Croix-Rouge

Un article de Témoins de Jéhovah: TJ-Encyclopedie, l'encyclopédie libre sur les Témoins de Jéhovah.
(Redirigé depuis Croix Rouge)
Aller à : navigation, rechercher

La Croix-Rouge est une organisation internationale humanitaire, créée en 1863 par un groupe de citoyens de la ville suisse de Genève, dont faisaient partie Gustave Moynier, Henri Dunant (Prix Nobel de la Paix en 1901) et Guillaume-Henri Dufour. C'est donc la plus ancienne organisation humanitaire existante. Elle s'est vu décerner le Prix Nobel de la paix en 1917, 1944 et 1963, le Prix Balzan pour l'humanité, la paix et la fraternité entre les peuples en 1996. Malgré le travail accompli dans le domaine humanitaire, la Watch Tower a fréquemment critiqué cet organisme, tout en profitant de ses programmes d'aide.

Avis de la Watch Tower

Acceptation de l'aide

La Croix-Rouge fut rarement mentionnée dans les publications jéhovistes, et presque systématiquement présentée sous un angle défavorable. Les seules courtes mentions positives évoquent une aide de la part de cette organisation pour ce qui est de faire parvenir des secours à des adeptes jéhovistes vivant dans des pays en difficulté, par exemple: "Avec l'aide de la Croix-Rouge, ces secours leur sont parvenus rapidement".[1] "À présent, c'étaient les Témoins de Jéhovah mozambicains qui envahissaient les camps de réfugiés du Malawi. Le gouvernement du Malawi les a accueillis en tant que réfugiés de guerre. La Croix-Rouge internationale a apporté son concours, fournissant le nécessaire pour améliorer le confort et surmonter les désagréments causés par la vie dans ces camps à ciel ouvert."[2] "Des secours ont été envoyés par les frères des îles Britanniques et d’Irlande, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge internationale. (...) La Société a donc envoyé à Calabar frère Asuquo Akpabio avec des secours, dans un avion de la Croix-Rouge. (...) Gösta Andersson, un missionnaire arrivé depuis peu au Nigeria, a apporté d’autres secours à Enugu sur un vol de la Croix-Rouge."[3] "Frère Milford précise: "Nous avons appelé la Croix-Rouge, et deux femmes sont arrivées avec un brancard pour l'enlever"."[4] Ainsi, la Watch Tower critique une organisation alors qu'elle-même et ses adeptes en tirent certains avantages.

En dépit de la présentation défavorable dans les publications, la joueuse de tennis Serena Williams, bien que Témoin de Jéhovah, demanda aux spectateurs d'envoyer leurs dons à la Croix-Rouge, lors du cyclone Katrina en 2005.[5] D'ailleurs, à titre individuel ou collectif, la presse a parfois rapporté que des Témoins de Jéhovah ont profité de l'aide offert par la Croix-Rouge dans des cas de sinistre.[6][7]

Critiques de cet organisme

Le point de vue de la Société Watch Tower sur la Croix-Rouge n'a pas toujours été négatif. En novembre 1915, un lecteur de La Tour de Garde demanda à Charles Taze Russell, fondateur de la Watch Tower, ce qu'il pensait d'un mouvement général destiné à recueillir des dons pour la Croix-Rouge au Canada. Russell répondit que c'était une question personnelle qui devait se prendre en conscience, écrivant que "le fait de donner à la Croix-Rouge n'interférerait certainement pas avec les scrupules de conscience de quelqu'un".[8] Toutefois, en 1918, le point de vue des Étudiants de la Bible sur cet organisme était généralement négatif puisque sous la toute nouvelle présidence de la Watch Tower par Joseph Rutherford, La Tour de Garde expliqua: "Notre point de vue sur la guerre, sur la Croix-Rouge, sur les bons Liberté, etc, a été mal compris par de nombreuses personnes",[9] expliquant dans le numéro suivant: "Un chrétien à qui on a pu présenter le point de vue perverti selon lequel le travail de la Croix-Rouge n'était que l'aide apportée au meurtre qui est contre sa conscience, ne peut aider la Croix-Rouge; puis il gagne le plus large point de vue selon lequel la Croix-Rouge est l'incarnation de l'aide aux personnes sans défense, et il se trouve en mesure et prêt à aider la Croix-Rouge en fonction de ses capacités et opportunités".[10] Or, cet article constituait un compromis visant à montrer l'organisation comme plus coopératrice que d'ordinaire afin de faire libérer les directeurs de la Société Watch Tower alors emprisonnés car considérés comme des agents d'espionnage.

Selon le témoignage d'un ex-membre, la Croix-Rouge a été dénoncée par un ancien des Témoins de Jéhovah qui dirigeait une étude du livre comme étant un "racket de riches qui reçoivent le sang gratuitement et ensuite le revendent pour 500 dollars une pinte". Il a ensuite expliqué que si la Croix-Rouge déposait une déclaration financière, elle serait parmi les 500 entreprises ayant le plus de fortune car "ils sont tellement riches"! [11]

Dans une lettre de 1986 ayant trait à la possible incompatibilité pour un Témoin de soutenir la Croix-Rouge, la Société rappela que cette organisation "avait vu le jour sur les champs de bataille" et formula trois reproches contre elle: 1/ "elle accomplit une grande part de son travail directement ou indirectement dans les conflits en opposition avec les pensées décrites en Isaïe 2:4"; 2/ "[elle] est l'un des plus grands fournisseurs de sang destinés aux transfusions dans le monde"; 3/ "elle est également impliquée dans les affaires politiques, et souvent intervient comme médiateur entre les nations pendant les guerres". Cette lettre présentait la Croix-Rouge sous un jour si défavorable que cela en était presque caricatural et trahissait une méconnaissance de cette organisation.[12]

Voici les autres mentions de la Croix-Rouge dans les publications de la Watch Tower depuis 1950:

Critique formulée par la Watch Tower Contenu
Soucieuse de sa popularité Elle interviendrait dans des catastrophes où elles serait susceptible de bénéficier de bonnes retombées médiatiques.[13]
Identifiée indirectement au monde de Satan dont il faut rejeter la marque "En septembre 1917 j'ai commencé à aller à l'école; tout a bien été jusqu’en mars [1918] lorsqu'on obligea les enfants à acheter un insigne de la Croix-Rouge. Je suis donc revenu le midi à la maison avec un mot écrit. Papa travaillait et maman ne lisait que l'allemand à cette époque-là. Mais frère Howlett, un pèlerin qui visitait justement la 'classe', a pris la chose en mains. Nous n'avons pas acheté d'insigne."[14]
Richesse excessive "Si la Croix-Rouge américaine était une société commerciale, elle serait classée parmi les plus grosses firmes américaines, au même titre que la General Motors".[15]
Lien avec les transfusions sanguines Son lien avec les banques de sang est souligné.[15]
Malhonnêteté et inefficacité "Une enquête récente a révélé que la Croix-Rouge américaine a commis des centaines de fautes liées à la manipulation de sang contaminé", s'étant souvent abstenue de signaler ce sang inutilisable.[16] De plus, en rapport avec les attentats du 11 septembre, il est dit que la Croix-Rouge américaine avait collecté "quelque 850 millions de dollars comptants" et "400 000 unités de sang", mais que tout cela n'a finalement pas été utilisé en rapport avec les attentats. L'article ajoute que "les administrateurs de la Croix-Rouge, assaillis de critiques féroces, ont limogé sa présidente et annoncé à la fin du mois de janvier que 90 % des fonds récoltés iraient avant le 11 septembre 2002 aux victimes du désastre"[17]

Cette présentation par la Watch Tower d'un organisme humanitaire sous ses aspects les moins favorables — quitte à grossir les failles de cet organisme sans en souligner les réalisations — contribue à marteler le message jéhoviste comme quoi l'action sociale est vaine et les efforts humains voués à l'échec.

Cas de sanction

En rapport avec la Croix-Rouge, l'ex-membre du Collège Central Raymond Franz rapporte une anecdote impliquant Rud Persson et sa femme, deux Témoins de Jéhovah de Suède.[12] En 1986, ce couple décida de verser une petite cotisation annuelle à la Croix-Rouge, estimant que cela était en accord avec les principes chrétiens, et cela d'autant plus que la mère de Rud, elle aussi Témoin, avait profité du programme d'aide de cet organisme. Or, déjà avant le mois de mai de cette même année, un ancien avait averti le collège de la congrégation et avait recherché conseil auprès du surveillant de circonscription afin de savoir s'il fallait traduire Persson devant un comité judiciaire au motif de violation de la neutralité chrétienne. Le 19 juin 1986, les anciens écrivirent à la filiale suédoise afin de savoir ce qu'ils devaient faire dans pareil cas, cette dernière leur déclarant rechercher conseil auprès du siège mondial de Brooklyn. La réponse leur parvint dans un courrier daté du 15 octobre, et Persson fut contacté trois jours plus tard par le surveillant afin d'enquêter sur ce sujet. Dans la lettre, il fut conseillé aux anciens de discuter avec Persson pour juger de ses motivations, sachant que dans un cas extrême, la sanction pouvait aller jusqu'à l'exclusion.

Cinq questions furent posées à Persson:

  • 1/ Quelle est ta motivation pour t'être inscrit à la Croix-Rouge?
  • 2/ Estimes-tu que ce que la Croix-Rouge soutient est bon et approprié?
  • 3/ Es-tu au courant du programme de la Croix-Rouge concernant les transfusions sanguines?
  • 4/ Es-tu au courant que la Croix-Rouge est impliquée en tant que médiateur dans les conflits entre les nations?
  • 5/ As-tu l'intention de continuer à être membre de la Croix-Rouge?

Dans ses réponses très prudentes, Persson utilisa des raisonnements qui se référaient directement à des articles parus dans les publications de la Société. Finalement, la seule sanction appliquée par la filiale à Persson fut de ne pas lui permettre d'accéder à des fonctions telles qu'ancien ou assistant ministériel.

Franz relève un certain nombre de points critiquables en rapport avec cette affaire:

  • Persson n'a été mis au courant de cette enquête seulement après la réponse de Brooklyn, et cela alors que cette enquête était en cours depuis des mois et que deux membres masculins de la famille de Persson faisaient partie du collège d'anciens;
  • un ancien a critiqué Persson sur d'autres sujets dans le rapport transmis à la filiale, affirmant qu'il s'occupait mal de ses enfants en rapport avec leur scolarité (comme quoi sa désapprobation personnelle au soutien que Persson apportait à la Croix-Rouge lui donnait le sentiment qu'il pouvait à bon droit le charger dans d'autres domaines);
  • la filiale n'a pas daigné avertir Persson du verdict dans cette affaire, et il fallut que ce dernier appelle, le 7 avril 1987, le bureau suédois pour savoir que l'affaire était classée sans suite;
  • il est regrettable que la Watch Tower se substitue de la sorte à la conscience du fidèle.

Références

  1. Arrowup.png WTBTS (1989), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 64
  2. Arrowup.png WTBTS (1996), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 169
  3. Arrowup.png WTBTS (1986), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 240
  4. Arrowup.png WTBTS (1975), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 185
  5. Arrowup.png Citrano, Virginia (2005) (anglais), "Serena Williams Serves Up Hurricane Relief", Forbes. Consulté le 21 décembre 2011
  6. Arrowup.png Wall, Stephen (30 avril 2007) (anglais), "Church Members Escape Harm in Apartment Fire", The Sun, jehovahs-witness.net. Consulté le 21 décembre 2011
  7. Arrowup.png Jehovahs-Witnesses.Net (2005) (anglais), "JW Accepts Help from Red Cross--Would He Donate?", jehovahs-witness.net. Consulté le 21 décembre 2011
  8. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1915, p. 349, "Interesting Letters"
  9. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 mai 1918, p. 152, "The Dust of His Feet"
  10. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er juin 1918, p. 168, "Rendering Good Without Offense"
  11. Arrowup.png Haszard, Danny (11 septembre 2005) (anglais), "Jehovah's Witnesses revile the Red Cross", pressbox.co.uk. Consulté le 21 décembre 2011
  12. 12,0 et 12,1 Franz, 2002, pp. 347-51
  13. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er novembre 1951, pp. 643,644, article "Charity in Christendom":
    "On such occasions or when flood, fire, earthquake or windstorm make many homeless and rob others of life or limb, as surely as the press is there to report it, so will other familiar figures turn up. The community chest will be there, the Red Cross with its blood bank will be there, priests fully outfitted with pious face and last rites will be there and politicians will rush back from a Florida vacation so that they can be there—all to offer charitable help.
    "But let the disaster be on a smaller scale where the returns in publicity are not so promising; then the widely acclaimed charitable organizations do not flock to the scene. It is clear that they choose the publicized tragedies, that their giving may be publicized along with the event. The motive of attention and credit perches plainly on their every "good deed". Contributors to the community chest receive a red feather; to the Red Cross, a button."
  14. Arrowup.png WTBTS (1975), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 100
  15. 15,0 et 15,1 Réveillez-vous!, 22 octobre 1990, p. 6
  16. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 octobre 1990, p. 21, article "Regard sur l'actualité"
  17. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 octobre 2002, p. 28, article "Coup d'œil sur le monde"