Exclusion

Un article de Témoins de Jéhovah: TJ-Encyclopedie, l'encyclopédie libre sur les Témoins de Jéhovah.
Aller à : navigation, rechercher
"Afin de haïr ce qui est mal, un chrétien doit haïr une personne à qui le mal est inséparablement lié"
La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1961

Un Témoin de Jéhovah est dit excommunié (ou exclu, jusqu’à il y a peu)[1] quand il est expulsé du mouvement, après avoir commis une faute 'grave', émis des doutes répétés sur l'enseignement ou l'organisation des Témoins de Jéhovah, sans manifestation de repentir véritable, ou encore s'il s'est retiré volontairement. Toute société ou institution religieuse possède cette disposition de procéder à l'excommunication temporaire ou définitive d'un membre fautif. Cependant, il s'agit d'étudier ici la particularité du dispositif des Témoins de Jéhovah, qui rompt le lien social et affectif qui existait entre l'ancien adepte et ses coreligionnaires.

Un gouvernement qui se prétend théocratique

Selon l’enseignement de la Société Watch Tower, le Christ a été intronisé de manière invisible en 1914 et exerce depuis le ciel sa domination, en se servant pour cela du Collège Central de la Société Watch Tower. Les Témoins de Jéhovah reconnaissent cette théocratie, agréée selon eux, par Jéhovah et considèrent qu’ils ne font pas partie de ce Monde. Ils doivent donc obéir à un ensemble de règles qui émanent, d'après la Société Watch Tower, d’une étude scrupuleuse de la Bible et rendre des comptes à un système de discipline religieuse mis en place par cette organisation, en cas de manquement à ces obligations et ce, même dans les cas les plus graves, relevant normalement de la justice du "monde" (notamment dans le cas des affaires de pédophilie).[2]

Règles à observer

Voir article détaillé Motifs d'exclusion

Afin que « l’esprit du monde » ne pénètre pas dans les congrégations ni ne les souille, les anciens doivent reprendre et redresser les transgresseurs, pouvant les expulser de celles-ci, s’ils ne montrent pas de repentir. Parmi les péchés relevant de la discipline religieuse de l’organisation des Témoins de Jéhovah, nous trouvons en autres ceux énoncés ci-dessous :

  • Le fait de ne pas s’abstenir de sang, entraînant évidemment le refus de la transfusion sanguine (Depuis 2000, les Témoins de Jéhovah qui acceptent une transfusion sanguine sont rangés parmi les "retirés volontaires", ce qui permet à la Société Watch Tower de prétendre qu'elle n'exclut plus un Témoin de Jéhovah ayant reçu une transfusion, alors que dans la pratique cela revient au même, le comité de discipline religieuse en moins).
  • Le meurtre, incluant l’avortement et les tentatives de suicide.
  • Les conduites sexuelles dites impures: adultère, fornication, homosexualité, zoophilie, copulation orale et anale etc…
  • L’apostasie : Le fait d'enseigner des doctrines contraires à l'enseignement du Christ et par extension de contester ou simplement de discuter la valeur de n'importe lequel des enseignements de la société Watch Tower
  • L’usage du tabac et autres drogues
  • Les activités contraires à la neutralité chrétienne dont l'acceptation du service militaire, le fait de voter pour un parti humain, etc…
  • Le fait de fréquenter un exclu ou encore une personne s'étant retirée elle-même de l'Organisation des Témoins de Jéhovah, considérée de fait comme "exclue".
  • L'idolâtrie : le fait d'adorer ou simplement d'arborer des représentations ou symboles religieux (ex. une croix), ou politiques (saluer un drapeau, chanter La Marseillaise). Par extension, le fait de célébrer des fêtes considérées comme païennes par les Témoins de Jéhovah : Noël, Pâques...
  • L'ivrognerie
  • La pratique du vol ou du mensonge
  • Etc…

Comité de discipline religieuse (ou comité judiciaire)

Voir article détaillé Comité judiciaire

En cas de manquement à ce règlement, deux cas de figures se présentent: le Témoin de Jéhovah rongé par sa mauvaise conscience et ses remords se confesse de lui-même ou il est dénoncé par des membres de la congrégation ayant été témoins de sa faute.( Dans le deuxième cas, il faudra au moins deux témoins oculaires pour qu’il puisse y avoir excommunication.)

Les anciens débattront alors de l’utilité de former un comité de discipline religieuse[3] et désigneront ceux d’entre eux qu’ils estimeront les plus à même de régler ce genre d'affaire, leur nombre pouvant varier de trois à cinq dans les cas les plus complexes.

Le jour de celui-ci, les anciens vont demander au pécheur de confesser sa faute, puis poser toutes les questions qu’ils jugeront nécessaires ; parfois très intimes ; pour établir les faits et évaluer le repentir de l’accusé. Si la culpabilité est établie, ils vont reprendre le pécheur en lui démontrant la gravité de son péché, le congédier et analyser entre eux les faits et l’attitude de l’accusé pour rendre leur verdict.

Réprimande judiciaire et excommunication (ou exclusion)

Quand le pécheur se repent sincèrement de sa faute, il n’est pas forcément excommunié. Les anciens lui infligent alors une réprimande et peuvent aller jusqu’à avertir la congrégation de l’état de faiblesse spirituelle de cette personne, recommandant à la communauté de ne plus la fréquenter en dehors du culte, jusqu'à nouvel avis. Il arrive aussi qu’on lui retire certains privilèges comme celui de participer oralement aux réunions.

Si le pécheur coupable d’un péché grave ne se repent pas ou si un Témoin de Jéhovah se retire volontairement de l’organisation, il sera excommunié ou expulsé de la congrégation. Dans ce cas, des règles très précises vont régenter l’attitude de tous les membres de la congrégation envers celui-ci. Adresser la parole ou saluer un excommunié est interdit, sauf pour la famille où il est considéré comme raisonnable de limiter au maximum les entrevues, ou bien de couper uniquement le lien spirituel dans le cas d'un membre du cercle familial immédiat, l'excommunication ne rompant pas, en théorie, les liens conjugaux ou familiaux. La société Watchtower engage ses adeptes à observer la plus grande prudence envers les ex-Témoins de Jéhovah qui ont apostasié, pour éviter qu’ils ne ' contaminent la congrégation comme la gangrène '.

Il existe enfin, toute une procédure d’appels pour ceux qui souhaitent être réintégrés dans le mouvement, la société Watchtower recommandant à ses adeptes de limiter autant que possible leurs relations avec le monde extérieur,[4] certains ont du mal à supporter cette éviction et émettent ce souhait.[5]

Controverses

Rupture sociale

Leur attitude envers les « exclus » désormais appelés « excommuniés » est sujet à débat. Leur doctrine est basée sur le verset de la bible:

"Mais maintenant je vous écris de cesser de fréquenter celui qui, appelé frère, est un fornicateur, ou un homme avide, ou un idolâtre, ou un insulteur, ou un ivrogne, ou un extorqueur, et de ne pas même manger avec un tel homme." — 1 Corinthiens 5:11

Cela encourage les fidèles Témoins de Jéhovah à ne plus fréquenter une personne qui a quitté leur mouvement ou qui en a été excommuniée, à ne pas engager de conversation amicale avec elle, ni même, en principe, à la saluer. La Société Watch Tower recommande cette attitude dans ses publications, pour préserver la pureté de la congrégation des influences corruptrices:

  • La Tour de Garde, 15 décembre 1981, p. 23:
"Soutenir la justice de Dieu et l’exclusion signifie-t-il qu’un chrétien ne devrait pas adresser du tout la parole à un exclu ni même le saluer? Certains se sont posé la question, compte tenu du conseil de Jésus d’aimer nos ennemis et de ne pas ‘saluer que nos frères’. — Matthieu 5:43-47. 22 Dans sa grande sagesse, Dieu n’a pas essayé de prévoir toutes les situations possibles. Nous avons donc besoin de saisir le sens de ce que Jéhovah dit sur la façon de traiter les exclus, pour pouvoir ensuite soutenir son point de vue. Voici ce que Dieu nous explique sous la plume de l’apôtre Jean : “Quiconque va de l’avant et ne demeure pas dans l’enseignement du Christ n’a pas Dieu. (...) Si quelqu’un vient à vous sans apporter cet enseignement, ne le recevez pas chez vous et ne lui dites pas de salut. Car celui qui lui dit un salut s’associe à ses œuvres méchantes.” — 2 Jean 9,11. 23 L’apôtre qui donna ce sage avertissement était très proche de Jésus et savait bien ce que celui-ci avait dit concernant les salutations. Il savait aussi que la salutation courante à cette époque était “Paix”. À la différence d’un “ennemi” personnel ou d’un homme haut placé qui combat les chrétiens, l’individu qui a été exclu ou qui s’est retiré, et qui essaie maintenant de répandre ou de justifier ses vues apostates, ou encore celui qui persiste dans sa conduite impie, n’est pas le genre de personne à laquelle il faut souhaiter la “paix” (1 Timothée 2:1,2). Nous savons tous par expérience qu’un simple “bonjour” peut constituer le premier pas vers une conversation et peut-être vers une amitié. Voulons-nous faire ce premier pas avec une personne exclue?"
  • La Tour de Garde, 1er juillet 1983, p. 24:
"D’autre part, si un serviteur de Jéhovah recevait chez lui un tel enseignant trompeur, il deviendrait “complice des mauvaises actions qu’il commet”. (Bible en français courant.) Par conséquent, aucun témoin de Jéhovah fidèle de notre époque ne voudra saluer un apostat exclu ou qui s’est retiré volontairement de la congrégation, ni faire de son foyer chrétien un lieu d’où se répandraient des erreurs doctrinales."

Cette mise aux bans de la communauté est d'autant plus difficile à vivre, que la Société Watch Tower recommande à ses adeptes de limiter leurs relations avec les gens du monde extérieur. Certains excommuniés se retrouvent donc très seuls, supportent mal d'être privés brutalement de leurs seuls amis et certains témoignages relatent des cas de dépression suite à cette exclusion du mouvement. Des cas de tentatives de suicide ou des suicides, s'étant produits après une réprimande religieuse ou une excommunication, sont également rapportés.

Les ex-Témoins de Jéhovah qui témoignent publiquement de leur expérience dans ce mouvement, rapportent que les contacts avec leur famille Témoin de Jéhovah sont rendus au mieux très difficile, quand cela ne tombe pas dans la rupture de tout contact, y compris dans des circonstances exceptionnelles comme un mariage ou un décès.

  • La Tour de Garde, 15 décembre 1981, p. 29:
"Les chrétiens estimeront parfois qu’il leur est impossible de recevoir un parent exclu ou qui s’est retiré volontairement, lors d’une réunion où d’autres membres de la famille sont invités. Mais ces chrétiens peuvent trouver leur joie dans la fréquentation des membres fidèles de la congrégation, en se rappelant ces paroles de Jésus: “Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère.” — Marc 3:35."

Les Témoins de Jéhovah affirment quant à eux, que l’exclusion ne rompt pas les liens conjugaux ou familiaux, puisqu’il est considéré comme raisonnable de limiter au maximum les entrevues ou bien de couper uniquement le lien spirituel, dans le cas d'un membre du cercle familial immédiat. Cependant, leurs écrits prouvent qu’ils édulcorent leur position pour le cas d’un parent qui vit en dehors du foyer ou du cercle familial immédiat:

  • Le Ministère du Royaume, août 2002:
"La situation est différente si la personne exclue ou qui s'est retirée volontairement est un parent qui vit en dehors du foyer ou du cercle familial immédiat, déclare La Tour de Garde du 15 avril 1988, page 28. Il sera peut-être possible de n’avoir presque aucun contact avec lui. Même si des questions familiales rendent nécessaires des contacts, ceux-ci devraient certainement être réduits au minimum."

Cette attitude de rupture est aussi préconisée pour la conduite que les parents Témoins de Jéhovah doivent adopter avec leur enfant excommunié, La Tour de Garde du 15 janvier 2007, à la page 20, donne toujours des consignes très sévères:

"Il n’en va pas de même lorsque l’enfant excommunié est majeur et n’habite plus sous le toit familial. L’apôtre Paul a ordonné aux chrétiens de Corinthe de « cesser de fréquenter celui qui, appelé frère est un fornicateur, ou un homme avide, ou un idolâtre, ou un insulteur, ou un ivrogne, ou un extorqueur, et de ne pas même manger avec un tel homme » (1 Corinthiens 5:11) . Même si certaines questions familiales peuvent vous obliger à avoir quelques contacts avec votre enfant excommunié, vous devriez vous efforcer d'éviter les rencontres qui ne sont pas indispensables."

Il arrive que certains Témoins de Jéhovah prennent sur eux de ne pas suivre à lettre les consignes données par la Société Watch Tower, au risque de passer pour spirituellement faibles aux yeux de leurs coreligionnaires. Des sanctions peuvent être appliquées à ceux-ci, comme l'impossibilité de prendre la parole lors des réunions des Témoin de Jéhovah. Ces mises au ban créent un état de solitude, voire de dépression, qui obligent la plupart du temps l'individu, à se conformer à l'obligation du respect de l'excommunication et par conséquent à rejeter totalement les membres excommuniés.

Résumant la situation des exclus, l'historien Bernard Blandre a écrit : "Totalement délaissé par ceux qui doivent rompre tout contact avec lui, l'exclu se retrouvé isolé. (...) Les chiffres prouvent que beaucoup sont sortis de l'organisation, mais c'est souvent au prix de bien des difficultés de réinsertion dans la société."[6]

Exclusion et Convention Européenne des Droits de l’Homme

Point de vue de chaque partie

Les membres excommuniés du mouvement des Témoins de Jéhovah, estiment qu’ils sont victimes de discrimination et que cette pratique est contraire à plusieurs articles de la Convention Européenne des Droits de l’Homme:[7]

  • Article 9 : «  Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction » et pourtant, les consignes des Témoins de Jéhovah peuvent constituer un frein à la liberté de changer de religion ou de conviction puisqu'elles s'appliquent également à ceux qui ne voudraient plus faire partie du mouvement.
  • Article 3: interdiction des traitements inhumains ou dégradants : le fait de ne plus pouvoir dire un simple bonjour à un excommunié n'est-il pas un traitement inhumain et dégradant ?
  • Article 8: droit au respect de la vie privée et familiale: les consignes des Témoins de Jéhovah concernent aussi la vie privée et familiale (à l'exception, dans une certaine mesure, des membres de la famille vivant sous le même toit).
  • Article 14: interdiction de discrimination.
  • Article 17: interdiction de l'abus de droit : la liberté de culte consacrée par l'article 9 n'est pas totale en Europe (les articles 8 et 9 précisent in fine que les "droits et libertés d'autrui", y compris donc des excommuniés, doivent être protégés).

Pour les Témoins de Jéhovah cette discrimination n’existe pas, car les excommunications se font de manière systématique, dans des cas de figures établis et identiques, sans à priori individuel et l'excommunication fait partie des règles approuvées librement par tout Témoin de Jéhovah.

On pourra néanmoins objecter que, si l'excommunication est évoquée régulièrement dans les publications ou lors des réunions, force est de constater que parmi les 104 questions qu'examinent les anciens avec le candidat au baptême une seule à trait à l'excommunication; la voici: Livre Organisés pour faire la volonté de Jéhovah (2005), p. 202:

"Troisième partie : Les justes exigences de Jéhovah - question 27: Quelle mesure la congrégation prend-elle quand un de ses membres transgresse les commandement de Dieu et ne se repent pas ? La réponse donnée est: 1 Corinthiens 5:9-13"

Aucun autre verset n'est cité précisant la conduite draconienne qui sera imposée ( 2 Jean 10 ). Le mot excommunication n'est même pas explicité. Aucun commentaire clair et précis ne vient préciser la pensée et sa portée.

Une question se pose: le candidat au baptême comprend-t-il bien ce que recouvre et signifie, dans ses conséquences relationnelles et affectives, l'exigence de l'excommunication?

Si le baptême peut être assimilé à un engagement contractuel ou quasi-contractuel librement consenti, il apparaît nécessaire d'être strictement et complètement prévenu des clauses pénalisantes de sortie du contrat ou du quasi-contrat; or ces éléments sont proprement escamotés. On peut tout à fait être baptisé sans avoir été amené à mesurer objectivement (c'est en effet inconcevable du point de vue de la foi) les effets préjudiciables de la sortie du mouvement.

Les tenants de l'excommunication justifient cette sanction par la nécessité d’appliquer les enseignements bibliques et par le désir de se conformer aux règles observées selon eux, par les chrétiens du premier siècle. Ils revendiquent cette pratique au nom de la Liberté de Culte, garantie par la Convention Européenne des Droits de l’Homme (Article 9).

Les opposants du mouvement signalent quant à eux, l’incitation faite aux autres adeptes, de bannir les excommuniés de leurs relations. Ils dénoncent la pression morale exercée sur ceux-ci, qui risquent eux-même l’excommunication s’ils vont au-delà du minimum préconisé par le mouvement. Ils s’élèvent contre les consignes présentes dans la littérature des Témoins de Jéhovah, préconisant de s’abstenir le plus possible de contacts avec un membre excommunié, ce qui le laisse souvent sans tissu social.

Décision de Justice

Cependant, la condamnation de l'excommunication, telle qu’elle est pratiquée au sein du mouvement des Témoins de Jéhovah, pose un problème aux pouvoirs publics, car celle-ci oppose le Droit à la Liberté de Culte invoquée par les Témoins de Jéhovah au respect des limites de celle-ci, telles qu'elles figurent dans la Convention Européenne des Droits de l’Homme, dont se réclament ceux qui se disent victimes de la pratique de l’excommunication dans ce mouvement.[8]. De plus, il est très difficile de prouver le préjudice ou la discrimination et les excommuniés sont rarement en état d'organiser leur défense.

Néanmoins, une affaire jugée récemment par la Cour d'appel de Liège [9] laisse entrapercevoir un espoir pour tous ceux qui dénoncent la pratique de l’excommunication chez les Témoins de Jéhovah. En effet, si le plaignant a été débouté par la Cour qui a estimé que « c'était à lui de prouver la discrimination » ; pour la première fois, « dans ses attendus, la cour d'appel de Liège considère que les consignes à l'égard des exclus et des adeptes qui souhaitent quitter la communauté sont susceptibles de constituer une discrimination ». De plus, « la cour invoque également le fait que les pressions morales faites aux membres pour isoler un exclu pourraient être de nature à porter atteinte à la liberté de culte ».[10] On peut lire dans cet arrêt du 06 février 2006 de la Cour d'appel de Liège (2OO4/RG/1450):

"La Cour estime que l’intimée édulcore sa position: il ressort des divers documents soumis à l’appréciation de la Cour que des pressions morales sont exercées sur les autres adeptes dès lors qu’il leur est conseillé de supprimer non seulement les contacts spirituels — ce qui est compréhensible — mais aussi les rapports sociaux et familiaux qui doivent se limiter au minimum indispensable. Cette pression morale résulte essentiellement du fait que si un membre de la congrégation va au delà de ce minimum, il peut être exclu. Dans ces conditions, la liberté de culte elle-même risque de ne plus être respectée dans la mesure où, si les pressions sont trop fortes, l’adepte qui souhaite quitter la communauté s’en trouve moralement empêché, obligé qu’il est de choisir entre deux situations moralement dommageables : soit continuer à adhérer à des principes auxquels il ne croit plus et maintenir sa vie privée familiale et sociale, soit quitter la communauté et se voir rejeté par sa famille et ses connaissances. Dans cette mesure, les consignes données - quoiqu’en dise l’intimée, il ne s’agit pas de simples « réflexions » - risquent, in abstracto, de créer une discrimination."

La Cour de Liège a donc jugé que:

  • En raison des consignes données par les Témoins de Jéhovah la liberté de culte elle-même risque de ne plus être respectée (liberté de changer de religion ou de conviction : Article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme).
  • Ces consignes risquent de créer une discrimination (interdiction de discrimination: Article 14 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme).
  • Ces consignes sont donc susceptibles d'enfreindre les limites de la liberté de culte (interdiction de l'abus de droit: Article 17 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme).

Nouvelles dénominations

Voir article détaillé Historique de l'exclusion

Les Témoins de Jéhovah avaient depuis le début donné le nom d'exclusion aux excommunications, ainsi que de comités judiciaires aux comités de discipline religieuse. Toutefois, en raison des démarches actuelles pour s'imposer comme religion et ne plus être considérée comme une secte dans de nombreux pays, la Watchtower a revu en 2005 sa dénomination, en imposant le terme usité traditionnellement d'excommunication, qui se veut plus modéré. Elle n'a cependant pas remis en cause la question de la rupture sociale liée à l'excommunication, ni le fonctionnement de ses comités de discipline religieuse, qui sont pourtant l'objet de la controverse.

Faits divers impliquant des exclus

  • 10 janvier 1992 : Laurent, 22 ans, était un joyeux drille jusqu'à ce qu'il rencontre les Témoins de Jéhovah. Un jour, il annonce qu'il souhaite devenir "proclamateur" en prêchant de porte en porte : "C'est le plus beau métier du monde", dit-il.(...) Le 10 janvier 1992, Laurent annonce à son frère qu'il vient d'être exclu du mouvement, puis il met fin à ses jours...(Témoignage de Monique Guillain). Par la suite, les Témoins de Jéhovah ont intenté un procès en diffamation contre sa mère qui avait établi un lien entre le suicide de son fils et les Témoins de Jéhovah, sur l'antenne de R.M.C.[2]
  • 15 octobre 1997 : (France) Selon le Le Canard Enchaîné du 15 octobre 1997, un témoin de Jéhovah corrézien de 31 ans, déprimé après une exclusion temporaire, se suicide [3].
  • Année 1998 : (France) Congrégation de Neufchatel en bray (Seine maritime). Un TJ dépressif qui avait cessé d’assister aux réunions et dont la vie de couple était devenue instable, est exclu par un comité judiciaire composé de trois anciens, puis se suicide. Sa mort a été annoncée à sa congrégation, avec la recommandation de ne pas assister à son enterrement car il était exclu. (source: ex-témoin de Jéhovah ayant été membre de cette congrégation. (Témoignage LORAN)
  • 19 décembre 2001 : (États-Unis) Le corps de MaryJane Baker et de deux de ses enfants est découvert dans les eaux de Alsea Bay (Oregon). Son troisième enfant, un bébé, est découvert sans vie à un autre endroit. C'est Christian Longo, l'époux de MaryJane, exclu des Témoins de Jéhovah, qui est le meurtrier de sa famille. Il est condamné à mort. Les Longo étaient Témoins de Jéhovah (l'époux était exclu). [4] - voir aussi tous les détails sur [5]
  • 20 février 2005 : (Canada) Une lesbienne est rejetée par sa famille et les Témoins de Jéhovah. «Quand j'ai décidé de révéler mon homosexualité, je me suis retrouvée complètement isolée de ma communauté. C'est comme si on venait de démolir ma maison et que je devais à présent m'en construire une nouvelle, toute seule, sans espérer l'aide ou le soutien de quiconque.» Déchirée entre son orientation sexuelle et les préceptes de sa communauté, Sophie a tenté de chercher de l'aide auprès de ses proches. «Mais au lieu de m'apporter du soutien, on m'a fait comparaître devant un comité qui m'a jugée inapte à continuer d'être Témoin de Jéhovah. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée isolée de tous, au moment où j'avais justement le plus besoin d'aide». Même si Sophie a songé à quelques reprises au suicide, ses parents témoins de Jéhovah n'ont jamais accepté son homosexualité. Aujourd'hui, Sophie a réussi à traverser cette épreuve et vit en paix avec elle-même. (Le Citoyen, 20 février 2005 par Patrick Rodrigue)[6]
  • 26 février 2005 : (Italie) Un ancien témoin de Jéhovah de 35 ans, a menacé de se faire exploser au beau milieu d'une réunion de plus de 2000 Témoins de Jéhovah, à Rome. Il a rapidement relâché ses otages puis s’est barricadé à l’étage, exigeant de parler. Il avait été exclu du mouvement des Témoins de Jéhovah un an auparavant.[7]

Voir aussi

Liens externes

Références

  1. Arrowup.png Le nouveau terme est apparu avec le livre Organisés pour faire la volonté de Jéhovah édité en 2005
  2. Arrowup.png cf.Charlie Hebdo N° 331 du mercredi 21 octobre 1998, page 6:
    "Le 25 février 1998, le tribunal correctionnel de Dijon a rendu un jugement dans une affaire mettant en cause trois jéhovistes accusés de non-dénonciation de crime (viol sur mineure), alors qu'il "était encore possible de prévenir ou de limiter les effets".(…) Ces sectateurs, en leur qualité d'"ancien", s'étaient constitués en "juridiction religieuse", avaient convoqué le Témoin de Jéhovah violeur pour qu'il leur raconte les faits. Ensuite, ils gardèrent le lourd secret pour eux.(…) tout ce petit monde bien discret a été condamné, pour non-dénonciation de crime, à trois mois de prison avec sursis..."
  3. Arrowup.png Avant la publication du livre Organisés pour faire la volonté de Jéhovah (2005), il était question de comité judiciaire. On notera néanmoins que la terminologie anglaise n'a pas changé (judicial committee) ce qui montre le côté opportuniste de la modification.
  4. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er août 1993, pp. 15-20:
    "Paul a dit aux Corinthiens: "Ne vous laissez pas égarer. Les mauvaises compagnies gâtent les saines habitudes." (...) Toutefois, le conseil paternel de Paul doit entrer en jeu si quelqu’un persiste à ne pas accepter ce que nous savons être la vérité biblique, ou à tenir des propos sceptiques ou négatifs. Nous devrions nous garder de fréquenter ce genre de personne?"
  5. Arrowup.png Voir le livre de Dany Bouchard
  6. Arrowup.png Blandre, Bernard (1987), Les Témoins de Jéhovah, un siècle d'histoire, Paris: Desclée de Brouwer, p. 81 (ISBN 978-2-2200-2640-4)
  7. Arrowup.png [1]
  8. Arrowup.png Extrait de l'arrêt du 06 février 2006 de la Cour d'appel de Liège (2OO4/RG/1450):
    "Sur l'application de la loi sur la non discrimination au cas d’espèce — L'intimée estime que la loi du 25 février 2003 ne s’applique pas à la présente procédure qui vise une communauté religieuse. Elle expose que la liberté des cultes est garantie par la Constitution belge (art 19) et par la Convention européenne des droits de l‘homme (art. 9) et que cette liberté inclut celle d’organiser librement le fonctionnement interne de ces communautés. Dès lors, conclut-elle en substance, que la mesure d’exclusion, avec ses implications pratiques, fait partie, intégrante de la foi et de la religion des témoins de Jéhovah, ces pratiques sont couvertes par cette liberté de culte."
    "Il n’est évidemment pas question de remettre en cause la liberté de culte et de religion. Cependant cette liberté peut avoir des limites, dans le cadre de son organisation interne, lorsqu’elle impose aux fidèles des obligations spécifiques qui ne seraient pas conforme au respect des autres principes démocratiques fondamentaux, Ainsi en serait-il, pour prendre un exemple extrême mais qui a existé dans les temps anciens et sous d’autres cieux, d’un culte qui exigerait des sacrifices humains et violerait ainsi l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’Homme"
  9. Arrowup.png Extrait de jugement: COUR D’APPEL DE LIÈGE
  10. Arrowup.png Plus de Jéhovah, plus de droit