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Randall Watters

De Tj-encyclopédie
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Randall Watters

Randall Kenneth Watters, né en 1952 à Oklahoma City et mort le 22 juin 2024 (date non confirmée par une source secondaire indépendante, voir section « Décès »), est un ancien Témoin de Jéhovah américain, ancien de la congrégation du siège mondial (Béthel) de Brooklyn de 1974 à 1980. Il quitte l'organisation à la suite de la crise doctrinale de 1980, devient chrétien évangélique, et fonde en 1992 l'organisation critique Free Minds, Inc., dont le site internet freeminds.org, mis en ligne en 1996, a longtemps compté parmi les sites critiques des Témoins de Jéhovah les plus consultés avant de cesser son activité[1]. Il est également l'auteur du pamphlet What Happened at the World Headquarters of Jehovah's Witnesses in the Spring of 1980? (1981), un témoignage de première main repris par l'historien James Penton dans Apocalypse Delayed.

Jeunesse et conversion

Né en 1952 à Oklahoma City, Randall Watters est élevé dans une famille baptiste en Californie[2]. Il rapporte avoir vécu une conversion personnelle vers l'âge de neuf ans lors d'une croisade évangélique de Billy Graham, avant de traverser une adolescence marquée par la contre-culture des années 1960 en Californie du Sud[3].

En 1972, à Canoga Park, il devient étudiant de la Bible puis Témoin de Jéhovah, après avoir trouvé chez ses parents un exemplaire de la brochure La vérité qui conduit à la vie éternelle[4]. Il est baptisé la même année et devient rapidement pionnier à temps plein, avant d'être envoyé comme pionnier spécial à San Luis Obispo en 1974[5].

Au Béthel de Brooklyn (1974-1980)

Entrée et ascension

En novembre 1974, Watters entre au Béthel de Brooklyn, siège mondial des Témoins de Jéhovah, où il est affecté à la salle de presse chargée de l'impression des Bibles et des publications, notamment la Traduction du monde nouveau[6]. Il devient surveillant d'étage du bâtiment chargé de l'impression biblique, puis, à 25 ans, ancien de la congrégation de Linwood (East New York, Brooklyn), en dérogation à l'âge minimal habituellement requis[7]. En 1977, il est nommé « ancien de Béthel » (Bethel Elder), statut informel lui conférant une autorité comparable à celle d'un surveillant de circonscription au sein même du siège[8].

Doutes doctrinaux

Selon son propre récit, le tournant survient au début de 1979, lors d'un déplacement professionnel dans le Massachusetts, où une discussion avec d'autres surveillants d'usine porte sur la place de la foi face à l'insistance de l'organisation sur les œuvres (comptage des heures de prédication, dossiers d'activité)[9]. Il entreprend alors une étude approfondie des lettres de Paul aux Romains et aux Galates, et participe à un groupe d'étude biblique informel le lundi soir au Béthel[10].

Il rapporte avoir été initié par son surveillant Tom Cabeen aux problèmes du système chronologique des « Temps des Gentils » sur lequel repose la date de 1914 : selon l'histoire profane, la destruction de Jérusalem se situe en 587-586 avant notre ère, et non en 607 comme le retiennent les Témoins de Jéhovah[11]. Il mène ses propres recherches dans la bibliothèque de l'école de Guiléad, en dépouillant les volumes reliés de La Tour de Garde de 1879 à 1979[12].

Il relève également l'inconstance de la politique de liberté de conscience de l'organisation : un article de La Tour de Garde du 1er octobre 1972 laissait le choix, en conscience, à un Témoin employé dans une plantation de tabac ; quelques années plus tard, le Ministère du Royaume de septembre 1976 interdit formellement la fabrication, la vente ou la promotion du tabac[13]. Il attribue au membre du Collège central Milton Henschel, à propos d'une autre question de conscience, la formule : « Si nous laissons les frères faire cela, on ne sait pas jusqu'où ils iront »[14] (traduction libre).

Watters affirme que jusqu'à la fin de 1979, certaines divergences doctrinales pouvaient encore être partagées discrètement entre Béthélites expérimentés, citant l'exemple de Colin Quackenbush, ancien rédacteur en chef de Réveillez-vous !, pour qui les 144 000 auraient dû être choisis dès le premier siècle, ou de Fred Franz lui-même, qui qualifiait parfois certaines de ses positions de simples opinions personnelles[15].

La crise de 1980

Les excommunications de la communauté hispanophone

Watters situe le déclenchement de la crise autour de la période du Mémorial 1980, lorsque plusieurs membres de la communauté hispanophone du Béthel, dont Cristóbal et Norma Sánchez — traducteurs de la Traduction du monde nouveau en espagnol —, sont interrogés en comité fermé et accusés de « conspirer contre l'organisation »[16]. Il rapporte qu'ils furent traités de « sangsues », de « cancer » et de « vers », y compris par un membre du Collège central, avant d'être excommuniés en l'espace de quelques heures, leur appel étant rejeté immédiatement[17]. Nestor Kuilan, son épouse, ainsi que René Vásquez, sont excommuniés dans la même période[18].

L'affaire Raymond Franz

Selon le récit de Watters, repris par James Penton, un comité spécial est mis en place, pendant l'absence de Raymond Franz — alors membre du Collège central —, pour recueillir les « confessions » de ses proches au Béthel sur tout ce qu'il aurait pu dire en privé et qui pourrait être retenu contre lui[19]. Pendant deux semaines, ces comités interrogent des résidents du Béthel et enregistrent leurs déclarations ; Franz est ensuite rappelé au Béthel et contraint d'écouter ces enregistrements en présence du Collège central[20]. Il est démis de ses fonctions et quitte le Béthel avec son épouse[21]. Watters précise que Lyman Swingle, membre du Collège central, aurait dans un premier temps pris la défense de Franz, mais que celui-ci fut par la suite mis sous surveillance et finalement excommunié pour avoir partagé un repas avec son employeur, lui-même ancien Témoin[22]. Edward Dunlap, ancien registraire du collège missionnaire de Guiléad, est également excommunié après que des membres du Collège central l'eurent pressé, selon Watters, d'ignorer ses conclusions historiques pour préserver l'unité de l'organisation[23].

Déclarations de membres du Collège central

Watters rapporte, dans son pamphlet de 1981 repris en partie par James Penton, plusieurs déclarations faites par des membres du Collège central devant les anciens du Béthel au printemps 1980.

Le 29 mai 1980, Albert (Bert) Schroeder aurait présenté aux anciens du Béthel l'ouvrage interne Branch Organization Procedure, comportant vingt-huit sujets et 1177 règles et directives, en déclarant : « Si certains estiment ne pouvoir se soumettre aux règles et règlements actuellement en vigueur, qu'ils partent et cessent de s'impliquer davantage dans cette œuvre »[24] (traduction libre).

Le 30 avril 1980, Karl Klein aurait déclaré à l'ensemble des résidents du Béthel : « Si certains d'entre vous ont une tendance à l'apostasie, trouvez-vous un passe-temps [...] Restez à l'écart de l'étude biblique approfondie visant à déterminer le sens des Écritures »[25] (traduction libre).

Le même jour, Lloyd Barry aurait affirmé, en s'adressant aux anciens du Béthel : « Nous ne devons pas nous réunir en clique pour discuter de points de vue contraires à ceux de l'esclave fidèle et avisé [...] nous devons être comme un âne, être humbles, et rester à la mangeoire ; ainsi, nous n'aurons pas de poison »[26] (traduction libre).

Watters présente ces déclarations, avec un net parti pris critique, comme la preuve que le désaccord de 1979-1980 ne portait pas sur une « apostasie » à l'égard de la Bible, mais sur une remise en cause de l'autorité de l'organisation elle-même[27].

James Penton, tout en reprenant ces citations, précise que le témoignage de Watters est celui d'« un observateur concerné, plutôt que celui d'une personne directement impliquée » dans les événements qu'il décrit, Watters n'ayant pas lui-même été mis en cause par une procédure judiciaire[28].

Départ du Béthel et rupture avec les Témoins de Jéhovah

À l'été 1980, alors en vacances en Californie, Watters se blesse à la jambe en pratiquant la moto, ce qui lui fournit un motif pour ne pas retourner immédiatement au Béthel[29]. Il obtient l'accord téléphonique du membre du Collège central Dan Sydlik pour quitter le Béthel sans y retourner, invoquant des raisons familiales, et fait rapatrier ses effets personnels par son ancien colocataire Robert Sullivan[30]. Selon James Penton, Watters a servi au Béthel de Brooklyn six ans, jusqu'en juillet 1980, et l'a quitté « en bonne position »[31].

De retour en Californie, il transfère son dossier d'ancien à la congrégation d'El Segundo, où il est reconduit dans ses fonctions, mais cesse de prêcher avec les publications de l'organisation, se limitant à la Bible seule[32]. Le 22 janvier 1981, il adresse une lettre de démission personnelle à chacun des membres du Collège central ainsi qu'au collège des anciens d'El Segundo, exposant ses raisons[33]. Convoqué devant un comité judiciaire, il ne s'y présente pas et est excommunié pour apostasie[34].

Conversion évangélique

Peu après sa rupture avec les Témoins de Jéhovah, Watters rejoint la congrégation évangélique Hope Chapel de Hermosa Beach (Californie), où il est baptisé[35]. Il devient ministre licencié au sein de l'International Church of the Foursquare Gospel et participe à la fondation de plusieurs implantations locales de Hope Chapel, notamment à Venice, avant de fonder et de diriger bénévolement, pendant trois ans, la congrégation Hope Chapel West Manhattan Beach[36].

C'est dans ce contexte qu'il rédige, au début de l'année 1981, encouragé par l'ex-Témoin Edmond Gruss, le pamphlet What Happened at the World Headquarters of Jehovah's Witnesses in the Spring of 1980?, tiré à 10 000 exemplaires et diffusé auprès de ministères chrétiens dans le monde entier[37]. Il indique que cette diffusion marque le début de son ministère consacré aux Témoins de Jéhovah, et qu'elle lui permet de nouer des liens avec plusieurs figures du mouvement évangélique nord-américain critique des Témoins de Jéhovah, dont Walter Martin (Christian Research Institute), Duane Magnani et Bill et Joan Cetnar[38].

Free Minds, Inc.

Fondation et développement du site internet

Vers 1993, Watters met un terme à son activité pastorale et réorganise son ministère en organisation éducative à but non lucratif indépendante de toute affiliation religieuse : Free Minds, Inc. (auparavant connue sous le nom de Bethel Ministries) est ainsi fondée[39]. Marcia Murray (depuis Marcia Helfer) en devient la secrétaire, et Robert Rivera le trésorier[40].

Le site internet freeminds.org est mis en ligne en 1996[41]. Selon les statistiques rapportées par Watters lui-même, le site aurait dépassé le million de visiteurs cumulés en 2003 et les deux millions en avril 2006[42] — chiffres non recoupés de manière indépendante. Le site, aujourd'hui hors service, est mentionné dans l'ouvrage The Complete Idiot's Guide to Religions Online de Bruce B. Lawrence[43].

Publications

Watters est l'auteur de plusieurs ouvrages autopubliés, dont Thus Saith the Governing Body of Jehovah's Witnesses (1984 pour la première édition ; republié ensuite sous le titre Thus Saith Jehovah's Witnesses)[44] et Refuting Jehovah's Witnesses[45]. Il publie également, trois fois par an, The Free Minds Journal, consacré à l'actualité interne des Témoins de Jéhovah et au soutien des personnes en sortie d'organisation[46].

Activité d'accompagnement à la sortie de groupes sectaires

Watters mène par ailleurs des interventions d'« exit-counseling », notamment en collaboration avec Steven Hassan, spécialiste reconnu du contrôle mental sectaire[47]. Il rapporte avoir été sollicité, avec Hassan, par le producteur de télévision Michael Piller (Star Trek: The Next Generation) pour accompagner la sortie d'un de ses proches des Témoins de Jéhovah[48].

Réception

James Penton classe Watters, aux côtés de Jerry Bergman, Duane Magnani et David Reed, parmi les auteurs ex-Témoins dont les critiques sont les plus polémiques, ces trois derniers ayant qualifié les Témoins de Jéhovah de secte de contrôle mental[49]. Il souligne toutefois que leurs recherches ont globalement enrichi la compréhension historique et contemporaine du mouvement[50]. Il retient notamment Thus Saith the Governing Body of Jehovah's Witnesses comme l'ouvrage le plus significatif de Watters[51].

Décès

Randall Kenneth Watters serait mort le 22 juin 2024, selon une annonce publiée sur le site JW Child Custody[52]

Œuvres

  • Thus Saith the Governing Body of Jehovah's Witnesses, Manhattan Beach, publié à titre privé, 1984 (rééditions ultérieures sous le titre Thus Saith Jehovah's Witnesses).
  • What Happened at the World Headquarters of Jehovah's Witnesses in the Spring of 1980?, brochure publiée à titre privé, Manhattan Beach, 1981.
  • Refuting Jehovah's Witnesses, publié à titre privé.
  • The Critical Years, 1975-1997, publié à titre privé.
  • The Free Minds Journal (périodique, publication trisannuelle).
  1. freeminds.org [consulté en août 2026].
  2. Randall Watters, « The Story of Randall Watters — My Story part 1 : Surviving My Youth and the Early Bethel Years », freeminds.org [consulté en août 2026].
  3. Watters, « My Story part 1 », op. cit.
  4. Watters, « My Story part 1 », op. cit.
  5. Watters, « My Story part 1 », op. cit.
  6. Watters, « My Story part 1 », op. cit.
  7. Watters, « My Story part 1 », op. cit.
  8. Watters, « My Story part 1 », op. cit.
  9. Watters, « Testimony of Randall Watters », freeminds.org, consulté en août 2026.
  10. Watters, « Testimony », op. cit.
  11. Randall Watters, « My Story part 2 : Trouble At Bethel », freeminds.org [consulté en août 2026].
  12. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  13. Watters, « Testimony », op. cit.
  14. Watters, « Testimony », op. cit.
  15. Watters, « Testimony », op. cit.
  16. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  17. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  18. Penton, op. cit., p. 155-156.
  19. Penton, op. cit., p. 155, citant Randall Watters, What Happened at the World Headquarters of Jehovah's Witnesses in the Spring of 1980?, brochure publiée à titre privé, Manhattan Beach, Californie, 1981.
  20. Penton, op. cit., p. 155.
  21. Penton, op. cit., p. 155.
  22. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  23. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  24. Randall Watters, What Happened at the World Headquarters of Jehovah's Witnesses in the Spring of 1980?, brochure publiée à titre privé, Manhattan Beach, Californie, 1981, cité dans Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  25. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  26. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  27. Watters, « My Story part 2 », op. cit.
  28. Penton, op. cit., note 78, p. 434.
  29. Watters, « My Story part 3 : My Return to Christianity: The Early Years », freeminds.org [consulté en août 2026].
  30. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  31. Penton, op. cit., note 78, p. 434.
  32. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  33. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  34. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  35. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  36. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  37. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  38. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  39. Randall Watters, « My Story part 4 : My 4000 Days on the Internet (thus far) », freeminds.org [consulté en août 2026].
  40. Watters, « My Story part 4 », op. cit.
  41. Watters, « My Story part 4 », op. cit.
  42. Watters, « My Story part 4 », op. cit.
  43. Watters, « My Story part 4 », op. cit.
  44. Penton, op. cit., p. 187.
  45. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  46. Freeminds, Inc., Apologetics Index [consulté en août 2026].
  47. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  48. Watters, « My Story part 3 », op. cit.
  49. Penton, op. cit., p. 186-187.
  50. Penton, op. cit., p. 187.
  51. Penton, op. cit., p. 187.
  52. « Randall Kenneth Watters Passed Away », JW Child Custody [consulté en août 2026].