudent dans l'affaire du "blé miraculeux"".[18] Quant à l'historien James Penton, lui-même ex-Témoin de Jéhovah, il écrivit que "Russell ne gagna rien personnellement par le produit, mais ses ennemis firent valoir que la vente était une fraude religieuse. (...) [Russell] était évidemment tout à fait sincère dans la vente du célèbre grain, mais fut plus positif au sujet de ses qualités qu'il n'aurait dû l'être. Le "blé miracle" ne fut apparemment rien de plus qu'une souche mutante, un 'sport'. Il perdit rapidement sa remarquable vitalité et n'était pas, comme il le croyait vraiment, un signe que la terre allait bientôt être remise dans un état paradisiaque".[19]

Le blé miraculeux dans les publications

À l'époque de Russell

Publication et titre Description du contenu et commentaire
La Tour de Garde (anglais), 15 mars 1908, p. 86: "Miracle wheat" L'article rapporte un événement largement couvert dans les médias, à savoir qu'un fermier de Fincastle en Virginie nommé K.B. Stoner aurait obtenu un plant de blé produisant 142 têtes, ce qui est présenté comme étant la réponse à ses prières. Il replanta les graines de ce blé les années suivantes et le rendement aurait augmenté à chaque fois. En 1907, des représentants du gouvernement des États-Unis ont examiné ce blé et en ont conclu que "le rendement fut de deux à trois fois supérieur au rendement d'autres variétés cultivées sur la ferme dans les mêmes conditions de culture" et d'autres constatations louant le caractère exceptionnel de ce blé. L'article se termine en indiquant que ce fait "témoigne de nouveau de la capacité de Dieu à fournir les choses nécessaires pour le "temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de tous les saints prophètes depuis le commencement du monde." - Actes 3 :19-21."
La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1908, p. 214: "Miracle wheat - New variety produced yielding 277 bushels of grain to acre" L'article se base sur le Beloit Free Press et évoque un blé nommé "Alaska" qui, suivant les expériences faites par Allen Adams en Idaho, donne 277 boisseaux de grain pour un arpent. Le Collège d'Agriculture de l'Idaho a fait des test qui auraient prouvé que ce blé ferait du meilleur pain que le blé ordinaire.
La Tour de Garde (anglais), 1er octobre 1908, p. 291: "More miracle wheat" L'article déclare que, selon des rapports, d'autres blés miraculeux se propagent et conseille aux agriculteurs de commencer tout de suite à inspecter leur blé avant de couper. Il estime que "de cette façon naturelle, Dieu prépare pour le prochain millénaire, quand "la terre donnera son fruit"". Puis il cite le Sioux City Tribune qui rapporte le cas de W.W. Ward, de Dayton (Washington), qui a découvert une nouvelle variété de blé à sept têtes distinctes sur une tige commune.
La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1909, pp. 212,213: "Miracle wheat - Miracle cultivation" L'article explique que le gouvernement russe s'intéresse au blé miraculeux et essaie de nouvelles méthodes de culture, et conclut que cela renforce la foi en Actes 3:19-21
La Tour de Garde (anglais), 15 juin 1910, p. 203: "That ye bear much fruit" L'article "Que vous portiez beaucoup de fruit" ne parle pas spécifiquement du blé miraculeux, mais des progrès spirituels que les gens doivent faire pour plaire à Dieu. Toutefois, la parabole de Jésus relative à la semence tombée sur la bonne terre est illustrée par le rendement exceptionnel du blé miraculeux.
La Tour de Garde (anglais), 1er septembre 1910, p. 279: "Restitution work begun" Le "blé miraculeux" découvert par l'agriculteur de Virginie trois ans plus tôt est considéré dans l'article comme étant un préparatif de l'accomplissement des passages bibliques de l'Ancien Testament parlant de la productivité de la terre (Ésaïe 35, Ézéchiel 34:27).
La Tour de Garde (anglais), 1er octobre 1910, p. 307: "Miracle wheat and miracle rye" L'article, signé par l'Étudiant de la Bible J. A. Bohnet, rappelle qu'il y a quelques années le blé miracle fut découvert en Virginie. On apprend que deux grains de ce blé ont été remis à l'éditeur, qui, à son tour, les a remis à un "frère dans la Vérité", qui déclarèrent que les deux grains avaient produit beaucoup plus que le grain ordinaire. Puis un autre "frère" rapporte un cas similaire de production exceptionnel avec ce blé, tout en précisant qu'il tenait ce blé de l'un de ses coreligionnaires, et affirme être convaincu que le blé miracle produit plus du double que le blé commun. Puis l'apparence des grains est décrite: ils sont en apparence semblable au blé rouge ordinaire, et Bohnet promet d'envoyer une photo d'une douzaine de têtes. L'article termine en précisant que le frère Kuesthardt a fait la promotion du blé dans son journal, et que l'argent envoyé est le résultat de la vente à 1 $ la livre.
La Tour de Garde (anglais), 15 juin 1911, p. 178: "A donation of miracle wheat" On apprend que Bohnet a écrit au magazine pour dire qu'il a accumulé une culture de blé miracle à partir des quelques grains qu'il avait obtenu dans un premier temps. Il préfère que la première opportunité d'obtenir ce blé revienne aux lecteurs de La Tour de Garde. Il déclare qu'il sera vendu 1 $ la livre, frais de port inclus, et que la totalité du produit sera donné à la Société. Toutes les commandes de ce blé doivent être adressées à Miracle Wheat Bohnet, 17 Hicks street, Brooklyn, N.Y. Le blé, qui devrait produire de dix à quinze fois la quantité semée, sera expédié pour le 1er août, une fois la commande envoyée avec l'argent.
La Tour de Garde (anglais), 1er août 1911, p. 226: "Miracle wheat in demand" Un très court avis précise que l'article précédent du 15 juin a engendré de nombreuses commandes qui seront honorées entre le 15 août et le 1er septembre, et mentionne les prix ("wenty-two pounds for $20; fifty-five pounds for $50").
La Tour de Garde (anglais), 1er juillet 1912, p. 214,215: "Earth's imperfection is fallen man's blessing" L'article nous apprend que "Edison a été l'instrument de la Providence en nous donnant merveilleux appareils électriques. Burbank et d'autres ont, sous la direction divine, fait des miracles dans l'horticulture. Que de beaux fruits et les fleurs ont suivi que les résultats!" (car ceux-ci contribuaient à la réalisation de la prophétie selon laquelle "la terre donnera[it] ses produits", Psaume 67:6). Puis il est rappelé la trouvaille du blé miraculeux par Stoner, précisant que ce blé "est actuellement développé lentement dans diverses régions du pays. Le rendement moyen semble être d'environ douze cents grains à partir d'un noyau." L'article affirme aussi que "la Divine Providence est, en outre, en train de guider nos chimistes dans les méthodes économiques de l'extraction de l'azote de l'atmosphère pour nourrir le sol, et donc d'augmenter les bénédictions de la terre, en accomplissement de la promesse de Dieu qu'Il fera son marchepied glorieux".
La Tour de Garde (anglais), 15 février 1913, p. 62: "As deceivers and yet true" Voir la section "Celles de Russell" pour le détail du contenu
La Tour de Garde (anglais), 3 mars 1915, p. 79: "Interesting letters - Miracle wheat takes prize" Il s'agit d'une lettre d'un Étudiant de la Bible, W.A. Jarrett, lettre ultérieurement reprise dans le livre A Great Battle in Ecclesiastical Heavens. Voir la section "Celles de Rutherford" pour le détail du contenu
La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1915, p. 218: "Proper and improper advertising" L'article est une "Question des lecteurs" qui répond à cette interrogation: "Est-ce montrer l'esprit de Babylone que de solliciter des contrats de publicité auprès des commerçants pour obtenir de l'espace sur les annonces du Photo-Drame?"

Le "blé miracle" n'est mentionné que de façon anecdotique, au milieu d'autres produits ayant reçu une certaine publicité dans La Tour de Garde (haricots, coton, remède contre le cancer...). Le rédacteur déclare : "Une fois nous avons mis dans La Tour de Garde un avis sur le blé miracle. Beaucoup d'entre vous l'ont vu. Nous croyons que nous avions le droit de mettre cet avis". L'article termine en estimant que ces avis publicitaires ont été bénéfiques: "Certains des amis ont bénéficié de chacun de ces avis. (...) Nous avons eu des centaines de lettres des amis de la Vérité, et des centaines d'autres, et un grand nombre ont rapporté de bons rapports. Dans une certaine mesure, cela a contribué à transmettre la Vérité. Les gens ont vu que nous n'étions pas en train d'essayer de récupérer leur argent, ont vu que nous avons essayé de leur faire du bien, et se sont intéressés."

A Great Battle in Ecclesiastical Heavens, 1915, pp. 20-30,45,46 Voir les sections "Comment le blé se répandit", "Résultats obtenus par les autres fermiers", "Implication de la Watch Tower" et "Celles de Rutherford" pour le détail du contenu

Des décennies plus tard

Publication et titre Description du contenu et commentaire
La Tour de Garde, 1953, pp. 303,304[20] L'article est en fait une "Question des lecteurs" répondant succinctement à des points de controverses à propos de Russell (infidélité, profit, parjure). Il est dit que "les accusations relatives au "blé miraculeux" sont inexactes" et après un bref historique de cette histoire, plusieurs arguments en faveur pasteur sont présentés: 1/ le blé était vendu 0,25 $ moins cher que celui qui l'avait découvert; 2/ la société n'avait pas vanté les mérites de ce blé; 3/ Russell n'était pas à l'origine de ce blé et n'en tirait pas de profit; 4/ les acheteurs mécontents pouvaient demander un remboursement.

L'article attribue les critiques à "ceux qui n'avaient pas une connaissance exacte de la question", et estime que cette vente de blé n'était qu'"une simple vente de charité, aussi honnête que les ventes de gâteaux au profit des églises".

Il n'est fait aucune allusion au procès contre le Brooklyn Daily Eagle, ni à son issue défavorable à Russell.

La Tour de Garde, 1967, p. 30
Annuaire, 1975, pp. 70,71 Le sous-titre relate l'histoire en rapport avec le "blé miracle", mais n'évoque absolument pas le procès contre le Brooklyn Daily Eagle ni son issue, ni la tentative d'appel, ni la décision de la Cour Suprême de l'État de New York. Cet épisode est perçu comme la preuve que Russell, qui "enseignait la vérité de la Parole de Dieu", était "haï et calomnié" et que les accusations de profits personnels du pasteur étaient "tout à fait fausses".

Analysant ce passage, l'ex-Témoin de Jéhovah Ken Guindon estime que "la Société Watch Tower n'était autre que Charles T. Russell qui avait tout le pouvoir, et (...) que J. Bohnet doit être le J.A. Bohnet qui était un Officier dans un "holding" créé par Russell, et dont Russell était le manager, [et donc que] le fait de recevoir de J. Bohnet ce "don" n'est peut-être pas aussi innocent". Il en conclut que "l' Annuaire présente cette histoire sous son jour le plus favorable".[21]

C'est donc en 1975 que le "blé miracle" est évoqué pour la dernière fois dans les publications de la Société Watch Tower, et même le livre Les Témoins de Jéhovah : Prédicateurs du Royaume de Dieu, qui se propose pourtant de présenter les faits objectivement, n'en fait pas mention.

Il est à noter que selon James Penton, une copie du transcript du procès était conservée à la bibliothèque de la Société Watch Tower, à Brooklyn, du moins au moment où il écrivit son livre, c'est-à-dire des années après la parution de l’Annuaire et du livre Prédicateurs.[22]

Voir aussi

Ressources sur le sujet

Références et notes

  1. Arrowup.png Le peck est une unité de volume américaine, et l'acre équivaut à environ entre trente et soixante ares.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3 et 2,4 Rutherford, 1915, pp. 20-30, 45, 46
  3. Arrowup.png Harrison, pp. 115-22
  4. Arrowup.png (en) "Skeptical Uncle Sam seeks to know more about 'miracle' wheat", Brooklyn Daily Eagle, 23 septembre 1911
  5. Arrowup.png Original en anglais: "If Pastor Russell can get a dollar a pound for Miracle Wheat, what could he get for Miracle stocks and bonds in the old Union Bank?"
  6. Arrowup.png (en) "Pastor Russell sues Eagle for $ 100,000", Brooklyn Daily Eagle, 19 octobre 1911
  7. Arrowup.png (en) "Russell follower on "fallen angels", Brooklyn Daily Eagle, mercredi 22 janvier 1913
  8. 8,0 et 8,1 (en) "Call "Pastor"'s wife in Russell Trial", Brooklyn Daily Eagle, 25 janvier 1913
  9. Arrowup.png (en) "Russell finances bared by follower", Brooklyn Daily Eagle, 24 janvier 1913
  10. Arrowup.png (en) "'Miracle wheat' low in Government test", Brooklyn Daily Eagle, 27 janvier 1913
  11. Arrowup.png (en) "Russell in court as laywer sums up", Brooklyn Daily Eagle, 28 janvier 1913
  12. Arrowup.png (en) ""Pastor" Russell loses libel suit", Brooklyn Daily Eagle, 28 janvier 1913
  13. Arrowup.png Supreme Court, Appellate Division, 1915, décision
  14. Arrowup.png (en) "Eagle upheld in libel suit victory", Brooklyn Daily Eagle, 7 mai 1915
  15. Arrowup.png (en) "Eagle 's victory over "Pastor", complete", Brooklyn Daily Eagle, 10 mai 1915
  16. Arrowup.png Blandre, 1988, pp. 181-193
  17. Arrowup.png Dericquebourg, Régis (1979) (français), "Naissance d'un prophétisme en société industrielle. Rationalité de marché et économie du charisme. À propos de Charles Taze Russell", format pdf, p. 3
  18. Arrowup.png Introvigne, Massimo (1990) (français), Les Témoins de Jéhovah, p. 39
  19. Arrowup.png Penton, 1997, p. 43
  20. Arrowup.png L'article original en anglais est disponible dans l'article "Charges Against Charles Taze Russell", sur JW Apologetics Encyclopedia. La traduction en français peut être trouvée sur la page "Russell et le "Scandale du "blé miracle"", sur le site du TJ Thierry.
  21. Arrowup.png Guindon, 2000, p. 19
  22. Arrowup.png Penton, 1997, p. 347