La Tour de Garde du 15 août 1930
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| La Tour de Garde du 15 août 1930 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1930 |
| Année | 1930 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro est dominé par une exégèse prophétique de la vision de l'image colossale en Daniel 2:31, dans laquelle chaque composante métallique de la statue est systématiquement rattachée à l'organisation universelle de Satan, depuis la tête d'or représentant Lucifer jusqu'aux pieds d'argile symbolisant les structures religieuses, politiques et commerciales du monde contemporain. Cette lecture dualiste du cosmos, opposant l'organisation de Dieu à celle de l'adversaire, constitue le fil conducteur doctrinal du numéro.
Contenu
La grande image (deuxième partie)
La tête
Cet article constitue la deuxième partie d'une étude prophétique consacrée à l'image colossale décrite en Daniel 2:31. La publication affirme que cette image représente l'organisation de Satan dans son intégralité, visible et invisible, dont Lucifer en constitue la tête symbolisée par l'or.[1]
Selon l'interprétation proposée, l'organisation universelle de Dieu porte le nom de « Sion », son épouse symbolique, tandis que l'organisation adverse de Satan est désignée sous le nom de « Babylone ».[2] La publication soutient que Lucifer, avant sa déchéance, avait reçu de Dieu une organisation d'origine divine, ce qui justifie le symbole de l'or pour représenter sa tête : « L'organisation de Lucifer, étant d'origine divine, est justement symbolisée par l'or en tant que tête de cette organisation. Le fait qu'elle ait ensuite été tournée vers la méchanceté ne changerait en rien le symbole originel. » [3]
Nabuchodonosor est présenté non pas comme le véritable chef de cette organisation, mais comme le représentant visible de Satan sur terre, ce que la publication illustre par l'épisode de l'érection de l'image d'or décrite en Daniel 3:1.[4] L'article conteste explicitement l'application traditionnelle du texte de Paul sur la soumission aux autorités, en soutenant que « la déclaration de Paul s'applique et s'applique exclusivement à l'organisation de Dieu. Les puissances des nations de cette terre n'ont jamais été "ordonnées par Dieu". Satan a été leur dieu en défi envers Jéhovah » [5]
La publication décrit ensuite les différentes parties de l'image selon une hiérarchie invisible au sein de l'organisation satanique. L'argent et le cuivre représentent respectivement des ordres inférieurs à Lucifer, c'est-à-dire des princes invisibles tels que le « prince de Perse » et le « prince de Grèce » évoqués en Daniel 10:13.[6] Les jambes de fer symbolisent, selon cette lecture, l'ensemble des puissances mondiales depuis l'Égypte jusqu'à l'époque contemporaine, toutes comprises dans l'organisation de Satan, et non pas seulement l'empire romain comme certains commentateurs l'auraient prétendu.[7]
Les pieds et les orteils, composés de fer et d'argile, représentent les trois composantes visibles de l'organisation de Satan : les éléments commerciaux, politiques et religieux. La publication insiste sur le rôle de l'élément religieux qualifié de « l'écran hypocrite pour dissimuler le véritable but mauvais des puissances dirigeantes. Il a été le camouflage et l'instrument principal de l'hypocrisie. » [8] Le « christianisme organisé » est présenté comme l'élément religieux des puissances dirigeantes contemporaines, et la Société des Nations comme une prétention à représenter le royaume de Dieu sur terre.[9]
La pierre
La publication identifie « la pierre » de la prophétie de Daniel comme l'exécutant divin et le prêtre de Dieu, chef de son organisation, en l'occurrence Jésus-Christ.[10] L'article développe l'idée que la « pierre taillée sans mains » provient de la montagne représentant l'organisation universelle de Dieu, et correspond à l'enfantement du « fils mâle » par Sion évoqué en Isaïe 66:7-8.[11]
La fidélité de Jésus face aux tentations de Satan est présentée comme la condition de son élévation au rang de tête de la nouvelle organisation divine. La publication souligne que Jésus « alla dans la mort sans rien, pas même un endroit où reposer sa tête. En raison de sa fidélité, Dieu le releva de la mort » [12]
Les 144 000 membres de la classe des « pierres vivantes » sont présentés comme étant en cours d'achèvement après dix-neuf siècles de préparation.[13] L'article décrit deux moments de l'établissement de la « pierre » : d'abord en miniature, lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem, où les chefs religieux le rejetèrent ; ensuite en 1914, date à laquelle il prit le pouvoir comme Roi, puis en 1918, lors de sa venue au temple pour le jugement.[14] Les religieux de l'époque contemporaine, assimilés aux Pharisiens, sont accusés d'avoir rejeté Christ Roi et de s'être alliés à l'organisation de Satan en soutenant la Société des Nations.[15]
L'article conclut que la destruction totale de l'organisation satanique à Armageddon est imminente, que les royaumes de la terre seront brisés conformément à Daniel 2:44, et que le règne de Christ apportera la paix aux hommes et aux animaux, les bêtes sauvages étant elles aussi soumises en raison du transfert de l'autorité jadis confiée à Lucifer.[16]
Questions pour l'étude bérienne
La rubrique des questions d'étude bérienne, destinée à l'approfondissement collectif du contenu de l'article principal, comprend quarante questions numérotées couvrant l'ensemble des paragraphes de l'article sur la grande image.[17] Ces questions portent notamment sur l'identification de Nabuchodonosor comme représentant de Satan, sur la signification des différentes parties métalliques de l'image, sur l'interprétation des « legs of iron » comme représentant toutes les puissances mondiales depuis l'Égypte, et sur l'identification de la « pierre » avec Christ Jésus en tant que Roi oint de Jéhovah.[18]
Vous êtes le corps de Christ
Cet article est présenté comme une conférence radiophonique de trente minutes.[19] Il développe la doctrine du « corps de Christ », en partant du constat que la majorité des chrétiens associent à tort cette expression au corps charnel de Jésus cloué sur la croix. La publication soutient, en s'appuyant sur 1 Corinthiens 15:50, que « il n'existe aucun verset dans la Bible qui dise que Jésus a emporté son corps charnel au ciel pour paraître en la présence de Dieu avec lui. » [20]
L'article développe une analogie avec le grand prêtre Aaron, dont le rituel annuel du Yom Kippour consistait à porter non pas les chairs des animaux sacrifiés dans le sanctuaire, mais uniquement leur sang aspergé sur le propitiatoire.[21] La publication en déduit que Jésus, en tant que grand prêtre de Dieu, n'a pas emporté sa chair au ciel mais la valeur de sa vie humaine parfaite, représentée par le sang.[22]
S'appuyant sur 1 Pierre 3:18, l'article soutient que Jésus fut « mis à mort dans la chair, mais rendu vivant dans l'esprit » et qu'il fut ressuscité en tant qu'être spirituel de nature divine.[23] Les apparitions de Jésus pendant les quarante jours suivant sa résurrection sont expliquées par le fait qu'il matérialisait des corps humains temporaires afin de se rendre visible à ses disciples, ce que la publication compare aux apparitions d'anges dans l'Ancien Testament.[24] Quant au corps littéralement crucifié, la publication affirme que Dieu en aurait disposé miraculeusement, « vraisemblablement en le dissolvant en poussière, afin que son "saint" Jésus ne soit pas soumis à la corruption. » [25]
La seconde partie de l'article développe la doctrine proprement dite du « corps de Christ » en tant qu'entité collective. La publication s'appuie sur l'épisode de la conversion de Paul — alors nommé Saül — sur le chemin de Damas (Actes 9:3-6), et sur la question que Jésus lui posa : « Pourquoi me persécutes-tu ? » La publication commente que Saül persécutait les membres du corps de Christ et que, ce faisant, il persécutait Jésus lui-même, ce qui établit l'identité entre Christ et son corps terrestre collectif.[26]
En citant Éphésiens 1:20-23 et 1 Corinthiens 12:12, l'article conclut que la véritable Église de Dieu est ce « corps de Christ », et que « le "Christ" de la Bible n'est pas une seule personne, à savoir Jésus seul, mais est constitué de plusieurs. » [27] L'onction divine reçue par les membres du corps de Christ est illustrée par l'image de l'huile d'onction coulant de la tête d'Aaron sur sa barbe et son vêtement (Psaume 133:1-2), représentant l'onction de l'esprit qui, descend de Jésus en tant que tête vers les membres fidèles du corps.[28]
L'article conteste explicitement le droit de quiconque d'ordonner des prédicateurs au nom de Dieu, et critique le fait que des hommes soient ordonnés par d'autres hommes comme représentants du christianisme sans croire en Dieu, en Christ ni en l'infaillibilité de la Bible, acceptant à la place la théorie de l'évolution et la haute critique.[29] Le nombre des membres du corps de Christ est fixé à « Selon le livre de l'Apocalypse, Dieu a prédéterminé l'effectif du corps de Christ à exactement cent quarante-quatre mille. » [30] La publication affirme que l'ère chrétienne touche à sa fin, que le nombre complet des membres est sur le point d'être atteint, et que les derniers membres se trouvent actuellement sur terre, proclaiment l'évangile du royaume par la radio et en frappant aux portes des foyers.[31]
Le colportage sous les difficultés
Cette rubrique présente deux lettres de terrain adressées par le colporteur F. J. Franske depuis Terre-Neuve au cours de l'été 1930, rendant compte d'une mission d'évangélisation maritime organisée par la Société Watch Tower le long des côtes de Terre-Neuve et du Labrador.[32]
La première lettre, datée du 15 juin 1930 depuis Inglee, Canada Bay, décrit le départ de l'expédition à bord du bateau Morton mis à disposition par la Société. Le récit mêle les vicissitudes physiques de la navigation — tempête immobilisant le navire, épais brouillards imposant des demi-tours, champs de glace dérivante et icebergs obligeant l'équipage à repousser les glaces à la gaffe — et les premiers succès de placement de livres auprès des populations côtières isolées. Franske note que « Les gens semblaient très aimables et nous leur avons laissé un bon nombre de livres. Ils envahirent le pont et descendirent dans les cabines ; des barbes, des têtes hirsutes, des pantalons rapiécés et de hautes bottes en caoutchouc se voyaient partout. » La lettre se termine sur une note d'optimisme missionnaire, exprimant la confiance que la bénédiction divine accompagnera la saison.[33]
La seconde lettre, datée du 22 juin 1930 depuis Big Bráhat, Terre-Neuve, rend compte de la première semaine complète d'activité du bateau, avec un total de 703 publications placées.[34] Franske décrit l'accueil enthousiaste des habitants, l'activité se prolongeant parfois jusqu'à vingt-trois heures trente pour répondre aux demandes de livres du juge Rutherford et d'un recueil de cantiques. Il rapporte également la visite rendue au docteur Grenfell, fondateur de la célèbre mission médicale de Saint-Anthony, qui reçut aimablement l'équipage à son bord, fit visiter l'hôpital et l'orphelinat de la mission, et adressa ses salutations à la Société.[35] La lettre souligne l'harmonie régnant au sein de l'équipage et se conclut par une action de grâce pour les privilèges accordés par le Seigneur dans ce travail de témoignage en région isolée.[36]
Lettres : radio et travail de terrain
Cette section rassemble plusieurs lettres de lecteurs et de colporteurs adressées principalement à Joseph Rutherford, témoignant de l'effet conjugué de la radiodiffusion et du travail de porte-à-porte sur l'évangélisation.[37]
Un correspondant de Virginie, Henry L. Bachmark, rapporte avoir entendu Rutherford lors d'une émission en réseau depuis Wheeling le 15 juin et observe que les conférences radiophoniques facilitent considérablement la réception des publications lors des visites à domicile. Il évoque notamment une dame ayant reçu douze livres et un conducteur de tramway dont l'épouse, devenue auditrice régulière des émissions du dimanche, avait abandonné son église.[38]
Une lettre de sœur L. M. Mendeshall, du Nebraska, rapporte l'anecdote d'un pasteur qui aurait quitté Lincoln et son emploi, déclarant ne pouvoir rien faire tant que les conférences radiophoniques de Brooklyn occupaient l'attention de ses fidèles. La correspondante décrit une église nouvellement construite ne rassemblant plus guère que quelques personnes, attribuant ce déclin à l'influence des émissions.[39]
Une lettre signée « Les Larkins », de Washington, exprime la reconnaissance du couple envers Rutherford pour les numéros récents de la Tour de Garde, et décrit « la vérité présente qui devient de jour en jour plus riche et plus satisfaisante. Nous apprécions de plus en plus le service. » [40]
L'ecclésia allemande de Cleveland fait part, au nom de son assemblée, de sa résolution collective d'exprimer son appréciation de la loyauté et du zèle de Rutherford à proclamer le nom de Jéhovah, et souligne l'intérêt suscité par les émissions en réseau, que les membres utilisent parfois en préparation de leurs visites à domicile.[41]
Une correspondante identifiée comme colporteure, sœur Sarah Wallace, décrit plusieurs semaines de travail pionnier en compagnie de ses deux jeunes filles, dont elle rend compte avec humilité, se comparant à un colporteur moyen. Elle exprime une gratitude particulière pour « l'explication claire et raisonnable, dans l'un des récents numéros de la Tour de Garde, permettant de savoir si l'on fait partie des oints » [42]
Eaux saumâtres guéries
J. L. Kunike, de Pennsylvanie, lecteur de la Tour de Garde depuis quarante et un ans à la date de la rédaction, offre un bilan rétrospectif de sa lecture du périodique, affirmant que l'année écoulée constitue l'une des plus riches en révélations depuis ses débuts. Il cite plusieurs articles marquants, notamment l'explication par Rutherford du fait que la Grande Pyramide de Gizeh ne serait pas l'« autel au milieu du pays d'Égypte » mentionné en Ésaïe — renversant ainsi une interprétation longtemps défendue par l'organisation — ainsi qu'une nouvelle lecture de Romains 13 selon laquelle ce passage ne se référerait pas aux puissances gouvernementales mondiales. Il évoque également l'explication du livre de Job comme une « Bible en miniature ».[43] Pour justifier les développements doctrinaux survenus depuis la mort de Charles Taze Russell, Kunike rappelle que Russell lui-même avait prédit que, comme Élisée avait guéri les eaux saumâtres, la vérité serait davantage clarifiée durant la période élisaïque.[44]
Appréciation croissante du Très-Haut
Geo. M. Rea, de l'Ohio, abonne de longue date, écrit pour exprimer son admiration croissante envers la Tour de Garde et la conduite de la Société par Rutherford, évoquant les acquisitions successives d'imprimeries et de machines destinées à produire des livres pour l'évangélisation. Il souligne « combien merveilleusement la "lumière" a augmenté depuis que le Seigneur est venu à son temple » et exprime sa gratitude pour les articles récents traitant de la Maison Royale du Seigneur et de la question de l'onction. Il développe une réflexion théologique sur la perfection de l'œuvre divine en prenant l'exemple de la création de l'univers, en référence à Deutéronome 32:4, et conclut que « lorsque la créature sait et comprend que Dieu n'a pas besoin d'un plan, son appréciation du Très-Haut s'élargit » [45]
Une averse de vérité
H. A. Crampton, de l'Ohio, abonné à la Tour de Garde depuis 1914, confie avoir délibérément attendu avant d'écrire à Rutherford pour ne pas lui faire perdre son temps, mais ne peut s'empêcher d'exprimer sa joie en 1930, qu'il décrit comme l'année la plus riche spirituellement depuis son entrée dans « la vérité » en 1911. Il affirme que « les Tours de Garde de 1930 contiennent plus de matière qui m'a apporté une grande bénédiction que tous les numéros précédents » Il exprime également sa compassion pour les anciens lecteurs ayant laissé leur abonnement se périmer, estimant qu'ils ratent ainsi les meilleurs numéros jamais publiés, et conclut par une déclaration d'affection personnelle envers Rutherford et la famille du Béthel.[46]
Service radio — Programme du dimanche matin en réseau national
La dernière page du numéro est intégralement consacrée au service radiophonique de l'International Bible Students Association, présentant sous forme de tableau les stations de radio diffusant les messages du Royaume de Jéhovah en Amérique du Nord et en Australasie.[47] La liste couvre des dizaines de stations aux États-Unis, organisées par État — de l'Alabama au Wyoming —, ainsi que plusieurs stations canadiennes et australiennes, avec indication des jours et horaires d'émission propres à chaque fuseau horaire. Un encadré central indique les correspondances horaires pour le programme du dimanche matin diffusé en réseau national (chain broadcast), permettant aux auditeurs de toutes les zones de se synchroniser depuis l'heure de l'Atlantique jusqu'à l'heure des Rocheuses.[48] Des émissions en langues étrangères — polonais, slovaque, ukrainien, allemand, espagnol, grec, italien — sont signalées pour plusieurs villes, notamment Erie en Pennsylvanie et Philadelphie, témoignant d'un effort d'évangélisation radiophonique auprès des communautés immigrées.[49]
Analyse
Croyances
Le numéro du 15 août 1930 s'inscrit dans un moment doctrinal particulièrement instable de l'histoire de l'organisation. L'une des évolutions les plus significatives que reflète cette période est le glissement de la date de la parousie du Christ : la parousie du Christ — sa venue ou « présence » invisible — précédemment établie à 1874 et réaffirmée aussi tard qu'en 1929, fut déplacée à 1914 au cours de cette même année 1930. Ce déplacement n'était pas anodin : selon le fondateur et premier président Charles T. Russell, la parousie du Christ et le début du Royaume céleste avaient eu lieu en 1874 — cette date constituait l'un des piliers de la doctrine chronologique originale de la Société Watch Tower. Le basculement vers 1914 fut opéré sans explication doctrinale approfondie : les premières déclarations datant la parousie à 1914 ne firent qu'énoncer la nouvelle date sans justification ni soutien argumenté du changement — le transfert de 1874 à 1914 fut effectué uniquement en raison de la nécessité de gérer les prophéties non accomplies de 1914, et non sur la base d'une nouvelle information chronologique. La page wiki 1914 recense les implications eschatologiques de cette date pivot pour l'organisation.
Ce contexte de révision chronologique est indissociable d'une autre attente doctrinale caractéristique de la période rutherfordinienne : celle de la résurrection imminente des « princes » ou « anciens dignes » de l'Ancien Testament. La présidence de Joseph Franklin Rutherford, à partir de 1917, avait introduit des attentes millénaristes intensifiées, notamment la résurrection anticipée des patriarches anciens en 1925, laquelle ne s'était pas produite, provoquant des réinterprétations. Loin d'abandonner cette attente après l'échec de 1925, Rutherford la maintint activement : malgré les échecs de 1914 et de 1925, Rutherford continua d'affirmer que la résurrection terrestre était sur le point de se produire, et en 1929, il autorisa l'achat de Beth-Sarim, une maison destinée à Abraham et aux autres princes ressuscités. Le nom « Beth-Sarim », signifiant « Maison des Princes » en hébreu, reflétait l'attente de Rutherford que la demeure accueillerait les « hommes fidèles d'autrefois » ressuscités — Abraham, Isaac et Jacob — appelés à servir comme princes terrestres en accomplissement de Psaume 45:16 et d'Ésaïe 32:1. La page wiki Beth-Sarim documente en détail cette expression architecturale de la doctrine. Les enseignements diffusés par La Tour de Garde à cette époque participaient donc directement à l'entretien de cette attente prophétique, dont les prédictions concernant la résurrection des « princes » pré-chrétiens échouèrent, et les enseignements à leur sujet s'avérèrent en contradiction manifeste avec eux-mêmes — les positions défendues et les doctrines promues dans les années 1940 furent soit rejetées par la direction des Témoins, soit démenties par l'histoire.
Sur le plan de l'ecclésiologie, le numéro de 1930 s'inscrit dans une période où la théologie de la communication divine par le canal de l'organisation était en pleine structuration. Une publication de 1930 affirmait que Dieu utilisait des « délégués invisibles » et des « anges invisibles » pour transmettre ses « messages » à La Tour de Garde, précisant qu'il n'était pas nécessaire pour les lecteurs de comprendre comment cela se produisait. Cette prétention à une médiation angélique directe renforçait l'autorité normative de la publication au sein de la communauté des Étudiants de la Bible, en articulant une conception où la revue elle-même tenait lieu de canal inspiré — logique que la page wiki Esclave fidèle et avisé replace dans la trajectoire doctrinale plus longue menant à la notion de « classe de l'esclave » puis, en 2012, au Collège Central comme seul interprète autorisé.
La dynamique de ces révisions doctrinales successives — déplacement de la parousie, maintien de l'attente des princes malgré les démentis répétés de l'histoire, revendication d'une inspiration angélique — illustre ce que les historiens de l'organisation ont identifié comme un mode de gestion des prophéties non accomplies par réinterprétation plutôt que par abandon. Rutherford continua de promouvoir l'interprétation russellite des dates des années 1700, 1800 et 1914 jusqu'aux années 1930 ; de nombreuses prophéties de dates furent réexpliquées entre 1930 et 1932, le reste étant ajusté en 1943. Ce numéro du 15 août 1930 se situe ainsi au cœur de cette décennie charnière où l'organisation reformatait silencieusement son héritage chronologique tout en maintenant, dans ses pages, la rhétorique de la certitude prophétique.[50]
Organisation et histoire
Le numéro du 15 août 1930 paraît dans un contexte de transformation doctrinale et organisationnelle accélérée sous la présidence de Joseph Franklin Rutherford. L'année 1930 constitue un moment charnière : la date de la parousie du Christ — son retour invisible — précédemment fixée à 1874 et réaffirmée aussi tard qu'en 1929, est abandonnée au profit de 1914. Ce glissement chronologique majeur, dont ce numéro de La Tour de Garde porte la marque doctrinale dans ses articles sur la lumière prophétique, est le résultat d'une révision engagée dès le milieu des années 1920 : c'est à la convention de Cedar Point en 1922 que Rutherford avait commencé à enseigner que le règne du Christ avait débuté en 1914, et non en 1878 comme Russell l'avait enseigné.
Cette révision de la chronologie s'inscrit dans le cadre d'une politique de rupture systématique avec l'héritage de Russell. La présidence de Rutherford est marquée par une révision doctrinale étendue, dans laquelle de nombreux enseignements associés à Russell sont modifiés ou abandonnés, et de nombreux nouveaux enseignements introduits. L'autorité éditoriale et prophétique concentrée entre ses mains fait de chaque livraison de La Tour de Garde un vecteur de cette refonte continue. Sous Joseph Franklin Rutherford, la Watch Tower Society centralise l'autorité organisationnelle, étend la prédication publique et introduit des changements doctrinaux et structurels majeurs qui distinguent ses fidèles des autres groupes d'étudiants de la Bible.
Sur le plan institutionnel, l'année 1930 est aussi celle où Rutherford s'installe définitivement à Beth-Sarim, la résidence de San Diego construite en 1929 pour accueillir les patriarches de l'Ancien Testament dont la résurrection était imminente selon la doctrine officielle. Rutherford s'installe à Beth-Sarim au début de 1930 et y sert de gardien des lieux dans l'attente de la résurrection des « princes » ; les journaux de l'époque font état de son style de vie fastueux, qui incluait une Cadillac Fisher Fleetwood à seize cylindres. La fondation de cette propriété n'est pas sans lien avec le contenu de la revue : la publication de l'acte de propriété dans le numéro du 19 mars 1930 de L'Âge d'Or signale la volonté de Rutherford de rendre publique et officielle une doctrine que la revue sœur entérine au même moment. Ce moment marque une phase où la revue et les institutions matérielles se renforcent mutuellement pour donner corps à des attentes eschatologiques qui seront finalement démenties par les faits.
L'organisation se trouve, à cette période, à moins d'un an du tournant nominal de 1931, au cours duquel à une assemblée des étudiants de la Bible à Columbus, Ohio, Rutherford propose un nouveau nom pour l'organisation, « Témoins de Jéhovah », afin de la différencier de la prolifération d'autres groupes issus des enseignements de Russell. La présente livraison de La Tour de Garde appartient donc à la période de transition entre deux identités officielles du mouvement, celle des « étudiants de la Bible » et celle des Témoins de Jéhovah, identités que la revue contribue à façonner numéro après numéro. Les étudiants de la Bible qui s'opposent à Rutherford ou l'abandonnent pour former de nouveaux groupes sont de plus en plus décrits comme la « classe du mauvais serviteur » par La Tour de Garde, qui affirme qu'il est mauvais de prier pour ceux qui sont « infidèles ». Ce durcissement rhétorique est contemporain de la parution de ce numéro, et illustre la fonction disciplinaire que la revue assume à cette époque au sein de l'organisation en mutation.
Illustrations du numéro
Références
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 243.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 243.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 244.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 244.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 244.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 244.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 245.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 245.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 245.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 246.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 247.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 246.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 247.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 247.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 247.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 248.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 248–249.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 248–249.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 249.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 249.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 249.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 250.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 249.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 250.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 250.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 250.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 251.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 252.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 252.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 252.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 252.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 253.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 253.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 253.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 254.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 254.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 254.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 254.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 254.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 254.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 254.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 255.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 255.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 255.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 255.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 255.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 256.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 256.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 256.
- ↑ La Tour de Garde du 15 août 1930, p. 241-256.