Séparation légale des époux Russell

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Chronologie:
  • 1903: Maria dépose une demande en justice pour une séparation
  • avril 1906: La Cour tranche en faveur de Maria, reconnaissant la séparation
  • janvier 1907: Maria demande une pension alimentaire
  • janvier 1908: La pension alimentaire est réévaluée à 100 $; Russell ne veut pas payer
  • mars 1908: La Cour confirme la séparation de corps et de biens
  • octobre 1908: La Cour supérieure confirme le jugement

La séparation légale des époux Russell fut une décision de justice impliquant Charles Taze Russell et sa femme Maria qui fut accordée en 1906 par une cour de Pittsburgh, à la demande de l'épouse qui, en 1903, avait saisi la justice pour obtenir un divorce limité. Deux ans plus tard, ce jugement fut confirmé en appel ainsi que devant la Cour Suprême de l'État de Pennsylvanie. Compte tenu des accusations que Maria proféra contre son mari — impudicité, égoïsme, méchanceté —, et du transfert par Charles de son argent à la Société Watch Tower qu'il déménagea dans un autre État lorsque la pension alimentaire due à sa femme fut augmentée par le tribunal, cet épisode fut utilisé à l'époque pour discréditer le pasteur et reste aujourd'hui un fréquent sujet de controverse mis en avant par des critiques des Témoins de Jéhovah actuels. Toutefois, il apparaît que l'accusation d'adultère, qui fut la plus médiatisée, n'est pas fondée.

Déroulement du procès

Accusations de Maria

Voir aussi Témoignage des époux Russell en rapport avec Rose Ball

En juin 1903, après environ six ans de séparation, Maria intenta un procès en séparation légale devant la Cour de Common Pleas de Pittsburgh. Dix ans plus tard, elle expliqua au Board of Tax Commissioner qu'elle avait demandé un divorce limité parce qu'il permettait un soutien financier, alors que ce n'était pas le cas d'un divorce absolu, bien qu'elle aurait pu obtenir un divorce absolu avec les mêmes preuves.[1] Le procès débuta en avril 1906 et fut présidé par le juge Collier.[2] Ceux qui témoignèrent en sa faveur furent J.H. Brown de Chicago, Mme Mary Corbett, Mme Mary E. Sumner, Mme Helen M. Brace, Mme Emma H. Ackley Russell, Mme Laura J. Ackley Rainer, Mme Lena Guibert, et L.M. Ackley de Chicago.[3]

Les griefs qu'elle énonça contre son mari furent les suivants:

  • Il ne se comportait pas comme un mari envers sa femme, ce qui impliquait le fait qu'ils n'avaient pas de relations sexuelles;
  • Il aurait eu une attitude trop familière avec les autres femmes de la maison, leur jeune employée et fille adoptive Rose Ball et la servante Emily Matthews, et elle affirma qu'il aurait dit: "Je suis comme une méduse. Je flotte ici et là. Je touche celle-ci et celle-là; si elle répond, je la prends, sinon je flotte vers d'autres". Ainsi, elle mettait en cause sa moralité;
  • Il aurait eu des mauvais comportements à son égards, et elle donnant comme exemple le fait qu'il avait refusé de l'embrasser un jour qu'il partait en voyage;
  • Il ouvrait son courrier et le lisait;
  • Il lui demandait de rendre des comptes sur l'utilisation de son argent;
  • Il se serait comporté méchamment et l'aurait délaissée alors qu'elle était malade en 1897;
  • Il ne lui aurait pas adressé la parole pendant des semaines, communiquant avec elle au moyen de mots écrits sur des papiers;
  • Il avait envoyé des lettres à la famille et aux amis de sa femme pour qu'ils cessent tout contact, car il estimait que ces relations étaient mauvaises.

Toutefois, lors du procès, lorsque son avocat demanda à Maria si elle estimait que son mari était coupable d'adultère avec Rose Ball, alors jeune sténographe de Russell, elle répondit : "Non".

En outre, Maria affirma qu'elle était à l'origine du plan des trois premiers volumes de la série Millennial Dawn et qu'elle en avait rédigé au moins la moitié; elle dit aussi qu'elle avait quasiment fini le quatrième volume quand elle était partie pour Chicago (des années plus tard, les nièces de Maria confirmèrent que celle-ci avait bien rédigé ces ouvrages, qui furent pourtant crédités à Russell).

Rose Ball, qui était en Australie, ne témoigna pas à la barre. Les accusations de Maria relatives à cette affaire furent prononcées à la barre le jeudi 26 avril 1906. Elle évoqua des griefs qui remontaient à 1894, mais, comme les accusations dans la déclaration de sa plainte ne commençaient qu'en 1897, l'avocat de Russell obtient de la Cour que les propos ayant trait à des accusations antérieures à 1897 soient enlevées des minutes du procès.[4]

Réponses de Russell

Ceux qui témoignèrent en faveur de Charles furent John A. Bohnet, Clara Taylor, W.E. Page, Marcus Tuttle et Mme Emily Sheesly (Emily Mathews, la servante).[3] Charles répondit à chacune des accusations de sa femme, excepté sur l'abstinence sexuelle du couple car la cour ne permit pas que ce sujet soit abordé publiquement. Ses explications furent les suivantes:

Il nia avoir prononcé les paroles que sa femme lui attribuait en rapport avec la méduse, et justifia chacun des situations qui lui étaient reprochées.

Il dit que Rose Ball était une jeune fille qui se sentait fatiguée et seule depuis la mort de son frère Charles. Un soir qu'il la trouva entrain de pleurer, il la consola, et elle s'assit sur ses genoux et l'embrassa. Comprenant qu'il devait se comporter de façon plus paternelle, Russell proposa à sa femme que Rose soit considérée comme leur fille et qu'elle se joigne à eux pour l'étude de la Bible. Ainsi, quand elle allait se coucher à 21 heures, elle les embrassait tous les deux jusqu'à ce qu'elle ait suffisamment grandi pour que Russell estime qu'il valait mieux qu'elle ne l'embrasse plus, ceci afin de ne pas provoquer la jalousie de sa femme.

Un autre fois, il déclara que s'il avait tenu la main de Rose dans sa chambre une nuit, c'était probablement parce qu'elle était malade et qu'il lui prenait le pouls.

En ce qui concerne l'aide-ménagère Emily, il ne s'enferma dans sa chambre qu'un très court instant simplement parce qu'elle était malade et qu'il n'entendait pas ce qu'elle lui disait à cause du bruit d'une pompe à eau utilisée au deuxième étage. Par ailleurs, Emily témoigna du comportement irréprochable de Russell à son égard.

Russell contesta vigoureusement les déclarations de sa femme à propos de sa participation à la rédaction des ouvrages de la série Millennial Dawn, disant: "Je ne pense pas du tout que Mme Russell serait capable d'écrire les trois volumes, ou le quatrième volume, ou n'importe lequel des volumes. Si elle a cette capacité, je ne l'ai jamais su; et pourtant j'ai été surpris par son témoignage et j'ai pensé que je me devrait demander une pension alimentaire lorsque j'ai entendu son témoignage sur le sujet".

Verdict et démarches judiciaires ultérieures

Avant la délibération, le juge Collier adressa au jury ces quelques recommandations qui permettent d'apprécier la valeur du verdict qui a été rendu:[5]

« Dans cet État, l'une des causes de divorce est la présentation de tels affronts à la personne de l'épouse ou le mari telles qu'ils rendent son état intolérable et sa vie insupportable et, partant, l'oblige à se retirer de la société de l'épouse ou du mari. C'est ce cas, et il est totalement indifférent de savoir si c'est un divorce de corps ou d'un divorce d'avec les liens du mariage, parce que dans les deux cas, la relation familiale est dissoute et chacun en souffre si la loi n'est pas respectée. Je mentionne ces choses parce que c'est mon devoir solennel de le faire, afin que vous le compreniez, et je ne doute pas que vous y parvenez. »

« Dans cette perspective, examinez les preuves. Cette dame doit vous convaincre, messieurs, qu'en vertu de la diffamation qu'elle a déposée, il est clair par la force de la preuve que de telles indignités personnelles ont été mises sur elle de temps de façon continue pendant une certaine période de temps, pas occasionnellement, mais de façon continue pendant une certaine période de temps, de manière à rendre son état intolérable et sa vie insupportable et l'obliger à se retirer de la maison de son mari. »

« Vous le savez tous, votre bon sens vous enseigne que, sans un juge pour vous dire que chaque petite prise de bec entre un mari et sa femme, après avoir vécu quatorze années ensemble, n'est pas une cause de divorce. Chaque petit désaccord, n'est pas souvent parlant, ou rude, ne sont pas des causes de divorce, parce que la relation du mariage couvre tout cela. Les vœux qu'ils ont pris, comme vous le savez tous, couvrent tout cela. Il doit y avoir quelque chose de plus que cela, il doit y avoir de telles indignités à sa personne telle qu'elle la pousse à quitter son mari à cause de l'indignité qu'elle subie, rendant sa vie pesante et sa condition intolérable. »

« Maintenant, avec cette définition s'applique la preuve. Une autre règle de droit, c'est qu'il ne doit pas être en partie sa faute, cela doit être entièrement la faute de son mari [...]. Vous devez vous prononcer sur ces faits, et vous devez juger la situation de ces personnes, leur intelligence, leur manière de vivre, leurs occupations et n'importe quoi de ce genre. Vous allez juger et dire si ces indignités, si elles ont été commises, lui ont causé le sentiment que son état était intolérable et sa vie pesante et qu'elle devrait partir. »

« Si elles le sont — et je n'ai mentionné que certaines d'entre elles, alors elle aurait droit à un divorce de corps et de biens et aurait droit à un divorce complet si c'est vrai. Il n'y a pas de différence entre un divorce de corps et de bien, et le divorce complet; ne vous mélangez pas. L'un est juste aussi mauvais que l'autre; il faut des causes dans la même quantité dans un cas comme dans l'autre. »

En mars 1908, le jury décida de prononcer une séparation de corps et de bien, car visiblement aucune réconciliation n'était possible entre les époux. Saisie par Russell en octobre de la même année, la Cour supérieure de l'État de Pennsylvanie confirma le jugement de première instance. Cette seconde décision, qui compte 150 pages, fut publiée le 19 octobre 1908.[6] Russell demanda à en appeler à la Cour suprême de l'État de Pennsylvanie, mais sa requête fut rejetée.[7]

Polémique sur la pension alimentaire

En janvier 1907, Maria obtint une pension mensuelle de 40 $, pension qui fut réévaluée à 100 $ en janvier 1908, avec 1 000 $ d'arriérés et des frais de cour qui s'élevaient à 1 225 $.[8] Or, en 1909, Russell transféra en plusieurs fois toute sa fortune estimée à 317 000 $ à la Société Watch Tower, puis déménagea toute l'organisation dans l'État de New York,[9] et ne versa pas plus que 40 $ par mois à sa femme avant juin 1909.[10] De ce fait, quand on demanda à Russell lors du procès en appel: "Avez-vous des biens ou objets de valeur dans votre nom à l'heure actuelle?", celui-ci répondit à la cour: "J'ai aux environs de 200 $, au plus près que je m'en souvienne, en espèces à la banque", et ajouta que c'était là tout ce qu'il avait.[11] Une saisie fut réalisée en décembre 1908 par un shérif qui mis aux enchères les actions de Russell dans la Société Watch Tower et dans la United States Investment Company, ce qui rapporta un total de 67 $.[7] Selon le testament de Russell, la somme de 200 $ était le seul héritage qu'il réservait à sa femme après son décès.[10]

Cette attitude fut critiquée par la cour comme étant une violation de la pension alimentaire qu'il devait à sa femme.[12] La cour déclara: "Le but de cette transaction dans son ensemble a été de priver sa femme de son intérêt relatif à la dot et a été une fraude". Maria demanda au tribunal d'obliger son mari à verser la pension alimentaire, et une saisie fut ordonnée. Le juge J. R. McFarlane qui entendit la requête, exprima l'avis de la Cour: "La réponse du répondant au règlement de la saisie est en grande partie une répétition de la défense, mise en place à la demande du règlement de la pension alimentaire. Pour autant qu'il [Russell] est concerné, il fut statué contre lui que son bien a été éliminé par lui en fraude des droits de sa femme, et ses itération et réitération du refus de ce devoir est, à tout le moins, de mauvais goût, en particulier compte tenu des circonstances [...]. Les transferts furent effectués, pour autant que le défendeur est concerné, sans le droit de faire, contre sa femme. Refuser une saisie permettrait à tout défendeur de mettre sa propriété dans les mains d'un ami qui se prête à sa volonté, et ensuite défier le pouvoir de la cour."[13]

Le fait de transférer l'organisation d'un État à un autre obligeait Maria à obtenir une ordonnance d'extradition, ce qu'elle fit, et conduisit à la condamnation du pasteur par une troisième cour.[14] Dans une interview accordée au Brooklyn Daily Eagle du 3 avril 1909, Russell déclara: "Tous les hommes sont plus ou moins influencés par le charme d'une belle femme. Bien que je ne dise pas que ce fut la raison pour laquelle la Cour a permis à ma femme d'obtenir une augmentation de sa pension alimentaire. [...] J'ai dit à la Cour que je n'étais pas en mesure de payer, alors ils sont maintenant en train de chercher à m'envoyer en prison en guise de représailles. Mais je suis serein. S'ils me veulent à Pittsburgh, je m'en vais. Mais je ne vais pas payer un sou de plus que 40 $ par mois."[15]

Un fait tend à valider la théorie de la fuite de Russell pour échapper aux poursuites. En mai 1909, un ordre d'arrestation fut lancé à Pittsburgh sur la personne de Russell. Néanmoins, comme le note le Brooklyn Daily Eagle du 3 mai, Russell "ne pouvait pas être arrêté ici" (Brooklyn) "sur la base de l'arrêt de la cour de Pittsburgh", mais pouvait l'être s'il retournait à Pittsburgh.[16] De leur côté, les amis du pasteur affirmèrent que celui-ci avait transféré le siège de la société à Brooklyn pour fuir la "persécution" qu'il aurait subie à l'endroit où ses difficultés conjugales furent exposées au tribunal. Russell, quant à lui, avança le fait que ce transfert faisait partie de ses projets afin d'étendre son œuvre d'évangélisation.[17] Ces deux dernières versions sont celles qui continuent d'être retenues par le Mouvement Missionnaire Intérieur Laïque pour justifier le transfert à Brooklyn.[18]

Interviewé dans la presse, Russell déclara en outre qu'il n'avait aucune propriété en son nom (ce qui revenait à jouer sur les mots), qu'il n'avait pas de quoi payer car il avait transféré tout ce qu'il avait à la Société Watch Tower et qu'il n'avait pas peur de l'annonce de la saisie de ses biens par l'avocat Porter. Ironiquement, l'article termine en relevant qu'à la fin de la discussion, Russell parla au téléphone avec le directeur d'un établissement d'imprimerie et ordonna nonchalamment qu'un million de copies d'un tract sorte des presses aussi si vite que possible.[19]

Des critiques des Témoins de Jéhovah reprochent aussi cette attitude, notamment Ken Guindon qui déclare: "Il est cependant intéressant de noter que c'est durant cette même année que le siège du mouvement, qui se trouvait à Pittsburgh où cette longue affaire (1903-1908) traînait devant le tribunal, fut transféré à Brooklyn, dans l'État de New York. Y a-t-il un rapport... ?"[20] Le problème majeur était que Russell était le principal actionnaire de la Société Watch Tower, ainsi que d'autres sociétés dont la United Cemetaries Company, la People's Pulpit Association et la Solon Society. Toutefois, comme le note Timothy White, il ne faut pas oublier non plus que Russell utilisait son argent pour promouvoir son œuvre d'évangélisation et que Maria s'était déjà servi de cet l'argent pour imprimer des tracts dont le but était de détruire le travail qu'il avait cherché à construire.[21]

En définitive, ce sont ses amis Étudiants de la Bible qui récoltèrent les fonds nécessaires pour payer une pension dont le total s'élevait alors à 9 000 $ en arriérés de paiement et en avances pour jusqu'en 1913, frais de justice et honoraires d'avocats inclus. C'est Rutherford qui remis à Russell l'argent récolté.[21][22][23]

Motifs de séparation et du verdict

Globalement, les raisons qui ont poussé le couple à s'entre-déchirer sont les suivantes:[24]

  • Abstinence sexuelle: certes, les époux y consentirent avant leur mariage, mais tous deux ne vécurent pas de la même manière cette situation. En effet, Russell semblait ne pas être particulièrement intéressé par le sexe, et vivait très bien son absence de relations sexuelles. Ce mode de vie était motivé par des considérations d'ordre religieux: pour lui, il fallait délaisser les plaisirs charnels même à l'intérieur du couple marié — bien qu'il n'en faisait pas une règle générale à suivre — pour mériter la récompense spirituelle. En revanche, Maria apparut comme frustrée et révéla, par l'intermédiaire de son avocat lors de sa séparation officielle, qu'une telle abstinence la privait de l'un des plaisirs de la vie.
  • Différences sur la place de la femme: Russell avait peu d'attentions pour sa femme, et la considérait surtout comme son associée au sein de la Société Watch Tower et la rédactrice de son magazine. De ce fait, Maria estimait qu'elle n'était considérée avec pas plus d'égards qu'une simple servante. Par ailleurs, elle était ambitieuse et profondément influencée les idées féministes, et aurait aimé que son mari lui accorde davantage de responsabilités au sein de la gestion de l'organisation.
  • Jalousie de Maria: celle-ci estimait que son mari accordait trop d'attention à d'autres femmes, notamment Rose Ball et la servante Emily, et était trop familier physiquement avec elles. Cela la contraria beaucoup, bien qu'elle ne pensait pas qu'il allait jusqu'à commettre l'adultère avec elles. En fait, il était évident que Russell entretenait des romances platoniques avec ces jeunes femmes et d'autres qui étaient de grandes admiratrices; même si ce n'était pas sexuel, cela démontrait bien l'ascendant que Russell avait sur ses employées et ses fidèles proches. Cela peut expliquer pourquoi Maria se sentait frustrée de cette situation, puisqu'au fond, Russell se comportait de façon plus galante avec d'autres femmes qu'avec sa propre épouse.
  • Querelles familiales: un testament que Russell aurait rédigé pour son père provoqua la colère d'Emma, la femme de son père, et Maria décida de se ranger du côté de sa sœur dans cette histoire.

L'auteure Barbara Grizzuti Harrison, ex-Béthélite, rapporte de longs passages du procès parus dans le Brooklyn Daily Eagle — passages repris dans la réédition italienne du livre de Timothy White —, et qui dépeignent Maria comme "une femme malade et aigrie, abandonnée dans une grande maison vide de quatre étages, désorientée, inquiète, sans aucune aide". Plusieurs points précis amenèrent au jugement en faveur de Maria, dont ceux-ci:[25]

  • Il écrivit en 1896 qu'il pensait depuis trois ans avoir fait une erreur en se mariant, alors qu'en 1893, Maria le soutenait sans réserves;
  • Russell dit à la cour que, lorsque sa femme fut malade en 1897, il pensait que son état de santé résultait de la volonté du Seigneur et le lui fit savoir par l'intermédiaire de Rose Ball qui lui transmis des messages de cette teneur; à son rétablissement, il lui demanda, devant Rose, de préparer un rapport détaillé de ses actes illicites;
  • Lors de la réunion du 5 septembre, il reconnut avoir déclaré que sa femme était faible mentalement et influencée par Satan, donc déséquilibrée; Helen Brace, témoin de cette réunion, et une lettre du 8 septembre 1897 de Russell à M. Brown, confirmèrent que, selon lui, elle souffrait de confusion mentale et était à demi-hypnotisée par sa sœur Emma, elle-même considérée comme une manifestation du diable;
  • Maria ne put pas s'exprimer lors de cette réunion, bien qu'elle résidait alors dans l'immeuble, puisque la porte de la salle fut fermée à clé;
  • Elle témoigna avoir dit à son mari: "Même un chien a plus de droits que moi", et il lui a répondu :"Vous avez les droits que vous méritez", ce qu'il ne contesta pas; de même, un jour, il lui prit le bras et lui dit: "Va-t'en, maudite", "Vous n'êtes que ma femme légalement" et "Une femme n'a pas droit au même respect que son mari."
  • Dans une lettre datée du 9 juillet 1896, il écrivit: "Pour éviter tout malentendu, je vous dis que lorsque les circonstances l'exigent, vous serez la seule à prendre l'initiative de me souhaiter bonjour et bonne nuit: il ne serait pas correct que je le fasse moi-même";
  • Il l'écarta de tous ses proches, et ainsi elle se retrouva complètement isolée.

Faisant part de son point de vue sur le procès, Harrison écrivit: "C'est une histoire (...) pleine de vapeurs victoriennes et d'horreurs; mais la douleur d'une femme d'être poussée dans la folie, tourmentée par des messages vindicatifs envoyés à elle sous le couvert de l'amour conjugal par le biais de son mari intime, est non dissimulée dans la prose cramoisie de son avocat [à Maria] la défendant et la prose majestueuse d'un juge splendide dans sa colère."[26]

Répercussions dans la presse

L'affaire fut largement relayée par voie de presse: il y eut, entre autres, des articles critiques dans le Inter-Ocean du 25 avril 1906,[27] et dans le Pittsburg Sun;[28] cependant, d'autres journaux, tels le Pittsburg Gazette, qui avait titré son article "Russell dénie les accusations de sa femme", furent moins virulents.

Le 4 mai 1906, le journal Washington Post publia un article particulièrement vindicatif et ironique contre Russell, dans lequel l'affirmation selon laquelle le pasteur se comportait comme une "méduse" était considérée comme un fait incontestable. L'article déclarait:[29][30]

« [...] Le pasteur Russell est le fondateur d'une nouvelle foi. Il appelle ses fidèles les "Russellistes". Il ne croit pas qu'il y ait du tout d'enfer excepté ici sur terre, et cette doctrine, il la prêche à une congrégation très zélée et dévouée. Nous rajoutons aussi qu'il monopolise l'entreprise de la méduse en sa qualité de chef de l'Église. Il flotte autour parmi ses fidèles, les touchant ici et là. Celles qui répondent, il les embrasse rapidement. Quand elles ne répondent pas, c'est, sans doute, son idée de l'enfer. »

« [...] Le pasteur Russell dit qu'il est comme une méduse qu'il flotte pour toucher ses paroissiennes quand il s'approche suffisamment, et que, quand elles "répondent", — quoi que cela peut signifier, — il les embrasse. Il ajoute que le seul enfer qu'il connaît ou dans lequel il croit est un enfer strictement terrestre; à partir de quoi nous concluons qu'il trouve des diables seulement parmi celles qui ne "répondent" pas quand il les touche. Le cas particulier qui a précipité la procédure de divorce ne semble pas avoir été du tout infernal. Dans ce cas, la méduse a touché une certaine Rose Ball, qui dut répondre très rapidement, puisque Mme Maria Frances Russell, la plaignante dans la procédure de divorce, fut témoin oculaire de l'embrassement qui s'ensuivit. »

« Mais dans l'ensemble, cette foi nouvelle, les "Russellistes", semble posséder un grand nombre des éléments de popularité. Tôt ou tard, bien sûr, les plus hauts officiels de l'église, et peut-être quelques-uns des messieurs les plus aventureux de la congrégation, peuvent conclure qu'avec un peu de pratique, ils pourraient devenir des méduses très actives eux-mêmes, et que cela mènerait inévitablement à la dissension. [...] Bien sûr, il est malheureux que l'épouse de notre méduse soit entrée en scène juste au moment critique. Ces incidents, cependant, arriveront même dans les plans d'exaltation les plus soigneusement préparés. La grande vérité reste que Rév. Russell-méduse a ouvert une voie puissamment attractive vers la vie supérieure, et que, sauf catastrophes imprévues, il s'y rendra avec une fréquence enviable. »

Le 6 février 1908, le pasteur poursuivit le journal pour diffamation, et le 5 mai, le jury trancha en sa faveur, lui accordant un dollar de dommages et intérêts. Russell fut autorisé par la Cour d'appel du District de Columbia à ester en appel et obtint un règlement en espèces de 15 000 $ — l'équivalent de 310 000 dollars en 2005 —, le paiement de tous les frais de justice, le droit de publier un démenti sur les allégations diffamatoires, et une autorisation à publier les sermons dans le journal.[31]

De même, un prédicateur du New Jersey écrivit un article dans le Chicago Mission Friend, accusant le pasteur d'immoralité en se basant sur l'histoire de la "méduse". Une plainte pour diffamation fut déposée par l'avocat de Russell et la Cour se positionna en faveur de ce dernier. L'avocat de la partie adverse chercha un compromis au niveau des dommages et intérêts, et finalement un démenti réhabilitant la moralité de Russell fut publié dans le journal.[31]

Compte tenu de la publicité négative que cette issue défavorable occasionna à la réputation du pasteur, Clayton J. Woodworth conseilla à ce dernier de s'expliquer publiquement, ce qu'il fit dans La Tour de Garde (anglais) du 15 juillet 1906 (voir les extraits plus bas).

Deux versions de cette histoire furent et continuent d'être rapportées: d'une part, celle de Russell, qui fut publiée dans cette Tour de Garde, et qui est reprise par ceux qui le soutiennent, lui ou les mouvements dont il est à l'origine, et d'autre part, celle publiée dans la presse et diffusée par le clergé pour nuire à Russell et à son mouvement, et qui basait son argumentation sur la supposée inconduite sexuelle du pasteur, celle-ci faisant désormais partie — à tort — des biographies officielles en Amérique. Les deux versions ne sont toutefois pas rigoureusement exactes, étant trop partisanes pour être objectives.[6]

Dans tous les cas, cette affaire de séparation fut désastreuse pour l'image de Russell, car beaucoup de ses disciples furent désabusés et hostiles à son égard, pensant qu'il ne pouvait pas être un serviteur de Dieu dans de telles circonstances. Selon le chercheur Herbert Stroup, des milliers de disciples ont alors quitté le mouvement.[32]

Différents points de vue sur l'affaire

Juge Orlady

Après avoir pris connaissance du transcript du procès en première instance, le juge Orlady, de la Cour supérieure de l'État de Pennsylvanie, exprima ainsi son opinion:[33][12]

« Dans la plainte déposée dans cette affaire, le défendeur [C.T. Russell] est accusé d'avoir opéré des indignités à l'encontre de l'accusatrice [Mme Russell] au point de lui avoir rendu les conditions d'existence insupportables et la vie difficile, l'obligeant donc à quitter la maison et la famille. Un éclaircissement des indignités a été spécifié dans le manque de respect dont elle a fait l'objet devant la domestique et d'autres personnes; le langage irrespectueux contre elle; le fait que son mari fit circuler parmi ses amis la rumeur qu'elle n'était pas saine d'esprit, et d'autres histoires qui ont tendance à avoir une incidence sur sa personnalité et sur son droits de recevoir, d'entretenir ou de visiter ses amis, avec des répercussions évidentes sur sa réputation et ses qualités morales, et que ce soit en paroles comme en actions, il l'a sérieusement engagée à croire qu'il voulait la priver de sa liberté; en raison d'un tel traitement, elle a été maintenue dans une crainte constante, sa santé en a été affectée sérieusement, son existence est devenue intolérable et insupportable. »

« Après un examen attentif des 150 pages de témoignages sur cette affaire, nous sommes convaincus que le verdict a été pleinement respecté et correctement validé par le refus des motions de l'accusé... Il nous suffit de dire que nous avons examiné toutes les preuves à la lumière des principes généraux relatifs à cette cause de divorce, et bien qu'il existe de nombreux détails contradictoires, nous sommes obligés de conclure que les témoignages de l'accusatrice et de ses témoins, s'ils ont été jugé valables par le jury, sont suffisants pour leur permettre d'en tirer les éléments essentiels pour une dissolution de toute la légitimité du mariage. Ici se termine notre devoir pour autant que nous en sommes autorisés par la preuve. »

« Le tribunal a fourni des instructions appropriées au jury, en expliquant qu'il serait dans l'obligation d'être convaincu, sur la base de la force de la preuve, que les outrages perpétrés de temps à autre contre la demanderesse, ne l'étaient pas occasionnellement, mais en permanence, de manière à lui rendre les conditions de vie intolérables et l'existence insupportable et de la forcer à abandonner le toit conjugal. Ce fait a été réaffirmé à plusieurs reprises dans l'acte d'accusation. Et aussi que les conditions intolérables qui l'obligèrent à partir, ne devaient pas être lui [à Maria] être comptés comme faute, comme l'une de ses formes d'obstination aussi intellectuelle que d'un autre genre. »

« Si on analyse le témoignage, il est difficile de comprendre les raisons du défendeur pour expliquer son comportement envers sa femme. De son point de vue, il est clairement convaincu que ses droits de mari sont profondément différents de ce que les règles établies par la loi imposent et qui sont reconnus par tous les tribunaux de ce pays. Il a dit à sa femme: "Je peux vous indiquer des milliers de femmes qui seraient heureuses d'être à votre place et, connaissant mes désirs, seraient promptes à les satisfaire". Sa haute opinion de lui-même est évidente dans les mots qu'il a adressés à un ami: "J'ai été approché à deux reprises par des gens qui ont pensé à organiser une grande banque à Pittsburgh, avec un capital de trois millions de dollars, et ils m'ont demandé d'utiliser mon nom pour l'organisation en tant que président probable", et à un autre ami, il a dit: "Après avoir lu Le Divin Plan des Âges, les gens disent que le frère Russell [sic] est grand! Je veux aller à Allegheny pour rester proche de ce grand homme. Une fois arrivé, on se rend compte que le frère Russell [sic] n'a pas d'idées délirantes de grandeur, et qu'il croit tout simplement que c'est la Parole de Dieu d'être merveilleux. Il leur explique les choses comme s'il s'agissait d'un problème de mathématique; et quand ils entendent ses réponses, ils disent "comme c'est simple"". Son témoignage est plein de ces expressions et d'autres sur l'estime de lui-même. Ses lettres à ses amis nous donnent une certaine idée de combien il s'estime lui-même. Il déclara à plusieurs reprises ne pas être prétentieux, mais doux et non arrogant, et écrit que deux phrénologues l'ont examiné et lui ont assuré qu'il était dépourvu d'estime de lui-même. De tout son témoignage émerge sa conviction dans son droit d'être venu à la conclusion qu'il a déclaré dans une lettre à sa femme, à savoir: "J'en conclus que je ne suis adapté à personne, et que personne n'est adapté à moi hormis le Seigneur. Je suis reconnaissant du fait que Lui et moi nous comprenons l'un l'autre et nous faisons mutuellement confiance. Le mois dernier, j'en ai été encore convaincu, même contre mon gré. Je suis convaincu que nos difficultés, qui ne sont pas seulement les nôtres, démontrent comme c'est une grosse erreur que les hommes et les femmes à l'intelligence particulière, se marient". »

« Envisager les choses de son point de vue est cohérent, et il est naturel qu'on se soit naturellement senti autorisé à croire que tout doute sur l'exactitude de ses opinions ou les conclusions avait été le fruit d'un complot et des manœuvres de sa femme; que sa femme était blasphématoire, ou comme il le dit lui-même: "Une des deux choses est certaine: ou ma femme est devenue mentalement déséquilibrée, ou elle est possédée par un mauvais esprit". »

« Le témoignage indique clairement que chacun des deux est fermement convaincu d'interpréter correctement les Saintes Écritures. Les deux ont été impliqués dans la publication d'un journal appelé La Tour de Garde de Sion et L'Aurore du Millennium, de tracts La Bible Tour de Garde [sic] et de brochures. »

« Le comportement [de Russell] envers sa femme démontre un égoïsme persistant et une louange extravagante de lui-même, qui a clairement indiqué au jury que son comportement envers elle était une succession ininterrompue d'un comportement d'une arrogance supérieure, ce qui aurait rendu la vie de n'importe quelle femme chrétienne insupportable et intolérable. Son inconvenance de la traiter comme une servante en face des domestiques, l'accusant d'être folle et sous l'influence de personnes mauvaises et traîtres motive amplement son abandon du toit conjugal et justifie la crainte qu'il avait l'intention de l'humilier davantage avec la menace de recourir au droit de la déclarer malade mentale. Il n'y a pas une seule syllabe dans tout son témoignage pour justifier ses calomnies continuelles en confrontation avec sa personnalité ou son état d'esprit, ni de la façon qu'il explique sa conviction qu'ils étaient différents, si ce n'est avec le fait que elle n'était pas d'accord avec lui sur le mode de vivre et de mener ses affaires. Il dit lui-même qu'elle est une femme de hautes qualités intellectuelles et d'un parfait caractère moral. Tandis qu'il nia d'une manière générale le fait qu'il tenta de diminuer sa femme comme elle le prétendait, l'effet général de son propre témoignage est une excellente confirmation de ses allégations. »

« Bien qu'initialement, autant en Angleterre que dans certains États américains, on croyait que la souffrance psychique, les difficultés ou les blessures et les problèmes de santé qui sont causés par des souffrances physiques et morales ne suffisaient pas à configurer l'infraction de cruauté, de meilleurs approfondissements ultérieurs de cette question rejetèrent la doctrine antérieure car elle était uniquement fondée sur une évaluation trop simpliste de la relation conjugale, et il est maintenant généralement admis, et cela a toujours été le cas en Pennsylvanie, que chaque comportement injustifiable de la part du mari ou de la femme, au point de constituer une grave attaque sur la santé mentale de l'autre, ou mettant gravement en danger sa stabilité émotionnelle de manière à nuire à sa santé, ou privant de sens et de but le lien matrimonial, constitue de la cruauté, même si la personne n'en vient pas à causer de violence physique, ou à menacer dans ce sens: [citation d'un certain nombre de précédents]. Pour s'assurer du bien-fondé d'un divorce sur la base du comportement de l'une des deux parties qui a rendu à l'autre des conditions de vie insupportables, et dans lequel il n'existe aucune preuve concrète de violence physique, que celle-ci soit réellement infligée ou seulement menacée, il doit y avoir des preuves fortes et convaincantes que les mauvais traitements présumés ont été très sérieux et perpétrés sur une longue durée. La plaignante a pris sa décision après avoir clairement examiné toutes les circonstances, et les preuves qu'elle a présentées au cours du procès garantissent l'exactitude du verdict a été émis. Comme il n'y avait aucune erreur dans la procédure, la peine est confirmée. »

Me Porter, avocat de Maria

Article du Brooklyn Eagle, 15/11/1911, partie 1
Article du Brooklyn Eagle, 15/11/1911, partie 2

Un article du Brooklyn Eagle daté du 15 novembre 1911 (voir scans à droite) rapporta les raisons pour lesquelles la femme du pasteur le quitta. L'article cite textuellement le long mémoire préparé par Me Porter, l'avocat de Maria Russell, et qui fut présenté à la Cour Supérieure de Pennsylvanie. Ce mémoire fut rédigé après que Russell eut fait appel du verdict autorisant la séparation entre les époux, et contient les preuves qui motivèrent la Cour de Common Pleas à prononcer cette sentence. Il contient les conclusions prononcées par le juge Orlady dans lesquelles celui-ci estime que la mauvaise conduite de Russell "justifiait pleinement l'abandon de domicile de Mme Russell". Puis les conditions de vie de Maria sont décrites par le juge Orlady:

« Les appartements dans lesquels les Russells vivaient étaient au quatrième étage d'une maison commerçante de Arch Street, Alleghney, Pa. Il n'y avait pas de voisin à une distance d'appel dans la nuit, et bien que pendant un certain nombre d'années, le bâtiment avait été occupé par les employés de la Watch Tower la nuit; encore peu après que l'intimé [Russell] eut commencé ses rapports au sujet de la santé mentale de sa femme, tous les employés furent enlevés de l'immeuble, laissant Mme Russell seule lorsque son mari était absent. »

« Les conditions étaient celles de désolation totale en ce qui la concerne. Quels durent être les sentiments de cette femme après ces deux années d'indignités ? Pas de doute, elle fut écrasée, humiliée et le cœur brisé, et aurait naturellement des appréhensions lors de l'absence de son mari ou prendrait une sorte de procédure basée sur le prétexte allégué [par son mari] de son inconsistance mentale [à elle], et il ne fait aucun doute que son mari envisageait sérieusement à l'époque l'opportunité d'enquêter sur l'état mental de sa femme par une expertise, et nonobstant le fait que lorsque la question fut posée au témoin à la barre il nia, sa lettre au juge Breedon (pièce n°15) contient cette déclaration:

"En effet, s'il n'avait pas eu mon aversion pour la publicité sur le compte de la dame tout aussi bien que sur le mien, j'aurais senti cela seulement comme un devoir normal de demander au tribunal de nommer un examen d'experts compétents sur l'état mental de la dame." »

« Tandis qu'il vivait seul avec sa femme dans ce large immeuble, il prépara une lettre astucieusement formulée [dans laquelle il était dit qu'] ils avaient concilié leurs différences, puis le vendredi soir de cette semaine-là il la présenta à sa femme pour qu'elle la signe, et tout le long de la nuit, il la suivit de pièce en pièce, l'exhortant, la câlinant, l'implorant et la menaçant jusqu'à ce que sa tête [à Maria] soit dans un tourbillon de doutes et de peurs, et tous les jours suivants il continua cela et lui imposa donc de signer la lettre sous la protestation. Cela n'a pas été dénié par l'intimé [Russell], et bien que la défense était basée sur le fait qu'une réconciliation était survenue entre le diffamé [Maria] et l'intimé [Russell], le fait remarquable existe que cette lettre, qui fut en possession de l'intimé, ne fut jamais présentée comme preuve. »

« Les lettres insultantes aux parents et amis de Maria, les avertissant de ne pas [mot illisible ?] avec le diffamé [Maria] ou de communiquer avec elle, se répétèrent le 8 novembre 1897 et une copie fut donné au diffamé [Maria] (pièce n°11). Quelques jours après cela, l'intimé [Russell] téléphona à sa femme pour lui dire qu'il était en train de quitter la ville; il ne dit pas où et pourquoi. »

« L'épouse tira ses propres conclusions à propos des intentions de son mari. Puis, avec beaucoup d'esprit, il fit circuler de faux rapports sur le dérangement mental de son épouse, et toutes ces manœuvres finirent d'isoler complètement celle-ci de toute société, même de sa propre famille, le retrait de la nuit de tous les employés de la Watch Tower du bâtiment où elle vivait, et la totale désolation de sa maison, et le retrait de tout support, à son esprit pointait à une conclusion, à savoir qu'il se proposait de traiter avec elle sous le prétexte de la folie et que son but non révélé cette nuit-là pouvait être à cette fin. Le diffamé quitta le bâtiment et prit le train pour Chicago pour chercher protection et conseil auprès de son frère qui est un membre du barreau de cette ville. »

Étudiants de la Bible

Russell déclara que "le juge du procès, ainsi que les commissaires aux comptes dans la cour, les avocats, etc, perçurent clairement que les accusations de Mme Russell avaient été forgées de toutes pièces, qu'elle n'avait subi aucune indignité de [s]es mains". Pour lui, aucune des charges prononcées à son encontre n'était fondée, et le verdict aurait dû être en sa faveur.[34]

Une résolution du 6 mai 1906, à l'initiative de l'Église d'Allegheny et adoptée par 400 de ses fidèles, fut approuvée par les représentants de 15 congrégations. Elle déniait les accusations portées contre Russell et affirmait que le jugement aurait dû être exactement inverse, suivant l'avis du juge Collier.[35] Certes, les fidèles de Russell, surtout ceux de sa ville, étaient probablement les mieux placés pour connaître la personnalité du pasteur;[36] mais d'un autre côté, il est difficile de savoir à quel point l'admiration des disciples envers leur pasteur charismatique ainsi que la pensée de groupe ont pu influencer sur la décision d'une assemblée (actuellement, de nombreuses résolutions sont prises dans les congrégations des Témoins de Jéhovah, et sont systématiquement approuvées à l'unanimité quel que soit leur contenu). De plus, il faut noter que 400 personnes de l'Église d'Allegheny ont voté la résolution, alors que cette année-là, l'assistance au Mémorial s'élevait à 750.[37]

Pour Joseph Rutherford, qui écrivit un ouvrage du vivant de Russell pour le défendre, "il a été remarqué par un certain nombre d'avocats qui ont lu le dossier de cette affaire qu'"aucun tribunal n'a jamais accordé une séparation sur le témoignage si léger comme il apparaît dans ce cas". Le dossier ne révèle rien, sauf un malentendu entre le mari et la femme, et qui à un moment donné fut réglé par consentement mutuel. L'affaire ayant été soumise au jurés, ils conclurent manifestement que, étant déjà effectivement séparés depuis une période de sept ans, une séparation juridique pourrait tout aussi bien avoir lieu."[2] Toutefois, Rutherford ne cite aucun avocat pour soutenir l'avis qu'il exprime.

Après avoir évoqué l'issue du procès, Harrison donna son avis sur le comportement des Étudiants de la Bible, écrivant: "Il y a quelque chose d'impressionnant dans le génie particulier d'un homme qui pourrait inspirer l'adoration et le culte — en particulier chez les femmes — alors que les juges et les tribunaux l'ont menacé de peines de prison et l'ont révélé comme un sophiste et un fraudeur".[26]

Sociologues, historiens et chercheurs

Pour James Penton,[38] tous les chercheurs s'accordent à dire qu'il est délicat d'évaluer exactement la part de responsabilité de chacun des deux époux dans leur séparation. Pour ce qui est des accusations de conduite inconvenante, l'historien Bernard Blandre se demande qui il faut croire, étant donné que chacun des époux a campé sur sa position à ce sujet (beaucoup d'affirmations de chacune des parties ne sont pas vérifiables et reposent sur le témoignage de celui/celle qui les a déclarées).[39][40] Toujours sur le sujet de cette allégation, Stroup écrivit en 1945: "En examinant le cas aujourd'hui, un observateur peut remarquer que la preuve de l'accusation n'était pas aussi concluante que le jury l'a considérée. (...) La plupart du témoignage était grandement suggestive mais jamais concluante. Une preuve supplémentaire indique que Mme Russell était généralement suspicieuse des relations de son mari avec d'autres femmes et qu'à un certain moment de leur relation, elle ne comprit pas complètement le mépris de la personne religieusement inspirée pour les apparences".[32]

Poul Bregninge, un ex-Témoin danois qui a étudié en profondeur l'histoire de la Société Watch Tower, écrivit que "Stroup avait raison [pour ce qui est de cette] observation, mais il est difficile de parvenir à une conclusion définitive. Toute enquête sur le fond du conflit du couple Russell rencontre le mur de la distorsion et du déni qui entoure encore Maria Russell, le chercheur se sentant "infecté" en conséquence". Pourtant, même s'il estime que Maria n'a présenté que sa version des faits forcément subjective et que "rien n'a pu être prouvé", il pense aussi que Maria n'a pas menti, car sa réponse négative à la question relative à l'éventuelle infidélité de son mari renforce sa crédibilité et, selon la transcription de la Cour, Rose Ball aurait rapporté à Maria sa version des faits. Quant à la présentation que le pasteur J.J. Ross, critique de Russell, a fait de cette affaire dans l'une de ses brochures, elle est, selon lui, composé d'arguments plutôt profonds et spéciaux/personnels/exigeants, avec des "détails surprenants", que Bregninge juge "sélectifs et abrasifs", mais "utiles en tant que documents de référence".[41]

Selon le sociologue Massimo Introvigne, Maria a éprouvé "une profonde insatisfaction" de son mariage non consommé, et cela a contribué, conjointement à des soucis financiers, à ses attaques contre son mari. Il dit aussi que d'après les chercheurs, son amertume venait du fait que son mari "s'intéressait non pas trop, mais plutôt trop peu aux femmes".[42]

Penton considère que la proposition de séparation de Russell en 1895, assortie de la menace de ne rien obtenir en cas de refus, était cruelle, et que les déclarations du pasteur dans le cadre de la séparation légale montraient qu'il avait une haute opinion de lui-même dans ses relations avec son épouse. Penton estime que Russell se méprenait lorsqu'il déclara que les contestataires avaient "cherché à semer la discorde dans le cœur de [s]a femme par la flatterie, par des arguments relatifs aux "droits de la femme"", alors qu'en réalité, selon lui, ces personnes avaient simplement trouvé que le pasteur se montrait inutilement condescendant envers sa femme, argument qui semblait tout à fait être justifié. Penton pense malgré tout que Maria ne fut pas exempte de faute à cette période, car elle exaspérait probablement son mari à vouloir contrôler le contenu des publications.[43] Il déclare que, bien que l'on ne puisse pas savoir si les déclarations de Russell sont toutes rigoureusement exactes, il lui semble raisonnable de penser que le pasteur se contentait de relater les événements tels qu'ils s'étaient produits. Toutefois, il n'y a aucune preuve que Maria se soit appliquée le titre d'"esclave fidèle et avisé", comme Russell sembla l'affirmer.[44]

Récit publié dans La Tour de Garde

La Tour de Garde (anglais) du 15 juillet 1906 fut spécialement consacrée aux explications de Russell sur les tribulations conjugales qui l'amenèrent jusqu'à sa séparation légale. Ce récit fut écrit dans l'espoir de réhabiliter la réputation su pasteur, alors vivement critiqué dans la presse.

L'article commence par une lettre de Russell dans laquelle il se dit très peiné des difficultés qui l'ont récemment éprouvé, mais qu'il s'attend à de telles tribulations en tant que chrétien et qu'il est réconforté par les messages de sympathie que certains de ses disciples lui ont envoyés. toutefois, il dit qu'il se sent le devoir envers la "Vérité" de donner les grandes lignes des événements qui ont conduit au verdict du procès. En effet, une lettre de Clayton J. Woodworth, datée du 10 mai et qui est reproduite juste après, l'avait décidé à agir ainsi. Woodworth conseillait à Russell de préparer une édition de Harvest Siftings retraçant toute l'affaire sur ses difficultés conjugales et de promouvoir la brochure sur la couverture intérieure de La Tour de Garde. La raison de ce conseil était que de nombreuses personnes lui avaient écrit à propos de cette affaire, notamment le Dr Alex Garnsey — sa lettre, datée du 8 mai 1906, est également reproduite — qui, après avoir lui un article de journal au sujet du procès, oscillait entre perplexité et indignation. Tout en affirmant son affection envers le pasteur, il laissait sous-entendre que celui-ci n'était peut-être pas exempt de toute culpabilité.[45]

Voici le contenu de la publication en rapport avec l'affaire judiciaire:[46]

NB: pour les passages relatant les événements qui ont précédé le procès, voir Maria Russell: Récit publié dans La Tour de Garde

LES DOSSIERS DE LA COUR

« La déclaration de plainte de Mme Russell admettait qu'il y avait pas eu de cohabitation entre elle et son mari, et son avocat tenta d'établir qu'elle avait été privée de l'un des grands plaisirs de la vie. La Cour ne permettait pas cela. Le fait est que l'affaire était strictement contrôlée par Mme Russell. Elle fit comprendre que son mari préférait vivre une vie de célibat, mais accepta et exprima la même chose comme étant sa préférence. Elle connaissait ses enseignements à lui sur le sujet, comme aujourd'hui exprimé en DAWN, VOL. VI., chap. 12 - que ni le mari ni la femme ne peuvent "escroquer" l'autre des droits conjugaux raisonnables. »

« Nonobstant ce qui précède, Mme Russell à la barre des témoins et par le biais de son avocat tenta de donner l'impression que son mari était très enclin amoureusement, "comme une méduse flottante", "embrassant toutes celles qui voudraient y répondre". Elle déclara que quelqu'un lui avait dit cela il y avait treize ans. Un témoignage par ouï-dire n'était pas recevable à la Cour, mais l'objet précieux à obtenir était la marque publique de son mari comme étant un "coquin", si son avocat fit passer frauduleusement cela en faisant que Mme Russell jure qu'elle l'avait dit à son mari il y avait dix ans. »

« Lorsque le lendemain, le mari a pris la barre des témoins et a juré qu'il n'avait jamais utilisé ce langage (et n'en avait jamais entendu parler auparavant), tous les gens raisonnables conclurent que seule une personne idiote ferait une telle remarque si peu flatteuse d'elle-même. Ils conclurent, également, que même une femme ordinaire, à la recherche d'une accusation portée contre son mari pendant treize ans, pourrait imaginer des merveilles et créer des vivants et des choses réelles dans son esprit. C'est l'opinion la plus charitable possible d'un tel serment. La Cour décida que le témoignage soit radié des dossiers de la Cour. »

« Mme Russell fit l'accusation d'une intimité illégitime entre son mari et "Rose", qui était devenue un membre du ménage Russell en 1888. La tentative de Mme Russell et de son avocat d'amener à la conclusion d'une intimité criminelle était si manifeste que l'audience fut interrompue afin d'en savoir davantage, si l'intimité criminelle était une accusation, pourquoi n'avait-elle pas fait partie de la plainte et pourquoi "Rose" n'avait-elle pas été co-défenderesse dans la plainte? Ensuite, Mme Russell et de son avocat renoncèrent tous deux à toute accusation criminelle d'intimité, mais voulurent dire que "Rose" s'était assise sur les genoux de M. Russell et il l'avait embrassée. Mme Russell a également juré qu'une nuit elle est entrée dans la chambre de "Rose" et qu'elle trouva M. Russell assis près de son lit et lui tenant la main. La tentative de Mme Russell n'était pas d'exposer "la vérité, toute la vérité et rien que la vérité", mais à l'inverse, d'exposer une partie de la vérité afin de donner une base apparente pour de mauvaises conjectures, qui porterait atteinte à l'influence de son mari parmi ceux qui ne le connaissaient pas. »

« Le lendemain, M. Russell à la barre des témoins expliqua que "Rose" et son frère "Charles" furent membres de la famille et assistants du bureau - l'ancien à la demande de Mme Russell. "Rose" est tout à fait une petite enfant en apparence, portaient des robes courtes, et semblait avoir, selon M. Russell, environ 13 ans. Il ne savait pas son âge, mais un autre qui la connaissait devina qu'elle avait alors seulement dix ans. Elle pouvait avoir plus de 13 en 1888. Le frère arriva en premier, et peu après la venue de "Rose", il mourut. »

« Quelques mois plus tard, M. Russell dans les bureaux de la Watch Tower, entendant sangloter, se pencha pour trouver "Rose" en larmes. Demandant la cause, "Rose", toujours en larmes, vint et s'assit sur ses genoux, et se plaignit que Mme Russell l'avait fait travaillée trop dur avant de commencer par le bureau, et qu'elle se sentait lasse et sans amis. Il lui dit que tout cela était une erreur. Il défendit Mme Russell comme n'étant pas intentionnellement cruelle ou déraisonnable, et dit à "Rose" de faire ce qu'elle était capable de faire, avec joie, et puis pour expliquer sa lassitude, et qu'il était sûr que rien de déraisonnable ne lui serait demandé. Puis, soudain, essuyant ses larmes, "Rose" embrassa M. Russell. Bien que surpris par tout cela, M. R. ne fut pas contrarié ni ne réprimanda cela, mais plutôt se reprocha de ne pas s'être montré plus paternel dans le passé. Cette même nuit, il parla avec sa femme de "Rose", et souligna qu'elle se sentait sûrement seule depuis la mort de son frère, et que ce serait un devoir de s'occuper de ses intérêts avec davantage d'attention. »

« Mme Russell fut d'accord, et il fut mutuellement convenu que "Rose" devait par la suite être considérée et traitée comme une fille adoptive. "Rose" fut ainsi informée en présence de trois personnes, et fut invitée à passer ses soirées dans la grande salle d'étude et de lecture avec les Russell. Cette règle fut respectée; et quand "Rose" se retirait, généralement à 21 heures, Mme Russell l'embrassait pour lui souhaiter bonne nuit et lui dit de "passer embrasser" M.R. également. Cette habitude se poursuivit pendant plusieurs années, jusqu'à ce que M.R. dit à "Rose": "Je pense qu'il vaut mieux que je cesse de vous embrasser, vous portez maintenant des robes longues et vous paraissez plus femme, et Mme R. pourrait en arriver à être jalouse; - même si elle n'a jamais dit un mot à ce sujet, je ne voudrais pas lui donner la moindre raison de ressentir cela." M. Russell déclara que ce fut un certain temps après l'interruption de sa conduite paternelle vis-à-vis de "Rose" que Mme Russell (devenu folle parce qu'elle n'avait pas toute la liberté qu'elle désirait dans les colonnes de La Tour de Garde) lui reprocha d'embrasser "Rose". Quant à l'affirmation de Mme R. qu'elle a trouvé son mari dans la chambre de "Rose" une nuit, assis près de son lit et lui tenant la main, M.R. a dit qu'il n'avait aucun souvenir de l'événement, mais que comme il avait une faible connaissance en matière de médecine, il fut appelé par tous les membres de la famille en cas de maladie: Mme R., sa mère, ses sœurs et les enfants de ses sœurs étaient tous habitués à s'adresser à M. R., qui gardait un coffre de pharmacie libre, s'en référant pour les cas graves à un praticien ordinaire. M.R. présuma que le cas en question était un appel d'urgence, et qu'il était en train de calculer le pouls de "Rose". L'ensemble du sujet sur "Rose" avait un aspect différent lorsque la lumière de la vérité fut tournée sur elle. La Cour écarta le témoignage au sujet de "Rose", et ordonna qu'il soit rayé des dossiers de la Cour. »

« Mme Russell mentionna une personne nommée "Emily", une sœur en Christ, qui servit d'aide-ménagère à la famille Russell il y a environ 14 ans. Avec l'aide de son avocat, Mme R. mis en évidence de façon dramatique qu'une fois, elle trouva M. R. dans la chambre d'"Emily" avec la porte fermée! Encore une fois toute la vérité fut sacrifiée sous serment, et une vérité partielle avec de fausses déductions furent données au public. »

« À la barre des témoins le lendemain, M. R. expliqua toute l'affaire. Un matin, "Emily" était malade, et il fut appelé pour la voir et pour prescrire un médicament. La chambre d'"Emily" contenait un puits et une pompe utilisée pour les déchets et l'eau du deuxième étage. Le bruit de la pompe faisait qu'il était difficile d'entendre, et M. R. tourna la clef dans la porte pour éviter toute confusion jusqu'à ce qu'il puisse entendre ce que "Emily" disait au sujet de son état - certainement moins d'une minute, sans doute pas la moitié une minute. »

« "Emily", maintenant mariée, fut à la barre des témoins et jura qu'elle ne savait pas que la porte était fermée, même pour un instant, et qu'alors et en tout temps la conduite de M. R. à son égard fut la plus exemplaire. »

« M. Russell déclara qu'il n'eut connaissance de l'avis de sa femme sur cette question que bien des années plus tard (lorsqu'elle essayait de le forcer à lui accorder toute la liberté qu'elle désirait dans les colonnes de La Tour de Garde), elle en parla, disant qu'il ne cela ne sonnerait pas bien si cela était raconté. Cependant, même à ce moment-là, M. R. ne pouvait pas croire que, dans son cœur, elle en avait l'intention, ou qu'elle se prêterait à une fausse déclaration si diabolique, une falsification, de "toute la vérité". »

« Mme R. prétendit de mauvais traitements infligés par son mari, mais n'a produit aucune preuve à l'appui de sa demande. Le crime principal de son mari fut qu'une fois (pendant 18 ans de mariage) quand il partit pour Denver, il la négligea et refusa de l'embrasser pour lui dire "au revoir". Le lendemain, à la barre des témoins, M. R. corrigea la déclaration, disant que son voyage fut à New York et non à Denver, et qu'il avait expliqué à sa femme que sa conduite [à elle] à l'époque ne justifiait pas une démonstration particulière d'affection, et qu'il n'estimait pas qu'il faille donner des caresses hypocrites. »

« Mme R. affirma également que son mari avait ouvert son courrier. M. R. expliqua que par consentement mutuel cela avait été fait pendant des années - leur courrier avait été traité comme un bien commun, jusqu'à ce que (environ six mois avant qu'elle ne déserte) Mme R. avait demandé qu'elle recevoir le courrier adressé à elle non ouvert. Sa demande fut promptement respectée, à sa grande gêne; de nombreux lecteurs de la Tour avaient l'habitude d'écrire à Mme R., pensant faire gagner du temps à l'éditeur, leurs lettres contenant des questions qui devaient venir à lui [à Russell] en finalité. »

Un autre des griefs de Mme R. fut qu'elle avait été invitée à rendre compte de son utilisation de l'argent. M. R. expliqua que pendant dix-huit ans, il n'avait demandé pas de rapports ou d'explications sur les questions d'argent, jusqu'à environ six mois avant que Mme R. le quitta, quand il lui demanda ce qu'elle faisait d'autre que les dépenses ordinaires avec l'argent qu'elle recevait de lui. Était-elle en train de commencer un compte bancaire, ou quoi? Quand elle refusa de lui dire, il lui dit que, si elle refusait de faire un rapport après avoir utilisé l'argent, son seul recours serait de se renseigner sur pourquoi elle voulait de l'argent quand elle le demandait.

« Une autre plainte fut que M. R. avait traité Mme R. méchamment pendant le temps de sa maladie au printemps 1897, et qu'il lui avait cruellement dit qu'elle souffrait d'un châtiment du Seigneur. M. R. expliqua qu'il fit sûrement ainsi en rapport avec sa maladie; mais que sachant l'opposition générale de Mme R. à lui et à tout ce qu'il pouvait dire, il ne lui fit pas mention de cela. Toutefois, craignant que Mme R. ait pu manquer la bénédiction à partir de la maladie, il pensa à son amie et confidente la plus intime qui l'aida à prendre soin d'elle. En ce qui concerne le traitement de sa femme au cours de cette maladie, M. R. assura la Cour qu'il ne pouvait pas avoir été plus gentil et attentionné. Il expliqua que Mme R. avait un érysipèle contagieux qui couvrait chaque centimètre de son corps de la tête aux pieds; que cela requérait l'aide d'un assistant dans la journée afin d'effectuer les trois opérations de toilette des éruptions (et qui attrapa la maladie); mais que la nuit le mal était encore bien pire, et, d'autres étant effrayés, il effectua lui-même le traitement à trois étapes, deux fois chaque nuit. Il passa ainsi de quatre à cinq heures par nuit, et traita son épouse avec la plus extrême tendresse, espérant reconquérir l'affection que son ambition avait évincée. »

« Un autre tort reproché par Mme R. contre son mari était qu'il ne voulait pas lui parler pendant des semaines pendant un temps, mais lui écrivait des lettres. Certaines de ces lettres furent mises comme pièces à conviction. M. R. expliqua que sa conduite était complètement déformée - qu'il traita toujours sa femme avec la plus grande courtoisie - qu'aucune femme dans le monde n'aurait pu être mieux traitée. Il expliqua qu'à peu près au moment où Mme R. cessa de rapporter ses discours dans La Tour de Garde, elle semblait décidée à le gêner dans son travail de rédaction, et aurait dilapidé tout son temps [à lui] à "discuter" de ses idées [à elle], etc, s'il le lui avait permis: que, pour économiser son temps, il fut obligé d'écrire parce que ses discussions étaient déraisonnables et interminables. Nous citons ci-dessous, à partir du dossier de la Cour, l'une de ces lettres, choisie par Mme R. comme étant la plus puissante contre son mari. »


LA LETTRE INADMISSIBLE


« Les avocats de Mme Russell présentèrent un certain nombre de lettres qui jouèrent réellement contre son cas, en ce qu'elles prouvèrent que M. R. avait essayé de différentes façons, comme déjà dit, de la ramener à son ancienne bonne nature. La première d'entre elles qui est ici citée est celle dont Mme R. a extrait quelques phrases pour la brochure qu'elle a envoyé en 1903. La portion qu'elle a alors citée est en italique ici, pour qu'il puisse être montré comment la citation déforma grossièrement la lettre dans son ensemble. Elle fut écrite sans la moindre pensée qu'elle soit jamais utilisée à nouveau, et aucune copie ne fut conservée par M. R. Ce qui suit est une copie de l'original mis en preuve devant les tribunaux: »

8 juillet 1896.
« Ma chère femme: - En réponse à votre proposition pour "une nouvelle discussion" des questions qui ont été récemment altéré nos affections, je réponds: je dois refuser une telle discussion, pour deux raisons: (1) Cela ne pourrait probablement que conduire à une rupture encore plus large, et (2) Comme je vous l'ai dit auparavant, je n'ai pas envie de discuter de nouveaux griefs avec quelqu'un dont le jugement après 17 ans de relations est - "un manque de confiance", et que je suis dépourvu d'amour et de la justice. »
« Pendant les trois dernières années, vous avez été peu à peu forcé sur moi l'évidence que nous avons tous deux commis une erreur de jugement lorsque nous nous sommes mariés - que nous ne nous sommes pas adaptés l'un à l'autre, pas capable de nous rendre mutuellement heureux, comme nous avions accepté de le faire, et supposé que nous pourrions le faire. Le mois dernier a fixé cette conviction sur moi bien contre mon gré. Je suis convaincu que notre difficulté est une difficulté grandissante en général - que c'est une grande erreur pour les hommes et les femmes de fort esprit de se marier. S'ils se marient, ceux à l'esprit fort voudraient beaucoup mieux se marier comme s'ils n'étaient pas trop intellectuelle et à l'esprit élevé, car il ne peut jamais y avoir, dans la nature des choses, la paix, dans les conditions actuelles du temps, où les deux sont sur un pied d'égalité. Tout cela me convainc d'autant plus de la sagesse du Livre de Dieu. »
« Les convictions qui s'imposèrent à moi au cours du mois passé furent une épreuve extrêmement difficile pour moi, car j'ai assez de virilité pour me faire désirer ardemment la sympathie et l'amour de la véritable féminité, qu'à beaucoup d'égards vous représentez bien, mais par la grâce de Dieu je me sens renforcé pour continuer dans le "bon combat de la foi", maintenu par sa suffisance. »
« Vous n'avez pas à craindre un transfert de mon cœur à une autre femme! Comme je vous l'ai souvent dit, je n'ai jamais rencontré d'aussi près mon idéal qu'en vous-même, et je m'y suis jamais attendu. J'en conclus que je ne suis adapté à personne, et que personne n'est adapté à moi - à l'exception du Seigneur! Je suis tellement reconnaissant que Lui et moi nous comprenons mutuellement et avons confiance l'un en l'autre. »
« Cette lettre n'est pas destinée à être méchante. Si quelque chose en elle semble méchante, veuillez l'excuser comme n'étant pas destinée à cet effet. Nous nous connaitrons l'un l'autre mieux. Espérons qu'il sera révélé plutôt moins que plus de défauts qui nous contrarient mutuellement à présent. Avec une tendre souvenir de chaque bonté, et meilleurs vœux pour votre avenir temporel et éternel, je reste Votre serviteur »
C. T. RUSSELL.

« Une autre accusation faite par Mme R. contre son mari fut qu'il l'avait isolée de ses sœurs et de ses amis et leur avait envoyé des lettres d'insultes. M. R. expliqua que cette interdiction fut faite dans l'intérêt de Mme R., à l'époque où elle était devenue son ennemi actif en coopérant avec eux, dans l'espoir de la ramener ainsi de sa fausse route. Il envoya ces lettres à deux reprises: la première série en septembre fut neutralisée par la réconciliation. Nous citons ci-dessous la deuxième série, également déposée par Mme R. comme partie du dossier de la Cour: »

ALLEGHENY, Pa., 9 novembre 1897.
« Ma chère femme: - Je pense qu'il est de mon devoir envers vous de vous donner une copie d'une lettre envoyée (hier) à quatre de vos amis qui manifestent clairement qu'ils sont mes ennemis. Personne n'a connaissance du sujet, sauf Frère Bohnet, qui le sait de manière confidentielle - car il a préparé les lettres à la machine à écrire. Comme j'ai interdit à ces personnes d'avoir des rapports avec vous, je dois, et le fait maintenant, de vous interdire d'avoir des rapports avec eux de quelconque manière. »
« Mon espoir, Ma chère, est que, libérée de cette influence néfaste, vous puissiez "revenir à vous-même" et prendre des vues justes et raisonnables de ces questions; que le Seigneur nous bénisse encore avec le bonheur que nous avons déjà apprécié ensemble dans notre vie personnelle, et dans notre fraternité chrétienne et dans la coopération au service de Dieu. Cela me donne une grande douleur de vous priver de ce qui semble être votre seul plaisir, mais mon espoir est que vous puissiez vous détacher de l'amour de ceux qui me haïssent; et pas seulement pour mon réconfort, mais aussi pour votre propre bien-être présent et éternel. Si ceux-là manifestent plus tard un changement de cœur, je serai très heureux de restaurer l'ancienne relation tout autour, mais en attendant, il ne peut pas en être autrement que malicieux, et cela ne peut pas être autorisé. J'ai soigneusement pesé cette question pour maintenant il y a environ un mois, et je crois que ma voie est sage, et en conformité avec la volonté du Seigneur et la Parole, comme je vous le montrerai si vous le désirez. »
« Permettez-moi d'ajouter pour votre consolation que votre conduite le soir dernier et ce matin est beaucoup plus gentille qu'autrefois, et si ce comportement avait commencé plus tôt, j'aurais attendu encore plus longtemps avant d'écrire à vos amis - mes ennemis. »
Avec un amour sincère et sympathie,
Votre mari, C. T. RUSSELL.
ALLEGHENY, Pa., 8 novembre 1897.
« Mme __________:-- Il y a quelque temps je me suis adressé à vous au sujet de votre influence sur ma femme. Depuis, j'ai eu quelques raisons d'espérer que vous et elle étiez parvenues à considérer les choses sous un angle différent, et vous vous êtes repenties de votre complot mutuel pour me faire du tort et que vous l'avez abandonné. Et agissant de bonne foi, je ne fis aucune objection à la suite de vos rapports. Depuis un mois, cependant, j'ai été forcé d'en arriver à contrecœur à la conclusion que le grand adversaire est en train de tromper votre clique pour prendre quelques autres lignes pour méfait - espérant un meilleur succès que la dernière fois. J'ai prié pour vous tous et pour chacun, sincèrement, que le Seigneur ouvre les yeux sur l'énormité de votre chemin, mais maintenant je conclus qu'il est de mon devoir envers ma chère femme de l'isoler de votre influence pernicieuse; car c'en est une, que vous soyez consciente ou pas; et j'espère et suis enclin à croire que vous n'êtes pas entêtée, mais aveugle, en la matière; mais qu'il n'y ait aucune chance de malentendu, et que cet avis doit être à tous égards un avis juridique, je dois utiliser une grande sobriété de parole, et vous dire que votre influence, toutefois prétendue, est une influence mauvaise, car elle a un effet pervers sur ma chère épouse. Donc, loin d'être un "faiseuse de paix", comme tous ceux qui portent le nom de Jésus-Christ doivent l'être, vous êtes un fabricante de méfait - une perturbatrice de la paix. Vous avez déjà aliéné de moi l'affection de ma chère compagne, qui, je crois me fut donné par le Seigneur, de sorte qu'elle ne ressemble en rien à son ancien nature aimante et généreuse. Vous avez incité, ou aidé à inciter en elle, un mal, une disposition égoïste, comme contraire à la définition biblique de l'esprit de l'amour et le caractère de notre Seigneur, comme il est contraire à son ancien beau caractère sous l'influence de la grâce divine. Les lois de notre État, pour ne pas mentionner les lois supérieures de Dieu, désapprouvent toutes un tel comportement et influence pernicieuse cherchant à aliéner et séparer les maris et les femmes. -- "Ce que Dieu a mis sous le même joug, que l'homme (ni la femme) ne le sépare pas" - ni dans les faits ni en esprit. Très à contrecœur, par conséquent, je vous avise que vous ne devez pas continuer cette influence néfaste; et qu'à cette fin vous devez désormais vous abstenir de toutes relations avec ma chère femme - que ce soit en personne ou autre - que vous ne devrez pas la recevoir dans votre la maison, ni lui rendre visite chez moi, ni la rencontrer ailleurs, ni correspondre avec elle, que ce soit directement ou par procuration par d'autres personnes. Comme c'est avec douleur et regret que je vous écris donc - et seulement en dernier recours dans la défense de ma maisonnée et dans l'espoir que sous la bénédiction divine, ma chère femme, étant libéré d'une telle fausse sympathie et de ces encouragements méchants, devrait reprendre "l'esprit sain" - le Saint-Esprit de l'amour - oui, je serai le plus heureux de retirer les restrictions ici imposées en rapport avec ma femme. Mais rien ne devra être interprété comme une révocation de cet avis, à moins qu'il ait été donné par écrit avec ma propre signature. Et l'échec de votre part de vous conformer à cet avis, strictement, vous exposera avec raison à ces sanctions lourdes que les Cours du Comté d'Allegheny peuvent ordonner. »
Tristement vôtre, etc, C.T. RUSSELL.

« D'autres lettres de même signification font aussi partie des pièces à conviction, mais ce qui précède suffit comme honnête exemple de ce que sont les autres. »


ACCUSATION DU JUGE - VERDICT DU JURY


« Le juge du procès ainsi que les commissaires aux comptes dans la cour, les avocats, etc, perçurent clairement que les accusations de Mme Russell avaient été forgées de toutes pièces, qu'elle n'avait subi aucune indignité de mes mains; et que l'accusation du juge fut à peu près aussi forte qu'elle aurait pu être faite en ma faveur. Le jury sortit pendant environ deux heures et revint avec un verdict accordant le divorce - au grand étonnement de tous les intéressés. Pour expliquer le verdict certains des jurés déclarèrent: "Nous avons conclu qu'il n'y aurait aucun espoir de réconciliation, et que nous ferions preuve de bienveillance vis-à-vis des deux parties en se prononçant en faveur d'un divorce." »

« Mon avocat déposa une requête devant la Cour pour que le verdict du jury soit annulé comme étant contraire à la loi et à la preuve dans cette affaire. Le tribunal me dit qu'il ne peut pas prendre une décision dans l'affaire pendant des mois; même alors, nous savons tous qu'un juge n'aime pas faire face de façon si arbitraire au verdict d'un jury, bien que la loi lui donne le droit de le faire dans un tel cas. Je ne suis pas réticent à ce que ma femme ait un divorce, mais je m'oppose parce que son plaidoyer était faux et calomnieux. »

[Puis Russell dit que le Seigneur lui a permis de connaître cette épreuve et que cela a donné une mauvaise image, mais que la grâce du Seigneur lui suffit, et termine en remerciant ceux qui lui ont écrit pour lui assurer de leur sympathie, et qu'il ne peut pas leur répondre personnellement.]

[Ce numéro de La Tour de Garde reproduit ensuite des lettres de soutien des congrégations de Scanton (Pennsylvanie) et de St. Paul (Minnesota), du pèlerin B. H. Barton, de Mme G. B. (New York), de E. R., A. M. et de leurs failles (Texas).]

[Enfin, une lettre provenant de 15 congrégations présente une résolution prise en faveur de Russell. Celle-ci fut prise à l'issue de la réunion du dimanche 6 mai 1906 de la congrégation Bible House, qui s'est tenue au Carnegie Hall Music, Allegheny. Le Conseil des anciens et des diacres demanda alors à Russell de s'adresser à la congrégation et présenta à l'assemblée une série de résolutions qu'ils avaient déjà adoptées à l'unanimité et signées, et demandèrent aux frères présents (400 personnes) d'exprimer leurs sentiments à leur sujet (des représentants de quatorze différentes congrégations de tout le pays étaient là pour participer à la résolution). Approuvées à l'unanimité, les résolutions déclaraient:]

« Le Conseils des anciens et des diacres de la congrégation Bible House désire consigner les sentiments qu'il entretient à l'égard des réflexions sur le caractère et la réputation de leur pasteur bien-aimé, Charles T. Russell, qui a au cours des deux dernières semaines ont comparu devant le public à travers le procès de la poursuite intentée contre lui pour le divorce. »

« Frère Russell a été confronté au public comme prédicateur et enseignant pour les 38 dernières années, et en tant que tel il a été l'objet de critiques du public en permanence, sans que le moindre mot ne soit prononcé à propos de son caractère à l'heure actuelle. Nous sommes devenus ministres par lui, certains d'entre nous depuis 20 ans, et d'autres pour de moindres périodes, jusqu'à l'année dernière, et ont eu de nombreuses occasions, tant à travers notre contact personnel avec lui qu'à travers l'étude de la littérature dont il est l'auteur, en vertu de Dieu, comme nous le croyons, de nous forger un avis sur son caractère et de déterminer avec beaucoup plus de précision que le grand public, qui reçoit ses informations par le biais de journaux imparfaits et d'un témoignage partial devant le tribunal, combien de vérité réside dans les accusations qui ont été récemment rendues publiques. Nous reconnaissons qu'une coloration très méchante et mauvaise a été donnée à quelques-unes des affaires privées de notre pasteur, qui n'ont aucun fondement dans les faits comme nous les savons, à partir de la connaissance intime que nous possédons de lui et de ses affaires. »

« [...] Nous nous unissons dans une déclaration publique de notre confiance renouvelée dans l'estime et de notre pasteur bien-aimé et frère, Charles T. Russell, le reconnaissant comme le serviteur du Seigneur, dont la Providence l'a placé dans la position qu'il a occupée pendant de nombreuses années, et qu'il occupe toujours, pour la diffusion de Sa Vérité et l'aide à Son Peuple dans la compréhension plus claire de sa sainte Parole. Nous apprécions grandement les sentiments élevés qui ont retenus notre pasteur d'aller dans les détails afin d'expliquer au public les questions qui ont été dilatées dans la récente action [...]. Dans le même temps, nous avons reconnu avec plaisir la justice affichée par le juge qui présidait l'audience dans la charge délivrée par le jury, qui, si on en avait tenu compte, aurait eu pour effet de produire un verdict exactement inverse de ce qui a été rendu, et qui auraient disculpé notre pasteur de toutes les calomnies portées contre lui. »

[Puis la lettre conclue par des paroles d'encouragement en faveur de Russell. Parmi les signatures figurent celles de J. A. Bohnet et de William E. Van Amburgh]

La séparation dans les publications jéhovistes

Comme le note Barbara Harrison, le récit du procès des époux Russell fut soigneusement caché pendant des années et, lorsque finalement les publications l'évoquèrent, ils publièrent une version expurgée présentant "une interprétation des faits" dans laquelle Maria incarne la vanité.[47]

Publication et titre Description du contenu et commentaire
Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, 1972, chap. 3, p. 17 La brochure contient une seule phrase sur Maria, et se contente d'affirmer dit simplement "les conjoints n'étaient plus d'accord sur la gestion de son journal, ce qui entraîna leur séparation". Ainsi, ce point est présenté comme étant le motif de la rupture, alors que l'examen du contenu du procès montre que Russell était accusé d'offenses envers son épouse, et c'est sur ce point que le jury s'est prononcé.
Annuaire, 1975, p. 68 Il est reconnu que Maria était une "femme instruite et intelligente" et qu'elle prit la défense de son mari lorsqu'il fut critiqué en 1894. Puis l'article retrace les grandes lignes de la vie conjugale du couple Russell en citant des passages de la Tour de Garde de 1906 (ci-dessus traduite). La raison de la rupture est attribuée à Maria, à cause de son "ambition [qui] était comparable à celle de Miriam, sœur de Moïse, qui se rebella contre son frère comme chef d'Israël soumis à Dieu" (ce qui implique que Russell était l'équivalent de Moïse). Il est relaté l'épisode du procès en rapport avec la "méduse" et Rose Ball, et la publicité négative que l'affaire reçut alors.

Ce récit est n'est pas rigoureusement exact pour les raisons suivantes:

  • L'ambition, réelle ou supposée, de Maria, est présentée comme étant la seule source de la dégradation des relations conjugales. En revanche, il n'est pas du tout fait mention des comportements du pasteur qui motivèrent la décision du jury.
  • Le motif pour lequel le jury aurait accordé la séparation aurait été que les époux seraient "plus heureux s'[ils] viv[aient] séparés". C'est vrai, mais il n'est pas précisé que ce sont les offenses dont Maria s'estimait victime qui ont motivé ce verdict confirmé en appel et devant la Cour Suprême.
  • Il est précisé en italique que les époux furent officiellement séparés, et non divorcés. Il est cité à l'appui un dictionnaire juridique et les paroles mêmes de Russell qui s'était exprimé sur le sujet lors d'un voyage en Irlande. Or, comme le montre les propos du juge Collier cités plus haut (voir section "Verdict et démarches judiciaires ultérieures"), la distinction entre les deux termes est purement artificielle et la séparation officielle n'est pas davantage honorable.
  • Rose Ball est présentée comme ayant été recueillie par les époux "en 1888, alors qu'elle était âgée d'environ dix ans", et de surcroît comme une orpheline. Or, tant le témoignage de Maria lors du procès que les archives australiennes indiquent que Rose avait environ dix ans de plus au moment des faits; par ailleurs, elle n'était pas orpheline à ce moment-là (voir Rose J. Ball#Controverse") Or, l'article cite certaines pages du procès, ce qui laisse à penser que le rédacteur avait accès à cette information, mais n'a apparemment pas jugé bon de rectifier.
Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, 1993, pp. 645,646 Les relations conjugales du couple Russell sont abordées ainsi que le jugement de séparation de corps. Bien que le compte rendu qui y est fait soit véridique, il ne traduit toutefois pas l'intégralité de la situation et utilise un vocabulaire évoquant un complot contre Russell : « attaquer la réputation de frère Russell [...], ignobles mensonges [...], salir sa réputation [...], Russell [présenté] sous un jour honteusement déformé ». Il fait passer Maria pour l'unique responsable des difficultés rencontrées par le couple (« certains ont commencé à flatter Maria et à exciter son orgueil [...], elle a voulu obtenir un plus grand pouvoir de décision sur ce qui paraîtrait dans La Tour de Garde. Quand elle a compris que rien de ce qu’elle écrivait ne serait publié [...] sans l'accord de son mari, elle a été grandement contrariée ») déclarant qu'elle fut en contradiction avec ses propres valeurs puisqu'elle aurait utilisé les méthodes qu'elle avait dans un premier temps condamnées. L'essentiel de l'argumentation se base sur les déclarations d'ecclésiastiques qui accusaient Russell d'infidélité, ce qui était faux, mais ne mentionne pas les raisons qui ont motivé la décision de la cour.

Voir aussi

Ressources sur le sujet

Livres et brochures
Documents légaux
Presse

Références

  1. Arrowup.png Harrison, 1978, p. 57:
    « I asked for a limited divorce because it carries with it support, while absolute divorce does not, though I could have secured an absolute divorce on the same evidence. »
  2. 2,0 et 2,1 Rutherford, 1915, p. 17
  3. 3,0 et 3,1 Parkinson, James (1999, 3è éd.) (anglais), The Bible Student Movement in the Days of CT Russell, format pdf, p. 40
  4. Arrowup.png Russell v. Russell, jugement de 1906, pp. 19-20
  5. Arrowup.png Ross, 1913, pp. 21,22
  6. 6,0 et 6,1 Wills, 2006, p. 20
  7. 7,0 et 7,1 Hébert, 1960, p. 37
  8. Arrowup.png Hébert, 1960, p. 36
  9. Arrowup.png Harrison, 1978, p. 68
  10. 10,0 et 10,1 Blandre, 1988, p. 20, qui se base sur Le Messager de la Parousie, P.S.L. Johnson, 1977, pp. 377, ss
  11. Arrowup.png Gruss, 2003, p. 202, qui se base sur Russell v. Russell, appel de 1907, p. 74
  12. 12,0 et 12,1 Gruss, 2003, p. 17
  13. Arrowup.png Ross, 1913, p. 23
  14. Arrowup.png Ross, 1913, p. 24
  15. Arrowup.png Wills, 2006, pp. 30,31
  16. Arrowup.png (en) "Pastor Rusell's troubles", Brooklyn Daily Eagle, 3 mai 1909
  17. Arrowup.png (en) "Pastor Russell returns", Brooklyn Daily Eagle, 2 février 1909
  18. Arrowup.png Blandre, 1988, p. 18, qui se base sur L'Étendard de la Bible, juillet 1976, p. 944
  19. Arrowup.png (en) "Pastor Russell says he's not frightened", Brooklyn Daily Eagle, 4 mai 1909
  20. Arrowup.png Guindon, 2000, p. 18
  21. 21,0 et 21,1 Wills, 2006, pp. 22,23
  22. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 1er juillet 1909, p. 199 R 4424
  23. Arrowup.png Harrison, 1978, pp. 68,69
  24. Arrowup.png Penton, 1997, pp. 35,36
  25. Arrowup.png Wills, 2006, pp. 23-27
  26. 26,0 et 26,1 Harrison, 1978, p. 59
  27. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1906, p. 212, R 3809
  28. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1906, p. 226, R 3819
  29. Arrowup.png (en) Court of Appeals of District of Columbia, "Russell v. Washington Post Company", 5 mai 1908, format pdf, sur watchtowerdocuments. Consulté le 18 décembre 2010.
  30. Arrowup.png Tucker, 1989, p. 122
  31. 31,0 et 31,1 Rutherford, 1915, pp. 19-20
  32. 32,0 et 32,1 Stroup, Herbert H. (1945) (anglais), The Jehovah's Witnesses, Columbia University Press, pp. 9,10
  33. Arrowup.png Wills, 2006, pp. 20-22
  34. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1906, p. 224 R 3817
  35. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1906, pp. 226-27 R 3819-20
  36. Arrowup.png Blandre, 1988, p. 19
  37. Arrowup.png Blandre, 1988, p. 20
  38. Arrowup.png Penton, 1997, p. 40
  39. Arrowup.png Blandre, 1986, p. 41
  40. Arrowup.png Blandre, 1988, p. 16
  41. Arrowup.png Bregninge, 2013, pp. 99, 100
  42. Arrowup.png Introvigne, 1990, pp. 37,38
  43. Arrowup.png Penton, 1997, p. 36
  44. Arrowup.png Penton, 1997, p. 37
  45. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1906, pp. 211-13, R 3808-09
  46. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 juillet 1906, pp. 221-27, R 3815-20
  47. Arrowup.png Harrison, 1978, p. 57