Mariage

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Bien que la société Watch Tower ne le considère pas comme un sacrement et qu'elle ait toujours privilégié le célibat, le mariage est un événement important dans la vie d'un membre des Témoins de Jéhovah. La façon dont cette institution a été perçue au fil du temps au sein de l'organisation a toutefois grandement évolué en fonction des dirigeants, et certaines conceptions dévalorisantes à l'époque du président Joseph Rutherford ont causé de profondes difficultés à bon nombre de Témoins. Fort heureusement, le mariage est à présent réhabilité; quant à la cérémonie elle-même, elle ne diffère pas vraiment de celle pratiquée dans d'autres confessions.

Historique

Voir aussi Sexualité et Condition féminine

La façon dont le mariage a été considéré tout au long de l'histoire de la Société Watch Tower a fortement été tributaire des conceptions personnelles des dirigeants sur le sujet et de leurs propres histoires conjugales, qui ensuite se répercutaient sur l'ensemble de la communauté des adeptes, avec parfois des conséquences qui ont été qualifiées de "dramatiques".[1] L'historien James Penton dit d'ailleurs sur ce sujet qu'il est possible de présenter les Témoins comme étant "à la fois émotionnellement insatisfaits et quelque peu bizarres, au moins jusqu'au années 1950".[2]

Époque de Russell

Pour Charles Taze Russell, un mari était "soigneusement justifié en se considérant lui-même comme abandonné, et en prenant une maison séparée" de son épouse, affirmant que celle-ci pouvait exercer des "tyrannies" capables de transformer le foyer en "véritable purgatoire". Selon l'auteure Barbara Harrison, Russell avait reçu de nombreuses lettres de "la fournaise matrimoniale de l'affliction" qui l'avait convaincu que le célibat était la meilleure condition pour un humain, Jésus offrant d'ailleurs l'exemple à cet égard.[3] Cette conception plutôt singulière se comprend aisément lorsqu'on connaît les tribulations matrimoniales des époux Russell, qui conduisirent à une séparation légale médiatisée à l'époque. Par ailleurs, Russell vantait l'abstinence au niveau sexuel même dans le cadre du couple marié, et certains parmi les Étudiants de la Bible vivaient leur mariage sans sexe pour ressembler à leur leader religieux.[4]

En 1906, Russell expliqua que selon lui, le travail de colporteur n'était pas forcément destiné à une épouse, à moins que le mari y soit favorable, car en effectuant ce travail elle en viendrait à négliger ce dernier ainsi que sa maison, expliquant qu'"elle a un devoir d'épouse" qu'elle "ne doit pas violer", devoir incluant la prise en charge de la maisonnée. Et même dans le cas où le mari donnait son accord, il précisa qu'il fallait toujours prendre en compte les "intérêts" de celui-ci et ce qu'il pouvait raisonnablement demander ou attendre.[5]

Époque de Rutherford

Caricatures accompagnant l'article "That Delusion Called "Love"", dans L'Âge d'Or du 27 janvier 1937, p. 270

En adéquation avec son tempérament austère, Joseph Rutherford exprima des vues très dures sur l'amour romantique et le mariage. Par exemple, en 1937, un article du périodique L'Âge d'Or, lui-même basé sur un discours de Rutherford intitulé "Love", les rendait responsables de nombreux meurtres passionnels, de tentatives de suicides, de déceptions, de jalousies, et même d'avoir changé le cours des nations; le mariage et les sentiments amoureux étaient présentés comme semblables à une addiction à l'opium et aux beuveries alcoolisées. Rutherford indiquait qu'à la limite, le mariage idéal était celui qui se pratiquait dans l'antique Israël — c'est-à-dire lorsque les parents d'un jeune homme lui choisissaient une épouse, et même lorsque les futurs conjoints ne se voyaient pas comme dans le cas d'Isaac et de Rebecca — et encourageaient les Témoins à suivre cette procédure, dans le cas extrême où ils voudraient se marier. Puisque faire la cour à une femme était mal vu, il était conseillé aux hommes de dire franchement à leur prétendante qu'ils souhaitaient se marier parce qu'ils avaient besoin de sexe de temps à autre. Des caricatures accompagnaient de telles recommandations dignes de l'Antiquité.[6][7] En 1935, une question posée dans La Tour de Garde révéla que le mariage était tellement mal vu au sein des Témoins de Jéhovah que certains prétendaient même qu'il n'était pas nécessaire de se marier légalement, et qu'il suffisait de vivre ensemble en se considérant comme mari et femme sans passer par une cérémonie; toutefois, dans sa réponse, Rutherford encouragea ceux qui souhaitaient se marier à satisfaire à toutes les exigences légales requises.[8]

En 1938, Rutherford exhorta les adeptes à reporter leur mariage à la période suivant Har-Maguédôn;[9] trois ans plus tard, l'ouvrage Enfants mit en scène deux jeunes qui, alors en âge de pouvoir fréquenter, décidaient de ne pas se marier dans le "présent système de choses". Il déclarait notamment: "Tant les hommes que les femmes, qui font partis des Jonadabs ou "autres brebis" du Seigneur, doivent-ils se marier avant Har-Maguédôn et avoir des enfants? Ils peuvent vouloir faire ainsi, mais les directives ou les conseils des Saintes Écritures semblent être contre cela."[10] De même, de nombreux discours de Rutherford faisaient la promotion du service de pionnier au détriment du mariage, à tel point qu'un Témoin de cette époque, cité par l'auteur David A. Reed, avait l'habitude de tourmenter son épouse en lui citant la description dévalorisante de la femme faite par Rutherford lors du congrès de St-Louis de 1941, et en lui chantant: "Je voudrais être à nouveau célibataire".[11]

L'auteur Timothy White considère que ceci constituait alors une forte incitation à rejeter le mariage au sein de la communauté des Témoins, et ceux qui se mariaient étaient considérés comme faibles spirituellement, ce qui conduisait à des restrictions de "privilèges" au sein du mouvement. L'ex-membre du Collège Central Raymond Franz déplore que ceux qui ont suivi ce conseil de ne pas se marier ont passé leur vie en étant seuls et sans enfant. Par ailleurs, ces points de vue extrémistes érigés en règles eurent des effets déplorables sur nombre de mariages jéhovistes dans les années 1930-40: en effet, une étude indiqua que des maris Témoins négligeaient leurs épouses à tous les niveaux, que les relations conjugales étaient souvent mauvaises et les rapports sexuels profondément affectés par les prescriptions émanant de la Watch Tower.[1]

Selon Harrison, le mariage était considéré par la Watch Tower comme un signe d'"égoïsme" dans les années 1940. Ironiquement, l'auteure fait remarquer que l'interdiction de se marier était pour les Témoins un signe des derniers jours — croyance basée sur 1 Timothée 4:1-4 — et que le célibat "forcé" des prêtres dans l'Église catholique était la preuve qu'il s'agissait d'une fausse religion, alors que cela devenait un "choix" et le signe de la vraie religion lorsque cela se passait chez les Témoins.[3] De plus, comme les Béthélites qui se mariaient étaient expulsés du siège de l'organisation, nombre d'entre eux utilisaient des stratagèmes pour obtenir le peu d'affection qui leur était permis: ils entretenaient fréquemment des romances platoniques avec des jeunes filles des congrégations voisines, les relations se limitant à quelques danses et à des dîners en compagnie des parents. Hormis quelques cas où certains cédaient à plus d'intimité, les contacts se résumaient à un jeu de séduction qui, ne parvenant pas s'exprimer au delà du simple désir, menait à la frustration. Avec beaucoup de réalisme, Harrison indique qu'à cette époque, les fréquentations en vue du mariage étaient généralement maintenues "clandestines" et dans un "secret claustrauphobique" par les intéressés,[12] les futurs conjoints subissant une "pression sociale" à l'intérieur du groupe afin de les dissuader de se marier.[1]

Lorsque leur mariage était officiellement annoncé, les futurs conjoints étaient généralement l'objet de critiques et de jalousie; ils étaient accusés de ne pas avoir placé le service de pionnier en premier, et acquéraient une réputation de personnes "immatures".[12] Il était fréquent que les Témoins expriment leur désaccord en prêchant le jour du mariage plutôt que d'assister à la cérémonie.[1] De plus, étant donné qu'avoir des enfants était également mal vu dans le mouvement à cette époque, il était courant dans les congrégations de se demander si les époux partageaient ou non le même lit, et les mariés se sentaient souvent coupables de ressentir un besoin de compagnie.[12]

Époque ultérieure

Par la suite, sous la présidence de Nathan Knorr, le mariage fut réhabilité, voire même "sanctifié" comme la base de la "société théocratique",[13] et devint courant parmi les fidèles, bien que le célibat soit toujours davantage encouragé. Même des hauts dirigeants de l'organisation tels que Hayden Covington et Knorr lui-même se marièrent. Les publications jéhovistes commencèrent alors à donner des conseils pour mener une vie de couple satisfaisante. Elles déconseillèrent le mariage à un âge trop jeune et continuèrent à promouvoir une morale puritaine. Il fut également souligné l'importance d'enregistrer légalement son mariage, sous peine d'excommunication,[14] et de n'avoir qu'une seule épouse, la polygamie étant rejetée, ce qui a conduit, quoique non systématiquement, à de nombreuses exclusions en Afrique. Actuellement, les mariages interraciaux ne sont pas interdits, mais la Société Watch Tower prévient que ceux-ci peuvent générer des problèmes particuliers.[15]

Toutefois, jusqu'en 1976, un Béthélite ne pouvait pas rester au Béthel s'il n'épousait pas un autre Béthélité qui, de surcroît, devait avoir travaillé au siège depuis un certain nombre d'années.[16] Bonnie Boyd, la secrétaire de Rutherford, confirma cette règle quand elle fut interrogée dans le cadre du procès Moyle.

Néanmoins, le mariage n'est pas perçu chez les Témoins comme l'un des buts premiers dans l'existence d'un individu, et l'importance accordée à la prédication et au service de pionnier peut parfois être préjudiciable à la vie de couple et favoriser des mariages précoces.[17] De plus, comme le déplora Raymond Franz dans l'un de ses ouvrages, les conseils matrimoniaux furent principalement dispensés par son oncle Frederick Franz qui lui-même n'a jamais été marié et donc n'était pas à même de comprendre les difficultés des couples.

Doctrine actuelle

Refus du concubinage

Les Témoins de Jéhovah n'admettent pas le concubinage dans leurs rangs, et deux personnes de sexes opposés souhaitant cohabiter ensemble sont dans l'obligation de se marier légalement au préalable. Pour valider leur point de vue, le mouvement énonce plusieurs arguments:[18] 1/ Le mariage serait explicitement imposé dans la Bible, dans des passages tels que Hébreux 13:4 et 1 Corinthiens 7:9, 36; ainsi, pour la Watch Tower, vivre maritalement constitue de la "fornication" et donc un motif d'excommunication et de refus au baptême, le mariage étant un signe pour les Témoins de Jéhovah de leur respect d'une institution dont ils estiment que Dieu en est l'auteur; 2/ il s'agit d'un engagement. Le mouvement fait valoir que le certificat de mariage rappelle aux conjoints leur promesse de s'aimer et de s'honorer mutuellement, ainsi que les implications légales qui en découlent; 3/ il présente des avantages d'ordres moral et matériel: leurs enfants seront protégés de la honte d'être nés hors mariage et, bien souvent, si l'un des conjoints ou les deux viennent à mourir, la loi prévoit une assistance aux membres survivants de la famille.

Fréquentations

Les relations sexuelles et amoureuses ne sont autorisées qu'entre fidèles mariés. La plupart du temps, il faut être majeur et baptisé pour pouvoir fréquenter; le flirt n'est pas autorisé. Souvent, avant d'entreprendre une relation sentimentale en vue du mariage, il convient d'en avertir ses parents ainsi que les anciens de la congrégation afin qu'ils donnent leur assentiment ou émettent des réserves. Le futurs mariés peuvent passer du temps ensemble, mais à la seule condition d'être chaperonnés, ce qui est de moins en moins respecté actuellement. Il est généralement considéré comme inconvenant de s'embrasser avant les fiançailles,[19] et quelques rares cas indiquent que cela a pu parfois être considéré comme un comportement ayant justifié une exclusion.

Concrètement, il est de plus en plus fréquent que des jeunes se fréquentent au sein des Témoins de Jéhovah alors que l'un d'entre eux seulement est baptisé. Ne pouvant bénéficier d'un mariage à la Salle du Royaume qu'à la condition expresse que tous deux soient baptisés, le jeune qui n'est pas encore officiellement Témoin s'arrangera au plus vite pour demander le baptême aux anciens, après quoi les deux jeunes pourront convoler en justes noces avec l'approbation de la communauté. Ce genre de simulacre visant davantage à respecter le protocole finit donc par subordonner à un choix sentimental une décision pourtant présentée dans les publications comme étant la plus importante dans la vie du Témoin — à savoir se vouer à Dieu, c'est-à-dire se vouer à la Watch Tower.

Divorce et remariage

Voir article détaillé Divorce

À présent, le divorce et le remariage ne sont autorisés qu'en cas d'immoralité sexuelle relevant du terme biblique grec pornéïa:[20] adultère, homosexualité, pédophilie, zoophilie, ainsi que fellation et sodomie pratiquées en dehors du cadre des relations conjugales. Il est à noter toutefois qu'en 1972, le mouvement ne reconnaissait pas l'homosexualité et la zoophilie comme des motifs bibliques de divorce, et ainsi seul l'adultère (donc un acte sexuel avec une personne du sexe opposé) pouvait donner droit à un divorce et un remariage sans subir de sanction.[21]

Cependant, la Watch Tower tolère la séparation du couple pour d'autres motifs: le refus de pourvoir aux besoins des siens, des violences physiques graves ou une "grave menace sur la spiritualité". Mais dans ce cas, le Témoin de Jéhovah ne sera pas libre de se remarier au sein du mouvement, même s'il obtient le divorce légal. Dans le cas où un couple divorce sans motif d'adultère, le conjoint qui n'en est pas le demandeur peut être particulièrement éprouvé par cette situation, et il est déjà arrivé qu'un(e) Témoin dans cette situation engage un détective pour prouver que son ex-époux(se) avait eu des relations extra-conjugales depuis le divorce, ceci dans le but de démontrer que les liens du mariage sont désormais dissous d'un point de vue religieux et qu'un remariage est donc possible.

De plus, il est à noter que Rutherford vécut la majeure partie de sa vie en étant séparé de son épouse Mary, et ceci alors que l'absence de cohabitation n'était pas motivée par l'un des trois motifs jugés valides par l'organisation. Malgré cela, Rutherford ne fut pas démis de ses fonctions et la Société Watch Tower n'a jamais condamné ce comportement de sa part. De plus, William Heath, proche de Rutherford, put divorcer sans motif biblique et se remarier une semaine plus tard, tout en étant admis au Béthel sans difficulté, preuve que les règles sont à géométrie variable suivant la place occupée par l'intéressé dans l'organisation.

Mariage mixte

Un mariage mixte, autrement dit avec un non-Témoin de Jéhovah, est fortement déconseillé. Un tel mariage ne peut pas être célébré à la Salle du Royaume, et le fidèle se trouvant dans ce cas perd ses fonctions de service au sein de la congrégation locale à laquelle il appartient sans toutefois être excommuniée. Pour justifier cette directive, la Société Watch Tower se base sur les passages de 1 Corinthiens 7:39 et 2 Corinthiens 6:14 qu'elle décontextualise; de plus, d'après ses écrits, les personnes ne faisant "pas parties du Seigneur" et "non-croyantes" sont toutes celles qui ne sont pas baptisées Témoins de Jéhovah, y compris les proclamateurs non baptisés.[22] Néanmoins, la Société Watch Tower recommande au conjoint devenu Témoin après son mariage de rester avec son époux(se), même s'il ne se convertit pas. Il est à noter que l'interprétation que l'organisation donne au passage de 1 Corinthiens 7:39, interprétation qui confine le mariage à l'intérieur du groupe, est douteuse, étant donné qu'il s'agit d'un conseil donné à un public bien précis — uniquement les veuves chrétiennes de Corinthe —, ce qui amène l'auteur Vivien Perrec à "émettre l'hypothèse que la règle de l'endogamie ait été planifiée avant même de lui trouver une justification biblique l'étayant", et cela en raison de sa fonction sociale.[23]

En effet, selon l'analyse sociologique de Perrec, "la norme de l'endogamie favorise les intérêts promus par la direction centrale, alors que, pour sa justification, la littérature jéhoviste identifie l'endogamie à un acte de haute fidélité à Jéhovah". Cela permet de limiter les relations avec les gens de l'extérieur et indique immédiatement que l'appartenance au groupe est une condition sine qua non à toute éventuelle relation amoureuse. De même, les adeptes ne trouvant pas de conjoint dans le mouvement pourront endosser le rôle du "martyr",[24] et ainsi cette norme de l'endogamie "inciter[a] ses victimes collatérales à décupler leur investissement" religieux. Enfin, le mariage dans le groupe aura comme effet "d'emprisonner un [ou une] jeune adepte dans le système jéhoviste" puisqu'il/elle sera marié(e) à un(e) membre de la communauté.[25]

Sur le terrain, le sociologue Andrew Holden note que les mariages mixtes sont relativement rares chez les Témoins — l'adepte étant plus fréquemment l'épouse — et que la recommandation de rejeter de tels mariages est motivé par "les dangers des contacts excessifs avec le monde extérieur". Holden constate qu'il est très fréquent que le conjoint non-Témoin finisse lui-même par devenir adepte, et que, même s'il ne franchit pas ce cap, il en vienne à accepter le choix religieux de son époux(se), bien qu'il existe aussi des cas où le couple finit par se séparer ou divorcer. L'acceptation peut être due au fait que le non-Témoin trouve des aspects positifs à l'adhésion religieuse de son conjoint et à une "tolérance mutuelle"; avec le temps, le/la Témoin peut éviter de trop parler de sa religion à son conjoint et décider de participer au porte à porte uniquement lorsqu'il/elle est absent(e). Toutefois, comme le souligne le sociologue, ce genre de situation qui se termine bien est commune à d'autres groupes tels que l'Église mooniste, ce qui ne signifie donc pas pour autant que le mouvement en question n'a pas des caractéristiques sectaires.[26] Une enquête de la SOFRES réalisée à la demande de l'organisation jéhoviste en 1998 conclut sur ce point de façon similaire, indiquant: "Lorsque le conjoint d'un Témoin de Jéhovah n'est pas lui-même baptisé, cela pose de graves problèmes dans seulement 5% des cas, et des problèmes sans gravité dans 32% des cas."[27]

Pourtant, malgré ces résultats, la Watch Tower à tendance à "dramatiser les situations produites par les mariages exogamiques" — dramatisation qu'elle effectue en interne, alors qu'elle s'efforce de démontrer en externe, statistiques à l'appui, que ces unions ne posent aucun problème. Par ailleurs, elle impute systématiquement la responsabilité de l'éventuel échec de ces mariages mixtes au conjoint non-Témoin.[28] Tordant le cou à une idée reçue selon laquelle la norme de l'endogamie ne serait qu'une mesure de bon sens afin que les deux conjoints soient unis dans le même culte, Perrec conclut que le refus du mariage mixte chez les Témoins "n'est pas le fruit exclusif d'un choix gouverné par le libre arbitre, mais résulte de (...) l'absolutisme du culte jéhoviste".[29]

Déroulement du mariage

Mariage civil

Le mouvement estime qu'il faut, selon Matthieu 22:21, "rendre à César ce qui est à César", ce qui signifie que le couple doit se marier légalement à la mairie car les autorités civiles sont perçues comme étant investies d'un pouvoir reconnu, tant que leurs exigences ne contreviennent pas aux préceptes jéhovistes.[30] Ainsi, dans les pays où le mariage n'est officiellement validé qu'après son enregistrement auprès des autorités civiles, le couple et ses amis se rendent d'abord à la mairie pour la cérémonie civile au cours de laquelle les mariés échangent leur consentement devant leurs témoins, signent les registres et prennent leur livret de famille.[31] Sur ce point, les Témoins différent donc des anarchistes en ce qu'ils veulent des mariages enregistrés auprès des autorités séculières, en dépit de leur rejet du "monde".[32]

Mariage religieux

Bien que ce ne soit pas une obligation, le couple se rend ensuite à la Salle du Royaume pour un discours biblique prononcé par un ancien de leur choix. Le discours à la Salle n'est accordé qu'aux couples qui en sont jugés dignes, ce qui signifie qu'au préalable, les anciens se sont assurés que rien ne pouvait faire obstacle à une cérémonie religieuse. Aucun riz n'est lancé sur les mariés à leur sortie, et on ne jette pas le bouquet de la mariée en arrière: ces pratiques considérées d'origine païenne sont prohibées.[33] Dans certains pays, les anciens sont habilités à célébrer des mariages religieux ayant un effet civil, comme c'est actuellement le cas en Italie ou au Danemark.[34]

La mariée est généralement vêtue de la robe blanche habituelle, et les époux portent une alliance à l'annulaire, quand bien même il s'agit là de coutumes d'origine païenne. Un ancien choisi par le couple prononce un discours d'une trentaine de minutes portant sur les responsabilités religieuses de chacun des époux, versets bibliques à l'appui.[35] Un cantique approprié est chanté — généralement celui consacré à la Shoulamite — suivi d'une prière de bénédiction. Bien souvent, il n'y a pas d'échange d'alliances ni de consentements, mais parfois, à la demande des mariés, l'ancien qui dirige la cérémonie peut proposer au couple de prononcer des vœux et d'échanger les alliances, selon une formule consacrée;[31] ces vœux, qui ont légèrement été modifiés au fil du temps, ont figuré dans des Tour de Garde.[36]

Soirée de mariage

La cérémonie de mariage se poursuit fréquemment par une soirée festive au cours de laquelle un repas souvent copieux est servi, de la musique est programmée afin que les assistants puissent danser, les cadeaux sont remis aux mariés, des jeux sont parfois organisés, etc.; tout cela doit obligatoirement se dérouler dans les limites de la bienséance fixées par les publications du mouvement: pas d'alcool à l'excès, pas de musiques jugées inconvenantes... Ces jours de mariage sont généralement des moments de "grandes réjouissances".[31][37]

Une personne exclue, même de la famille d'un des mariés, peut assister à la cérémonie à la mairie et éventuellement au discours prononcé à la Salle du Royaume puisqu'il s'agit de lieux publics, mais elle ne peut pas faire partie du cortège ni être invitée à la réception de mariage.[38] Compte tenu de la mise à l'écart des exclus dans ces moments importants de la vie des membres de leur famille, il n'est pas étonnant que ce sujet fasse l'objet d'une controverse, d'anciens Témoins critiquant la politique de la Watch Tower à ce sujet.

Anniversaires de mariages

La Watch Tower enseigne à ses adeptes qu'il n'est pas interdit de célébrer leur anniversaires de mariage, bien que sa littérature omette de préciser que cette célébration trouve son origine dans le paganisme.[39] L'observance de ces anniversaires de mariage est généralement présentée comme étant une affaire personnelle, pourvu que cet événement ne donne pas lieu à des débordements. La Watch Tower avance plusieurs arguments en faveur de cette célébration:[40] 1/ Dieu est l'Auteur du mariage; 2/ la Bible ne présente pas le mariage sous un jour défavorable; et 3/ Jésus assista à un festin de mariages (les noces de Cana), au cours duquel il a transformé de l'eau en vin, selon le récit biblique. Selon Philippe Barbey, cet anniversaire est pour les fidèles "une façon de réaffirmer le caractère sacré de leur union, d'honorer Dieu comme fondateur de leur famille et de rappeler leur fidélité mutuelle indéfectible, (...) [et] de monter l'exemple à leurs enfants".[41]

Voir aussi

Vidéos

  • Un exemple de mariage de fidèles, Blake et Amanda:

Ressources sur le sujet

Références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 Penton, 1997, p. 265
  2. Arrowup.png Penton, 1997, p. 261
  3. 3,0 et 3,1 Harrison, 1978, p. 74
  4. Arrowup.png Penton, 1997, p. 262
  5. Arrowup.png Discours du 27 juillet 1906 lors de la convention d'Asbury Park, New Jersey, 1906 Souvenir Report from the Conventions of the Watch Tower Bible and Tract Society, heraldmag.org
  6. Arrowup.png L'Âge d'Or (anglais), 27 janvier 1937, pp. 268–72
  7. Arrowup.png Penton, 1997, pp. 263,264
  8. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er mars 1935, pp. 76,77:
    Q: "Looseness of morals is also quite noticeable. The thought has been prevalent amongst some that it is unnecessary for Jehovah’s witnesses to go through the form of marriage prescribed by the State, and some have lived as man and wife without subscribing to the legal requirements, claiming their authority for so doing to be the article on marriage in the Home and Happiness booklet. When one of Jehovah’s witnesses considers marriage, should he not meet the legal requirements, as long as they do not conflict with God"s law?" (...)
    A: "Concerning marriage, there seem to have been some who have entirely misconstrued what the Scriptures say about it and what has been published in the WATCH TOWER publications. (...) The booklet Home and Happiness contains a brief discussion of marriage. The language there is not ambiguous and is not subject to conflicting constructions. Assuming that the parties are Scriptural and legally qualified to marry, concerning such it is stated in that booklet as follows:
    "A marriage in the sight of God, therefore, may be properly defined as a contract or agreement entered into between man and woman to become husband and wife, and by the full performance by both parties of the terms of that contract. A legal marriage is properly defined as a contract entered into between man and woman to become husband and wife and then to have a ceremony performed in the presence of witnesses by one legally authorized to solemnize marriages. Such ceremonies comply with the law of the land, and it is proper to observe and obey the law where the law of the land does not directly conflict with God's law. Since the law of God does not prohibit the performance of ceremonies, and the law of the land provides that they shall be performed by a third person, the ceremony by some such officiating person is lawful and proper. It is therefore seen that a ceremony performed by a justice of the peace, a magistrate, a judge of a court of records, or other judicial officer authorized so to do, is just as effective and binding as that performed by any priest or clergyman."
  9. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1938, p. 346
  10. Arrowup.png Rutherford, Joseph F. (1941) (anglais), Enfants, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 311; cité par "Quand Rutherford déconseillait fortement de se marier et d'avoir des enfants", tjrecherches.chez.com. Consulté le 17 août 2011
  11. Arrowup.png Reed, 1987, 155
  12. 12,0, 12,1 et 12,2 Harrison, 1978, pp. 75,76
  13. Arrowup.png Penton, 1997, p. 268
  14. Arrowup.png Penton, 1997, p. 266
  15. Arrowup.png Penton, 1997, p. 287
  16. Arrowup.png Penton, 1997, p. 223
  17. Arrowup.png Penton, 1997, p. 269
  18. Arrowup.png Réveillez-vous !, 8 janvier 1982, pp. 26,27, article "Mariage ou concubinage ?"
  19. Arrowup.png Jacquette, 2007, p. 26
  20. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 février 2004, p. 13, article "Demeurez purs en préservant votre cœur":
    "Le mot grec pornéïa, traduit par "fornication", a un sens plutôt large. Il désigne des relations sexuelles entre personnes qui ne sont pas mari et femme et une utilisation illicite des organes sexuels. Ce mot englobe, par exemple, les relations sexuelles bucco-génitales, la sodomie et le fait de masturber un partenaire — pratiques fréquemment associées aux maisons de prostitution."
  21. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er janvier 1972, pp. 31,32, article "Homosexual Adultery Not Grounds for Divorce?"
  22. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er juillet 2004, p. 30, article "Questions des lecteurs"
  23. Arrowup.png Perrec, 2012, p. 87
  24. Arrowup.png Perrec, 2012, p. 85
  25. Arrowup.png Perrec, 2012, p. 86
  26. Arrowup.png Holden, 2002, pp. 114-19
  27. Arrowup.png Témoins de Jéhovah - Rapport de synthèse, réf. MHI-MVN 98-204, octobre 1998, SOFRES
  28. Arrowup.png Perrec, 2012, p. 88
  29. Arrowup.png Perrec, 2012, p. 90
  30. Arrowup.png Barbey, 2003, p. 148
  31. 31,0, 31,1 et 31,2 Barbey, 2003, p. 149
  32. Arrowup.png Dericquebourg, Régis (juin 1996), "Les Témoins de Jéhovah", dans Pour en finir avec les sectes - Le débat sur le rapport de la commission parlementaire, sous la direction de Introvigne, Massimo et Melton, J.Gordon, Italie, p. 258 (ISBN 88-85237-11-8)
  33. Arrowup.png Jacquette, 2007, p. 26
  34. Arrowup.png Messner, Francis (1999), "La législation cultuelle des pays de l'Union européenne face aux groupes sectaires", dans Sectes et Démocratie, sous la direction de Champion François et de Cohen, Martine, Éditions Seuil, Paris, pp. 340,354
  35. Arrowup.png Blandre, Bernard (1991), Les Témoins de Jéhovah, Belgique: éditions Brepols, p. 125 (ISBN 2-503-50063-3)
  36. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 mai 1974, p. 275, cité dans Harrison, 1978, p. 81; La Tour de Garde (anglais), 15 juin 1952, p. 363; La Tour de Garde (anglais), 15 mars 1969, p. 175; La Tour de Garde (anglais), 15 octobre 2006, p. 20, cité sur "Marriage vows", jehovahs-witness.net. Consulté le 17 août 2011
  37. Arrowup.png Penton, 1997, p. 267
  38. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 avril 1996, pp. 25,26
  39. Arrowup.png Origine et tradition, anniversairedemariage.com. Consulté le 17 août 2011
  40. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 octobre 1998, p. 30, article "Questions des lecteurs"
  41. Arrowup.png Barbey, 2003, p. 150