Informant de août 1940
Autres actions
| Informant de août 1940 | |
|---|---|
| Revue | Informant |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
La convention théocratique de Detroit, tenue du 21 au 28 juillet 1940, constitue le point de gravité de ce numéro : son déroulement, ses résultats chiffrés et les nouvelles publications qui y ont été lancées — notamment le livre Religion et la brochure Le juge Rutherford démasque la cinquième colonne — y sont présentés comme autant de preuves d'une direction divine orientant l'organisation vers une offensive missionnaire accélérée.
La campagne de prédication sous le thème « Condamnation de la religion », prolongée jusqu'à fin septembre 1940, y est articulée autour d'une double mobilisation : l'intensification du travail porte-à-porte et de la distribution en rue, d'une part, et le recrutement dans le service de pionnier, d'autre part, dans un contexte où les proclamateurs font face à des actes d'intimidation et à des violences de foule que le numéro invite explicitement à contourner plutôt qu'à fuir.
Analyse
Croyances
La religion condamnée par décret divin
La période de témoignage en cours porte le nom de « Condamnation de la religion » et pose que cette condamnation n'est pas une opinion mais « un fait établi, décrété par le grand Théocrate, Jéhovah ».[1] Cette formulation repose sur une opération lexicale préalable, engagée par Rutherford à partir de 1936 dans le livre Richesses, où le mot « religion » cesse de désigner le culte en général pour devenir une catégorie théologique exclusivement négative, opposée au christianisme véritable.[2] Le sous-titre du livre Religion paru à la convention de Detroit énonce précisément la tripartition reprise dans la période de témoignage — origine, influence sur les hommes et les nations, résultat — et se présente comme « un avertissement opportun à l'intention du monde entier ».[3] L'ouvrage, de 381 pages avec index, est annoncé à un premier tirage d'un million d'exemplaires.[4]
Une fois le mot ainsi redéfini, l'appel adressé à ceux qui aiment la justice d'abandonner définitivement la religion cesse d'être un appel à changer de confession pour devenir une injonction à sortir d'une catégorie entière condamnée d'avance.[5] La conséquence est immédiate sur le statut de la prédication : puisque le décret est déjà rendu, annoncer la condamnation de la religion ne relève plus de la persuasion mais de la notification. Cette économie explique la formule selon laquelle ceux qui haïssent la justice doivent être dûment avertis avant la destruction, structure calquée sur le guetteur d'Ézéchiel 33:6, chez qui le sang du peuple est redemandé de la main de celui qui n'a pas sonné de la trompette.[6] L'avertissement vaut alors indépendamment de son efficacité : il décharge celui qui avertit, sans préjuger de la réponse de l'averti.[7]
La hiérarchie catholique identifiée comme acteur prophétique
La catégorie abstraite de religion condamnée reçoit un visage institutionnel dans Nouvelles du Royaume n° 6, où la hiérarchie catholique romaine est établie, à partir des Écritures et de faits présentés comme accessibles à tous, comme « le principal facteur moteur dans la destruction de toute démocratie ».[8] L'articulation revendiquée entre texte biblique et actualité politique constitue le mécanisme d'actualisation prophétique propre à cette période : l'identification de Babylone la grande à l'Église catholique, posée dans Ennemis en 1937, fournit la clé scripturaire, et l'actualité de 1940 fournit les faits censés la vérifier.[9] Le refus de la hiérarchie d'envoyer un représentant débattre publiquement avec Rutherford sur « La Religion comme remède mondial », le 28 juillet à Detroit, est versé au dossier comme confirmation supplémentaire.[10]
Cette désignation d'un adversaire unique et nommé prolonge l'explication donnée au même moment des mesures prises contre le mouvement, où l'interdiction canadienne est imputée exclusivement à la hiérarchie catholique, présentée comme principal agent du Diable sur la terre.[11] L'accentuation du rôle de Satan dans l'explication de phénomènes sociaux et politiques contemporains constitue, selon Penton, l'une des inflexions majeures de la théologie du mouvement sous Rutherford.[12]
Providence lue dans le calendrier et les circonstances
La coïncidence entre la période de témoignage « Condamnation de la religion » et la parution du livre Religion est présentée comme la preuve d'une direction divine, au motif que le calendrier de 1940 avait été arrêté un an plus tôt.[13] Le raisonnement transforme une planification administrative en signe surnaturel, et s'inscrit dans le vocabulaire théocratique consolidé depuis les articles « Organization » de La Tour de Garde de juin 1938, qui placent les congrégations sous nomination directe depuis Brooklyn.[14] Le titre de « grand Théocrate » appliqué à Jéhovah s'ajuste exactement à cette organisation : le décret contre la religion émane du même principe d'autorité que les décisions de calendrier prises à Brooklyn.[15]
La même lecture s'applique aux circonstances physiques. Rutherford, gravement malade au début de 1940, se rétablit suffisamment pour tenir la convention de Detroit en juillet et s'adresser à dix-sept villes reliées par fil, fait rapporté comme marque de faveur divine.[16] Une santé recouvrée, un livre paru à temps, une convention tenue : chaque élément matériel est converti en confirmation rétrospective de la doctrine annoncée.[17]
L'hostilité subie comme vérification de la doctrine
Symétriquement, l'échec vérifie la thèse aussi bien que la réussite. Les manœuvres des adversaires pour empêcher le rassemblement de Detroit sont qualifiées de bluff, ceux-ci étant dépeints comme incapables d'agir ouvertement : « les ennemis de la Théocratie ont manifesté leur vive opposition dès l'annonce de la convention et ont tout fait pour empêcher l'assemblée ».[18] Le cadre dualiste Théocratie contre ennemis de la Théocratie absorbe ainsi les obstructions administratives locales comme épisodes d'un conflit spirituel. Nouvelles du Royaume n° 6 fournit le pendant doctrinal en expliquant pourquoi les religieux et leurs dupes persécutent les Témoins de Jéhovah, inscrivant l'hostilité dans un schéma scripturaire d'opposition permanente entre le peuple de Dieu et la religion.[19]
Cette explication intervient dans un contexte où les violences sont massives : l'arrêt Minersville School District v. Gobitis du 3 juin 1940, rendu à huit voix contre une, fut suivi d'agressions recensées dans quarante-quatre États américains.[20] La sociologie des nouveaux mouvements religieux observe que la pression extérieure réelle et le sentiment de rejet renforcent conjointement les pressions internes de cohésion, la persécution subie devenant un facteur de consolidation plutôt que de dissolution.[21] Lofland et Stark avaient montré dès 1965 que la neutralisation des attachements extérieurs transforme l'adhérent d'un mouvement millénariste en agent mobilisable en permanence.[22] Le mécanisme doctrinal exposé ici en offre une illustration directe : la prolongation de la campagne jusqu'à fin septembre et la requalification de chaque territoire en territoire vierge mobilisent l'ensemble des proclamateurs au moment précis où l'hostilité extérieure est au plus haut.[23]
Organisation et histoire
La convention de Detroit comme démonstration de puissance organisationnelle
Du 21 au 28 juillet 1940, une convention théocratique réunit les Témoins de Jéhovah à Detroit, le discours du président étant retransmis simultanément par fil direct vers dix-sept autres villes.[24] Ce dispositif technique, plus encore que le rassemblement lui-même, constitue l'objet de la mise en valeur : il permet de produire un événement unique sur un territoire continental, et donc d'attester devant les participants dispersés l'existence d'un corps organisé à l'échelle nationale. La même lecture est reprise à la fin de l'année, la convention de Detroit tenue dans plusieurs villes reliées par fils terrestres étant qualifiée de plus grande convention jamais tenue par des chrétiens dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940.[25]
La tenue même de l'assemblée est présentée comme une victoire sur une opposition organisée, les tentatives d'empêcher le rassemblement étant requalifiées en « bluff » qui a échoué.[26] Cette hostilité n'est pas une invention rhétorique : l'été 1940 est le moment le plus violent qu'aient connu les Témoins de Jéhovah aux États-Unis, le procureur général adjoint Francis Biddle déclarant dès le 16 juin 1940 lors d'une émission radiophonique nationale qu'ils avaient été à maintes reprises agressés et battus sans avoir commis aucun crime, et des légionnaires de l'American Legion ayant été impliqués dans plus d'un cinquième des agressions recensées au début des années 1940.[27] L'originalité du traitement réservé à cet épisode tient à la conversion de l'obstacle en preuve : l'adversaire n'est pas décrit comme dangereux mais comme impuissant et incapable d'agir ouvertement, ce qui transforme un contexte de vulnérabilité réelle en démonstration de force. John Lofland et Rodney Stark ont montré, dans leur étude de la conversion aux mouvements millénaristes, que la neutralisation des attachements extérieurs et la consolidation des liens internes transforment l'adhérent en agent mobilisable, mécanisme que ce type de récit alimente directement.[28]
La présence de Rutherford à Detroit malgré son état de santé est également versée au registre de la faveur divine.[29] Le fait est réel : frappé par une grave maladie au début de 1940, il se rétablit suffisamment pour tenir la convention de Detroit, et son discours public y est suivi d'un message annonçant son retour immédiat au Béthel.[30] Il s'agit d'un cancer du côlon, dont l'évolution imposera une opération en novembre 1941.[31] La maladie du président, qui pourrait poser la question de la continuité de la direction de la Société, est ainsi retournée en argument : ce n'est pas la fragilité d'un homme de soixante-dix ans qui est retenue, mais le caractère miraculeux de sa présence. Le numéro spécial annoncé de The Messenger, magazine de 64 pages illustré vendu dix cents et promis sous trente jours, prolonge et fixe cette mise en récit ; la série remplit précisément cette fonction de compte rendu officiel des conventions de la Société.[32]
Le livre Religion et la reconfiguration de tout le dispositif
Présenté à Detroit, le livre Religion — dont le titre complet, Religion — Origine, influence sur les hommes et les nations, et le résultat. Un avertissement opportun au monde entier[note 1], énonce la tripartition annoncée dans ce numéro — compte 381 pages et fait l'objet d'un premier tirage annoncé d'un million d'exemplaires.[33] Plus de 600 000 exemplaires avaient été expédiés dans le monde avant même la convention, sous forme de lots scellés adressés aux plus grandes congrégations américaines.[34] Ce dispositif d'expédition anticipée sous scellés révèle un mode de fonctionnement précis : la production et la distribution précèdent l'annonce, de sorte que l'effet de surprise revendiqué lors de la présentation publique est en réalité le produit d'une logistique planifiée plusieurs semaines à l'avance.
La sortie du livre ne s'arrête pas à la diffusion externe : elle commande aussitôt le programme d'instruction interne, les études collectives menées à partir du livre Salut devant céder la place à des études fondées sur Religion dans tous les territoires où le premier a déjà été parcouru.[35] Une décision éditoriale prise au siège de Brooklyn détermine ainsi directement ce que les congrégations locales étudieront, sans délibération intermédiaire.
La même décision commande enfin la gestion du territoire : chaque secteur est déclaré « territoire vierge » pour le livre Religion et pour la brochure sur la cinquième colonne, ce qui annule l'historique de couverture et relance intégralement la prospection.[36] S'y ajoute Nouvelles du Royaume n° 6, feuillet vendu cinquante cents le millier et prescrit pour le porte-à-porte, les visites de retour et les études modèles.[37] La série avait été reprise en juillet 1939 après une interruption de plus de vingt ans, sous forme de feuillets de deux à quatre pages au format d'environ 9 sur 12 pouces.[38] Production, instruction doctrinale, découpage territorial et outil de diffusion de masse sont donc reconfigurés d'un seul mouvement à partir d'un seul choix éditorial.
Calendrier administratif, chaîne d'exécution et lecture providentielle
La coïncidence entre la période de témoignage consacrée à la « condamnation de la religion » et la sortie du livre est attribuée à une direction divine, au motif que le calendrier de 1940 avait été arrêté un an auparavant.[39] L'argument mérite d'être retourné : ce qui est produit comme preuve de providence est précisément la trace d'une planification bureaucratique à long terme, c'est-à-dire d'une administration capable de fixer douze mois à l'avance l'emploi du temps de dizaines de milliers de personnes. Max Weber décrivait sous le terme de Veralltäglichung — quotidianisation — le processus par lequel le charisme ne se maintient qu'en s'inscrivant dans l'ordre quotidien et la durée, donc en acceptant d'être institutionnalisé ; l'opération inverse est ici à l'œuvre, la routine administrative étant relue comme manifestation charismatique.[40]
Ce calage administratif est confirmé par le motif invoqué pour prolonger la campagne : initialement close en août, la période de témoignage est étendue jusqu'à la fin septembre afin que tous les proclamateurs puissent y participer avant la clôture de l'année fiscale 1940.[41] Une campagne présentée comme un décret du « grand Théocrate » voit donc sa durée fixée par un exercice comptable, ce qui indexe la mobilisation religieuse sur la production de statistiques annuelles.
L'exécution de ces directives repose sur un organigramme local déjà constitué, les serviteurs de compagnie, de territoire et des visites de retour étant sommés d'organiser immédiatement le travail.[42] Cette nomenclature de fonctions spécialisées à l'intérieur de la compagnie est bien celle en vigueur dans les années 1940, la Société rattachant ces postes à la fonction scripturaire de « serviteurs ministériels ».[43] Elle prolonge la structure administrative centralisée imposée par Rutherford depuis Brooklyn, que l'historien Bernard Blandre analyse comme la transformation du groupe en « une structure totalitaire polarisée sur l'activisme et le conflit contre l'ensemble du monde extérieur ».[44]
Le contrôle exercé descend jusqu'au matériel individuel : le phonographe « à disposition verticale » est annoncé à la convention, mais assorti d'une interdiction formelle d'en passer commande avant autorisation officielle, les commandes en cours continuant d'être servies avec l'ancien modèle.[45] Cet appareil, conçu pour être joué fermé en position verticale par simple pression, l'abaissement du couvercle déclenchant la descente de l'aiguille, et doté de compartiments pour transporter la littérature, est l'œuvre de John G. Kurzen Jr., dont le brevet est déposé en 1940 et le modèle présenté aux conventions de cette année-là.[46] Plus de 40 000 phonographes sont alors en usage.[47] Annoncer un équipement tout en en interdisant l'acquisition manifeste que les flux d'approvisionnement, comme le calendrier et le territoire, relèvent exclusivement de la décision du siège.
La hiérarchie catholique constituée en adversaire principal
Deux supports distincts du numéro convergent sur un même adversaire : la hiérarchie catholique romaine est dénoncée pour avoir refusé d'envoyer un représentant défendre la religion lors du débat public de Detroit, et désignée dans Nouvelles du Royaume n° 6 comme le principal facteur moteur dans la destruction de toute démocratie.[48] Le défi lancé à la hiérarchie n'est pas nouveau : dès 1936, Rutherford avait proposé une audience publique des enseignements catholiques sur un réseau radiophonique national, avec participation d'un haut responsable de la hiérarchie.[49] Les publications catholiques de l'époque qualifient ce type de défi d'absurde et présentent Rutherford comme un polémiste sans qualification, refusant par principe d'entrer dans le débat.[50] Le refus adverse est donc structurellement garanti, ce qui permet de le présenter à chaque fois comme un aveu de faiblesse.
Cette construction d'un ennemi unique remplit une fonction propre, distincte des logiques éditoriales et administratives : elle fournit une explication globale aux difficultés rencontrées et unifie sous une cause unique des obstacles hétérogènes. Le procédé est celui que l'on retrouve à la même période dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940, où l'interdiction canadienne est imputée exclusivement à la hiérarchie catholique, désignée principal agent du Diable sur la terre.[51] Les attaques contre les autres confessions saturent alors les écrits de Rutherford, les plus virulentes étant réservées à l'Église catholique.[52] Blandre voit dans ce mécanisme l'application consciente d'une stratégie de « provocation-répression-solidarité », le message virulent entraînant la persécution, laquelle est ensuite exposée pour renforcer la cohésion du groupe et la crédibilité de son message.[53] La recherche sur les nouveaux mouvements religieux a montré que la pression externe réelle et la perception d'un rejet extérieur se renforcent mutuellement, consolidant l'adhésion interne.[54]
Contenu
Jéhovah déverse une riche bénédiction
La convention théocratique des Témoins de Jéhovah, tenue à Detroit du 21 au 28 juillet 1940, est présentée comme un événement providentiel dont les effets doivent se répandre jusqu'aux extrémités de la terre.[55] Rutherford, malgré son état de santé, est décrit comme ayant pu se rendre à la convention et prendre la parole à Detroit ainsi que dans dix-sept autres villes liées par fil direct, ce que ses partisans interprètent comme une marque de faveur divine.[56] Le point culminant de la convention est présenté comme la conférence prononcée par le président de la Société sur le thème « La Religion comme remède mondial », au cours de laquelle la hiérarchie catholique romaine est dénoncée pour avoir refusé d'envoyer un représentant soutenir la religion dans un débat public.[57]
Le nouveau livre Religion, présenté lors de la convention à la grande joie des participants, est décrit comme un ouvrage de plus de 350 pages en douze chapitres, illustré de nombreuses photographies, et constituant « un avertissement opportun à l'intention du monde entier ».[58] Avant la convention, plus de 600 000 exemplaires avaient déjà été expédiés dans le monde entier, avec des lots scellés envoyés aux plus grandes congrégations des États-Unis.[59] Des études collectives à partir de ce livre doivent remplacer les études à partir du livre Salut dans les territoires où ce dernier a déjà été étudié une ou plusieurs fois.[60]
Les tentatives des adversaires de la convention pour empêcher le rassemblement sont qualifiées de «bluff» qui a échoué : « les ennemis de la Théocratie ont manifesté leur vive opposition dès l'annonce de la convention et ont tout fait pour empêcher l'assemblée », mais sont finalement dépeints comme incapables d'agir ouvertement.[61] Un rapport complet des événements de Detroit et des autres villes doit être publié dans un numéro spécial intitulé The Messenger, un magazine de 64 pages avec illustrations, annoncé à paraître dans les trente jours suivants, au prix de dix cents l'exemplaire.[62]
La condamnation de la religion — Période de témoignage prolongée jusqu'à fin septembre
La « condamnation de la religion » (Religion's Doom) constitue le thème officiel de la période de témoignage en cours. Cette condamnation est présentée non comme une opinion mais comme « un fait établi, décrété par le grand Théocrate, Jéhovah ».[63] L'origine de la religion, son influence sur les hommes et les nations, et sa fin ultime doivent être portés à la connaissance de tous, afin que ceux qui aiment la justice abandonnent définitivement la religion et que ceux qui la haïssent soient dûment avertis avant la destruction.[64]
La coïncidence entre cette période de témoignage et la sortie du livre Religion est interprétée comme relevant d'une direction divine : le calendrier pour 1940 avait été établi un an auparavant de sorte que la période « Condamnation de la religion » suive immédiatement la plus grande convention à ce jour et la mise à disposition du nouvel instrument de prédication.[65] La campagne, initialement prévue pour se terminer en août, est prolongée jusqu'à la fin septembre, permettant à tous les proclamateurs de participer avant la clôture de l'année fiscale 1940.[66] Chaque territoire est considéré comme « territoire vierge » pour le livre Religion et la brochure sur la cinquième colonne ; les serviteurs de compagnie, de territoire et des visites de retour sont invités à organiser immédiatement leur travail.[67]
Le nouveau phonographe à disposition verticale
Un nouveau modèle de phonographe, dit « à disposition verticale », est annoncé lors de la convention théocratique. Cependant, la Société précise qu'elle ne remplit ni n'accepte encore de commandes pour ce modèle : les proclamateurs sont instamment invités à ne pas passer de commande avant qu'une annonce officielle soit faite concernant sa fabrication.[68] Les commandes existantes continuent d'être honorées avec l'ancien modèle.[69]
Nouvelles du Royaume n° 6
Nouvelles du Royaume n° 6 est présenté comme une « agréable surprise » de la convention. Cette nouvelle brochure est décrite comme montrant l'état pitoyable du monde et sonnant une note d'avertissement, notamment en expliquant pourquoi les religieux et leurs dupes persécutent les Témoins de Jéhovah, et en établissant, à partir des Écritures et de faits accessibles à tous, que la hiérarchie catholique romaine constitue « le principal facteur moteur dans la destruction de toute démocratie ».[70] Tous les proclamateurs sont appelés à utiliser cette brochure dans leur travail de porte-à-porte, lors des visites de retour et des études modèles, au tarif de cinquante cents le millier.[71]
La brochure « Le juge Rutherford démasque la cinquième colonne »
Deux millions d'exemplaires de la brochure Le juge Rutherford démasque la cinquième colonne ont été distribués d'un bout à l'autre du pays en moins d'un mois avant la convention.[72] Cette distribution massive est présentée comme ayant pris les adversaires par surprise, renversant la situation au moment où ceux-ci tentaient de stigmatiser les Témoins de Jéhovah en les accusant eux-mêmes d'être une cinquième colonne, et d'organiser des violences de foule contre les proclamateurs du Royaume.[73] Les preuves contenues dans la brochure sont décrites comme indiscutables, les faits à l'appui des accusations contre la hiérarchie étant si clairement et fortement présentés « qu'il n'y avait pas moyen de les contourner ».[74]
Deux millions d'exemplaires supplémentaires doivent être distribués durant le mois de septembre. La consigne est d'en laisser un exemplaire dans chaque foyer disposé à le lire, d'en joindre un à chaque placement du livre Religion, et d'en offrir gratuitement à ceux qui veulent le lire sans pouvoir contribuer financièrement.[75]
Rapport de terrain des proclamateurs de compagnie
Le quota de 50 000 proclamateurs fixé pour l'année est non seulement atteint mais dépassé dès le mois de juin, avec 58 009 proclamateurs de compagnie et pionniers ayant remis un rapport, dont 55 039 proclamateurs de compagnie.[76] Le tableau comparatif par mois, de l'année précédente à l'année en cours, indique également un nouveau record en nombre d'heures, avec une moyenne dépassant pour la première fois vingt heures par proclamateur sur le mois de juin, résultat attribué aux efforts soutenus en vue d'atteindre l'objectif de soixante heures mensuelles suggéré par Rutherford en janvier.[77] En revanche, le nombre de visites de retour enregistre une baisse par rapport au mois précédent et à la même période de l'année précédente ; il est demandé aux proclamateurs d'intensifier ce travail pour atteindre un objectif de trois visites de retour par semaine.[78]
Tous ceux qui ont signé la pétition en juin doivent faire l'objet d'une visite de retour. Ils sont considérés comme de bons candidats pour l'écoute de la conférence enregistrée « La Religion comme remède mondial » et pour l'obtention du livre Religion.[79]
Travail de distribution des magazines — Utilisation des circuits et de la méthode de rue
La distribution des magazines en rue est présentée comme une branche du service ayant plus que toute autre exposé la véritable condition des ennemis de la Théocratie en un temps très court.[80] Les proclamateurs sont invités à établir le plus grand nombre possible de circuits réguliers de distribution afin de servir leurs abonnés ponctuellement à chaque parution. La distribution en rue ne doit en aucun cas être réduite sous la pression des menaces.[81] Le seul cas justifiant une suspension provisoire de la présence en rue est une action de foule physiquement impossible à braver ; même dans ce cas, il convient de ne pas abandonner le territoire mais de déjouer les adversaires en variant les horaires et les lieux de sortie, en partant des domiciles plutôt que du local, de manière à rendre l'organisation de la résistance plus difficile.[82]
Une lettre reçue au bureau, reproduite à titre d'exemple de bonne pratique, indique qu'une augmentation notable du nombre de magazines placés a été obtenue en approchant les individus qui se tiennent debout ou marchent lentement, plutôt qu'en restant stationnaire à un coin de rue et en attendant que le public prenne l'initiative.[83]
Service de pionnier
Une lettre distincte, datée du 20 août et adressée « À tous les proclamateurs de la Théocratie », est jointe à ce numéro concernant le service de pionnier. Un nombre appréciable de proclamateurs ayant obtenu des formulaires de candidature lors des conventions, il est noté que certains justifient leur entrée tardive dans le service de pionnier en disant que « le Diable les force à entrer dans le service de pionnier », formulation qui est implicitement critiquée : il eût mieux valu, est-il suggéré, prendre cette décision de soi-même plus tôt.[84]
53 pays ont remis un rapport durant la période de témoignage « Siège de bataille » d'avril — 78 006 proclamateurs
En avril 1940, malgré les troubles en Europe, 78 006 proclamateurs ont participé à la période de témoignage intitulée « Siège de bataille » (Battle Siege), ce qui constitue le chiffre le plus élevé jamais enregistré à cette date.[85] Ce résultat est d'autant plus notable qu'aucun rapport ne parvenait encore de nombreux pays européens impliqués dans le conflit armé ; des rapports reçus ultérieurement confirment cependant que les membres y poursuivent leur activité de prédication avec une ardeur sans précédent.[86]
Le rapport mondial complet pour avril 1940, portant sur 53 pays, fait état des chiffres suivants : 184 916 livres placés, 1 850 294 brochures placées, soit un total de 2 035 210 publications distribuées ; 4 575 pionniers et 73 431 proclamateurs de compagnie, pour un total de 78 006 proclamateurs ; 1 658 735 heures de service ; 20 326 nouveaux abonnements aux magazines ; 72 305 magazines vendus individuellement ; 1 478 709 personnes ayant assisté aux réunions avec son ; 72 531 visites de retour effectuées ; 87 611 personnes ayant assisté au Mémorial ; 27 858 personnes ayant pris part aux emblèmes.[87]
Téléchargement
📄 Télécharger le PDF OCRisé de ce numéro
Illustrations du numéro
Références
- ↑ Titre original anglais : Religion — Origin, Influence Upon Men and Nations, and the Result. A Timely Warning to All the World.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ George D. Chryssides, « Provocation or Persecution? The Bibelforscher in the Third Reich », communication au CESNUR 2006.
- ↑ Religion — Origin, Influence Upon Men and Nations, and the Result. A Timely Warning to All the World, Watch Tower Bible and Tract Society, 1940.
- ↑ Notice bibliographique de Religion (1940), Rose City Books.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Ézéchiel 33:6, Bible Hub.
- ↑ « A Watchman for the House of Israel (Ezekiel 33:1-20) », UCG Bible Commentary.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ La Tour de Garde du 15 novembre 1940, p. 340.
- ↑ « History of Jehovah's Witnesses », Wikipedia, d'après M. James Penton.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ « The Creation of a Theocracy », Mentes Bereanas.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ « Advertise the King and the Kingdom (1919-1941) », jw.org.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ La Tour de Garde du 1er décembre 1940, p. 359.
- ↑ « Violence and New Religious Movements: The Relationship Between Cognitive Dissonance and Perceived Pressure », International Journal for the Study of New Religions.
- ↑ John Lofland, « "Becoming a World-Saver" Revisited », American Behavioral Scientist.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ La Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1940, p. 340.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Persecution of Jehovah's Witnesses in the United States, Wikipédia, consulté en 2026.
- ↑ John Lofland et Rodney Stark, « Becoming a World-Saver: A Theory of Conversion to a Deviant Perspective », American Sociological Review, 1965 « Becoming a World-Saver » Revisited, consulté en 2026.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Moving Ahead With God's Organization, Watchtower Online Library, consulté en 2026.
- ↑ Joseph Franklin Rutherford, Wikipédia, consulté en 2026.
- ↑ Convention Reports, Watchtower Online Library, consulté en 2026.
- ↑ Religion by Judge Rutherford, Internet Archive, consulté en 2026.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Kingdom News (Series), Watchtower Online Library, consulté en 2026.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ La transformation du charisme et le charisme de fonction, Cairn.info, consulté en 2026.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Appointed Officers in the Theocratic Organization, Watchtower Online Library, consulté en 2026.
- ↑ Bernard Blandre, Les Témoins de Jéhovah, un siècle d'histoire, Paris, Desclée de Brouwer, 1987, pp. 60-61.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ The Vertical Phonograph, Watch Tower History, consulté en 2026.
- ↑ Modern Inventions Used to Publish the Good News, Watchtower Online Library, consulté en 2026.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Judge Rutherford Uncovers Fifth Column, Internet Archive, consulté en 2026.
- ↑ « Judge » Rutherford, Catholic Answers Magazine, consulté en 2026.
- ↑ La Tour de Garde (anglais), 15 novembre 1940, p. 340.
- ↑ Judge Rutherford, EWTN, consulté en 2026.
- ↑ Bernard Blandre, Les Témoins de Jéhovah, un siècle d'histoire, Paris, Desclée de Brouwer, 1987, p. 68.
- ↑ Violence and New Religious Movements: The Relationship Between Cognitive Dissonance and Perceived Pressure, International Journal for the Study of New Religions, consulté en 2026.
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 1
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2
- ↑ Informant de août 1940, p. 2