Walter Salter

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Walter Salter

Walter F. Salter en 1931
Nom complet Walter F. Salter
Occupation dirigeant religieux
Connu(e) pour ancien directeur général de la filiale canadienne de la Société Watch Tower

Walter F. Salter fut le directeur général de la filiale canadienne de la Société Watch Tower, associé et ami proche de Joseph Franklin Rutherford pendant 20 ans. Il fut à partir de janvier 1926, le président de l'Universal Radio of Canada émettant depuis Toronto et diffusant des programmes du mouvement, jusqu'à la fermeture par les autorités de cette station en mars 1928.[1] Toutefois, après avoir été déçu par la Société, ses doctrines et les actes du président, il fut démis de ses fonctions en 1936 et exclu en 1937, devenant aux yeux des Témoins de Jéhovah un dissident. Ce fut lui qui reçut les commandes de boissons alcoolisées illégalement envoyées à Rutherford par la frontière américano-canadienne pendant la prohibition des années 1920.

Lettre à Rutherford

Dans une lettre en date du 1er avril 1937 et adressée à Rutherford, il évoque plusieurs comportements de la part de celui-ci qu'il trouve choquants:[2] 1/ ses déclarations arrogantes en privé; 2/ son alcoolisme (énormes quantités de boissons achetés avec des fonds de la Société) ; 3/ sa passion pour l'argent de la Société (Beth-Sarim, deux Cadillacs, appartements de luxe, résidences somptueuses un peu partout,...); 4/ sa non-participation à l'œuvre de prédication; 5/ son esprit arrogant et ses méthodes arbitraires; 6/ ses fausses prédictions.

Apparemment Salter, grâce à un contact à Brooklyn, a envoyé une lettre à la plupart des congrégations du Canada en utilisant l'en-tête officielle de la Watchtower.

Réponse de Rutherford

Rutherford interpréta la rébellion de Salter à son encontre comme la réalisation d'une prophétie biblique. Dans un article "Drama of revendication", il montra que le personnage biblique d'Acan, qui vola une partie du butin de la ville de Jéricho, représentent actuellement ceux qui « deviennent infidèles et amènent le trouble dans l'organisation de Jéhovah ». Il explique dans la Watchtower du 15 avril 1937[3] :

« Cette partie du drame prophétique s'est produite immédiatement après le siège de Jéricho, et il s'applique dans l'accomplissement après 1931, et plus particulièrement après 1933, après quoi la marche autour de Jéricho antitypique avait commencé.
(...)
Maintenant, regardez l'accomplissement de cette partie de ce drame prophétique, et l'action prise par Josué contre Aï représente les activités du reste des Témoins de Jéhovah à partir de et après 1933 contre l'organisation de Satan, particulièrement les religieux sur la terre. Certains détails importants sont présentés, lesquels ne sont pas exposés en ce qui concerne le siège et la destruction de Jéricho. Josué envoya des gens comme espions pour obtenir une vue rapprochée d'Aï, annonçant Christ Jésus qui enverrait ses hommes pour obtenir une vue plus proche de l'organisation visible du Diable, qu'elle pourrait être plus particulièrement exposée par ses serviteurs fidèles. Après 1933, l'exposition profonde du principal instrument de la terre du Diable a eu lieu, qui a donné aux témoins de Jéhovah une vue étroite supplémentaire de cette organisation méchante.
(...)
Une catastrophe a suivi cette agression, et les Israélites furent obligés de fuir après que les hommes d'Aï les aient chassés. Aï représente (ark ?) maintenant quelques-uns des faits qui arrivèrent, en accomplissement.
(...)
C'est vers 1933 ou peu après que quelqu'un occupant un poste de responsabilité dans l'organisation du Seigneur, et qui a été aidé et encouragé par certains de ses admirateurs personnels, a essayé de gagner quelque chose pour des raisons égoïstes. Une voie contraire à des instructions avaient été prises concernant les stations de radio canadiennes, tandis que dans le même temps cette partie faisait semblant d'être la seule en train de s'efforcer pour la revendication du nom de Jéhovah et de la chute de l'organisation de Satan.
(...)
Cette personne, de concert avec certains de ses partisans, a continué à troubler la Société en envoyant des lettres aux stations de radio et aux religieux connus pour être des ennemis déclarés de l'organisation de Dieu, et d'autres, dans lesquelles des menaces ont été faites afin de "briser l'organisation de la Société dans les deux ans". »

Raisons du renvoi selon les publications

Le Golden Age du 5 mai 1937, contient deux articles à charge contre Salter, intitulés "Why Salter lost his job" et "A personal statement regarding Salter" (écrits respectivement par Woodworth et Sullivan). Le premier article déclare : « Il a perdu son emploi parce qu'il était paresseux et infidèle et traître. Telle est la vraie raison ». Ils s'attache ensuite à le dépeindre comme :

  • Un fainéant : « Les employés qui étaient censés travailler sous sa direction ont témoigné à plusieurs reprises qu'ils ne savaient pas en quoi consistaient ses fonctions, qu'il ne s'est pas montré jusque vers 10 heures du matin ; arrêtait le travail promptement à midi ; dormait jusqu'à 15 heures ou parfois 16 heures l'après-midi et, parfois, n'a pas été vu après le coup de sifflet de midi, le reste de la journée. Parfois, il a passé les après-midis à dicter des lettres personnelles à sa sténographe ».
  • Un séditieux et un prétentieux : « Les lettres étaient en grande partie pour les fidèles ou pour des personnes soi-disant fidèles dans l'organisation du Seigneur, louant lui-même, se défendant, se justifiant. Ou bien elles étaient pour des personnes infidèles, déjà hors de l'organisation, les félicitant pour leur infidélité et en exprimant son regret que, en raison de sa position, il ne pouvait pas parler aussi librement qu'il l'aurait souhaité. »
  • Quelqu'un en qui on ne peut avoir aucune confiance : « N'importe qui avec un courage ou une honnêteté (...) aurait pensé que Salter aurait honnêtement admis qu'il avait été malhonnête, menteur, perfide, paresseux et pas digne d'être employé dans n'importe quelle entreprise dans laquelle des qualités de confiance de l'honnêteté, (...) de véracité, pour ne pas dire de courage, sont absolument nécessaires. »
  • Un profiteur : « Après le licenciement de Salter, Juge Rutherford, toujours animé de bonté envers les égarés, l'invita à dîner avec la famille, et Salter accepta l'invitation. »
  • Un calculateur : Après un discours de Rutherford lors d'une assemblée au Canada, Salter aurait reconnu ses erreurs, mais juste dans le but de regagner la confiance et l'estime de Rutherford.
  • Un traître : Est cité le passage de Psaume 41:9, puis Salter est évoqué comme quelqu'un qui utilise les mêmes méthodes que Judas et qui est devenu l'instrument du Diable.
  • Un voleur : il aurait tenté d'isoler des fonds de la Société Watch Tower.
  • Un méchant : il reproche le confort de Rutherford dans les lieux où il séjourne.
  • Un mauvais rédacteur : « Il avait l'habitude d'écrire des articles ineptes du Canada. Personne ne les a trouvés très intéressants. Mais ils ont tous été habilement dactylographiés. Quelqu'un a dit à l'audience que c'était à peu près tout ce qu'il a fait. Il n'a pas fait le typage, quelqu'un d'autre l'ait fait. Mais il a relevé les coupures de journaux qui devaient être copiés. Et il a été mis en évidence que parfois il les tenait pour plus de cinq mois, afin qu'il puisse avoir quelque chose à envoyer chaque mois. » Il aurait également critiqué le Golden Age qui utilise « des trucs à vous glacer le sang et un langage obscène ».
  • Un désobéissant : « Les registres montrent que Salter persista à faire les choses à sa manière, au lieu de les faire selon les instructions du président de la Société. Ainsi : Lorsque le président a lui chargé d'attendre en ce qui concerne certaines opérations de construction, il est allé de l'avant sans délai. (...) Quand il a été demandé de ne pas soumettre les dossiers de transcription à la Commission canadienne de radiodiffusion, il les a soumis à la censure, entraînant dans le déshonneur le grand et saint nom de Jéhovah, et, accessoirement, imposant une grande charge supplémentaire et des inconvénients à la Société. C'était un acte de déloyauté envers le Seigneur. »
  • Un opportuniste : lorsque R.J. Martin, directeur du bureau de Brooklyn, décéda, Salter aurait espéré obtenir son poste.
  • Un menteur : Comparé à « Lucifer » [sic], Salter est accusé de se rebeller contre son « bienfaiteur », Rutherford, en disant que c'est quelqu'un d'autoritaire et en le critiquant pour ses voitures alors que, selon le rédacteur, il utilise pour le travail du Seigneur, tandis que Salter utilisait la sienne, achetée par la Société, pour son plaisir personnel.
  • Quelqu'un de déloyal : il remettait en cause ce qui était écrit dans les publications, disant que c'était le fruit de pensées humaines, et ne croyait pas que la Société Watch Tower soit la vraie organisation. Il disait que les publications étaient difficiles à comprendre et contradictoires, ce que le rédacteur nie (voir l'article Vaccinations par exemple).
  • Un adultère : L'auteur fait plusieurs allusions à une relation inconvenante que Salter aurait entretenue avec sa secrétaire, alors qu'il était marié.[4] Assez ironiquement, on notera que cela devient un motif de critiques contre Salter seulement une fois qu'il est devenu "apostat", ce qui laisse à penser que tant qu'il était fidèle à l'organisation, cela ne dérangeait pas. Il faut mettre ces accusations en parallèle avec une série d'articles de Watchtower de 1929 (15 mars, pp. 93-95 ; 1 septembre, p. 271) dans lesquels Rutherford prônait une vision plutôt indulgente envers l'adultère et les « faiblesses de la chair », contrairement au manque de loyauté envers l'organisation.[5]

Le deuxième article parle d'un homme ayant une « arrogance ampoulée », de la « fatuité », de la « tromperie », dont la « seule intention est d'empoisonner les frères », un homme qui n'a « jamais été dans la vérité, mais était et est l'un des plus gros hypocrites que je connaisse », qui a « toujours essayé d'utiliser certains articles ou livres de la Watchtower pour appuyer (...) ses propres théories », dont les « lettres sont diaboliques à l'extrême », etc...

Réunion anti-Salter et résolution

Dans la Watchtower du 15 mai 1937, il est rapporté une réunion tenue à Toronto au sujet de Salter le 12 avril de la même année, à laquelle toute la congrégation a participé. Le traitement de cette question témoigne d'un désintérêt total pour les faits avérés, la vérité et la discrétion. Salter était absent et personne n'était autorisé à prendre sa défense. A.G. Cameron, un des amis de Salter, a dit vouloir présenter les points soulevés dans sa lettre et demanda à Percy Chapman de répondre précisément à chaque point. Pour toute réponse, il lui fut adressé un attaque personnelle : « Il t'a fallu 12 mois pour te montrer sous ton vrai jour ». Dans l'assistance, certains dirent que Salter ne vivait pas en harmonie avec la Société depuis trois années. Dans le rapport fait dans la Watchtower, l'assemblée se prononça massivement contre Salter, refusant qu'il soit entendu pour se défendre.[6] Seuls Cameron, sa fille et G. Richardson ne furent pas d'accord.

Finalement, une copie de la résolution figura dans cette même Watchtower, présentée comme préparée par W.A. Sinclair et approuvée. Après avoir rappelé quelques éléments, elle déclare : « Qu'au vu des faits énoncés ci-dessus, nous, la congrégation des Témoins de Jéhovah de Toronto et des environs, à défaut de recevoir au cours des sept prochains jours, par écrit, une déclaration claire de tristesse, de repentir et d'amendement du frère, faisons exclure par la présente celui connu en tant que Frère W.F. Salter. »

La Watchtower contient également une lettre de flatterie et de loyauté envers Rutherford de la part de Percy Chapman, qui avait remplacé Salter à la tête de la branche canadienne de la Société Watch Tower. Une lettre tout aussi flatteuse de la famille du Béthel à Rutherford proclame son total dévouement envers le Seigneur et son organisation, et envers Rutherford qui serait « désigné comme responsable de la direction des affaires terrestres de son peuple » ; au contraire, la lettre parle de Salter de façon très dure : il est présenté comme étant quelqu'un d'« égoïste », « ayant un sens indu de sa propre importance », qui n'est « pas loyal » envers Rutherford et l'organisation, qui « tentait de saper [son] influence », et d'« impressionner [les autres] avec ses propres idées », comme un « hypocrite » et un « menteur ».

La Watchtower du 1 juin 1973, p. 175 :

« Presqu'un an a passé depuis (sous la direction du Seigneur) comme président de la Société vous avez avez démis de ses fonctions un certain W. Salter, de qui l'on a longtemps cherché une direction dans le service, mais qui était devenu infidèle à sa charge. À cette époque, certains ne pouvaient pas voir assez clairement la raison de cette action. Nous avons eu, cependant, une confiance implicite en Jéhovah et que les mesures prises ici étaient sous sa direction. La suite des événements a non seulement pleinement justifié cette foi et la confiance en Jéhovah, (...) mais a aussi fait clairement apparaître la raison pour laquelle cette action était nécessaire. À cause du fait que le peuple du Seigneur est maintenant, à partir de cette source, l'objet d'un barrage de la littérature propre à saper et renverser leur foi, nous, la société des témoins de Jéhovah de Toronto, lors d'une joyeuse assemblée de ce 18 avril 1937, adoptons unanimement la résolution suivante. »

Les cinq points développés dans cette résolution se résument ainsi :

  • Un soutien total à Rutherford qui a démis de ces fonctions Salter qui par ses actions a, selon la Watchtower, déclaré : « La table du Seigneur est méprisable » ;
  • Un engagement à « détruire sans lire toute la documentation reçue par la poste ou autrement » [celle critiquant la Société ou son président], à faire « la sourde oreille à n'importe qui, que ce soit au sein de chez nous ou à l'extérieur, qui manifeste un désir de débattre ou de discuter sur le cours de cette action » ;
  • Une reconnaissance de la Société Watch Tower comme étant l'organisation divine et le canal pour fournir la nourriture spirituelle en temps voulue ;
  • Une foi et une loyauté totale envers la Société et ses dirigeants, Rutherford à Brooklyn, et aussi le serviteur branche canadienne, Chapman ;
  • Une détermination à faire la volonté de Jéhovah exprimée à travers Jésus Christ.

Salter dans les publications actuelles

Dans les publications plus récentes des Témoins de Jéhovah, Salter est présenté systématiquement de façon négative, et le récit de son histoire est clairement orienté afin de donner cette impression : c'était un orgueilleux qui convoitait la direction de la Société, un fauteur de troubles, un apostat et un imposteur. En revanche, aucun des griefs que Salter avait adressés à Rutherford (alcoolisme, luxe, etc) n'est mentionné ; au contraire, le président est généralement montré sous un jour favorable (bienveillance, patience envers Salter).

Publication et date Description du contenu et commentaire
Annuaire 1979, p. 134 L'Annuaire évoque des difficultés dues aux divergences doctrinales de Salter et déclare que celui-ci croyait qu'il deviendrait le nouveau président de la Société et que La Tour de Garde imprimerait un jour les idées. Il est aussi dit que, lors de l'examen de La Tour de Garde, Salter créait des troubles à cause de ses commentaires, et qu'un vote désigna à la majorité un nouveau conducteur de l'étude à sa place. Il est dit que Rutherford « fit preuve de beaucoup de patience envers Salter » et donna deux semaines à Salter et à sept autres qui étaient de son côté, pour quitter le Béthel. Salter est présenté comme un traître orgueilleux et sans aucun scrupule (« les preuves s’accumulaient contre lui », « il ne manifestait aucun repentir », il cherchait à faire des disciples).
Annuaire 1986, p. 202 En 1939, Adediji, l'un de ceux qui travaillaient au bureau de la filiale du Nigéria a reçu un article de Salter, qualifié respectivement d'"imposture" et d'"apostat", démontrant que la présence du Christ n'avait pas commencé à l'époque. L'Annuaire mentionne « La Tour de Garde du 1er juin 1937 (édition anglaise) [qui] déclarait que Salter avait été exclu et qu’il fallait “détruire, sans la lire, toute publication de ce genre reçue par la poste ou par tout autre moyen” ». Toutefois, Adediji lut la lettre à la congrégation, ce qui « a causé de grands ravages au sein de plusieurs congrégations ». Le paragraphe de l'Annuaire conclut : « Plus tard, la tendance qu'Adediji avait manifestée à cette occasion l'a incité à se retirer de l’organisation et il est redevenu un membre du clergé anglican ». Au contraire, ceux qui sont présentés comme étant fidèles ont refusé de relayer l'information de Salter.
Prédiateurs du Royaume, p. 628 Il est dit que Salter a utilisé « malhonnêtement » du papier à en-tête de la Société pour tromper les congrégations en leur faisant étudier ses propres articles et « s'est mis à critiquer les frères fidèles par voie de presse ». Seuls les désaccords doctrinaux de Salter sont évoqués et une soit-disant volonté de diriger la Société.

Références

  1. Arrowup.png (en) Listening in: the first decade of Canadian broadcasting, 1922-1932, par Mary Vipond, 1992, p. 197. Consulté le 30 novembre 2009
  2. Arrowup.png Apocalypse Delayed : the Story of Jehovah's Witnesses, James Penton, University of Toronto Press, 2ème édition, 1997, p. 73
  3. Arrowup.png (en) "The Much Hated Walter Salter", sur Corior Consulté le 28 novembre 2009
  4. Arrowup.png «...the purchase of a fur coat for his ladifren with a portion of those funds... », « sometimes he spent the afternoons dictating personal letters to his ladifren stenographer », « at the hearing, the ladifren stenographer was so seated in the room that, as she read the letters, there was no way in which Salter could give her the wink », « before being dismissed he did not engage in the service work to any extent, except when out with his ladifren at week ends », « his own good wife, not his ladifren, said that if she were to listen to him she would not be in the truth any time at all ».
  5. Arrowup.png (en) ""Impartial" Documentation Needed Regarding Rutherford", sur Jehovahs-witness.net Consulté le 3 décembre 2009
  6. Arrowup.png Cette procédure est critiquée dans Apocalypse Delayed : the Story of Jehovah's Witnesses, James Penton, University of Toronto Press, 2ème édition, 1997, p. 248