Temps des Gentils

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Les Temps des Gentils, ou Temps des Goïm, ou encore temps fixés des nations, constitue une expression controversée que l'on retrouve une fois dans la Bible en .Luc 21:24. Selon les Témoins de Jéhovah le début des Temps des Gentils, coïncidant suivant le verset biblique avec le commencement du "foulage aux pieds de Jérusalem", auraient pris place, selon leur chronologie particulière, en 607 avant notre ère, lors de la première destruction du Temple de Jérusalem par les Babyloniens. C'est selon eux à cette date que le dernier descendant de la lignée davidique, Sédécias, a été déchu de ses fonctions par Nebucadnezzar (Ezekiel 21:25-27). Ils ont pris fin, par rapprochement avec Daniel 4:10-32, après une période de sept temps de 360 ans, soit 2 520 ans, la date alors obtenue est [1914]]. De fait, la Bible ne donne aucune précision directe et claire sur la compréhension de l'expression et sur la véritable nature de la période désignée. Pendant des siècles les exégètes bibliques ont pensé qu'ils dureraient 1 242, 1 260 ou 1 290 jours et non 2 520 ans.

Début: -607 ou 70 avant notre ère?

Contexte biblique de Luc 21:24

Sans même chercher à savoir si la date de -607 avant notre ère est juste historiquement, une première critique de la doctrine Témoin de Jéhovah sur le Temps des Gentils est liée au contexte de l'énonciation de la prophétie par Jésus en Luc 21:24.

En effet, dans ce contexte, Jésus parle à ses disciples d'un évènement futur, l'attaque de Jérusalem par les troupes romaines identifiée par les biblistes et les Témoins de Jéhovah au siège de Jérusalem par Titus survenue en 70 de notre ère et qui entrainera la destruction du Temple et la déportation d'une partie de la population, si on lit la prophétie de Jésus dans la Bible des Témoins de Jéhovah on note en Luc 21:20-24:

"D’autre part, quand vous verrez Jérusalem entourée par des armées qui campent, alors sachez que sa désolation s’est approchée. 21 Alors, que ceux qui sont en Judée se mettent à fuir vers les montagnes, et que ceux qui sont au milieu d’elle s’éloignent, et que ceux qui sont dans les campagnes n’y entrent pas ; 22 parce que ce sont là des jours où justice doit se faire, pour que toutes les choses qui sont écrites soient accomplies. 23 Malheur aux femmes enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là ! Car il y aura grande détresse sur le pays et colère contre ce peuple ; 24 et ils tomberont sous le tranchant de l’épée et seront emmenés captifs dans toutes les nations ; et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps fixés des nations soient accomplis."

Pour les Témoins de Jéhovah "les armées qui ont campées" autour de Jérusalem sont les légions romaines en 70 de notre ère, ceux qui sont "tombés sous le tranchant de l'épée et ont été emmenés captifs dans toutes les nations", sont les juifs de l'an 70 après la prise de Jérusalem, dès lors pour quelle(s) raison(s) le "foulage aux pieds" de Jérusalem par les nations aurait commencé 677 années plus tôt en 607 avant notre ère ?

On peut noter ici, le futur du verbe utilisé par Jésus: "Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations", en 33 de notre ère, date à laquelle Jésus s'exprime devant ses disciples à ce sujet, il est donc clair que Jérusalem n'est pas encore "foulée au pied", elle le sera dans le futur, à partir de 70 de notre ère.

Ainsi la question reste entière. Le contexte des paroles de Jésus milite pour un début du "Temps des Gentils" à partir de 70 de notre ère, reste à prendre en compte les arguments des Témoins de Jéhovah pour déplacer cet évènement 677 années plus tôt.

Arguments des Témoins de Jéhovah

Dieu parmi son Peuple et Ézéchiel 21

L'argument des Témoins de Jéhovah pour placer la date du "foulage aux pieds par les nations" de Jérusalem en 607 avant notre ère et non en 70 de notre ère comme l'indiquerait le contexte, est que selon la Bible 607 avant notre ère, correspond au dernier règne sur terre d'un représentant du Dieu de la Bible, le roi de lignée davidique, Sédécias. Dans une prophétie d'Ézéchiel, Dieu s'exprime en déclarant qu'il redonnera la couronne à celui qui en a le droit légal (Ezekiel 21:25-27). Cette prophétie est alors interprétée par les Témoins de Jéhovah comme se rapportant à Jésus au commencement de sa présence en 1914, à la fin des 7 temps de Daniel correspondant au "Temps fixé des nations" de Luc, néanmoins dans le passage d'Ézéchiel, il n'est pas indiqué de durée, ni de moyen pour calculer la durée d'un retour à la royauté d'un représentant de Dieu, ni même que cette destitution du dernier roi davidique et le retour d'un nouveau roi correspondrait à un quelconque "foulage de Jérusalem". Les liens entre les différents passages cités ici de Daniel, Luc et Ézéchiel relèvent plus de l'assemblage artificiel que coulant de source.

C'est dans l'organisation d'Israël après son entrée en Terre Promise que nous trouverons une réponse possible à ce premier argument: Dieu n'avait pas prévu qu'un roi humain puisse gouverner sur son peuple, car tous les israélites étaient frères. Pour Dieu, tant qu'un (ou plusieurs ?) temple de Dieu était sur le territoire national, que les anciens aux portes des villes faisaient régner la loi, que les lévites assuraient son service au Temple, et que les tribus s'entendaient entre-elles face à des situations graves sous l'impulsion de Juges, la nation d'Israël pouvait prospérer.

Pour le Dieu de la Bible, la demande que lui a faite le peuple d'Israël d'un roi humain à sa tête, a été un abandon de son culte, un reniement. Dès lors, on peut se demander si la disparition de ce qui a été interprété par le Dieu de la Bible lui-même comme une anomalie, une concession faîte au peuple en raison de sa dureté de coeur, peut correspondre à la définition d'un "foulage de Jérusalem"?

De tout temps, la représentation de la présence de Dieu parmi les humains (et donc parmi son peuple) a été le Temple et non un quelconque représentant humain jugé négativement par le Dieu de la Bible. Dieu est avec son peuple, tant que son temple est là et tant que le service ou l'entretien du temple n'est pas négligé. La compréhension de la présence divine parmi les humains renforce donc l'impression donnée par le contexte de la prophétie de Jésus, Jérusalem est "foulée aux pieds par les nations" quand Dieu n'est plus à Jérusalem, c'est à dire quand le Temple de Dieu est détruit ou profané.

Certes en 607 avant notre ère, tout comme en 70 de notre ère, le Temple de Jérusalem est détruit néanmoins on ne peut plus lier la "prophétie" d'Ézéchiel à Luc ou Daniel: La prophétie de Luc ne s'interprète plus par un verset extérieur, sorti artificiellement, mais par elle-même: Jérusalem sera foulée au pied par les nations tant que Dieu n'aura pas reconstruit son Temple, sujet justement du livre de l'Apocalypse ou Révélation.

Durée

Ce que dit vraiment la Bible

Un temps est-il équivalent à une année en Daniel 4?

En fait, la Bible ne donne aucune durée précise aux Temps des Gentils et le seul endroit où l'expression apparaît est muette quant à leur étendue (Luc 21:24). Aussi l'appréciation de la durée n'est que pure spéculation par association d'idées. Les Témoins de Jéhovah, et avant eux les milléristes, font référence au livre de Daniel pour fixer cette donnée inconnue. La vision de Nebucadnezzar concernant son humiliation pendant un période de sept temps leur apparaît fondamentale (Daniel 4:10-32). Mais comment faut-il comprendre les sept temps qui sont cités dans ces versets. Voici le témoignage intéressant de quelques hébraïsants renommés.

Le TWOT (Theological Wordbook of the Old Testament), par R. Laird Harris, Gleason L. Archer et Bruce K. Waltke, dit ceci à l’entrée temps à propos de cette expression bien étrange:

"Mot araméen ’iddan
référence croisée de Strong : 5732
Définition : temps, période, année, ère
’iddan est probablement un mot emprunté à l’akkadien e/adanu, adannu, haddnnu. Les deux sens basiques sont un point dans le temps et une période de temps. Le mot revient à treize reprises chaque fois dans Daniel avec trois nuances de sens différentes. (...) Troisièmement,le fonction d’ ’iddan en Daniel chapitre 4 est quelque peu problématique. Dans ce chapitre les versets 16,23,25 et 32 emploient la phrase shib’a ’iddanin, littéralement sept temps. Cependant la LXX (Septante), Flavius Josèphe et les commentateurs traditionnels juifs ont compris la phrase comme signifiant sept ans (voir J. J. Slotki, Daniel, Ezra, Nehemiah, London : The Soncino Press, 1951, p. 33). Toutefois, il n’est pas nécessaire de considérer ’iddan comme se rapportant à une période définie dans ces versets et la traduction de la NASB (New American Standard Bible) en "sept périodes de temps" est probablement préférable à toute autre expression plus spécifique à la fois en Daniel chapitre 4 et en Dan 7:12."

Dans la même veine, voici le commentaire des hébraïsants Keil et Delitzsch à propos du verset 16 (in Keil & Delitzsch Commentary on the Old Testament / Johann (C.F.) Keil (1807-1888) & Franz Delitzsch (1813-1890)):

"Et sept temps passeront sur lui - dans les circonstances décrites, cad sa condition captive, sept temps passeront sur lui. Suivant l’exemple de la LXX et de Josèphe, beaucoup de traducteurs anciens et modernes ont remplacé le mot ’iddan par année car les temps en Dan 7:25 ; 12:7 sont aussi des années ; et qu’en Dan 4:29 mention est faite de 12 mois. Mais, à l’analyse, et dans Dan 4:29 la durée d’ ’iddan ne peut être fixée et en en Dan 7:25 ; 12:7 les temps ne sont pas des années. ’iddan désigne une période de temps défini, dont la longueur et la durée peuvent être très différents. Sept est "la mesure et la signature de l’histoire du développement du royaume de Dieu et de tous les facteurs et phénomènes significatifs pour lui" (Lämmert’s “Revision of the biblical Symbolical Numbers” in the Jahrbb.f. deutsche Theol. ix. p. 11) ou selon Lyers, in Herzog’s Realencykl. xviii. p. 366, l’exprime lui-même "la signature de toutes les actions de Dieu en jugement et en miséricorde, punitions, expiations, consécrations, bénédictions en rapport avec l’économie de la rédemption s’accomplissant à travers le temps." En accord avec cela, les sept temps correspondent à la durée de la punition divine qui fut décidée contre Nebucadnezzar conformément au projet et l’histoire de la rédemption. Quant à savoir si ces temps doivent être compris comme des années, des mois, des semaines, cela n’est pas précisé et ne peut être déterminé du tout. L’hypothèse qu’ils signifient sept ans "ne peut être conciliée avec le fait que Nebucadnezzar ait recouvré la raison, chose qui n’arrive que très rarement après une si longue maladie mentale" (J. B. Friedreich, Zur Bibel. Naturhist., anthrop. u. med. Fragmente, i. p. 316)."

Vouloir lire "année" là où on ne devrait en toute honnêteté que lire "temps" est des plus hasardeux et des plus fragiles pour bâtir une interprétation prophétique viable.

Héritage millériste

Nombre de Témoins de Jéhovah pensent que l'approche des sept Temps des Gentils et leur correspondance avec une durée de 2520 ans est une invention lumineuse et inspirée de Charles Taze Russell. Ils ignorent par là même l'héritage millériste dont est encore redevable la doctrine jéhoviste.

William Miller (1782-1849) était un prêcheur baptiste américain à qui l'on attribue la naissance du mouvement adventiste dans les années 1830 à 1840. Il a développé tout un argumentaire prophétique que l'on rapprochera avec intérêt de la construction prophétique des Témoins de Jéhovah d'aujourd'hui.

Voici un extrait de Views of the Prophecies and Prophetic Chronology, Selected from Manuscripts of William Miller with a Memoir of His Life, par Joshua V. Himes, Boston: Publié par Moses A. Dow, 107 Hanover Street 1841 [traduit de l'anglais]:

"Sept Temps - dans le rêve de Nebucadnezzar, furent accomplis en sept années. Nebucadnezzar, par son orgueil et son arrogance contre Dieu, fut rabaissé au rang des bêtes des champs, et fut contraint de manger de l'herbe comme les bœufs, jusqu'à ce que sept temps passent sur lui et qu'il apprenne que le Tout Puissant domine sur le royaume des humains et qu'Il le donne à qui Il veut.

"Cela aurait pu être une histoire ou une allégorie et un exemple pour le peuple de Dieu quant à son orgueil et son arrogance, dans son refus d'être formé par Dieu, et démontrant Son pouvoir de faire ces choses - mais lui également, comme Nebucadnezzar devait être conduit parmi les bêtes des champs (les royaumes du monde) jusqu'à ce qu'il reconnaisse la Souveraineté de Dieu et qu'Il dispense ses faveurs à qui Il veut.

"Cela aurait pu être une simple histoire, et un exemple seulement, accomplis en sept années, mais cela est une prophétie qui serait accomplie en sept temps prophétiques, qui seraient sept temps de 360 ans, soient 2520 ans. Car une moitié de sept temps, qui est trois temps et demi est équivalent à 1260 jours en Révélation 12:6 (accomplis en tant d'années). Voir aussi Révélation 12:14 et 13:5. 42 mois est la moitié de 2520, aussi deux fois 1260 est 2520.(...)

"La question qui s'impose est la suivante : quand ces années ont-elles commencé ? Je réponds: ils ont du commencer avec la première captivité de la tribu de Juda, les habitants de Jérusalem, à Babylone. Car tous les prophètes s'accordent sur ce point: Babylone serait le royaume qui emmènerait les Juifs en captivité."

Sept temps prophétiques de 2520 ans, à compter de la captivité babylonienne, annoncés dès 1836, Charles Taze Russell n'avait décidément rien inventé. William Miller avait-il lui aussi l'esprit saint? Le millérisme avait vécu, mais son héritage perdure chez les Témoins de Jéhovah.