End of nazism-Its fall is certain (1940)
Autres actions
La brochure End of nazism — Its fall is certain[1] articule sa démonstration autour d'une thèse centrale : la montée des dictatures en Europe, et plus particulièrement le régime nazi, s'expliquerait non par des causes politiques ou économiques, mais par l'alliance séculaire entre la religion — identifiée comme une institution diabolique — et le pouvoir totalitaire. La chute du nazisme y est annoncée comme inéluctable, non par l'action des démocraties, mais par l'intervention divine.
La distinction que l'auteur établit entre « religion » et « christianisme » constitue l'axe théologique porteur de l'argumentation : la première est présentée comme l'instrument de Satan depuis l'Éden, le second comme la soumission fidèle à la seule volonté de Jéhovah. C'est sur ce cadre interprétatif que repose l'accusation portée contre la hiérarchie catholique, désignée comme complice active des régimes totalitaires européens et notamment d'Hitler.
Analyse
Croyances
La religion comme antonyme du christianisme
Le socle doctrinal de la brochure tient dans une redéfinition lexicale : la « religion » y désigne tout acte contraire à la volonté du Dieu Tout-Puissant, et le « christianisme » l'accomplissement joyeux de cette volonté.[2] Cette opposition n'est pas un procédé rhétorique isolé mais un axe identitaire fixé quelques années plus tôt par Rutherford, qui l'exposa publiquement à Glasgow en 1936 puis à Londres en 1938, et lui consacra en 1937 un ouvrage entier intitulé Religion.[3] La formulation de 1940 ne fait donc qu'appliquer à l'actualité un vocabulaire déjà stabilisé, dont la conséquence pratique est de rendre impossible toute revendication d'appartenance religieuse par les Témoins eux-mêmes : se dire « religieux » reviendrait, dans ce système, à avouer sa soumission à Satan.
Ce vocabulaire suppose une étiologie : la religion est présentée comme introduite parmi les hommes par Satan lui-même, dès la parole adressée à Ève en Éden.[4] L'identification du culte religieux au démonisme s'appuie sur deux appuis scripturaires convergents. Le premier, 1 Corinthiens 10:19-21, énonce que les sacrifices des nations sont offerts aux démons et non à Dieu, l'idole n'étant en elle-même qu'un objet inerte derrière lequel se tiendrait une réalité spirituelle ; la coupe du Seigneur et la coupe des démons y sont déclarées mutuellement exclusives.[5] Le second appui est philologique et mérite l'attention : le recours à Actes 17:22 dans la traduction Emphatic Diaglott n'est pas neutre, puisque cette version de 1864 rend l'adresse de Paul aux Athéniens par « adorateurs de démons »[note 1] là où la King James portait « trop superstitieux ».[6] Le terme grec deisidaimonesteros admet en effet les deux acceptions, favorable (« révérant les dieux ») ou défavorable (« superstitieux »), et Darby comme Rotherham ont retenu un rendu démonologique voisin.[7] La démonstration repose donc sur un choix de traduction parmi plusieurs possibles, présenté comme le sens obvie du texte.
De cette étiologie découle une démonologie opérante : les organisations religieuses et politiques ne sont pas seulement égarées, elles sont dirigées par les démons, et les chefs religieux se voient attribuer une filiation diabolique explicite par la citation de Jean 8:40-44.[8] Le monde entier étant placé sous l'emprise du Malin selon 1 Jean 5:19, aucune institution humaine n'échappe par principe à ce diagnostic.[9]
Reste à fournir le critère permettant de distinguer les deux pôles sous leurs apparences communes, puisque la « religion chrétienne » se réclame précisément du Christ. Ce critère est herméneutique : la Parole écrite contre la tradition humaine. L'appui principal, Matthieu 15:3-9, vise le mécanisme du korban, par lequel un bien déclaré offrande consacrée dispensait du devoir d'entretenir ses parents — Jésus y retourne contre les pharisiens l'accusation de transgression, la tradition orale des anciens ayant acquis à leurs yeux une sacralité supérieure au commandement.[10] Le second appui, Galates 1:11-16, mobilise Paul persécuteur zélé des traditions paternelles ; l'argument paulinien original visait à établir que son évangile lui venait par révélation et non par son éducation religieuse.[11] Transposé en 1940, ce critère sert à disqualifier l'ensemble d'une confession : la doctrine du Purgatoire, dont le cardinal Gibbons est cité reconnaissant qu'elle repose sur la voix unanime des Pères, est traitée comme l'aveu que le catholicisme se fonde sur la tradition et non sur l'Écriture.[12] Le rejet du purgatoire n'est pas nouveau — une brochure lui avait été consacrée dès 1931 —, mais son usage ici comme pièce à conviction judiciaire plutôt que comme simple réfutation doctrinale marque un déplacement de fonction.
L'histoire relue comme chronique des désastres de la religion
La dichotomie initiale est ensuite projetée sur l'ensemble du récit biblique, chaque catastrophe y étant imputée à la religion : chute d'Adam et Ève, destruction des antédiluviens, Nemrod fondateur de Babylone, apostasie d'Israël.[13] Deux pièces de ce dossier méritent d'être situées. Les sacrifices d'enfants de Psaumes 106:36-38 sont exploités parce qu'ils relient explicitement idolâtrie et démons, le texte nommant les démons comme destinataires des fils et des filles immolés ; l'exégèse classique rapproche d'ailleurs ce passage de l'affirmation paulinienne selon laquelle sacrifier aux idoles revient à sacrifier aux démons, ce qui donne à l'enchaînement argumentatif de la brochure une cohérence scripturaire réelle.[14] La seconde pièce, Ézéchiel 21:25-27, est utilisée pour dater le renversement du trône davidique en attente de « celui dont c'est le droit ».[15] L'oracle vise nommément Sédécias, « prince profane et méchant d'Israël », qualifié ainsi pour avoir rompu son serment envers le roi de Babylone, et ordonne d'ôter la tiare et la couronne jusqu'à cette venue.[16] Ce verset est le pivot du calcul chronologique propre au mouvement, qui fait courir de la déposition de Sédécias un intervalle de 2 520 ans aboutissant à octobre 1914 — chronologie que la brochure suppose acquise sans la réexposer.
L'ère post-apostolique subit le même traitement : Satan aurait progressivement substitué la religion au christianisme dans l'organisation chrétienne, avant que celle-ci ne se qualifie abusivement de « chrétienne ».[17] L'identification de la papauté à l'apostolat dévoyé prolonge ce que Enemies avait posé en 1937 en assimilant Babylone la Grande à l'Église catholique. Le verdict historique est enfin converti en sanction à venir par Psaumes 9:17, appliqué à la chrétienté : le verset, qui distingue explicitement « toutes les nations qui oublient Dieu » des autres, permet de transformer un constat de dérive doctrinale en responsabilité collective sanctionnable.[18]
Identité, ancienneté revendiquée et christologie fonctionnelle
À l'accusation de nouveauté sectaire, la brochure oppose une généalogie remontant à Abel au moyen de la liste des fidèles d'Hébreux 11, les témoins de Jéhovah n'étant pas présentés comme une secte récente mais comme une lignée continue de serviteurs.[19] Cet argument d'ancienneté est indexé sur une finalité : la sanctification du nom divin, pour laquelle Israël fut choisi comme « peuple à son nom » selon Actes 15:14 et dont Psaumes 83:18 fournit la référence identitaire.[20] La vindication du nom de Jéhovah était devenue doctrine primaire du mouvement depuis 1929, et l'adoption du nom « témoins de Jéhovah » remontait au congrès de Columbus du 26 juillet 1931 ; l'appel à Hébreux 11 sert précisément à neutraliser l'objection que cette désignation est récente en distinguant la fonction, immémoriale, du label, tardif.
La christologie de la brochure obéit à la même logique fonctionnelle. Le « Christ » y est défini comme l'officiel oint et mandaté de Jéhovah, Chef du corps des chrétiens selon Éphésiens 1:22-23, et principal témoin de Jéhovah.[21] Jésus est donc caractérisé par son mandat et non par sa nature — l'accent porte sur l'autorité déléguée et la soumission, la citation de Psaumes 40:8 établissant son plaisir à faire la volonté divine.[22] Le passage d'Éphésiens souligne effectivement la subjugation de toutes choses sous ses pieds, c'est-à-dire une souveraineté reçue.[23] Ce choix d'un Christ défini par sa fonction s'accorde avec l'antitrinitarisme du mouvement, qui tient Jésus pour la première créature de Dieu, mais il remplit ici une fonction argumentative supplémentaire : faire du Christ un subordonné obéissant fournit le modèle exact de l'obéissance exigée des chrétiens face aux dictateurs.
1940 comme accomplissement prophétique et le salut au drapeau
La grille doctrinale est ensuite appliquée à l'actualité immédiate : guerres, dictatures et disparition des gouvernements constitutionnels sont lues comme la réalisation de prophéties anciennes, Proverbes 29:2 fournissant la clé de lecture politique — le deuil universel des peuples attestant que les méchants gouvernent.[24] L'exégèse classique de ce verset y voit le contraste entre le bien public dont se réjouit le peuple sous un gouvernement juste et le gémissement sous la tyrannie, mais aussi sous les jugements divins redoutés.[25] La brochure retient les deux versants et en fait un instrument de diagnostic politique universel.
Le point de friction concret est le salut au drapeau, requalifié en cérémonie religieuse idolâtre violant l'alliance avec Dieu, la Hiérarchie catholique étant désignée comme instigatrice de son caractère obligatoire tant en Allemagne qu'en Amérique.[26] Ce refus, énoncé par Rutherford le 3 juin 1935 sur la base de Exode 20:4-6, trouve ici son appui complémentaire dans Matthieu 10:28, dont la logique est que le pouvoir des hommes s'arrête au corps tandis que Dieu peut détruire l'âme et le corps.[27][28] La lecture de l'arrêt Minersville School District v. Gobitis, rendu le 3 juin 1940 par huit voix contre une, est notable par sa restriction : la portée de la décision est explicitement limitée au droit des conseils scolaires d'imposer une règle aux enfants, à l'exclusion de toute obligation pesant sur les adultes.[29] Cette lecture minimaliste, articulée aux violences collectives qui suivirent l'arrêt — environ 1 500 cas de violences de foule contre des Témoins recensés aux États-Unis entre 1933 et 1951 —, sert à qualifier ces agressions d'illégales et non de simple application d'une décision judiciaire.
La persécution qui s'ensuit est enfin convertie en preuve : la haine de toutes les nations annoncée en Matthieu 24:9 est déclarée en cours d'accomplissement au moment même de la rédaction.[30] Le dispositif rejoint ici celui qu'établit au même moment La Tour de Garde du 15 novembre 1940, où la répression valide l'activité qui l'a provoquée — voir pour le détail de cette application. Il en résulte une argumentation imperméable à la réfutation : aucune hostilité rencontrée ne peut valoir comme indice d'erreur, puisque toute hostilité confirme le message. Bryan Wilson a décrit ce mécanisme comme caractéristique des sectes de rejet du monde, où la stigmatisation subie fonctionne comme ressource identitaire ; Max Weber avait déjà analysé sous le nom de théodicée du désavantage la conversion religieuse de la souffrance en signe d'élection.
Harmaguédon imminent et les deux classes de survivants
La démonstration culmine dans l'annonce de la destruction imminente des nations méchantes, Jéhovah devant les briser comme un vase de potier selon Psaumes 2:9 et Sophonie 3:8, à une bataille décrite comme très proche.[31] C'est cette certitude eschatologique, et non une analyse militaire, qui fonde le titre même de la brochure : la chute du nazisme est « certaine » parce que décrétée d'avance. La proximité annoncée n'est pas une formule vague — en septembre 1940, Harmaguédon était présenté comme « juste devant » dans les publications du mouvement. L'appui sur Matthieu 24:21-22 introduit une nuance importante : les jours de la grande tribulation seront abrégés à cause des élus, faute de quoi aucune chair ne serait sauvée, ce qui articule destruction universelle et survie d'un groupe déterminé.[32][33]
L'unique remède opposé à toute solution politique ou réformatrice est le Royaume théocratique, présenté comme déjà établi et régnant, avec Psaumes 96:9-13 pour appui.[34] Le choix de ce psaume est cohérent : le verset 10 enjoint de dire parmi les nations « Jéhovah règne », c'est-à-dire, selon l'exégèse classique, que Dieu a désormais fixé son trône et établi son royaume dans le monde.[35] La prière du Notre Père pour la venue du Royaume (Matthieu 6:9-10) est mobilisée non comme attente mais comme motif de l'hostilité subie.[36]
Le dénouement répartit enfin les survivants. L'appel final vise la « grande multitude » d'Apocalypse 7:9-17, promise à une vie terrestre éternelle après Harmaguédon, et la séparation opérée selon Matthieu 25:34.[37] Le texte d'Apocalypse 7 précise que ces personnes « viennent de la grande tribulation », ce qui permet de les rattacher directement à la tribulation annoncée quelques pages plus haut.[38] Cette classe terrestre distincte des 144 000 résulte de la redéfinition opérée à l'assemblée de Washington du 3 juin 1935, qui relocalisa sur une terre paradisiaque un groupe auparavant compris comme céleste de second rang ; sur ce point, voir . La brochure ne défend pas cette bipartition, elle la suppose acquise et s'en sert comme argument de recrutement : elle assigne au lecteur de 1940 une place concrète dans le dénouement annoncé.
La distinction entre le système et les personnes piégées
Une clause vient tempérer la virulence de l'ensemble en dissociant l'institution des individus : Juifs, catholiques et protestants sont décrits comme involontairement piégés par la religion, et les vrais chrétiens sont déclarés sans litige avec quiconque en raison de ses croyances.[39] Cette distinction n'est pas une concession accessoire mais la condition de possibilité de l'activité de prédication : sans elle, la condamnation absolue des systèmes religieux ne laisserait aucun public à convertir. Elle prolonge la catégorie des « gens de bonne volonté » élaborée à partir de 1932 autour de la figure de Jonadab, destinée à intégrer un auditoire sans espérance céleste. L'effet combiné est caractéristique : condamnation sans nuance des institutions, ouverture large aux personnes, ce que la sociologie des mouvements religieux décrit comme une maintenance de frontière tolérant une porosité contrôlée vers l'extérieur — modèle analysé notamment par James Beckford à propos de ce mouvement précis.
- ↑ Original : « WORSHIPPERS OF DEMONS ».
Organisation et histoire
La Hiérarchie catholique désignée comme puissance politique mondiale
L'envoi par le président des États-Unis d'un ambassadeur personnel auprès du Vatican est mobilisé dès les premières pages comme illustration de la tendance contemporaine à associer religion et gouvernement.[40] Ce fait diplomatique — la désignation de Myron Taylor comme représentant personnel de Franklin Roosevelt auprès de Pie XII, annoncée en décembre 1939 — constitue le point d'ancrage vérifiable à partir duquel se déploie une lecture beaucoup plus vaste. Le procédé est caractéristique : un événement public et daté, que n'importe quel lecteur peut vérifier dans la presse, sert de caution factuelle à une thèse qui excède largement sa portée.
Cette thèse consiste à traiter l'Église catholique non comme une confession parmi d'autres, mais comme une organisation politique dotée d'un centre de commandement. Le vocabulaire employé est révélateur : l'institution est constamment désignée par l'expression « Hiérarchie de l'Autorité », dont le siège est situé au Vatican, à Rome.[41] L'appellation évacue la dimension confessionnelle au profit de la seule structure de pouvoir. Elle permet également de dissocier l'institution de ses fidèles : les catholiques ordinaires sont explicitement décrits comme involontairement piégés, et il est affirmé que les vrais chrétiens n'ont aucun litige avec quiconque en raison de ses croyances religieuses.[42] L'accusation vise donc un appareil, jamais une population — distinction rhétorique qui autorise une virulence extrême tout en se réclamant de l'absence d'hostilité envers les personnes.
De ce socle découle l'accusation qui donne son titre à la brochure. La « Hiérarchie de l'Autorité » est présentée comme ayant toujours favorisé l'État totalitaire ou corporatiste, et comme agissant depuis la Première Guerre mondiale en pleine harmonie avec Staline, Hitler et Mussolini ; le chef de l'organisation religieuse est désigné comme le conseiller et allié étroit d'Hitler.[43] Cette coalition, nommée « Romano-Hiérarchico-Nazi-Fasciste », est étendue à Franco et à la France de Vichy, tous présentés comme ayant soumis leur État à l'Église catholique.[44] Le nazisme n'est ainsi plus un phénomène politique allemand autonome : il devient l'instrument d'un projet romain visant à rétablir le « Saint-Empire romain » et à abolir le traité de Westphalie de 1648.[45] La réduction de la configuration géopolitique de 1940 à un acteur causal unique relève d'une opération classique de désignation de l'ennemi dans les mouvements millénaristes, où la complexité de l'histoire est ramenée à l'action d'une volonté malveillante identifiable. Cette identification confirme et durcit une ligne déjà en place la même année : l'interdiction canadienne frappant le mouvement est imputée exclusivement à la Hiérarchie catholique dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940.
L'appareil probatoire : anticléricalisme emprunté et prophétie accomplie
La thèse du complot romain ne s'appuie pas sur les seules publications de la Société. Elle recourt massivement à des témoignages d'anciens prêtres catholiques et à leur presse : le Docteur Barrett, présenté comme ancien prêtre actif et auteur de Rome Stoops to Conquer, est cité sur la « conquête de l'Amérique » comme objectif suprême de Pie XI ; le prêtre O'Brien est cité d'après L'Aurora ; le magazine The Converted Catholic, publié par d'anciens prêtres, fournit un éditorial de juin 1940 selon lequel les ambitions d'Hitler « furent planifiées et désirées bien avant qu'Hitler ou aucun de ses partenaires de l'Axe n'apparaisse sur la scène ».[46] Cette stratégie documentaire mérite d'être relevée : le mouvement, qui refuse toute alliance avec les confessions existantes, emprunte ici l'intégralité de son appareil de preuves à un courant anticlérical nord-américain qui lui est extérieur et dont les motivations — la défense de la Réforme, la crainte d'une emprise romaine sur les institutions américaines — ne sont pas les siennes. La caution recherchée est celle du transfuge : l'ancien initié qui révèle de l'intérieur ce que l'observateur extérieur ne pourrait établir.
À cet appareil s'ajoute une actualité judiciaire contemporaine. Le complot fasciste canadien mené par Adrien Arcand, dont les auteurs auraient projeté de s'emparer du gouvernement en 1940 avant d'être arrêtés, est mobilisé avec reproduction de documents saisis, dont une communication du « Comité d'Action Universelle » de Rome qualifiant l'action d'Arcand de « travail fasciste de nature purement mussolinienne, c'est-à-dire ROMAIN ET CATHOLIQUE ».[47] Le choix du Canada n'est pas neutre au moment de la rédaction : l'organisation y est elle-même frappée d'interdiction depuis juillet 1940, fait que la même année La Tour de Garde du 15 novembre 1940 impute directement à l'action de la Hiérarchie. Documenter un complot fasciste canadien téléguidé depuis Rome revient donc à retourner l'accusation contre l'autorité qui vient de proscrire le mouvement, en suggérant que la véritable cinquième colonne au Canada n'est pas celle qu'on a interdite.
La démonstration se complète enfin par une légitimation interne. La brochure revendique que les nations européennes avaient été averties plus de trois ans auparavant du désastre qui les frapperait[48], et rappelle un discours public prononcé à Londres annonçant que la combine totalitaire-religieuse envahirait l'Europe et priverait les peuples de leurs libertés — ce qui serait désormais accompli.[49] L'économie probatoire du texte repose ainsi sur deux régimes de preuve qui se relaient : quand la caution extérieure manque, la prédiction antérieure prend le relais, et réciproquement.
La répression convertie en confirmation de la thèse
Les violences subies par le mouvement sur deux continents ne sont pas présentées comme des accidents mais comme les manifestations d'une même main. En Allemagne, le salut obligatoire au drapeau et le salut hitlérien sont décrits comme ayant été introduits par des hommes de religion, la Hiérarchie catholique étant désignée comme la véritable instigatrice du salut obligatoire ; des milliers de chrétiens auraient été incarcérés et beaucoup tués pour avoir refusé de s'y plier.[50] Aux États-Unis, l'American Legion est désignée comme le relais local : son commandant national est présenté comme catholique romain et Chevalier de Colomb, l'ancien commandant Owsley est cité affirmant que « les fascistes sont à l'Italie ce que la Légion américaine est aux États-Unis », et le commandant Kelly est cité pour son appel du 10 juin 1940 à l'éradication immédiate des « saboteurs » par les autorités fédérales, étatiques et locales.[51]
Le refus du salut au drapeau articule les deux terrains. La question fait l'objet d'un commentaire juridique explicite et techniquement précis : la décision rendue par la Cour suprême dans l'affaire Gobitis n'aurait statué que sur le droit des conseils scolaires à imposer des règles aux enfants, sans se prononcer sur les adultes, et aucune loi américaine n'imposerait à ceux-ci de saluer le drapeau.[52] Cette lecture restrictive de l'arrêt du 3 juin 1940, rendu par huit voix contre une, vise à circonscrire la portée d'une défaite judiciaire et à contester la légitimité des pressions exercées sur les adultes — lecture cohérente avec le traitement de la même décision dans La Tour de Garde du 1er novembre 1940 et La Tour de Garde du 15 décembre 1940. Le procédé argumentatif est remarquable par sa circularité : la persécution qui suit l'arrêt vient prouver la vérité de l'accusation portée contre la Hiérarchie, laquelle explique à son tour la persécution. La thèse devient de ce fait infalsifiable, aucune réaction hostile ne pouvant valoir comme indice d'une erreur — mécanisme que La Tour de Garde du 1er décembre 1940 met en œuvre au même moment en convertissant l'hostilité en confirmation de Matthieu 24:9. La sociologie des mouvements de rejet du monde a analysé cette fonction légitimante du stigmate : Bryan Wilson a montré que, dans les sectes de ce type, l'hostilité extérieure fonctionne moins comme une menace que comme une confirmation de l'élection, tandis que Laurence Iannaccone a mis en évidence le rôle sélectif du coût imposé aux membres.[53]
L'énumération circonstanciée des violences — arrestations collectives au Texas où jusqu'à cent personnes auraient été enfermées dans une même prison sans nourriture ni repos, incidents en Floride, dans le Maine et en Alabama, et à Richwood en Virginie-Occidentale où neuf personnes auraient été attachées ensemble et contraintes d'ingérer de l'huile de ricin[54] — constitue par ailleurs un acte de documentation contemporaine par l'organisation de sa propre répression, dont la valeur de source historique est réelle indépendamment du cadre interprétatif qui l'enveloppe.
Le refus de la catégorie religieuse comme repositionnement institutionnel
Une opération identitaire d'une autre nature traverse l'ensemble du texte : l'opposition construite entre « religion » et « christianisme », définis comme diamétralement opposés, la première étant le fait d'accomplir quoi que ce soit de contraire à la volonté de Dieu, le second l'accomplissement joyeux de cette volonté.[55] Cette redéfinition n'est pas une simple querelle de vocabulaire. Elle met le mouvement hors du champ même où opère l'adversaire dénoncé : si la religion est par définition l'œuvre de Satan, le mouvement qui s'en réclame comme « christianisme » échappe par construction à toute comparaison avec les institutions qu'il attaque.
Le corollaire institutionnel est explicite : les témoins de Jéhovah ne sont pas présentés comme une secte religieuse récente mais comme une lignée de serviteurs remontant à Abel, en référence à Hébreux 11.[56] Le refus de l'étiquette de secte et la revendication d'une antiquité absolue répondent à la même logique : soustraire le mouvement à la catégorie sociologique et juridique dans laquelle ses adversaires le rangent. Cette opération, qui n'a pas seulement une portée rhétorique, a des conséquences directes sur les stratégies juridiques — un mouvement qui n'est pas une « religion » peut revendiquer des protections constitutionnelles différentes — et sur l'identité des membres, invités à se penser non comme les fidèles d'une confession mais comme les continuateurs d'une lignée ininterrompue.
Une hiérarchie des États indexée sur le traitement du mouvement
La neutralité politique revendiquée par le mouvement s'accommode en 1940 de jugements différenciés très explicites sur les régimes. L'Angleterre est seule décrite comme tenant ferme contre la coalition religieuse et totalitaire, et la bonté dont elle aurait fait preuve envers les chrétiens consciencieux est présentée comme une raison d'espérer une faveur divine particulière dans sa détresse.[57] Le critère du jugement est ici parfaitement transparent : c'est le traitement réservé aux Témoins qui détermine la position de l'État dans une échelle de faveur ou de malédiction divines. Le même jugement figure dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940, où l'Angleterre est présentée comme seul État continuant de montrer de la faveur au mouvement à un moment où l'Europe entière et le Canada le proscrivent.
Symétriquement, la politique intérieure américaine fait l'objet d'une prise de position tranchée. Face aux politiciens réclamant « plus de religion et un troisième mandat, sinon nous périrons », l'hypothèse est formulée que si les politiciens de la Hiérarchie échouaient à imposer ce troisième mandat, le candidat au pouvoir pourrait saisir le gouvernement par la force avec l'appui de la Légion américaine, des Chevaliers de Colomb armés et de la Hiérarchie.[58] L'intervention est datable avec précision : la brochure paraît dans les semaines qui précèdent l'élection présidentielle de novembre 1940, où Roosevelt brigue effectivement un troisième mandat sans précédent dans l'histoire américaine. Un mouvement qui interdit à ses membres le vote et l'engagement partisan formule ainsi, sur une échéance électorale imminente, un pronostic de coup d'État — ce qui situe les limites concrètes que la doctrine de neutralité connaissait alors en pratique.
Contenu
La fin du nazisme
Le monde est présenté comme plongé dans une crise profonde : les gouvernements constitutionnels disparaissent rapidement, remplacés par des dictateurs durs et méprisants. Des millions de personnes chercheraient un refuge face à une détresse mondiale sans précédent.[59] La question brûlante qui traverse toute la brochure est celle du remède à ces conditions terribles. Des hommes politiques et commerciaux de haut rang préconisent « plus de religion » comme remède universel, une position que l'auteur entend soumettre à l'examen des faits. L'envoi par le président des États-Unis d'un ambassadeur personnel auprès du Vatican est cité comme illustration de cette tendance à associer religion et gouvernement.[60] Seule une considération sobre et sincère des preuves véridiques permettrait, selon la brochure, d'atteindre la bonne conclusion. Les personnes de bonne volonté sont invitées à prêter attention aux faits exposés.
La détresse mondiale actuelle est présentée comme ayant été prédite des siècles auparavant par les saints prophètes du Dieu Tout-Puissant et consignée dans la Bible.[61] Il est recouru à la Bible pour en chercher la cause et le remède. Serait ainsi citée la promesse biblique : « Quand les justes sont en autorité, le peuple se réjouit ; mais quand le méchant gouverne, le peuple gémit. » (Proverbes 29:2).[62] Le deuil universel du peuple témoignerait éloquemment que les méchants dirigent le monde présent. Il est affirmé que la prophétie divine avait clairement prédit que des dictateurs prendraient le contrôle de l'Europe, et que les nations européennes avaient été averties plus de trois ans auparavant du désastre qui les frapperait.[63] La nation américaine, fondée par des hommes qui croyaient en Dieu et en la Bible, est évoquée comme contre-exemple de la prospérité passée.
Religion et christianisme : deux réalités opposées
Une distinction fondamentale est établie entre religion et christianisme, présentés comme diamétralement opposés. La « religion » est définie comme le fait d'accomplir quoi que ce soit de contraire à la volonté du Dieu Tout-Puissant, tandis que le « christianisme » consiste à accomplir joyeusement ce qui est en pleine harmonie avec cette volonté, conformément à Psaumes 83:18.[64] Satan serait l'initiateur de la religion parmi les hommes, tandis que le Christ Jésus est désigné comme fondateur et chef du christianisme. La religion est ainsi associée à la crainte des créatures, et le christianisme à la crainte de Dieu seul — la crainte de jamais agir contrairement à sa volonté.
La preuve biblique avancée repose sur le récit de la rébellion de Satan contre Dieu et sa parole à Ève : « si vous mangez le fruit interdit, vous ne mourrez certainement pas, car Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vous serez comme des dieux ».[65] C'est par cet acte de désobéissance que Satan aurait introduit la religion parmi les hommes. Depuis lors, la religion serait le principal moyen utilisé par Satan pour combattre Dieu. Jésus, au contraire, est cité déclarant à Jéhovah Dieu sa soumission totale à sa volonté (Psaumes 40:8).[66]
L'histoire antédiluvienne est mobilisée pour illustrer la thèse : seize siècles après la création de l'homme, Satan aurait corrompu, par le biais de la religion, tous les peuples de la terre à l'exception de Noé et de sa famille. Le déluge aurait détruit l'humanité entière sauf ces huit personnes (Genèse 6:7), Noé étant présenté comme un homme juste et un prédicateur de la justice (2 Pierre 2:5).[67] La religion aurait ainsi causé la destruction de toute l'humanité, et seuls ceux qui avaient obéi à Dieu auraient survécu.
Après le déluge, les descendants de Noé se seraient tournés vers la religion, avec Nemrod comme prêtre et dirigeant, fondateur de Ninive et de Babylone, présenté comme un dictateur arbitraire qui se fit vénérer comme un dieu puissant (Genèse 10:8-11).[68]
Son nom
Dieu Tout-Puissant Jéhovah est présenté comme ayant choisi les descendants d'Abraham et de Jacob, les Israélites, pour en faire « un peuple à son nom » (Actes 15:14), afin qu'ils lui rendent témoignage et servent à la vindication de son nom.[69] Il les aurait conduits hors de l'Égypte — qualifiée de nation adonnée à la religion du diable — vers la Palestine, terre promise. Un commandement particulier est cité, dans lequel Jéhovah avertit les Israélites que le démonisme et la religion constitueraient un piège pour eux : « Tu ne serviras pas non plus leurs dieux [démons] ; car ce serait un piège pour toi. » (Deutéronome 7:4-16).[70]
Malgré ces avertissements répétés, Saül, premier roi d'Israël, aurait cédé au démonisme en se tournant vers la sorcière d'Endor. La religion n'aurait pas apporté le salut et la prospérité à Israël, mais en aurait au contraire causé la chute. Un passage des Psaumes est cité à l'appui : « ils sacrifièrent leurs fils et leurs filles aux démons, et répandirent le sang innocent, même le sang de leurs fils et de leurs filles » (Psaumes 106:36-38).[71] Une prophétie d'Ézéchiel est également convoquée, annonçant au dernier roi d'Israël que le trône serait renversé jusqu'à la venue de celui dont c'est le droit, identifié comme Jésus Christ (Ézéchiel 21:25-27).[72]
Le chrétien
Le terme « Christ » est défini comme désignant l'officiel oint et mandaté du Dieu Tout-Puissant Jéhovah. Christ Jésus est présenté comme le Chef de tous les chrétiens (Éphésiens 1:22-23) et le principal témoin de Jéhovah.[73] De nombreux chrétiens sincères, ignorant que la religion était un piège, auraient été associés à des organisations religieuses. Dès qu'ils découvriraient la vérité, ils fuiraient la religion pour se réfugier vers Dieu et Christ. L'argumentation insiste sur le fait que les vrais chrétiens n'ont aucun litige avec quiconque en raison de ses croyances religieuses : des Juifs, des catholiques et des protestants auraient été involontairement piégés par la religion, et il serait du devoir de tout chrétien de les aider à voir la vérité.[74]
Une distinction est tracée entre « tradition » — ce qui se transmet de père en fils sans égard pour la loi écrite de Dieu — et le christianisme, fondé exclusivement sur la Parole écrite du Dieu Tout-Puissant.[75] Les prêtres israélites, chargés d'enseigner la loi de Dieu, se seraient tournés vers la tradition, induisant le peuple à pratiquer la religion à la place du christianisme. Ils auraient ainsi méprisé et rejeté Christ Jésus, préférant César, le dictateur, comme roi. Des paroles de Jésus aux chefs religieux sont citées : « Pourquoi transgressez-vous les commandements de Dieu par votre tradition ? Vous avez ainsi rendu sans effet les commandements de Dieu par votre tradition. » (Matthieu 15:3-9).[76] Jésus aurait également dit à ces chefs religieux qu'ils avaient pour père le diable (Jean 8:44).[77]
L'apôtre Paul est présenté comme ayant lui-même été un enseignant de la religion par tradition avant sa conversion au christianisme. Ses propres mots sont cités : « j'ai persécuté outre mesure l'Église de Dieu et je l'ai ravagée ; et je progressais dans la religion des Juifs au-delà de beaucoup de mes contemporains dans ma nation, étant beaucoup plus zélé pour les traditions de mes pères » (Galates 1:11-16).[78] Paul est présenté comme ayant pleinement reconnu et déclaré que la religion est du démonisme. À Athènes, il aurait dit aux habitants qu'ils étaient extrêmement dévoués au culte des démons (Actes 17:22, Diaglott). Aux Corinthiens, il aurait déclaré que les choses sacrifiées par les nations étaient sacrifiées aux diables et non à Dieu (1 Corinthiens 10:19-21).[79]
Ce qui est communément appelé « religion chrétienne » est décrit comme n'étant pas chrétien : il s'agirait d'une pratique religieuse exercée au nom du Christ mais en défiance de la loi de Dieu, donnant honneur aux créatures plutôt qu'à Dieu et trompant des millions de personnes sincères.[80] Comme exemple frappant, les paroles du Cardinal Gibbons sur la doctrine du « Purgatoire » sont citées : « Cette interprétation n'est pas la mienne. C'est la voix unanime des pères de la chrétienté », ce qui est interprété comme un aveu que cette doctrine repose entièrement sur la tradition et non sur la Parole de Dieu.[81] Après les apôtres, Satan aurait subtilement amené des hommes dans l'organisation chrétienne à avancer des vues contraires à la Bible, substituant la religion au christianisme, avant que cette organisation ne soit qualifiée abusivement de « chrétienne ».
Résultats
La question est posée de ce que la religion a accompli pour les nations du monde. Jésus de Nazareth est présenté comme le seul grand homme qui ait jamais existé sur terre, chef du christianisme. Parce qu'il aurait dit la vérité aux dirigeants d'Israël, les chefs religieux l'auraient persécuté jusqu'à la mort ; la religion aurait ainsi attiré sur la nation d'Israël la colère de Dieu et causé sa destruction complète.[82] Le « système puissant de la religion » faussement qualifié de « religion chrétienne » est décrit comme ayant grandi après les apôtres, trompant des millions de personnes sincères. L'organisation ainsi désignée est dirigée par ce qui est appelé la « Hiérarchie de l'Autorité », dont le siège est au Vatican, à Rome. Pendant plus de seize siècles, cette institution religieuse aurait pratiqué la persécution la plus infâme des créatures humaines jamais enregistrée dans l'histoire. L'Inquisition d'Espagne, du Mexique et d'autres nations est citée comme preuve conclusive que le système papal n'est pas le christianisme, mais relève de la défiance envers Dieu.[83]
La « Hiérarchie de l'Autorité » est présentée comme ayant toujours favorisé et soutenu un État totalitaire ou corporatiste. Depuis la Première Guerre mondiale, elle serait redevenue très agressive, agissant en pleine harmonie avec les dictateurs cruels, parmi lesquels Staline, Hitler et Mussolini sont nommément cités. Le chef de cette grande organisation religieuse est désigné comme le conseiller et allié étroit d'Hitler.[84] Un discours public prononcé à Londres est évoqué, dans lequel des nations européennes auraient été averties que la combine totalitaire-religieuse envahirait l'Europe et priverait les peuples de leurs libertés — ce qui serait désormais accompli.
Des témoignages de prêtres catholiques ayant quitté l'Église sont convoqués comme preuves. Le Docteur Barrett, ancien prêtre actif, est cité comme auteur d'un livre intitulé Rome Stoops to Conquer ; il est paraphrasé comme décrivant la « conquête de l'Amérique » comme l'objectif suprême du pape Pie XI, précisant que l'Église catholique ne pourrait jamais dominer le monde civilisé tant que l'Amérique n'aurait pas plié le genou devant elle.[85] L'« Action catholique » est présentée comme une pénétration politique, une infiltration d'une force nouvelle dans le monde politique. Il est également cité que Pacelli, alors devenu pape, aurait exhorté les Chevaliers de Colomb à mobiliser les hommes catholiques pour la solution pratique des problèmes de la vie sociale et civile.[86]
D'autres aspects de l'« Action catholique » sont développés : l'Église préférerait contrôler les législateurs plutôt que les partis, voudrait de nombreux postes élevés pour ses membres, et l'archevêque Curley aurait menacé le président Roosevelt.[87] Une citation est attribuée à Barrett : « Jamais l'Église catholique dans aucun pays du monde depuis que la chrétienté a commencé ne fut aussi riche, aussi hautement organisée, aussi influente, aussi loyalement servie par ses sujets qu'elle l'est aujourd'hui aux États-Unis. » [88]
Le témoignage d'un autre prêtre, O'Brien, publié dans L'Aurora sous sa propre signature, est cité. Parmi ses déclarations sont reproduites : « Nous voulons comme membres du cabinet des enfants de la sainte mère Église occupant des postes importants dans toute la structure de notre gouvernement. » Il aurait également déclaré : « Nous sommes prêts pour 1940 » et que toutes les institutions devaient être éliminées ou placées sous la protection de la Hiérarchie, et que les fidèles catholiques devaient aider le président à faire en sorte que la Cour suprême obéisse à ses injonctions, quitte à modifier ou supprimer la Constitution.[89] Ces déclarations sont interprétées comme en cours de réalisation en 1940.
Des comploteurs catholiques-fascistes au Canada, menés par Adrien Arcand et dirigés depuis le Vatican, auraient planifié de s'emparer du gouvernement canadien en 1940 ; Arcand et d'autres auraient été arrêtés.[90] Parmi les documents saisis, une communication du « Comité d'Action Universelle » de Rome félicitant Arcand pour son travail fasciste au Canada est reproduite, la qualifiant de « travail fasciste de nature purement mussolinienne, c'est-à-dire ROMAIN ET CATHOLIQUE ».[91] Un document provenant de Bulawayo, en Rhodésie du Sud, place Arcand juste après Hitler parmi les dirigeants les plus remarquables, le décrivant comme capable de prendre le contrôle du gouvernement canadien au premier signe d'un soulèvement judéo-bolchevique.[92]
Des prêtres catholiques conscientieux ayant quitté la Hiérarchie catholique et publiant un magazine intitulé The Converted Catholic sont cités à leur tour. Leur éditorial de juin 1940 est reproduit, affirmant que les ambitions d'Hitler de conquérir le monde « furent planifiées et désirées bien avant qu'Hitler ou aucun de ses partenaires de l'Axe n'apparaisse sur la scène », et que ses objectifs seraient identiques à ceux poursuivis depuis quatre siècles par le catholicisme jésuite dans ses efforts pour détruire les effets de la Réforme.[93] Il est également cité que « L'Action catholique aux États-Unis travaille fébrilement à l'organisation d'un mouvement corporatif et à la création d'un État corporatif. » [94] Le prêtre catholique Curran, rédacteur en chef du Catholic Tablet de Brooklyn, est présenté comme un ardent soutien du « Front chrétien » et est cité disant : « Il est grand temps que nous prenions le contrôle des journaux de ce pays. » [95]
Drapeaux et créatures
Les cérémonies religieuses accomplies envers des créatures et des objets sont présentées comme un autre stratagème du Diable pour porter atteinte au nom de Jéhovah Dieu et amener les hommes à violer leur alliance avec Dieu.[96] Le salut obligatoire au drapeau et le salut hitlérien sont décrits comme ayant été introduits en Allemagne par des hommes de religion pour contraindre le peuple à se soumettre à des dictateurs religieux et pour déshonorer Dieu. La Gestapo est présentée comme étant entrée en action simultanément, usant brutalement de son pouvoir contre ceux qui refusaient d'accomplir la cérémonie religieuse du salut à la croix gammée et du salut à Hitler. La Hiérarchie catholique est désignée comme la véritable instigatrice du salut obligatoire au drapeau et de l'honneur rendu aux créatures.[97]
Des milliers de chrétiens en Allemagne ayant refusé de se plier à ces cérémonies religieuses auraient été incarcérés et beaucoup tués, ayant préféré souffrir la mort plutôt que de violer leur alliance d'obéissance envers le Dieu Tout-Puissant.[98] En Amérique, le salut obligatoire au drapeau par les enfants scolarisés est présenté comme ayant été introduit à l'instigation de la Hiérarchie, sous l'apparence du patriotisme, mais en réalité dirigé contre ceux qui adorent Dieu en esprit et en vérité. L'objectif de cette mesure serait d'instiller la peur dans les esprits et de détruire la conscience individuelle et la dévotion envers Dieu Tout-Puissant. Il est noté que pendant cent cinquante ans d'histoire américaine, nul n'avait jamais envisagé d'obliger quiconque à saluer le drapeau.[99]
La décision de la Cour suprême dans l'affaire Gobitis est mentionnée : elle n'aurait statué que sur le droit des conseils scolaires à imposer des règles obligeant les enfants à saluer le drapeau, sans se prononcer sur l'obligation pour les adultes de le faire. Aucune loi américaine n'imposerait aux adultes de saluer le drapeau. La Hiérarchie et ses alliés sont accusés de tenter d'intimider les chrétiens consciencieux et de les contraindre, contrairement à la loi, à violer la loi de Dieu. Les vrais disciples du Christ Jésus sont présentés comme refusant de saluer toute créature ou chose.[100]
La Légion
L'organisation dite « American Legion » est présentée comme ayant pu être fondée dans un but louable, mais ses dirigeants actuels sont accusés de trahir cet objectif. Son commandant national de l'époque est désigné comme catholique romain et Chevalier de Colomb, organisation décrite comme recevant ses ordres de la Hiérarchie au Vatican.[101] L'ancien commandant Owsley est cité pour avoir déclaré publiquement que « les fascistes sont à l'Italie ce que la Légion américaine est aux États-Unis ». Le commandant en exercice, à l'époque de la publication, est présenté comme ayant réclamé la modification du Bill of Rights et prôné la création d'une armée privée rattachée à la Légion, armée qui serait selon la brochure déjà existante et armée, attendant l'ordre de la Hiérarchie pour entrer en action.[102] Le directeur national de la Légion, M. Chaillaux, est accusé d'encourager la violence de la foule contre des citoyens pacifiques et respectueux de la loi qui servent Dieu et le Christ.
Le commandant Kelly est présenté comme ayant déclaré, le 10 juin 1940 — jour-là même où Mussolini déclarait la guerre à la France et à l'Angleterre — que « le bien de la nation tout entière exige que des mesures immédiates soient prises par les autorités fédérales, étatiques et locales pour éradiquer les activités de ces saboteurs, sans égard pour leurs compagnons de route ou les passants innocents ». Ce propos est interprété comme une invitation à des actions de foule sans droit à un procès ni à une défense, ce qui est qualifié d'anarchie pure.[103]
Ce même 10 juin 1940, des prêtres catholiques, des policiers, des shérifs et des procureurs auraient conduit des foules dans diverses villes du Texas et d'autres États, pour battre et emprisonner des non-catholiques qui distribuaient de la littérature sur le Royaume de Dieu. Dans certaines villes texanes, jusqu'à cent hommes, femmes et enfants auraient été enfermés dans une seule prison sans nourriture, boisson ni repos, puis contraints de marcher sous la chaleur jusqu'à l'épuisement.[104]
Des incidents similaires sont rapportés en Floride, dans le Maine et en Alabama, où des prêtres catholiques auraient dirigé des foules de légionnaires contre des chrétiens. À Richwood, en Virginie-Occidentale, des citoyens recueillant des signatures pour une pétition auraient été violemment attaqués par la Légion américaine, qui aurait détruit leurs biens. Neuf de ces chrétiens auraient été attachés ensemble avec des cordes comme du bétail, et un médecin leur aurait administré de l'huile de ricin de force. Leurs persécuteurs les auraient publiquement traités d'« espions de Hitler, membres de la cinquième colonne ».[105]
L'Inquisition ressuscitée
Ces actes de violence et d'illégalité sont présentés comme la résurgence de l'ancienne Inquisition romaine. Hitler est désigné comme catholique de toute sa vie, ayant pour objectif déclaré de rétablir le « Saint-Empire romain » et d'abolir le traité de paix de Westphalie de 1648, qui avait mis fin à trente ans de guerre de religion et établi la liberté de culte.[106] Mussolini, Franco et la France de Vichy sont présentés comme ayant tour à tour soumis leur État à l'Église catholique, formant un bloc totalitaire religieux.[107]
L'Angleterre seule est décrite comme tenant ferme contre cette coalition religieuse et totalitaire, et la bonté dont elle aurait fait preuve envers les chrétiens consciencieux est présentée comme une raison d'espérer une faveur divine particulière en sa faveur dans sa détresse.[108] Les fondateurs de la République américaine, présentés comme des hommes craignant Dieu, avaient inscrit dans la loi fondamentale le droit inaliénable de chacun d'adorer Dieu selon sa conscience. Cet esprit de liberté originel est décrit comme perdu, remplacé par des politiciens sans colonne vertébrale qui cèdent à une Hiérarchie hors-la-loi détruisant les libertés fondamentales.[109]
Des réformateurs comme Wycliffe, Huss, Luther et Knox — tous anciens prêtres catholiques — sont rappelés comme ayant lutté pour la liberté de culte et apporté une bénédiction à l'humanité. Les protestants et les politiciens américains sont interpellés : auraient-ils oublié cette bataille pour la Réforme ?[110]
L'influence religieuse est présentée comme ayant conduit les nations de la « chrétienté » à oublier Dieu et à s'allier à ses ennemis. Le texte de Psaumes 9:17 est cité en avertissement : « Les méchants seront précipités dans le séjour des morts, ainsi que toutes les nations qui oublient Dieu. »[111] Les serviteurs fidèles de Dieu sont présentés comme chargés de proclamer que la religion est un piège du Diable et que le Royaume de Dieu est la seule espérance. En s'appuyant sur Matthieu 10:28, les chrétiens fidèles sont exhortés à ne pas craindre ceux qui tuent le corps mais à redouter celui qui peut détruire l'âme et le corps.[112]
Pourquoi
La question de la haine et de la persécution des vrais chrétiens par la Hiérarchie trouve sa réponse dans leur attachement au Royaume théocratique, pour la venue duquel le Christ avait commandé de prier sans cesse (Matthieu 6:9-10).[113] Les démons, sous la direction de Satan, sont présentés comme ayant de tout temps combattu le Royaume de Dieu, et la coalition « Romano-Hiérarchico-Nazi-Fasciste » est désignée comme l'instrument contemporain de cette opposition. Le Christ lui-même avait dit aux chefs religieux de son temps qu'ils accomplissaient les œuvres de leur père le Diable (Jean 8:40-44).[114]
La religion est décrite comme ayant été depuis l'origine l'instrument des démons pour détourner les hommes de Dieu, et l'écriture de 1 Jean 5:19 est citée : « Le monde entier est sous l'emprise du mal. » Toutes les organisations recevant leurs ordres de la Hiérarchie religieuse sont présentées comme soumises à la domination des démons. La religion est qualifiée de démonisme.[115]
En réponse à la question sur l'état du monde à la fin du système satanique, la prophétie de Matthieu 24:9 est rappelée — « vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom » — présentée comme s'accomplissant au moment de la rédaction de la brochure. La fidélité des témoins de Jéhovah depuis Abel jusqu'à nos jours est évoquée en référence à Hébreux 11, les témoins de Dieu n'étant pas présentés comme une secte religieuse récente mais comme une lignée de serviteurs voués à l'annonce du Gouvernement théocratique.[116]
La vengeance divine promise aux serviteurs persécutés est annoncée en s'appuyant sur Luc 18:7-8, puis sur Psaumes 2:9 et Sophonie 3:8 : Jéhovah brisera les nations méchantes comme un vase de potier à la bataille d'Harmaguédon, décrite comme très proche.[117] La religion est présentée comme responsable de tous les grands malheurs de l'humanité : le péché, le déluge, la confusion des langues, les guerres, la chute d'Israël. Citant Matthieu 24:21-22, seuls ceux qui cherchent le Seigneur et la justice sont annoncés comme devant survivre à la grande tribulation imminente.[118]
Le remède
Face à des politiciens américains réclamant « plus de religion et un troisième mandat, sinon nous périrons », une montée d'opposition au troisième mandat présidentiel est décrite. L'hypothèse est soulevée que si les politiciens de la Hiérarchie s'avèrent incapables d'imposer ce troisième mandat, le candidat au pouvoir pourrait saisir le gouvernement par la force, soutenu par la Légion américaine, les Chevaliers de Colomb armés et la Hiérarchie.[119]
Le seul remède réel à la souffrance humaine est présenté comme étant le Royaume théocratique de Dieu sous le Christ, décrit comme déjà présent. En s'appuyant sur Psaumes 96:9-13, les serviteurs de Dieu sont appelés à proclamer parmi les nations que le Seigneur règne.[120] Dans cette heure de grande détresse, le Seigneur est décrit comme séparant les obéissants des désobéissants. Les paroles de Matthieu 25:34 sont citées à l'adresse de ceux qui se rangent du côté du Roi : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, héritez le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. » [121]
La « grande multitude » appelée à survivre à l'Harmaguédon et à peupler la terre d'une race juste (Apocalypse 7:9-17) est exhortée à se placer sans tarder du côté de la Théocratie et de son Roi. Les dirigeants de la terre, ayant oublié Dieu au profit de la religion, sont annoncés comme voués à disparaître dans un proche avenir, tandis que la grande multitude vivra éternellement sur une terre devenue glorieuse. L'appel final est adressé au lecteur : tourner son cœur vers le Dieu Tout-Puissant et vers son Roi, le Christ Jésus, pour vivre.[122]
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Illustrations du numéro
Références
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