Manipulation chez les Témoins de Jéhovah

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Alors que les fidèles des mouvements qualifiés de "sectes" affirment être libres de partir ou de rester dans leur mouvement, et ne subir aucune pression, certains des critiques de ces mouvements pensent au contraire que la vie y est caractérisée par une "manipulation mentale" ou un "lavage de cerveau". Pour ne pas se limiter à ces deux visions extrêmes, nous tenterons dans cet article de cerner les influences sociales, psychologiques et cognitives qui font que, selon le psychologue social Eric Dépret (2001) : « il n’est nul besoin de postuler l’existence de forces mystérieuses pour rendre compte de procédés d’influence extrêmement puissants » (p. 205)[1] dans ces mouvements. Nous dresserons un inventaire sûrement partiel d'influences et de manipulations réelles ou supposées qui font l'objet de critiques dans le mouvement des Témoins de Jéhovah.

Au risque d'être redondants, nous aborderons d'abord la question de la manipulation en général pour pouvoir ensuite passer en revue ces manipulations d'une manière chronologique, tel qu'un fidèle Témoin de Jéhovah peut les rencontrer au long de son évolution dans le mouvement, de la conversion à l'excommunication. Par la suite nous aborderons ces manipulations sous l'angle des médias ou vecteurs de communication (revues, réunions, etc...) qui peuvent en faire usage.

Sommaire

Questions générales sur la manipulation mentale

Définition de la manipulation

Manipuler, c'est faire faire à quelqu'un ce qu'il n'aurait pas fait de lui-même. Plus précisément, on parle de manipulation mentale lorsque par des moyens mentaux, c'est-à-dire recourant à l'imagination, aux émotions, à des communications verbales ou comportementales, on obtient d'un individu ou d'un groupe d'individus un comportement qu'il(s) n'aurai(en)t pas eu sans l'usage de ces moyens. Pour le manipulateur, l'avantage essentiel qu'il trouve à ce genre de moyens est qu'il obtient les comportements qu'il désire du manipulé sans avoir à recourir à quelque contrainte ou violence physique apparente que ce soit : mieux, le manipulé agit en croyant œuvrer de son propre chef, de sorte qu'il continuera même de «s'auto-manipuler» quand le manipulateur se sera absenté.

Bonne et mauvaise manipulation ?

D'un point de vue scientifique, la manipulation mentale n'est ni bonne, ni mauvaise. Elle est étudiée, notamment par la psychologie sociale et la psychologie cognitive, comme un phénomène dont il s'agit d'établir les causes et les conséquences psychiques et sociales sans préjuger de leur valeur bonne ou mauvaise. C'est du point de vue moral que nous jugeons que la manipulation mentale est nécessairement mauvaise, surtout pour des questions d'ordre religieux, parce qu'elle contourne le libre-arbitre qui de ce point de vue devrait être intouchable. Pourtant la manipulation intervient dans de nombreux domaines de la vie sociale sans que cela provoque de grandes récriminations : publicités qui nous font acheter ce que nous n'aurions pas acheté de nous-mêmes sans elles, stages de motivation qui poussent les employés à se dépenser au service de l'entreprise plus qu'ils ne l'auraient fait d'eux-mêmes, et même usage dans l'éducation morale des enfants d'histoires comme celle du Père Noël ou du Loup-garou pour ne pas avoir à recourir sans cesse à des récompenses physiques et/ou se passer des fessées quand on veut les «civiliser».

Il serait cependant difficile, du point de vue d'une éthique cohérente, de mettre sur le même plan la manipulation qui consiste à promettre des cadeaux de Noël à un enfant pour qu'il travaille bien à l'école et celle qui consisterait à lui promettre monts et merveilles pour qu'il accepte d'un adulte des sévices sexuels par exemple : dans un cas, le but de la manipulation est de servir l'intérêt du manipulé ; dans l'autre, c'est uniquement au profit du manipulateur qu'il y a manipulation. La manipulation mentale en général peut ainsi être considérée comme un outil qui n'est ni bon ni mauvais en soi mais seulement dans l'usage qu'on en fait, de même qu'un marteau peut ou bien servir à construire une maison ou bien servir à fracasser la tête de son prochain.

Ainsi tout au long de leur Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens[2], les psychologues sociaux Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois suggèrent que si une manipulation, utilisée de façon consciente ou pas, sert les intérêts de la personne manipulée ou l'intérêt général (engagement dans des associations charitatives ou de promotions de valeurs générales comme la démocratie etc.), alors elle peut être acceptable moralement. Certes, cela est beaucoup plus acceptable avec des enfants qu'avec des adultes : on recourrera aux émotions et à l'imagination pour déterminer le comportement avec les premiers justement parce qu'ils ne sont pas encore pleinement raisonnables pour leur donner une discipline de base qui leur permettra par la suite d'acquérir celle de la raison. Mais loin s'en faut pour que les adultes agissent toujours de façon pleinement raisonnable : la manipulation pourrait être dans ce sens acceptable pour aider une personne à cesser de fumer ou de boire excessivement.

En même temps, il n'est pas de manipulateur intéressé uniquement par ses propres buts égoïste qui ne prétende en fait agir au nom de l'intérêt du manipulé et surtout ne faisant pas en sorte que le manipulé ne s'aperçoive pas qu'il est comme télécommandé à son insu, lui donnant l'impression qu'il agit dans le cadre d'une liberté totale. Aussi la prudence s'impose dès lors qu'on peut percevoir une situation de manipulation qu'il s'agisse de la publicité qui nous explique que nous avons "tout à fait intérêt" à nous endetter auprès d'un service de crédit et qu'en plus nous aurons des avantages particuliers si nous signons tout de suite ou qu'il s'agisse du gourou qui nous fait comprendre que nous avons tout à gagner si nous nous délestons de grosses sommes d'argent ou de temps à son service pour créer l'espace vide nécessaire pour recevoir la lumière divine dont il est le canal. D'où l'intérêt de connaître précisément les techniques de manipulation qui sont souvent très subtiles voire paradoxales.

Peut-on manipuler autrui involontairement ?

Les principales techniques de manipulation et leurs applications éventuelles chez les Témoins

Il nous faut d'abord préciser ce qui ne relève pas exactement de la manipulation mentale : lorsqu'il y a essentiellement recours à des pressions physiques évidentes, on parlera plutôt de contrainte que de manipulation. Ainsi les techniques reposant sur une menace physique directe comme le chantage ou encore sur une forte récompense immédiate ne relèvent pas à proprement parler de la manipulation. Le sentiment de subir une pression fait que l'individu ne s'y soumet qu'extérieurement, il n'intériorise pas la règle qu'on veut lui voir adopter. A fortiori les techniques faisant intervenir des drogues ou des tortures d'ordre physique ne nous concernent pas ici.

Manipulations fondées sur l'émotion

Crainte, espoir, culpabilité

Déjà au XVIIème siècle, le philosophe Baruch Spinoza constatait dans son Traité politique : « Je dis qu’un homme en a un autre sous son pouvoir, quand il le tient enchaîné, ou quand il lui a ôté ses armes et les moyens de se défendre ou de s’évader, ou encore quand il le maîtrise par la crainte, ou enfin quand il se l’est tellement attaché par ses bienfaits que celui-ci veut obéir aux volontés de son bienfaiteur de préférence aux siennes propres et vivre à son gré plutôt qu’au sien. Dans le premier cas et dans le second, on tient le corps, mais point l’âme ; dans les deux autres, au contraire, on tient l’âme aussi bien que le corps, mais seulement tant que dure la crainte ou l’espérance ; car, ces sentiments disparus, l’esclave redevient son maître. »[3]. Ce que nous appelons aujourd'hui « manipulation mentale » relève des deux derniers cas : par la crainte d'un mal à venir ou l'espoir de nouveaux biens s'ajoutant aux anciens, il est facile d'obtenir ce qu'on veut de la part d'une personne qui est dominée par ses émotions. Le philosophe remarque un peu plus loin qu'au contraire lorsqu'un homme n'est gouverné que par le raisonnement, il n'obéit qu'à lui-même et se révéle donc beaucoup plus difficile à soumettre, alors que lorsque ce sont les émotions ou les passions qui lui dictent son comportement, il peut facilement tomber sous l'empire d'un autre assez habile pour exploiter cette faiblesse.

D'autres émotions, plus complexes que la crainte et l'espoir, peuvent aussi être utilisées pour prendre le contrôle d'un tiers : l'indignation, l'amour, l'orgueil, la vanité, la culpabilité.

Harmaguédon, le Paradis et l'organisation, manipulation des sentiments chez les TJ

La crainte

  • Le sentiment d'urgence des temps ou de destruction imminente est continuellement mis en avant: "Le temps est court".
  • Le doute sur le salut dans le cadre de cette imminence de la fin: "Restez éveillez", celui qui s'endort peut se retrouver désapprouver et donc détruit au moment de la venue du Christ.
  • En dehors de l'organisation point de salut, l'esprit de Dieu agit dans l'organisation, s'en séparer, c'est perdre et l'approbation de Dieu et son esprit protecteur.

L'orgueil

  • Vous connaissez la vérité alors que le monde est dans les ténèbres.

Usages fallacieux du raisonnement

Sophistique et rhétorique

Une façon classique d'extorquer le consentement d'un individu est de recourir aux artifices de la sophistique et de la rhétorique : on le persuade d'agir dans le sens voulu par le manipulateur en modifiant sa façon de percevoir les choses soit par des raisonnements apparemment corrects mais faux en réalité (sophistique), soit par de belles paroles qui lui rendent séduisante l'opinion et par conséquent l'action qu'on veut lui voir adopter (rhétorique). Ainsi si un chef déclare à ses subordonnés : "vous êtes avec moi ou contre moi", il semble recourir au principe logique du tiers exclu qui fonctionne dans des affirmations du type "il fait jour ou bien il fait nuit", de sorte que ses subordonnés seront amenés à se sentir obligés d'être avec lui pour éviter d'être considérés comme les ennemis d'un être potentiellement redoutable mais dans le précédent exemple, il s'agit en fait du sophisme de la fausse alternative puisqu'on peut très bien choisir de n'être ni pour ni contre, c'est-à-dire indifférent. Les sophismes fonctionne assez souvent parce que dans la vie de tous les jours, on ne prend pas le temps d'examiner avec soin la validité logique de tous les petits raisonnements dont la communication est faite : on adopte une opinion erronnée d'abord par précipitation, puis n'ayant pas l'occasion de la remettre en cause mais au contraire étant amenés à l'entendre répéter, elle devient un préjugé qu'il sera ensuite très difficile de corriger. La rhétorique est un discours qui fait davantage appel aux émotions et au sentiment de l'intérêt particulier des auditeurs : face à un groupe d'ouvriers, un chef de parti aura, au moins au début, plus de chances de les voir adhérer à son organisation s'il leur déclare qu'il se propose de forcer le patronnat à augmenter leur salaire alors que les autres partis seraient au service d'autres classes sociales que s'il s'avisait de dire que son but était l'entente et la prospérité de toute la société. Peu importe s'il n'a pas ensuite les moyens de sa politique. [4]

L'art du discours chez les Témoins

Le conditionnement

La méthode pavlovienne

On peut appeler méthode pavlovienne toute démarche visant à changer les comportements d'un individu en passant par un conditionnement méthodique. En effet, Ivan Pavlov, physiologiste russe du début du XXème siècle étudiait le processus de salivation des chiens dans le cadre d'une recherche sur la digestion. Après une incision dans la joue d’un chien et l'insertion d'un tuyau qui récupérait la salive produite par la glande salivaire de l’animal, il mettait de la viande en poudre dans la gueule du chien pour en observer l’effet. Il remarqua qu’un chien qui revenait dans le laboratoire de recherches après plusieurs fois, se mettait à saliver avant même qu’on le nourrisse. Le chien salivait à voir simplement la pièce, le plat où on mettait la nourriture, la personne qui la lui donnait où encore à sentir l’odeur de la viande. De ce point de vue, le changement de comportement d'un individu ne s'appuie pas sur une action logique sur ses opinions ou façons de penser mais plutôt d'une association régulière et durable du son d'un sifflet ou d'une cloche à chaque prise de nourriture, le chien se met à saliver dès qu'il entend le sifflet ou la cloche sonner alors que pour lui, cloche et nourriture n'avaient a priori rien à voir.

Pavlov a vu dans ce phénomène la base de l’apprentissage. Cette théorie a influencé certaines méthodes pédagogiques qui ont eu plus ou moins de succès (un conditionnement trop grossier peut produire un "renforcement négatif"). On en retrouve aussi beaucoup l'influence dans les publicités qui associant régulièrement par exemple l'image d'une femme dénudée à celle d'une voiture sont supposées déterminer le spectateur masculin à désirer acheter cette voiture quand il la verra dans d'autres conditions. L'image de la femme et celle de la voiture n'ont a priori rien à voir, la première est désirable tandis que la seconde est assez indifférente pour la plupart des hommes qui ont déjà une voiture mais leur association rend le second objet beaucoup plus désirable. Ce genre de publicité s'appuie sur la répétion qui résulte du passage régulier d'un spot télévisé et supposent une « campagne » assez longue. Certaines réclames utilisent la répétition d'une association au cours d'un seul et même spot : tel personnage gai et sympathique à qui l'on peut désirer ressembler répète une quinzaine de fois le nom d'une marque de vitamines tandis qu'une voix-off féminine le répète à son tour 5 ou 6 fois et que ce nom est inscrit sur l'écran sous plusieurs formes pendant tout le spot. D'autres enfin, pour un numéro de renseignement téléphonique, par exemple, associent de nombreuses répétitions dans un spot et une campagne sur le long terme à l'image de personnages gais et entraînants.[5]

Associations régulièrement répétées chez les Témoins

La dissonance cognitive

Réduire l'inconfort psychologique

La précédente méthode n'explique pas cependant comment on peut changer le comportement d'une personne qui aurait assez fermement décidé de faire le contraire. On aura beau répéter l'association d'une image positive à celle du comportement qu'on veut voir adopter ou une image négative à celle que l'on veut voir refuser, la personne visée s'apercevra assez vite de la démarche et y résistera d'autant plus qu'on cherchera à reproduire cette démarche. Ainsi les campagnes de santé publique qui rabachent l'association de l'image du bien-être à celle de ne pas fumer ou celle de la souffrance à celle de fumer ne sont pas très efficaces sur les fumeurs (bien qu'elles soient cependant probablement assez opérantes pour convaincre les non-fumeurs de continuer de ne pas fumer). Face à ce problème, le psychologue Léon Festinger, émet en 1957 l'hypothèse selon laquelle le fait d'avoir à défendre une position à laquelle on n'adhère pas crée un sentiment d'inconfort psychologique que l'on cherchera à réduire en modifiant son comportement pour que celui-ci s'ajuste à la position que l'on a défendue. Ainsi, si l'on parvient à faire signer à un fumeur une pétition contre le fait d'embêter autrui avec sa cigarette (ce qu'il refusera rarement, étant civilisé), il aura plus de chances de vouloir arrêter par la suite, pour ajuster son comportement à sa prise de position, que si on lui avait répété une centaine de fois "Fumer = pas bien".

On entre ici dans une théorie qui permet d'expliquer de nombreux phénomènes psycho-sociaux mais notamment certaines formes de manipulations subtiles car ce n'est pas directement ce qu'on dit ou ce qu'on fait au sujet qui le pousse à changer de comportement et de façon de penser mais c'est ce qu'on lui fait faire qui l'amène à changer de lui-même de comportement et de façon de penser. Ce sont ses propres actes qui déterminent ses idées et non, comme on le croit souvent, ses idées qui déterminent ses actes, et ce avec d'autant plus de force que la dissonance cognitive est créée dans un contexte de liberté apparente. Ainsi, pendant la guerre de Corée dans les années 50, les chinois étaient empiriquement parvenus à obtenir de prisonniers américains des informations et des prises de positions anti-américaines étonnantes. Le fameux « lavage de cerveau » était pourtant beaucoup plus doux qu'on ne pourrait s'imaginer. On demandait d'abord simplement à tel prisonnier d'accomplir de petits actes en contradiction avec ses idées ou ses valeurs. On lui demandait par exemple de déclarer devant quelques personnes que "tout n'était pas parfait aux Etats-Unis" contre une petite récompense tout en lui disant qu'il n'était pas obligé d'accepter. Pour résoudre le malaise qu'il pouvait y avoir à avoir dit quelque chose que beaucoup d'autres prisonniers auraient rejetés, ceux qui avaient accepté se mettaient à penser qu'effectivement tout n'était pas si parfait que cela aux Etats-Unis. Une fois la brèche ouverte, il suffisait d'aller progressivement de plus en plus loin : d'abord leur demander d'exposer par écrit ce qui n'allait pas aux U.S.A., puis participer à des concours de rédaction de slogans pro-chinois, pour finir par livrer des renseignements militaires aux chinois ou dénoncer des tentatives d'évasion de leurs codétenus. [6]

Malaises et soulagements chez les Témoins

La théorie de l'engagement

Assez récemment, les psychologues sociaux R.V. Joule et J.L. Beauvois, ont élaboré une théorie générale des comportements manipulatoires englobant le mécanisme de la dissonance cognitive sans s'y réduire. L'engagement est ici un acte qui a des conséquences vécues comme irréversibles sur notre comportement et nos opinions : si j'adhère à une association contre la pollution, je me sens tenu par exemple de ne plus gaspiller inconsidérément les ressources non-renouvelables de la planète. Selon cette théorie de l'engagement, on obtient d'une personne une grande gamme de comportements quand on parvient à faire en sorte qu'elle s'engage dans le sens qu'on désire, sachant qu'ici aussi très peu de choses sont nécessaires au début pour obtenir un engagement qui deviendra ensuite de plus en plus fort. A la différence de la théorie de la dissonance cognitive, il ne s'agit pas nécessairement de créer un sentiment de malaise à réduire : d'autres comportements peuvent être obtenus sans passer par une mise en contradiction du sujet avec lui-même, toujours assez délicate à mettre en œuvre. Ce mécanisme s'appuie sur un phénomène dit de persévération et de consistance personnelle : nous avons tous vécu la sensation d'une escalade d'engagements qui nous mènent à faire des choses que nous n'aurions pas désirées ; par exemple, après avoir décidé d'aller voir tel film au cinéma et bien qu'une fois arrivé sur place, il n'y a plus de places pour ce film, ni pour un éventuel second choix, nous en venons à décider d'aller voir tel film qui ne nous intéressait pas du tout, « histoire de ne pas s'être déplacé pour rien », pour ensuite rester jusqu'au bout, « histoire de ne pas passer à ses propres yeux pour une girouette sans consistance » malgré l'ennui profond que le film provoque en nous et malgré la possibilité que nous aurions eu de faire quelque chose de beaucoup plus intéressant en sortant de la salle avant la fin.

L'engagement peut être manipulé selon au moins cinq modalités différentes qu'on combinera selon les besoins de la situation. On le rendra d'autant plus fort qu'il sera :

  • pris en public, de façon non-anonyme ;
  • répété plusieurs fois au travers d'actes qui le rappellent ;
  • rendu révocable ou irrévocable selon le degré d'engagement déjà obtenu ;
  • opposé à des actes en apparence plus coûteux ou difficiles à mettre en œuvre ;
  • obtenu avec l'impression d'une liberté totale de la part du manipulé, de façon à ce qu'il se sente avant tout engagé par lui-même (l'engagement n'est pas l'obligation : on évitera donc les menaces de punitions trop directes mais également les récompenses trop importantes qui apparaîtront comme des formes d'obligations déguisées ; plus récompense sera faible, plus le sujet sera engagé).

Sur cette base, Joule et Beauvois isolent un certain nombre de techniques de manipulation précises, qui dans la pratique manipulatoire empirique ou méthodique sont le plus souvent avantageusement combinées :

L'amorçage

Cette technique consiste à amener une personne à prendre une première décision peu coûteuse (en termes d'argent, de temps, d'énergie physique et psychique...) en cachant d'abord que cette décision l'engagera à en prendre de plus coûteuses par la suite. Une fois la première décision obtenue, le manipulateur dévoile ses conséquences, en l'occurrence, une seconde décision plus coûteuse. Par exemple, un manipulateur probablement inconscient téléphone à une connaissance de bureau en lui disant "tu disais l'autre jour que ce serait bien de parler ensemble plus tranquillement qu'au travail, que dirais-tu qu'on se voie chez toi ce week end ?", devant une réponse positive, le premier dit alors "d'accord, je viendrai avec des brochettes samedi soir et j'emmènerai de quoi dormir pour ne pas avoir à rentrer la nuit avec de l'alcool dans le sang", ne pouvant s'opposer à tant de bon sens, le manipulé s'entend alors dire "mais tu sais je ne peux pas laisser Irène avec les gamins à la maison, tu n'as rien contre ma femme et mes enfants ?"... Et voilà notre manipulé qui étant parti pour passer deux ou trois heures avec un collègue qu'il trouvait sympathique jusqu'à présent se retrouve avec toute une smala qui gâchera son week-end.

L'amorçage selon la Watch Tower

Le leurre

Il s'agit ici d'amener un individu à prendre librement la décision de se comporter d'une façon X qu'il est supposé en retirer certains avantages non-négligeables. Une fois la décision prise, on lui apprend que les circonstances ayant changé, il n'a pas la possibilité de se comporter d'une façon X et on lui offre dans la foulée d'émettre un comportement de substitution, plus coûteux et ne présentant pas les mêmes avantages. Par exemple, un marchand de chaussure annonce qu'il vend des chaussures de marque à un prix très avantageux, un client potentiel, alléché par l'offre, entre dans le magazin pour acheter ces chaussures (première décision), puis voyant les chaussures, il voit qu'il n'y en a qu'en très grande taille ou en très petite. Au lieu de tourner les talons, le client de base consentira à regarder voire à acheter les autres chaussures d'une marque moins connue pour le même prix ou d'une autre marque connue mais beaucoup plus chère que le vendeur lui proposera alors pour sortir finalement du magazin avec des chaussures qu'il n'avait pas au départ projeté d'acheter.

Le leurre selon la WT

Le pied dans la porte

C'est une des techniques les mieux étudiées. Comme l'amorçage, elle procède au moins en deux temps mais alors que l'amorçage prépare la seconde décision la plus coûteuse par une simple décision peu coûteuse, le pied dans la porte la prépare par un acte de même ordre que celui qu'on attend dans un second temps, plus que par une simple parole. Ainsi dans une expérience de Freedman et Fraser en 1966, les chercheurs demandaient dans un premier temps à des ménagères de participer à une courte enquête téléphonique (répondre à huit questions anodines) sur leurs habitudes de consommation. Trois jours plus tard, ces mêmes ménagères étaient sollicitées pour recevoir chez elles une équipe de 5 ou 6 hommes qui devraient avoir toute liberté de fouiller dans la maison pendant au moins deux heures afin d'établir la liste complète des produits de consommation s'y trouvant. De cette façon, 52,8% des femmes sollicitées acceptèrent la demande alors que dans une autre expérience où on leur demandait directement de passer à la seconde étape, sans les avoir préparées par la première, seules 22,2% acceptèrent la sollicitation. Dans d'autres expériences...

Le pied dans la porte selon la WT

La porte au nez
Le pied dans la bouche
Le pied dans la mémoire
Autres techniques secondaires
  • Le toucher
  • La crainte puis le soulagement
  • L'étiquettage
  • Le "mais vous êtes libre de "
  • Le "un peu c'est mieux que rien"
  • Le "mais ce n'est pas tout"

La notion de "contrôle de la pensée" de Steven Hassan

D'autres modèles que le concept de "manipulation mentale" sont développés tout en revenant à peu près au même. Par exemple Steven Hassan dans son livre Protégez-vous contre les sectes développe l'idée du contrôle de la pensée qu'il sépare en quatre composantes à la suite de Léon Festinger et de sa "théorie de la dissonance cognitive" :

Contrôle du comportement

Contrôle de la faculté de réflexion

Contrôle des émotions

Contrôle de l'information

Les manipulations dans les grandes étapes de la vie d'un Témoin de Jéhovah

L'approche et la conversion

De porte en porte

Il faut avant d'examiner les méthodes de manipulation dans le processus de conversion, délimiter la quantité de converti par type de contact avec le mouvement.

On entend souvent les mouvements antisectes dénoncer le prosélytisme des Témoins de Jéhovah de porte en porte, néanmoins la quantité de converti par contact de porte en porte varierait suivant les études de 5 à 20% de la totalité des convertis, ce qui est relativement peu en rapport avec les efforts déployés par le mouvement dans cette méthode. C'est dans ce cadre de faibles résultats qu'il faut examiner les manipulations mise en oeuvre dans la prédication de porte en porte. Il semble que si manipulation il y a, le but n'est pas à chercher nécessairement dans la conversion, mais plutôt dans la cohésion du groupe: On impose une technique de démarchage difficile (mauvais temps, indifférence) aux fidèles non pas pour convertir, mais pour souder le groupe ou la congrégation autour d'une activité commune. Ce qui compte c'est l'obéissance au commandement venant de la hiérarchie, pas l'efficacité qui conduirait à revoir cette méthode de contact et de conversion.

Si on peut supposer que l'aspect des proclamateurs propres et modestes, en costume-cravatte sans élégance particulière, inspirait confiance à une époque auprès d'une population des classes modestes, il semble que celà ne soit plus le cas, et qu'il s'agisse plutôt d'une sorte de marque de fabrique, un moyen d'identification sans parole: Même si vous n'ouvrez pas aux Témoins de Jéhovah, vous savez qu'ils sont passés.

Dès lors la manipulation en porte à porte se limite aux introductions que les Témoins de Jéhovah utilisent pour se présenter, dramatisant fortement l'actualité, ciblant ainsi les personnes en souffrance et menant toujours vers le placement d'un livre ou périodique, la politesse que déploit le Témoin de Jéhovah (de nos jours), et la tentative de donner l'impression d'être d'accord avec son interlocuteur même si ce n'est pas le cas. Il s'agit plus de donner bonne impression, que de réellement convertir dans cette première approche: Le mouvement insiste sur le fait que l'on doit donner progressivement la connaissance aux prospects éventuels et qu'il ne faut pas trop développer d'idées à chaque passage y compris le premier.

On peut néanmoins reprendre les données développées par Jean-Marie Abgrall dans son livre La Mécanique des sectes en ce qui concerne ce qu'il appelle le discours de persuasion coercitive qui selon lui repose sur la mystification (Pages 124,125).

  • La fabulation: Noircir la vie dans le "monde", et dépeindre de manière idyllique la vie chez les Témoins de Jéhovah. Citer sans cesse les écritures pour donner l'impression de rationalité, sans parfois même connaître le contexte du texte notamment des prophètes de l'ancien testament.
  • La simulation: Le proclamateur fait preuve de conviction et de certitude, quand bien même le même jour il a vécu des faits le décourageant (On note d'ailleurs qu'un des principaux moyens pour lutter contre le doute encouragé par le mouvement est la prédication. La personne contactée ne sait pas que le proclamateur se prêche à lui-même)
  • La dissimulation: Dans ce cadre, le proclamateur cache et se cache les faits dérangeants, ses doutes.
  • La séduction: Abgrall met en avant justement la politesse comme oeuvre principale de persuasion et séduction.

Les manipulations quotidiennes que subit un témoin de Jéhovah

L'excommunié: Toujours manipulé bien qu'en dehors ?

Les vecteurs et canaux de manipulation

Les écrits: le "canal" privilégié de la manipulation ?

L'image: Illustration de l'enseignement écrit et/ou message autonome ?

Les réunions: Lieux de sociabilité et d'information et/ou rituels de renforcement de l'appartenance ?

Le groupe de fidèles: Soutien et/ou coercition ?

La persécution est-elle subie et/ou provoquée ?

Références

  1. Arrowup.png Dépret É. (2001) Sectes et manipulations mentales: débat public et analyse psychosociale. Dans J. -M. Monteil et J. -L. Beauvois (dir.) La psychologie sociale, volume 5, des compétences pour l'application. Grenoble : Presse Universitaire de Grenoble, 195 - 212
  2. Arrowup.png paru en 2002 aux Presses Universitaires de Grenoble.
  3. Arrowup.png Traité Politique, Chapitre II, paragraphe 10
  4. Arrowup.png Pour approfondir ce point, voir Wikipédia et aussi L'art d'avoir toujours raison de Schopenhauer].
  5. Arrowup.png Pour approfondir ce point, voir sur Wikipédia les articles Ivan Pavlov et Conditionnement.
  6. Arrowup.png Source principale : article La dissonance cognitive : une clé de l'endoctrinement de Robert-Vincent Joule, directeur du Laboratoire de psychologie sociale de l'Université de Provence, dans le magazine Cerveau et Psycho n°10 de juin-septembre 2005. Voir aussi l'article Dissonance cognitive de Wikipédia.