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L'Âge d'Or du 11 juin 1930

De Tj-encyclopédie
L'Âge d'Or du 11 juin 1930
Revue Consolation
Date 1930
Année 1930
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est dominé par une analyse approfondie de la concentration économique mondiale, articulée autour de la thèse que le capitalisme industriel et financier converge inexorablement vers une direction unique de l'ensemble de l'activité humaine. L'article de fond, intitulé « Heading Toward the Ultimate Business », constitue la pièce maîtresse du numéro et en occupe la plus grande part.

À cette réflexion économique centrale s'ajoutent des prises de position sur des questions de santé publique, notamment la méfiance persistante envers les ustensiles en aluminium, ainsi qu'une série de brèves d'actualité couvrant le chômage mondial, les inégalités salariales et diverses nouvelles scientifiques et judiciaires, le tout composant un panorama caractéristique de la ligne éditoriale de la revue à cette période.

Contenu

Vers l'entreprise ultime

Cet article de fond, qui occupe plusieurs pages du numéro, développe la thèse selon laquelle la concentration économique mondiale conduit inévitablement à une direction unique de toutes les entreprises humaines. La publication affirme que « le monde se dirige vers l'entreprise ultime, le moment où il n'existera qu'une seule entreprise sous le soleil, et où tous les hommes travailleront pour une seule et même tête dirigeante », précisant que cette tête dirigeante ne sera pas J. P. Morgan mais le Christ lui-même.[1]

L'article retrace les cycles économiques septénnaux depuis 1893, notant des dépressions régulières en 1900, 1907, 1914, 1921, puis en 1928-1929, et constate que la politique gouvernementale américaine est devenue ouvertement favorable aux grandes entreprises, mettant fin à la lutte antitrust.[2] Il souligne qu'en 1928, il y avait 65 000 entreprises de moins aux États-Unis qu'au tournant du siècle, et que trois compagnies automobiles se partageaient alors 80 % du marché.[3]

La publication examine les fusions bancaires colossales, notamment la fusion de la Guaranty Trust Company et de la National Bank of Commerce, qui donna naissance à une institution dotée de ressources d'environ deux milliards de dollars.[4] Elle détaille également les cartels européens, énumérant en prose les secteurs concernés — aluminium, produits chimiques, acier, rayon, zinc, entre autres — et précise que l'Allemagne est membre de tous les cartels importants.[5] Le phénomène de concentration s'étend aussi au commerce de détail, à l'alimentation et aux services publics : la publication mentionne que la United Stores Corporation a absorbé la United Cigar Stores Company et d'autres entités du tabac, et que la Radio Corporation of America a intégré deux circuits de théâtres.[6]

L'article conclut sur une note eschatologique en évoquant la chaîne de supermarchés A&P, dont la numérotation des magasins évoque à l'auteur le signe de la Bête décrit dans l'Apocalypse, faisant de l'A&P « une partie importante de Babylone la Grande ».[7]

L'aluminium

Cette brève correspondance d'un lecteur identifié comme « A. J. Hurbrise (E. C.) » rapporte plusieurs cas d'empoisonnement attribués à l'utilisation d'ustensiles en aluminium : une intoxication au café laissé dans une cafetière en aluminium, la maladie d'un chat nourri dans une gamelle en aluminium, et le refus d'un cheval de manger des grains ayant trempé dans un seau en aluminium.[8] La publication, conformément à sa ligne éditoriale récurrente de méfiance envers cet alliage, reproduit ces témoignages sans réserve critique.[9]

Brèves diverses

Cette rubrique rassemble de courtes notices factuelles sur des sujets variés. On y apprend notamment que la France construit à Saint-Nazaire le plus long navire jamais construit, dépassant 1 000 pieds de long, et que le salaire hebdomadaire moyen des 38 000 ouvriers du textile américain n'était en 1928 que de 15,66 dollars.[10] La rubrique signale également que la Chine s'est dotée d'une langue écrite unifiée pour surmonter la confusion de ses multiples dialectes parlés, et rapporte qu'une famine dans le Kansu chinois avait entraîné une hostilité réciproque entre chiens et humains.[11] D'autres notices traitent du taux de chômage parmi les Noirs de Philadelphie (29,2 %), de la reconversion des plantations de café brésiliennes en champs de blé, des dangers pour la santé des femmes qui cherchent à rester minces en fumant et en mangeant insuffisamment, et des sécheresses sévissant en Arménie et en Afrique du Sud-Ouest.[12]

La rubrique mentionne en outre la mise au point d'un visiophone bidirectionnel permettant à des correspondants de New York et San Francisco de se voir mutuellement lors d'une conversation téléphonique, les images mesurant environ un pied carré.[13] Une notice évoque un nourrisson chinois d'un an dont les convulsions dues à la dentition avaient conduit une mère à faire appel à un « docteur à l'aiguille » pratiquant mille piqûres pour chasser le démon ; l'enfant, abandonné dans la rue, avait été sauvé par un missionnaire.[14]

Nouvelles brèves supplémentaires

Cette section regroupe d'autres nouvelles brèves. Le Canadian National a inauguré le 27 avril le train le plus rapide du continent américain pour la distance couverte, reliant Montréal à Chicago en 18 heures et 15 minutes.[15] Le nombre de chômeurs dans le monde est estimé à 16 millions, dont un quart aux États-Unis ; l'Allemagne en compte 2 800 000, la Grande-Bretagne 1 621 800 et la Russie 1 500 000.[16]

La publication rapporte qu'un riche propriétaire terrien de Louisiane a été condamné à dix-huit mois de pénitencier pour avoir enchaîné des Noirs à des arbres afin de les empêcher de fuir sa plantation.[17] Une notice évoque la prouesse des paquebots allemands Bremen et Europa, qui ont battu le record de la Mauretania de neuf heures et 28 minutes.[18] Des ingénieurs viennois auraient mis au point un dispositif permettant de transmettre le son directement d'un fil électrique au cerveau sans récepteur téléphonique, ce qui semblerait prouver que la transmission nerveuse est un phénomène électrique.[19] Un autre bref article soulève l'ironie du gouverneur de Papouasie qui aurait décrit les vaccinateurs comme « un grand diable noir » pour inciter les chefs indigènes à se faire vacciner.[20]

Nouvelles brèves (suite)

Cette page comprend plusieurs nouvelles brèves supplémentaires. Le professeur Howard Patterson de la Wharton School décrit comment les convoyeurs automatiques dans les usines sont délibérément réglés à la vitesse correspondant à la capacité de travail forcé d'un ouvrier nouvellement embauché.[21] Une étude des décès parmi les diplômés de Dartmouth depuis 1868 montrerait que les fumeurs de cigarettes meurent en moyenne dix ans plus tôt que les non-fumeurs.[22] La publication signale que des étudiants de l'Université de l'Illinois ont reçu gratuitement un carton de cigarettes « Old Gold ».[23]

Le professeur Robert A. Millikan est cité pour avoir souligné l'importance de la découverte que l'univers est encore en formation et que tous les éléments chimiques sont des multiples exacts du poids de l'hydrogène, concluant que « le Créateur est continuellement à l'œuvre ».[24] Des fouilles récentes révèlent que la ville d'Ur des Chaldéens, patrie d'Abraham, était entourée d'un mur de briques de grande dimension et presque entièrement cernée par les eaux de l'Euphrate.[25] La Chambre de commerce des États-Unis est critiquée pour sa position selon laquelle le gouvernement devrait s'abstenir d'intervenir dans tout secteur pouvant être exploité par l'entreprise privée.[26]

Nouvelles brèves (justice, chiropratique, économie)

Cette page rassemble d'autres brèves. La publication relate deux anecdotes judiciaires contrastées : à Elyria (Ohio), un homme ayant volé dix cents est condamné à dix ans de pénitencier, tandis qu'un président de compagnie sidérurgique est poursuivi pour s'être approprié près de trente-cinq millions de dollars issus des brevets d'un inventeur pauvre.[27] Jack Wilbur, président de la Federated Novelty Acts, est cité pour témoigner que les ajustements chiropratiques ont prolongé la carrière des acrobates, qui peuvent désormais exercer jusqu'à 55 ou 60 ans au lieu de s'arrêter à 35.[28]

D'autres notices évoquent la liste de trois cents communistes dressée par le commissaire de police new-yorkais Whalen à l'intention des employeurs, le nombre de millionnaires américains multiplié par quatre entre 1922 et 1929, et une tragique histoire d'un jeune homme de Buffalo abattu par un policier alors qu'il volait un pain pour nourrir sa famille sans ressources.[29]

Nouvelles brèves (guerre, religion, politique)

Cette page comprend plusieurs nouvelles brèves supplémentaires. Le coût de la participation américaine à la Première Guerre mondiale est chiffré à 51 400 000 000 dollars, soit environ 2 000 dollars par famille.[30] Un article intitulé « Why Revivals Are Harmful » (Pourquoi les réviveaux sont nuisibles) cite un professeur de l'Université de New York qui affirme que ces manifestations religieuses sont « nuisibles parce qu'elles sont mentalement malsaines. Elles ne font appel ni aux aspects supérieurs ni aux aspects les plus raffinés de la nature humaine, mais toujours aux aspects les plus bas et les plus faibles ».[31]

Un autre bref article narre l'épisode d'un boulanger qui, entendant des bruits dans une église catholique du Sacré-Cœur à La Porte (Indiana), s'y précipita et aspergea de pâte de pain le visage d'un orateur, qui s'avéra en fait innocent du trouble initialement perçu.[32] La publication rapporte aussi que sur deux millions d'écoliers new-yorkais, cinquante-cinq seulement assistèrent à une tentative de défilé communiste ; onze de leurs parents furent condamnés à une amende ou à la prison.[33] Un article bref interroge le rôle de l'aumônier militaire, le décrivant comme un assistant des autorités militaires dans la conservation de la moralité et du patriotisme, ce qui amène la revue The World Tomorrow à demander s'il continuera à l'être pour toujours.[34]

Le comité de l'A.M.A. sur les aliments

Cet article décrit la campagne publicitaire organisée par l'Association Médicale Américaine, financée par les fabricants de produits alimentaires : les aliments approuvés par l'association porteront un emblème en forme de bouclier avec les mots « Accepted by the Committee on Foods of the American Medical Association ».[35] La publication ironise en suggérant que les médecins auraient dû ajouter sur les étiquettes la mention « Ne pas chauffer ni laisser reposer dans de l'aluminium », ce qu'elle juge peu probable.[36]

Voulons-nous une unité monétaire honnête

Cet article signé W. E. Brotaw s'appuie sur des données publiées dans un numéro précédent de The Golden Age : en 1927, les revenus agrégés de 11 112 personnes s'élevaient à environ trois milliards de dollars, tandis que les salaires de 868 581 travailleurs ne dépassaient pas neuf cents millions de dollars.[37] L'auteur affirme que cette disparité tient à ce que l'unité monétaire (le dollar) fixe un prix non seulement au travail humain mais aussi à la propriété elle-même. Il soutient que si le prix de chaque bien était mesuré uniquement par la durée du travail humain nécessaire à sa production, les revenus tirés de la seule possession disparaîtraient.[38]

L'emprise de la maison Morgan

Cet article dénonce la situation des habitants de la vallée de Lackawanna, dont beaucoup sont au chômage en raison du marasme du charbon dur, et qui achètent leur courant électrique à la Scranton Electric Company, liée à la Morgan Power Trust. La publication affirme que le coût de production du kilowatt-heure ne devrait pas dépasser un quart de cent, alors que les consommateurs paient neuf cents.[39] Elle souligne qu'au 1er mars 1928, pour dissimuler ses profits colossaux, la compagnie ajouta 3 571 000 dollars à la valeur de ses actions ordinaires sans aucune contrepartie réelle d'actifs, et que les jeunes couples qui perdent leurs maisons sont censés payer de généreuses rentes sur cette somme fictive à la maison Morgan.[40]

Quand le monde est devenu fou — récit de guerre

Ce récit de guerre rédigé par Daniel E. Morgan et présenté comme un témoignage vécu relate les combats dans les Bois de Belleau lors de la Première Guerre mondiale. Le narrateur décrit l'impossibilité de traverser les bois sans abri sous le feu des mitrailleuses, la recherche de nourriture parmi les cadavres des soldats ennemis, et la consommation de bière rassie prélevée dans les gourdes des Allemands morts.[41]

Illustration parue dans le numéro du 11 juin 1930, accompagnant le récit de guerre de Daniel E. Morgan, représentant un soldat et une inscription évoquant le droit à la liberté de culte.

Le récit se poursuit avec la description des ordres absurdes reçus par les soldats, qualifiés de « ordres stupides, ordres suicidaires », intimant aux mitrailleuses d'ouvrir le feu sur des points précis pendant quinze minutes par heure toute la nuit, signalant ainsi leur position à l'ennemi.[42] L'auteur décrit l'ingéniosité déployée par les soldats pour obéir aux ordres tout en camouflant leur position, notamment en tirant à travers des manteaux humides pour dissimuler les éclairs.[43]

Illustration accompagnant la suite du récit de guerre, représentant un roi et ses sujets, symbolisant les puissances gouvernantes dénoncées dans l'article.

Le récit évoque ensuite les milliers de morts laissés sans sépulture dans la chaleur de juillet, dont les corps se décomposaient en prenant une teinte bleu-noirâtre.[44] Il cite un extrait du New York American du 2 août 1919 indiquant que lors des quarante jours de combat, la 2e Division américaine avait perdu 9 131 hommes tout en s'emparant de 1 680 prisonniers et en stoppant l'avance allemande sur Paris.[45] Le texte décrit également la contre-attaque ennemie, avec ses tirs d'artillerie concentrés sur Belleau Wood, les hommes à bout de forces attendant une issue inconnue, et la trêve relative qui permit finalement aux soldats de se laver, se raser et de découvrir qu'ils étaient couverts de poux.[46] L'auteur conclut en évoquant les lettres de sa fiancée, seul lien avec la vie civile, et la censure qui l'empêchait de lui répondre librement.[47]

La valeur du diplôme de baccalauréat

Cet article de David Smisman examine l'origine et la signification actuelle des cérémonies de remise de diplômes dans les universités américaines. L'auteur constate que les diplômés n'ont aujourd'hui aucun des privilèges qui justifiaient autrefois l'expression « l'honneur académique » : ils paient des impôts, peuvent être arrêtés et enrôlés dans les forces armées comme n'importe quel citoyen, et les enseignants sont moins respectés que les autres professionnels.[48]

Retraçant l'histoire des universités médiévales, l'article explique que les droits originels des étudiants comprenaient l'exemption fiscale, l'exemption du service militaire, l'exemption de juridiction civile et le droit d'enseigner sans examen supplémentaire.[49] L'auteur rappelle les origines des grandes universités européennes : Paris autour des enseignements d'Abélard, Bologne grâce au juriste Irnerius, et Salerne grâce aux travaux de Constance l'Africain.[50] Il décrit la vie estudiantine médiévale avec ses excès, ses rivalités nationales et ses conflits récurrents entre « town and gown », avant de conclure que le terme « baccalauréat » est désormais une survivance vide de sens.[51]

Jeunes et vieux (poème)

La publication reproduit le poème « Young and Old » de Charles Kingsley (1819-1875), évoquant en deux strophes l'enthousiasme de la jeunesse et la mélancolie de la vieillesse.[52]

Une chute d'eau : votre servante ou votre maîtresse

Cet article invite les lecteurs qui voyagent en voiture, en train ou en avion durant l'été à considérer les cours d'eau, lacs et chutes d'eau non seulement comme des beautés naturelles, mais comme des réservoirs d'énergie appartenant au peuple. La publication dénonce la campagne menée par les compagnies du Power Trust, qui dépensent des millions de dollars dans les écoles, les universités et les journaux pour convaincre le public qu'il est incapable de gérer lui-même ces ressources.[53] Elle exhorte le citoyen à résister à ces pressions et à préserver les sites hydrauliques comme « les armes de la nation contre la misère ».[54]

Une question et une réponse

Cette rubrique répond à une question radiodiffusée portant sur ce que la Bible dit au sujet de la Prohibition. La publication soutient que ni l'Écriture ni le bon sens ne permettent de justifier la Prohibition, mais que l'intempérance — c'est-à-dire l'usage immodéré des boissons alcoolisées — est condamnée dans la Bible au même titre que l'intempérance de langage ou de conduite.[55] Elle cite plusieurs textes bibliques, dont Genèse 27:28, Nombres 6:20, Jean 2:3-10, 1 Timothée 3:8, 1 Timothée 5:23 et Tite 2:3, pour démontrer que l'usage modéré du vin était approuvé par Dieu.[56] La publication conclut que la loi de Prohibition est « le résultat de l'exercice de la sagesse humaine, que Dieu appelle folie », et que seul le Royaume du Christ pourra éliminer véritablement l'ivrognerie.[57]

Les drogués en prison

Cette brève notice indique que les statistiques pénitentiaires montrent une augmentation de 50 % de la population carcérale américaine depuis l'entrée en vigueur de la Prohibition, et que 43 % des détenus sont des toxicomanes ou des contrevenants à l'amendement sur la Prohibition.[58]

Calomnier Dieu

Cet article est la retranscription d'une conférence radiodiffusée par le juge Joseph Rutherford depuis la station WBBR de New York. Il développe la thèse que Jehovah Dieu a fréquemment été calomnié par des hommes qui prétendent parler en son nom, en particulier par des organisations religieuses profanes qui se réclament de son autorité tout en agissant contrairement à sa Parole.[59]

La conférence prend pour cas d'espèce la Ligue Anti-Saloon, dont le surintendant avait témoigné devant une commission du Sénat américain que la Ligue « est née de Dieu. Elle a été conduite par Lui et combattra tant qu'Il la dirigera ».[60] Rutherford examine cette affirmation à la lumière de Matthieu 7:15-16, selon lequel on reconnaît les faux prophètes à leurs fruits, et conclut que les fruits de la Ligue — bootleggers, meurtres d'innocents par des agents de l'État, corruption, mensonge — prouvent qu'elle n'est pas l'œuvre de Dieu.[61]

La Ligue est en outre accusée de s'être fait le bras séculier du monde politique : son surintendant a admis que 90 % des activités de la Ligue gravitent autour de l'élection de candidats à des fonctions publiques, ce qui, selon Rutherford, est contraire à l'exemple de Jésus, qui refusa tout rapport avec la politique du monde.[62] Il cite Jean 18:36-37 et Jacques 4:4 pour démontrer que l'amitié avec le monde est inimitié avec Dieu.[63]

Rutherford étend ensuite sa critique à l'ensemble du « Christianisme organisé », qu'il présente comme le plus grand instrument d'hypocrisie jamais existé, jouant entre les mains de Satan et détournant les peuples de Dieu.[64] Il déclare sans hésitation que « la Prohibition en Amérique est un stratagème de Satan le Diable, dont le but est d'éloigner les gens de Jéhovah Dieu ».[65] La conférence se conclut par une évocation de la bataille d'Harmaguédon, présentée comme prochaine, et par une invitation à étudier la Bible pour comprendre le gouvernement de Dieu sous Christ, renvoyant les auditeurs au livre Government.[66] Rutherford annonce une suite radiodiffusée le dimanche suivant sur les péchés présomptueux du « Christianisme organisé » en rapport avec le 18e amendement à la Constitution américaine.[67]

Le colportage dominical

Cet article, signé par un officier de police new-yorkais, fournit aux colporteurs des Étudiants de la Bible des instructions pratiques pour faire face aux tentatives d'arrestation lors de leur activité le dimanche. Il distingue les contraventions (misdemeanors) des délits graves (felonies) et explique qu'un officier de police ne peut arrêter un colporteur pour une contravention que s'il en est lui-même témoin direct ou si une tierce personne dépose plainte et l'accompagne au poste.[68] L'article conseille au colporteur de rester calme, de se déclarer poliment en train de prêcher l'Évangile selon ses droits constitutionnels, et de refuser avec courtoisie toute invitation à se rendre au poste sans mise en arrestation formelle, car « les agents de police, dans neuf cas sur dix, n'ont pas une connaissance exacte de la loi relative au colportage dominical ».[69]

Onde radio téléphonique

Cette courte notice rapporte l'expérience de deux garçons de Fredonia (Pennsylvanie) qui, écoutant la station WKBN de Youngstown (Ohio), entendirent un appel téléphonique privé transmis involontairement par les ondes radio ; la correspondance ultérieure avec la famille confirma l'heure et la nature de l'appel, Fredonia se trouvant sur la ligne directe entre le récepteur et l'émetteur.[70]

Analyse

Croyances

L'article de fond « Vers l'entreprise ultime » illustre une interprétation eschatologique de la concentration économique qui s'inscrit dans la continuité du cadre prophétique développé par la Watch Tower depuis les années 1870 : l'histoire humaine est lue comme un déroulement prévisible conduisant à l'instauration du Royaume du Christ.[71] La formulation selon laquelle le Christ, et non J. P. Morgan, sera la « tête dirigeante » ultime de l'unique entreprise mondiale n'est pas un simple ornement rhétorique : elle mobilise explicitement la notion de gouvernement mondial unique sous Christ, thème central du cadre doctrinal watchtowerien qui opposait le Royaume à venir à toute domination humaine, qu'elle soit politique, financière ou religieuse.[72]

L'utilisation de données économiques vérifiables — cycles septénnaux de dépression depuis 1893, chiffres de fusions bancaires, parts de marché automobile, cartels européens — remplit une fonction argumentative précise dans cette lecture prophétique : chaque fait statistique est présenté comme un signe de la marche inexorable vers ce gouvernement unique, ce qui ancre la prophétie dans une réalité contemporaine observable.[73] La mise en parallèle de la concentration monopolistique américaine avec les cartels européens, notamment l'Allemagne, reflète la compréhension que la consolidation économique est un phénomène mondial et non national, ce qui renforce l'universalité de la prophétie.[74]

L'identification de la chaîne A&P à « Babylone la Grande » par le biais du numérotage de ses magasins et de l'allusion à la marque de la Bête (Apocalypse 13:17-18) constitue une application de la méthode exégétique typologique : une réalité commerciale contemporaine est lue comme l'accomplissement littéral d'une prophétie biblique.[75] Cette méthode, constante dans la publication à cette époque, assimile les grandes structures économiques et religieuses du monde présent à l'entité babylonienne décrite dans l'Apocalypse, identifiée au « Christianisme organisé » et à ses alliés séculiers.

La conférence radiodiffusée de Joseph Rutherford intitulée « Calomnier Dieu » développe une doctrine ecclésiologique précise : l'organisation religieuse qui prétend parler au nom de Dieu tout en s'alliant au pouvoir politique ou en s'en remettant à la « sagesse humaine » est, par définition, un instrument de Satan.[76] L'application de Matthieu 7:15-16 à la Ligue Anti-Saloon suit un raisonnement christologique : les « fruits » de toute organisation prétendument divine sont le critère de discernement de sa véritable origine, divine ou satanique. La conclusion que « la Prohibition en Amérique est un stratagème de Satan le Diable, dont le but est d'éloigner les gens de Jéhovah Dieu » prolonge cette logique en attribuant directement à l'Adversaire une législation étatique précise.[77]

Cette dénonciation de la Prohibition comme œuvre satanique est cohérente avec la position exégétique développée dans la rubrique « Une question et une réponse », où la publication défend l'usage modéré du vin à partir d'une série de passages scripturaires allant de Genèse 27:28 à Jean 2:3-10.[78] La Prohibition est ainsi condamnée à deux niveaux distincts mais articulés : au niveau exégétique, comme contraire aux Écritures qui approuvent l'usage modéré des boissons fermentées ; au niveau eschatologique, comme manifestation d'un complot diabolique visant à détourner les hommes de Jéhovah. La formulation selon laquelle la loi de Prohibition est « le résultat de l'exercice de la sagesse humaine, que Dieu appelle folie » renvoie à 1 Corinthiens 1:20 et place la législation humaine dans la catégorie théologique de la « sagesse de ce monde » opposée à la sagesse divine.[79]

La citation du professeur Robert A. Millikan affirmant que « le Créateur est continuellement à l'œuvre » est sélectionnée comme caution scientifique de la croyance en un Dieu actif dans la création continue.[80] Cette pratique de mobiliser des autorités scientifiques pour confirmer des positions créationnistes est une constante éditoriale de la publication, qui intègre les données de la cosmologie contemporaine dans un cadre théologique. La mention des fouilles d'Ur des Chaldéens remplit une fonction analogue : l'archéologie confirme la réalité historique du récit biblique et, partant, la fiabilité des prophéties bibliques concernant l'avenir.[81]

La notice sur l'aluminium reproduisant les témoignages d'un lecteur sur les empoisonnements présumés attribués à cet alliage s'inscrit dans une campagne durable de la publication, documentée comme ayant mobilisé plus de 130 articles entre 1925 et 1969, et principalement alimentée par le dentiste presbytérien Charles Truax Betts, dont les thèses étaient soutenues par l'éditeur Clayton Woodworth.[82] La publication reproduit ces témoignages sans réserve critique, ce qui est conforme à la posture éditoriale de méfiance systématique envers la médecine institutionnelle observable dans d'autres numéros de la même période.

Organisation et histoire

Ce numéro du 11 juin 1930 publie, en position centrale, la retranscription d'une conférence radiodiffusée par Joseph Rutherford depuis la station WBBR de New York, dénonçant la Ligue Anti-Saloon et le « christianisme organisé ». La diffusion d'allocutions de Rutherford par voie radiophonique constituait alors un vecteur de propagation du message de l'organisation aux États-Unis, la station WBBR, appartenant à la Watch Tower, étant utilisée à cette fin depuis 1924.[83]

Le numéro inclut également un article pratique signé par un officier de police new-yorkais, donnant aux colporteurs des instructions juridiques précises pour faire face aux tentatives d'arrestation lors du colportage dominical. La publication de telles informations en 1930 témoigne des difficultés rencontrées par les membres de l'organisation dans l'exercice de leur activité missionnaire et de la conscience croissante des droits constitutionnels susceptibles de les protéger.[84]

La rubrique consacrée à l'aluminium illustre la ligne éditoriale de la publication sous la direction de Clayton Woodworth, dont les historiens ont noté l'intérêt marqué pour les thèses pseudo-médicales. Selon l'historien James Penton, ce genre d'articles eut des répercussions concrètes sur le comportement des membres de l'organisation, qui attribuaient fréquemment leurs maladies à l'utilisation d'ustensiles en aluminium.[85] Le professeur Jerry Bergman, ayant analysé ces articles, conclut qu'ils furent « manifestement écrits par des gens qui étaient extrêmement naïfs et avaient peu ou aucune formation en médecine et en sciences », selon la synthèse qu'en donne la page Aluminium de ce wiki.[86]


Illustrations du numéro

Références

  1. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 579.
  2. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 579.
  3. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 580.
  4. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 582.
  5. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 582.
  6. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 583.
  7. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 584.
  8. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 584.
  9. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 584.
  10. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 585.
  11. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 585.
  12. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 585.
  13. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 585.
  14. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 585.
  15. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 586.
  16. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 586.
  17. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 586.
  18. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 586.
  19. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 586.
  20. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 586.
  21. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 587.
  22. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 587.
  23. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 587.
  24. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 587.
  25. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 587.
  26. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 587.
  27. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 588.
  28. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 588.
  29. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 588.
  30. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 589.
  31. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 589.
  32. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 589.
  33. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 589.
  34. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 589.
  35. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 590.
  36. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 590.
  37. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 590.
  38. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 590.
  39. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 590.
  40. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 590.
  41. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 591.
  42. L'Âge d'Or du 11 juin 1930, p. 592.
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