Testament de Russell

Un article de Témoins de Jéhovah: TJ-Encyclopedie, l'encyclopédie libre sur les Témoins de Jéhovah.
Aller à : navigation, rechercher

Charles Taze Russell, le fondateur de la Société Watch Tower, décéda dans un train à l'âge de 64 ans, le 31 octobre 1916. Toutefois, neuf années avant son décès, le pasteur avait exprimé ses souhaits dans un testament qui parut dans La Tour de Garde (anglais) du 1er décembre 1916, puis dans un supplément du périodique en 1927. Or, bien que s'étant engagé à les respecter, Joseph Rutherford, le successeur de Russell à la tête de l'organisation, se permit de passer outre aux volontés de celui-ci, notamment en congédiant le comité de rédaction et en publiant un nouveau magazine. À l'époque, ce comportement peu respectueux du testament de Russell provoqua d'importantes divisions au sein des Étudiants de la Bible.

Contenu

La traduction du testament provient du site ctrussell.fr (le gras n'est pas dans l'original):

DERNIÈRES VOLONTÉS OU TESTAMENT DE CHARLES TAZE RUSSELL

Au cours des années passées ayant donné, en plusieurs fois, tout ce que je possédais en propre, à la Watch Tower Bible and Tract Society, excepté une petite somme d'à peu près deux cents dollars qui est à la banque Exchange national de Pittsburgh, cette somme devra être remise à ma femme si elle me survit. En quittant les bien-aimés membres de la famille du Bible House, ainsi que tous les autres chers collaborateurs dans l'œuvre de la moisson et toute la famille de la foi en tous lieu, à ceux qui se réclament du nom de Jésus, le Rédempteur et Seigneur, j'adresse par contre, mes bons vœux et mon amour chrétien.

En léguant le journal Zion's Watch Tower, le journal Theology Quarterly et les droits de reproduction des volumes de l'Aurore du Millénium, Études des Écritures et autres brochures, recueils de cantiques, etc. ..., à la Watch Tower Bible and Tract Society, je l'avais fait à la condition expresse d'avoir moi-même plein pouvoir sur ces publications et de veiller à leur bonne marche tant que je vivrais. Après ma mort, ces publications devraient être dirigées selon mon désir, que je formule à ce sujet, voici mes dernières volontés:

UN COMITÉ RÉDACTEUR DE CINQ MEMBRES SERA INSTITUÉ

L'entière responsabilité de la rédaction de la Zion's Watch Tower reposera entre les mains d'un comité de cinq frères, que j'exhorte à avoir une grande prudence et à être fidèles à la vérité.

Les articles paraissant dans les colonnes de la Zion's Watch Tower devront avoir l'entière approbation d'au moins trois des membres du comité de cinq. Je fais la recommandation suivante: si un article approuvé par trois membres est contraire, ou supposé être contraire, aux vues de l'un des deux autres membres du comité, il doit être mis de coté pour trois mois, afin qu'on puisse y penser, prier à cet égard et discuter de la chose avant de le publier, car, autant que possible, l'unité de la foi et de la paix doit être maintenue dans la rédaction et l'administration de ce journal.

Le nom des membres du comité (avec les changements qui devront probablement être apportés de temps en temps) devront paraître dans chaque numéro du journal, mais on ne doit faire connaître d'aucune manière le nom de l'auteur de chaque article. Il suffira qu'on sache que les articles du journal ont l'approbation de la majorité des membres du comité.

La société a déjà convenu avec moi de ne publier aucun autre journal périodique; il est aussi demandé du comité rédacteur de n'écrire pour aucun autre journal ou de ne s'allier pour le faire avec aucune autre publication d'aucune manière et sous aucune forme. Mon but en formulant cette demande est de sauvegarder le comité et le journal de l'esprit d'ambition, d'orgueil d'autorité, afin que la vérité soit reconnue, appréciée selon sa propre valeur et afin que le Seigneur soit toujours reconnu comme la Tête ou la Clef de l'Église et comme la source de la vérité.

Des exemplaires de mes discours du dimanche, publiés dans les journaux quotidiens pendant plusieurs années, ont été conservés et peuvent être utilisés comme article pour la Watch Tower; le comité a aussi la liberté de ne pas utiliser ces discours s'il le juge bon; quoi qu'il en soit, ces articles ne doivent pas être signés; aucune indication relative à leur provenance ne doit être donné.

Les membres du comité de la rédaction dont les noms sont indiqués ci-après (s'ils acceptent cette charge) sont considérés par moi comme entièrement fidèles aux enseignements des Écritures et surtout à la doctrine de la rançon, aux doctrines selon lesquelles Dieu n'accepte personne, ne lui donne le salut et la vie éternelle, si ce n'est par la foi en Christ, l'obéissance à sa parole et à son esprit. Si l'un de ceux qui sont désignés ne se trouvait plus d'accord un jour avec ces dispositions prises, il violerait sa conscience et commettrait un péché s'il restait néanmoins membre de ce comité, car il saurait que, s'il le faisait ce serait contraire à l'esprit et au but de ces décisions.

Le comité de rédaction doit continuer à exister de la manière suivante: si l'un de ses membres meurt ou donne sa démission, les autres membres auront le devoir d'élire son successeur, afin qu'un numéro du journal ne paraisse pas sans que le comité éditeur de cinq membres soit complet. Je recommande au comité nommé d'user d'une grande prudence dans l'élection d'autres membres ; une vie pure, une compréhension claire de la vérité, doivent être les caractéristiques des frères qu'ont veut élire: ils doivent se montrer zélés au service de Dieu, ils doivent aimer les frères et être fidèles au Rédempteur. J'ajoute aux noms des cinq frères désignés pour former le comité, les noms de cinq autres frères parmi lesquels, selon moi, il serait préférable de choisir avant de chercher plus loin pour remplir des places vacantes dans le comité de rédaction : ceci devra être fait à moins que, dans le temps écoulé entre le jour où j'ai écrit ceci et le jour de ma mort, une chose arrive qui prouve que d'autres frères seraient plus aptes à remplir les places vacantes. Les noms des frères désignés pour former le comité de rédaction sont :

William E. Page, William E. Van Amburgh, Henry Clay Rockwell, E. W. Brenneisen, F.H. Robison

Les noms des cinq autres frères qui, je pense, seraient les plus capables pour remplir les places vacantes dans le comité de rédaction sont :

A.E. Burgess, Robert Hirsh, Isaac Hoskins, Geo.H. Fisher (Scranton), J.F. Rutherford, Dr John Edgar

L'annonce suivante paraîtra dans chaque numéro de la Watch Tower, suivie des noms des membres du comité :

COMITÉ RÉDACTEUR DE LA ZION'S WATCH TOWER
« Ce journal est publié sous la surveillance d'un comité de rédaction; trois au moins des membres du comité doivent avoir lu, approuvé et jugé selon la vérité, chaque article paraissant dans ces colonnes. Noms des membres actuels du comité...»

Quant aux salaires, je pense qu'il est sage de maintenir les choses dans la Société telles qu'elles ont été dans le passé, c'est à dire que personne ne sera payé. Les dépenses raisonnables seules seront remboursées à ceux qui travaillent dans la Société d'une manière quelconque. Selon la voie que suit la Société, je donne le conseil suivant relativement au comité, ou aux trois membres activement engagés: il ne leur sera pas accordé plus de dix dollars par mois avec la nourriture et le logement; il leur sera accordé aussi une allocation supplémentaire pour l'entretien de leur femme, de leurs enfants ou d'autres personnes dépendantes d'eux ; cette somme sera fixée par le comité de direction de la Société, selon ce qu'il jugera être juste et raisonnable; l'allocation accordée à chacun ne devra pas lui permettre de faire des économies.

Je désire que le journal Old Theology Quarterly continue à paraître comme par le passé, si les distributions sont toujours possibles et si les lois le permettent; je désire aussi que les articles paraissant dans ce journal soient pris dans les anciens numéros de la Watch Tower ou soient des extraits de mes discours, mais qu'aucun nom d'auteur ne paraisse, à moins que la loi ne l'exige.

Selon mon désir, la même règle devra être observée pour les publications en langues allemande, française, italienne, danoise, suédoise, en un mot pour toutes les publications en langues étrangères dirigées et faites aux frais de la Watch Tower Bible and Tract Society.

Une copie de ce présent acte ou testament, selon ma volonté, sera envoyée à chaque frère dont le nom figure ci-dessus, parmi les noms des membres du comité de rédaction ou parmi ceux des frères que le comité nommera, selon son choix pour remplir les places vacantes; elle sera envoyée aussi aux membres du comité directeur de la Watch Tower Bible and Tract Society. Cela devra être fait aussitôt après ma mort afin que, si possible en une semaine, les personnes nommées pour former le comité de rédaction puissent connaître la chose; elles devront adresser leurs communications, leur réponse, au vice-président de la Watch Tower Bible and Tract Society, c'est-à-dire au frère qui aura cette charge en ce temps-là. Les frères désignés ci-dessus répondront sur le point indiqué et diront s'ils acceptent ou non les termes et conditions spécifiées. On donnera à chacun un temps raisonnable pour répondre, afin que si l'un ou l'autre est absent de la ville ou du pays, il ait le temps de le faire. Pendant ce temps, les autres membres du comité ou au moins trois d'entre eux continueront à remplir leurs fonctions de rédacteurs. Ce sera le devoir de tous ceux qui dirigent la Société de pourvoir aux besoins des membres du comité de rédaction et de les aider dans l'accomplissement de leurs devoirs de toutes manières possibles, conformément aux engagements pris avec moi à cet égard.

J'ai déjà remis des actions ayant droit de vote à la Watch Tower Bible and Tract Society; ces actions là ont été remises entre les mains de cinq administrateurs dont voici les noms : Sœurs E. Louisa Hamilton, Almeta M. Nation Robison, J.G. Herr, C. Tomlins, Alice C. James.

Ces sœurs serviront toute leur vie. En cas de mort ou de démission, des successeurs seront désignés par la Watch Tower Bible and Tract Society; le comité de rédaction, les directeurs de la Société et par les autres administrateurs, après avoir demandé à Dieu de diriger toutes choses.

Si un membre du comité de rédaction doit être blâmé ou congédié par le fait d'erreurs de doctrine ou de relâchement moral, voici comment on doit procéder:

Trois au moins des membres de la direction doivent être d'accord pour faire connaître l'accusation. L'assemblée chargée de juger de la chose sera composée des directeurs de la Société, des cinq sœurs administrateurs possédant mes actions donnant droit de vote et du comité de rédaction à l'exception du membre accusé. Parmi ces seize membres, treize au moins doivent reconnaître le bien fondé de l'accusation et la nécessité du renvoi de l'accusé, pour que la chose puisse avoir lieu.

INSTRUCTIONS RELATIVES A MES FUNÉRAILLES

Je désire être enseveli dans le coin de terre appartenant à notre Société, dans le cimetière de Rosemont United ; je remets les arrangements et détails relatifs au service funèbre entre les mains de ma sœur, Mrs M.M. Land et de ses filles, Alice et May, si elles me survivent; elles seront aidées et conseillées par les frères, si elles le désirent. Au lieu d'un discours funèbre ordinaire, je demande qu'on fasse les arrangements nécessaires, afin qu'un certain nombre de frères, habitués à parler en public, soient présents et puissent faire quelques remarques, dire quelques mots, chacun à son tour. Je désire que mes funérailles soient très simples, qu'on ne fasse pas de grandes dépenses et que le service se fasse dans la chapelle de la maison biblique ou dans quelque autre lieu convenable pour la circonstance.

MON LEGS D'AMOUR

À la chère famille de Béthel, collectivement et à tous personnellement, je laisse mes meilleurs vœux, espérant que le Seigneur leur accordera sa bénédiction qui enrichit et n'apporte aucun chagrin. Je fais le même legs à toute la famille du Seigneur en tout lieu, surtout aux frères et sœurs qui se réjouissent dans la moisson de la vérité. Je vous supplie de continuer à faire des progrès et à croître, en connaissance et surtout en amour, qui est le fruit important de l'esprit dans ses différents formes. Je vous exhorte à être humbles, non seulement avec le monde, mais aussi entre vous, à être patients les uns à l'égard des autres et avec tous les hommes, à être doux envers tous, à avoir de la bonté fraternelle, à être pieux et purs. Je vous rappelle que toutes ces qualités nous sont nécessaires, si nous voulons entrer dans le Royaume promis ; l'apôtre nous dit que, si nous faisons ces choses, nous ne broncherons jamais. « C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ nous sera pleinement accordée ».

Je désire que mes dernières volontés ou mon testament soient publiés dans le premier numéro de la Watch Tower qui paraîtra après ma mort.

J'espère pour moi-même, comme pour tout l'Israël bien-aimé de Dieu, que bientôt nous nous rencontrerons pour ne plus nous séparer, dans la première résurrection, en la présence du Maître, où il y a plénitude de joie pour toujours. Nous serons satisfaits lorsque nous nous réveillerons à sa ressemblance.

« Transformés de gloire en gloire »

Signé : Charles-Taze Russell.

Publié et déclaré en présence des témoins dont les noms suivent:

Mae F. Land, M. Almeta Nation, Laura M. Whitehouse

Fait à Allegheny, Pa., le 29 juin 1907

  • Copie du testament de Russell, parue dans La Tour de Garde

Non-respect des volontés par Rutherford

Il est à noter que la violation des volontés exprimées dans ce testament pouvait être considérée comme un "acte immoral"[1] puisque, comme cela était clairement indiqué, ceux qui étaient prévus pour former le comité d'édition de La Tour de Garde avaient reçu un exemplaire du document afin d'exprimer leur accord ou leur rejet des termes utilisés.

Édition des publications

Russell ne voulait pas que d'autres périodiques soient publiés par la Société Watch Tower. L'histoire indique que la Société respecta les vœux de Russell jusqu'en octobre 1917, car les seuls écrits qu'elle distribua ce début d'année-là furent des publications anciennes, telles que les Études dans les Écritures, d'autres livres déjà publiés, des livrets ainsi que le périodique La Tour de Garde.[2] La seule exception fut le livre Le Mystère Accompli qui avait été en fait écrit par Georges H. Fisher et Clayton J. Woodworth; néanmoins, pour en atténuer la portée, celui-ci fut présenté comme une œuvre posthume de Russell en affirmant qu'il n'était qu'une compilation de ses écrits précédents,[3] bien qu'à l'époque déjà ses détracteurs produisaient une longue liste d'idées ne venant pas de lui.

La publication de brochures internes en 1917 et 1918 lors de la dispute pour la présidence avec Paul Johnson peut être considérée comme une violation de la volonté de Russell, même si ces publications n'étaient pas destinées au grand public, mais uniquement aux Étudiants de la Bible, et furent imprimées avec des dons. Johnson releva deux autres violations du testament en rapport avec les publications, notamment le fait que Rutherford suggéra et/ou permit la publication de deux de ses discours alors que le testament indiquait que c'étaient les anciens discours de Russell qui devaient être publiés.[4]

De plus, le testament semblait limiter la publication de nouveau matériel écrit à La Tour de Garde uniquement puisqu'il est précisé que le Comité d'édition ne devait écrire "aucune autre publication d'aucune manière et sous aucune forme". Dans le même temps, il fallait rééditer les œuvres de Russell telles que les Études dans les Écritures et utiliser les anciens articles du pasteur pour le magazine Old Theology Quarterly. Ainsi, la vaste société d'édition vendeuse de multiples nouveaux livres qu'était devenue la Watch Tower sous l'ère de Rutherford constituait une inversion complète de ce que Russell souhaitait.

En 1919, Rutherford viola clairement la volonté du pasteur ("ne publier aucun autre journal périodique") en faisant paraître un nouveau périodique, L'Âge d'Or, ce que l'auteur Timothy White considère comme étant la plus "sérieuse déviation" opérée par Rutherford en rapport avec le testament. Beaucoup de fidèles furent choqués et refusèrent de distribuer le périodique pour cette raison.[5]

Comité éditorial

Dans ses dernières volontés, Russell avait prévu un comité éditorial de cinq membres dont trois au moins devaient être d'accord avant toute publication dans la revue La Tour de Garde ou avant tout nouveau livre; de plus, Rutherford n'apparaissant que sur une liste de suppléments, et seulement en avant dernière position.[6] Toutefois, dès la parution du livre Le Mystère Accompli en 1917, Rutherford enfreignit ces directives. D'après le transcript du procès de 1918, Rutherford fut le seul à avoir lu le livre avant sa parution et à avoir donné son accord, en dehors de Clayton Woodworth qui ne faisait pas parti du comité mais qui était l'instigateur du projet. Si les deux auteurs prétendaient avoir eu l'aval du Comité éditorial, on ne sait pas qui en réalité donna l'ordre, même si on peut en déduire par l'unique personne qui a lu le livre pour accord, qu'il s'agissait bien de Rutherford uniquement.[7]

En ce qui concerne La Tour de Garde, le comité éditorial travailla jusqu'en 1925, puisque lors de la parution de l'article "La Naissance d'une Nation", ce comité était en désaccord avec Rutherford, l'auteur de l'article. Néanmoins, Rutherford ne respecta pas l'avis du comité et publia l'article; il finit par supprimer ce comité et s'en justifia après coup en 1938. Bien que dépourvu de pouvoir en matière d'édition et donc sans utilité, le comité éditorial continua d'être mentionné dans les numéros de La Tour de Garde jusqu'en 1931. Dans son témoignage lors du procès Moyle contre Watch Tower, la sténographe de Rutherford, Bonnie Boyd Heath révéla qu'à partir de 1929, date de son incorporation dans l'équipe de travail de Rutherford, jusqu'à la mort de celui-ci, le seul auteur des lignes de La Tour de Garde était ce même Rutherford, qui décidait si oui ou non quelqu'un pouvait lire l'article avant tirage pour émettre des suggestions. Même quand il commandait un article par un autre auteur, c'était lui qui avait décidait de tout en dernier ressort.

Angelophone

Voir article détaillé Angelophone
Disque de la série "Angelophone" (1916)

Bien que cela ne fût pas mentionné dans son testament, Russell avait pour projet de produire des "Angelophones" qui consistaient en une série de disques de cantiques chantés. Dès sa mort, Alexander Macmillan annula tous les contrats. Plusieurs directeurs tentèrent de ressusciter le projet, mais s'opposèrent à un refus de Rutherford. Ce n'est qu'avec le don de 1 500 dollars d'une "sœur" dans l'Illinois que le projet fut relancé, et selon les directeurs expulsés, Rutherford aurait demandé à "frère" Cooke, l'Étudiant de la Bible chargé du projet, de vendre les disques au plus haut prix.[8]

Justifications de Rutherford

Ainsi, comme l'écrivit White, Rutherford "démontra son mépris pour le testament de Russell ainsi que pour son serment de le suivre", et son non-respect des volontés du défunt était motivé par un désir de s'octroyer "suffisamment de pouvoir".[5] Assez logiquement, ce comportement valut des critiques de la part de nombreux Étudiants de la Bible qui formèrent des schismes afin de rester fidèles à Russell; par exemple, Johnson lança un appel à destituer Rutherford de sa position de leader au sein de la Watch Tower pour avoir bafoué les volontés de Russell.[4] Pour toute réponse, Rutherford ne trouva d'autre tactique que de vilipender les mécontents et d'utiliser des artifices rhétoriques dépourvus de toute argumentation qui indiquaient, en fait, qu'il avait le droit de faire ce qu'il voulait sans être contredit.

Procédé Publication + citation Commentaire
Malhonnêteté, procès d'intention La Tour de Garde (anglais), 15 octobre 1919, p. 318:[5]
Pour justifier la publication de L'Âge d'Or, Rutherford affirma que la formulation des volontés de Russell signifiait simplement qu'aucun périodique ne devait être le rival de La Tour de Garde. L'article dit que ceux qui contestaient la parution du périodique faisaient là une "faible revendication" "dénuée de fondement réel", et présume, sous la forme d'une question, que cela pouvait traduire une volonté de ne pas distribuer des publications annonçant le Royaume.
Rutherford produisit ainsi une extrapolation du testament de Russell qui déformait et donc détruisait les vœux de ce dernier, ce que White interprète comme une "évasion, pas seulement une différence d'interprétation" de la part de Rutherford.[5]
Mensonge La Tour de Garde (anglais), 1er mars 1925, p. 66:[9]
"Ce journal est publié sous la supervision d'un comité éditorial dont trois membres au moins ont lu et approuvé comme vérité chaque article apparaissant dans ces colonnes."
Le périodique ment puisque l'un des articles de ce numéro, celui ayant trait à "La Naissance d'une Nation", avait été rejeté par le comité.
Attaques ad hominem Préparation, 1933, p. 117:[9]
"Les rêveurs, qui sont des opposants, pleuraient et hurlaient, et encore pleurent et hurlent; parce que le 'testament d'un homme mort n'a pas été strictement respecté', présumant que n'importe quel homme peut mettre une restriction à la Parole de Dieu."
  • Rutherford est bien obligé de reconnaître qu'il ne s'était pas conformé aux souhaits de son prédécesseur, même s'il minimise sa transgression.
  • Ceux qui ont critiqué son comportement sur la question du respect du testament de Russell sont qualifiés d'"opposants", alors qu'en réalité ils sont fidèles à la volonté de celui qui était encore considéré comme l'"esclave fidèle et avisé" au sein de la communauté des Étudiants de la Bible.
  • Russell n'est présenté ni par son nom, ni par l'un de ses titres, probablement afin que la phrase apparaisse moins choquante aux lecteurs qui, à l'époque, vouaient une très grande admiration au pasteur. Ce dernier est simplement présenté comme le commun des mortels, en tant qu'homme décédé.
  • On peut remarquer combien il est facile pour Rutherford d'évoquer la "Parole de Dieu" — même s'il ne fait référence à rien de précis — chaque fois que cela l'arrange afin de s'assurer son autorité.
Appel à l'autorité La Tour de Garde (anglais), 15 juin 1938, p. 185:[5]
La disparition du comité était le signe que "le Seigneur lui-même était en train de diriger son organisation".
Cette phrase vague n'expliquait rien du tout: qu'est-ce qui permet de dire que le Seigneur dirigeait alors son organisation, hormis une volonté de la part de Rutherford d'interpréter les événements ainsi afin de se justifier?

Réécriture du passé

La Tour de Garde, 15 octobre 1919, p. 318, article tentant de justifier la parution de L'Âge d'Or

Depuis les années 1970, la Société Watch Tower n'a que très rarement fait allusion au testament de Russell, et ne l'a plus édité dans ses publications. Seule une Tour de Garde de 1987 en mentionne un court extrait évoquant les instructions du pasteur en rapport avec le comité de rédaction, mais se garde bien de préciser qu'aucun autre périodique ne devait être publié (et ceci alors que ces paragraphes se trouvent sous le sous-titre "La Tour de Garde et Réveillez-vous!: défenseurs de la vérité"). Sans le moindre respect pour l'exactitude historique, la Société Watch Tower ose prétendre en rapport avec ce comité: "Jusqu'à ce jour, le Collège central a suivi une ligne de conduite semblable",[10] oubliant de préciser que non seulement le comité avait été dépossédé de son pouvoir en 1925 et que toute mention de celui-ci dans La Tour de Garde avait disparu en 1931, mais aussi que le Collège Central n'avait été investi d'une réelle autorité qu'au milieu des années 1970 — ce qui signifie que cette ligne de conduite n'a pas été respectée pendant environ 50 ans sur les 71 recouvertes par l'expression "jusqu'à ce jour" (depuis la mort de Russell en 1916 jusqu'à la parution de La Tour de Garde en 1987)!

Ainsi, la Watch Tower dissimule les aspects dérangeants de son histoire et retranscrit celle-ci d'une manière qui lui soit plus favorable, même s'il lui faut pour cela publier quelques inexactitudes factuelles effectuées en pleine connaissance de cause. À propos de l'autorité en matière d'édition des publications, l'ex-membre du Collège Central Raymond Franz écrivit dans l'un de ses livres:[11]

"Il en allait de même pour tous les articles publiés. Le président [Knorr] choisissait les articles principaux qui seraient publiés dans La Tour de Garde parmi des textes soumis par différents rédacteurs. (...) Tout comme Russell en son temps et jusqu'en 1916, exerça seul un contrôle entier et total sur tout ce que publiait la Société Watch Tower, ou comme Rutherford le fit tout au long de sa présidence jusqu'en 1942, ainsi pendant la présidence de Knorr, l'exercice de l'autorité pour tout ce qui touchait à la préparation et à la présentation de la "nourriture spirituelle" pour la communauté des Témoins reposait sur deux ou trois hommes. (...) Le contenu des périodiques et de toutes les autres publications (...) était la prérogative d'une seule personne, le président de la Société."

Voir aussi

Ressources sur la sujet

Références

  1. Arrowup.png Wills, 2006, p. 92
  2. Arrowup.png La Tour de Garde (anglais), 15 décembre 1917, pp. 374,375
  3. Arrowup.png Le Mystère Accompli, 1917, pp. 5,6
  4. 4,0 et 4,1 Johnson, Paul S.L. (1er septembre 1917) (anglais), Harvest Siftings Reviewed, format pdf, pp. 18-20
  5. 5,0, 5,1, 5,2, 5,3 et 5,4 Wills, 2006, p. 120
  6. Arrowup.png Penton, James M. (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, Toronto: University of Toronto Press, p. 48 (ISBN 0-8020-7973-3)
  7. Arrowup.png Transcript du procès des 7 directeurs 1918, témoignage de Joseph Rutherford, pp. 973,974. Il avait lu manuscrit en février et mars 1917.
  8. Arrowup.png Pierson A.N. et d'autres (1er septembre 1917) (anglais), Light After Darkness, format pdf, p. 12
  9. 9,0 et 9,1 Wills, 2006, p. 121
  10. Arrowup.png La Tour de Garde, 1er mars 1987, p. 14, § 16-18
  11. Arrowup.png Franz, Raymond (2003) (anglais), Crise de conscience, Atlanta: Commentary Press, format pdf, pp. 78,83,84