Histoire courte des témoins de Jéhovah

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Origines

On trouve les origines des Témoins de Jéhovah dans le mouvement adventiste américain du XIXème siècle. Ce mouvement est initié quand William Miller, prêcheur baptiste commence à proclamer en 1816 que le Christ reviendra sur Terre en 1843. Ses prédictions de la seconde venue du Christ enflamment l'imagination de milliers de personnes dans beaucoup d'églises baptistes ou non. Environ 50.000 personnes mettent leur confiance dans les calculs chronologiques de Miller et se préparent à accueillir le Seigneur alors que, pendant ce temps, au fur et à mesure que la date fatidique approche, d'autres surveillent nerveusement les évènements de loin. La date de l'évènement fut recalculée et repoussée du mois de mars 1843 à mars 1844, puis une fois encore au mois d'octobre de la même année. Hélas, à cette date non plus rien ne se passa.

Après la "grande déception de 1844", les partisans de Miller se séparèrent; la plupart d'entre eux retournèrent à leur église d'origine après la mort de Miller en 1849. Mais d'autres partisans déçus entretinrent leur mouvement, quoique de façon assez fragmentée. Ils finirent par se séparer en différentes sectes sous le terme générique de "Adventisme" comprenant l'Église Adventiste Chrétienne, l'Union adventiste de la vie, les Adventistes du Septième Jour ainsi que sous d'autres dénominations.

Il est à noter que les Davidiens qui moururent à Waco au Texas sous l'influence de David Koresh trouvent leur origine dans la même source millérite quoique par un chemin différent. En 1935, l'Eglise des Adventistes du Septième jour expulsèrent de leur congrégation un émigrant bulgare du nom de Victor Houteff qui avait commencé à enseigner sa propre vision de certains passages de l'Apocalypse, le dernier livre de la Bible. Houteff établit une boutique sur sa propriété à Waco. Après avoir d'abord appelé sa minuscule secte Le bâton du Berger, Houteff et ses disciples se rebaptisèrent les Adventistes Davidiens du Septième Jour. Houteff mourut en 1955 et sa veuve dissolut officiellement la secte en 1961. Mais quelques disciples, menés par l'homme d'affaires texan Benjamin Roden reprirent le flambeau. Roden mourut en 1978, laissant sa veuve Lois et son fils George à la tête du groupe. En 1987, David Koresh repris le leadership. La tragédie qui s'en suivit fait maintenant partie de l'histoire.

Les Témoins de Jéhovah de la même façon trouvent leur origine dans le mouvement adventiste. Mais ils ne l'admettent pas volontiers aux personnes extérieures à leur mouvement et peu de Témoins eux-mêmes en connaissent les détails. Les TJ ont l'habitude de se défendre contre l'affirmation que leur mouvement est relativement récent. Ils répondent d'habitude que celui-ci est le plus ancien groupe religieux, plus ancien que les églises catholiques et protestantes. En fait, leur ouvrage "Les Témoins de Jéhovah dans le projet divin" prétend que "les Témoins de Jéhovah ont une histoire remontant 6.000 ans en arrière, à l'époque où Adam le premier homme était encore vivant", qu'Abel le fils d'Adam était "le premier d'une ligne continue de Témoins" et que "tous les disciples de Jésus étaient aussi des Témoins de Jéhovah".

Quelqu'un d'extérieur à la secte comprend rapidement que cette dernière s'est approprié tous les personnages de la Bible et les a considérés comme des témoins fidèles de Dieu. En procédant de la sorte, ce mouvement fait remonter son histoire aux touts débuts de l'histoire humaine, tout au moins aux yeux de ceux de leurs coreligionnaires prêts à admettre de tels arguments. Mais les observateurs extérieurs réfutent ce genre de rhétorique et font plutôt remonter l'origine du mouvement à Charles Taze Russell, né le 16 février 1852 à Pittsburgh en Pennsylvanie.

Le fondateur : Charles Taze Russell

A l'origine de confession presbytérienne, Russell avait 16 ans en 1868 et était un membre de l'église congrégationnelle quand il perdit sa foi. Il commença à douter non seulement des croyances et de la doctrine de son église, mais aussi de la Bible et de l'existence de Dieu. A ce moment propice, une rencontre fortuite restaura sa foi et le plaça sous l'influence du pasteur adventiste Jonas Wendell.

Pendant quelques années encore Russell continua à étudier les Ecritures sous l'influence de différents membres du clergé adventiste et de membres de cette confession, notamment du pasteur chrétien adventiste George Stetson et de l'éditeur du Bible Examiner's, George Storrs. Il rejoignit un petit cercle d'amis pour commenter la Bible régulièrement et ce groupe finit par le considérer comme leur chef et leur pasteur.

En janvier 1876, alors qu'il avait 23 ans, Russell reçut un exemplaire du Herald Of The Morning, un magazine adventiste édité par Nelson H. Barbour à Rochester dans l'état de New-York. L'une des croyances notables du groupe de Barbour était que Jésus-Christ était revenu de manière invisible en 1874 comme les leaders adventistes l'avaient prévu; en quelques sortes ce petit groupe s'était accroché à cette date en affirmant que le Seigneur était bien revenu à la date prévue mais seulement de manière invisible.

N'était-ce qu'un vœu pieu, combiné avec un refus obstiné de reconnaître l'erreur de calculs chronologiques erronés ? Peut-être, mais Barbour avait quelques arguments pour étayer sa thèse. En particulier, la base de sa théorie repose sur une réinterprétation de la traduction de l'Emphatique Diaglott de Benjamin Wilson du Nouveau Testament, dans laquelle le mot "venue" de la Bible KJV dans Matthieu 24:27, 37 et 39 est traduit par le mot "présence". Ce qui a servi d'argument de base au groupe de Barbour pour soutenir la thèse d'une présence invisible du Christ en plus de la justesse des calculs chronologiques.

Quoique l'idée séduisit le jeune Charles Russell, le public de Barbour refusa d'adhérer à ses thèses, ce qui conduisit le journal Herald of the Morning à faire faillite. A l'été 1876, le riche Russell paya un billet pour Philadelphie à Barbour afin de le rencontrer pour discuter à la fois de croyances et de questions financières. Le résultat fut que Russell devint le soutien financier du journal et qu'il fut ajouté à l'équipe rédactionnelle en qualité d'assistant du rédacteur en chef. Il contribua aussi bien à la publication qu'aux questions financières et le petit groupe d'étude de la Bible de Russell fut affilié à celui de Barbour.

Russell et Barbour croyaient et enseignaient que le retour invisible du Christ en 1874 serait suivi peu de temps après, au printemps 1878 pour être exact par le ravissement, c'est-à-dire l'enlèvement des corps physiques des croyants vers le paradis. Comme le ravissement attendu ne s'est pas produit comme prévu en 1878, le rédacteur en chef du Herald, M. Barbour, publia de nouvelles théories sur cette doctrine et sur d'autres. Russell rejeta cependant une partie des nouvelles idées et persuada les autres membres de s'y opposer. Finalement, Russell quitta l'équipe du personnel du magazine adventiste et entreprit d'en créer un autre. Il le nomma "Zion's Watch Tower and Herald of Christ's Presence" et publia le premier numéro en date de juillet 1879. Au début, il partageait la même liste de lecteurs que le "Herald of the Morning" et une grande partie du journal était consacré à la réfutation des thèses de ce dernier, Russell ayant emporté avec lui un exemplaire de la liste d'abonnés du Herald quand il quitta son poste d'assistant du rédacteur en chef.

A ce moment, Russell ne tenait plus à être considéré comme un adventiste ni même un millerite. Mais il continua à considérer Miller et Barbour comme les instruments de Dieu pour diriger son peuple comme par le passé. La formation d'une dénomination distincte autour de Russel a été progressive. Sa rupture immédiate ne s'est pas produite avec l'adventisme mais avec la personne et la ligne doctrinale de Barbour.

Il n'y eut pas non plus de rupture franche avec le protestantisme en général. Les nouveaux abonnés de "Zion's Watch Tower" étaient souvent des fidèles qui voyaient ce magazine comme un complément religieux et non comme un magazine provenant d'une confession concurrente. Russell voyageait et s'exprimait aussi bien du haut des pupitres des églises protestantes qu'aux rassemblements de ses propres disciples. En 1879, l'année de son mariage avec Maria Frances Ackley et aussi l'année à laquelle il publia le premier numéro de son magazine, Russell créa quelques trente groupes d'étude ou de congrégations éparpillées de l'Ohio jusqu'aux côtes de la Nouvelle-Angleterre. Chaque "classe" ou église locale en vint à le reconnaître comme "pasteur", quoique la géographie et les activités d'écriture et de publication de Russell l'empêchaient de venir en personne.

Par la force des choses, les enseignements de plus en plus divergents de Russell ont conduit ses disciples à s'éloigner de plus en plus des autres églises et de créer leur propre dénomination. Ayant commencé comme une branche de l'adventisme s'étant risqué à prévoir le retour de Jésus-Christ et le ravissement, Russell poussa le bouchon encore plus loin en rejetant ouvertement la doctrine de la Trinité. Son mentor précédent Barbour étant un trinitaire comme l'était l'autre assistant rédacteur en chef John Paton qui avait quitté Barbour pour rejoindre Russell au démarrage du magazine de celui-ci. Les écrits de Barbour et Paton que Russell avait aidé à publier étaient trinitaires en ce qui concerne leur théologie. Et même au début, le magazine Watch Tower était imprécis et peu clair sur le sujet. Ce n'est qu'après que Paton ait rompu avec lui en 1882 et qu'il cessa d'être listé dans l'ours, que Russell commença à écrire contre la doctrine de la Trinité.

A sa mort, Russell avait parcouru plus de 1.6 millions de kilomètres et prêché plus de 30.000 sermons. Il avait imprimé plus de 50.000 pages de livres et de magazines et ces derniers avaient été vendus à plus de 20 millions d'exemplaires.

Ses disciples reconnaissaient Russell en personne comme le "fidèle et avisé serviteur" de Matthieu 24:45 et le septième et dernier "messager de Laodicée" et porte-parole de Dieu dans la chrétienté en référence à Apocalypse 3:14. Mais il avait vu de son vivant l'échec des différentes dates qu'il avait prévues pour le ravissement et mourut le 31 octobre 1916 soit deux ans après la date à laquelle le monde était censé avoir disparu selon ses calculs au début d'octobre 1914...

Ses disciples cependant considéraient que la guerre mondiale qui faisait rage était la preuve que la fin était imminente. Ils enterrèrent Russel sous une pierre tombale le présentant comme le "messager laodicéen"(laodicean messenger)et érigèrent à côté de sa tombe une massive pyramide de pierre décorée d'une croix, d'un dessin d'une couronne qu'il affectionnait et du nom "Watch Tower Bible and Tract Society". (La pyramide se trouve toujours au cimetière de Ross, dans la banlieue du nord de Pittsburgh; elle est utilisée comme point de rencontre d'une étrange cérémonie le jour d'Halloween et les russellites d'aujourd'hui encerclent la tombe en se tenant par la main pour commémorer le jour de sa mort).

Epoque Joseph Rutherford

Selon les dernières volontés de Russell, son successeur à la présidence devrait partager le pouvoir avec un comité éditorial et avec le comité directeur du Watch Tower, que Russell avait nommé "à vie".

Mais le vice-président Joseph Franklin Rutherford projeta rapidement de concentrer le pouvoir dans ses propres mains. Juriste avisé qui avait été le conseiller judiciaire de Russell, il combina une manœuvre légale avec ce que ses adversaires virent sans aucun doute comme une conception machiavélique de la politique interne de l'entreprise. Il utilisa un prétexte pour détrôner la majorité des directeurs sans demander de vote. Il fit aussi demander à un subordonné d'appeler la police dans les locaux de la société pour interrompre leur meeting et les évincer de leur poste.

Après avoir sécurisé le bâtiment du quartier général et les avoir de la société, Rutherford concentra son attention sur le reste de l'organisation. En remplaçant petit à petit les anciens localement élus par ses propres hommes, il s'arrangea pour transformer les congrégations éparses semi-autonomes et dirigées démocratiquement en machine structurée et organisée et dirigée de son bureau. Certaines congrégations locales firent sécession, et formèrent des groupes russellites dissidents tels que les Étudiants de la Bible de Chicago, les Étudiants de la Bible de l'aurore et le Mouvement missionnaire intérieur laïque, lesquels existent toujours aujourd'hui. Mais la plupart des Étudiants de la Bible restèrent sous son contrôle et Rutherford renomma le mouvement "Témoins de Jéhovah" en 1931 de manière à distinguer ce groupe des autres groupes dissidents.

Pendant ce temps, il changea la politique de la secte centrée sur le développement du caractère individuel. Rutherford avait imposé une vigoureuse politique de communication vers le public, distribuant la littérature de la Société de foyer en foyer. Vers 1927, cette distribution de porte-à-porte était devenue une activité essentielle obligatoire pour tout membre. Les ouvrages consistaient principalement en attaques incessantes de Rutherford contre le gouvernement américain, la Prohibition, le "grand capital" et l'Église Catholique Romaine. Il fonda aussi un énorme réseau de radios et s'empara des ondes en exploitant le sentiment anti-catholique et populiste afin d'amener des milliers de personnes supplémentaires à se convertir. Ses attaques au vitriol, hurlées à partir de phonographes portables apportés jusqu'aux portes des foyers et aussi au moyen de haut-parleurs de voitures sonorisées parquées aux abords des églises suscitèrent contre les Témoins de la violence populaire et la persécution des gouvernements dans beaucoup d'endroits dans le monde.

Comme Russell, Rutherford s'essaya à la prophétie et prédit que les patriarches bibliques Abraham, Isaac et Jacob seraient ressuscités en 1925 pour gouverner en tant que princes sur la Terre. Ces derniers ne revinrent pas, bien sûr et Rutherford arrêta la prédiction. En fait, en parlant de l'échec de ses prophéties, il admit plus tard: "je me suis comporté comme un idiot".

Epoque Nathan Knorr

Le vice président Nathan Homer Knorr hérita de la présidence à la mort de Rutherford en 1942 mais il laissa largement les questions doctrinales aux soins de Frederic W. Franz qui avait rejoint la secte du temps de Russell et qui servait au quartier général de Brooklyn depuis 1920. Ne disposant pas du charisme de Russell et de Rutherford, Knorr concentra la dévotion des disciples sur l'organisation mère plutôt que sur lui-même.

Après des décennies de publications d'ouvrages et de brochures signées par ses présidents Russell et Rutherford, la Watchtower commença à produire de la littérature écrite de façon anonyme. Mais cela n'avait rien d'impersonnel, étant donné que l'organisation était personnifiée virtuellement et les lecteurs étaient incités à "montrer du respect à l'organisation de Jéhovah, car elle est notre mère et l'épouse bien-aimée de notre Seigneur céleste Jéhovah Dieu".

Administrateur remarquable, Knorr fit passer la secte d'un leadership dynamique à une adhésion dynamique. Il initia des programmes d'entraînement visant à transformer les membres en recruteurs efficaces. Plutôt que de transporter des phonographes portables de foyer en foyer jouant les disques des conférences du "juge" Rutherford jusqu'aux portes des foyers, le Témoin de Jéhovah moyen commença à apprendre comment parler de manière convaincante. Les hommes, les femmes et les enfants apprirent à donner des sermons aux portes des maisons sur quantités de sujets.

Pendant ce temps, Franz travaillait en coulisses pour restaurer la foi dans les calculs chronologiques de la secte, un sujet largement occulté depuis les échecs prophétiques de Rutherford en 1925. La chronologie du retour invisible du Christ fut révisée; elle le fixa en 1914 plutôt en 1874 et pendant les années 60, les publications de la Société commencèrent à fixer 1975 comme l'année probable d'Har-magedon et la fin du monde.

Aujourd'hui, la croyance qui prévaut parmi les Témoins de Jéhovah est que la Société n'a jamais prévu "la fin" pour 1975 mais que certains Témoins trop zélés ont trop vite interprété le message. Malheureusement pour eux, la prédiction officielle est très documentée. Par exemple dans l'article "Pourquoi attendez-vous 1975 ?" dans la Watchtower datée du 15 août 1968, pages 494 à 501. Ne s'autorisant qu'une faible marge d'erreur, il conclut un long commentaire par cette pensée : "Devons-nous en conclure de cette étude que la bataille d'Har-magedon sera terminée vers l'automne 1975 et que le règne tant attendu de Christ commencera alors ? C'est possible, mais attendons de voir si la période de sept mille ans de l'existence humaine coïncide avec le règne sabbatique de mille ans de Christ... Il se peut que ce soit une différence de semaines ou de mois mais pas d'années".

Les programmes d'entraînement au prosélytisme de Knorr plus les projections apocalyptiques de Franz pour 1975 se combinèrent pour provoquer un accroissement des adhésions, le taux de progression atteignant 13.5% en 1974. Ce qui conduisit la fréquentation des réunions aux salles du royaume d'environ 100.000 personnes en 1941 à presque 5 millions en 1975. La progression depuis est plus lente, quoiqu'assez régulière pendant pas mal d'années avec environ 11.5 millions de personnes rassemblées aux salles du royaume au printemps 1992 pour la communion annuelle (dite "mémorial") commémorant la mort du Christ avec du pain non levé et du vin rouge.

Pendant les années 70, des changements à propos du pouvoir présidentiel prirent place au sein de la Watchtower. D'abord, il était décidé en théorie que l'Eglise Chrétienne (les Témoins de Jéhovah considèrent que la Watchtower surplombe toute la chrétienté) ne doit pas être dirigée par un seul homme, mais plutôt par un corps dirigeant semblable aux douze apôtres. Le comité de 7 membres directeurs de la Watch Tower Bible and Tract Society de Pennsylvanie avaient été considéré comme remplissant ce rôle, mais en 1971 une équipe dirigeante de 11 membres fut créée, incluant les sept directeurs d'origine. Le but était de mettre en évidence que le commandement tenait son autorité d'une source apostolique et non d'une décision d'une société de Pennsylvanie.

La nouvelle équipe dirigeante voulait montrer une preuve supplémentaire que la secte était la seule vraie église, mais en réalité Nathan Knorr a continué à diriger les Témoins de Jéhovah de la même façon que Russell et Rutherford l'avaient fait avant lui. C'est-à-dire que jusqu'à 1975, l'équipe dirigeante a commencé à insister à exercer les pouvoirs qui lui était alloués en théorie, mais qui ne lui ont jamais été attribués en pratique. Malgré les objections de Franz, le corps dirigeant qu'il avait contribué à créer commença à gouverner, de telle manière que quand Nathan Knorr mourut en 1977, Franz hérita d'une présidence émasculée.

Epoque Frederic Franz

Franz hérita aussi d'une organisation décrédibilisée par l'échec de ses prophéties de la fin du monde en automne 1975. Même au quartier général de Brooklyn, de petits groupes qui se rencontraient en privé pour étudier la Bible commençaient à remettre en question non seulement la chronologie qui avait conduit à décider de la date de 1975, mais aussi l'appel céleste des croyants censé s'arrêter en 1935 alors que les nouveaux convertis après cette date étaient promis à un paradis sur la Terre pour l'éternité.

La secte qui jusque là avait vu son effectif grandir très vite commença à perdre des membres pour la première fois depuis des dizaines d'années, étant donné que les personnes qui avaient attendu Har-magedon s'étaient mis à douter. Quand l'effectif vit partir des centaines de milliers de personnes (un fait masqué par de nouvelles conversions sur des tableaux réalisés par la Société, mais rapporté par une enquête du Los Angeles Times du 30 Janvier 1982), le président Franz et la majorité conservatrice du corps dirigeant prirent des mesures. Au printemps 1980, ils ont commencé à sévir envers les dissidents, divisant les groupes d'étude de la Bible au quartier général en formant des "comités judiciaires" afin de juger ceux qui étaient perçus comme les meneurs pour "déloyauté" et "apostasie".

A cette époque, la purge culmina avec l'abandon et l'excommunication qui s'en suivit du propre neveu du président, Raymond V. Franz, et une mentalité de siège prit place dans les succursales de la secte dans le monde entier. Même les Témoins qui avaient quitté tranquillement et volontairement la secte pour des raisons personnelles furent dénoncés comme déloyaux et des consignes furent données aux autres pour qu'ils soient mis à l'écart; même les anciens amis restés dans la secte n'avaient pas le droit de leur dire un simple "bonjour".

Donc, même si Franz avait servi comme le théologien en chef de la secte pendant plus de cinquante ans (du début de la présidence de Knorr en 1942 jusqu'à sa propre mort en 1992) le fait qu'il avait survécu plus de quinze ans à ses propres fausses prophéties l'ont obligé à imposer une mini-inquisition sur les disciples de façon à conserver son pouvoir doctrinal et chronologique jusqu'à la fin de sa vie.

Epoque Milton Henschel

Le choix de Milton George Henschel comme cinquième président de la Watchtower le 30 décembre 1992 est vraiment significatif pour les 13 millions de membres fréquentant les salles du royaume à l'époque. A première vue, le choix d'un fidèle conservateur pour le poste pourrait sembler garantir le maintien du status quo, avec peu de changements en perspective pour les Témoins de Jéhovah. Mais en y regardant de plus près, on constate que ce choix révèle de la vieille garde conservatrice, un signal que des changement radicaux dans la direction de la secte sont imminents.

A l'âge de 72 ans, Henschel devint le second membre le plus jeune du corps dirigeant et il avait été choisi pour commander des hommes plus vieux que lui de plusieurs années (l'âge moyen du corps dirigeant atteignait 82 ans). Avec des membres ayant tendance à dormir pendant les meetings et à se réveiller au moment de voter (lire le témoignage vécu de Raymond Franz dans son livre "Crise de conscience", page 40), le corps dirigeant perdait sa faculté de proposer des décisions de gouvernement décisives et adéquates. Henschel avait été choisi sans aucun doute en partie pour la vitalité qui manquait aux autres. Manifestement, ces chefs âgés ne seraient plus capables de tenir les rênes du pouvoir très longtemps. Les hommes qui siégeaient à la Watchtower telle qu'elle étaient alors devraient bientôt laisser leurs places à d'autres.

Dans les décennies qui ont suivi la mort du fondateur Charles Taze Russell, son successeur Rutherford s'est trouvé contraint à réécrire beaucoup des doctrines principales de la secte. On peut s'attendre à la même chose quand des TJ de nouvelle génération hériteront des postes actuellement occupés par Milton Henschel et son corps dirigeant vieillissant. Quand de nouveaux dirigeants prendront la relève, lèveront-ils l'interdiction des transfusions sanguines ? Seul l'avenir le dira. Mais même s'ils le font, ça ne fera aucune différence pour ceux qui sont déjà morts ni pour ceux des Témoins qui continuent à mourir alors que ce point de doctrine est toujours en place.

(Note du traducteur : le lecteur constatera que l'article est un peu daté, le nom de l'actuel dirigeant de la Watchtower, Don Alden Adams n'étant pas mentionné. Il y a donc appel à volontaire pour actualiser la fin de cet article.)

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