Colporteur

Un article de Témoins de Jéhovah: TJ-Encyclopedie, l'encyclopédie libre sur les Témoins de Jéhovah.
Aller à : navigation, rechercher

Du temps de Charles Taze Russell et de Joseph Rutherford, un colporteur était un évangélisateur, itinérant ou non, qui devait consacrer au moins la moitié de son temps à la prédication et dont les frais étaient couverts par la marge qu'il faisait sur la vente des livres de Russell et des fonds venant de Brooklyn. Cette fonction fut mise en place par la Société Watch Tower en avril 1881, et le terme "colporteur" fut remplacé par celui de "pionnier" dans les années 1930. Un examen des conseils donnés aux colporteurs par la Watch Tower met en évidence l'utilisation de techniques commerciales dans cette activité.

Annonce du service

Ce service commença en avril 1881 lorsqu'un article intitulé "Wanted 1,000 Preachers" parut dans La Tour de Garde (alors appelée Zion's Watch Tower) qui faisait l'appel à devenir colporteur, tout en précisant les conditions de ce service:[1]

"Un vaste champ est ouvert pour l'emploi du temps et des talents de chaque homme et de chaque femme consacrée à qui le Seigneur a commis une connaissance de Sa vérité.

(...)

"Pour ceux situés de telle façon qu'ils puissent donner la moitié ou plus de leur temps exclusivement à l'œuvre du Seigneur, nous avons un plan à proposer. [Nous nous référons à ceux qui n'ont pas de familles à leur charge, à la fois des hommes et des femmes,] à savoir: Que vous alliez de l'avant dans les villes grandes ou petites, en fonction de votre capacité, en tant que Colporteurs ou évangélisateurs, cherchent à trouver en tout lieu les chrétiens sincères, dont beaucoup que vous trouverez sont dotés d'un zèle pour Dieu, mais non selon la connaissance; à ceux qui visent à faire connaître les richesses de la grâce de notre Père, et les beautés de sa parole, en leur donnant des tracts; et comme travail de bonté et d'amour pour eux, s'efforcent de leur vendre le Dawn Day, ou de prendre leur abonnement pour La Tour de Garde, [ou si vous êtes intéressés, mais trop pauvres pour acheter, présentant le même comme un don de Dieu.]

"Comme peu de gens peuvent se permettre de voyager, de payer leur pension et leur vêtement sans quelque revenu, nous proposons de fournir les tracts et les Day Dawn gratuitement, et de permettre à toute personne de prendre des abonnements pour La Tour de Garde, en utilisant l'argent obtenu à partir de ces deux sources, (Dawn Day et La Tour de Garde -- les tracts sont gratuits et ne doivent pas être vendus) en remboursant les dépenses nécessaires. Dans le cas où vous recevriez plus que ce qui serait nécessaire pour payer les frais (ce qui n'est pas du tout probable), il serait prévu que vous nous fassiez quelques retours.

"Maintenant, qui a un désir ardent d'aller travailler dans la vigne, et a été en train de prier pour que le Seigneur ouvre la voie. N'est-ce pas le chemin? Cette offre est faite pour vous par la "Watch Tower Tract Society."

(...)

"Pour tous, nous dirions: Commandez tous les tracts que vous pouvez utiliser pour la gloire de Dieu. Nous réitérons notre proposition précédente, à savoir: que vous les donniez, non pas tous à la fois, mais un à la fois, et plus généralement dans leur ordre de publication — tenant une liste."

Toutefois, dans le numéro suivant, Russell jugea bon de faire une mise au point par rapport à cette annonce, affirmant: "Certains semblent nous avoir mal compris et avoir cru que nous faisions appel à tout le monde — prospecteurs réguliers et vendeurs de livres —, et ont attiré l'attention de leurs amis sur cette œuvre, disant que c'était là une belle occasion d'obtenir un emploi, etc. C'est une mauvaise compréhension de notre proposition. Nous voulons des ouvriers (et ainsi le veut le Seigneur) qui soient disposés à travailler pour un salaire céleste, bien plus que pour le prix d'un journal ou d'un livre (...). Non, nous voulons seulement ceux qui savent expliquer le journal et le livre et le plan, et qui en se déplaçant, prêcheront".[2] Puis en juillet de la même année, La Tour de Garde insista sur la nécessité de prêcher, sans toutefois en définir les modalités: "Qui doit prêcher? Nous répondons tous ceux qui ont reçu l'esprit d'onction et sont ainsi reconnus comme membres du corps du Christ (les oints). (...) Êtes-vous en train de prêcher? Nous croyons que personne ne fera partie du petit troupeau, excepté les prêcheurs. Êtes-vous en train de prêcher avec tous vos talents et toutes vos forces ? (...) Nous n'avons pas été appelés, ni oints pour recevoir des honneurs et amasser de la fortune, mais pour dépenser et pour se dépenser, et pour prêcher la bonne nouvelle".[3]

Présentation

Ainsi, les colporteurs venaient prendre leurs paquets de publications à la Watch Tower, puis les vendraient de porte en porte, et revenaient ensuite en chercher d'autres, tout en gardant une commission de 50% qui constituait leur salaire.[4] Il n'y avait pas de minimum de temps requis au prosélytisme, mais on attendait généralement des colporteurs qu'ils passent la moitié de leur temps dans cette activité. Il existait un fonds spécial pour les colporteurs au siège de la Watch Tower, et les publications leur était fournies à des prix bas: 12,5 cents pour le premier volume des Aurore du Millénium, revendu 35 cents; toutefois, les prix de vente au public restaient raisonnables: en 1904, les six volumes de la série ne coûtaient que 2,25 dollars. Les colporteurs étaient à cette époque les adeptes les plus encadrés dans le mouvement: ils avaient un territoire bien spécifique à couvrir, recevaient des instructions particulières au moyen de brochures, et devaient envoyer au siège de Pittsburgh un rapport hebdomadaire faisant état de leur activité.[5]

Concrètement, bien qu'à l'origine la distribution concernait des brochures telles que Food for Thinking Christians, au fur et à mesure que les ouvrages de la série Aurore du Millénium parurent, les colporteurs se mirent à les présenter, commençant par Le Divin Plan des Âges, le premier tome, publié en 1886. Quand la série fut complète, les colporteurs emportaient simplement un prospectus se dépliant composé des couvertures des six livres, puis une paire de colporteurs effectuait les livraisons à un rythme mensuel ou bi-mensuel.[6]

Il est à noter que dans les premières années de ce service, la mission de colporteur consistait surtout à distribuer des tracts et à prononcer des discours dans différentes villes, mais ces adeptes n'effectuaient que peu de porte à porte comme le font les Témoins de Jéhovah actuels. Leur activité les rapprochait davantage de celle d'un surveillant de circonscription moderne que de celle d'un pionnier: ils devaient chercher les chrétiens qui étaient déjà mûrs pour la moisson, donc déjà convertis; il s'agissait donc de "glaner" plus que d'évangéliser dans le sens courant. Au fil du temps toutefois, leur rôle devient limité à la prédication, tandis qu'émergeait la fonction de pèlerin qui se concentrait sur les ecclesias déjà formées.

Effectifs

Selon le rapport de Maria Russell, il y avait 300 colporteurs en 1885;[7] 114 en 1893, environ 300 en 1903, 600 de 1907 à 1909,[8] et en 1913, il y en avait environ un millier dans le monde (selon James Parkinson, contredit par White qui donne l'année 1909 comme étant le nombre le plus élevé durant la présidence de Russell).[9] Toutefois, en 1916, l'année de la mort de Russell, le nombre avait chuté à 372,[8] et il continua de décroître lors de la crise de succession de 1917; Joseph Rutherford réactiva ce service cette année même, faisait passer le nombre de 150 au printemps à 507 à l'automne.[10] Il atteignit 2 000 en 1932, et ceci alors que le nombre d'Étudiants de la Bible avait diminué.[11]

Selon le sociologue James A. Beckford, la classe des colporteurs était vue avec "prestige" à l'intérieur du mouvement des Étudiants de la Bible car Russell leur adressait souvent des paroles de soutien lors de ses discours et, ceux-ci contribuèrent grandement au succès du pasteur en vendant la littérature de ce dernier.[12] Le prestige de cette classe fut accrue lorsqu'en 1895, il fut décidé d'étudier les livres de Russell dans le cadre des réunions du mouvement, car cela accréditait officiellement les colporteurs qui les vendaient, augmentait la taille du marché de cette classe et eut des répercussions favorables sur le nombre de ventes.[13]

Historique

Voici un historique de quelques-uns des colporteurs parmi les plus importants, classés par année, sachant que la liste est très loin d'être exhaustive:

Année Nom, prénom(s) Pays visité Détails
1881 Sunderlin, John C. Royaume-Uni.jpg Angleterre Il fut le premier à répondre à l'appel, étant envoyé en septembre 1881 à Londres où il passa peu de temps, distribuant des exemplaires de la brochure Food for Thinking Christians par l'intermédiaire d'environ cinq cents adolescents qu'il avait embauchés.[14]
Bailey, Robert Originaire du Michigan, il fut annoncé comme colporteur en mai.[15]
Adamson, John B. Royaume-Uni.jpg Illinois, Iowa En octobre, il participait déjà à la distribution de la brochure Food en Illinois et Iowa.[16] Il évoqua dans des lettres ses techniques pour être un colporteur efficace.[17][18][19]
McGranor Etats-Unis.jpg Pennsylvanie, Ohio En octobre, il participait déjà à la distribution de la brochure Food en Pennsylvanie de l'Ouest et dans l'Ohio.[16]
Bender, J.J. Royaume-Uni.jpg Écosse, Angleterre Il visita Glasgow, Édimbourg, Dundee, Aberdeen et plusieurs villes d'Angleterre afin de distribuer la brochure Food for Thinking Christians. Pour cela, il recherchait une personne apte à recruter du personnel pour distribuer gratuitement les publications à la sortie des églises, personne avec laquelle il passait un contrat. Il eut recourut à une annonce dans un journal de Glasgow.[16][14] Il rendit compte du nombre de publications qu'il avait distribué dans chaque ville.[20]
Keith, Benjamin W. Etats-Unis.jpg Pennsylvanie, New York, Massachusetts, Michigan Originaire de Dansville dans l'État de New York, il participait déjà à la distribution de la brochure Food en octobre, prêchant en Pennsylvanie et dans l'État de New York.[16] Il prêcha aussi à Lynn, dans le Massachusetts, en février 1882,[21] et était en route pour le Michigan en juillet.[22]
Keim Etats-Unis.jpg New Jersay, Delaware En octobre, il participait déjà à la distribution de la brochure Food dans le New Jersey et le Delaware.[16]
1882 Boyer et Leigh En janvier, avec deux autres, ils prenaient des leçons d'enseignements bibliques dans ce but.[23] En avril, il était prévu que Boyer reste à Pittsburgh,[24] s'occupant de préparer et d'envoyer des lettres à des correspondants de Grande-Bretagne.[25] Leigh était prêt à démarrer sa mission vers mai de la même année,[26] et dès le mois suivant partit avec Spears pour visiter les villes situées sur l'Ohio entre Cincinnati et St Louis.[27]
Tackabury, S. Etats-Unis.jpg New York Annoncé comme colporteur en mars,[28] Il commença son œuvre dès le mois suivant, parcourant l'ouest de New York.[29]
Graves Il fut un prédicateur dans les trains de chemin de fer et distributeur de tracts, distribuant la brochure Food au cours des six derniers mois précédant avril.[24]
Spears Etats-Unis.jpg Ohio Annoncé en juin, il visitait les villes situées sur l'Ohio entre Cincinnati et St Louis, avec Leigh.[27]
Lowver Etats-Unis.jpg Kansas, Texas Originaire du Missouri, il avait commencé en juillet et visitait le Kansas et le Texas.[22]
McCormack Etats-Unis.jpg Chicago Il est incertain si lui et sa femme étaient colporteurs ou pas, mais en mars, ils allaient revenir à Chicago pour y "disséminer la vérité".[22]
1883 Seagrin, Charles En juin, cela faisait six mois qu'il annonçait la "bonne nouvelle" à ses compatriotes, les Suédois.[30]
v. 1887 Bryan, Elmer; Rogers, S.D.; Weber, Henry; Blunden, Simon O.; Zink, L.F.[31]
v. 1895 Thori, M.P;[32] Knauss F., Kellogg, Geo.;[33] Marchant, Arthur,[34] et beaucoup d'autres
1898 Webb, Geoffrey Canada.jpg Canada Il prêcha à Rapid City, au Manitoba.[35]
v. 1903 Hyning, Ray Van, [9] Feldt, Viktor et Lindkvi, Fritiof (Norvège.jpg Norvège)[36]
v. 1905 Macmillan, Alexander H.; Cole, James H.; Riemer, Hugo Henry[9]
v. 1906 Magnuson, Oscar[9]
1908 White, Ethel[9]
av. 1910 Morgan et Laing Panama.jpg Panama Il furent envoyés en 1910 au Panama par le représentant de la Watch Tower de Kingston, en Jamaïque.[37]
1914 Carmichael, Hendry Birmanie.jpg Birmanie À Rangoon, il laissa quelques livres et tracts.[38]
1923 Mart, Marcello; Hotz, Emma; (av. 1923) Protti, Ignazio, Adele et Albina Italie.jpg Italie Jusqu'en 1927, ils effectuèrent du colportage dans le Piémont et la Lombardie.[39]
1927 Owenpa Afrique Il démissionna des chemins de fer le 1er juillet pour devenir colporteur.[40]
1930 Wozniak, André Belgique.jpg Belgique Il totalisa 43 années en tant que surveillant de circonscription et colporteur/pionnier spécial.[41]
1931 Wilkinson, Éric France.jpg France Il prêcha à Paris.[42]
da Silva Jordão, Manuel Portugal.jpg Portugal Avant cette date, il était déjà colporteur.[43]

Instructions

Des conseils précis furent régulièrement donnés aux colporteurs du mouvement des Étudiants de la Bible. Ce fut le cas par exemple lors de conventions appelées Believers in the Atonement Sacrifice of Christ Convention, qui eurent lieu à Ashbury Park, New Jersey, du 22 au 29 juillet 1906, et à St Paul, Minnesota, du 13 au 20 août 1906. Deux discours furent prononcés à cet effet: l'un par Charles Taze Russell, et un autre par James H. Cole, lui-même colporteur.[44] Puis, en 1928, sous la présidence de Joseph Rutherford, une brochure fut publiée à l'attention des colporteurs.

Celles de Russell (1906)

Russell adressa un discours au sujet du travail des colporteurs, et déclara que pour autant qu'il pouvait comprendre les directions de la Providence du Seigneur, le travail de colporteur était "l'un des principaux moyens que le Seigneur [était] en train d'utiliser en ce temps de récolte pour l'accomplissement du travail de la récolte".

Russell estimait qu'il ne fallait utiliser que deux tracts, "The Dark Cloud and the Silver Lining" et "Do You Know", les autres tracts étant réservés aux volontaires (les volontaires étaient ceux qui distribuaient les tracts gratuitement); néanmoins, il ne fallait laisser ceux-ci que dans les cas où aucune commande de livres n'était réalisée. Bien que les colporteurs pouvaient aussi effectuer le travail des volontaires, Russell estimait qu'ils feraient mieux, une fois arrivé le dimanche, de consulter leur livre des noms contenant les personnes intéressées, et ainsi d'utiliser leur temps libre à leur rendre visite. Les tracts n'avaient pas besoin d'être introduits par une présentation, sauf dans les cas où la personne était abordée sur un perron par exemple. Russell conseillait d'utiliser le mot "gratuit" et de le mettre bien en évidence et de s'assurer que l'interlocuteur l'a bien entendu.

Il ne serait pas bien qu'une femme délaisse sa maison et son mari pour devenir colportrice, car "elle a un devoir d'épouse"; si mari était Étudiant de la Bible et n'y voyait pas d'inconvénient, elle pouvait l'effectuer tout en tenant compte des intérêts et des attentes de celui-ci, mais s'il était "du monde", "il a[vait] le droit d'exiger que sa maison soit prise en charge, ce qui fait partie du "contrat" que la femme ne devait "pas violer".

Si la personne refusait les livres après les avoir commandés, il ne fallait pas être grossier ou méchant, car cela pourrait jeter le discrédit sur le Seigneur. La réponse à faire était la suivante: "Eh bien maintenant, madame (ou monsieur) vous avez certainement commandé ceux-ci avec la pleine connaissance, et je pense vraiment que vous prenez difficilement en compte mes circonstances lorsque vous refusez de les prendre. Vous savez, cela prit beaucoup de mon temps à venir ici et à vous parler sur le sujet, et je ne suis pas payé quoi que ce soit à cet effet; c'est un amour de la vérité et le désir de vous servir. Et puis, considérez que cela prend du temps pour moi de vous apporter le livre, et le travail est digne de quelque chose, bien sûr. Maintenant, tout ce que j'ai dans cette affaire est une allocation par la Société que je reçois dans une proportion de tout ce qui vient de ces livres, qui sont vendus au prix coûtant. Trois livres pour un dollar équivaut à rien, et je n'aurais pas pensé que vous vous rétracteriez, sauf s'il y avait un malentendu dans votre esprit. Il me semble que quelqu'un a dû vous avoir dit quelque chose pour vous porter préjudice, et vous avez peut-être oublié ce que je vous ai dit sur les livres quand j'ai pris votre commande. Maintenant, mon ami, laissez-moi vous dire qu'il existe des ennemis de ce livre, mais en principe, vous constaterez que les ennemis sont ceux qui ne les ont jamais lus. Les ennemis de ces livres sont des gens qui ne les ont jamais étudiés, je suppose que vous êtes un homme intelligent (ou une femme, selon le cas et c'est ce qu'on peut dire de presque tout le monde qui commanderait un livre); vous semblez avoir une grande part d'intelligence, et je suppose que vous vous faites une réflexion. Maintenant, je vais vous dire ceci, que si vous prenez les livres et les conserver pendant une semaine ou un mois, je vous dirai où je serai, et si vous me dites, après les avoir lus, qu'ils ne vous sont pas utiles, et ne valent pas davantage qu'un dollar, je les reprendrai et rembourserai votre argent, et ce sera tout ce qui sera dit à ce sujet" [autrement dit, il fallait manipuler la personne en utilisant la culpabilité, en se rabattant sur l'argument de la persécution, en utilisant une fausse flatterie, etc].

Il était possible de demander à la personne de la faire payer pour le temps perdu dans le cas où celle-ci avait acheté les livres, les avait payés, et demandait à être remboursée sans les avoir lus. Dans ce cas, la réponse à faire était la suivante: "Eh bien, maintenant, mon ami, si vous insistez vraiment pour que je les ramène, vous serez certainement disposé à ce que que j'obtienne quelque chose pour mon temps, et je pense que vous admettrez qu'un quart du temps que j'ai passé avec vous pour venir démarcher et un quart pour vous les amener, c'est assez peu, mais je ne veux pas récupérer les livres; je veux de votre part obtenir leur bénéfice, c'est la raison pour laquelle je suis dans ce travail." Russell affirmait qu'un tel raisonnement, la personne se sentirait probablement de nature à laisser le colporteur le persuader à prendre les livres.

Dans le cas où le colporteur vendait des volumes à 10 cents alors que c'était inscrit en première page qu'il s'agissait de volumes à 5 cents et que quelqu'un en faisait la remarque, il fallait dire que les 5 cents en plus correspondaient au temps passé à les vendre [autrement dit, les livres étaient vendus à un prix supérieur à celui indiqué, le tout était que la personne ne s'en aperçoive pas].

Russell déclara qu'il était justifié de vendre les Études dans les Écritures à ceux qui possédaient déjà les Aurore du Millénium, et ceci même si ce sont en réalité les mêmes ouvrages... Selon Russell, la vente de trois pour 98 cents semblait frapper les gens comme étant remarquablement peu cher, en conséquence, le colporteur pouvait dire: "Il y a deux ensembles de ces études, la première série est à 98 cents. Les livres de l'autre ensemble sont plus épais, et si vous les voulez maintenant ou dans le futur, vous pouvez les obtenir aussi." Donc, il fallait leur faire savoir qu'il y avait deux séries, mais "en parlant d'eux comme des ensembles différents". Une personne pouvait se rendre compte après que le colporteur soit parti que les deux séries de livres étaient identiques, mais cela n'avait pas d'importance car cela se produisait une fois sur mille, selon Russell, et que c'était la preuve que la personne était quelqu'un qui s'opposait. Il fallait dire auparavant en présentant la deuxième série: "Sous certains aspects, ce livre ressemble beaucoup aux Aurore du Millénium, et d'ailleurs les Aurore du Millénium ont beaucoup de matières en elles". Mais il ne fallait pas violer sa conscience en la circonstance... [tout en sachant pertinemment qu'on vendait à la personne les mêmes livres, il fallait avec recours à une certaine ingéniosité pour lui faire accepter les deux séries... N'était-ce pas malhonnête?]

À ceux qui objectaient la distribution de publications le dimanche, il fallait répondre que c'était "la lecture du dimanche" [c'était faux puisque ces publications étaient aussi distribuées les autres jours, le but étant de contourner l'objection ayant trait au travail le dimanche].

Si quelqu'un demandait au colporteur s'il était un ministre et à quelle dénomination il appartenait, il fallait répondre: "Oui, je suis un ministre effectuant cette œuvre comme étant la meilleure façon par laquelle je peux mettre l'Évangile dans les mains du peuple. Je travaille sous les auspices de la Watch Tower Bible & Tract Society, qui est strictement non dénominationnelle." Dans le cas où un mari refusait les livres, mais que la femme les désirait et les achetait à contrecœur, c'était bien, car Russell préférait toujours que les livres soient vendus, et il fallait dire: "Si vous pouvez expliquer à votre mari que ce sont des livres religieux, et que vous souhaitez les lui faire examiner, et s'il trouve quelque chose de mal chez eux c'est une autre affaire; mais je suis sûr que quand il les lira, il sera être heureux de les avoir dans la maison." Enfin, les colporteurs ne devaient pas sortir du territoire qui leur était assigné.

Beckford constata que Russell refusait catégoriquement que les colporteurs utilisent leurs propres méthodes de vente. Il cita à cet égard le cas du colporteur S.D. Rogers qui, en Angleterre, avait employé des méthodes différentes pour augmenter ses ventes et, en conséquence, fut non seulement rappelé en Amérique par Russell, mais aussi sévèrement repris par lui car il considérait cette attitude comme un manque de loyauté (cet incident fut d'ailleurs l'un de ceux qui aboutirent au schisme de 1894). De ce fait, Russell demanda à tous les colporteurs qui lui étaient fidèles de l'informer immédiatement de toute innovation de la part d'un autre colporteur.[13]

Celles de Cole (1906)

Pour sa part, James H. Cole expliqua: "Ne pensez pas que c'est un lit de fleurs de la facilité, le Seigneur ne va pas nous mener au ciel de cette façon. Et bien sûr le plus actif vous devenez au service du Seigneur, le plus l'adversaire vous persécutera. (...) Je n'ai pas de plaisir à aller dans les maisons pour vendre des livres et ce n'est pas parce que j'ai un goût pour la vente de livres que je suis dans le service. Si ce n'était pas pour la vérité, je vendrais mes livres à l'homme du journal et irais dans d'autres affaires. La promesse du Seigneur, c'est qu'il sera avec ceux qui Le servent, et ils seront parmi ceux qui régneront avec Lui. Une des choses les plus importantes à retenir pour le colporteur est de mettre du sentiment dans son travail, mettez votre âme tout entière en elle".

Au sujet de la méthode à utiliser, Cole expliqua qu'"aucun de nous n'[était] trop vieux pour apprendre quelque chose de plus", en conséquence de quoi, tout en étant "aussi naturels que possible", il fallait désormais "apprendre une nouvelle méthode qui a[vait] fait ses preuves" [ainsi, une certaine uniformisation des méthodes était requise]. Il déclara ensuite qu'"un certain nombre de règles ou de principes sont toujours effectués dans chaque vente de livres, que nous le réalisions à ce moment ou non"; il fallait donc "apporter des pensées dans leurs esprits (...) en proposant deux questions, éveillant leur curiosité [celle de la personne démarchée], mais en laissant les questions sans réponse", à savoir "pourquoi Dieu permet le mal", puis dire que c'est une vaste sujet et que le livre l'expliquera mieux qu'on ne le ferait. Il était conseillé de souligner aussi clairement que possible le fait que Dieu avait le pouvoir d'empêcher le mal et pourtant ne le faisait pas.

Cole expliqua que "l'une des premières choses à faire dans le cadre du démarchage est de cacher le livre", sans quoi les gens auraient immédiatement une mauvaise impression, ajoutant: "Je n'ai jamais laisser paraître aux gens que je suis un agent de livre. Je porte mon livre dans un petit sac épinglé à mon épaule, sous mon manteau". De ce fait, une Étudiante de la Bible fournirait ces sacs aux colporteurs, s'ils écrivaient à la Maison de la Bible. Parmi les conseils donnés par Cole, il y avait ceux-ci: "Fixez-vous droit dans les yeux des gens pour commencer". "Ne sentez pas que vous dérangez les gens, puisque nous prenons seulement environ quatre minutes de leur temps, et nous apportons ce que devrait être une grande bénédiction pour eux. Si vous ne pouvez pas vendre un livre rapidement, vous n'êtes pas susceptibles de le vendre du tout. Il y a certaines choses qui doivent être effectuées dans tous les cas avant de pouvoir vendre à une personne, à savoir: éveillez la curiosité, vous aurez ainsi attirer l'attention, puis suscitez l'intérêt, qui à son tour va créer un désir, s'il est correctement manipulé. Ces points sont martelés en détail dans les "Conseils aux Colporteurs", qui peut être obtenu à la Maison de la Bible, et que je vous recommanderais à tous de les étudier attentivement. Soyez souriants, aimables, etc. Soyez plus polis, ou davantage que l'étiquette l'exigerait. Si vous obtenez un demi-occasion pour remercier une personne pour quelque chose, faites-le. Faites-en une question de principe et les gens se rendront compte qu'il y a quelque chose derrière cela, que vous êtes un chrétien".

Il n'est pas nécessaire d'obtenir les noms des personnes à l'avance, mais il est important "de savoir si elles sont protestantes ou catholiques", Cole affirmant s'être rendu compte au bout de peu de temps que dans les lieux peuplés de catholiques, il s'était "vite lassé". Or, le but étant de passer son temps "là où le plus peut être accompli dans le même laps de temps", Cole expliqua que depuis qu'il avait délaissé les catholiques, il avait "doublé [s]es ventes", et se sentait "justifié à agir ainsi". Il demandait donc trois ou quatre portes avant si les habitants des maisons suivantes étaient protestants [ainsi, ce n'était pas l'intérêt spirituel des personnes qui comptait, c'était le maximum de ventes de livres dans un minimum de temps...].

Il était déconseillé d'entrer chez les personnes en période d'été, hormis dans un quartier chic. Dans les villes, il n'était pas nécessaire d'appeler le pasteur des gens, car cela pourrait "mettre en danger les commandes", mais il était possible de les appeler dans les villages de campagne si le colporteur s'y sentait prêt.

Une fois les trois livres présentés sans que l'interlocuteur ne les achète, il fallait dire: "Ce premier volume est une œuvre complète et tous les sujets que j'ai mentionnés sont traités dans ce volume. Nous apportons souvent juste ce premier volume, et beaucoup disent que juste l'un de ces sujets est d'une valeur de 35 cents. Après avoir lu celui-ci, si vous désirez obtenir les autres, vous pouvez envoyer à la Société de la Bible et les obtenir. Votre voisine, Mme So & So, fait de cette façon". Si certaines personnes disaient qu'elles possédaient déjà des livres traitant de ces sujets, il ne fallait pas en tenir compte puisque c'était presque forcément faux.

Dans le cas où le colporteur présentait les Études dans les Écritures à quelqu'un qui possédait déjà les livres de l' Aurore du Millénium — sachant que ce sont les mêmes livres, le titre de la série ayant simplement changé —, il fallait "essayer de vendre les livres de toute façon", et si la personne demandait: "Est-ce que ce sont les mêmes que les Aurore du Millénium?", il fallait "essayer d'éluder la question en leur demandant: "Qu'est-ce que l' Aurore du Millénium enseigne?""; à cela les gens répondraient forcément quelque chose d'un tant soit peu erroné, et donc le colporteur pourrait répondre: "Ce livre [celui qui était alors proposé] n'enseigne pas quelque chose comme ça" [autrement dit, il fallait ruser, en ayant recours à ce qui devint plus tard la stratégie de guerre théocratique, pour vendre deux fois le même produit!].

Il n'était pas nécessaire de se référer à la carte du Tableau des Âges, car cela pouvait ne pas être "prudent". Si le colporteur le montrait quand même, il fallait dire: "Vous avez souvent entendu combien la Bible se contredit", puis "voici un petit tableau qui explique clairement la Bible et montre qu'elle ne se contredit pas, mais c'est une illustration du plan de salut de Dieu que l'on trouve dans les Écritures".

Suivant le territoire et le volume de temps qu'il travaillait chaque jour, Cole affirmait vendre environ 30 volumes au bout de 8 heures. Il n'était pas nécessaire de proposer tous les volumes de la série de livres écrits par Russell, car cela "gâchait souvent la vente de trois livres en essayant de vendre les six".

Il fallait obtenir les commandes aussi vite que possible, qui arrivaient généralement trois mois plus tard. Dans le cas d'une impossibilité à obtenir les livres, il était conseillé de dire: "Je vois que vous êtes intéressé par les livres de toute façon et notre société a publié cette même œuvre sous forme de brochure que nous fournissons pour seulement 10 cents". Il était possible de prendre des échanges commerciaux pour les livres dans des magasins telles que les épiceries ou les commerces d'ameublement, ou de louer les livres, mais pas de les vendre à crédit. Si, dans un quartier huppé, le majordome venait à la porte mais pas la maîtresse de maison, il était conseillé de ne pas s'attarder là, car il fallait "aller là où les livres [était] souhaités" [toujours le même leitmotiv donc: vendre au plus vite]. Il fallait toujours les vendre au prix de 98 cents, car cela était inférieur à un dollar, prix qui risquait de paraître trop onéreux [technique typiquement commerciale].

À la question de savoir pourquoi les livres étaient vendus si bon marché, il était conseillé de dire: "Les livres sont tellement appréciés que la Société de la Bible en a fait sa spécialité et le travail n'est pas un plan pour se faire de l'argent. La circulation est tellement grande et ainsi tant se sont intéressés à la Bible par la lecture des livres qu'ils contribuent volontairement aux dépenses de la Société. Nous aussi, nous avons été tellement aidés par les livres que nous effectuons ce travail entièrement sur l'intérêt profond que nous avons en lui en tant qu'œuvre chrétienne". Il fallait parler d'une voix basse, car cela était plus respectueux et plus en harmonie avec l’œuvre.

Si la personne demandait à quelle église le colporteur appartenait, il fallait répondre: "Il s'agit d'une œuvre non confessionnelle, nous sommes connectés avec une Société de la Bible dont les œuvres sont pour tous les chrétiens. Ça n'a pas beaucoup d'importance de savoir à quelle église vous appartenez à si votre nom est écrit dans le ciel." Si la personne déclare ne vouloir lire que des écrits de sa propre religion, il fallait répondre: "Je trouve les chrétiens dans toutes les églises" [ainsi, il fallait édulcorer sa position de ceux qui sont "dans la vérité" pour avoir une chance de vendre ses livres].

Celles de Rutherford (1928)

En 1928, un bulletin de 14 pages intitulé Special Colporteur Bulletin, Winter 1928 fut publié à l'attention des colporteurs. Ce bulletin est très intéressant car il révèle combien la Société Watch Tower était une société de vente et comment les colporteurs se devaient de suivre les suggestions de Rutherford sur la façon d'obtenir le dernier centime du maître de maison.

Le premier conseil donné était la régularité. Il ne serait pas possible d'obtenir du succès en colportant seulement trois ou quatre heures par jour, ou trois ou quatre jours par semaine.[45] Il était conseillé de prêcher même en hiver, et des colporteurs étaient cités en exemples pour avoir bravé le froid lors de leur prédication, car le faire régulièrement permettait de devenir plus endurant.[46] Il était tout à fait possible de prêcher en hiver même dans les campagnes; un colporteur citait son cas: il visitait jusqu'à 30 fermes par jour de froid, étant souvent invité à rentrer chez les habitants pour se réchauffer, et effectuait ce travail à pied exclusivement, même les jours de tempêtes de neige et avec un grand vent dans la figure.[47]

Afin d'illustrer la nécessité de se fixer un programme et de reporter le temps passé dans le travail, il était cité la mauvaise gestion du temps d'une sœur qui s'était rendu compte qu'elle n'avait passé que 203 jours dans l'année dans le service, alors que si elle avait travaillé six jours par semaine comme quand elle le faisait "pour le gouvernement", elle aurait pu vendre 3 000 livres; en conséquence, pour l'année 1929, elle se fixait un quota de 3 200 livres à atteindre. Un autre colporteur suggérait le slogan suivant: "Celui qui cherche du temps pour le service doit regarder l'heure et arrêter les fuites; à cette fin, un registre il tient, ajoute des heures aux jours et des jours aux semaines semaines" (en anglais, les quatre vers rimaient). Il était dit qu'une telle comptabilité produisait beaucoup d'encouragement et de motivation.[46]

Il est conseillé de mettre à profit la vertu de la procrastination, à savoir remettre tout à plus tard à l'exception du service (mis en capitales d'imprimerie), il fallait même être prêt à trouver des excuses pour tout reporter: par exemple, quand le besoin de laver sa voiture se faisait sentir, il fallait se dire: "Attendons la semaine prochaine" (il était conseillé d'attendre que la pluie de la semaine suivante vienne laver la boue de la semaine précédente); de même, quand le besoin de faire des courses devenait important, il fallait se dire: "Attendons jusqu'à samedi soir" ou dans les cas urgents, "Attentons jusqu'à la prochaine fois que je devrais aller en centre ville" (italique dans l'original).

Il était conseillé de planifier le travail à effectuer. Citant le témoignage d'un colporteur, il fallait, en arrivant dans un nouveau comté, trouver d'abord une chambre — si possible une chambre située dans l'une des plus grande villes du comté ou à proximité des chemins de fer — qui constituerait son point de ralliement où se trouveraient les livres, et à partir de laquelle les tournées des villes voisines seraient effectuées. Il fallait faire la banlieue et les petites villes quand il faisait beau, et garder les environs et les zones commerçantes pour les jours de temps moins clément. Parfois, à cause d'une tempête de neige dans une petite ville, il pourrait être nécessaire de prendre une autre chambre dans cette ville (et donc de payer double) plutôt que de prendre le train à chaque fois, d'où la nécessité de travailler jusqu'à neuf heures par jour dans cette ville.[47]

Des suggestions étaient données pour protéger les livres: les recouvrir de journaux et d'une toile cirée, ou les mettre dans un sac ou un cartable, ou sous le manteau dans des pochettes tenues par des sangles rembourrées qui allaient sur les épaules — cette dernière technique permettait, comme cela était précisé, de dissimuler les livres et ainsi de ne pas être arrêté par la police. Puis il était expliqué que les quartiers commerçants étaient un territoire particulièrement prospère pour les colporteurs, et des méthodes étaient données: dans un immeuble comptant plusieurs firmes, il fallait entrer par la porte, sans timidité, comme si on était "M. Rockefeller", en marchant naturellement, puis retenir quelques noms d'entreprises installées et monter à l'étage le plus haut, se rendre au bureau de l'entreprise choisie en regardant le nom sur la porte, puis entrer, donner sa carte personnelle au directeur. Si celui-ci demandait: "Quelle est la nature de votre affaire?", il fallait dire: "Je viens de la part du juge Rutherford, j'ai une affaire très importante". Le colporteur ne devait surtout pas dire qu'il était un Étudiant de la Bible ou un missionnaire, ni qu'il avait des livres de Rutherford à vendre, mais dire: "Le juge Rutherford, qui radiodiffuse à partir de la Watch Tower, est celui que je représente", puis préciser qu'on ne prendrait qu'une minute ou deux de temps, et dire: "Nous comprenons que les prophéties scripturaires montrent que le grand tournant dans l'histoire du monde est actuellement présent sur terre". Il ne fallait pas montrer les livres "jusqu'au moment psychologique", mais prouver que la délivrance était proche. Il ne fallait pas avoir peur — c'était lui qui devait avoir peur —, puis offrir un livre tels que Creation ou Reconciliation.[48] Puis il fallait, sans être persistant ni perdre son temps, présenter les livres en précisant qu'ils expliqueraient ces choses bien mieux, et demander à l'interlocuteur si cela l'intéressait ainsi que la permission de rencontrer les autres personnes du bureau, en insistant pas plus de deux fois.[49]

Si le quartier commerçant était parcouru par une femme, elle devait porter, comme le suggérait une colportrice, "une petite robe de travail soignée et un chapeau bien arrangé", tenir sa carte à la main et les livres dans une mallette. Lorsqu'elle rencontrait le directeur, elle devait sourire et parler rapidement car il fallait être brèf, et dire: "Je représente le juge Rutherford, de New York. Vous vous souvenez probablement l'avoir entendu dans un branchement mondial en juillet dernier, quand il donna le discours "Liberté pour les peuples". Ses livres sont publiés dans plus de 30 langues". Quand le directeur s'impatientait, il fallait dire: "J'ai des auxiliaires bibliques du juge Rutherford. Ils sont toujours vendus à prix coûtant, à 1,98 dollars pour les cinq livres. Je vous dis cela afin que vous constatiez qu'il n'y a pas de plan d'enrichissement, mais un effort de montrer aux gens ce qui va arriver sur terre. Nous avons des informations pour vous sous la forme la moins chère possible". S'il n'était pas intéressé, la colportrice devait dire: "Mon travail est de vous donner le message que ces livres contiennent". Il fallait, dans toute la mesure du possible, les intéresser aux livres — en abordant des sujets qui les préoccupent, tels que le bien-être de leurs enfants et la cherté de la vie, et en leur montrant que cela réalisait les prophéties bibliques — et ainsi faire la vente.[49]

Dans les petits commerces, il fallait procéder de la même manière: serrer la main au gérant et faire attendre le client qui pouvait éventuellement entrer à ce moment, car lui aussi serait susceptible d'acheter les livres, et dans le cas d'un groupe qui se formerait, il fallait s'approcher le plus possible de la personne qui semblait la plus intéressée sans chercher à retenir ceux qui voulaient partir, et ne pas débattre, à moins de savoir précisément quoi dire. Même sans vente au bout de dix tentatives, il ne fallait pas se décourager et ne pas décourager les autres, et rester sur son territoire; quand la personne disait qu'elle n'avait pas d'argent, il fallait lui faire sentir qu'elle avait besoin (en italique dans l'original) de ces livres, quitte à ce qu'elle emprunte de l'argent.[49]

En se rendant sur sa nouvelle affectation, le colporteur ne devait pas prêcher car il était préférable de ne pas empiéter sur le territoire des autres et de faire le sien en profondeur. Il était conseillé de s'y rendre soit en voiture car c'était économique, soit en train car c'était plus rapide et moins fatiguant, mais il fallait voyager en fonction de ses moyens. Selon le bulletin, tous les colporteurs recommandaient que les personnes de couleur ne soient pas négligées; suivant les recommandations de l'un d'eux, il fallait s'enquérir de leur travail, mais dans tous les cas ils ne constituaient pas le meilleur territoire, et certains colporteurs qui vendaient bien "laiss[ai]ent tomber les gens de couleur par principe".[50] Par ailleurs, il était dit de se procurer une carte routière de la campagne afin de prêcher le territoire de façon profonde. Des conseils étaient aussi donnés sur la façon d'effectuer du commerce avec les fermiers afin d'obtenir des produits (œufs, pommes de terres, etc) contre les livres, mais les avis divergeaient entre les différents colporteurs sur la fréquence à le faire.[51]

(à compléter à partir de la page 10)

Ressources sur le sujet

Références

  1. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), avril 1881, R214, p. 7, "Wanted 1,000 Preachers"
  2. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), mai 1881, R228, p. 8, "A Misapprehension"
  3. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), juillet/août 1881, R240, p. 2, "Anointed to Preach"
  4. Arrowup.png Wills, 2006, p. 12
  5. Arrowup.png Wills, 2006, p. 14
  6. Arrowup.png WTBTS (1972), Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 28
  7. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), janvier 1886, R818, p. 2, "Tract Fund Report"
  8. 8,0 et 8,1 Wills, 2006, p. 20
  9. 9,0, 9,1, 9,2, 9,3 et 9,4 Perkinson, 1999, p. 10
  10. Arrowup.png WTBTS (1972), Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 90
  11. Arrowup.png Beckford, 1975, p. 30
  12. Arrowup.png Beckford, 1975, p. 7
  13. 13,0 et 13,1 Beckford, 1975, p. 8
  14. 14,0 et 14,1 WTBTS (1973), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 86
  15. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), mai 1881, R239, p. 8
  16. 16,0, 16,1, 16,2, 16,3 et 16,4 La Tour de Garde (anglais), octobre/novembre 1881, R290, p. 5, "In the Vineyard"
  17. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), octobre/novembre 1881, R298, p. 6, "From Bro. J.B. Adamson"
  18. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), mars 1882, p. 4, "A Word from Bro. J.B. Adamson"
  19. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), février 1883, p. 1, "Letter from Bro. Adamson"
  20. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), octobre/novembre 1881, R293, p. 6, "From Bro. J.J. Bender"
  21. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), mars 1882, R325, p. 1, "View from the Tower"
  22. 22,0, 22,1 et 22,2 La Tour de Garde (anglais), juillet 1882, R367, p. 1, "View from the Tower"
  23. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), janvier 1882, R311, p. 1, "View from the Tower"
  24. 24,0 et 24,1 La Tour de Garde (anglais), avril 1882, R334, p. 1, "View from the Tower"
  25. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), juillet 1882, p. 1, "View from the Tower"
  26. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), mai 1882, R345, p. 1, "View from the Tower"
  27. 27,0 et 27,1 La Tour de Garde (anglais), juin 1882, R357, p. 1, "View from the Tower"
  28. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), mars 1882, R325, p. 1, "View from the Tower"
  29. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), avril 1882, R335, p. 1, "View from the Tower"
  30. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), juin 1883, R487, p. 1, "View from the Tower"
  31. Arrowup.png Perkinson, 1999, p. 9
  32. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 février 1896, R1940, p. 36, "Encouraging Words from Faithful Workers"
  33. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 avril 1896, p. 88, "Encouraging Words from Faithful Workers"
  34. Arrowup.png WTBTS (1979), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 82
  35. Arrowup.png WTBTS (1979), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 85
  36. Arrowup.png WTBTS (1977), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 199
  37. Arrowup.png WTBTS (1977), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 243
  38. Arrowup.png WTBTS (1979), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 35
  39. Arrowup.png WTBTS (1982), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 131
  40. Arrowup.png WTBTS (1986), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 190
  41. Arrowup.png WTBTS (1984), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 49
  42. Arrowup.png WTBTS (1980), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, pp. 66,67
  43. Arrowup.png WTBTS (1983), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 137
  44. Arrowup.png Asbury Park, New Jersay, 22-29 juillet 1906; St Paul, Minnesota, 13-20 août 1906, Convention "Beleivers in the Atonement Sacrifice of Chirst", 1906 Souvenir Report from the Conventions of the Watch Tower Bible and Tract Society, heraldmag.org
  45. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1928, p. 3
  46. 46,0 et 46,1 Watch Tower Bible & Tract Society, 1928, p. 4
  47. 47,0 et 47,1 Watch Tower Bible & Tract Society, 1928, p. 5
  48. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1928, p. 7
  49. 49,0, 49,1 et 49,2 Watch Tower Bible & Tract Society, 1928, p. 8
  50. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1928, p. 9
  51. Arrowup.png Watch Tower Bible & Tract Society, 1928, p. 10