Enregistrement comme association culturelle au Mexique

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Au Mexique, à une époque durant laquelle la Constitution du pays prévoyait la nationalisation de tous les biens appartenant aux religions, la Société Watch Tower décida de contourner la loi sur ce sujet: en effet, elle demanda à ce que la filiale du pays se présente au gouvernement comme une société civile et culturelle, ce qui eut des conséquences sur les pratiques du culte des Témoins de Jéhovah, entrainant la suppression des cantiques et des prières lors des réunions, le refus d'utiliser la Bible dans le cadre du porte à porte, et des changements de vocabulaire. Cette façon de procéder, que l'ex-membre du Collège Central Raymond Franz considère comme une entorse aux principes de l'organisation, dura de 1943 à 1989, année au cours de laquelle le gouvernement demanda à la filiale de se faire enregistrer comme une association religieuse.

Historique

Contexte de la Constitution de 1917

Lorsque le Mexique fut envahi par l'Espagne, le catholicisme devint la religion de la nation et la loi, inspirée de la législation espagnole, reconnaissait le caractère exclusif de cette religion puisque toute autre forme de culte était alors interdite. Dans un esprit anticlérical, la loi sur la religion fut révisée en 1857 à l'initiative de Benito Juárez, prévoyant désormais de "nationaliser les biens immobiliers de l'Église" et "d'augmenter le pouvoir politique et économique de l’État et de réduire celui de l’Église", notamment en ne reconnaissant comme valides que les mariages civils. En 1860, une loi permit la liberté de culte.[1]

Toutefois, dans la quatrième constitution du pays, celle de 1917, les articles 3, 5, 24, 27, et 130 dans leur forme originelle prévoyaient certaines restrictions aux libertés religieuses, en partie en raison d'un désir de rédacteurs anticléricaux de punir la hiérarchie de l'Église mexicaine pour son soutien à Victoriano Huerta. En 1926, les tentatives pour faire strictement respecter les articles par le président Plutarco Elías Calles conduisirent à la guerre civile connue sous le nom de Guerre des Cristeros, qui dura jusqu'en 1929. Puis, au fil du temps, il y eut plusieurs modifications des articles, mais c'est lors de la réforme de 1992 que furent supprimées beaucoup de limites à la liberté de religion.

Voici plusieurs articles ayant trait à la religion dans la Constitution de 1917:[2]

  • Article 24:

"Chacun est libre d'embrasser la religion de son choix et de pratiquer toutes les cérémonies, les dévotions, ou les observances de sa foi respective, que ce soit dans les lieux de culte public ou à la maison, à condition qu'ils ne constituent pas une infraction punissable par la loi. Chaque acte religieux du culte public devra strictement être effectué à l'intérieur des lieux de culte publics, qui devront être à tout moment sous la supervision gouvernementale."

  • Article 27 II:

"Les institutions religieuses connues sous le nom d'églises, sans distinction de croyance, ne peuvent en aucun cas acquérir, détenir ou administrer des biens immobiliers ou détenir des hypothèques sur eux; ces biens détenus à présent, soit directement, soit par un intermédiaire, doivent revenir à la Nation, toute personne qui qu'elle soit étant autorisée à dénoncer toute propriété ainsi tenue. La preuve par présomption doit être suffisante pour déclarer la dénonciation bien-fondée. Les lieux de culte public sont la propriété de la Nation, représentée par le gouvernement fédéral, qui doit déterminer lequel d'entre eux peuvent continuer à être consacrés à leurs besoins actuels. Les évêchés, presbytères, séminaires, asiles, écoles appartenant à des ordres religieux, couvents, ou tout autres bâtiments construits ou destinés à l'administration, la propagation ou l'enseignement d'une croyance religieuse, deviennent la propriété de la Nation par un droit inhérent, pour être utilisés exclusivement pour les services publics des gouvernements fédéral ou d'État, au sein de leurs juridictions respectives. Tous les lieux de culte public construits dans l'avenir doivent être la propriété de la Nation."

  • Article 130:

"Les pouvoirs fédéraux exercent la surveillance exigée par la loi en matière de culte et des formes ecclésiastiques extérieures. D'autres autorités agissent en tant qu'auxiliaires de la Fédération. Le Congrès ne peut promulguer des lois établissant ou en interdisant toute religion. Le mariage est un contrat civil. Ceci et d'autres actes de nature civile concernant les personnes sont de la compétence exclusive des fonctionnaires et des autorités civiles, de la façon prescrite par la loi, et doivent avoir la force et la validité définies par la dite loi. (...) La loi ne reconnaît aucune personnalité aux groupes religieux appelés Églises. Les ministres des cultes doivent être considérés comme des personnes qui exercent une profession et doivent être directement soumis aux lois promulguées sur ces sujets. Seuls les législatures des États devront avoir le pouvoir de déterminer le nombre maximum de ministres des cultes nécessaires pour répondre aux besoins locaux. Pour pratiquer le ministère de toute confession aux États-Unis du Mexique, il est nécessaire d'être un Mexicain de naissance. Les ministres des cultes ne peuvent jamais, dans une réunion publique ou privée constituant une assemblée, ou dans des actes de culte ou de propagande religieuse, critiquer les lois fondamentales du pays ou les autorités du gouvernement, spécifiquement ou généralement. Ils ne doivent pas avoir un droit de vote actif ou passif, ni le droit de former des associations à des fins religieuses. La permission de consacrer de nouveaux lieux de culte ouverts au public doit être obtenue auprès du Secrétariat du Gouvernement, avec le consentement préalable du gouvernement de l'État. Il doit y avoir dans chaque bâtiment d'église un représentant qui est responsable devant les autorités pour le respect des lois sur le culte religieux dans ce bâtiment, et pour les objets se rapportant au culte. Le représentant de chaque bâtiment d'église, conjointement avec dix autres habitants du voisinage, devront informer immédiatement les autorités municipales qui est la personne en charge de l'église en question. Tout changement de ministère doit être signalé par le ministre partant en personne, accompagné par le nouveau titulaire et dix autres résidents. L'autorité municipale, sous peine de destitution et d'une amende pouvant aller jusqu'à mille pesos pour chaque infraction, devra vérifier que cette disposition est respectée; sous la même peine, il doit tenir un livre de registre de bâtiments d'église et un autre des représentants en charge. L'autorité municipale devra donner un avis au Secrétariat de Gouvernement, par l'intermédiaire du gouverneur de l'État, de tous les permis d'ouvrir une nouvelle église au public, ou de tout changement parmi les représentants en charge. Les dons sous forme d'objets mobiliers devront être conservés à l'intérieur des bâtiments d'église. (...) "

Ainsi, la Constitution de 1917 prévoyait la nationalisation des biens de toute organisation religieuse qui devenait la propriété du gouvernement.

1943: Enregistrement comme association culturelle

Le 2 juin 1930, le gouvernement mexicain autorisa les activités de l'"Association internationale des Étudiants de la Bible", nom qui fut changé en celui de "La Torre del Vigía" ("La Tour de Garde") le 20 décembre 1932. Comme le reconnaît une publication jéhoviste, la demande d'autorisation "mettait l'accent sur les aspects instructifs de [l']œuvre", l'une des clauses stipulant ceci: "Que ses membres manifestent un profond respect et louent en paroles et en actions le Créateur du ciel et de la terre, Jéhovah Dieu; qu'ils expriment leurs sentiments sans rituels, cérémonies, etc., mais seulement par des arguments et des raisonnements qui convainquent et satisfont le cœur, étant irrévocablement anticléricaux et opposés à l’asservissement des consciences et à l’étouffement de la raison." Puis, il était dit, onze points à l'appui, que les adeptes "ne form[ai]ent pas une secte religieuse".[3] Malgré ces déclarations, il est évident que le caractère religieux des activités des Témoins au Mexique ne faisait aucun doute, même pour le gouvernement, qui préférait réserver ses plus grands efforts à contrôler l'Église catholique et se permettait de ne pas être aussi sévère avec les autres religions.

Toutefois, eu égard à ce que déclarait la Constitution de 1917 sur la nationalisation des biens des religions, et aussi du fait de la difficulté de tenir des assemblées, la filiale mexicaine de la Watch Tower, La Torre del Vigia, décida, sur les conseils du siège international de Brooklyn, de se présenter, non plus comme une confession religieuse, mais comme une "association culturelle". Elle fut enregistrée le 10 juin 1943 sous l'appellation "association civile à but non lucratif, ayant pour objet la diffusion des sciences, de l'enseignement et de la culture". En conséquence, l'organisation a été forcée, afin de ne pas éveiller les soupçons sur sa nature religieuse, de changer ou de supprimer certaines de ses pratiques: concrètement, les congrégations ne furent plus appelées ainsi, mais furent qualifiées de "groupes"; les réunions de la congrégations furent renommées "réunions culturelles"; les Salles du Royaume prirent le nom de "Salles d'études culturelles"; il n'y eut plus aucun cantique ni aucune prière lors du culte; l'utilisation de la Bible ne fut plus autorisée dans le cadre de la prédication; se faire baptiser fut redéfinit comme l'"accomplissement du symbole", etc.[4] Pour souligner son travail éducatif, la filiale inclut dans ses statuts l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, ce qui permit, le 17 mai 1946, l'enregistrement légal d'un centre d'alphabétisation géré par l'association et dirigé par José Maldonado. Le gouvernement a fourni les premiers manuels pour les cours, ultérieurement remplacés par la brochure jéhoviste Apprendre à lire et à écrire.[5]

À titre de comparaison, on peut noter que l'association des amis de l'homme, un schisme de la Société Watch Tower initié par le suisse Alexandre Freytag, eut recours à un procédé similaire pour dissimuler son caractère religieux. En effet, en avril 1929, le secrétaire au Trésor de l'Intérieur demanda si un permis avait été accordé pour l'ouverture d'une chapelle du mouvement, s'il y avait des pratiques religieuses à l'intérieur et donc si le bâtiment devait être nationalisé. Le gouvernement répondit qu'il diligenterait une enquête; à cette fin, l'ami de l'homme Abel Ortega rencontra un agent de l'Intérieur et envoya un rapport aux autorités, affirmant que son organisation n'était pas religieuse, mais philanthropique, et que le mouvement présentait un programme de formation d'un nouvel ordre social déjà mis en œuvre dans des colonies de familles en Europe. Entre autres choses, le rapport du secrétaire du ministère de l'Intérieur mis en avant les points suivants: la chapelle n'avait ni "saints, statues, tableaux ou tout autre objet d'idolâtrie", possédait un harmonium avec lequel on chantait des hymnes et tenait trois réunions hebdomadaires. L'avocat du ministère de l'Intérieur affirma que le mouvement avait pour but "la coopération et l'assistance mutuelle" destinées à "mettre en œuvre le vrai communisme", et que ses pratiques ne l'identifiait pas à une secte religieuse; le ministère des Finances en conclut donc qu'il ne fallait pas nationaliser la chapelle. De même, en octobre 1930, Eusebio D. Pineda, président du mouvement, envoya une lettre au District fédéral affirmant que son groupe était "purement philanthropique et religieux", déclarant qu'il existait "uniquement pour faire le bien, en mettant de côté les préjugés de race, de classe et de religion afin de rechercher l'harmonie et l'unité avec tous", et prêchait l'amour. Puis, après avoir listé les méfaits historiques des religions (ceci afin de montrer que son mouvement n'en était pas une), Pineda vanta les colonies agricoles du mouvement, où l'on instruisait les enfants, soignait les malades et cultivait de la nourriture pour les pauvres.[5]

1989: Changement de statut

En 1988, quand Carlos Salinas de Gortari commença son mandat de président, il porta un certain intérêt à la religion catholique et chercha à rendre plus moderne les relations entre l'Église et l'État. Peu après, le gouvernement mexicain, qui n'ignorait rien du caractère religieux des Témoins, demanda aux dirigeants de l'organisation jéhoviste de se faire enregistrer comme association religieuse, ce qu'elle fit avec l'aval de Brooklyn. Cela mit fin aux restrictions ayant trait au culte, l'organisation pouvant désormais se comporter ouvertement comme une religion.

En janvier 1992, les lois de la Constitution sur la religion furent révisées par le Congrès, assurant une plus grande liberté de religion. Cette nouvelle loi sur les associations religieuses et le culte public, prévoyait notamment la liberté d'adhérer ou non à une religion et de la pratiquer librement, la reconnaissance de la personnalité juridique des Églises et des groupements religieux en tant qu'associations religieuses pourvu qu'ils soient légalement enregistrés, et leur droit de posséder leur propre patrimoine. Finalement, le 7 mai 1993, les Témoins de Jéhovah furent légalement enregistrés auprès du secrétaire du gouvernement sous deux associations religieuses: "La Torre del Vigía" et "Los Testigos de Jehová en México".

Critiques

Un tel comportement de la part de la Société Watch Tower, qui clame toujours ne jamais transiger et dire la vérité, peut légitimement susciter des critiques:

  • Compromis non indispensable: Les adeptes du Mexique ne vivaient pas dans un pays totalitaire qui aurait interdit la religion; le gouvernement exigeait simplement que toutes les organisations religieuses ne soient pas propriétaires de leurs propres biens et que le culte soit pratiqué dans les lieux de culte ou aux domiciles, ce qui pouvait causer des désagréments certes, mais n'empêchait pas les adeptes de pratiquer leur religion. Dès lors, le stratagème utilisé par la Watch Tower était bien de contourner la législation du pays notamment afin qu'elle garde le contrôle de ses biens, et ceci alors que la Bible demande aux chrétiens la soumission aux autorités séculières (Romains 13:1-7) et de prouver leur fidélité par le fait d'"accept[er] avec joie le pillage de [leurs] biens" (Hébreux 10:34). De plus, la Watch Tower affirme que la Constitution de 1917 constituait une entrave à la tenue d'assemblée et générait des problèmes dans le cadre du porte à porte, mais:
    • 1/ Elle aurait très bien pu procéder de la même manière qu'elle l'avait fait aux États-Unis, c'est-à-dire en défendant ses droits devant les tribunaux — et ceci alors qu'aux États-Unis, ces droits étaient parfois moins essentiels pour l'exercice du culte —, elle qui, dans ce pays, était devenue maîtresse pour ce qui était de recourir à la justice.
    • 2/ Si vraiment il n'était pas possible de prêcher avec la Bible puisque le culte devait être pratiqué dans les églises ou les domiciles, elle pouvait dire à ses adeptes de ne pas l'utiliser dans le cadre de la prédication, mais d'une part, c'est ce qu'elle a de toute façon demandé lorsqu'elle était constituée en association culturelle, et d'autre part, force est de constater que les adeptes se servent davantage des publications jéhovistes que de la Bible dans le cadre du prosélytisme. Quant aux assemblées dans des lieux publics, elles n'étaient pas forcément indispensables puisque les adeptes se réunissaient déjà au niveau local. Ainsi, la motivation réelle de la Watch Tower pour refuser l'enregistrement en tant que religion était bel et bien une volonté d'échapper à la nationalisation de ses biens.
    • 3/ Le gouvernement mexicain faisait manifestement preuve d'une grande souplesse dans l'application des lois à l'encontre des fidèles d'une autre religion que le catholicisme.
  • Coût élevé en termes de restrictions de culte: Le sacrifice résultant de la réorganisation de 1943 était très important. En effet, la prière, par exemple, est un acte typiquement religieux, auquel le prophète biblique Daniel ne renonça pas même lorsque la loi l'interdisait (Daniel 6:1-11). De ce fait, pendant des décennies, l'organisation a renoncé à des aspects essentiels de son culte, et ceci alors qu'elle n'y était pas contrainte, si ce n'est dans un souci de ne pas apparaître comme une religion et ainsi de voir ses propriétés nationalisées.[6] Faut-il en déduire que l'aspect matériel était plus important que les considérations d'ordre religieux?
  • Aspect stratégique: Si la Watch Tower estime ne pas être une religion, alors pourquoi essaie-t-elle de se faire reconnaître comme telle dans de nombreux pays? Ces transformations dignes d'un caméléon, ne sont-elles pas pour le moins troublantes de la part d'un mouvement qui affirme ne jamais transiger? N'est-ce pas le signe que, finalement, sous des allures d'organisation divine pure et honnête, la Watch Tower est finalement comme les autres religions qu'elle critique, c'est-à-dire quelque peu opportuniste et prête au compromis lorsque ses intérêts (matériels) sont en jeu?

Présentation dans les publications

Publication[7] Contenu et commentaire
La Tour de Garde, 1er janvier 1990, p. 7, "Les prédicateurs du Royaume racontent: "Enflammés de l’esprit" au Mexique" "Ce qui a surtout marqué l'année 1989 pour les Témoins de Jéhovah mexicains, c'est un changement de statut, grâce auquel ils peuvent pour la première fois utiliser la Bible dans le témoignage de maison en maison et prononcer une prière au début de leurs réunions." Il est également précisé que, lorsque l'orateur lut la lettre annonçant ce changement, il y eut deux vagues d'applaudissements qui interrompirent la lecture. Ce fut un moment "émouvant" et certains ne purent "retenir des larmes de joie". En conséquence, 1/ "les horaires des réunions sont mieux respectés. Tous veulent être là pour la prière d'ouverture"; 2/ L'effet a été immédiat: en deux mois, le nombre des prédicateurs a augmenté de plus de 17 000."

=> Cette présentation des événements est extrêmement trompeuse: en réalité, cet article ne précise pas que l'ancien statut aurait pu être obtenu à tout instant et que c'est la direction de Brooklyn qui avait fait le choix de refuser le statut religieux pendant 45 ans, simplement pour des raisons stratégiques. De plus, si de si grandes bénédictions ont été apportées par ce changement de statut, pourquoi la Watch Tower n'a-t-elle pas procédé à cette modification de statut bien plus tôt? Faut-il en déduire que le fait de posséder ses biens immobiliers était plus important que l'accroissement du nombre de fidèles? Le fait que "tous voul[ai]ent être là pour la prière d'ouverture", ne signifie-t-il pas qu'en réalité la Watch Tower a privé ses adeptes d'une forme de culte à laquelle ceux-ci étaient profondément attachés?

Réveillez-vous!, 22 juillet 1994, pp. 12-14, "Le Mexique change sa loi sur les religions" Après avoir relaté l'historique des lois religieuses au Mexique, l'article précise: "En accord avec cette nouvelle loi [celle de 1992], les Témoins de Jéhovah du Mexique ont déposé, en date du 13 avril 1993, une demande d'enregistrement auprès de la Direction générale des affaires religieuses. Avant cela, comme toutes les autres religions du pays, ils existaient de facto, mais ne jouissaient pas de la personnalité juridique." Puis il était dit qu'"en 1943, à cause de lois qui limitaient les activités religieuses, une association civile avait été enregistrée. Par ce moyen, Jéhovah a béni l'œuvre que ses Témoins ont accomplie au fil des ans". En finalité, "cette loi représente un grand pas en avant dans la défense des droits de l'homme et de la liberté religieuse."

=> Alors que La Tour de Garde de 1990 (ci-dessus) dit que le nombre de fidèles a augmenté lors de l'enregistrement comme association religieuse — ce qui est généralement perçu comme le signe de la faveur divine —, ce Réveillez-vous! affirme que le statut d'association non religieuse pendant ces quatre décennies avait reçu la bénédiction de Jéhovah. Décidément, quelle que soit la démarche prise par la Watch Tower, elle est toujours considérée dans les publications comme constituant un progrès et une source de joie, quand bien même les décisions sont contraires l'une à l'autre...

Annuaire des Témoins de Jéhovah, 1995
  • pp. 211-13:

Sous le sous-titre "La Torre del Vigía de México: une association culturelle", il était précisé: "Des obstacles ont surgi en raison des restrictions que la loi imposait à toutes les religions", notamment des difficultés en rapport avec la prédication et la tenue d'assemblées. Le livre reconnaît que "selon la loi, tout bâtiment utilisé à des fins religieuses devait appartenir à l'État"; de ce fait, en 1943, la "Société a[vait] décidé qu'il était préférable de procéder à une réorganisation, en vue de mettre davantage l'accent sur le caractère instructif de notre œuvre". Cela entraina les changements suivants: "Les cantiques n'ont plus été chantés lors des réunions, et les Salles du Royaume ont été appelées Salles d'études culturelles. Au cours des réunions, on ne prononçait pas de prières à voix haute, mais rien n'empêchait quelqu'un de prier sincèrement, en silence, dans son cœur. On a supprimé tout ce qui pouvait laisser penser à un service religieux; du reste, nos réunions ont effectivement une vocation instructive. Lorsque les Témoins des autres pays ont appelé leurs groupes des "congrégations", les Témoins du Mexique ont gardé le terme "groupes". Les frères ont continué de prêcher (...); mais ils ne montraient pas la Bible. (...) Ils n'utilisaient la Bible que pendant les visites et les études (dites "culturelles" et non "bibliques")."

=> En réalité, les "obstacles" étaient surtout la conséquence de la politique de l'organisation qui avait refusé le statut de religion, ce qui compliquait certaines pratiques. Le côté "préférable" du changement était bel et bien motivé par le refus de voir les biens nationalisés, comme l'admet le livre, tout en noyant cette raison avec d'autres qui découlaient du statut non religieux. De plus, le langage utilisé ici cherche à amoindrir la portée des changements qu'a entrainé la réorganisation, laissant entendre qu'au final, la suppression de certaines pratiques ne portaient pas vraiment à conséquences...

  • pp. 232-34:

Il est dit que "l'organisation a dû fonctionner en qualité de société civile et culturelle". Mais "à plusieurs reprises, des représentants du gouvernement ont visité certains lieux de réunion et ont souligné qu’ils devaient être enregistrés comme salles de réunions religieuses et devenir ainsi la propriété de l'État." De ce fait, en 1988, des adeptes ont rencontré des membres du gouvernement. "Les autorités pensaient que notre organisation agissait clandestinement, puisque les lieux de réunion n’étaient pas facile à reconnaître. (...) À la suite de ces entretiens, on est arrivé à la conclusion que l'organisation des Témoins de Jéhovah devait être déclarée ouvertement comme une religion, même si cela signifiait que tous les lieux de réunion devaient devenir propriété de l'État. (...) En 1989, avec l’assentiment du Collège central, une lettre envoyée à tous les "groupes" annonçait qu’à partir du 1er avril La Torre del Vigía fonctionnerait comme une organisation religieuse", avec tous les changements que cela entrainait (utilisation de la Bible de porte en porte, prières et cantiques lors des réunions). Le livre parle de "l'allégresse" et "des larmes de joie" sur les visages des adeptes, ressentant de l'émotion à utiliser la Bible dans le cadre de la prédication, ce qui les rendait plus efficaces.

=> Non, l'organisation n'a pas "dû fonctionner en qualité de société civile et culturelle", elle a simplement choisi de se présenter comme telle au gouvernement. Ainsi, durant toutes ces années, c'est la Société Watch Tower qui a privé ses adeptes de la joie qu'ils ont ressenti lors du changement. On peut remarquer que: 1/ comme l'admet la Watch Tower elle-même, le changement fut initié par le gouvernement qui a compris le subterfuge de l'organisation et lui a demandé de s'enregistrer comme religion; 2/ la Watch Tower ne prit pas un risque en changeant de statut avant le changement de loi puisque cela n'était pas à son initiative et la révision de la loi était très prévisible; 3/ les adeptes pouvaient désormais pratiquer quasiment toutes les facettes du culte sans difficulté (à l'exception des assemblées), et ceci alors que la loi n'avait pas encore été modifiée, preuve que l'ancienne loi n'était pas une entrave à leur culte.

  • pp. 249-51:

En janvier 1992, la révision de la loi reconnut aux religions "le droit de posséder des biens" et "de tenir des réunions et des rassemblements à l'extérieur de leurs lieux de culte". "Le 7 mai 1993, le secrétariat du gouvernement reconnaissait officiellement la Torre del Vigía et Los Testigos de Jehová en México. (...) Sans s'en rendre compte, les Témoins de Jéhovah du Mexique s'étaient préparés à cette liberté avant même que la loi ne soit promulguée."

=> En réalité, le changement d'attitude était très prévisible, comme le reconnaît la publication jéhoviste à la page 249: "Toutefois, en décembre 1988, lorsque Carlos Salinas de Gortari a entamé son mandat de président de la République, il était possible de prévoir un changement de politique vis-à-vis de la religion". Dès lors, la Watch Tower savait qu'elle ne prenait pas un gros risque en se faisant enregistrer en tant qu'organisation religieuse.

Voir aussi

Ressources sur le sujet

  • Franz, Raymond V. (2003), Crise de conscience, Atlanta: Commentary Press, pp. 200-07
  • WTBTS (1995), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, pp. 168-252

Références

  1. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 juillet 1994, "Le Mexique change sa loi sur les religions"
  2. Arrowup.png Latin America Studies (anglais), "1917 Constitution of Mexico, Title One, Chapter I, Individual Guarantees", latinamericanstudies.org. Consulté le 16 juin 2012
  3. Arrowup.png WTBTS (1995), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 176
  4. Arrowup.png Franz, 2003, p. 201
  5. 5,0 et 5,1 Gutiérrez, Harim B. (espagnol) "Apuntes para une historia de los Testigos de Jehova en Mexico: Los origines, las primeras disidencias y la consolidacion de su movimiento, 1919-1944", Volume 28 / Document 333, historicas.unam.mx. Consulté le 16 juin 2012
  6. Arrowup.png Franz, 2003, p. 202
  7. Arrowup.png Franz, 2003, pp. 206,207