Train de vie des dirigeants internationaux

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En se basant sur différents versets bibliques tels que Matthieu 6:19-34, Hébreux 13:5 et 1 Timothée 6:9,10, la Société Watch Tower a toujours vivement encouragé ses membres à mener une vie simple, une vie d'abnégation consistant à ne pas rechercher l'argent ou les biens matériels, mais à être dévoués au sein du mouvement. D'ailleurs, la Société Watchtower n'hésite pas à critiquer sévèrement les organisations religieuses dont les leaders vivent dans l'opulence, affirmant que ce train de vie luxueux les discréditent en tant que fidèles disciples du Christ.[1] Pourtant, des critiques de l'organisation font remarquer que les dirigeants internationaux des Témoins de Jéhovah — qui déclarent avoir fait vœu de pauvreté —[2] mènent un train de vie très confortable, bénéficiant de nombreux avantages matériels qui contrastent avec le style de vie de renoncement prôné dans les publications du mouvement et d'usage chez de nombreux Témoins de Jéhovah y compris de la plupart des dirigeants.

Initiation avec Russell

Voir article détaillé Richesse de Russell

Il semble que le début de ce comportement soit à attribuer au premier président du mouvement Charles Taze Russell. En effet, face au succès de sa campagne de sermons par voie de presse, les éditeurs et syndicats de presse — qui n'étaient ni plus ni moins que quatre de ses disciples du bureau du Béthel — lui ont demandé de soigner son image médiatique: il devrait s'habiller plus aristocratiquement, faire des voyages autour du monde, séjourner dans de luxueux hôtels et prendre davantage les taxis et les voitures de société. Certains des lecteurs de La Tour de Garde lui en ont fait le reproche, mais Russell a argumenté que tout devait être fait pour que ses sermons soient lus par un maximum de lecteurs.

Par ailleurs, bien qu'ayant vendu les magasins de vêtements de son père, Russell était à la tête de nombreuses sociétés prospères et contrôlait les fonds la Société Watch Tower.

Opulence scandaleuse de Rutherford

Rutherford, à côté de l'une de ses Cadillacs
Voir articles détaillés Lettre de Olin Moyle à Joseph Rutherford et Lettre de Walter Salter à Joseph Rutherford

Joseph Franklin Rutherford, le deuxième Président de la Société Watch Tower a suivi cette ligne de conduite, bien que la campagne de sermons par les journaux ait été abandonnée depuis. Il vivait dans le luxe à tous égards, ce qui attira les critiques de la part du dirigeant du mouvement au Canada Walter F. Salter en 1937, et de l'avocat des Témoins de Jéhovah dans les années 1930 Olin Richmond Moyle en 1939, qui démissionna de ses fonctions au Béthel. Tous deux dénoncèrent cette situation dans des lettres adressées à Rutherford lui-même, ce qui entraîna leur exclusion du mouvement et de violences diatribes à leur encontre dans les publications.

Ironiquement, La Tour de Garde du 15 mai 2013 critiqua les leaders religieux qui vivent dans le luxe au détriment de leurs adeptes, affirmant:[3]

"La mentalité et la conduite des vrais chrétiens tranchent nettement avec les démonstrations de piété de ceux dont le culte n'est souvent qu'une manœuvre hypocrite. Des chefs religieux s'enrichissent en escroquant les fidèles. Avec l'argent soutiré, ils s'achètent des maisons ou des voitures de luxe."

Logements

Voir article détaillé Beth-Sarim

Pour son logement, Rutherford profitait de somptueux appartements, vivant dans un étage complet au Béthel de Brooklyn avec cuisinier et secrétaire particulier, logeait dans la suite d'un hôtel dont le loyer annuel s'élevait à 10 000 $. Or, à cette époque, les hommes adultes dans les États industriels des États-Unis gagnaient 25 $ par semaine, et 12 $ au sud, soit 624 $ par an. Il était aussi bénéficiaire d'appartements privés à Staten Island, ainsi qu'à la Ferme de Royaume, au Sud Lansing (New York). En outre, il disposait de fournitures pour son confort aux succursales de la Société au Royaume-Uni, en France et en Allemagne.[4]

Sur la fin de sa vie, il vécut dans une villa spacieuse et très luxueuse nommée Beth-Sarim située dans le quartier huppé de Kensington Heigts, San Diego, Californie. La maison était en fait un manoir espagnol de dix pièces. À l'extérieur, il y avait deux garages à voitures adjacents et un jardin planté de palmiers, des fleurs et des oliviers, et un patio avec une piscine argentée. À l'intérieur, il y avait beaucoup de raffinements, notamment une cage d’escalier circulaire menant au second étage, un grand cabinet avec des chaises en cuir rouge et un plateau de bureau miroitant surplombé par des lumières inversées, des téléphones français, une grande salle de bain au carrelage noir reluisant avec une douche encastrée et un coffre à médecine garni, un rasoir de sécurité en or avec une bande de cuir pour l'aiguiser. Il y avait aussi du Cognac et de l’eau de Cologne d'Allemagne. Censée avoir été construite pour accueillir les patriarches de l'Ancien Testament, cette villa fut financée par l'argent de certains de ses fidèles.

Dans le recensement de 1930, Rutherford était répertorié comme étant propriétaire de Beth-Sarim, qui était évalué à 25 000 ou 85 000 dollars (le chiffre du document ressemble autant à un 2 qu'à un 8); or, cette valeur était de très loin plus élevée que celle des autres maisons du quartier, qui oscillait entre 5 000 et 6 500 dollars.[5] À ce sujet, dans la lettre d'avril 1937 qu'il adressa à Rutherford pour lui exprimer les griefs qu'il avait contre lui, Walter Salter, ancien dirigeant de la filiale canadienne, écrivit: "...votre autre demeure à San Diego pour laquelle vous m'avez vous-même affirmé qu'on vous en proposait 75 000 $. Mais bien sûr, la vendre pour que les fonds recueillis puissent profiter aux pionniers est impossible puisque cette demeure est léguée à David. Quelle hypocrisie!".

Au sujet des résidences de Rutherford, le sociologue Massimo Introvigne écrivit: "Il est certain que le juge aimait le luxe et possédait des résidences dignes de celles des capitaines d'industrie qu'il dénonçait à New York, Staten Island, Londres et Magdebourg".[6]

Transports et villégiature

Document révélant les passagers du S.S. Lurline, indiquant que Rutherford voyageait en première classe

Rutherford possédait deux Cadillacs 16 cylindres en pleine crise économique des années 1930, l'une était une berline décapotable et l'autre un coupé cabriolet, et étaient réservées pour son usage personnel à Brooklyn ou Beth-Sarim. Or, en 1931, tandis qu'une Ford coûtait environ 600 $, une Cadillac valait entre 5 400 et 9 200 $ selon le style, ce qui signifiait que les deux voitures de Rutherford coûtaient entre neuf et quinze fois plus cher qu'une voiture ordinaire, et beaucoup plus cher que de nombreuses belles maisons de cette époque.

Il conseillait par ailleurs tous les membres du Collège Central à voyager en première classe lors de leurs déplacements.Par exemple, Hayden C. Covington, avocat et vice-président de la Watch Tower, a déclaré dans une interview : « Nous avons voyagé en première classe, le frère Rutherford m'a dit, "je veux que, chaque fois que vous voyagez, vous voyager en première classe". Et c’est ce que j’ai fait, tout comme le frère Heads [le secrétaire de Rutherford], tout comme Nathan Knorr et Freddy Franz aussi, toute la bande entière. »[7]

Il était très souvent en voyage à travers mers et océans. En août 1920, il navigua sur le très somptueux S.S Imperator, qui, à l'origine allemand, fut renommé à cette même époque après avoir été cédé à l'Angleterre.[8] Il fut attesté que Rutherford voyagea sur d'autres bateaux souvent prestigieux, dont les S.S. Ile de France, S.S. Breman, S.S. President Coolidge, S.S. Statendam, S. S. Santa Elena, S.S. Normandie et S.S. Queen Mary. En plus de ses fréquents voyages en Europe, il prit trois semaines de vacances avec sa secrétaire Bonnie Boyd le 18 mai 1937 à Mexico, Panama et La Havane.

Loisirs

Voir articles détaillés Alcoolisme de Rutherford, Personnalité de Rutherford et Sexualité de Rutherford

Rutherford consommait de grandes quantités de spiritueux, notamment du whisky, qu'il recevait du directeur canadien de la Société Watch Tower, malgré la prohibition aux États-Unis. La caisse coûtait alors 60 $, ce qui était extrêmement cher à l'époque, bien que le prix fût moins élevé au Canada qu'aux États-Unis. De plus, Rutherford encourageait vivement la consommation d'alcool au Béthel et aimait les plaisanteries vulgaires et le langage obscène lors des repas.[9]

Par ailleurs, Rutherford aimait les spectacles mondains mettant en scène des femmes dénudées. Selon Alexander Macmillan, il fréquentait assidûment ce genre de spectacles, particulièrement lorsqu'il était hors du pays. De plus, en 1926, Georges H. Fischer, rédacteur du livre Le Mystère Accompli et proche collaborateur, intenta une action disciplinaire contre Rutherford, car il aurait été vu au bras d'une jeune femme au Al Jolson's winter Show, spectacle des années 1920 célèbre pour ses femmes dénudées, par un portier membre des Témoins de Jéhovah. Un proche de Rutherford nia ce fait dans la revue du Golden Age du 4 mai 1927. L'action resta sans suite en raison du décès trois mois plus tard de Fischer.[10]

Relative aisance des présidents ultérieurs

En rouge, pays visités lors des tournées de service de Nathan Knorr, tandis qu'il voyageait en première classe
En vert, pays visités lors des tournées de service de Frederick Franz

Nathan Knorr, le président suivant, ne changea pas les habitudes prises, voyageant partout dans le monde en première classe — une fois, il rencontra même Marlon Brando, assis à ses côtés —, racontant ensuite aux travailleurs du Béthels ses voyages.[11] Knorr appréciait les raffinements ainsi que la bonne cuisine,[12] et se rendait aux assemblées en Cadillac avec des gardes du corps.[13]

Selon l'ex-Béthélite Barbara Grizzuti Harrison, Konrr "vivait comme un homme d'affaires fortuné", avec une suite de chambres donnant sur la East River. Pendant ce temps, des Béthélites déjà peu fortunés se privaient de nécessités pour les offrir à Knorr. Il reçut en cadeau un téléviseur, alors que dans le même temps il disait aux Béthélites que regarder la télévision constituait du temps offert à Satan. L'auteur s'étonne que des Témoins arrivaient à croire Knorr quand, face aux critiques, il affirmait ne pas bénéficier de privilèges spéciaux. Elle fait également mention d'un yacht détenu par la Société qui servait également à des fins de détente.[14]

Comme le relate l'ex-Béthélite Joan Cetnar, "il était évident qu'il y avait une différence énorme entre le niveau de vie chez Knorr dans son appartement de luxe au dixième étage de Béthel, et les conditions normales d'un ouvrier au Béthel. (...) L'appartement [de Knorr] était merveilleux avec des chefs d'œuvres aux murs, cuisine privée, télévision et tout le confort. De surcroît, le Président gardait un frère de Béthel pour le servir personnellement et remplir la fonction de cuisinier. Je fais mention de ces choses car certains croient naïvement qu'une position à la tête de la Société Tour de Garde représente un sacrifice. Qu'est-ce que ça peut faire si l'on vit comme un roi, alors qu'officiellement l'on ne touche que quatorze dollars par mois ?"[15] L'historien James Penton donne le même avis, déclarant que "Rutherford et Knorr furent critiqués tous les deux à la fois secrètement et ouvertement parce qu'ils pourvoyaient à des appartements attrayants et confortables pour eux-mêmes tandis que tout travailleur ordinaire du Béthel et de la Ferme du Royaume fut parfois contraint de vivre dans des chambres qui étaient insupportablement chaudes ou mal chauffées".[12]

Quant à Milton Henschel, il est attesté qu'il a à plusieurs reprises logé dans un hôtel très prestigieux et en profita pour faire du tourisme. Par exemple, lorsqu'il visita l'île de la Malte, il séjourna dans des hôtels cinq étoiles, dont le Hilton International Hotal (du 27 au 30 avril 1992; les tarifs pour une nuit dépassaient les 60 lires maltaises, soit 167,61 $), et le San Gorg Corinthia Hotel (le 29 avril 1996; les tarifs pour une nuit varient entre 80 et 120 lires maltaises, soit entre 223,48 et 335,22 $). Quand on lui demanda par lettre la raison de ces choix, il ne répondit pas puis, quand on lui posa la question par téléphone, il se mit à rire et répondit avec arrogance: "Ce n'est pas votre affaire", et raccrocha.[16]

D'une manière générale, l'ex-membre du Collège Central Raymond Franz expliqua que "les membres du Conseil d'Administration peuv[ai]ent régulièrement prendre leurs vacances dans des lieux où la plupart des personnes ne peuvent qu'aller en rêve. En 1978, ma femme et moi sommes montés à bord d'avions au moins cinquante fois dans l'année." Il montra aussi qu'à l'inverse des Béthélites qui recevaient une simple allocation de quatorze dollars qui couvraient à peine les dépenses de transport pour aller aux réunions, les membres du Conseil d'administration voyageaient partout dans le monde et possédaient des "voitures « Oldsmobile » achetées par la Société et qui étaient entretenues et nettoyées par des travailleurs comme eux."[17]

De plus, dans certains Béthels, comme au Royaume-Uni, les membres du Conseil d'Administration bénéficient de chambres VIP.[18]

Voir aussi

Références

  1. Arrowup.png Réveillez-vous! du 22 octobre 1988, p. 31:
    "Quand des leaders qui professent être chrétiens adoptent des styles de vie opulents, cela ne pousse pas les autres à se demander si ils sont les vrais disciples de Christ ?"
  2. Arrowup.png WTBTS (1993) (français), Les Témoins de Jéhovah : Prédicateurs du Royaume de Dieu, p. 351
  3. Arrowup.png La Tour de Garde, 15 mai 2013, p. 12, § 16
  4. Arrowup.png Gruss, Edmond C. (2003) (anglais), The Four Presidents of the Watch Tower Society, Xulon, p. 32 (ISBN 1-594671-31-1)
  5. Arrowup.png Leolaia (2009) (anglais), "Rutherford Exposed: The Story of Berta and Bonnie, jehovahs-witness.net. Consulté le 24 février 2012
  6. Arrowup.png Introvigne, Massimo (1990), Les Témoins de Jéhovah, Éditions Le Cerf, p. 49 (ISBN 978-2204040990)
  7. Arrowup.png Interview du 19 novembre 1978, par Jerry Murray, p. 13
  8. Arrowup.png Voir les photos de ce bateau sur cette page: Casey/artandcolourat (3 août 2010) (anglais), "SS Imperator — German luxury liner used for transporting troops back to the USA after WW1", sur artandcolour.blogspot.com. Consulté le 21 janvier 2011
  9. Arrowup.png Lettre d'Olin Moyle à J. F. Rutherford, sur Tj-Recherches
  10. Arrowup.png Gruss, Edmond C. (2003) (anglais), The Four Presidents of the Watch Tower Society, Xulon, pp. 28,29 (ISBN 1-594671-31-1)
  11. Arrowup.png Gruss, Edmond C. (2003) (anglais), The Four Presidents of the Watch Tower Society, Xulon Press, p. 37 (ISBN 1-594671-31-1)
  12. 12,0 et 12,1 Penton, James (1997) (anglais), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, Toronto: University of Toronto Press, pp. 77,222 (ISBN 0-8020-7973-3)
  13. Arrowup.png Botting, Heather & Gary (1984) (anglais), The Orwellian World of Jehovah's Witnesses, University of Toronto Press, pp. xi,xii (ISBN 0-8020-6545-7)
  14. Arrowup.png Harrison, Barbara Grizzuti (1978) (anglais), Visions of Glory: A History and a Memory of Jehovah's Witnesses, New York: Simon and Schuster, p. 145 (ISBN 0-671-25101-5)
  15. Arrowup.png Cetnar, Joan (français) "Le témoignage de Joan Cetnar" (chapitre concernant l'appartement du président), sur Info-sectes. Consulté le 21 janvier 2011
  16. Arrowup.png Freeminds (13 avril 2009) (anglais), "Scandal in Malta", freeminds.org, version archivée du 24 août 2010. Consulté le 21 janvier 2010
  17. Arrowup.png Franz, Raymond (1999, 3è éd.) (anglais), Crise de conscience, Atlanta: Commentary Press, pp. 82,265
  18. Arrowup.png "Le mode de vie des chefs jéhovistes", sur tjrecherches. Consulté le 21 janvier 2011