Rapport de prédication

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Le rapport de prédication est un feuillet que chaque Témoin de Jéhovah se doit de remettre dans une boîte à la Salle du Royaume à la fin de chaque mois afin de rendre compte du temps qu'il a passé dans le prosélytisme lors du mois écoulé et de ses placements de publications. Le nombre de proclamateurs correspond à celui du nombre de Témoins remettant leur rapport.

Historique

C'est Joseph Franklin Rutherford qui a institué les rapports de prédication au début des années 1920. Au départ, les rapports étaient hebdomadaires, avant de devenir bimensuels, puis mensuels.

L' Annuaire 1975, p. 124, déclare :

« En 1920, la responsabilité individuelle par rapport à la prédication fut plus vivement ressentie quand ceux qui prenaient part au témoignage commencèrent à remettre un rapport hebdomadaire. Avant 1918 il n’y avait que les colporteurs qui faisaient un rapport d’activité. »

Ironiquement, Rutherford n'a apparemment jamais ou très peu prêché de porte en porte, prétextant qu'il n'avait pas le temps du fait de ses responsabilités en tant que président, selon les témoignages de Frederick Franz et des membres du Béthel de Brooklyn de l'époque. De même, Raymond Franz révèle par ailleurs que bien des membres du Collège Central ne trouvent pas le temps d'effectuer ne serait-ce qu'une heure de prédication par mois.[1]

A une époque, il avait un minimum d'heures requis (10) et de périodiques à placer (12) pour être considéré comme quelqu'un de "spirituel". Ces seuils ont aujourd'hui disparu, mais il est généralement mal vu de faire moins que la moyenne nationale.[1] De plus, c'est bien souvent sur la base du rapport de prédication que sont proposés des TJ masculins comme anciens ou assistants ministériels. Ils peuvent également perdre leurs fonctions si leur rapport est jugé trop "léger".

Raisons officielles de l'existence du rapport

Le fait de remettre son rapport est généralement perçu comme une marque de coopération et de bonne volonté envers "l'Esclave fidèle et avisé". Être réticent à le faire est considéré comme une attitude rebelle.

La Watch Tower a relativement peu parlé des raisons qui l'a poussée à rendre obligatoire le fait de remettre un rapport d'activité. La Tour de Garde du 1 juin 2005, p. 17,18, justifie comme suit l'existence du rapport de prédication :

« Voyez ce que déclare le livre Organisés pour faire la volonté de Jéhovah : "Les premiers disciples de Jésus Christ attachaient de l'importance aux rapports sur les progrès de la prédication (Marc 6:30) (...) Nul doute que ces nouvelles relatives à l'accroissement ont dû stimuler les disciples." C'est pour la même raison qu'aujourd’hui les Témoins de Jéhovah s'efforcent de tenir un rapport précis de ce qui est fait dans le monde entier (...). De tels rapports donnent une image exacte de ce qui est réalisé au plan mondial. Ils indiquent où l'on a besoin d’aide, quel genre — et quelle quantité — de publications sont nécessaires pour que l'œuvre de prédication se développe. »

Le suite de l'article précise que les rapports ne traduisent pas l'intégralité de la "spiritualité" d'un adepte, puisque qu'ils ne prennent pas en compte les autres facettes de sa vie religieuse. Malheureusement, cette réflexion pleine de bon sens est très souvent occultée le reste du temps et ce n'est pas du tout vrai dans la pratique.

Ainsi, il y aurait deux raisons majeures sur l'existence du rapport: 1/ la joie qui résulte de leur communication des chiffres au niveau mondial, et 2/ la mise en évidence des besoins en publications. Le fait de vérifier le nombre d'heures et de placements de chaque adepte pour évaluer son niveau "spirituel" n'est pas évoqué.

Critique de ces raisons

Les versets bibliques avancés ne constituent que des prétextes, car ils ne justifient absolument pas cette mesure. En effet, ils ne contiennent aucune mention du nombre d'heures consacrées à la prédication. Il n'y a pas non plus de preuve que les premiers chrétiens auraient envoyé un quelconque rapport à un soit-disant collège central à Jérusalem. Lorsque la Bible rapporte des chiffres, non seulement ceux-ci ne sont pas en rapport avec le service de prédication, mais concerne le nombre de conversions (Actes 1:15; 2:5-11,41,47; 4:4; 6:7), mais en plus il ne s'agit manifestement pas de chiffres rigoureusement exacts (120 disciples réunis, 3000 et 5000 baptêmes), juste de simples estimations qui contrastent avec la stricte précision des chiffres de la Watch Tower.[2]

La Watch Tower prétend aussi avoir besoin des rapports afin que connaître le nombre de placements pour aligner sa production de publications aux besoins réels de l'organisation. Cet argument est tout à fait fallacieux, car les services chargés d'imprimer les publications se basent sur les demandes des filiales et non sur les rapports des fidèles.[1]

Officieusement, cette mesure permet de maintenir une coercition et de procéder à un contrôle social puissant des adeptes sur leur vie religieuse. Le rapport peut être perçu comme étant une forme de confession obligatoire de la part de l'organisation.[3] De surcroît, les rapports nominatifs n'ont aucun fondement, car l'anonymat aurait très bien pu être suffisant pour connaître les heures effectuées; dans son analyse du système jéhoviste, l'auteur Vivien Perrec écrit à propos du rapport: "On peut donc conclure du caractère normatif et mensuel du rapport d'activité de prédication qu'il est un moyen de surveillance individualisée des adeptes. (...) Les rapports d'activités compilés permettent une gestion managériale réactive face à des signes évidents de baisse d'activité prosélyte".[2]

Conséquences du rapport

S'il permet d'établir des comptes précis sur ce qui est effectué dans le monde entier au niveau de la prédication, le rapport de service a plusieurs effets indésirables. Raymond Franz illustre certaines de ces conséquences en citant plusieurs lettres d'anciens qui témoignent de réelles inquiétudes sur le sujet, mais qui furent généralement ignorées par le Collège Central.[1]

Se substitue à la conscience du fidèle 

La WT répète que chaque humain doit rendre des comptes à Dieu de façon personnelle, que c'est entre Jéhovah et lui que se joue la relation de la foi. Or, avec les rapports, c'est en réalité envers l'organisation que l'adepte doit rendre des comptes. Au contraire, des passages comme Matthieu 6:1 à 4 (qui ne parle pas de la prédication, mais le principe peut lui être appliqué) montre clairement que tout ce qui est fait par le chrétien doit l'être de façon personnelle, sans être contrôlé par qui que ce soit.

Occulte la priorité de l'amour véritable 

Une importance très grande est souvent accordée à celui-ci comme indicateur de la "spiritualité" du TJ, au détriment par exemple de l'amour à témoigner à son prochain - exigence normalement plus importante pour le chrétien -, ou de sa mise en pratique du fruit de l'esprit, de la façon dont il s'occupe de sa maisonnée ou de la qualité de sa foi. Il n'y a aucun rapport pour ce genre de choses. Dès lors, il est fréquent de privilégier la prédication à l'aide aux TJ en difficulté, et bon nombre de proclamateurs ne rendent pas visitent (ou une visite très brève) aux fidèles âgés, car cela leur ferait "perdre" du temps de prédication.

Faisant part de ses inquiétudes sur le sujet à Nathan Knorr, Karl Adams, qui travailla au Comité de Rédaction du Béthel de Brooklyn, affirma ceci dans une lettre de 1971 : « Le résultat [du rapport de service] consiste en ce que, bien trop souvent, les proclamateurs considèrent leur "succès" selon le point de vue des placements" (...) La tendance est d'accentuer la valeur des chiffres de l'activité du proclamateur au-delà de ce qu'ils méritent (...) De l'aveu général, la disposition toute entière de rapporter notre service du champs est quelque chose qui va au-delà de ce que la Bible exige spécialement des Chrétiens. (...) Un surveillant de circonscription est plus préoccupé de savoir si la congrégation place 12 périodique par proclamateurs que de s'inquiéter s'il y a le véritable amour chrétien. » Cette lettre fut lue lors d'une réunion du Collège Central, mais reçut très peu d'attention, bien qu'elle exprime tout à fait les sentiments de nombreux TJ de part le monde.[1]

Engendre de mauvais mobiles 

Beaucoup de TJ effectuent des heures de prédication parce qu'ils savent qu'ils doivent fournir le rapport de prédication à en fin de mois, et que ne pas prêcher assez serait mal vu par le collège ces anciens. Les chiffres ne traduisant pas les vraies motivations de ceux qui les ont effectuer, il n'est pas possible de savoir si c'est réellement l'amour pour Dieu et pour son prochain qui a motivé le fidèle, ou simplement la "peur du gendarme". Pourtant, celui qui fait les choses de tout son cœur n'a pas besoin que l'on surveille, il agirait exactement de la même manière en toutes circonstances, l'amour étant le plus des motivations qui puisse exister. En procédant de la sorte, la WT admet implicitement qu'elle n'a pas confiance dans ses adeptes et les soupçonne de ne pas faire grand chose s'il n'y avait pas de rapport à rendre. D'ailleurs, tous les membres du Comité de la filiale d'Afrique du Sud avaient envoyé en 1978 une lettre au Collège Central afin de supprimer les rapports, craignant que la prédication ne soit effectuer que par "sens du devoir".[1]

Favorise les chiffres au détriment de la qualité 

Il n'est pas rare qu'un TJ préfère laisser des publications à son interlocuteur plutôt que de discuter en profondeur avec lui. La raison est que, contrairement au nombre de publications distribué, une discussion n'est pas mentionnée sur le rapport, à moins qu'il ne s'agit d'une étude biblique. Cette conception favorise le gaspillage, car en réalité bien peu de publications sont réellement lues par les gens qui les acceptent. En outre, il est arrivé que certains TJ falsifient leurs rapports afin de passer pour plus "spirituels" qu'ils ne le sont en réalité.

Occasionne du stress et de la culpabilité 

Les TJ nommés sont considérés comme étant des exemples à suivre. De ce fait, il est essentiel qu'ils effectuent un bon nombre d'heures s'ils souhaitent conserver leurs charges dans la congrégation. S'ils ont une famille à s'occuper et un travail profane, il doit être difficile pour eux d'accomplir un minimum suffisant d'heures de prédication, en plus de leurs responsabilités dans la congrégation. Ce stress peut particulièrement augmenter à mesure qu'approche la venue du surveillant de circonscription ou de district qui examinera les rapports de chacun. Par ailleurs, certains TJ se sentent perpétuellement coupables de ne pas faire davantage dans le cadre de la prédication. Cela contraste avec les propos exprimés par le Christ en Matthieu 11:29,30.[1]

Voir aussi

Références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4, 1,5 et 1,6 Franz, Raymond (1999) (anglais), À la recherche de la liberté chrétienne, Commentary Press, pp. 185-200
  2. 2,0 et 2,1 Perrec, Vivien (2012), Les Témoins de Jéhovah: Analyse psychosociale, L'Harmattan, pp. 153,154 (ISBN 978-2-296-56005-5)
  3. Arrowup.png Beel, Nathan Charles (anglais), "A Study of the Persuasion Techniques Used by Jehovah’s Witnesses and the Watchtower", freeminds.org. Consulté le 2 novembre 2009