Enquête de la SOFRES

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En 1998, une enquête de la SOFRES (références: Témoins de Jéhovah - Rapport de synthèse, réf. MHI-MVN 98-204, octobre 1998, SOFRES) fut réalisée par cet institut de sondage spécialisé dans les études marketing et d'opinion afin d'établir le profil sociologique des adeptes Témoins de Jéhovah de France grâce à des données sur leurs statut social et habitudes de vie. Effectuée à la demande des autorités jéhovistes en réponse aux accusations de retrait de la vie sociale véhiculées par d'anciens membres et par des organismes de lutte contre les sectes, l'enquête fournit des résultats indiquant un bon niveau d'intégration sociale qui s'apparente aux moyennes nationales. Toutefois, la méthodologie utilisée pour l'enquête ainsi que les pourcentages obtenus peuvent soulever des critiques susceptibles de limiter la portée des résultats.

Historique

Concrètement, l'enquête fut réalisée auprès d'un échantillon de 1 025 fidèles et sympathisants — ces derniers représentant environ 1% du total — sur les lieux des assemblées de district de juillet et d'août 1998 de Brest, Grenoble, Marseille, Lens, Saint-Étienne et Villepinte. À cette occasion, les assistants qui acceptèrent remplirent un carton-réponses puis, dans les semaines suivantes, l'enquête se poursuivit par téléphone. Le sondage fut daté d'octobre de la même année. Suite à un droit de réponse des Témoins de Jéhovah adressé à La Gazette Santé-Sociale, la SOFRES affirma ne pas avoir réalisé cette étude, et cette information parut dans le numéro 22 de la publication. Toutefois, un rectificatif fut apporté dans La Gazette Santé-Social numéro 25, précisant: "Contrairement à ce qui a été indiqué dans l'édition de septembre 2006 de La Gazette Santé-Social, une étude sociologique sur les Témoins de Jéhovah en France a bien été réalisée par la SOFRES en octobre 1998".

Utilisation des résultats

Le demande de ce sondage s'inscrit dans une stratégie de réponse aux accusations de sectarisme dont l'organisation jéhoviste fit l'objet en France à partir des années 1990. Pour la sociologue Cécile Couchouron-Gurung, "les dirigeants jéhovistes ont donc commandé ce sondage à la SOFRES pour lutter contre les poncifs répandus en France à leur égard; il constitue en effet une ressource susceptible d'être mobilisée par les Témoins de Jéhovah et communiquée aux différents médias".[1]

Ces résultats ont été communiqués à de nombreuses reprises: d'abord pas les instances jéhovistes qui s'en servent dans leurs communiqués sur Internet ou par voie de presse ou lors de campagnes de distribution de tracts — par exemple, Que se trame-t-il en France? Les libertés pourraient-elles régresser? en 2000 — afin de prouver leur "normalité", puis par les adeptes sur les sites Internet qu'ils ont créés,[2] sur des fora de discussion, ou dans des livres de défense du mouvement tel que celui de Davy Forget;[3] ensuite, par des personnalités publiques comme les sociologues Régis Dericquebourg et Nathalie Luca qui se sont servis de ces résultats pour certaines de leurs études sur le jéhovisme,[4] ou encore l'avocat et professeur Michel de Guillenchmidt qui cite bon nombre de pourcentages dans la préface du livre de l'avocat jéhoviste Philippe Goni.[5] Sans surprise, le sociologue apologiste Philippe Barbey accrédite cette enquête, déclarant: "Bien que cette enquête ne soit pas à proprement parlé une étude sociologique, elle permet néanmoins de tracer un profil des Témoins de Jéhovah. Les conditions de réalisation de cette enquête garantissent sa recevabilité".[6] De son côté, l'historien Bernard Blandre publia une analyse des résultats dans sa revue Mouvements Religieux.[7]

Remarques générales

Il ne s'agit pas ici de prétendre que tous les chiffres sont forcément faux, car ils traduisent sans doute une évolution du mouvement dans le sens où, si son discours semble toujours aussi radical, un nombre croissant de fidèles n'applique plus tout à la lettre comme cela a pu être le cas il y a ne serait-ce que vingt ans plus tôt. Une volonté de moins prêter le flanc aux critiques et d'être reconnu comme religion, un processus de sécularisation et un renouvellement des effectifs principalement par le moyen des enfants de fidèles, constituent probablement des explications à cette évolution. Même certains adeptes de longue date se sont assagis et sont moins intransigeants sur les préceptes de leur religion que dans le passé. Toutefois, quelques remarques peuvent être formulées en rapport avec cette enquête et les résultats qu'elle a fournis.

Méthodologie

  • Les personnes sondées ayant été choisies sur les lieux même d'une assemblée des Témoins de Jéhovah, il n'est pas déraisonnable d'imaginer que les sondés étaient des fidèles actifs et que le panel ne comprenait pas ou peu de "refroidis" ou de personnes sur le point de quitter le mouvement; or, ces personnes auraient peut-être donné un avis différent aux différentes questions.
  • Ce qui est moins connu par le grand public, c'est que les anciens avaient eux-mêmes demandé à différents adeptes de leur propre congrégation s'ils auraient accepté d'être volontaires pour répondre à un éventuel questionnaire. Les personnes ayant participé ne constituaient donc pas un échantillon "aléatoire", représentatif de la population jéhoviste comme cela fut souvent présenté dans les médias, mais bien une sélection parfaitement réfléchie d'un "certain type" de Témoins qui correspondaient d'avance à l'image que la Watch Tower souhaitait donner. Ainsi, les cas sociaux, les psychorigides, les fanatiques, etc, ont été mis de côté dès le départ, pour dissimuler volontairement une certaine réalité de la population jéhoviste. Il fallait montrer que les adeptes se comportaient à peu près normalement et allaient plutôt bien grâce à la Watch Tower; en revanche, cette dernière n'étaient pas prête à assumer les personnes dans ses rangs qui auraient risqué de porter atteinte à son image. Cela prouve que ce sondage n'était pas tant une enquête sociologique qu'une vaste campagne de communication minutieusement peaufinée.
  • Ce sont les autorités jéhovistes elles-mêmes qui ont sollicité l'institut de sondage; dès lors, il n'est pas surprenant de constater que les questions correspondent beaucoup à celles pour lesquelles le Témoin de Jéhovah de base est préparé depuis plusieurs années, parfois sous la forme de démonstrations à la Salle du Royaume ou de formules types lénifiantes prévues par le mouvement afin de présenter l'organisation sous un angle positif.
  • Les questions sont particulièrement explicites: il n'était pas besoin d'être un fin psychologue pour comprendre quel était le but de chacune d'entre elles, et l'adepte pouvait très bien adapter sa réponse en conséquence.
  • Hormis les questions portant sur le statut social qui constituent des faits — plus haut diplôme obtenu, situation familiale, ancienne religion, par exemple —, les autres sur les habitudes de vie sont si vagues qu'elles relèvent de l'interprétation qu'ont fait les sondés des termes des questions, et ceci probablement à l'aune du lexique en vigueur à l'intérieur du mouvement, sans même évoquer l'éventuelle stratégie de guerre théocratique.

Valeurs des réponses

  • Le sondage avait précisément pour vocation de redorer l'image d'une organisation dont la réputation avait été entachée par la publicité négative provenant de critiques; dès lors, est-il inconcevable de penser que les personnes sondées aient quelque peu embelli leur réponses, sachant qu'assez logiquement, il est peu probable qu'un adepte aille donner des réponses qui présenterait sa religion sous un angle défavorable, et de surcroît alors qu'il s'agit d'un mouvement très prosélyte qui passe son temps à se présenter comme l'organisation divine? Imaginerait-on beaucoup de Témoins suffisamment inconscients pour fournir des réponses qui présenteraient leur organisation comme ayant des membres refusant de participer à la vie collective?
  • Le sondage rapporte simplement les réponses des sondés, mais ne cherche pas à savoir si la réalité correspond bien à ce que les sondés ont déclaré. Cela est d'autant plus important qu'en règle générale les Témoins rejettent les témoignages douloureux des anciens adeptes, prétendant qu'ils ont inventé les souffrances qui auraient été générées par le mouvement.

Interprétation des résultats

Les Témoins estiment généralement que les pourcentages révélés par cette enquête leur sont favorables et tordent le cou à des idées reçues à leur sujet. Toutefois:

  • Les chiffres en eux-mêmes ne prouvent pas forcément ce que les Témoins veulent leur faire dire. Que signifient les expressions "pratiquer des activités charitables" ou "avoir des contacts suivis avec des non-Témoins de Jéhovah" s'il n'y a pas d'explications pour préciser ce que l'institut de sondage entendait par là?
  • Ce genre de données chiffrées a priori flatteur est probablement commun à tous les sondages réalisés auprès de mouvements socialement très contestés, y compris des groupes sectaires purs et durs, même aux yeux des Témoins de Jéhovah. Par exemple, une étude portant sur plusieurs mouvements sectaires révélait globalement "un état de bien-être positif des personnes membres des M[ouvements] R[eligieux] C[ontestés] et certains résultats indiquent même un effet de structuration du fait de l'appartenance"... mais précisait aussi que "le bonheur trouvé à l'intérieur de ces groupes a quelque part un prix, celui de la liberté, en terme d'un exercice moindre d'autonomie et d'esprit critique".[8] De même, une enquête sociologique effectuée auprès de Scientologues n'a révélé que des aspects positifs: ils "ont un niveau d'études assez élevé, avec un pourcentage de diplômes de l'enseignement supérieur de 30% supérieur à la moyenne", "80% gagnent plus que la moyenne nationale", ils "participent à toutes sortes d'activités associatives", "aucun scientologue ne fait usage de stupéfiants ou de drogues", "ils prônent l'efficacité, la morale traditionnelle (fidélité conjugale, honnêteté...) et adoptent donc les valeurs dominantes de la société", "ils sont bien insérés dans la société", les membres sondés sont apparus "libres" et "autonomes" et adhèrent au mouvement pour "acquérir une maturité et une stabilité plus grandes, pour améliorer leurs relations avec les autres et pour œuvrer à l'édification d'une société plus juste".[9]
  • Le rapport admet lui-même que le pourcentage de personnes fréquentant les théâtres est surestimé et précise que cela arrive fréquemment dans ce genre d'études. Dès lors, les autres chiffres sont peut-être eux aussi sujets à caution.

Doctrine Vs. Réalité

On ne peut pas dans le même temps prétendre "être différent" des autres et ressembler aux autres. Bien sûr, si la doctrine est moins respectée sur des questions pouvant avoir des répercussions sur la vie des adeptes (retrait social, embrigadement des enfants, etc), c'est tant mieux, mais alors à quoi servent les nombreuses citations de la littérature jéhoviste qui fournissent ces directives? Dans tous les cas, cela signifie que l'une des deux présentations est forcément fausse: soit celle contenue dans les publications jéhovistes qui présentent les adeptes comme "à part", soit les résultats du sondage qui sont censés prouver que les Témoins sont comme tout le monde. Il faut choisir, car il n'est pas possible de soutenir l'une et l'autre. Ainsi, en partant du principe que les données chiffrées révélées par le sondage correspondent à la réalité, il est possible de relire ces résultats d'une toute autre manière: celle consistant à dire que les sondés étaient des adeptes globalement infidèles, et qu'ils ne respectaient pas les préceptes de leur religion.

Aspects non révélés

Malheureusement, la prise de psychotropes, la dépression nerveuse, le stress, les sentiments de culpabilité, l'absence d'esprit critique ou encore le conditionnement sont des aspects de la vie de l'adepte qui sont moins visibles car difficilement quantifiables et qui n'ont pas été abordés lors du sondage. L'erreur commise dans la présentation des résultats de ce sondage par les autorités jéhovistes est de faire croire, comme si cela allait de soi, que la constatation d'habitudes de vie traditionnelles chez les adeptes est forcément la preuve que 'tout va bien', tandis qu'a fortiori, des comportements atypiques seraient le signe d'une désocialisation et de dérives sectaires. Il s'agit là d'une argumentation ad sequitur : la conformité à un mode de vie ambiant n'est pas nécessairement un indicateur d'une bonne condition psychologique en amont.

Résultats

Sujet abordé Chiffres fournis par la sondage de la SOFRES Message que les Témoins veulent faire passer
Vs.
Doctrine dans les publications
Commentaire
+
Questions qui auraient été plus pertinentes
Études et diplômes "Le niveau d'instruction des interviewés est également voisin de celui de la moyenne des Français, sauf pour la catégorie des diplômés de l'enseignement supérieur de cycle long (BAC + 5) qui, elle, est sous-représentée par rapport à la moyenne : 3% contre 12% en national. Ce taux est cependant plus élevé (7%) dans la tranche d'âge 15 à 34 ans."
"Notre religion ne décourage pas les études."

Vs

""Il ne serait guère raisonnable pour un jeune garçon, ou une jeune fille, de poursuivre de son propre gré des études coûteuses au delà de ce qu'exige la loi ou ses parents. (...) Des années d'étude à l'université peuvent présenter des pièges. On peut subir un véritable "lavage de cerveau" à cause de l'enseignement de philosophies humaines et permettre ainsi la destruction de sa foi en Dieu et dans la Bible.""[10] "En faisant de longues études, des chrétiens gaspillent leurs jeunes années, qui seraient bien mieux employées dans le service de Jéhovah".[11] En 2005, lors d'une assemblée, un membre du Collège Central, Gerrit Losch, prononça un discours dans lequel il compara les études supérieures à un suicide et félicita ceux qui abandonneraient l'université après avoir entendu ce discours.
  • Comme le prouvent les chiffres, ces directives de la part des instances jéhovistes ont un impact sur le niveau d'études, les perspectives professionnelles et les revenus des Témoins (voir Politique anti-université de la Watch Tower: statistiques et répercussions). Pour ce qui est d'une scolarité plus courte, il convient de rappeler que non seulement l'éducation est obligatoire en France jusqu'à 16 ans et que les Témoins ne peuvent pas se soustraire à cette exigence, mais aussi que le petit surplus d'études auquel certains adeptes consentent est désormais presque obligatoire compte tenu du peu de perspectives professionnelles sans diplôme.
Activités humanitaires "Concernant leur participation à des activités, 51% des Témoins de Jéhovah interrogés pratiquent des activités charitables."
"Nous participons aux œuvres humanitaires."

Vs

"De nombreuses organisations religieuses de la chrétienté s'enorgueillissent de leurs "bonnes œuvres" qui consistent à s'occuper des malades, des nécessiteux et des malheureux. Mais elles feraient mieux de se consacrer davantage à offrir une aide spirituelle, comme Jésus lui-même l'a fait."[12] "Cinquièmement : Nous refusons catégoriquement de nous associer (...) à des actions sociales ou à d'autres projets cherchant à faire durer un système que Dieu a condamné parce qu'il est voué à l'échec."[13]
  • 1/ Qu'est-ce que l'on considère comme une activité charitable? Certains Témoins ont pu estimer que le simple fait de faire des dons à Aidafrique — seule association caritative jéhoviste — revenait à soutenir une œuvre humanitaire. Certains ont peut-être même inclus dans leur "activités charitables" leurs interventions humanitaire encadrées par la filiale en cas de sinistres (alors que celles-ci sont surtout motivées par la volonté d'améliorer l'image de marque du mouvement, et dans ce cas, le fidèle participe d'abord par obéissance à son autorité religieuse), voire même leur service de prédication, dans la mesure où celui-ci est censé à leurs yeux participer à l'amélioration des conditions de vie de ceux qui se montrent réceptifs. 2/ Par ailleurs, même si le fidèle Témoin se livre effectivement à des œuvres de charité, il faudrait s'interroger sur la fréquence avec laquelle le Témoin les pratique: s'agit-il d'un acte ponctuel ou d'une habitude hebdomadaire prévue dans leur planning? 3/ Il est fort à parier que le fidèle qui ferait des dons et/ou du bénévolat de façon régulière à une association de charité du "monde" serait regardé avec suspicion par ses coreligionnaires qui se demanderaient s'il est réellement convaincu de l'imminence d'Har-Maguédôn pour agir de la sorte...
  • "Êtes-vous bénévole dans un organisme de charité?"
Activités culturelles "40% des [Témoins ont des] activités de voisinage et/ou culturelles. Un tiers affirme pratiquer des activités sportives." "Les activités culturelles se déclinent en: la lecture de livres, plus des deux tiers des interviewés déclarant lire souvent des livres, puis la lecture de revues (57%), la lecture de journaux (40%), la fréquentation des cinémas (27%), enfin, celle des musées et expositions (14%). 3% des Témoins de Jéhovah affirment fréquenter souvent les théâtres."
"Nous sommes bien intégrés dans la société et nous nous divertissons."

Vs

"Les activités culturelles (...) sont "poursuite de vent"."[14]
  • 1/ Là encore, que signifie pratiquer des activités de voisinage, des activités sportives et lire des livres et des revues? Il est fort à parier que certains Témoins ont inclut là-dedans la pratique du prosélytisme par le porte-à-porte, les parties de ballons-prisonniers à l'occasion des pique-niques entre adeptes, la lecture des derniers livres reçus à l'assemblée et des périodiques La Tour de Garde et Réveillez-vous!... 2/ La fréquence de ces activités ne transparaît pas dans l'enquête.
  • "Êtes-vous inscrits à un club de sport?", "Au cours des trois derniers mois, combien de romans avez-vous lus?", "À combien de revues extérieures à votre religion êtes-vous abonnés?"
Soins médicaux "Le suivi médical des Témoins de Jéhovah ne révèle pas non plus de comportement atypique : 97% ayant un médecin traitant à qui ils font généralement appel, et 78% ayant déjà été hospitalisés. "
"Nous nous soignons."

Vs

Les publications jéhovistes n'interdisent pas les soins médicaux (hormis la transfusion sanguine) ni l'hospitalisation.
  • Personne n'a dit le contraire. Il s'agit ici d'un homme de paille consistant à caricaturer les critiques sur ce sujet: le problème ne se situe pas au niveau de l'absence de soin parmi les fidèles, mais plutôt sur le refus de la transfusion.
  • "Accepteriez-vous une transfusion de sang [ou pour votre enfant], alors qu'il n'y a plus d'autre alternative pour vous sauver?"
Rapport au monde "Concernant les relations avec les non-Témoins de Jéhovah, seuls 2% déclarent ne rencontrer que des personnes baptisées, une majorité massive de 97% ayant des contacts suivis avec des non-Témoins de Jéhovah."
"Nous avons des relations normales avec les gens non-Témoins."

Vs

"Nous vivons sur la terre, parmi l'humanité, et il se peut que nous devions nous mêler à de tels individus [ceux qui ne suivent pas les normes de Jéhovah] et leur parler dans le cadre du travail, à l'école ou dans notre quartier."[15] "[Les amitiés dans la religion des Témoins] combler[ont] aussi le vide que ressentent les nouveaux quand ils rompent avec leurs anciennes fréquentations et renoncent aux divertissements qu’ils avaient dans le monde".[16] "Il leur faut [aux enfants Témoins], évidemment, fréquenter quelque peu ceux du dehors. À notre époque, l'isolement total est pratiquement impossible et n'est pas une chose à conseiller. (...) S'il est des gens du monde qui ont de belles qualités, il ne faut pas oublier pour autant que quelqu’un qui n'est pas un adorateur de Jéhovah ne saurait constituer une bonne compagnie."[17] "Bien sûr, certains contacts sont inévitables sur notre lieu de travail, à l'école ou peut-être même à notre domicile. Cependant, (...) rechercher la compagnie de telles personnes [non-Témoins] est source de problèmes."[18]
  • Chez les Témoins de Jéhovah, la rupture avec l'environnement extérieur est mentale, et non physique. Il est bien évident que des contacts réguliers avec des non-membres sont inévitables dans le cadre du travail, à l'école ou avec la famille. De plus, lorsque 97% des sondés déclarent fréquenter des personnes extérieures à leur mouvement, qu'entendaient-ils par là? Était-ce le simple fait de dire bonjour — voire de donner un "témoignage" — à leur facteur quand il leur remettait leur courrier, ou bien celui de partir en vacances avec des collègues de travail non adeptes? Il y a un monde de différence entre les deux, et malheureusement le sondage ne révèle pas la réalité qui se cache derrière l'interprétation que chacun a pu faire des mots employés dans les questions.
Relations familiales "Lorsque le conjoint d'un Témoin de Jéhovah n'est pas lui-même baptisé, cela pose de graves problèmes dans seulement 5% des cas, et des problèmes sans gravité dans 32% des cas." "Concernant les relations avec la famille non pratiquante, seul 1% déclare n'en avoir aucune, et 13% n'avoir que des relations occasionnelles, probablement pour des raisons d'éloignement géographique."
"Nous ne brisons pas les familles."

Vs

"Il sera peut-être possible de n'avoir presque aucun contact avec [un membre de sa famille exclu]. Même si des questions familiales rendent nécessaires des contacts, ceux-ci devraient certainement être réduits au minimum."[19]
  • Il est possible d'entretenir des relations de façade avec sa famille précisément dans le but de montrer aux autres que l'on ne s'est pas coupé de sa famille, et ceci alors que ces liens sont sans profondeur.
  • "Invitez-vous à manger un membre de votre famille s'il est excommunié?", "Avez-vous des activités communes régulières avec des membres de votre famille non-Témoins, et si oui, lesquelles?"
Scolarisation des enfants "85% des foyers avec des enfants de 2 à 5 ans inscrivent ces derniers en maternelle ou en crèche. Les familles avec des enfants de plus de 6 ans scolarisent majoritairement ceux-ci dans l'enseignement public classique (94%), 10% d'entre elles seulement préférant l'enseignement privé."
"Nos enfants vont à l'école."

Vs

---
  • Personne n'a dit le contraire, mais le fait d'inscrire son enfant à l'école n'est pas forcément un signe d'ouverture sur l'extérieur. Beaucoup de mouvements sectaires envoient aussi leurs enfants à l'école.
Distractions des enfants "Trois familles sur quatre font participer leurs enfants aux activités culturelles et sportives de l'école, deux tiers aux activités sociales, classes vertes, classes de neige, etc. Pendant les vacances, leurs enfants sont majoritairement occupés à sortir avec des amis, lire et regarder la télévision."
"Nous enfants ont des activités récréatives."

Vs

"Néanmoins, chez les Témoins de Jéhovah, les jeunes gens évitent en principe les activités sportives extra-scolaires."[20] "Les faits ont montré que les jeunes chrétiens sérieux (...) peuvent généralement éviter les problèmes. (...) C'est particulièrement le cas (...) s'ils ne participent pas aux activités sportives ou extra-scolaires de l'établissement."[21] Bien qu'affirmant qu'il s'agissait d'une question personnelle, un Réveillez-vous! découragea les voyages scolaires et mentionna plusieurs jeunes qui ont refusé d'y participé.[22]
  • Il est sans doute vrai qu'aujourd'hui un plus grand nombre de parents Témoins font participer leurs enfants à des voyages scolaires, ne serait-ce que par volonté de ne pas donner l'impression, au personnel enseignant, d'un retrait social. Toutefois, la participation à quelques activités ne signifie pas nécessairement qu'il soit offert aux enfants des points de vue alternatifs à l'éducation qu'ils ont reçue, sachant que les modes de vie et de pensée non-Témoins seront discrédités a priori. Ces distractions, par exemple la lecture d'ouvrages, ne vont donc pas nécessairement permettre à l'enfant de développer un esprit critique, puisque ce qui sera contraire au dogme sera rejeté.
  • "Vos enfants lisent-ils des ouvrages de philosophie?"
Baptême des enfants "Parmi l'ensemble des foyers ayant des enfants, seuls 27% ont baptisé tous leurs enfants, et 28% certains de leurs enfants. Parmi les foyers ayant des enfants de 11 ans et plus, ces taux montent respectivement à 32 et 33%."
"Nos enfants sont libres, ils ne sont pas endoctrinés."

Vs

"Plus tôt la formation commence [l'apprentissage du jéhovisme], plus grandes sont les chances que les enfants s'enracinent solidement dans la vérité et fassent du ministère leur vocation. (...) Avant même d'être en âge d'aller à l'école, (...) canalisons [leur] faculté d'assimilation précoce pour qu'ils acquièrent des capacités qui leur vaudront l'approbation de Jéhovah."[23]
  • Ces chiffres ne révèlent pas si les parents sont devenus Témoins alors que leurs enfants étaient déjà adolescents, auquel cas on peut comprendre qu'il n'aient pas forcément suivi la religion de leurs parents, puisqu'ils n'avaient pas été élevés dans celle-ci. Par ailleurs, le faible taux d'enfants convertis ne fait que traduire l'inefficacité des méthodes, non l'absence de volonté de convertir de la part du mouvement.

Voir aussi

Liens externes

Références

  1. Arrowup.png Couchouron-Gurung, Cécile (2011), Les Témoins de Jéhovah en France, sociologie d'une controverse, Paris: L'Harmattan, p. 154 (ISBN 978-2-296-14023-3)
  2. Arrowup.png Par exemple: Forget, Davy (septembre 2000), "Les Témoins de Jéhovah: une religion menacée par la France", compusat.tripod.com. Consulté 10 septembre 2011
  3. Arrowup.png Forget, Davy (2010), Témoins de Jéhovah en France: entre reconnaissance et discrimination, In Libro Veritas, pp. 97,98,103 (ISBN 978-2-35209-318-3)
  4. Arrowup.png Dericquebourg, Régis (automne 2000), Religiologiques, 22, 119-130
  5. Arrowup.png Goni, Philippe (2004), Les témoins de Jéhovah: pratique cultuelle et loi du 9 décembre 1905, Éditions L'Harmattan, pp. 14,15 (ISBN 9782747572644)
  6. Arrowup.png Barbey, Philippe, "Le christianisme unitarien en France. Une étude sociologique conduite par Philippe Barbey en 2001", barbeyphilippe.jimdo.com. Consulté le 10 septembre 2011
  7. Arrowup.png Blandre, Bernard (octobre 1999), "Le profil des Témoins de Jéhovah français", Mouvements religieux, n°234
  8. Arrowup.png Saroglou, Vassilis; Christians, Louis-Léon; Buxant, Coralie; Casalfiore, Stefania Mouvements religieux contestés. Psychologie, droit et politiques de précaution, Gand: Academia Press, pp. 113,115 (ISBN 903820856)
  9. Arrowup.png Dericquebourg, Régis (2001), Croire et guérir, quatre religions de guérison, Dervy, pp. 39-42 (ISBN 978-2844540768)
  10. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 décembre 1975, p. 764, article "Questions des lecteurs"
  11. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 avril 2008, p. 4
  12. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er octobre 1986, p. 24, article "'Aime ton prochain': quel est le moyen le plus profitable?"
  13. Arrowup.png Résolution de l’assemblée des Témoins de Jéhovah de 2006 "La délivrance est proche!"
  14. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er novembre 2006, p. 14
  15. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 décembre 1981, p. 21
  16. Arrowup.png WTBTS (1991), Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau déclare, Watch Tower Bible & Tract Society
  17. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 mai 1974, p. 317, §22, article "Comment trouver de la joie à éduquer ses enfants"
  18. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 février 2008, p. 27
  19. Arrowup.png Le Ministère du Royaume, août 2002, p. 4, §9, article "La fidélité chrétienne éprouvée par l'exclusion d'un parent"
  20. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 juin 1991, p. 16
  21. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 décembre 1975, p. 764, article "Questions des lecteurs"
  22. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 octobre 1994, pp. 23-25, article "Les jeunes s'interrogent... Que penser des voyages scolaires?"
  23. Arrowup.png La Ministère du Royaume, octobre 1992, p. 1, §2, article "Aidons les enfants à servir Jéhovah avec leur cœur"