Nouvelle alliance

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La doctrine de la nouvelle alliance généra une controverse au sein des Étudiants de la Bible en 1909, peu de temps après le procès du divorce de Russell au sein du mouvement. En effet, ce qui a été interprété comme un changement d'avis doctrinal de Russell initié en 1907 — mais qui n'était en fait qu'un retour aux idées qu'il avait développées en 1880 — portant sur cinq points de débats dont la date de la mise en place de la nouvelle alliance ainsi que la nécessité de Christ en tant que médiateur pour l'Église ou non, conduisit à un important schisme initié par le dirigeant australien de la Watch Tower, Ernest Henninges. De nombreux Étudiants de la Bible, incluant des proches de Russell, se détachèrent de son mouvement.

Historique de la doctrine

À la suite de sa dispute avec Nelson Barbour, Russell développa en 1880 la doctrine appelée "doctrine du Mystère" qui stipulait qu'il n'y avait pas que Jésus Christ qui devait offrir sa vie en sacrifice comme rançon mais aussi les membres de son église que formaient les 144 000. Le "Christ" était ainsi interprété comme n'étant pas un individu seul, mais un corps composé de Jésus Christ (la tête) et son Église (le corps). Russell croyait qu'il s'agissait là d'une nouvelle lumière spirituelle, et ceci bien que ce genre de doctrine — comme quoi les membres de l'Église participaient à la rançon — eut été enseignée pendant des siècles par l'Église Catholique.[1]

La conséquence majeure de cette nouvelle doctrine résultait dans le fait que la nouvelle alliance n'entrerait en vigueur qu'à la mort du dernier membre oint sur terre et sa résurrection au ciel, et donc que les chrétiens n'étaient pas alors sous cette nouvelle alliance. Néanmoins en 1881, il affirma que, dans un sens, la nouvelle alliance avait commencé avec l'église de l'âge de l'évangile — c'est à dire à partir de 33 de notre ère — et c'est sur ce dernier point que resta figée la doctrine du mouvement pour plusieurs années.[2] Ainsi, Russell revenait à une doctrine globalement plus traditionnelle au sein du christianisme, quoique peu logique, ce qui amena les historiens James Penton et Timothy White à estimer que la fondateur de la Société Watch Tower n'était pas très clair sur ce sujet, voire même plutôt confus, et qu'il y avait une contradiction dans son enseignement.[1][3] En 1887, il revint complètement à sa doctrine pré-1880, déclarant que "la nouvelle alliance est maintenant en vigueur, ayant été scellée par le sang, la mort du Christ, 'le sang de la nouvelle alliance'".[4]

Au début de l'année 1907, l'un des associés de Russell, Paul Johnson, remarqua que cette doctrine avait été abandonnée depuis 1881 et encouragea le pasteur à la rétablir; de ce fait, quand, dans La Tour de Garde de janvier 1907, Russell rappela sa doctrine de 1880 en déclarant que "la nouvelle alliance appartenait exclusivement à l'âge à venir", peu d'Étudiants de la Bible la connaissaient, la plupart d'entre eux s'étant convertie après cette date, et certains furent choqués de ce changement.[1] Néanmoins, l'enseignement doctrinal sur ce sujet allait plus loin que celui de 1880, car désormais l'église n'avait même plus de médiateur du tout et lors du millénium, elle serait médiatrice du reste du monde aux côtés du Christ.[3]

Un article du 15 octobre 1908, puis plusieurs autres parus en 1909 dans La Tour de Garde, firent une claire distinction entre une alliance de l'Âge de Évangile et une alliance millénaire du Nouvel Âge.[5] Selon Russell, non seulement l'église n'était pas sous la nouvelle alliance, mais en plus elle n'avait pas besoin de médiateur, car le médiateur pour l'humanité était le Christ collectif, tête et corps. Russell pensait alors que l'opinion traditionnelle sur le sujet au sein des églises chrétiennes — qui correspondait à son point de vue antérieur et à celui des Témoins de Jéhovah actuels — était l'une des "erreurs des Âges des Ténèbres" et l'une des "traditions de Babylone".[6]

Réactions conduisant au schisme

Face à cela, Ernest Henninges, ancien secrétaire-trésorier de la Watch Tower et directeur de filiale en Australie et mari de Rose Ball, écrivit en 1909 une lettre à Russell sur la doctrine afin de le faire changer d'avis. Le couple publia New Covenant Advocate le 1er avril 1909 ainsi qu'une brochure intitulée Wake Up!.[5] Aux États-Unis, une lettre ouverte datée du 24 octobre 1909, destinée à "tous ceux qui appréci[ai]ent Jésus comme leur Médiateur, et Son sang de la Nouvelle Alliance comme leurs bases pour la faveur durant l'Âge de l'Évangile", désapprouvait la position de Russell, et provoqua une division au sein de plusieurs ecclesias, notamment celle de Brooklyn.[3] De son côté, Russell défendit son point de vue dans les colonnes de son périodique, et les deux camps présentèrent leurs arguments respectifs — par exemple, les critiques de Russell relevèrent le temps des verbes utilisé chaque fois que la nouvelle alliance était évoquée dans le Nouveau Testament, à savoir le présent. White estime que les arguments des schismatiques étaient "meilleurs" que ceux de Russell, ce dernier "se contredisant lui-même d'une manière pathétique" dans son argumentation.[7] Par ailleurs, certains de ceux qui formèrent le schisme reprochaient à Russell de se présenter comme l'"esclave fidèle et avisé", se plaçant ainsi comme leader religieux à la place de Christ.[8]

À la suite des lettres et de cette dispute qui dura deux années, une centaine d'Étudiants de la Bible quitta le mouvement pour former le groupe les "Croyants de la Nouvelle Alliance". Deux prédicateurs itinérants célèbres, à savoir M.L McPhail (premier étudiant de la Bible à être devenu pèlerin en 1894) qui publia une brochure sur les alliances, et A.E. Williamson, ainsi que J.H. Giesey (alors vice-président de la Watch Tower), James Hay de Liverpool, et la propre sœur de Russell, Margaret Mae Land, firent parti de ceux qui rejoignirent le schisme.[5][9][10] Russell ne voulait pas que le groupe se détache des Étudiants de la Bible, mais cela fut impossible pour au moins deux raisons: d'une part, parce que la doctrine des deux groupes était incompatible, et d'autre part parce que les Croyants de la Nouvelle Alliance étaient persuadés du bien-fondé de leur position et ne désiraient donc pas l'abandonner.[10]

Paul Johnson fut un farouche défenseur de Russell, prêchant activement contre les Croyants de la Nouvelle Alliance, et participa à un débat contradictoire sur ce sujet avec McPhail.[11] Devenant plus dogmatique, Russell en vint à penser que les membres de ce schisme avaient perdu la grâce divine.[12]

D'une manière générale, l'historien James Penton évoque ce schisme comme ayant été "âpre et significatif".[1]

Doctrine ultérieure

La doctrine relative à la nouvelle alliance, telle qu'elle était comprise par Russell, fut enseignée jusque vers le début des années 1930. En effet, à cette époque, Joseph Rutherford, alors président de la Société Watch Tower, estima que la nouvelle alliance s'appliquait spécifiquement aux Témoins de Jéhovah. Dans son livre Jéhovah, publié en 1934, il affirma que "le but de la nouvelle alliance [était] (...) de sélectionner un peuple pour le nom de Jéhovah, (...) [et que] l'église du Christ ne form[ait] aucune partie du médiateur, mais [que] seul Christ Jésus [était] le médiateur de la nouvelle alliance". Le changement de doctrine ne s'arrêta pas là puisque très peu de temps après, en 1935, il fut enseigné que les 144 000 étaient les seuls membres de la nouvelle alliance, avec Christ comme médiateur; de ce fait, la majorité des Témoins, composée de "Jonadabs" ayant l'espérance terrestre, étant exclue de cette alliance.[13]

Penton note que Rutherford modifia donc une doctrine qu'il avait pourtant acceptée en 1908, et que cela constituait un changement "à 180°".[13]

Ainsi, la doctrine de 1907 est aujourd'hui abandonnée par le mouvement des Témoins de Jéhovah, oubliant ainsi qu'elle fut la pierre d'angle de la séparation entre Russell et Barbour et que Russell avait lutté toute sa vie au prix d'un schisme important pour cette idée et ce avec la même énergie et la même attitude que pour la doctrine de la rançon. Suivant la théologie de Russell, le mouvement actuel des Témoins de Jéhovah est donc complètement apostat.

Période Popularité de la doctrine Description de la doctrine relative à la nouvelle alliance
Avant 1880 Traditionnelle
  • Nouvelle alliance en vigueur
  • Christ étant l'unique médiateur
1880 Non-orthodoxe
  • Nouvelle alliance pour le futur
  • Membres de l'Église participant à la rançon avec Jésus
1881-1887 Non-orthodoxe, confuse
  • Nouvelle alliance pour le futur, mais ayant aussi commencé en 33 de notre ère
  • Membres de l'Église participant à la rançon avec Jésus
1887-1907 Traditionnelle
  • Nouvelle alliance en vigueur
  • Christ étant l'unique médiateur
1907-1934 Non-orthodoxe
  • Nouvelle alliance pour le futur
  • Membres de l'Église participant à la rançon avec Jésus
  • Pas de médiateur pour l'Église
1934-1935 Traditionnelle
  • Nouvelle alliance en vigueur
  • Christ étant l'unique médiateur
1935-présent Semi non-orthodoxe
  • Nouvelle alliance en vigueur
  • Christ étant le médiateur des 144 000 uniquement

Présentation du schisme dans les publications jéhovistes

  • L'Annuaire des Témoins de Jéhovah de 1983, à la page 40, est l'une des rares publications récentes à rapporter le schisme de 1908, déclarant:
"En 1908, il y eut un bouleversement dans l'organisation en Australie. (...) Henninges, le responsable de la filiale, quitta l'organisation, "emmenant avec lui le gros de la classe de Melbourne". Sur cent personnes qui fréquentaient la congrégation, seules une vingtaine tinrent ferme. Edward Nelson, qui endura fidèlement l'épreuve, parla des déserteurs dans une lettre qu'il adressa à frère Russell: "Un grand nombre d’entre eux ne lisaient pas du tout et avaient été attirés à ses réunions [celles de Henninges] moins par la vérité que par son éloquence. Certains ne reconnaissent même pas la 'parousia' et l'un d’eux, qui vint hier, pensait encore que l'homme a une âme immortelle." Alors que Jéhovah fit prospérer son organisation, le groupe d'Henninges disparut peu après."

La présentation de cet épisode est tendancieuse et orientée, notamment à cause du vocabulaire et des demi-vérités contenus dans cet extrait:

"Argument" Commentaire[14]
Ceux qui sont partis sont qualifiés de "déserteurs" Mais évidemment, quand des personnes quittent leur précédente religion pour se convertir aux Témoins de Jéhovah, le publications de la Watch Tower ne les présentent pas comme des "déserteurs" de leur ancienne religion, mais comme des gens réfléchis qui ont pris une sage décision.
Ces gens-là ne savaient pas lire et ont été attirés par l'éloquence de Henninges Autrement dit, selon le rédacteur, il s'agissait de personnes facilement manipulables de par leur manque d'instruction. Cela n'empêche pas les Témoins de Jéhovah de faire remarquer que, s'il est vrai que ceux qui rejoignent leur organisation sont principalement des personnes n'ayant pas fait de hautes études, cela n'a rien d’anormal puisque les apôtres eux-mêmes étaient des personnes non lettrées (Actes 4:13), que Dieu révèle ses choses profondes à des tout-petits (Luc 10:21), que la sagesse du monde est sottise aux yeux de Dieu et que, de toute façon, le vrai culte est une affaire de cœur et non d'instruction.

De plus, il faut garder en mémoire que beaucoup de personnes ont suivi Russell simplement à cause de son charisme.

Certains rejetaient la parousia Cela revient à dire que, selon le rédacteur, les doctrines des Étudiants de la Bible étaient la référence par excellence; or, la publication ne précise pas que les russellistes croyaient que la présence du Christ avait commencé en 1874, et que cette date a été supprimée par la suite. Ainsi, le nouveau groupe faisait-il bien de ne pas prendre pour argent comptant toutes les élucubrations prophétiques de l'époque. Au lieu de se focaliser sur les "erreurs" réelles ou supposées du groupe dissident, la Watch Tower ferait bien mieux de se livrer à son auto-critique, selon le principe de la paille et de la poutre.
Ceux qui sont restés russellistes ont "tenu ferme", ont "endur[é] fidèlement l'épreuve", le "bouleversement" Mais qui étaient les plus héroïques dans toute cette histoire: ceux qui, pour ne pas faire de vagues et ne pas être mis à l'index, ont continué à suivre le mouvement, tels des moutons de Panurge, ou ceux qui se sont battus pour ce qu'ils estimaient être correct d'un point de vue théologique? N'est-ce pas la preuve que ces derniers accordaient vraiment de l'importance à leurs croyances puisqu'ils ne les acceptaient que si elles leur semblaient logiques?
Le groupe de Jéhovah a prospéré, mais pas celui qui s'en est détaché De façon arbitraire, Jéhovah est d'emblée présenté comme le Dieu exclusif de la Watch Tower, qui aurait fait prospéré son organisation en signe de bénédiction. Or, d'une part le rapport entre prospérité et vérité est tout à fait artificiel — les premiers chrétiens étaient peu nombreux, et pourtant bénéficiaient de la faveur divine —, et d'autre part le groupe de Henninges, la New Covenant Fellowship Melbourne, existe toujours, contrairement à ce qui est prétendu ici.

De plus, il convient de remarquer que le rédacteur n'a pas jugé bon de préciser la raison ayant amené Henninges, le directeur de la filiale de Melbourne, à "déserter", à savoir que Russell avait radicalement changé sa doctrine relative à la nouvelle alliance, et qu'en fait Henninges avait totalement raison, puisque d'une part il avait fournit de meilleurs arguments que Russell pour défendre son point de vue, et d'autre part, les Témoins de Jéhovah se sont alignés sur son avis en 1934 (voir plus haut)!

"En 1907, ces mêmes alliances ont de nouveau été examinées, l'accent étant mis sur le rôle des cohéritiers du Christ pour ce qui est de procurer à l'humanité les bienfaits annoncés dans l'alliance abrahamique; certains Étudiants de la Bible ont soulevé de vives objections. (...) Néanmoins, certains soi-disant frères chrétiens ont accusé à tort La Tour de Garde d'avoir nié que Jésus est le Médiateur entre Dieu et les hommes (...). Aucune de ces accusations n'était fondée. Mais quelques-uns de leurs auteurs étaient en vue, et ils faisaient des disciples qu’ils entraînaient à leur suite. Peut-être avaient-ils raison sur certains détails qu'ils enseignaient à propos de la nouvelle alliance, mais le Seigneur a-t-il béni leur façon d'agir?"

Il est à noter que ce changement de 1907 est placé sous le sous-titre "Meilleure compréhension", à l'entrée "Date" dans l'Index 1986-2010, alors que le changement doctrinal de cette année-là était non seulement un retour en arrière, mais aussi un enseignement abandonné depuis. Ce passage dans le livre jéhoviste n'est rien d'autre qu'un travestissement des plus grossiers de la réalité: il dit 1/ qu'en 1907 "l'accent éta[i]t mis sur le rôle des cohéritiers du Christ" mais ne précise pas de quelle manière, à savoir qu'ils faisaient également partie de la rançon, point de vue totalement abandonné aujourd'hui; 2/ que les contestataires avaient de mauvais mobiles et étaient motivés par l'orgueil (attaques ad hominem très classiques de la part du mouvement); 3/ que les accusations n'étaient pas fondées, alors qu'elles l'étaient bel et bien (par exemple, selon l'enseignement de l'époque, l'église n'avait même plus de médiateur; voir plus haut); 4/ que les contestataires avaient "peut-être raison sur des détails", alors que ces enseignements sont de la plus haute importance pour les Témoins, et un adepte qui nierait publiquement le fait que la nouvelle alliance soit actuellement en vigueur et que les oints aient Jésus comme médiateur pourrait être exclu; 5/ que la croissance des effectifs aurait indiqué la bénédiction de Dieu, alors que les chiffres peuvent très bien être interprétés d'une toute autre manière (suivant la même logique, l'Église Catholique bénéficierait donc de la faveur divine). Voilà comment un livre d'histoire prétendant être honnête rapporte le changement doctrinal de 1907...

Ainsi, les deux présentations ci-dessus du schisme de la nouvelle alliance sont totalement biaisées et mensongères.

Voir aussi

Ressources sur le sujet

Références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 Penton, 1997, p. 40
  2. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), septembre 1881:
    "In a sense, the operation of the new covenant begins with the Gospel church. and lifts us from the plane of degradation and sin to a justified or reckoned perfect condition, from which we can go forward in the "narrow way", becoming heirs of the first covenant.-Gal iii. 29."
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 Wills, 2006, p. 66
  4. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), septembre 1887, p. 6, cité par Wills, 2006, p. 66
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Parkinson, 1999, p. 41
  6. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 février 1909, pp. 54,55, cité par Wills, 2006, p. 66
  7. Arrowup.png Wills, 2006, p. 68
  8. Arrowup.png Wills, 2006, p. 78
  9. Arrowup.png Wills, 2006, p. 67
  10. 10,0 et 10,1 Penton, 1997, p. 42
  11. Arrowup.png Wills, 2006, p. 93
  12. Arrowup.png Wills, 2006, p. 83
  13. 13,0 et 13,1 Penton, 1997, p. 188
  14. Arrowup.png "En cas de scission, quel groupe fallait-il suivre?", sur tj-revelation.org. Consulté le 26 octobre 2011