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« La Tour de Garde du 1er février 1930 » : différence entre les versions

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{{Infobox Périodique
| titre          = ''La Tour de Garde du 1er février 1930''
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''La Tour de Garde du 1er février 1930'' est un numéro du périodique bimensuel édité par la Watch Tower Bible and Tract Society, organe doctrinal central du mouvement des [[Etudiants de la Bible]] alors dirigé par [[Joseph Rutherford]]. Publié en anglais à une période de consolidation théologique intense sous la présidence de Rutherford, il s'inscrit dans la série continue de numéros consacrés à l'élaboration et à la diffusion des croyances propres au mouvement.
Ce numéro articule deux thèmes distincts. Le premier, intitulé « La maison royale de Dieu (Partie 2) », développe une ecclésiologie fondée sur la distinction entre deux classes de croyants : les membres de la maison royale, qui répondent à l'appel divin et s'engagent dans la course pour le « prix de la vocation céleste », et la « grande foule », qui reçoit cet appel sans jamais y répondre avec le zèle requis. Le second article, présenté comme une conférence radiophonique, examine les conditions nécessaires à l'obtention de la vie éternelle et rejette avec insistance la doctrine du tourment éternel en enfer, en s'appuyant sur une analyse lexicale des termes hébreux et grecs traduits par « enfer » dans les Bibles de l'époque.
Ce document illustre la méthode exégétique caractéristique de la [[Watch Tower Bible and Tract Society]] de cette période : recours systématique à la typologie biblique (notamment la figure des deux boucs du jour des Expiations), usage d'arguments lexicaux pour contester des doctrines chrétiennes traditionnelles, et emploi de la diffusion radiophonique comme vecteur de propagation des enseignements. Il témoigne également de la construction progressive, sous Rutherford, d'une théologie à deux classes distinctes de sauvés, doctrine qui occupera une place durable dans la pensée du mouvement.


== Contenu ==
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Des exemples scripturaires sont également cités où des personnes, des nations, des villes, des biens matériels, des animaux et même des éléments naturels sont décrits comme allant « en enfer », ce qui démontrerait que ce terme ne peut désigner un lieu de tourment conscient mais simplement l'état de mort. Il est relevé que Jacob, Ézéchias et Job s'attendaient ou souhaitaient aller en « enfer », que Jonas et Christ en sont sortis selon <CiteBible>Actes 2:31</CiteBible>, et que Christ détiendrait désormais « les clés de l'enfer » selon <CiteBible>Apocalypse 1:18</CiteBible>. La conclusion est que « l'enfer » biblique et la tombe sont une seule et même chose. La doctrine du tourment éternel est qualifiée d'œuvre du Diable, et tous ceux qui l'enseignent — quelle que soit leur confession — sont accusés de faire l'œuvre du Diable et d'empêcher les hommes de connaître le vrai Dieu. Les textes habituellement invoqués pour soutenir cette doctrine sont présentés comme des paraboles ou des images symboliques qui, examinées dans leur contexte, ne signifieraient pas ce qu'on leur fait dire.
Des exemples scripturaires sont également cités où des personnes, des nations, des villes, des biens matériels, des animaux et même des éléments naturels sont décrits comme allant « en enfer », ce qui démontrerait que ce terme ne peut désigner un lieu de tourment conscient mais simplement l'état de mort. Il est relevé que Jacob, Ézéchias et Job s'attendaient ou souhaitaient aller en « enfer », que Jonas et Christ en sont sortis selon <CiteBible>Actes 2:31</CiteBible>, et que Christ détiendrait désormais « les clés de l'enfer » selon <CiteBible>Apocalypse 1:18</CiteBible>. La conclusion est que « l'enfer » biblique et la tombe sont une seule et même chose. La doctrine du tourment éternel est qualifiée d'œuvre du Diable, et tous ceux qui l'enseignent — quelle que soit leur confession — sont accusés de faire l'œuvre du Diable et d'empêcher les hommes de connaître le vrai Dieu. Les textes habituellement invoqués pour soutenir cette doctrine sont présentés comme des paraboles ou des images symboliques qui, examinées dans leur contexte, ne signifieraient pas ce qu'on leur fait dire.
== Analyse ==
=== Croyances ===
Ce numéro de ''La Tour de Garde'' du 1er février 1930 présente plusieurs éléments doctrinaux centraux dans la théologie des Étudiants de la Bible (ancêtre des Témoins de Jéhovah) sous la présidence de Joseph Rutherford. Ces croyances s’articulent autour de l’eschatologie, de la composition de la « maison royale de Dieu » et de la condition nécessaire au salut.
**1. La « maison royale de Dieu » et la distinction entre les « appelés » et les « élus »**
L’article « La maison royale de Dieu (Partie 2) »{{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/tour-de-garde/1930/la-tour-de-garde-du-1er-février-1930-1930-en.pdf|page=35|citation=The Royal House of God (Part 2)|label=La maison royale de Dieu (Partie 2)}} développe une interprétation stricte d’Apocalypse 17:14, selon laquelle seuls les « appelés, les élus et les fidèles » régneront avec Christ. Cette distinction repose sur une lecture littérale d’Éphésiens 4:4 (« une seule vocation ») et de Matthieu 20:16 (« Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus »), appliquée à deux classes de croyants :
- **Les membres de la maison royale** : Ceux qui répondent à l’« appel » céleste, s’engagent pleinement dans la « course pour le prix » (la vie céleste), et sont identifiés aux « vainqueurs » (Apocalypse 3:21) ou aux « décapités pour le témoignage de Jésus » (Apocalypse 20:4-6). Leur statut est comparé au « bouc de l’Éternel » dans le rituel du Jour des Expiations (Lévitique 16), symbolisant leur sacrifice avec Christ<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1930'', p. 35-37.</ref>.
- **La « grande foule »** : Ceux qui, bien que « fils de Dieu engendrés par l’Esprit », ne répondent pas à l’appel céleste et n’ont pas le zèle requis. Ils sont assimilés au « bouc émissaire » (Lévitique 16), destinés à traverser la « grande tribulation » et à servir devant le trône sans en être membres (Apocalypse 7:9,15). Leur condition est décrite comme celle de « prisonniers » (Psaume 69:9) ou d’« aveugles » (2 Pierre 1:9), ayant oublié leur purification<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1930'', p. 37.</ref>.
Cette dichotomie reflète une hiérarchie spirituelle où la « grande foule » est subordonnée aux membres de la maison royale, une doctrine qui préfigure la distinction ultérieure entre les « oints » (144 000) et les « autres brebis » chez les Témoins de Jéhovah.
**2. L’appel céleste et la consécration**
L’article insiste sur le fait que l’« appel » ne peut être adressé qu’à des créatures « engendrées comme fils de Dieu » (nouvelle naissance spirituelle). Jésus lui-même n’aurait reçu cet appel qu’après son baptême, durant les quarante jours au désert, où il aurait « étudié la Parole de Dieu et communié avec Jéhovah »{{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/tour-de-garde/1930/la-tour-de-garde-du-1er-février-1930-1930-en.pdf|page=35|citation=the call was not given to Jesus at the time of his baptism, but later, during the forty days in the wilderness|label=l’appel ne fut pas donné à Jésus au moment de son baptême, mais plus tard, durant les quarante jours au désert}}. Cette interprétation vise à établir un modèle pour tous les croyants : nul ne peut être appelé avant d’être « né comme nouvelle créature »<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1930'', p. 35.</ref>. La « consécration » (baptême) est présentée comme un préalable, mais la réponse à l’appel exige un engagement actif, symbolisé par la résistance aux tentations de Satan (Matthieu 4:1-11).
**3. La condition des morts et le rejet du tourment éternel**
La conférence radiophonique « Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? »{{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/tour-de-garde/1930/la-tour-de-garde-du-1er-février-1930-1930-en.pdf|page=40|citation=What Must I Do to Get Life Everlasting?|label=Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ?}} (p. 40-42) consacre une large part à la réfutation de la doctrine du tourment éternel en enfer, qualifiée d’« œuvre du Diable ». Cette position s’appuie sur :
- **Une analyse sémantique des termes bibliques** : L’article cite le ''Smith’s Dictionary of the Bible'' (1863) pour affirmer que les mots hébreux (*sheol*) et grecs (*hadès*, *géhenne*) traduits par « enfer » signifient en réalité « la tombe » ou « le sépulcre ». Des exemples scripturaires sont mobilisés pour démontrer que « l’enfer » désigne un état de mort, et non un lieu de souffrance consciente :
  - Jacob, Ézéchias et Job s’attendaient à y aller (Genèse 37:35 ; Ésaïe 38:10 ; Job 14:13).
  - Jonas et Christ en sont sortis (Matthieu 12:40 ; Actes 2:31).
  - Des objets inanimés (villes, animaux) sont décrits comme allant « en enfer » (Psaume 49:15 ; Ézéchiel 32:21)<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1930'', p. 41-42.</ref>.
- **Une critique des « fausses représentations de Dieu »** : La doctrine du tourment éternel est présentée comme incompatible avec la justice et l’amour divins. Les partisans de cette croyance, quelle que soit leur confession, sont accusés de « faire l’œuvre du Diable » en détournant les hommes de la connaissance du vrai Dieu<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1930'', p. 40.</ref>.
Cette réfutation s’inscrit dans une stratégie apologétique plus large visant à distinguer les Étudiants de la Bible des autres groupes chrétiens, en insistant sur leur interprétation « littérale » des Écritures et leur rejet des traditions ecclésiastiques.
**4. Les conditions du salut**
La conférence énumère dix conditions scripturaires pour obtenir la vie éternelle, parmi lesquelles :
- La connaissance du « seul vrai Dieu » (Jean 17:3), présentée comme incompatible avec les doctrines du tourment éternel ou de la Trinité.
- L’obéissance aux commandements de Dieu (Marc 10:19).
- L’acceptation de Jésus comme « pain venu du ciel » et Rédempteur (Jean 6:51).
- La générosité envers autrui et le détachement des possessions matérielles (Marc 10:21)<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1930'', p. 40.</ref>.
Ces conditions reflètent une théologie du salut par la foi *et* les œuvres, où la connaissance exacte de Dieu et l’engagement actif dans son service sont indissociables.
**5. Implications eschatologiques**
Bien que le document ne mentionne pas explicitement 1914 ou les « temps des Gentils », la référence à Satan « expulsé des cieux » et « se préparant à la grande bataille contre le Roi des rois » (Apocalypse 12:7-9){{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/tour-de-garde/1930/la-tour-de-garde-du-1er-février-1930-1930-en.pdf|page=35|citation=Satan was cast out of heaven and confined to the earthly affairs|label=Satan fut expulsé des cieux et confiné aux affaires terrestres}} s’inscrit dans le cadre eschatologique alors en vigueur. Cette expulsion est associée à l’intronisation de Christ en 1914, bien que cette date ne soit pas citée ici. La « grande tribulation » à venir est présentée comme une épreuve que la « grande foule » devra traverser, tandis que les membres de la maison royale y échapperont en étant glorifiés<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1930'', p. 37.</ref>.
**Conclusion**
Ce numéro de ''La Tour de Garde'' illustre plusieurs piliers doctrinaux des Étudiants de la Bible en 1930 :
- Une **hiérarchie spirituelle** stricte entre les « élus » (maison royale) et les autres croyants (« grande foule »).
- Une **théologie du salut** conditionnelle, exigeant connaissance exacte, obéissance et consécration.
- Un **rejet des doctrines traditionnelles** (tourment éternel, Trinité) au profit d’une lecture littérale des Écritures.
- Une **eschatologie imminente**, centrée sur la victoire prochaine de Christ et la séparation des deux classes de croyants.
Ces éléments préfigurent des développements ultérieurs chez les Témoins de Jéhovah, notamment la formalisation de la doctrine des « deux classes » (144 000 et « autres brebis ») et l’accent mis sur la connaissance exacte comme condition de salut.
=== Organisation et histoire ===
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== Illustrations du numéro ==
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== Références ==
<references/>
[[Catégorie:1930]]
[[Catégorie:La Tour de Garde]]

Dernière version du 16 juin 2026 à 15:55

La Tour de Garde du 1er février 1930
Revue La Tour de Garde
Date 1930
Année 1930
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

La Tour de Garde du 1er février 1930 est un numéro du périodique bimensuel édité par la Watch Tower Bible and Tract Society, organe doctrinal central du mouvement des Etudiants de la Bible alors dirigé par Joseph Rutherford. Publié en anglais à une période de consolidation théologique intense sous la présidence de Rutherford, il s'inscrit dans la série continue de numéros consacrés à l'élaboration et à la diffusion des croyances propres au mouvement.

Ce numéro articule deux thèmes distincts. Le premier, intitulé « La maison royale de Dieu (Partie 2) », développe une ecclésiologie fondée sur la distinction entre deux classes de croyants : les membres de la maison royale, qui répondent à l'appel divin et s'engagent dans la course pour le « prix de la vocation céleste », et la « grande foule », qui reçoit cet appel sans jamais y répondre avec le zèle requis. Le second article, présenté comme une conférence radiophonique, examine les conditions nécessaires à l'obtention de la vie éternelle et rejette avec insistance la doctrine du tourment éternel en enfer, en s'appuyant sur une analyse lexicale des termes hébreux et grecs traduits par « enfer » dans les Bibles de l'époque.

Ce document illustre la méthode exégétique caractéristique de la Watch Tower Bible and Tract Society de cette période : recours systématique à la typologie biblique (notamment la figure des deux boucs du jour des Expiations), usage d'arguments lexicaux pour contester des doctrines chrétiennes traditionnelles, et emploi de la diffusion radiophonique comme vecteur de propagation des enseignements. Il témoigne également de la construction progressive, sous Rutherford, d'une théologie à deux classes distinctes de sauvés, doctrine qui occupera une place durable dans la pensée du mouvement.

Contenu

La maison royale de Dieu (partie 2)

L'article s'ouvre en affirmant que Jéhovah a élevé Christ Jésus au-dessus de toute création, l'a placé sur son trône et qu'en conséquence Satan a été expulsé des cieux pour se consacrer désormais aux affaires terrestres en préparation d'une grande bataille contre le Roi des rois. La question centrale posée est celle de l'identité des êtres qui se tiendront aux côtés de Christ lors de cette victoire finale. La réponse est fondée sur Apocalypse 17:14 : « les appelés, les élus et les fidèles ».

L'appel

La publication définit le mot « appel » comme une invitation, et affirme que tous les membres de la maison royale sont d'abord conviés par Dieu. Elle examine ensuite la question de savoir si Jésus lui-même a reçu cet appel, et à quel moment précis. L'article soutient que la maison royale est composée exclusivement de créatures spirituelles de nature divine, et que lorsque Jésus se présenta au Jourdain pour être baptisé par Jean, il ne pouvait pas encore avoir reçu l'appel, car il était alors un homme parfait incapable d'accepter la vocation à la direction de la maison royale. Son baptême est désigné par le terme « consécration » : Jésus s'est alors engagé à accomplir la volonté de Dieu. C'est à ce moment que l'Esprit descendit sur lui sous forme de colombe et que la voix céleste l'identifia comme le Fils bien-aimé conformément à Matthieu 3:17.

L'appel proprement dit n'aurait pas été donné à Jésus au moment du baptême, mais durant les quarante jours passés au désert, période pendant laquelle il étudia la Parole de Dieu et communia avec Jéhovah. C'est à cette occasion que le Père lui aurait fait alliance pour lui accorder le royaume. Les tentations que Satan lui soumit immédiatement après démontreraient que Satan savait que Jésus avait reçu la promesse du royaume, et la résistance ferme de Jésus prouverait qu'il avait accepté et répondu à cet appel. Le témoignage de l'apôtre Paul en Hébreux 12:2 sur « la joie qui lui était proposée » est interprété comme se référant au moment où Jésus discerna qu'il devrait mourir sur la croix mais y consentit librement. La conclusion de cette section établit une règle générale : nul ne peut être appelé avant d'être né comme nouvelle créature, fils de Dieu.

Qui répond à l'appel

Le trône symbolise dans cet article ceux qui règnent avec Christ, membres de la maison royale. Ce sont les « vainqueurs » mentionnés en Apocalypse 3:21, auxquels est accordé le pouvoir sur les nations selon Apocalypse 2:26-27. La publication identifie ces membres comme ceux qui « furent décapités pour le témoignage de Jésus »décapités pour le témoignage de Jésus, qui n'adorèrent pas la bête et qui règneront avec Christ mille ans conformément à Apocalypse 20:4-6. L'article distingue deux classes de créatures engendrées par Dieu : les vainqueurs, membres de la maison royale, et la « grande foule » de Apocalypse 7:9,15, qui sert devant le trône sans en être membre.

La publication observe qu'il existe sur terre un grand nombre de personnes ayant fait alliance avec Dieu et maintenant leur foi, mais ne manifestant pas le zèle caractéristique de la maison du Seigneur selon Psaumes 69:9. Ces personnes sont décrites comme des « prisonniers », nombreux au sein de l'Église nominale. La publication affirme en s'appuyant sur Éphésiens 4:4 que Dieu n'a qu'une seule vocation pour ses fils, et que ceux qui formeront la grande foule n'ont jamais répondu à l'appel, ce que démontrerait leur absence de zèle pour le prix de la vocation céleste. Elle cite à cet effet Matthieu 20:16 et Matthieu 22:14 : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus ».

Les deux boucs

La cérémonie du Jour des Expiations décrite en Lévitique 16 est analysée comme figure prophétique du choix des membres de la maison royale, conformément à Hébreux 10:1. Les deux boucs présentés par le grand prêtre représentaient, selon l'article, la même classe de personnes, à savoir tous les fils de Dieu engendrés par l'Esprit et placés sur un pied d'égalité. Le tirage au sort déterminait lequel serait offert en sacrifice (le bouc de l'Éternel) et lequel serait le bouc émissaire. Ce tirage au sort est interprété comme symbolisant le fait que Dieu n'impose pas arbitrairement son choix : les deux classes reçoivent l'appel, mais une seule y répond.

Le bouc sacrifié représente ceux qui souffrent avec Christ et lui sont offerts en sacrifice. La grande foule, figurée par le bouc émissaire envoyé au désert, est contrainte à traverser la grande tribulation, en sortant avec des robes blanchies conformément à Apocalypse 7:14. La conclusion est que tous les fils de Dieu engendrés reçoivent l'appel, que certains y répondent et entrent dans la course pour le prix de la vocation céleste, et qu'un grand nombre n'y répond pas.

L'article invoque Romains 12:1, présentant Paul comme s'adressant à des fils de Dieu engendrés qui n'avaient pas encore répondu à l'appel et les exhortant à se présenter comme « sacrifices vivants ». L'admonition « ne vous conformez pas à ce siècle » est interprétée comme un avertissement contre l'engagement dans la politique, la réforme sociale et autres efforts mondains, activités auxquelles une grande partie des prétendus disciples se serait livrée avec un zèle mal orienté. L'article analyse ensuite Psaumes 45:10-11, adressé aux « filles » du Seigneur — créatures engendrées par l'Esprit —, comme représentation de l'appel : l'invitation y est posée, l'acceptation par la foi y est requise, puis vient l'exhortation à oublier les choses du monde.

La distinction établie par Pierre dans 2 Pierre 1:1-10 entre ceux qui ont « obtenu une foi précieuse » et ceux qui lui « manquent » est interprétée comme distinguant les membres de la maison royale de la grande foule. Les premiers sont appelés à la « gloire et à la vertu » et peuvent participer à la nature divine ; les seconds sont décrits comme « aveugles », « ne pouvant voir de loin », ayant oublié leur purification des anciens péchés, et constituent ainsi la grande foule. L'article conclut en résumant que tous les fils de Dieu engendrés reçoivent l'appel, qu'une minorité y répond et sera choisie et fidèle, tandis que la grande majorité, n'ayant jamais eu le zèle pour le royaume ni cherché à glorifier le nom de Jéhovah, forme la classe des « prisonniers » « destinés à mourir » selon Psaumes 79:8-13 et Psaumes 107:9-14, contraints à traverser la grande tribulation.

Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ?

Cet article se présente comme la transcription d'une conférence radiophonique de quarante minutes. Il prend comme texte de base le récit de Marc 10:17-31, dans lequel un jeune homme riche pose cette question à Jésus. Un second récit est également convoqué, tiré de Luc 10:25-28, dans lequel un juriste reçoit pour réponse d'aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même. À partir de ces textes fondateurs et de plusieurs déclarations des apôtres, la publication formule dix conditions nécessaires à l'obtention de la vie éternelle : la connaissance du seul vrai Dieu, donner à Dieu la première place dans le cœur, obéir à ses commandements dans la mesure du possible, la connaissance de Jésus-Christ Fils de Dieu, accepter Jésus comme pain venu du ciel, rédempteur et sauveur, entendre la voix du vrai berger, obéir à la voix de Jésus et devenir ses brebis, accomplir l'œuvre qu'il confie, attribuer aux possessions matérielles une place secondaire, et manifester amour et miséricorde envers tous les hommes. L'article affirme qu'aucune de ces conditions ne peut être écartée, toutes étant scripturaires et préalables au salut.

La connaissance du vrai Dieu et la doctrine de l'enfer

L'auteur concentre son propos sur la première condition — la connaissance du vrai Dieu — en affirmant qu'il est nécessaire de savoir d'abord ce que Dieu n'est pas, en raison des nombreuses représentations erronées qui en ont été faites. Les descriptions d'un Dieu sans amour, sans sagesse ou sans justice sont attribuées à l'influence du Diable, dont le but serait de détourner les hommes de Dieu. Dans ce cadre, la doctrine du tourment éternel en enfer est présentée comme incompatible avec la justice divine et qualifiée d'obstacle majeur à la connaissance du vrai Dieu, donc à l'obtention de la vie éternelle.

La publication affirme que cette doctrine ne peut être défendue scripturalement par quiconque connaît les significations des mots hébreux et grecs traduits par « enfer » : sheol, hadès, géhenne et tartare. Des débats publics tenus à Pittsburgh, Cincinnati et Los Angeles sont mentionnés, au cours desquels les partisans du tourment éternel n'auraient pu défendre leur position, et des études diffusées sur la station radiophonique WBBR de la Watch Tower pendant deux ans n'auraient trouvé aucun texte scriptural soutenant cette doctrine.

L'article s'appuie sur le Smith's Dictionary of the Bible, œuvre collective de soixante-dix érudits religieux, qui admettraient que le mot sheol, traduit 65 fois par « enfer » dans l'Ancien Testament, signifie proprement « la tombe » ou « le sépulcre ». Plusieurs textes bibliques sont examinés dans une perspective comparative entre le texte principal et les notes marginales, notamment Psaumes 49:15, Psaumes 55:15, Psaumes 86:13, Ésaïe 14:9, Jonas 2:2, 1 Corinthiens 15:55 et Apocalypse 20:13, où les marges rendent alternativement le terme par « enfer » ou par « tombe », démontrant selon la publication l'interchangeabilité des deux notions.

Des exemples scripturaires sont également cités où des personnes, des nations, des villes, des biens matériels, des animaux et même des éléments naturels sont décrits comme allant « en enfer », ce qui démontrerait que ce terme ne peut désigner un lieu de tourment conscient mais simplement l'état de mort. Il est relevé que Jacob, Ézéchias et Job s'attendaient ou souhaitaient aller en « enfer », que Jonas et Christ en sont sortis selon Actes 2:31, et que Christ détiendrait désormais « les clés de l'enfer » selon Apocalypse 1:18. La conclusion est que « l'enfer » biblique et la tombe sont une seule et même chose. La doctrine du tourment éternel est qualifiée d'œuvre du Diable, et tous ceux qui l'enseignent — quelle que soit leur confession — sont accusés de faire l'œuvre du Diable et d'empêcher les hommes de connaître le vrai Dieu. Les textes habituellement invoqués pour soutenir cette doctrine sont présentés comme des paraboles ou des images symboliques qui, examinées dans leur contexte, ne signifieraient pas ce qu'on leur fait dire.

Analyse

Croyances

Ce numéro de La Tour de Garde du 1er février 1930 présente plusieurs éléments doctrinaux centraux dans la théologie des Étudiants de la Bible (ancêtre des Témoins de Jéhovah) sous la présidence de Joseph Rutherford. Ces croyances s’articulent autour de l’eschatologie, de la composition de la « maison royale de Dieu » et de la condition nécessaire au salut.

    • 1. La « maison royale de Dieu » et la distinction entre les « appelés » et les « élus »**

L’article « La maison royale de Dieu (Partie 2) »La maison royale de Dieu (Partie 2) développe une interprétation stricte d’Apocalypse 17:14, selon laquelle seuls les « appelés, les élus et les fidèles » régneront avec Christ. Cette distinction repose sur une lecture littérale d’Éphésiens 4:4 (« une seule vocation ») et de Matthieu 20:16 (« Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus »), appliquée à deux classes de croyants : - **Les membres de la maison royale** : Ceux qui répondent à l’« appel » céleste, s’engagent pleinement dans la « course pour le prix » (la vie céleste), et sont identifiés aux « vainqueurs » (Apocalypse 3:21) ou aux « décapités pour le témoignage de Jésus » (Apocalypse 20:4-6). Leur statut est comparé au « bouc de l’Éternel » dans le rituel du Jour des Expiations (Lévitique 16), symbolisant leur sacrifice avec Christ[1]. - **La « grande foule »** : Ceux qui, bien que « fils de Dieu engendrés par l’Esprit », ne répondent pas à l’appel céleste et n’ont pas le zèle requis. Ils sont assimilés au « bouc émissaire » (Lévitique 16), destinés à traverser la « grande tribulation » et à servir devant le trône sans en être membres (Apocalypse 7:9,15). Leur condition est décrite comme celle de « prisonniers » (Psaume 69:9) ou d’« aveugles » (2 Pierre 1:9), ayant oublié leur purification[2].

Cette dichotomie reflète une hiérarchie spirituelle où la « grande foule » est subordonnée aux membres de la maison royale, une doctrine qui préfigure la distinction ultérieure entre les « oints » (144 000) et les « autres brebis » chez les Témoins de Jéhovah.

    • 2. L’appel céleste et la consécration**

L’article insiste sur le fait que l’« appel » ne peut être adressé qu’à des créatures « engendrées comme fils de Dieu » (nouvelle naissance spirituelle). Jésus lui-même n’aurait reçu cet appel qu’après son baptême, durant les quarante jours au désert, où il aurait « étudié la Parole de Dieu et communié avec Jéhovah »l’appel ne fut pas donné à Jésus au moment de son baptême, mais plus tard, durant les quarante jours au désert. Cette interprétation vise à établir un modèle pour tous les croyants : nul ne peut être appelé avant d’être « né comme nouvelle créature »[3]. La « consécration » (baptême) est présentée comme un préalable, mais la réponse à l’appel exige un engagement actif, symbolisé par la résistance aux tentations de Satan (Matthieu 4:1-11).

    • 3. La condition des morts et le rejet du tourment éternel**

La conférence radiophonique « Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? »Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? (p. 40-42) consacre une large part à la réfutation de la doctrine du tourment éternel en enfer, qualifiée d’« œuvre du Diable ». Cette position s’appuie sur : - **Une analyse sémantique des termes bibliques** : L’article cite le Smith’s Dictionary of the Bible (1863) pour affirmer que les mots hébreux (*sheol*) et grecs (*hadès*, *géhenne*) traduits par « enfer » signifient en réalité « la tombe » ou « le sépulcre ». Des exemples scripturaires sont mobilisés pour démontrer que « l’enfer » désigne un état de mort, et non un lieu de souffrance consciente :

 - Jacob, Ézéchias et Job s’attendaient à y aller (Genèse 37:35 ; Ésaïe 38:10 ; Job 14:13).
 - Jonas et Christ en sont sortis (Matthieu 12:40 ; Actes 2:31).
 - Des objets inanimés (villes, animaux) sont décrits comme allant « en enfer » (Psaume 49:15 ; Ézéchiel 32:21)[4].

- **Une critique des « fausses représentations de Dieu »** : La doctrine du tourment éternel est présentée comme incompatible avec la justice et l’amour divins. Les partisans de cette croyance, quelle que soit leur confession, sont accusés de « faire l’œuvre du Diable » en détournant les hommes de la connaissance du vrai Dieu[5].

Cette réfutation s’inscrit dans une stratégie apologétique plus large visant à distinguer les Étudiants de la Bible des autres groupes chrétiens, en insistant sur leur interprétation « littérale » des Écritures et leur rejet des traditions ecclésiastiques.

    • 4. Les conditions du salut**

La conférence énumère dix conditions scripturaires pour obtenir la vie éternelle, parmi lesquelles : - La connaissance du « seul vrai Dieu » (Jean 17:3), présentée comme incompatible avec les doctrines du tourment éternel ou de la Trinité. - L’obéissance aux commandements de Dieu (Marc 10:19). - L’acceptation de Jésus comme « pain venu du ciel » et Rédempteur (Jean 6:51). - La générosité envers autrui et le détachement des possessions matérielles (Marc 10:21)[6].

Ces conditions reflètent une théologie du salut par la foi *et* les œuvres, où la connaissance exacte de Dieu et l’engagement actif dans son service sont indissociables.

    • 5. Implications eschatologiques**

Bien que le document ne mentionne pas explicitement 1914 ou les « temps des Gentils », la référence à Satan « expulsé des cieux » et « se préparant à la grande bataille contre le Roi des rois » (Apocalypse 12:7-9)Satan fut expulsé des cieux et confiné aux affaires terrestres s’inscrit dans le cadre eschatologique alors en vigueur. Cette expulsion est associée à l’intronisation de Christ en 1914, bien que cette date ne soit pas citée ici. La « grande tribulation » à venir est présentée comme une épreuve que la « grande foule » devra traverser, tandis que les membres de la maison royale y échapperont en étant glorifiés[7].

    • Conclusion**

Ce numéro de La Tour de Garde illustre plusieurs piliers doctrinaux des Étudiants de la Bible en 1930 : - Une **hiérarchie spirituelle** stricte entre les « élus » (maison royale) et les autres croyants (« grande foule »). - Une **théologie du salut** conditionnelle, exigeant connaissance exacte, obéissance et consécration. - Un **rejet des doctrines traditionnelles** (tourment éternel, Trinité) au profit d’une lecture littérale des Écritures. - Une **eschatologie imminente**, centrée sur la victoire prochaine de Christ et la séparation des deux classes de croyants.

Ces éléments préfigurent des développements ultérieurs chez les Témoins de Jéhovah, notamment la formalisation de la doctrine des « deux classes » (144 000 et « autres brebis ») et l’accent mis sur la connaissance exacte comme condition de salut.

Organisation et histoire

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Illustrations du numéro

Références

  1. La Tour de Garde du 1er février 1930, p. 35-37.
  2. La Tour de Garde du 1er février 1930, p. 37.
  3. La Tour de Garde du 1er février 1930, p. 35.
  4. La Tour de Garde du 1er février 1930, p. 41-42.
  5. La Tour de Garde du 1er février 1930, p. 40.
  6. La Tour de Garde du 1er février 1930, p. 40.
  7. La Tour de Garde du 1er février 1930, p. 37.