Enfance sous emprise - 2007 - Canal+ (transcript)

Un article de Témoins de Jéhovah: TJ-Encyclopedie, l'encyclopédie libre sur les Témoins de Jéhovah.
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"Sectes: Enfants sous emprise" était le titre d'un reportage diffusé en octobre 2007 sur Canal + dans le cadre de l'émission Jeudi Investigation. Il s'agissait d'une enquête de Stéphane Haussy, produite par StoryBox Presse. Voici le reportage ainsi que sa transcription:

Note: Ce reportage traitait à temps égal de la communauté de Tabitha's Place, cette transcription ne rapporte que ce qui a été dit sur les Témoins de Jéhovah.

Ressources DailyMotion

Transcription

(Deux journalistes présentent le sujet)

Femme journaliste : Au cours de notre enquête nous avons croisé la route des Témoins de Jéhovah, vous savez c'est une communauté parmi les plus prosélytes de France, nous avons pu assister à des réunions publiques, à des rassemblements en famille mais nous avons aussi rencontré d'anciens adeptes, ceux pour qui on pourrait dire que la lumière s'est un jour éteinte, ce qu'ils dénoncent aujourd'hui est tout simplement passible de prison.

Homme journaliste : Alors nous avons sollicité les Témoins de Jéhovah, malheureusement ils ont refusé de nous accorder une interview, en revanche ils nous ont écrit plusieurs courriers, comme chaque fois qu'on s'attaque aux sectes. Il y a des lettres d'adeptes qui reviennent sur leur témoignage, les avocats qui nous menacent de poursuites si on diffuse l'enquête et puis les Témoins de Jéhovah eux-mêmes qui contestent en bloc tout ce qui est dit dans cette enquête. Évidemment nous maintenons les informations qui ont été vérifiées...

Femme journaliste : Et mêmes établies !


(30 minutes de reportage sur Tabitha's Place)


Voix off : Un de ces mouvements religieux préoccupe particulièrement les députés, ce sont les Témoins de Jéhovah qui regrouperaient à eux seuls 45.000 enfants. Nous sommes allés à leur rencontre dans cette petite ville du Sud de la France. La commune ne compte que 12.000 habitants, mais à l'écart du centre, au détour d'un chemin, un bâtiment flambant neuf. C'est en fait une église, ce qu'on appelle « la Salle du Royaume » chez les Témoins de Jéhovah.

(Groupes de fidèles en dehors)

Voix off  : Nous nous présentons comme journalistes. Ce soir-là, c'est la seule fête de l'année pour ces croyants : le mémorial, on y commémore la mort de Jésus. Les Témoins de Jéhovah ont sans doute un jour frappé à votre porte. Ils sont polis, bien habillés, ici pas de longues robes, pas de barbes fournies, leurs enfants sont scolarisés.

(Dans la salle)

Enfant de 3 ans: Bonjour, monsieur, monsieur

Dame: Viens là Nicolas, il est sourd en plus !

Homme : Ah les gosses... Vous n'en avez pas vous ?

Journaliste : Non pas encore.

Homme: Nous on en a de tous les niveaux, des petits.

Journaliste : Après quelques minutes de négociations, on nous invite à visiter les lieux.

Homme TJ: Donc vous êtes ici dans une Salle du Royaume des Témoins de Jéhovah, en fait c'est une salle de réunions, dans laquelle on se réunit deux à trois fois par semaine, donc comme vous pouvez le voir, c'est une salle toute simple qui essaye avant tout d'être fonctionnelle pour permettre aux auditeurs d'écouter la lecture et l'étude de la parole de Dieu, qui est faite en général deux fois par semaine.

Journaliste : Là encore, dans la doctrine, la fin programmée de ce monde et l'arrivée d'un paradis sur terre pour le grand jour de Jéhovah et ses adeptes.

(On montre le texte de l'année)

Homme TJ : Le grand jour de Jéhovah, c'est le moment justement où le créateur des cieux et de la terre, Jéhovah donc puisque c'est son nom dans la Bible, remettra les choses en ordre concernant notre planète.

Journaliste : C'est-à-dire ?

Homme TJ: Eh bien c'est-à-dire, fera un grand nettoyage et reprendra les choses en mains. Il faut dire que l'on en a bien besoin aujourd'hui. Alors les signes annonciateurs nous les voyons effectivement, depuis 1914 particulièrement, nous avons vu la première guerre mondiale, la deuxième, les famines, les tremblements de terre dans des proportions jamais vues. Tous les évènements que l'on voit actuellement, montrent que nous vivons ce temps que Jésus avait annoncé comme étant le temps de la fin.

(cantique)

Voix off : 150 personnes sont venues pour l'occasion, une cérémonie d'une heure 30. Dans l'assistance un bon tiers d'enfants et même quelques bambins. Au fond de la salle, une pièce est spécialement réservée aux enfants, la congrégation est donc très attentionnée pour tous ces mineurs déjà dévoués à Jéhovah et les interviews se font en présence des adultes.

Journaliste : Qu'est-ce qui s'est passé dans la salle, là ?

Fillette de 10 ans : C'est pour célébrer la mort de Jésus.

Journaliste : Et qu'est ce qu'on a fait aujourd'hui ? La fête elle est spéciale ?

Fillette : Pour euh... (plusieurs secondes d'indécision)

Journaliste : (S'il y a quelqu'un derrière, elle va regarder derrière, on la reprend.) Alors toi cela fait combien de temps que tu es témoin de Jéhovah par exemple ?

Fillette : Depuis que je suis née, j'ai 12 ans et demi.

Journaliste : Si tu devais raconter à quelqu'un : « eh ben moi j'ai envie que tu deviennes Témoin de Jéhovah » qu'est ce que tu lui dirais pour le convaincre ? (silence) Est-ce que tu aimes bien être Témoin de Jéhovah? Pourquoi ?

Fille : Parce que j'aime Jéhovah et parce que après on peut avoir la vie éternelle.

Voix off : La paix et la vie éternelle des Témoins de Jéhovah, Joël y a longtemps cru quand il était enfant, mais aujourd'hui il veut inculquer à sa fille de toutes autres valeurs.

(Joël fait répéter ses devoirs à sa fille)

Joël, témoignant de son enfance dans une famille Témoin de Jéhovah

Journaliste : Pourquoi vous êtes attentif aux devoirs et aux leçons de la petite?

Joël : Et ben disons étant donné que moi mes parents, ils m'ont pas, comme je fais en ce moment avec ma fille, ils n'étaient pas derrière moi pour mes leçons, parce qu'ils préféraient plutôt que j'étudie que ce soient les livres ou la Bible des Témoins de Jéhovah, donc je voudrais pas, par rapport à plus tard, pour le travail, je voudrais pas qu'elle galère comme moi, je voudrais qu'elle ait une bonne éducation comme moi j'ai pas eu, donc c'est plutôt normal que je sois derrière elle en fait.

Voix off : Joël a quitté un cycle scolaire normal dès la 6ème, aujourd'hui il a 39 ans, il est sans qualification et enchaîne les petits boulots, selon lui toute son enfance a été bouleversée.

Journaliste : Est-ce que vous avez le sentiment que vous avez été un enfant comme un autre ?

Joël : Le sentiment d'avoir été un enfant comme un autre, oui jusqu'à 8-10 ans, jusqu'à ce que ma mère rentre en contact avec ces Témoins de Jéhovah et nous y amène mon père et mon frère...

Journaliste : Et après ?

Joël : Et après, non, ma vie a changée, je sortais plus, j'allais plus jouer dans la rue avec mes copains. Toute activité que je pratiquais ensuite c'était avec les Témoins de Jéhovah. Le lundi, j'allais à l'école, d'accord, je rentrais, il fallait préparer la réunion du mardi soir, le mardi soir c'était la réunion, le mercredi il fallait préparer le jeudi soir, le jeudi soir étude de livre chez un particulier, puis le vendredi, samedi, c'était préparation du dimanche, donc voilà...

Journaliste : Ça fait beaucoup d'heures dans la semaine consacrées à la religion ?

Joël : Oui quand même oui, c'est pratiquement que çà en fait. On pense Jéhovah, on mange Jéhovah.

Journaliste : Et çà c'est un emploi du temps adapté à un enfant ?

Joël : Je pense pas, pour moi d'abord un enfant, c'est les études, après c'est le jeu, c'est pas le conditionnement du cerveau: « Voilà bientôt Jéhovah va intervenir, si tu n'es pas de son côté tu va mourir ». Quand on est tout gamin et qu'on entend qu'on va mourir parce qu'on est pas du côté de Jéhovah (haussement de sourcils) Si je voulais vivre éternellement, il fallait que je fasse ce que Jéhovah demandait.

Voix off : Joël a accepté de revenir avec nous sur les lieux de son enfance dans le sud de la France. À sa sortie des Témoins de Jéhovah, il a voulu tester tous les interdits : alcool, drogue, petit larcins, retour sur cette enfance qui le poursuit.

Joël : Donc voyez, je résidais au quatrième étage de ce bâtiment que vous pouvez apercevoir ici, et tous les jeudis soirs avec mes parents, je devais avoir 14 ans à cette époque-là, je devais enfiler mon costume-cravate pour aller à l'étude de livre qui se trouvait à la tour du fond chez un particulier, et ce que je trouvais humiliant, c'est de porter ce costume-cravate, le même que je devais mettre tous les dimanches pour aller à la salle du Royaume, mais le plus humiliant pour moi c'était de passer, de voir tous ces jeunes de cité qui se moquaient de nous avec mes parents, mon frère, la Bible à la main, à cet âge-là j'ai trouvé çà très humiliant.

Voix off : La bible et la prière pour quotidien, les Témoins de Jéhovah pour seule référence et l'autorité de ses parents pour le contraindre et comme le veut la croyance, plus d'anniversaire, plus de Noël. Mais chaque week-end un rendez-vous, à la Salle du Royaume pour le porte à porte. Une organisation méthodique où la candeur des enfants sert à attirer de nouveau croyant.

Joël près de la salle du royaume : On se préparait on venait ici, en costume-cravate toujours, on se faisait une petite prière avant de partir, on avait toujours une petite carte de territoire avec les maisons auxquelles on devait frapper aux portes, et on partait sur le terrain. Donc moi j'étais enfant, au début je devais avoir 10 ans, donc j'accompagnais deux adultes et donc on allait frapper chez les gens pour essayer de les attirer un maximum à la Salle du Royaume.

Voix off : Joël n'est jamais revenu chez ses parents depuis 15 ans. Ce matin-là en notre présence, il décide d'aller sonner chez eux à l'improviste.

Voix interphone : C'est pourquoi ?

Joël : Maman ?

Voix : C'est pourquoi?

Joël : C'est Joël, c'est ton fils Joël !

Voix : Joël ?

Joël : Oui ton fils Joël.

Voix : Monte.

Joël : Ouais j'arrive.

(Sur le palier Joël et sa mère s'embrassent)

Voix off : C'est la première fois que Joël et ses parents vont reparler de son enfance.

Joël : Je t'ai ramené une photo de ta petite fille. Ça c'est la dernière, son gala de danse. C'est elle qui vous a mis un petit mot.

Mère de Joël : J'espère qu'elle ne fera pas des bêtises comme tu as fait, toi, hein?

Joël : Non, puisqu'elle a une enfance normale, elle en fera pas de bêtises.

Mère : Pourquoi tu n'as pas eu une enfance normale ?

Joël : J'ai pas le sentiment, non. Moi j'ai le sentiment, que la religion, « la vérité » comme tu dis, ...

Mère, un peu en colère : Ben voilà c'est çà que tu nous reproches...

Joël : Maman je ne suis pas là pour te faire des reproches, j'essaye de comprendre, parce que la religion, elle a cassé notre famille...

Père : Tu crois ? Je sais pas..

Mère : Non.

Joël : Tu sais quand on est enfant et qu'on n'arrête pas de te dire que Dieu va intervenir, que cela va être la fin du monde, c'est traumatisant, ça fait peur quand on est gosse...

Mère : Mais traumatisé sur quoi ?

Joël : Tu ne crois pas que le fait de traverser 'Les Cévennes' (note : surement le nom du quartier) en costume-cravate pouvait m'humilier par rapport à tous les jeunes de là-bas.

Mère : Mais pourquoi cela te rendait malade, tu ne parlais pas...

Joël : On est bien obligé d'écouter les parents quand on est gosse, on ne choisit pas...

Mère : Quand tu travailles pour un patron, le patron y te donne un ordre, tu vas obéir... Voilà, nous notre patron, c'est Jéhovah, et cet ordre c'est d'aller prêcher chez les gens, ou ils acceptent, ou ils acceptent pas...

Journaliste : Et l'ordre, il est plus important que le bien-être de votre fils ?

Mère : Mais c'est pas parce qu'il est pas dans « la vérité » qu'on l'aime pas...

Joël : Cela n'a rien à voir avec l'amour...

Journaliste : La vérité, c'est celle de Jéhovah ?

Mère : C'est la seule. C'est la seule de toutes les religions qu'il y a ... de toutes les sectes, y a que celle-là, y a que les Témoins de Jéhovah, c'est la seule vérité et unique...

Journaliste : Et aujourd'hui vous ne vous dîtes pas, ah si j'avais su, j'aurais plutôt quitté la religion pour que mon gamin soit bien.

Mère : Non... non,non, non, non, non. J'aime mon garçon, je l'aime profondément, mais il n'est pas question que je quitte « la vérité », il n'a jamais été question que je quitte « la vérité ».

Voix off : Le contact est rétabli mais c'est un dialogue de sourds, Joël ne sait pas s'il pourra faire comprendre un jour à ses parents que leur choix religieux lui ont volé son enfance...

Joël : J'ai l'impression d'être passé à côté de ma vie, bien sûr.

Journaliste : Vous en avez souffert?

Joël : Oui, j'en ai souffert et j'en souffre encore, puisque je commence seulement à 40 à me stabiliser psychologiquement, oui c'est clair que j'en ai souffert.

Voix off : Comme Joël, Nagkela Zegrir Fouquet est en pleine reconstruction, elle aussi a passé sa jeunesse chez les Témoins de Jéhovah, la congrégation à laquelle elle appartenait l'a obligée à garder en elle un terrible secret pendant des années.

Nagkela Fouquet, victime d'abus sexuels dans une famille de Témoins de Jéhovah

(Devant des cartons de déménagements)

Journaliste : C'est quoi tout ces cartons?

Nagkela : C'est mon passé.

Voix off : Des années de douleurs, de silence que Nagkela a encore bien du mal à affronter.

Nagkela : Alors celui-ci, ça fait longtemps que je ne l'avais pas ouvert.

Journaliste : Pourquoi par exemple ?

Nagkela : Y a mon album photo quand j'étais petite, mais je ne vais pas l'ouvrir...

Voix off : Tout commence à 5 ans, la petite Nagkela Zegrir est de confession musulmane, elle est battue par sa mère naturelle, la DASS la place ici, dans cette petite maison qui domine la vallée. Toute la famille d'accueil de Nagkela est Témoin de Jéhovah, et l 'entraîne sur les bancs de la Salle du Royaume de la ville, celle souvenez-vous, où nous avions assisté à la fête du Mémorial.

Journaliste : Est-ce que vous diriez que vous avez choisi d'être témoin de Jéhovah ?

Nagkela : Non, je ne l'ai pas choisi, non.

Journaliste : Pourquoi ?

Nagkela : Parce que moi je pensais que la DASS était au courant, qu'ils étaient Témoins de Jéhovah. Moi je pensais que c'était normal d'être une fille témoin de Jéhovah...

Voix off : Mais des faits très graves vont se dérouler dans la maison de la colline. Après quelques semaines seulement, le placement devient un calvaire, l'homme dont elle ne prononce plus aujourd'hui le nom est le chef de la famille d'accueil.

Nagkela, hésitante : Il m'a violée, voilà. J'ai dû faire une fellation dans le salon.

Journaliste : Vous aviez quel âge ?

Nagkela : 5 ans et demi. Les yeux bandés. Voilà je vais tout raconter, aujourd'hui je peux tout raconter devant la caméra. J'avais les yeux bandés et j'ai dû faire une fellation.

Voix off : Et le cauchemar de la petite Nagkela va durer des années. À l'adolescence, au bout de sa résistance, elle révèle ces agressions à la seule autorité en laquelle elle place sa confiance : les témoins de Jéhovah.

Nagkela : J'ai expliqué clairement ce qu'il m'a fait et ils ne m'ont pas cru...

Journaliste : On vous a dit quoi à l'époque ?

Nagkela, haussant les épaules : Qu'il n'y avait rien à faire...

Voix off : Nagkela se sent bafouée, elle tentera même de se suicider. Des années plus tard, après avoir quitté sa congrégation, elle porte plainte contre son agresseur, devant les gendarmes, l'homme reconnaît sans détours une bonne partie des faits...

(Lecture du procès-verbal : « Je ne sais pas pourquoi et encore aujourd'hui je n'arrive pas encore à expliquer mon geste. J'ai sorti mon sexe de mon pantalon »)

Voix off : Mais il ne sera jamais jugé, car la plainte a été déposée trop tard, les faits sont prescrits. Un procès aurait pu peut-être avoir lieu si les Témoins de Jéhovah avaient dénoncé l'affaire aux autorités.

Journaliste : Vous croyez que c'était leur devoir ?

Nagkela : Oui.

Journaliste : D'aller à la police ?

Nagkela : Oui.

Journaliste : Ou vous dire d'aller à la police ?

Nagkela : Oui.

Journaliste : Et pourquoi ils ne l'ont pas fait ?

Nagkela : C'est la question que je me pose toujours aujourd'hui.

Voix off : Pourquoi les Témoins de Jéhovah n'ont-ils donc pas dénoncé l'agression sexuelle sur Nagkela ? Nous sommes allés poser la question à un des dirigeants locaux de l'époque, l'homme auquel elle s'était confiée.

Journaliste s'approchant d'une voiture : Bonjour je cherche monsieur ________

Homme : C'est moi.

Journaliste entrant dans la maison avec l'homme : Bonjour monsieur, je suis ravi de vous rencontrer, excusez-moi de vous déranger, je vous explique, j'ai un petit dossier personnel dont je voudrais vous parler, un p'tit peu confidentiel. Je voulais vous parler du dossier de Nagkela Fouquet...

Homme se retourne brutalement : Oui.

Journaliste : Vous vous rappelez?

Homme nerveux et sec : Vaguement oui, ça fait beaucoup de temps...

Journaliste : Alors moi je voulais vous demander pourquoi, à l'époque, vous n'aviez pas dénoncé les faits aux autorités ?

Homme reculant et levant la main : Je ne parlerai pas de ce sujet.

Journaliste : Juste que je comprenne pourquoi ?

Homme, toujours sec : Non, terminé.

Journaliste : Ah ouais ?

Homme : Oui, monsieur.

Journaliste : Et pourquoi vous ne voulez pas en parler ? On est des années après.

Homme : Vous allez à la gendarmerie de _______, j'ai déjà déposé ce qu'on m'a demandé, j'ai répondu, c'est terminé...

Journaliste : Ce que je ne comprends pas c'est...

Homme : C'est terminé s'il vous plaît monsieur..

Journaliste : D'accord mais je...

Homme : C'est terminé s'il vous plaît...

Journaliste : 20 ans après vous ne voulez pas en parler ?

Homme : S'il vous plaît c'est terminé... Merci beaucoup (il s'en va).

Journaliste : Et vous, vous étiez enseignant, monsieur...

Voix off : Lors de son audition ce responsable révélait pourtant:

(Lecture procès-verbal :« Nous avons organisé une confrontation entre les deux parties. Nagkela accusait et monsieur X niait les faits reprochés, N'ayant pas de témoins, ni d'accusation grave, nous avons laissé l'affaire en suspend » )

Homme : Bonne journée à vous messieurs-dames, merci...

Voix off : C'est incontestable, pour les Témoins de Jéhovah la pédophilie et l'inceste sont des péchés et des faits très graves, seulement voilà, la congrégation a organisé elle-même une confrontation et n'a pas cru bon de dénoncer les faits. La seule issue pour Nagkela Fouquet est d'alors de se retourner contre l’État qui l'a placée dans cette famille et le tribunal administratif reconnaît très clairement les fautes de la puissance publique. Au total, l’État est condamné à verser 22 000 Euros à Nakela pour manque de contrôle durant son placement.

Avocat de Nagkela : Aujourd'hui les services de l’État ou les services des départements vont être soumis à l'obligation de vérifier en permanence, que les enfants qu'ils mettent dans familles d'accueil ne sont pas soumis à des dérives sectaires, qu'on respecte leurs convictions, qu'on ne se livre pas sur eux à des pratiques pénalement condamnables, de nature d'agressions sexuelles, par exemple. La difficulté, c'est que la plupart des affaires ne viennent pas à la surface, pour des motifs tenant à la logique même des sectes, qui pratiquent une omerta systématique sur leurs membres, sur leur environnement, qui font que c'est rarissime qu'on voit des situations de cette nature-là se manifester. Je précise que dans le cas de Mme Fouquet, il a quand même fallu plusieurs années afin que elle-même prenne conscience des droits qui étaient les siens et qu'elle se présente devant une juridiction administrative pour demander réparation de ce qui peut-être considéré comme son préjudice.

Voix off : Cette jeune femme a longtemps hésité avant de témoigner dans ce film. Comme Nagkela, aujourd'hui elle tient à dénoncer ce qu'elle a subi et se demande toujours pourquoi l'affaire a été étouffée.

Emmanuelle : Ici c'est un endroit très particulier pour moi parce que j'ai failli sauter du haut de cette falaise, bien entendu pour mettre fin à mes jours, à cause de mon passé très lourd chez les Témoins de Jéhovah.

Voix off : Emmanuelle est née il y a 39 ans dans une famille dévouée toute entière à Jéhovah. Pendant des années, ses frères lui ont fait subir des sévices sexuels quand elle n'était encore qu'une enfant.

Emmanuelle : C'est une blessure qui n'est pas encore réellement cicatrisée.

Journaliste : Vous aviez quel âge ?

Emmanuelle : Ca a commencé j'avais 8 ans, çà c'est terminé j'en avais 12 à peu près.

Journaliste : Et ils étaient majeurs ?

Emmanuelle : Quand ils ont commencés non, quand ils ont arrêté oui, ils étaient majeurs.

Voix off : A l'époque, l'adolescente a tout naturellement cherché de l'aide au sein de sa congrégation, auprès du chef spirituel, celui qu'on appelle un ancien.

Emmanuelle : Il a demandé à mes frères de me demander pardon, donc mes frères m'ont demandé pardon et puis il m'a demandé de pardonner à mes frères, donc j'ai répondu « oui » à mes frères et çà c'est terminé comme çà, et ensuite il m'a dit « je ne veux plus jamais entendre parler de cette histoire »

Journaliste : Il n'y a pas eu de signalement à la justice ?

Emmanuelle : Il n'y a pas eu de signalement à la justice, j'ai pas porté plainte. Les personnes qui m'ont demandé de me taire m'ont aussi dit qu'il fallait protéger la réputation de la congrégation et que les médias n'hésiteraient pas à s'emparer de ce genre d'affaire pour salir la congrégation et que cette congrégation devait être protégée à tout prix. À tout prix, au prix de ma vie en fin de compte. Au prix de ma vie et de ma dignité.

Voix off : Ironie de l'histoire, Emmanuelle a été exclue des Témoins de Jéhovah à 24 ans pour avoir eu des relations sexuelles avec un homme avant le mariage, ses frères, eux n'ont jamais été exclus. Mais alors qui sont ces anciens qui prennent des décisions au sein des Témoins de Jéhovah ? A Lille nous avons retrouvés Alain Berrou, il est resté 11 ans chez les Témoins de Jéhovah, c'est un de ceux qu'on montrait en exemple, c'était un chef, un de ces anciens justement.

Alain : Être un ancien chez les Témoins de Jéhovah, ça veut dire être un repère, ça veut dire enseigner les autres, ça veut dire veiller sur eux, entre guillemets, çà veut dire aussi les surveiller puisqu'il y a un mot qui est synonyme pour ancien, c'est surveillant.

Journaliste : Et vous vous étiez un ancien alors ?

Alain : Oui, j'étais devenu un ancien malgré mon jeune âge.

Voix off : Alain Berrou est entré dans une congrégation à l'âge de 17 ans convaincu par un camarade de classe, des années plus tard, il sait maintenant que tout était programmé.

Alain : Tous les ans, au mois de Septembre, Octobre, à l'époque, il y avait une campagne de prosélytisme en milieu scolaire, cette organisation formait les jeunes adeptes, élèves, pour aller faire du prosélytisme à l'intérieur de l'enceinte scolaire, envers leurs camarades, moi ce que je pensais être une discussion à bâtons rompus, le hasard, ben c'était pas réellement du hasard ou une discussion désintéressée.

Voix off : Il est très rare qu'un ex-ancien parle et Alain Berrou a une révélation à nous faire, au sein des congrégations il existe bel et bien une instance spéciale pour rendre la justice, cette structure a même un nom, le comité judiciaire.

Alain : C'est une structure qui est composée de trois personnes, trois anciens, trois responsables, trois hommes exclusivement, et qui sont censés auditionner, enquêter, et donc c'est une structure de justice parallèle à notre justice républicaine, qui est là pour rendre en quelque sorte une justice interne. Vous voyez ce livre, c'est le manuel secret qui est donné par la filiale des Témoins de Jéhovah de France à tous les anciens, il s'agit des directives qui leur sont données, comment se comporter, comment constituer un comité judiciaire, comment amener un adepte au repentir ou comment l'expulser, voilà et donc effectivement, toutes ces directives sont gênantes, alors quand moi j'ai quitté les Témoins de Jéhovah, on a fait pression de façon assez constante sur moi pour que je rende ce livre, parce qu'en principe il n'est pas la propriété des anciens, il leur est juste prêté. Donc vous voyez, alors là, il y a un certain nombre de directives qui sont données, parfois un peu gênantes, et vous voyez des marges importantes, pourquoi et bien parce que l'essentiel de ce qui est le plus délicat n'est pas délivré de manière dactylographiée, il va être donné sous la dictée, de façon extrêmement formelle, à la virgule près. Par exemple, moi j'ai assisté à ce genre de consignes sur par exemple que faire quand il y a une agression sexuelle sur mineurs, que faire dans un cas comme celui-là ? Voyez par exemple, là, je me souviens très très bien, on nous a fait prendre sous la dictée et là on explique que en réalité les anciens peuvent se retrancher derrière le secret confessionnel, qu'ils ne sont pas systématiquement tenus de dénoncer aux autorités un cas d'agression sur enfant, on explique que d'abord, avant de dénoncer éventuellement aux autorités, d'abord on va prévenir le service juridique interne, ensuite on va diligenter une enquête interne, ensuite on va former un comité judiciaire en interne, et éventuellement on explique, on laisse entendre que le collège déterminera la meilleure solution pour la congrégation et sa réputation, je cite. En ayant cité les articles du Code Pénal qui définissent le secret confessionnel, derrière lequel on peut se retrancher, se protéger.

Journaliste : La priorité, ce n'est donc pas de protéger la personne?

Alain : La priorité, c'est de protéger la réputation de l'organisation des Témoins de Jéhovah.

Voix off : Et l'ouvrage ajoute explicitement : « Les anciens qui constituent un comité judiciaire doivent bien réfléchir aux intérêts du pêcheur mais aussi à ceux de l'ensemble de la congrégation »

Journaliste : Qu'est ce que vous auriez fait si vous aviez été vous confronté à un cas de pédophilie ou de viol et que l'on vous aurait rapporté alors que vous étiez ancien ?

Alain : Pffff. Déjà j'aurais réagi à l'intérieur d'un comité judiciaire donc je n'aurais pas été seul, ensuite les directives... euh... j'aurais suivi les directives.

Journaliste : Vous ne l'auriez pas dénoncé aux autorités si le cas n'était pas notoirement établi ?

Alain : J'en sais rien, je ne peux pas dire, j'espère que... Je ne sais pas.... Euh... je sais pas, je pense que très clairement dans la logique dans laquelle j'étais à l'époque, je me serais, en tout cas sur le coup, j'aurais obéi.

Voix off : Nous aurions souhaité interroger les dirigeants des Témoins de Jéhovah de France. Pour seule réponse, ils nous ont adressé cette lettre: « Vous comprendrez que nous n'entendons pas participer à une émission reprenant des allégations infondées et graves que nous contestons vivement ».

Voix off : Une justice parallèle existerait donc. Nous sommes allés demander l'avis des pouvoirs publics.

Journaliste : Il y a une justice parallèle à celle de la République dans certaines organisations et pourtant on ne fait rien ?

Jean Michel Roulet, président de la MIVILUDES : Si on fait.

Journaliste : On fait quoi ?

Roulet : Lorsque les faits sont connus, et bien évidemment si la loi peut passer elle passe, si ils sont couverts par la prescription, on ne peut pas faire grand chose.

Journaliste : Pardonnez-moi, on tolère cette justice parallèle ?

Roulet : Non, non on ne la tolère pas, au contraire on la dénonce d'ailleurs régulièrement. Pour pouvoir la sanctionner, il faut pouvoir la prouver, il faudrait pouvoir assister à une de ces séances de comité judiciaire ou à une de ces séances de comité disciplinaire de telle ou telle organisation, ce qui évidemment n'est pas possible puisque ce sont des organisations fermées, mais le fait qu'il y ait des victimes fait que l’État ne peut pas être absent de ce terrain, il doit venir à la défense des victimes, car personne dans la secte ne viendra à la défense des victimes. Quand des victimes sont des mineurs, ce ne sont pas les parents qui viendront, parce que les parents sont consentants.

Voix off : Pour trouver un ancien qui a désobéi nous avons traversé l'Atlantique. Nous sommes dans le Kentucky, dans le sud des États-Unis. Ici la liberté de croyance est totale, il n'existe aucune liste de mouvements sectaires. L'homme qui a résisté, c'est Bill Bowen. Son histoire commence ici. Bowen dirigeait cette petite Salle du Royaume des Témoins de Jéhovah, il était très apprécié de tous les croyants et de sa hiérarchie jusqu'au jour où il met le nez dans les archives. Il découvre que des cas de pédophilie ont été étouffés.

Bill Bowen : J'ai quelque chose à vous montrer, c'est dans un endroit secret.

Voix off : Ce que Bill Bowen va nous montrer est soigneusement conservé dans un coffre, c'est sa protection contre les pressions et les menaces.

Bill Bowen : J'ai appelé 8 fois le service juridique au quartier général des Témoins de Jéhovah. La dernière conversation que j'ai eue avec eux, je l'ai enregistrée parce que je voulais qu'il y ait une trace de ce qu'ils allaient me conseiller de faire. J'avais des preuves matérielles qu'un enfant avait été sexuellement agressé, après leur avoir expliqué la nature des preuves qui étaient en ma possession, voilà les instructions qu'ils m'ont données :

Voix magnétophone : Demande-lui encore une fois s'il a quelque chose avoir avec çà, s'il dit « non » je laisserais tomber, laisse çà à Jéhovah mais ne te met pas dans la mélasse.

Bill : Donc ce qu'ils m'ont dit c'est de ne pas alerter la police, de laisser ça entre les mains de Jéhovah. C'est Dieu qui allait résoudre l'affaire. C'est pour ça que j'ai démissionné de mon poste d'ancien. Quand les Témoins de Jéhovah disent qu'il n'y a pas de pédophiles dans leur congrégation, ceci est bien la preuve qu'ils demandent aux anciens de ne pas dénoncer les pédophiles aux autorités.

Voix off : Après ce coup de téléphone, Bill Bowen a démissionné de toutes ses responsabilités au sein des Témoins de Jéhovah. C'est désormais le combat d'un petit homme contre les silences d'une organisation puissante, au fond de son garage, avec les moyens du bord.

Bill : Voilà, c'est ce qu'on appelle le QG. C'est là où tout se passe pour Silentlambs. C'est ici qu'on reçoit les emails et tout ce qu'on fait pour aider les victimes.

Voix off : Il a créé il y a 7 ans cette association pour les victimes d'abus sexuel dans les congrégations. Silentlambs, les agneaux silencieux, et surprise les témoignages sont quotidiens.

Bill : C'est là que nous recevons les alertes pour l'association. Rien qu'aujourd'hui on a reçu deux signalements d'agression sexuelle sur enfant. Sur les 7 dernières années on a reçu à peu près 7000, et après quelques vérifications on a dénoncé au moins 300 cas à la police.

Voix off : Des milliers de victimes rassemblées pour une marche blanche devant le siège international des Témoins de Jéhovah à New-York, à leur tête Bill Bowen.

Bill pendant la manifestation : Aujourd'hui c'est votre journée, le jour où les agneaux ne sont plus silencieux.

Voix off : Et Bill Bowen en est convaincu. Selon lui les grandes instances des Témoins de Jéhovah sont bel et bien au courant de ces cas de pédophilie.

Bill : Nous avons été contacté par trois individus qui travaillent au Siège des Témoins de Jéhovah, ils ne se connaissaient pas les uns les autres, mais ils nous ont donnés le même chiffre enregistré dans un fichier de pédophile: 23720. Nous, on l'a relayé sur notre site Internet, nous avons pu vérifier que le siège reconnaissait qu'il y avait bel et bien un fichier. La seule chose avec laquelle ils n'étaient pas d'accord, c'était le nombre d'individus dans ce fichier et ils disaient que le chiffre en lui -même n'avait pas d'importance. Personnellement en tant qu'ancien responsable, je sais qu'il y a un fichier puisque j'ai moi-même signalé un cas, alors je sais ce que l'on vous demande dans ces cas-là. Toutes les informations sont rentrées dans un ordinateur sur l'agresseur, la victime, le nombre d'incidents qui ont eu lieu.

Voix off : Dans cette lettre interne les autorités religieuses des Témoins de Jéhovah affirment que les abus sur les enfants sont effectivement un crime mais elles ajoutent:« La décision de dénoncer les faits aux autorités restent une décision individuelle, il n'y aura aucune condamnation quelque soit le choix de l'individu. »

Voix off : Cette autre lettre émane du siège international de New-York, elle est confidentielle, elle est adressée à tous les anciens des États-Unis, il est expressement demandé de ne faire aucune copie, on peut y lire : « En cas de signalement d'agression sexuelle sur un enfant, il faut d'abord appeler le département juridique du Siège. Les anciens ne doivent pas permettre de recherches dans une Salle du Royaume ou dans tout autre lieu où sont gardés les dossiers confidentiels. »

Voix off : Le combat mené par Bill Bowen et quelques-uns est une bien mauvaise publicité pour cette Église, et une bonne réputation c'est la clef pour attirer de nouveaux croyants.

New-York, c'est ici qu'est donc installé le siège international des Témoins de Jéhovah. Dans le quartier de Brooklyn, la maison-mère s'appelle la Watchtower, la Tour de Garde, la tour de guet. Sous haute surveillance, une ville dans la ville, une dizaine d'immeubles reliés par des passerelles. Derrière ces vitres teintées est imaginée toute la doctrine. Dans ce DVD de propagande, les Témoins de Jéhovah étalent leur richesse financière : une imprimerie géante qui produit des revues dans toutes les langues. Plus de croyants, c'est plus de dons. 6 millions d'adeptes déjà à travers le monde, l'équivalent de la Suisse. On dépense sans compter pour filmer les baptêmes à coup de caméra motorisée et propager la bonne nouvelle de Jéhovah. Et dans les revues, on n' hésite pas à transformer les enfants en acteurs (extrait DVD TJ Un peuple pour son nom ):

Homme TJ photographe à fillette : « Il faut que tu es l'air vraiment triste, d'accord ma chérie ».

Voix off : Quelques clics plus tard, l'incroyable mise en scène à fonctionné, la petite fille porte le poids de toute la douleur du monde. Elle fera bientôt la une d'une revue qui est distribuée de porte en porte, la main sur le cœur:

Dame TJ prêchant, présentant la revue : « Je ressens la même chose que vous. Ce formidable magazine raconte pourquoi tous ces malheurs arrivent. »

Voix off : Nous avons tenté de rencontrer un responsable de ce quartier général des Témoins de Jéhovah, pour lui poser quelques questions à l'issue de notre enquête. Nous avions annoncé notre venue par plusieurs fax.

Journaliste : Bonjour, j'aimerais voir quelqu'un de la communication.

Voix off : Après plusieurs minutes d'attente, deux personnes du service de presse viennent nous accueillir poliment, mais une nouvelle fois comme en France, pas moyen d'obtenir une interview.

Journaliste : Est-ce qu'on pourrait interviewer quelqu'un ce matin ?

TJ chargée de la communication : Oh je suis vraiment désolée, il doit y avoir un malentendu.

Journaliste : Oui, mais ce serait quand même mieux si on pouvait rencontrer quelqu'un ?

TJ : Vous savez, il semblerait que vous ne soyez pas en très bon terme avec notre filiale française.

Journaliste : Je crois pas.

TJ : Vous avez des problèmes avec les Témoins de Jéhovah en France ?

Journaliste : Non, non je ne sais pas.

TJ : Je ne parle pas de vous personnellement, mais ce que j'ai compris c'est que votre chaîne a une mauvaise réputation auprès de notre bureau français.

Journaliste : Mais c'est une des chaînes les plus sérieuses. Ça veut dire quoi une mauvaise réputation ?

Voix off : En aparté, elle nous confie que seulement 30 cas de pédophilie ont été enregistrés dans les congrégations, sans jamais dire si oui ou non la police a été avertie. Quand elle nous raccompagne, nous essayons une dernière fois d'en savoir plus.

Journaliste : Si vous voulez que votre vérité soit dite, il faut que vous la disiez, sinon personne ne le saura.

TJ : Je suis d'accord, vous avez raison.

Journaliste : Les 30 cas dont vous m'avez parlé, c'était seulement aux États-Unis ou partout dans le monde.

TJ : Ce sont ceux qui sont revenus à notre quartier général, vous savez le nombre de cas est très réduit.

Voix off : A l'entendre, l'ampleur du phénomène serait donc bien exagéré et la Watchtower bien peu inquiète pour son image. 30 cas, bien loin des 7,000 répertoriés par le seul Bill Bowen. Retour dans le Sud du pays: Nashville, le berceau de la country-music. Bill Bowen ce jour-là est un homme pressé, pas question d'être en retard, il a une grande nouvelle à révéler.

Bill : On va faire savoir au monde entier, ce qu'ils ont fait à ses enfants.

Voix off : Il a rameuté les journalistes et les membres de son association. Angelica est une de ces victimes, elle aussi a subi une agression sexuelle quand elle était mineure au sein d'une congrégation des Témoins de Jéhovah, avec ses deux enfants, elle est venue de Saint-Louis, 5 heures de route, spécialement pour sa petite fille.

Angelina Taylor : Pour moi en ayant survécu à ces agressions sexuelles quand je regarde ma fille, je me revois et je veux que les gens la regardent, regardent son petit visage, et se disent: « Comment peut-on l'agresser ? » et puis comment peut-on étouffer ça sachant que cette enfant ou celui-là a été blessé dans sa chair, et tout ce qu'on nous répond c'est « Vous n'allez pas à la police, on va cacher tout ça » et on dit à ce superbe enfant « il ne te reste qu'à oublier tout ça »

Voix off : Ce que Bill Bowen va annoncer ce jour-là vient contredire tous les propos rassurants de la Watchtower.

Bill : Il y a un mois, on nous a informé que des règlements à l'amiable avaient été signés dans 40 procès d'agressions sexuelles mettant en cause les Témoins de Jéhovah. 16 victimes ont été indemnisées pour un montant sans précédent mais l'accord prévoyait qu'elles ne pourraient plus jamais parler de leur agression.

Voix off : Ces arrangements de justice les voilà, 16 cas de plaintes et 16 arrangements à coup de dollars comme le permet la loi américaine avec en contrepartie l'abandon des poursuites et le silence des plaignants.

Bill : Pourquoi ils ont payés ? Ils ne voulaient pas aller aux assises. A l'automne dernier, une décision de justice leur avait ordonné d'ouvrir leurs fichiers contenant des milliers de noms de pédophiles dans les congrégations qui n'avaient jamais été dénoncés, alors ils ont négocié, ils ont payé les victimes et les ont réduites au silence. C'est un aveu irréfutable que leur politique met les enfants en danger.

Voix off : Et Bill Bowen joint le geste à la parole. Sur toutes les Salles du Royaume de la région, il va placarder ces décisions de justice. Il dépose aussi un agneau pour donner une voix aux victimes mais soudain un responsable des Témoins de Jéhovah arrive et la présence de notre caméra ne lui plaît vraiment pas.

TJ de la sécurité : Qui vous a appelé ?

Bill : Ils me suivent. Nous représentons une association.

Journaliste : Est-ce qu'on pourrait avoir un commentaire de votre part ?

TJ : Non, je veux que vous éteignez votre caméra.

Journaliste : Est-ce qu'on pourrait avoir un commentaire ?

TJ : Non, vous, vous m’arrêtez cette caméra.

Voix off : Bill Bowen encourage les victimes à réclamer des dédommagements.

Bill : C'est en quelque sorte une campagne de cicatrisation pour les victimes, pour qu'elles sachent que maintenant, cette église doit les indemniser si elles ont été agressées et c'est un signal aussi pour l'église: « Si vous ne changez pas de politique alors cela va vous mener à la faillite ».

Voix off : En France, à Lille, Alain Berrou a franchi le pas, lui l'ancien responsable souhaite désormais que les enfants soient mieux informés des dérives sectaires. Il milite maintenant dans cette association pour les droits de l'individu.

Alain : Il y a quelques années, je n'aurais jamais imaginé être présent dans une association qui fait de l'information sur les dérives sectaires, parce qu'à l'époque je concevais ce type d'associations comme étant le diable, et comme étant mal intentionnées, donc j'aurais jamais imaginé çà, non...


(Fin du reportage)


Journaliste : Alors voilà, nous avons reçu un nouveau courrier des Témoins de Jéhovah ce matin, les témoins qui disent « qu'ils ne se substituent jamais à la justice des tribunaux, pas plus qu'ils ne dissimulent les actes pénalement condamnables ». On aurait préféré qu'ils nous le disent devant la caméra.

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