Paul Johnson

Un article de Témoins de Jéhovah: TJ-Encyclopedie, l'encyclopédie libre sur les Témoins de Jéhovah.
Aller à : navigation, rechercher
Paul Johnson
Nom complet Paul Samuel Léo (Levitsky) Johnson
Naissance 4 octobre 1873
Titusville
Décès 22 octobre 1950
Nationalité Etats-Unis.jpg Américaine
Occupation pèlerin, universitaire, pasteur, écrivain
Influences Charles Taze Russell
Connu(e) pour fondateur du Mouvement Missionnaire Intérieur Laïque
Œuvres célèbres 17 volumes d'écrits religieux intitulé Études de l'Épiphanie dans les Écritures et des magazines
Conjoint Emma B. McCloud

Paul Samuel Léo (anciennement Levitsky) Johnson (4 octobre 1873, Titusville - 22 octobre 1950) était un universitaire américain, ancien pasteur luthérien et écrivain prolifique. Dès son association aux Étudiants de la Bible en 1903, il fut un fidèle collaborateur de Charles Taze Russell jusqu'à la mort de celui-ci en 1916, mais quitta la Société Watch Tower en 1918 suite à un conflit ayant trait à la direction de l'organisation qui l'opposa à Joseph Rutherford pendant de longs mois. Après son départ, il fonda le Mouvement Missionnaire Intérieur Laïque et fut l'auteur de 17 volumes d'écrits religieux intitulé Études de l'Épiphanie dans les Écritures, et publia deux magazines de 1918 jusqu'à sa mort en 1950. Le mouvement qu'il a créé continue actuellement son travail et publie ses écrits, opérant à partir de Chester Springs, en Pennsylvanie.

Famille et éducation

Johnson naquit à Titusville, en Pennsylvanie, en 1873. Ses parents juifs avaient récemment immigré de Pologne. Son père, un ancien boulanger, était un éminent savant en hébreu, parlant couramment jusqu'à quatorze langues. Sa mère, une femme pieuse, rejoignit ultérieurement son mari en Amérique par bateau.[1] Celle-ci décéda alors qu'il avait 12 ans, et son père se remaria par la suite. Ces deux événements causèrent au jeune Paul une profonde détresse, ce qui l'amena à s'enfuir de la maison à plusieurs reprises. Son père le plaça dans une maison de correction jusqu'en 1889, et finalement le renia; un tuteur fut légalement nommé afin de s'occuper des affaires de l'adolescent.[2] Celui-ci se convertit au christianisme et se fit baptiser le 14 juillet 1889.[3]

En 1890, il entra à l'Université Capital de Columbus, dans l'Ohio, et obtint son diplôme en 1895 avec mention. Les dossiers de la bibliothèque de l'Université indiquent qu'il s'inscrivit sous le nom de Paul Levitsky. Selon Timothy White, Johnson a étudié le Grec et l'Hébreu.[4] Ensuite, il s'est rendu au Séminaire théologique du Synode de l'Ohio de l'Église luthérienne et fut diplômé en 1898.[5]

Le 3 janvier 1905, il épousa la fille d'un entrepreneur de Colombus, Emma B. McCloud. Aucun enfant ne naquit de cette union.[1]

Parcours religieux

De l'Église luthérienne à Russell

Tôt dans sa vie, Johnson abandonna le judaïsme pour se convertir au christianisme. Lors des obsèques de George Stetson et de George Storrs en 1879, il rencontra Russell pour la première fois, mais ne se joignit pas tout de suite à son mouvement.[2]

Il dirigea en tant que pasteur une église luthérienne en Pennsylvanie pour un court laps de temps — du 23 février au 5 mars 1903. Très vite, ses propres recherches doctrinales l'amenèrent à se rapprocher de la théologie de Russell: rejet de l'enfer et de la Trinité, condamnation du catholicisme et du protestantisme, attentes eschatologiques sur 1914, etc.[5]

En mai 1903, il quitta l'Église luthérienne comme conséquence de ses nouvelles croyances, et commença à participer à la communion avec l'ecclesia de Columbus rattachée à la Société Watch Tower. Un an plus tard, Russell le nomma pèlerin du mouvement des Étudiants la Bible, et visita pendant douze années les classes bibliques des États-Unis et de la Colombie Britannique jusqu'à l'Ontario.[3] Il servit finalement de secrétaire personnel de Russell et devint son ami proche et son conseiller; Johnson éprouva une profonde affection pour lui — l'éloge funèbre qu'il fit de Russell était très passionné et frôlait la déification —, bien qu'il était parfois en désaccord avec lui sur certains points doctrinaux. Cela était réciproque, puisque Russell fut influencé théologiquement par Johnson,[6] allant même parfois jusqu'à publier les points de vue de celui-ci, par exemple à propos du criblage parmi les chrétiens.[7] C'est aussi Johnson qui, en 1905, poussa Russell à revenir à son interprétation de 1880 concernant la Nouvelle Alliance, ce qu'il fit officiellement deux ans plus tard.[4] En 1909, lors du conflit né du schisme de la nouvelle alliance, Johnson s'éleva contre le pèlerin Mc Phail devant l'ecclesia de Chicago. En avril de la même année, Jonhson arriva à la conclusion que Russell était le maître de maison donnant le salaire dans la parabole consignée en Matthieu 20.[8]

Une mission d'enquête de la filiale d'Angleterre, alors que celle-ci connaissait alors des problèmes internes, fut ordonnée à Johnson d'abord oralement par Russell puis par écrit, et enfin par le Conseil des Directeurs après le décès du pasteur. Lorsqu'il se trouva dans les Îles Britanniques, Johnson prononça un discours public ayant pour titre "Les morts héroïques de Grande-Bretagne — Du réconfort pour les affligés", et établit des "Écoles des prophètes" dédiées à la formation dans l'art oratoire.[9] Lors de cette mission, Johnson rapportait au siège américain de l'organisation toutes ses actions par le moyen de câbles coûteux, utilisant entre 85 et 115 mots par message.[10] Fort des lettres de nomination et de créances de la part de la Watch Tower qui lui octroyaient les pleins pouvoirs, Johnson révoqua deux des directeurs de la filiale anglaise de la Société et chercha à les empêcher d'obtenir les fonds de l'organisation. Ce comportement déplut à Rutherford qui estimait que Johnson outrepassait ses droits, et lui demanda expressément de revenir aux États-Unis, ce que Johnson refusa car il ne reconnaissait pas l'autorité de Rutherford. De ce fait, face à ces informations contradictoires, les Étudiants de la Bible furent donc contraints de choisir à qui irait leur fidélité: à Rutherford, le président de l'organisation, ou à Johnson, qui était dûment mandaté par la Watch Tower et bénéficiait de l'aval de Russell. Ce conflit entre Johnson et quatre autres administrateurs de la Société Watch Tower d'un côté, et Rutherford de l'autre, atteignit son apogée en 1918 avec l'expulsion du Béthel des premiers et la réélection du second à la tête du mouvement (voir section suivante).

Historique du conflit avec Rutherford

Date Ce qui s'est passé
7 octobre 1916 Russell prévint Jonhson, alors à Dayton, en Ohio, qu'il souhaiterait qu'il effectue un voyage en Angleterre dans un but de mission.[11]
21 octobre 1916 Dans un courrier, Russell réitéra officiellement son souhait d'envoyer Johnson en Angleterre, ceci afin qu'il enquête car des Étudiants de la Bible dirigeant l'œuvre dans le pays commençaient à apporter des modifications à l'organisation et à changer sur certains points de doctrine.[12]
2 novembre 1916 Le Conseil des Directeurs de la Société réaffirme la décision d'envoyer Johnson dans les Îles Britanniques.
7 novembre 1916 Le bureau de Londres est informé que Johnson est sur le point d'arriver en Angleterre afin de déterminer l'origine des problèmes impliquant les directeurs de la Société et du Tabernacle de Londres.[9]
12 novembre 1916 Rockwell, l'un des membres du conseil exécutif, propose sa place à Johnson, mais celui-ci refuse pour des raisons de santé.[13]
9 novembre 1916 Afin d'obtenir plus facilement des passeports, les lettres de nomination et de créance établies par la Watch Tower pour Johnson laissent entendre qu'il bénéficie de responsabilités largement plus étendues, et c'est dans cette optique que William Van Amburgh signe tous les papiers.[14] De plus, les courriers étaient aussi parfois anti-datés.
10 novembre 1916 Après avoir convaincu le comité exécutif de le laisser effectivement exercer les responsabilités mentionnées dans les documents, le comité exécutif rédige une lettre déclarant explicitement lui confier "les pleins pouvoirs et l'autorité" pour effectuer tout ce qui lui semble bon, y compris au niveau financier.[12]
5 décembre 1916 Johnson avertit le comité exécutif du fait qu'il avait chargé de l'œuvre pastorale Jesse Hemery, un assistant de Russell à la tête de l'International Bible Students Association (IBSA), et qu'il avait modifié le déroulement d'une convention.[14]
28 janvier 1917 H.J. Shearn et William Crawford, les deux autres dirigeants de la branche anglaise de la Watch Tower, sont repris publiquement par Johnson.[14]
3 février 1917 Johnson destitue les deux administrateurs et les remplace, pensant qu'ils sont en train de comploter pour se dissocier de la Watch Tower en amenant des changements à la fois dans dans les finances et dans l'organisation de l'IBSA.[12]
4 février 1917 Le secrétaire de la congrégation de Londres fait la lecture aux fidèles d'une lettre de Johnson, celle-ci annonçant la destitution de Shearn et Crawford.[9]
19 février 1917 Rutherford considère que Johnson n'est pas investi des pouvoirs pour procéder à de tels changement et lui ordonne de réintégrer les deux hommes, et ceci alors que les changements étaient pleinement approuvés par la branche anglaise.[15]
22 février 1917 Rutherford met sur pied un comité d'enquête sur Johnson. De son côté, Johnson pense que Rutherford est victime d'une manipulation de la part des deux hommes destitués et lui demande de lui servir de "bras droit".[16]
27 février 1917 Rutherford envoie un message à Johnson mettant officiellement un terme à sa mission.[15] Vers la même époque, Johnson croit en l'imminence d'une famine qui aurait été annoncée par Élisée, et demande à Hemery de stocker de l'alimentation dans un abri muni d'un faux plafond de fer-blanc.[10]
28 février 1917 Le branche anglaise du mouvement déclare qu'elle considère comme parfaitement légitime l'action de Johnson en rapport avec le renvoi des deux dirigeants, estimant que cette procédure émane de l'organisation et participant ainsi à une œuvre d'épuration.[15]
Au cours de mars 1917 Johnson et Hemery cherchent tous deux à s'emparer du contrôle des fonds de la Société en Angleterre. Dans cette tâche, Johnson trouve de l'aide de la part de deux Étudiants de la Bible: Alexander Kirkwood, ce dernier étant plus tard destitué par Johnson, et Ebenezer Housden, qui devait obtenir une somme d'argent de la banque, mais sans succès. Johnson se procure les clés du bureau de Hemery à qui il intente un procès; il s'empare d'un courrier et prend l'argent contenu dans le coffre-fort.[10] Il utilise ses lettres de créances pour mettre à l'abri 2 750$[15] et menace la banque de poursuites judiciaires si elle paie des chèques tirés par les signataires des deux dirigeants qu'il avait destitués. Rutherford ayant révoqué la nomination de Johnson, l'avocat de ce dernier se voit contraint d'abandonner sa demande d'interdire aux anciens dirigeants de l'ISBA d'utiliser les 800 £ qui avaient été temporairement immobilisés à la banque. Un soir, avec la complicité de cinq Étudiants de la Bible, Hemery pénètre dans la chambre de Housden pour récupérer les clefs du coffre-fort, mais ce dernier se révèle être vide.[17] Barricadé dans sa chambre du Béthel, Johnson est obligé de s'échapper par la fenêtre dans une tenue insolite.[16]
6 mars 1917 Johnson n'obtempère pas aux ordres de Rutherford, car il ne reconnaît pas l'autorité de celui-ci et estime que seul le Conseil des Directeurs est dûment autorisé à mettre fin à sa mission.[14]
7 mars 1917 Johnson envoie un câble de 87 mots au Conseil des Directeurs pour empêcher Rutherford d'obtenir les pleins pouvoirs, reconnaissant Ritchie comme le seul qui occupait un poste légitime, mais Rutherford intercepte le message.[14]
10 mars 1917 Johnson conteste les élections du 6 janvier pour vice de forme. Rutherford rend les pleins pouvoirs à Hemery.[17]
12 mars 1917 Johnson destitue Hemery qui s'était rangé derrière Rutherford.[14]
18 mars 1917 Selon Rutherford, Housden envoie un câble à Van Amburgh prouvant qu'il se désolidarise de Johnson. Le contenu de ce câble est ensuite intégré au rapport du comité d'enquête.[18]
27 mars 1917 Rutherford qualifie Johnson d'"usurpateur".[15]
9 avril 1917 Johnson revient à New York.[14] Là, il s'excuse de ses excès à Londres.[19]
12 avril 1917 Johnson comparaît devant un comité dont la composition semble équitable à Rutherford, mais pas à Johnson.[15] Ce comité est composé de quatre membres du Conseil, de deux autres dont Housden, et de Rutherford lui-même.
Jours suivants Johnson parvient à rallier à sa cause les directeurs insatisfaits du comportement autoritaire de Rutherford, donnant ainsi apparemment naissance à la crise de succession de 1917, bien que les directeurs en question le réfutent; Johnson les pousse à intenter un procès à Rutherford, mais ils ne le font pas.[20]
27 juillet 1917 Selon une publication produite par les directeurs destitués, Rutherford empêche Johnson de s'expliquer devant la famille du Béthel, et comme ce dernier insiste alors pour lire une lettre dans laquelle Andrew Pierson disait qu'il prendrait position pour l'ancien conseil, Rutherford attrape violemment Johnson et le somme de quitter immédiatement le Béthel. Le soir même, ses affaires sont jetées dehors et des gardes postés devant le bâtiment afin de l'empêcher d'y entrer.[21]

Dissociation d'avec la Watch Tower

Lors du référendum organisé peu après par Rutherford, puis lors des élections, Johnson fut largement battu, récoltant seulement 6 469 voix.[22]

Johnson fit paraître Examens des criblages de la moisson en août et octobre dans lesquels il présenta sa version de l'épisode avec Rutherford. Il devint le rédacteur, l'auteur et l'éditeur de The Present Truth and Herald of Christ's Kingdom (décembre 1918), et The Herald of the Epiphany (1920), plus tard renommé The Bible Standard and Herald of Christ's Epiphany.[23] Aux côtés de Raymond Grant Jolly, il fonda le Mouvement Missionnaire Intérieur Laïque — l'appellation MMIL provenait d'une expression employée par Russell en décembre 1913 pour désigner une nouvelle branche d'activité envers le public —,[24] et publia un total de 17 livres religieux appelés Études de l'Épiphanie dans les Écritures.[23] Parmi ses écrits jugés suffisamment importants pour être publiés en ligne figure une série de cinq articles réfutant le dogme de la Trinité, et qui parut dans son magazine.[25]

Même hors de l'organisation, Johnson critiqua plusieurs changements doctrinaux ou organisationnels faits par Rutherford. Par exemple, quand le Le Mystère Accompli fut publié en 1917, Johnson rejeta la nouvelle interprétation qui était faite sur Élie; incapable de répondre aux objections de Jonhson publiées dans son magazine The Present Truth and Herald of Christ's Kingdom, Rutherford finit par produire cinq explications successives dans lesquelles il reprit certaines interprétations de Johnson.[26] De même, face à la toute nouvelle importance accordée à la Société Watch Tower et à son président, Johnson réagit en publiant un article très critique en 1919-20 intitulé "The Church Organized in Relation to the Society", qui circula parmi les Etudiants de la Bible, et fut considéré par White comme étant "irréfutable".[27]

Personnalité

Johnson était quelqu'un de très intelligent, comme le prouve sa brillante carrière scolaire, ainsi que ses aptitudes dans les domaines littéraires et oratoires. Selon White, Johnson affirmait avoir conservé en mémoire quelques 300 sermons de 90 minutes, ce qui amena l'auteur à le considérer comme étant "l'une des plus fortes têtes du mouvement".[12] Penton le présenta comme "un colporteur capable mais excentrique qui eut un effet majeur" sur le mouvement dans ses derniers années, et précisa qu'il fut probablement "l'associé de Russell le plus instruit et le plus studieux".[28] Même la Société Watch Tower admit que Johnson était un "homme très capable [qui] avait servi la Société en qualité d'orateur".[29]

Dans le même temps, la vie de Johnson fut sans cesse marquée par des expériences religieuses de nature mystique et celui-ci semblait parfois afficher un comportement fanatique. Il abandonna le judaïsme pour le christianisme après avoir contemplé un tableau dépeignait les souffrances du Christ, puis être entré dans une église. De même, tout au long de sa vie de chétien, il crut sincèrement qu'il occupait personnellement des positions qui était prévues pour lui par Dieu et remplissait le rôle de personnages bibliques: en 1903, il se persuada qu'il bénéficiait du don de l'esprit saint;[5] en février 1917, il se considéra comme l'économe mentionné Matthieu 25:14[14] et le régisseur de la parabole du denier énoncée par Jésus en Matthieu 20:1-16;[30] dans ses correspondances avec Rutherford, il s'identifia lui-même et d'autres à Néhémie, Esdras et Mardochée,[31] considérant par exemple les aînés d'Angleterre qui avaient envoyé une lettre en octobre à Russell comme les "fils d'Haman" dont il "pendr[ait]" les cadavres le 4 mars 1917 en les renvoyant (ceci faisant allusion aux événements du livre biblique d'Esther);[10] et après avoir quitté la Société Watch Tower, il se proclama le Messager de l'Épiphanie,[32] déclarant dans son testament qu'il était le dernier Grand Prêtre sur terre. Selon la Watch Tower, Johnson s'attribua le titre de "souverain sacrificateur de la terre",[33] — en réalité, il prétendait simplement être l'un des futurs grands prêtres aux côtés du Christ, espérance également partagée par les Étudiants de la Bible —[34] et pensait que "le manteau du pasteur Russell avait été jeté sur ses épaules" de la même manière que le vêtement d'Élie était tombé sur Élisée.[30]

Voilà pourquoi, Penton déclara aussi que Johnson était une "personne étrange, erratique qui avait causé beaucoup d'ennuis à Russell par ses mauvais conseils et ses visions de gloire, pour ne pas dire plus".[35] De plus, il souffrit de dépression vers 1910, passant très peu de temps à dormir. De ce fait, et aussi parce qu'il représentait un danger pour son élection, Rutherford le considérait comme étant mentalement dérangé, bien qu'il changea d'avis lorsqu'il revint d'Angleterre. Même l'avocat Francis H. Mac Gee, qui prit position pour les directeurs évincés, croyait que Johnson était mentalement dérangé.[31] Mais, citant un historien, Penton déclara aussi que "Johnson était aussi sain d'esprit que ses accusateurs": en effet, même si les identifications aux personnages bibliques que Johnson s'auto-appliquaient pouvaient sembler étranges, il n'empêche que Clayton Woodworth appliqua par la suite certaines d'entre elles, notamment Matthieu 20, à la Watch Tower, et ceci avec l'approbation de Rutherford.[36]

Présentation dans les publications jéhovistes

Rarement mentionné actuellement dans les publications de la Watch Tower, Johnson est désormais présenté comme étant un infidèle qui avait pour ambition de prendre la succession du mouvement des Étudiants de la Bible, une fois Russell décédé. L'historien James Penton écrivit que Johnson a aujourd'hui le rôle du "scélérat" qui fut l'instigateur du schisme de 1917.[16] Certes, dans les quatre publications ci-dessous, l'ensemble du conflit entre Rutherford et Johnson est rapporté en détail, mais le choix des mots est très orienté, présentant systématiquement Johnson sous un angle défavorable.

À titre de comparaison, le MMIL présente, sur son site officiel, le conflit ainsi:

"J.F. Rutherford, mettant de côté les arrangements que Frère Russell avait faits, usurpa la direction de la Société en déclarant au nom d'une technique légale, que les charges de la majorité du Conseil d'administration, qui lui était opposée étaient vacantes. Il passa alors à l'élection de quelques-uns de ses propres partisans pour remplir ces charges, s'emparant ainsi de la direction complète. Ce furent ces agissements qui amenèrent Fr. Johnson et d'autres à se dresser dans l'opposition."

Le problème majeur en rapport avec Johnson est de savoir précisément quels étaient les pouvoirs qui lui étaient conférés, les publications jéhovistes affirmant que sa mission se limitait à une simple enquête. Toutefois, l'historien Bernard Blandre constata, après avoir examiné les preuves disponibles sur le sujet, que les revendications de Johnson sur son statut paraissaient plausibles (la lettre du 10 novembre lui conférait les pleins pouvoirs, alors qu'il les avait explicitement demandés la veille).[37]

Publication et date Description du contenu
Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, 1971, chap. 11, pp. 71,72 D'après le livre, "la semence de rébellion semblait germer chez un seul homme. (...) [L]es brillantes qualités [de Johnson] devaient finalement provoquer sa chute. (...) [Il] s'est arrogé des droits que la Société ne lui avait nullement conférés", et est accusé d'avoir semé la "confusion", ce qui est rapproché des paroles de l'apôtre Paul mettant en garde contre ceux qui causent des divisions.
Annuaire des Témoins de Jéhovah, 1973, pp. 97-102 Il est reproché à Johnson d'avoir utilisé abusivement les lettres fournies par le Conseil pour assoir son autorité en Angleterre (sans préciser que celles-ci comportaient effectivement des pouvoirs étendus), d'avoir prévenu la banque de l'invalidité des signatures de Shearn et de Crawford (sans dire que ceux-ci prévoyaient des modifications dans la gestion des finances, ni qu'ils rejoignirent un groupe dissident peu après). Johnson est décrit comme "frustré et furieux", tandis que Rutherford est présenté comme ayant "avait fait preuve de fermeté à l'égard de Johnson; néanmoins, il insista pour qu'on le traite avec bienveillance".
Annuaire des Témoins de Jéhovah, 1975, pp. 88-91 Johnson est mis dans la catégorie "des hommes, qui possédaient les traits caractéristiques d'un "méchant esclave", sont sortis de l'ombre et se sont mis à battre, figurativement parlant, leurs compagnons d'esclavage". Selon l'ouvrage, il fut à l'origine d'une "véritable conspiration", et "l'accueil qui lui a été réservé [en Angleterre] en novembre a[ura]it faussé son jugement", sans préciser que cet accueil était peut-être tout simplement dû au fait qu'il était le représentant légal de la Watch Tower.
Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, 1993, p. 628 L'histoire figure dans le chapitre intitulée "Épreuves et criblages de l'intérieur". Présenté comme un hypocrite, Johnson aurait "sem[é] des graines de doute", sapant la fidélité du groupe et aurait été l'instigateur de la rébellion des directeurs évincés ("ceux qu'il a persuadés de se ranger de son côté ont tenté d'atteindre leurs buts..."). Il est classé dans la même catégorie de rebelles qu'Alexandre Freytag et Walter Salter.

Voir aussi

Ressources sur le sujet

Références

  1. 1,0 et 1,1 Présentation de Paul Johnson, ctrussell.fr. Consulté le 7 août 2011
  2. 2,0 et 2,1 Blandre, 1988, p. 26
  3. 3,0 et 3,1 Parkinson, James (1999, 3è éd.) (anglais), The Bible Student Movement in the Days of CT Russell, format pdf, pp. 24, Index 4
  4. 4,0 et 4,1 Wills, 2006, p. 66
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Blandre, 1988, p. 27
  6. Arrowup.png Penton, 1997, p. 285
  7. Arrowup.png Blandre, 1988, pp. 32,33
  8. Arrowup.png Wills, 2006, p. 87
  9. 9,0, 9,1 et 9,2 Watch Tower Bible and Tract Society, 1973, p. 97
  10. 10,0, 10,1, 10,2 et 10,3 Watch Tower Bible and Tract Society, 1973, p. 98
  11. Arrowup.png WTBTS (1993) (français), Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, p. 627
  12. 12,0, 12,1, 12,2 et 12,3 Wills, 2006, p. 93
  13. Arrowup.png Blandre, 1988, p. 28
  14. 14,0, 14,1, 14,2, 14,3, 14,4, 14,5, 14,6 et 14,7 Blandre, 1988, p. 29
  15. 15,0, 15,1, 15,2, 15,3, 15,4 et 15,5 Wills, 2006, p. 94
  16. 16,0, 16,1 et 16,2 Penton, 1997, p. 49
  17. 17,0 et 17,1 Watch Tower Bible and Tract Society, 1973, p. 99
  18. Arrowup.png Watch Tower Bible and Tract Society, 1973, p. 101
  19. Arrowup.png Pierson, 1917, p. 15
  20. Arrowup.png Wills, 2006, p. 95
  21. Arrowup.png Penton, 1997, p. 53
  22. Arrowup.png Blandre, 1988, p. 31
  23. 23,0 et 23,1 Rodriguez, Rolando (2004) (anglais), "Recent Bible Student History (1917–present)", heraldmag.org. Consulté le 9 août 2011
  24. Arrowup.png Scan de La Tour de Garde, 1er décembre 1913, pp. 359-71, ctrussell.fr. Consulté le 9 août 2011
  25. Arrowup.png Johnson, Paul S.L. (anglais), "Against Trinity", The Present Truth, network54.com. Consulté le 9 août 2011
  26. Arrowup.png Wills, 2006, p. 99
  27. Arrowup.png Wills, 2006, p. 116
  28. Arrowup.png Penton, 1997, pp. 40,41
  29. Arrowup.png Watch Tower Bible and Tract Society, 1971, p. 69
  30. 30,0 et 30,1 Watch Tower Bible and Tract Society, 1975, p. 89
  31. 31,0 et 31,1 Penton, 1997, p. 349
  32. Arrowup.png Parkinson, James (2004) (anglais), "Troubled Years (1916–1918)", heraldmag.org. Consulté le 9 août 2011
  33. Arrowup.png Watch Tower Bible and Tract Society, 1971, p. 72
  34. Arrowup.png Wills, 2006, p. 271
  35. Arrowup.png Penton, 1997, p. 51
  36. Arrowup.png Penton, 1997, p. 52
  37. Arrowup.png Blandre, 1988, p. 34