Jéhovisme

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Actuellement, lorsqu'il est employé en rapport avec les Témoins de Jéhovah, le terme Jéhovisme désigne l'organisation religieuse chapeautée par la Société Watch Tower ou, par métonymie, le système religieux qui l'accompagne. De même, l'adjectif Jéhoviste(s) se réfère soit aux adeptes de l'organisation des Témoins de Jéhovah, soit à tout ce qui a trait au culte de cette confession. Ces deux termes sont rejetés par la Watch Tower qui les considèrent comme offensants, bien qu'ils soient employés en sociologie.

Origine et utilisation actuelle

Le terme "jéhovisme" est défini dans le Petit Larousse de 1906 comme étant un nom masculin faisait référence au culte de Jéhovah. L'adjectif "jéhoviste(s)" se rapporte aux portions du Pentateuque où Dieu est nommé par le tétragramme par opposition à celles où il est appelé Élohim, ainsi qu'à l'auteur ou compilateur des fragments comportant ce tétragramme.[1] En anglais, l'adjectif correspondant fut utilisé pour la première fois peu avant 1828.[2]

Dans la mesure où le "jéhovisme" se définit comme le culte rendu à Jéhovah et que les Témoins affirment adorer celui-ci, il n'est pas faux de dire qu'ils sont des "jéhovistes", bien que dans ce cas le terme désigne davantage un comportement que l'adhésion à une organisation. En outre, ce terme existait avant que les Témoins de Jéhovah n'adoptent ce nom sous la présidence de Joseph Rutherford en 1931; on ne peut donc pas dire que ce mot a été fabriqué spécialement comme sobriquet pour les dénigrer. De plus, il est classique, dans les règles usuelles du vocabulaire, qu'un système idéologique soit désigné par un substantif se terminant par le suffixe -isme. Enfin, employer ce terme pour faire référence au mouvement des Témoins de Jéhovah présente un caractère pratique puisqu'il permet une concision de langage.

En français, de nombreux sociologues, dont Arnaud Blanchard[3] et Régis Dericquebourg,[4] ont fréquemment utilisé le terme jéhovisme pour faire référence au mouvement de la Watch Tower, et ceci sans volonté de dénigrer celle-ci. À l'inverse, le sociologue apologiste Philippe Barbey a choisi le terme "jéhovéen" pour désigner le mouvement de la Watch Tower, notamment dans son livre Les Témoins de Jéhovah: Pour un christianisme original et sur son blog. Il est d'ailleurs le seul à utiliser un tel néologisme, hormis quelques internautes ne sachant pas comment nommer le groupe, ainsi que l'auteur Vivien Perrec de temps à autre dans son ouvrage. En revanche, en anglais, le terme "jehovism" ne semble pas utilisé par les chercheurs pour désigner l'organisation religieuse et semble davantage considéré dans cette langue comme étant péjoratif, comme l'indique Wiktionary.[5]

Perception par la Watch Tower

La Société Watch Tower n'emploie jamais ces termes pour se désigner. Lorsqu'ils figurent dans ses publications, ils sont toujours perçus comme offensants, que ce soit par le mouvement lui-même comme par ses adeptes (et ceci alors qu'ils n'auront pas les mêmes scrupules lorsqu'ils nommeront les adeptes d'un autre culte) et systématiquement associés aux "opposants", qu'ils soient religieux ou politiques.

Par exemple, une publication du mouvement rapportait ceci: "Les Témoins ont fait l'objet d'une violente campagne de propagande", par le fait que l'Église orthodoxe russe ait publié de nombreuses publications portant sur "la communauté jéhoviste", et le périodique s'interroge: "Pourquoi l'Église était-elle aussi résolue à discréditer les Témoins?"[6] Une autre publication dit qu'alors qu'une assemblée allait se tenir à Bucarest au cours d'un mois de juillet, l'"opposition du clergé" se manifesta le mois précédant par l'apparition sur la ville d'"affiches qui calomniaient les Témoins de Jéhovah". Dans l'une d'elle, on trouvait la phrase "la Roumanie a-t-elle besoin d'une assemblée internationale jéhoviste", celle-ci étant qualifiée d'organisation "satanique", et une autre titrait: "Attention au DANGER JÉHOVISTE!" (en majuscules dans l'original).[7] (Il est à noter que si la qualification de "satanique" peut être déplaisante pour l'organisation concernée, la Watch Tower a souvent été très désobligeante vis-à-vis des autres religions, mais cette fois-ci sans qu'elle estime ses propos calomnieux).

On retrouve des récits similaires avec l'utilisation du mot "jéhoviste(s)" à propos d'autres pays de l'Europe de l'Est; par exemple, il figure dans des rapports du KGB (Comité pour la sécurité d'État) en Ukraine[8] et en Moldavie,[9] dans un rapport de police ayant effectué une descente dans les imprimeries de la Watch Tower à Prague (même si ce rapport est plutôt favorable),[10] sur une banderole de dénonciation apposée sur un Palais de la Culture en Russie, alors qu'un procès s'ouvrait contre des adeptes,[11] ou encore dans la revue jésuite La Civiltà Cattolica du 18 février 1984.[12]

Le fait que la Watch Tower considère le terme "jéhoviste" comme infamant ressort très clairement de cette publication de 2005: [13]

"En Grèce, sur un formulaire utilisé pour recenser les recrues pour le service militaire figurait dans la liste des appartenances religieuses la mention "chiliaste ou Jéhoviste". Estimant que cette dénomination était désobligeante, le Béthel de Grèce a porté plainte auprès du ministère de la Défense. Le 24 mars 2004, le ministère a écrit aux Témoins de Jéhovah qu'il n'avait pas eu l'intention de les insulter et qu'il avait "procédé immédiatement à la correction de l'appellation". Le formulaire modifié indique: "Chrétien Témoin de Jéhovah"."

Il est à noter, à titre de comparaison, que les mormons utilisent, même sur leurs sites officiels, le termes de "mormons" et de "mormonisme" pour se désigner, bien qu'il préfèrent généralement les expressions "Saints des derniers jours" et "Église de Jésus Christ des saints des derniers jours".

Raisons et conséquences de ce rejet

Comme le note Vivien Perrec, "contrairement à d'autres courants religieux, [la Watch Tower] rejette l'utilisation à son égard d'une dénomination dont la racine est similaire à d'autres dénomination du même genre", citant à titre d'exemple le bouddhisme ou le confucianisme, nommés selon leur maître spirituel respectif. Selon lui, le mouvement "interprète comme une véritable insulte le fait qu'on utilise l'expression jéhovisme pour le désigner"; il relève que lorsque ce terme ou le substantif qui en est dérivé figurent dans une publication du mouvement, "ils sont associés à la persécution ou à l'opposition violente et diffamatoire". Il ajoute: "Cela est explicable par le fait que ces termes constituent une déformation par rapport à ce qu'ils considèrent comme étant le nom divin et qui est d'une importance sacrée dans le mouvement. Ils estiment que cette utilisation est blasphématoire."[14]

De même l'ex-membre Dominique Dott relève qu'"il y a l'Église catholique et les catholiques, l'Église réformée et les protestants, l’Église chrétienne de l'avènement et les adventistes etc. et il y a les Témoins de Jéhovah. On pourrait alors se servir de l'adjectif "jéhovistes" pour nommer les fidèles. Or, ce terme n'existe pas dans leur vocabulaire." Cela est problématique car, comme il le souligne, "le moindre reproche prononcé à l'encontre du mouvement est vécu par les fidèles comme une atteinte à leur propre identité, et ce d'autant plus que les fidèles et le mouvement s'identifient par le même nom, "Témoins de Jéhovah", ce qui crée alors la confusion lorsqu'on parle d'eux".[15] Dès lors, il peut être nécessaire de bien spécifier que l'on parle de la Société Watch Tower (l'organisation) et non des Témoins de Jéhovah (les fidèles) lorsque quelqu'un aborde un point critique, bien que cette nuance n'ait pas davantage de chance d'être acceptée par l'adepte.

Voir aussi

Références

  1. Arrowup.png Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, "Jéhovisme", cnrtl.fr. Consulté le 15 mai 2012
  2. Arrowup.png Webster's Online Dictionary (anglais), "Jehovist", websters-dictionary-online.com. Consulté le 15 mai 2012
  3. Arrowup.png Blanchard, Arnaud (2006), "Le monde jéhoviste des imprimés", Archives de sciences sociales des religions, pp. 37-62. Consulté le 15 mai 2012
  4. Arrowup.png Dericquebourg, Régis (1986), "Le Jéhovisme: une conception comportementaliste de la vie religieuse / Jehova's Witnesses: A Behaviorist Conception of Religious Life", Archives des sciences sociales des religions, N. 62, doi: 10.3406/assr.1986.2409, pp. 161-76. Consulté le 15 mai 2012
  5. Arrowup.png Wiktionary (anglais), "Jehovist", en.wiktionary.org. Consulté le 15 mai 2012
  6. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 avril 2001, p. 14, "Quel est l'avenir de la religion?"
  7. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 février 1997, p. 25, "Des assemblées en Roumanie malgré l'opposition"
  8. Arrowup.png WTBTS (2002), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 206
  9. Arrowup.png WTBTS (2004), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 112
  10. Arrowup.png WTBTS (2000), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 206
  11. Arrowup.png WTBTS (2008), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 114
  12. Arrowup.png Réveillez-vous!, 22 mars 1987, p. 5, "Pourquoi beaucoup deviennent-ils Témoins de Jéhovah?"
  13. Arrowup.png WTBTS (2005), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 14
  14. Arrowup.png Perrec, Vivien (2012), Les Témoins de Jéhovah: Analyse psychosociale, L'Harmattan, p. 18 (ISBN 978-2-296-56005-5)
  15. Arrowup.png Dott, Dominique (2009) (français), Les Témoins de Jéhovah, théocratie apocalyptique, Biarritz: Altantica, p. 190 (ISBN 978-2-7588-0271-6)