Richesse de Russell

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La richesse de Charles Taze Russell, fondateur de la Société Watch Tower, a plusieurs fois été évoquée dans les publications jéhovistes, toujours d'une manière qui a pour effet de glorifier le pasteur. En effet, les partisans de celui-ci, qu'il s'agisse des Témoins de Jéhovah ou des différents groupes qui se réclament de son enseignement, le présentent comme un homme 1/ très fortuné et habile dans les affaires au moment où il vendit les magasins de vêtements de son père, alors qu'il n'avait qu'une vingtaine d'années, 2/ qui a investi tous ses biens pour promouvoir ses croyances religieuses, et 3/ qui, lors de sa mort, n'avait plus rien d'un point de vue matériel. Or, il s'avère que ces assertions ne reflètent pas l'exacte vérité sur le sujet, puisque Russell contrôlait l'argent de la Société Watch Tower, était associé avec, voire carrément à la tête, de nombreuses autres sociétés commerciales, et menait un train de vie confortable. Cela ne signifie pas que Russell était un escroc qui exploitait le filon religieux à des fins pécuniaires, mais que la version lénifiante proposée par la Société Watch Tower est fautive et a pour but, comme bien souvent, de présenter l'histoire de ses dirigeants de façon idyllique.

Affaires florissantes dans sa jeunesse

Voir aussi Joseph Russell

La Société Watch Tower a parfois prétendu que Russell était un homme d'affaires particulièrement prospère même avant qu'il ne fonde son propre mouvement religieux.

Déjà peu après la mort de Russell, sa biographie hagiographique de 1923, Le Messager de Laodicée, publiée par deux membres de l'International Bible Students Association, William N. Wisdom et L.W. Jones, disait notamment:[1]

"À l'âge de quinze ans, sa sagacité était tellement grande comme acheteur en gros de marchandises que son père l'envoya souvent seul en voyage pour des achats à destination de Philadelphie. Un jeune homme d'un tel talent commercial ne devrait plus travailler pour les autres. Bientôt, il commença son propre magasin, qui devint rapidement une chaîne de magasins. Il fut l'un des pionniers dans le développement de l'idée merveilleusement réussie de la chaîne des magasins, idée qui a depuis enrichi de nombreux hommes. Cela l'enrichit rapidement, et avant qu'il n'ait bien dépassé l'année de sa majorité, il avait bien un quart de million de dollars (...) Personne connaissant les faits ne pouvait raisonnablement douter qu'il aurait été le rival de John D. Rockfeller pour le titre de l'homme le plus riche de la terre. Il s'agissait de sa perspective légitime à l'âge de moins de vingt-cinq ans."

La Tour de Garde (anglais) du 1er janvier 1955, à la page 46, déclara que Russell n'avait fait que prêcher en 1877 et 1878 et qu'à ce moment-là, il avait fermé la plupart de ses intérêts commerciaux qui connaissaient un grand succès puisqu'ils lui avaient déjà rapporté "plus d'un quart de million de dollars". Pareillement, La Tour de Garde (anglais) du 15 septembre 1975, à la page 565, dit que, dans les années 1870, Russell était l'associé de son père dans ses entreprises et qu'il était alors "sur le chemin permettant de devenir millionnaire". En 1988, le livre La Révélation: le grand dénouement est proche, à la page 69, dit que lorsque Russell commença son groupe d'étude de la Bible, il travaillait avec son père dans les affaires et qu'il était "en voie de devenir millionnaire", et que c'est alors qu'il "vendit ses parts dans la chaîne de magasins qu’ils possédaient en commun et consacra toute sa fortune" à ses activités religieuses. Et dans les années 2000, Les Témoins de Jéhovah: la foi en action, l'un des DVD de l'organisation, affirma même que Russell avait fait fructifier l'entreprise familiale et ouvert des magasins de vêtements, indépendamment de son père: "Charles Russell élargit l'entreprise, exploitant finalement par lui-même un certain nombre de magasins. Dès l'âge de 25 ans, il possédait plus de 300 000 $, l'équivalent de 7 000 000 $ aujourd'hui."[2]

Or, l'historien James Penton, qui se base sur une étude réalisée par Richard Rawe, révèle que beaucoup de ces affirmations à propos des grands talents en affaires de Russell "sont quelque peu exagérés". Concrètement, celui-ci a un peu plus tard hérité une certaine somme d'un oncle — il s'agit sans doute de Charles Tays qui décéda en décembre 1876 —, somme qu'il utilisa pour investir et ainsi accumula seulement par la suite une fortune importante. Lors de sa séparation légale en 1907,[3] Russell déclara qu'il avait une "évaluation de trésorerie de 60 000 dollars en 1879 dont deux magasins de vêtements à Allegheny et trois à Pittsburgh". Or, une lettre qu'il écrivit à J.H. Brown vers 1898 indique des montants plus élevés, puisque qu'il déclare qu'environ 20 ans plus tôt, il eut "une évaluation dans les agences commerciales d'environ 150 000 $, [et avait] le plus grand magasin d'ameublement à Pittsburgh, outre plusieurs petites annexes".[4]

De même, l'auteur critique Edmond Gruss déclara: "Bien que son père devint un vendeur de vêtements prospère à Pittsburgh, Pennsylvanie, la biographie de l'organisation essaie souvent d'élever Charles, et de négliger les réalisations de son père, en attribuant à Charles la réussite des affaires".[5]

Investissement financier dans la Watch Tower

Voir aussi Fondation de la Watch Tower

Les publications de l'organisation affirment souvent que Russell a énormément contribué au niveau financier lors de l'édification de la Société. Par exemple, en 1959, Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, à la page 18, déclare, en se basant sur des informations tirées du livre Le Mystère Accompli, que Russell "abandonn[a] son commerce et consacr[a] tout son temps et toute sa fortune à l’œuvre [biblique] (...) [et qu'] il "engagea toute sa fortune". De même, l'Annuaire des Témoins de Jéhovah de 1975, à la page 36, affirme que Russell se retira du monde des affaires en 1877 pour se livrer à ses activités religieuses, et qu'il dépensa toute sa fortune dans cette activité. D'autres publications, dont La Tour de Garde du 1er janvier 1976, à la page 21, affirment sensiblement la même chose.

La charte de 1881 de la Watch Tower n'est pas accessible au grand public, et la seule personne hors de l'organisation à l'avoir vu est Barbara Anderson, ancienne chercheuse du Département de Rédaction de la Société Watch Tower. À propos de la nomination à un bureau de la Société, elle écrivit: "La nomination était basée sur les actions achetées au prix de dix dollars chacune. Parce que j'ai remis le document source presque immédiatement à sa place, je ne suis pas certaine du nombre exact d'actions achetées par Conley, mais je pense qu'il était de 350 pour 3 500 $. Cependant, je me souviens que Joseph Russell Lytel avait acheté 100 actions pour 1 000 $ et Charles acheta 50 actions pour 500 $." Ainsi, selon elle, Conley aurait fournit la plus grosse somme d'argent — à savoir 70% du capital initial — quand la Société Watch Tower fut fondée en 1881.[6]

Toutefois, ce rapport était inexact, car comme indiqué dans le document original de l'organisation, les contributions initiales étaient, en dollars: 7 000 pour Charles, 1 000 pour son père, 4 000 pour Conley et 2 000 pour Albert Jones. Ainsi, il est évident que Russell a largement contribué d'un point de vue financier.

Financement des publications

Rien que durant la première année, plus de 40 000 $[1] furent utilisés pour imprimer les revues gratuites, notamment Food for Thinking Christian qui, à l'époque, étaient alors éditées par une société de Russell, la Tower Publishing Company. Russell expliqua que "le prix de la souscription avait été rendu le plus bas possible afin qu'il ne constitue pas un fardeau pour la majorité des lecteurs qui ne peuvent pas bien se permettre de dépenser plus.[7] À la fin de 1881, il tenta même de rendre ses publications gratuites pour tous, ce qui n'était pas autorisé par la réglementation postale.

Par la suite, des auteurs ont suggéré que la totalité du montant servant à couvrir la publication et la circulation de Food for Thinking Christians provenait de Russell; peut-être en réponse à cette exagération, d'autres suggérèrent que, s'il était vrai que les Russell avaient contribué à une partie de cette somme, le plus gros de l'argent provenait de Conley, et que cela n'aurait pas empêcha Russell de faire croire à ses fidèles, pendant plusieurs années, que cette dépense financière avait été supportée par son père et lui. Les dépenses occasionnées par cette distribution de littérature furent inscrites sur les livres de compte de la Société Watch Tower et, selon des critiques, auraient été payées par des transferts de fonds vers la Tower Publishing Company, ce qui aurait signifié que c'était Conley qui payaient les revues.[8]

Pour savoir réellement ce qu'il en est, il faudrait pouvoir consulter le grand livre de comptes de l'organisation, ce qui est impossible. En fait, l'affirmation selon laquelle ce serait Conley qui aurait le plus contribué trouve son origine dans une enchère en ligne, sans que sa véracité n'ait pu être contrôlée.

Pour sa part, Barbara Anderson déclara, à propos des affirmations contenues dans les publications jéhovistes: "Donc, ce qui m'a le plus surprise a été lorsque le livre Prédicateurs le dépeignit comme cet homme qui avait fait fortune à partir de la mercerie que son père a commencée, que tous ces revenus sont à l'origine de la Watch Tower et qu'il était un homme généreux, merveilleux. La réalité n'est pas du tout comme ça. C'était un magouilleur. Il s'occupait des marchés boursiers, et était un spéculateur dans les domaines du pétrole et de l'immobilier."[9]

Fortune et mode de vie

La Tour de Garde du 1er octobre 1972, à la page 587, relate le cas d'un pasteur qui aurait fait croire "à tort" que Russell exploitait "la religion pour s'enrichir", et il est précisé qu'un article de presse locale [sans références] avait déclaré que Russell n'avait que 200 dollars à sa mort. Dans la même veine, le livre Les Témoins de Jéhovah : Prédicateurs du Royaume de Dieu, 1993, à la page 351, fournit les mêmes éléments que ceux figurant dans Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, puis il affirme que, "loin de s'enrichir par ses activités religieuses, Charles Russell a dépensé toutes ses ressources" pour sa prédication, qu'il ne recevait mensuellement que 11 dollars pour des frais personnels et qu'il n'a rien laissé matériellement lorsqu'il décéda. La fortune privée de Russell qui fut donnée pour promouvoir ses croyances fut estimée à 350 000 $.[1] Toutefois, ces affirmations sont contredites par certains faits révélés lors de deux procès.

En 1914, un journal rapporta que "Russell [était] maintenant réputé pour valoir plusieurs millions de dollars, mais veill[ait] à garder sa richesse sous protection légale de façon à ce qu'elle ne puisse pas être saisie."[10] Pour contrer les critiques, des Étudiants de la Bible affirmèrent à la même époque que "M. Russell n'[était] ni un millionnaire, ni le propriétaire de n'importe quel bien, sauf d'effets personnels communs à la plupart des hommes. Il... dor[mit] sur un petit lit", ne recevait aucun salaire sinon une simple allocation d'environ 12 $ par mois.[11]

Selon l'auteur Fredrick Zydek, Russell laissa à sa mort une fiducie privée de 162 000 dollars — incluant 70 000 en or, 30 000 en devises et 62 000 en titres du gouvernement américain — dédiée à poursuivre son œuvre.[12]

Société écrans

Voir article détaillé Sociétés dans lesquelles Russell était impliqué
Charte de la U. S. Investment Company, qui montre le rôle de Russell dans cette société

Durant le procès relatif à sa séparation légale d'avec son épouse Maria, Russell fut accusé d'être lié à différentes entreprises spécialisées dans des secteurs tels que l'immobilier, les biens locatifs, le pétrole et d'autres sociétés, ce qu'il nia lors de l'interrogatoire directe par ses avocats. Quand il lui fut demandé: "Maintenant, si ces accusations figuraient dans le Brooklyn Daily Eagle, est-ce que l'une quelconque d'entre elles serait vraie?", Russell répondit "Elles ne seraient pas vraies". Toutefois, quand, à la barre, il fut contre-interrogé par la défense et qu'il apprit que des informations dont les chartes de ces entreprises, étaient en la possession de la cour, il reconnut être un actionnaire de la Pittsburgh Asphaltum Company; de la Silica Brick Company, qu'il a "entièrement" gérée à partir de la Maison de la Bible à Arch Street, Pittsburg; de la Brazilian Turpentine Company, dans laquelle il avait une participation majoritaire; de la United Cemetery Company, située à Pittsburg, de la United States Coal and Coke Company, au capital de 100 000 $, et aussi de la Solon Society.[13]

De même, il fut aussi révélé au cours du procès en rapport avec le blé miraculeux que, même après avoir vendu ses magasins de vêtements, Russell était le principal actionnaire dans deux sociétés, dont la United States Investment Company qui était en lien étroit avec la Société Watch Tower. Pourtant, Russell ne voulut pas le reconnaître et dénia que cette société était à lui, qu'il en était le directeur ou le président ou même seulement un actionnaire, ou qu'il en obtenait un intérêt quelconque, et affirma que la société n'était plus en activité depuis "de nombreuses années". Il déclara dans l'un de ses journaux, à propos de la United States Investment Company: "Je n'ai pas un dollar investi dans celle-ci; ni je n'ai même été nominalement rattaché à elle".[14] Tout ceci était faux, car le secrétaire et trésorier de la Watch Tower William E. Van Amburgh déclara sous serment que cette société était alors en activité et que c'était bel et bien une compagnie écran pour la Société Watch Tower. D'ailleurs, la charte de la société indique que Russell avait investi 990 $ contre un total de 10 $ de la part d'Ernest Henninges et de John A. Bohnet (article 1) , qu'ainsi il détenait 990 parts d'action sur 1 000 (article 2), qu'il en était le manager (article 6), et que la société en question avait pour but "l'achat et la vente de biens immobiliers, les droits de brevet, les actions, les obligations et les autres titres, les marchandises, la construction de maisons", et que le siège de la société se trouvait au, 58 Arch Street à Alleghany (article 3), là où était la Société Watch Tower. De plus, les archives de Pittsburgh indiquent des transferts de propriété à cette société en 1911 et en novembre 1912, ce qui prouve qu'elle était alors en activité.[13]

Tout cela laisse à penser que Russell pouvait mentir sous serment à plusieurs reprises afin de dissimuler la vérité sur sa richesse, notamment dans le but de ne rien donner verser à sa femme, qui pourtant avait très largement participé au succès de son mari en écrivant de très nombreux articles religieux.

Critiqué en 1894 notamment au sujet de son business, Russell reconnut son implication dans une société de pétrole, écrivant: "[En 1881,] mon capital-argent étant limité, j'ai vu qu'il ne faudrait jamais investir les fonds dans des créances hypothécaires ou dans une banque, parce que les intérêts sur la somme seraient insuffisants pour nos demandes et notre travail. Sous ce qui semblait être une direction providentielle, j'ai décidé d'investir avec d'autres dans une certaine société de pétrole — des puits de pétrole. J'ai choisi cette entreprise parce qu'elle semblait être rentable, et parce qu'elle ne demanderait que peu ou pas de temps et d'attention personnelle (...). Et ce jugement s'est, dans l'ensemble, révélé juste — plusieurs pièces ayant été prises de la bouche de ce poisson pour notre soutien et pour la cause du Seigneur (Matthieu 17:27)."[15]

Propriétés foncières

Russell recourait également à la vente de parcelles de terre en Floride, terres qui provenaient apparemment de sa famille et de lui-même, et l'argent obtenu devait certainement fournir des fonds à la Watch Tower, celle-ci en ayant fait de la publicité dans les colonnes de son périodique. Par exemple, le supplément de La Tour de Garde de novembre 1884 proposait 40 parcelles de terrain à vendre, de dix acres chacun, sur la péninsule de Pinellas, Hillsboro Co., en Floride, vendu à dix dollars en espèces par acre, et dont l'argent irait dans la trésorerie de la Watch Tower. Un mois plus tard, huit parcelles avaient trouvé acquéreurs; en mars 1985, il ne restait plus que douze parcelles non achetées.[16] En septembre 1885, La Tour de Garde expliqua qu'en raison de circonstances défavorables, certains adeptes ayant fait l'acquisition de parcelles mais les avaient finalement rendues; de plus, un autre avait donné à la Société quatre parcelles de dix acres, juste à proximité des autres terres. Cela portait le nombre de parcelles à vendre à douze, quatre d'entre elles ayant de petits étangs exigeant un amerrissage pour s'y rendre et pouvant ainsi être vendues à moitié prix.[17]

La Tour de Garde de mars 1885 (reprints) évoquait ces parcelles de terrains à vendre.

Contre-interrogé sur ces transactions dans le cadre du procès pour la séparation en 1907, Russell fut réticent à répondre, donnant des renseignements vagues qui différaient grandement de ceux parus sur ce sujet dans son périodique. Russell décrivit le don de Floride comme ayant "une valeur incertaine", et témoigna avoir réalisé entre 600 et 1 000 dollars de bénéfices avec la vente. Pour concilier toutes ses déclarations apparemment inexactes, il fut récemment suggéré que Russell faisait référence à une donation faite en 1900.

En 1913, la United States Investment Company, détenue par Russell (voir section précédente), possédait alors ou avait possédé, entre autres, 28 maisons et des parcelles à Binghamton (état de New York), plusieurs parcelles à Tacoma (état de Washington), une ferme près de Rochester (état de New York), une maison et une parcelle à Buffalo, une ferme dans l'Oklahoma, 108 parcelles au Texas, une maison et une parcelle près de Pittsburg, et 5 500 acres de terre dans le Kentucky. Ainsi, l'argent envoyé à la Société Watch Tower par les Étudiants internationaux de la Bible du monde entier servait à payer les frais de diffusion de la littérature de Russell et à rémunérer ses agents et ses pèlerins, et le reste pouvait être investi dans les terres, lots, des concessions forestières, maisons, etc., de ce genre de sociétés détenues par Russell.[13]

Pouvoir réel de Russell dans la Watch Tower

Par ailleurs, la transcription de la séparation légale des époux Russell montra que Russell avait transféré 317 000 à la Watch Tower qu'il déménagea à New York où cet argent pouvait être exempté d'impôts, et ceci afin de ne pas payer la pension alimentaire à sa femme. Or, il faut préciser que, comme cela fut révélé par Amburgh lors du procès lié au blé miraculeux, Russell détenait entre 44 000 et 47 000 parts de vote dans la Société - ce qui signifiait qu'il avait donné jusqu'à 470 000 $ puisque chaque contribution de 10 $ correspondait à une part de vote - sur un total de 50 000, ce qui lui permettait largement d'être élu comme président de l'organisation chaque année. Cela revenait à dire qu'en réalité il était le propriétaire de la Société Watch Tower et qu'il avait un absolu contrôle sur l'argent qui y rentrait (par exemple, sur les 1 800 $ qui provinrent de la vente du blé miraculeux).

Après avoir noté l'investissement important de Russell dans ses activités religieuses, l'historien Bernard Blandre déclare: "Ce qui est plus original chez Russell, c'est sa mentalité et sa formation d'homme d'affaires, dont nous avons remarquer les effets dans l'organisation de l'église nouvelle. On a l'impression de le voir à la tête d'une entreprise de publicité avec son conseil d'administration, son capital, ses actionnaires. S'agissait-il pour Russell d'une église ou d'une entreprise de religion? En tout cas, cet aspect n'est peut-être pas négligeable si l'on cherche quelles sont les causes du succès de la prédication."[18] Il déclara en outre que "cette affaire [celle du "blé miraculeux", mais qui est typique de la façon dont l'argent était géré par Russell], finalement, posait le problème des liens entre la finance et la religion. [Les critiques] avai[ent] affirmé que la gestion par Russell de la Watch Tower Bible and Tract Society et des corporations annexes était la preuve qu'il poursuivait des buts lucratifs. Russell, lui, présentait son entreprise comme le moyen juridique et financier permettant d'annoncer la proximité du Royaume de Dieu".[19]

W.T. Ellis, du journal The Continent qui a interviewé Russell après sa tournée de 1912, déclara: "Je m'imaginais un prophète et j'ai trouvé un homme d'affaires! Au lieu d'un humble chercheur de vérité, j'ai trouvé le plus habile propagandiste de l'époque, - un homme devant lequel [les différents fondateurs religieux du XIXè siècle] font pâle figure".[20]

Toutefois, peut-être par suite de ses déconvenues lors de ses procès perdus, Russell ne conserva plus le même contrôle de la Société Watch Tower lors des trois dernières années de sa vie. Au moment de sa mort, il ne détenait plus qu'un cinquième des part de votes, et Alexander Macmillan rapporta dans la presse que la Watch Tower était à présent "largement entre les mains de ses lieutenants".[21]

Tournées de sermons

Voir article détaillé Voyages de Russell

Mode de vie opulent

Le succès de la publication de ses sermons dans la presse amena Russell à changer de mode de vie. Les patrons de presse et les syndicats de presse insistèrent pour que Russell soigne son image médiatique. Affublé de titres tels que "le prêcheur favori du Peuple", "le plus populaire des prêcheurs aux USA", Russell devint célèbre. Les syndicats de presse lui payèrent de quoi faire des voyages internationaux, lui demandèrent de séjourner dans des hôtels de luxe, de s'habiller d'une manière plus aristocratique, d'utiliser davantage les taxis et les coûteuses voitures de société, tout cela pour faire vendre leurs journaux.[22][23]

Dans le même ordre d'idées, ses derniers tours de prédication aux États-Unis furent financés par un "tour operator" qui fit payer très cher le billet de train - celui-ci était compris entre 146,50 $ pour ceux qui choisissaient la classe touriste, et 314,50 $ pour ceux qui louaient un compartiment entier - aux quelques privilégiés souhaitant accompagner Russell. Timothy White explique en effet que ses "tournées devinrent de plus en plus ostentatoires avec les années", ce qui explique peut-être pourquoi Russell jugea bon de préciser dans ses publications qu'il n'était en rien responsable de l'organisation. White révèle qu'en 1911, tous les disciples qui l'accompagnaient mangeaient et dormaient dans le train spécial qui leur était entièrement réservé. En ce qui concerne la tournée aux États-Unis, elle était organisée par le fidèle Leslie W. Jones et comptait 200 fidèles.[24]

Critiques de la part de ses fidèles et de Maria

Les voyages internationaux effectués par Russell soulevèrent des questions de la part de ses lecteurs qui s'interrogèrent sur le fait qu'il se rendait dans des lieux éloignés alors qu'il n'y prononçait pas de discours. Ce fut le cas lorsqu'il se rendit à Jérusalem en 1910.[25]

De même, une lettre d'une lectrice, représentative de ce que pouvaient penser certains Étudiants de la Bible à l'époque, lui reprocha cette manière de voyager, lui demandant: "Comment peut-on concilier la description du train de luxe, l'hôtel sur roues, ses lieux de séjour, son chef de cuisine, son corps de serveurs, etc, avec l'exemple nous est donné par Jésus de Nazareth? N'est-ce pas, cher frère, une flatterie à l'esprit du monde?" Puis elle dit que selon elle, Jésus aurait, dans ce genre de cas, voyagé modestement. Elle fait remarquer que Russell lui-même a critiqué certaines des Églises réformées parce qu'elles "ont fait de nombreuses ouvertures de compromis avec le monde pour les petites faveurs", et se demande si cette vie de luxe n'est pas une forme de compromis similaire. Certes, elle sait que ce sont les hommes du journal qui préparent les voyages pour Russell, mais rappelle que "la responsabilité repose sur chaque individu. Dieu peut prendre soin de son œuvre à l'avenir, comme par le passé, sans dépendre des hommes d'un journal". La lettre termine par des citations extraites des publications prônant l'esprit d'abnégation.[26]

Russell répondit à ces interrogations dans les colonnes de La Tour de Garde, prétextant qu'il acceptait ces règles du syndicat du journal car il y voyait un moyen de toucher plus de monde. À propos de son voyage à Jérusalem, les publications de l'organisation déclarèrent qu'il ne s'y rendait pas par curiosité, ni pour la détente, car il n'avait pas de temps à perdre, et précise: "[Russell] y va à la suggestion du syndicat du journal qui s'occupe de ses sermons, et toutes ses dépenses sont prévues".[25] De même, au sujet de son style de vie opulent, il déclara: "Mais les gens de la presse [i.e., le syndicat du journal] s'occupant de mes sermons sont intéressés de faire de ces choses un spectacle, afin qu'ils puissent tirer beaucoup plus d'attention que les sermons qu'elles publient. (...) Le journal mérite certainement une certaine considération de ma part."[26]

En 1913, Maria Russell évoqua la richesse de son époux lorsqu'elle fut interrogée par le président du conseil de la commission des impôts de la ville:[27][28]

  • Q: Est-ce que votre mari a quelque retour de la Société au delà de ses dépenses et d'une juste compensation pour son travail?
  • R: Je ne dirais pas qu'il reçoit de l'argent, mais il semble avoir tout ce qu'un homme riche peut désirer. Il voyage dans le meilleur style quand il veut; va en Californie ou en Europe, à maintes occasions, et toutes ses dépenses sont payées grâce au fonds de la Société Watch Tower.
  • Q: Détient-il des biens en son propre nom?
  • R: Non, je ne pense pas. Il n'oserait pas faire cela, car alors je pourrais réclamer là-dessus mes droits de douaire.

Controverse sur la composition du syndicat

Ainsi, dans ses réponses, Russell se retranchait principalement derrière le fait que ces voyages et ce style de vie était le souhait du syndicat qui s'occupait de ses tournées. Or, comme l'a découvert Barbara Anderson,[29] le livre Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins de 1959 déclarait que "ce syndicat était réellement composé de quatre membres du personnel du siège au Béthel".[30] Ainsi, selon le propre aveu de la Watch Tower des dizaines d'années après la mort de Russell, c'étaient des disciples de celui-ci qui organisaient ses voyages luxueux et donc 1/ ils étaient théoriquement tenus de suivre les enseignements de Russell à propos de l'esprit de sacrifice; 2/ Russell pouvait donc tout à fait refuser ces dispositions coûteuses puisqu'il avait l'autorité sur les personnes de ce syndicat. Néanmoins, l'organisation ne mentionne plus maintenant les détails faisant apparaître le caractère dispendieux de ces voyages.

Voir aussi

Ressources sur le sujet

Références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 IBSA (1923) (anglais), The Laodicean Messenger, format pdf, p. 6 (pp. 12,13 du pdf)
  2. Arrowup.png À partir de la version anglaise: "Charles Russell enlarged the business, eventually operating a number of stores by himself. By age 25 he possessed over $300,000, the equivalent of $7,000,000 today."
  3. Arrowup.png Russell v. Russell, appel d'avril 1907, devant la Cour supérieure de Pennsylvanie, pp. 23, 42, 43
  4. Arrowup.png Penton, James (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, Toronto: University of Toronto Press, pp. 338-39 (ISBN 0-8020-7973-3)
  5. Arrowup.png Gruss, Edmond (2003) (anglais), The Four Presidents of the Watch Tower Society, Xulon, p. 19, (ISBN 1-594671-31-1), qui se base sur Russell v. Russell; appel de 1907, p. 34
  6. Arrowup.png Jehovahs-Witnesses.Net (2005) (anglais), "To: Barbara Anderson -- Re: First WatchTower President", jehovahs-witness.net. Consulté le 12 novembre 2011
  7. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), juillet-août 1881, p. 1
  8. Arrowup.png Barnett, Maurice (2009) (anglais) Jehovah's Witnesses, 18 juillet 2009, p. 10
  9. Arrowup.png (en) "Barbara Anderson’s reseach reveals the truth", 2 septembre 2009, sur jwrecovery.org. Consulté le 17 janvier 2011:
    "So what surprised me the most was when the Proclaimers book paints him as this man who made his fortune from the haberdashery that his father started, that all of that income was behind Watch Tower and he was such a generous, wonderful man. The true picture is not that way at all. He was a wheeler-dealer. He was into the stock markets, and he was an oil and real estate speculator."
  10. Arrowup.png Zaring, Elbert Robb (15 avril 1914) (anglais), Northwestern Christian Advocate, Chicago, cité par Parkinson, 1999, p. 46
  11. Arrowup.png Lettre ouverte de W.H. Bradford (6 novembre 1914) (anglais), St Paul Enterprise, Kutscher, pp. 33,34; Rutherford, Joseph F. (1915) (anglais), "A Great Battle in the Ecclesiastical Heavens", Watch Tower Bible & Tract Society, pp. 15,16; cités par Parkinson, 1999, p. 46
  12. Arrowup.png Zydek, 2010, pp. vi,vii
  13. 13,0, 13,1 et 13,2 Ross, J.J. (1913) (anglais), Some Facts and More Facts about Self-styled "Pastor" Charles T. Russell, Philadelphie, format pdf, pp. 31-37
  14. Arrowup.png People's Pulpit, vol. 3, n°13, 2è colonne, p. 2: "I have not one dollar invested in it; nor have I been even nominally connected with it."
  15. Arrowup.png Russell, Charles Taze (25 avril 1894) (anglais), A Conspiracy Exposed, Watch Tower, format pdf, p. 21
  16. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), mars 1985, p. 4, R734:
    "Of the forty plots of land of ten acres each, on Pinellas Peninsula, Hillsboro Co., Florida, donated to this Society's funds and offered for sale at ten dollars per acre cash; or two years' time to settlers; and described in our November Supplement; only the following numbers remain undisposed of, viz.: Plots numbered 1, 2, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 23, 24, 33 and 36."
  17. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), septembre 1885, p. 8:
    "Some who engaged plots of the land donated to "Z.W.T. Tract Society" at Pinellas (see Supplement), finding that circumstances do not favor their going, have donated the installments paid to the Fund and returned the land for sale. Besides this, another Brother interested in the truth, has donated to the Society near the other donated lands four ten-acre plots. Thus it comes that we have about twelve plots now for sale. Of these four have small ponds, and would require some ditching, and can therefore be had at half price."
  18. Arrowup.png Blandre, Bernard (1975) (français), "Russel et les étudiants de la Bible (1870-1916)", Revue de l'histoire des religions, tome 187 n°2, p. 198, doi : 10.3406/rhr.1975.6045. Consulté le 17 janvier 2011
  19. Arrowup.png Blandre, Bernard (1988) (français), "Russell et le blé miraculeux", Revue de l'histoire des religions, tome 205, n°2, p. 193, doi : 10.3406/rhr.1988.1916. Consulté le 18 janvier 2011
  20. Arrowup.png Ellis, W.T. (1912) (anglais), "Investigating an Investigator", The Continent, 26 septembre 1912, 1342. Cité dans Gruss, 2003, pp. 24,206:
    "I sought a prophet and found a business man! Instead of a humble seeker after truth, I found the cleverest propagandist of the age, - a man before whom John Alexander Dowie, Mary Baker Eddy, Madame Blavatsky, Abbas Effendi, 'Elijah' Sanford and Joseph Smith pale into puerile ineffectiveness."
  21. Arrowup.png Harrison, Barbara Grizzuti (1978) (anglais), Visions of Glory: A History and a Memory of Jehovah's Witnesses, New York: Simon and Schuster, p. 168, (ISBN 0-671-25101-5), qui se base sur Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, 1959, WTBTS, p. 64, et un article du Brooklyn Daily Eagle, 28 novembre 1916
  22. Arrowup.png WTBTS (1912) (anglais), "The Newspaper Syndicate's idea", The Watchtower, 15 janvier 1912, p. 26, R 4960
  23. Arrowup.png Zydek, 2010, p. 270
  24. Arrowup.png Wills, Tony (2006, 2è éd.) (italien), Un popolo per il suo nome, Morrisville: Lulu Entreprises, format pdf, p. 43 (p. 50 du pdf) (ISBN 978-1-4303-0100-4)
  25. 25,0 et 25,1 WTBTS (1910) (anglais), La Tour de Garde, 1er avril 1910; 1er juin 1910, R 4597, 4621
  26. 26,0 et 26,1 WTBTS (1913) (anglais) "Luxurious travel and sacrifice", La Tour de Garde, 15 juillet 1913, p. 222-24, R 5283
  27. Arrowup.png Harrison, Barbara Grizzuti (1978) (anglais), Visions of Glory: A History and a Memory of Jehovah's Witnesses, New York: Simon and Schuster, p. 140 (ISBN 0-671-25101-5)
  28. Arrowup.png (en) "Rutherford - Always Travel First Class", sur jehovahs-witness.net, 2004. Consulté le 27 juin 2011. Original en anglais :
    Q: Does your husband get any return from the corporation beyond his expenses and a fair compensation for his work?
    A: I don't that he gets any money, but he seems to get everything that a man of wealth could desire. He travels in the best style whenever he wants to; goes to California or Europe, on occasions, and all his expenses are paid out of the funds of the Watch Tower Society.
    Q: Does he hold any property in his own name?
    A: No, I don't think so. He wouldn't dare do that, because then I might have a claim on it through my dower rights.
  29. Arrowup.png Anderson, Barbara (31 août 2010) (anglais) "Fake newspaper coverage of Watchtower "International Conventions", sur freeminds.org. Consulté le 19 janvier 2011
  30. Arrowup.png WTBTS (1959) (anglais), Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, format pdf, p. 50: "This syndicate was really composed of four members of the headquarters staff at Bethel."