Serment d'allégeance

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La question du serment d'allégeance constitue un domaine dans lequel les règles de la Société Watch Tower ont varié de façon inconstante en fonction des situations. En effet, tandis que la politique inflexible de refus de ce serment — considéré comme un acte d'idolâtrie incompatible avec la neutralité chrétienne — a eu pour conséquences de terribles souffrances dans de nombreux cas de fidèles, des accommodements ont été prévus dans des situations qui concernaient principalement les présidents de l'organisation, ce qui permettait à ces derniers d'éviter des difficultés — difficultés souvent beaucoup moins dramatiques. Dès lors, ce sujet constitue fréquemment un sujet de controverse, l'attitude de la Watch Tower constituant un compromis.

Présentation et répercussions

L'Âge d'Or, 20 novembre 1935, rapportant le licenciement de John Priester pour avoir refusé de prêter le serment d'allégeance

Le serment d'allégeance à la Constitution des États-Unis, qui équivalait ni plus ni moins à une allégeance envers le gouvernement comme cela fut démontré dans plusieurs cas juridiques, déclarait ceci:[1] "Je jure solennellement (ou affirme) solennellement que je soutiendrai et défendrai la Constitution des États-Unis contre tous les ennemis, étrangers et nationaux; que je lui porterai vraie foi et allégeance; et que je prends cette obligation librement, sans aucune réserve mentale, ou un but d'évasion; que Dieu m'y aide".

Dès les années 1930, à mesure que l'organisation se rigidifiait sous la présidence de Joseph Rutherford, les Témoins de Jéhovah refusèrent de prêter le serment d'allégeance au gouvernement, et cette position fut régulièrement renouvelée sous la présidence des dirigeants ultérieurs. Historiquement, cette ligne de conduite eut des conséquences très douloureuses pour les fidèles de base, et ceci bien que les tribunaux américains aient souvent secourus les adeptes dans ce genre de situation. Régulièrement, les publications ont fait l'éloge de Témoins de Jéhovah ayant préféré enduré de terribles persécutions, tels que le pillage de leurs biens, le licenciement, le renvoi de l'école ou les maltraitances physiques (par exemple, dans les années 1930 et 40 aux États-Unis, ou dans les années 1960 et 70 au Malawi), et cela parce qu'ils avaient refusé d'accorder à l'État une quelconque forme d'allégeance, ce que la Société percevait comme étant un acte d'idolâtrie.[2] Par exemple, les publications jéhovistes tout comme la presse rapportèrent notamment le cas des fidèles américains John Priester (Géorgie, années 1930) et Zari Wigfall (Californie, années 2000) qui perdirent leur travail pour avoir refusé le serment d'allégeance, et ceci même si cela compromettait leurs moyens de survie.[3]

Sous l'Allemagne nazie, les Témoins ne prêtèrent pas le serment d'allégeance à Hitler, au prix de grandes souffrances.

De ce fait, le livre jéhoviste Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, à la page 197, fit le bilan suivant:

"Bien qu'ils aient adopté une attitude respectueuse durant les cérémonies du salut au drapeau ou d’autres manifestations du même genre, en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Afrique et en Asie, les Témoins de Jéhovah ont été cruellement persécutés parce qu’ils n’y participaient pas. Des enfants ont été battus; beaucoup ont été expulsés de leur école. De nombreux procès ont eu lieu."

Raisons du refus

Les publications de la Société Watch Tower continuent à mettre en garde contre le serment d'allégeance, car le chrétien ne doit pas donner son allégeance à un quelconque gouvernement, adhérant strictement au Royaume de Dieu. Sinon, cela est considéré comme un acte équivalant à recevoir la marque de la Bête mentionnée dans le livre de l'Apocalypse.

  • La Tour de Garde (anglais), 1er février 1968, p.73:
"Oui, Jésus a prêché et a donné son allégeance au "royaume des cieux", "le royaume de Dieu". Suivant les traces de Jésus en tant que chrétiens sincèrement dédiés, les témoins de Jéhovah n'ont pas d'autre alternative que de se tenir séparés, "sans tache du côté du monde". Comme ils ne peuvent donner leur allégeance qu'à Jéhovah Dieu et à son royaume, ils se sentent obligés de s'abstenir de participer à toute action qui donne une telle dévotion pour les dirigeants politiques."
  • La Tour de Garde, 15 mai 1980, p. 30, "Regard sur l'actualité":
"Le Herald-News de Joliet, dans l'Illinois, cite ces propos tenus par un habitant qui appartient à un groupement touché par cette loi: "Les Témoins de Jéhovah, dans notre pays comme dans tous les autres, adoptent toujours une attitude neutre vis-à-vis du gouvernement. Non pas que nous ne respections pas notre pays, mais vous ne verrez jamais un Témoin de Jéhovah prêter serment d’allégeance à quelque nation que ce soit"."

Les serments ont également été présentés comme émanant du Diable et comme étant une expression religieuse, donc incompatibles avec le caractère exclusif du mouvement de la Watch Tower et comparables à de l'idolâtrie.

  • L'Âge d'Or (anglais), 31 août 1932, p. 745:
"...les serments d'allégeance sont des religions".
  • La Tour de Garde (anglais), 15 juin 1939, p. 185:
"Poursuivant ses projets trompeurs afin d'atteindre les gens là où les démocraties sont supposés exister, le Diable fait naître d'autres régimes idolâtres plaçant l'État au-dessus de Dieu, et pousse au salut du drapeau obligatoire, aux serments d'allégeance à adopter par ceux qui sont les citoyens de naissance de l'État (...)."
  • Le Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1962, p. 700:
""Les chrétiens, cependant, forts dans leur foi, ne prendraient pas ce serment de loyauté. Et parce qu'ils n'ont pas prêté serment d'allégeance à ce que nous considérons aujourd'hui comme analogue au drapeau, ils étaient considérés comme politiquement dangereux." (...) Pourtant, les emblèmes nationaux supportent de telles ressemblances, et sont considérés comme sacrés, ce qui signifie que les saluer prend une signification religieuse."
  • La Tour de Garde, 1er décembre 1975, p. 721, § 20, "Ne vous laissez pas détourner de la course pour la vie":
"Quelle était l'attitude des premiers chrétiens? Daniel Mannix écrivit dans son livre (Those About to Die): "Les chrétiens refusaient de (...) sacrifier au génie de l’empereur — ce qui aujourd’hui équivaut approximativement au refus de saluer le drapeau ou de répéter le serment d'obéissance"."
  • La Tour de Garde, 1er mai 2003, p. 9, § 5, "Soyez courageux et forts!":
"Le courage des enfants est éprouvé lorsqu'on leur demande à l'école de réciter un serment d’allégeance à leur pays ou au drapeau de ce dernier. Un tel serment étant ni plus ni moins une déclaration de foi, les jeunes chrétiens sont fermement résolus à agir avec hardiesse d'une manière qui plaît à Dieu."

Compromis

Serment d'allégeance du passeport du 1er avril 1922 de Rutherford, avec sa signature
Serment d'allégeance du passeport de 1966 de Knorr, avec sa signature

Alors que les Témoins du monde entier ont souffert de cette interprétation de la Watch Tower relative à la neutralité, on peut remarquer que cette même organisation a décrété quelque chose de différent dans les situations qui affectaient personnellement les plus hauts dirigeants du mouvement. En effet, le fait d'acquérir la citoyenneté ou de demander un passeport — ce qui nécessitait de prêter le serment d'allégeance — fut présenté dans les publications comme quelque chose de tout à fait acceptable. Or, avant les années 1970, les citoyens américains demandant des passeports devaient effectuer le serment d'allégeance.

  • Informant (anglais), juillet 1938, p. 4:
"Nous ne voyons aucune raison pour laquelle quelqu'un désirant acquérir la nationalité dans ce pays ne devrait pas prêter le serment d'allégeance."
  • La Tour de Garde (anglais), 15 septembre 1964, p. 551:
"Parce que les chrétiens peuvent être loyaux à la fois à Dieu et aux gouvernements terrestres, ils peuvent prêter des serments d'allégeance pour défendre la Constitution, comme cela est requis des citoyens dans certains pays afin d'obtenir un passeport."

De ce fait, les présidents successifs de la Société, qu'il s'agisse de Charles Taze Russell, de Joseph Rutherford, de Nathan Knorr, de Frederick Franz ou de Milton Henschel, ont signé sur leur passeport leur allégeance à la Constitution des États-Unis et donc au Gouvernement américain, alors qu'ils n'étaient pas du tout sous la torture, mais simplement parce que ce serment leur permettait de voyager sans difficulté. Ce fut aussi le cas d'autres officiels de l'organisation, par exemple Ernest Henninges qui signa ce serment le 21 mars 1903.[4]

Ainsi, dans ces cas précisément, la Watch Tower créa une dérogation, sans doute afin d'éviter les désagréments que cela aurait pu causer aux dirigeants, et de leur permettre des facilités, notamment dans le but de voyager et ainsi de faire avancer les intérêts du mouvement. Il est regrettable que la Watch Tower n'ait pas raisonné de la même manière pour les adeptes de base qui durent supporter des persécutions allant parfois jusqu'à la mort.

Donc, il faut en conclure:

  • 1/ Que les adeptes de base ont été et continuent d'être plus fidèles que ceux qui sont à la tête et qui pourtant revendiquent l'espérance céleste;
  • 2/ Que le mouvement considère comme de peu d'importance la vie de ses fidèles, pourvu qu'il ne s'agisse pas des dirigeants qui, eux, bénéficient de dérogations, et cela même quand leur vie n'est pas en danger.

Voir aussi

Ressources sur le sujet

Références

  1. Arrowup.png Original en anglais: "I do solemnly swear (or affirm) that I will support and defend the Constitution of the United States against all enemies, foreign and domestic; that I will bear true faith and allegiance to the same; and that I take this obligation freely, without any mental reservation, or purpose of evasion; So help me God."
  2. Arrowup.png Shilmer, 2008, p. 1
  3. Arrowup.png L'Âge d'Or (anglais), 20 novembre 1935, p. 114; The Los Angeles Times, 2008, cités par Shilmer, 2008, p. 3
  4. Arrowup.png Passport Applications, 1795-1905 (anglais), The National Archives, NARA, M1372, Record Group: 59, National Archives Catalog ID: 566612