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« Le Retour de Notre Seigneur (1925) » : différence entre les versions

De Tj-encyclopédie
Ajout section : == Contenu ==
Ajout section : == Analyse == / === Croyances ===
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La brochure se conclut par une critique vigoureuse des doctrines traditionnelles du jugement dernier — enfer de feu éternel, séparation instantanée des bons et des méchants, destruction physique de la Terre — qualifiées de fausses et de profondément diffamatoires à l'égard de Dieu, propagées selon l'auteur par des représentants terrestres de Satan. La publication affirme en conclusion que la Terre ne sera jamais détruite par le feu, Dieu l'ayant créée pour être habitée à jamais, en s'appuyant notamment sur <CiteBible>Ésaïe 45:18</CiteBible>.
La brochure se conclut par une critique vigoureuse des doctrines traditionnelles du jugement dernier — enfer de feu éternel, séparation instantanée des bons et des méchants, destruction physique de la Terre — qualifiées de fausses et de profondément diffamatoires à l'égard de Dieu, propagées selon l'auteur par des représentants terrestres de Satan. La publication affirme en conclusion que la Terre ne sera jamais détruite par le feu, Dieu l'ayant créée pour être habitée à jamais, en s'appuyant notamment sur <CiteBible>Ésaïe 45:18</CiteBible>.
=== Croyances ===
==== La parousia invisible : un héritage russellite ====
La doctrine centrale exposée dans cette brochure est celle de la **présence invisible** du Christ, désignée par le terme grec *parousia* (παρουσία). La publication affirme que le retour du Christ ne saurait être visible à des yeux humains, puisque Jésus aurait été ressuscité en tant qu'être spirituel et non charnel.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 7–9.</ref> Cette position théologique était le fondement de l'enseignement de Charles Taze Russell depuis les années 1870, et la brochure de 1925 s'inscrit dans sa continuité directe. La doctrine de la *parousia* invisible est propre à la Watch Tower Bible and Tract Society. Les russellites croyaient à l'origine que la présence du Christ avait commencé en 1874, et la date de 1914 était attendue comme l'aboutissement de toutes choses.
La brochure développe une distinction tripartite entre *parousia*, *epiphaneia* et *apokalupsis* pour démontrer que la présence du Christ précède nécessairement sa manifestation progressive, puis son dévoilement général.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 11–16.</ref> Cette distinction lexicale grecque sert à justifier l'invisibilité de la présence dès 1874, tout en réservant la pleine révélation à une étape ultérieure. La publication réinterprète également <CiteBible>Ap 1:7</CiteBible> (« tout œil le verra ») : le grec *horao* y est présenté comme signifiant « discerner » et non « voir physiquement », ce qui permet d'inscrire ce verset dans le schéma d'une prise de conscience progressive.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 15–16.</ref>
==== La chronologie prophétique : 539 – 1799 – 1874 ====
La brochure articule une chronologie précise qui constitue l'armature doctrinale de la date de 1874. Le point de départ en est **539 ap. J.-C.**, présenté comme le début de la domination papale — renversement du royaume ostrogoth — à partir duquel sont décomptés 1 260 jours prophétiques interprétés comme 1 260 années selon le principe herméneutique « un jour pour un an ».<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 20–22.</ref> Ce calcul aboutit à **1799**, présenté comme le début de la « fin des temps » (*time of the end*), marqué par la captivité du pape Pie VI lors de la campagne napoléonienne.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 22.</ref>
Russell enseignait que les 1 260, 1 290 et 1 335 jours débutaient tous au commencement de la domination papale en 539 ap. J.-C. Ce cadre interprétatif ne lui était pas entièrement propre : des protestants du mouvement adventiste avaient remarqué que de l'établissement de la papauté comme puissance civile, vers 538-539, à sa cessation temporaire en 1798-1799, il s'écoulait exactement 1 260 ans. C'est un prédicateur adventiste, Jonas Wendell, qui le premier envisagea 1873, puis 1874, comme date du retour du Christ, en cohérence avec un début de la puissance papale en 538 ou 539 ; Nelson Barbour se rallia à cette vue, puis Charles Taze Russell.
À partir de 539, le décompte des 1 335 jours prophétiques de <CiteBible>Da 12:12</CiteBible> conduit la brochure à identifier **1874** comme la date du début de la seconde présence du Christ.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 24–26.</ref> La publication s'appuie explicitement sur les *Studies in the Scriptures*, vol. 3, p. 84, pour étayer ce calcul, témoignant de la fidélité doctrinale aux écrits russellites fondateurs. La *Watch Tower* du 1er mars 1922 affirmait encore : « les faits indiscutables montrent que le "temps de la fin" a commencé en 1799 et que la seconde présence du Seigneur a commencé en 1874. »
==== 1914 : fin des temps des Gentils ====
La brochure présente **1914** non comme la date de la *parousia* — celle-ci étant fixée à 1874 — mais comme la date de la fin des « temps des Gentils », calculée à partir de 606 av. J.-C. sur 2 520 ans (sept « temps » symboliques de 360 ans chacun).<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 34–38.</ref> La Première Guerre mondiale, l'épidémie de grippe espagnole et les famines sont présentées comme l'accomplissement de <CiteBible>Mt 24:7-8</CiteBible>, et la désintégration des monarchies européennes comme la confirmation de <CiteBible>Da 2:44</CiteBible>. Selon la doctrine russellite, la période de 3,5 ans entre l'onction du Christ comme Messie et son entrée royale à Jérusalem préfigurait la période entre sa *parousia* (1874) et sa prise de pouvoir royal (1878), et la « moisson » de quarante ans de l'âge juif typifiait une moisson de quarante ans de l'âge de l'Évangile de 1874 à 1914.
==== Un système doctrinal en voie d'abandon ====
En 1925, au moment de la publication de cette brochure, l'édifice chronologique centré sur 1874 était déjà fragilisé par le non-accomplissement des attentes de 1914 et, plus encore, par celles de 1925 elles-mêmes. Dans les années 1920, la Watch Tower enseignait encore que la présence de Jésus avait commencé en 1874. Ce n'est que postérieurement que la date fut révisée : la *parousia* du Christ — son retour ou sa « présence » invisible —, précédemment établie à 1874 et réaffirmée jusqu'en 1929, fut déplacée à 1914 vers 1930. Bien que 1874 ait cessé d'être un marqueur important en 1943, la justification invoquée était trompeuse, car la date avait en réalité déjà été remplacée par 1914 dès 1930.
La brochure témoigne ainsi d'un état transitoire de la doctrine : la structure chronologique russellite y est exposée dans son intégralité — 539, 1260 jours, 1799, 1335 jours, 1874, 1914 — sans que les révisions ultérieures, qui effaceront 1874 au profit de 1914 pour la *parousia*, soient encore perceptibles. Avec l'abandon des dates 539, 1799 et 1874, l'explication de ces prophéties fut également abandonnée.
==== Eschatologie : la moisson, les signes des temps et le rejet des doctrines traditionnelles ====
La publication développe une eschatologie qui refuse les représentations traditionnelles du jugement dernier — enfer de feu éternel, destruction physique de la Terre — en les qualifiant de doctrines diffamatoires envers Dieu, propagées par des agents de Satan.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 44.</ref> En parallèle, la période 1874–1925 est présentée comme une « moisson » de cinquante ans par analogie avec les cinquante jours séparant la moisson juive de la Pentecôte, au cours de laquelle des chrétiens sincères seraient rassemblés hors des confessions organisées pour l'étude de la Bible.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 30–32.</ref> Les fédérations ecclésiastiques catholiques et protestantes sont assimilées à la « vigne de la terre » destinée à la destruction, tandis que les clercs qui contestent l'annonce de la présence du Seigneur sont identifiés à l'accomplissement de la prophétie de <CiteBible>2 Pi 3:3-4</CiteBible>.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 32–34.</ref>
Le retour des Juifs en Palestine est présenté comme l'une des preuves les plus décisives de la présence du Christ et de la fin du monde, en lien avec <CiteBible>Lc 21:24</CiteBible>.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 41–42.</ref> La brochure renvoie explicitement au livre *Millions Now Living Will Never Die* pour le développement de ce thème, s'inscrivant dans la campagne de proclamation lancée à partir de 1919 par Joseph Franklin Rutherford, dont le message « Des millions de vivants ne mourront jamais » est décrit comme ayant été distribué à 2,5 millions d'exemplaires en huit mois.<ref>''Le Retour de Notre Seigneur (1925)'', p. 38–41.</ref>

Version du 13 juin 2026 à 08:29

Faits historiques et bibliques sur Jésus

La brochure s'ouvre en établissant un point de convergence entre l'histoire profane et les Écritures : la naissance de Jésus à Bethléem, son ministère, sa crucifixion et la fondation du christianisme sur ses enseignements sont présentés comme des faits historiques reconnus. La publication recense ensuite les étapes fondamentales de la vie du Christ telles que rapportées par les évangiles : son baptême dans le Jourdain, la sélection de douze disciples, la mort et la résurrection au troisième jour, l'ascension, l'effusion de l'Esprit saint et l'attente du retour par les premiers chrétiens.

Le fait du second avènement

La certitude du retour du Christ est établie à partir de plusieurs déclarations directes attribuées à Jésus, notamment Jean 14:2-4, Jean 14:18, Jean 14:28 et Jean 20:17. Le témoignage des anges lors de l'ascension (Actes 1:9-11) et les écrits apostoliques de Pierre et de Paul sont mobilisés en renfort. La publication affirme que ces sources scripturaires forment une preuve irréfutable de la réalité du second avènement, ne laissant aucune place au doute doctrinal.

La modalité du retour : une présence invisible

La brochure développe l'argument que le Christ, ressuscité en tant qu'être spirituel et non plus charnel selon 2 Corinthiens 3:17 et 1 Pierre 3:18, ne peut être perçu par des yeux humains. Seuls les membres fidèles de l'Église, lors de la première résurrection, pourront le voir, car ils seront eux-mêmes transformés en êtres spirituels conformément à 1 Jean 3:2. La publication renvoie aux *Studies in the Scriptures*, vol. 2, p. 107, pour souligner que le second avènement sera d'une nature fondamentalement différente du premier avènement terrestre.

Analogie du voleur et du soleil levant

Le retour du Seigneur est comparé à celui d'un voleur (Apocalypse 16:15 ; 1 Thessaloniciens 5:1-6) : imperceptible pour les inattentifs, mais discernable pour ceux qui veillent spirituellement. La publication interprète l'image de la « lumière venant de l'est » en Matthieu 24:27 non comme un éclair électrique soudain, mais comme le lever progressif du soleil, symbolisant une présence divine se révélant graduellement aux personnes spirituellement éveillées. Cette lecture progressive de la parousie constitue l'un des arguments centraux de la brochure.

Analyse lexicale grecque : trois termes distincts

L'auteur distingue trois vocables grecs relatifs au retour du Christ : *parousia* (παρουσία), désignant la présence effective après l'arrivée ; *epiphaneia* (ἐπιφάνεια), désignant la manifestation lumineuse ou révélation progressive de cette présence ; et *apokalupsis* (ἀποκάλυψις), désignant le dévoilement de ce qui était jusque-là caché. La publication soutient que ces trois termes ne renvoient pas à trois événements distincts mais à trois aspects progressifs d'un même événement, la présence précédant la manifestation, laquelle précède le dévoilement général. Le verset Apocalypse 1:7 (« tout œil le verra ») est réinterprété à la lumière du terme grec *horao*, présenté comme signifiant « discerner mentalement », ce qui transformerait l'annonce en une prise de conscience progressive par les peuples plutôt qu'en une vision physique directe.

Le moment du retour : critique du clergé

La brochure s'en prend au clergé contemporain, qu'elle accuse de se retrancher derrière Matthieu 24:36 (« nul ne connaît le jour ni l'heure ») pour éviter de chercher à connaître le moment du retour du Christ. La publication argumente que cette déclaration, prononcée avant la résurrection, ne saurait valoir pour toujours, Jésus ayant reçu après sa résurrection « toute autorité » selon Matthieu 28:18. L'injonction à « veiller » implique nécessairement, selon l'auteur, que les veilleurs fidèles seront informés de la présence du Seigneur. L'ignorance du clergé sur ce point est attribuée à son attachement aux structures politiques et institutionnelles du monde présent.

Calculs prophétiques : 1799 et 1874

Illustration tirée de la brochure.

La brochure développe une chronologie prophétique fondée sur le livre de Daniel. L'an 539 ap. J.-C. est identifié comme le point de départ du décompte des 1 260 jours prophétiques de Daniel 12:7, interprétés comme 1 260 ans, correspondant à l'établissement de la domination papale consécutif au renversement du royaume ostrogoth. Ce calcul aboutit à **1799**, présenté comme le début de « la fin des temps » (*time of the end*) et marqué historiquement par la campagne napoléonienne en Égypte et la captivité du pape. La publication identifie la « bête » de Daniel 7 comme une organisation tripartite composée de politiciens professionnels, de grandes puissances financières et de dirigeants ecclésiastiques, qu'elle qualifie d'entité diabolique. À partir du même point de départ de 539, les 1 335 jours prophétiques de Daniel 12:12 sont calculés pour aboutir à **1874**, date présentée comme le début de la seconde présence du Christ, avec renvoi aux *Studies in the Scriptures*, vol. 3, p. 84.

Confirmations historiques et technologiques

La publication interprète l'expansion des connaissances observée à partir de 1799 comme l'accomplissement de la prophétie de Daniel 12:4 (« plusieurs courront çà et là, et la science s'accroîtra »). L'auteur attribue à la domination papale antérieure l'ignorance généralisée des peuples en matière biblique, et présente la fondation de diverses sociétés bibliques entre 1803 et 1817 comme un signe prophétique. Depuis 1874, date retenue pour le début de la présence du Seigneur, la brochure dresse une liste d'inventions et de découvertes — locomotive à vapeur, télégraphe, téléphone, avions, automobiles, rayons Roentgen, radium, cinématographe, gratte-ciel — comme autant de preuves corrélatives de ce moment prophétique. La fondation en 1874 de la première organisation ouvrière du monde est également mentionnée parmi ces confirmations.

La moisson de la fin des temps (1874–1925)

Reprenant la parabole du blé et de l'ivraie (Matthieu 13:24-30), la publication identifie une période de moisson de cinquante ans courant à partir de 1874, durée établie par analogie avec les cinquante jours séparant la moisson juive de la Pentecôte. Cette moisson se manifeste concrètement, selon l'auteur, par le rassemblement de chrétiens sincères issus de diverses confessions pour l'étude de la Bible, sans exigence d'adhésion formelle, et par la proclamation du Royaume. Parallèlement, les systèmes confessionnels organisés, catholiques et protestants fédérés, sont assimilés à la « vigne de la terre » vouée à la destruction.

Les moqueurs prophétisés

Les membres du clergé qui raillent l'annonce de la présence du Seigneur sont identifiés comme l'accomplissement de la prophétie de 2 Pierre 3:3-4. La publication compare leur indifférence aux signes des temps à l'attitude des contemporains de Noé, telle que décrite en Matthieu 24:37-39, soulignant ainsi le caractère jugé inexcusable de leur aveuglement.

La fin du monde en 1914

L'auteur identifie **1914** comme la date de fin des « temps des Gentils », calculée à partir de 606 av. J.-C., présentée comme l'année de la chute de Sédécias, dernier roi de Juda, sur une période de 2 520 ans correspondant à sept « temps » symboliques de 360 ans chacun. Ézéchiel 21:24-27 est cité pour justifier cette périodisation. La Première Guerre mondiale, suivie de l'épidémie de grippe espagnole et des famines, est présentée comme l'accomplissement de Matthieu 24:7-8. La désintégration des monarchies européennes après 1914 est citée comme confirmation de Daniel 2:44.

Les persécutions des étudiants de la Bible (1917–1919)

Les persécutions subies par les étudiants de la Bible pendant et après la Première Guerre mondiale sont présentées comme l'accomplissement de Matthieu 24:9 et Marc 13:9. La brochure décrit des cas de chrétiens objecteurs de conscience contraints au service militaire en Allemagne, placés en première ligne de combat, ainsi que des cas d'emprisonnement en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis. La revue *Golden Age*, n° 27 (29 septembre 1920), est citée comme source documentaire. En 1919, après leur libération, les étudiants de la Bible auraient repris leur activité de proclamation avec le message « Le monde a pris fin — Des millions de vivants ne mourront jamais », dont la publication affirme que 2,5 millions d'exemplaires en livret auraient été distribués en huit mois.

Le rassemblement d'Israël en Palestine

Le retour des Juifs en Palestine est présenté comme l'une des preuves les plus décisives de la présence du Christ et de la fin du monde, en appui sur Luc 21:24. La publication renvoie au livre *Millions Now Living Will Never Die* pour un traitement détaillé de ce sujet, affirmant que la prophétie se réalise conformément au calendrier divin annoncé.

Détresse et perplexité des nations

Luc 21:25-26 est cité comme prophétie de la crise sociale contemporaine. La publication renvoie aux *Studies in the Scriptures*, vol. 4, p. 596, qui interprète les « flots mugissants » comme la masse populaire agitée dont la pression menace l'ordre social, et l'agitation des « puissances célestes » comme l'affaiblissement des systèmes confessionnels. La reconstitution des fédérations ecclésiastiques est présentée comme un sursaut temporaire avant une désintégration inévitable.

Le but du second avènement : rectification théologique

La brochure se conclut par une critique vigoureuse des doctrines traditionnelles du jugement dernier — enfer de feu éternel, séparation instantanée des bons et des méchants, destruction physique de la Terre — qualifiées de fausses et de profondément diffamatoires à l'égard de Dieu, propagées selon l'auteur par des représentants terrestres de Satan. La publication affirme en conclusion que la Terre ne sera jamais détruite par le feu, Dieu l'ayant créée pour être habitée à jamais, en s'appuyant notamment sur Ésaïe 45:18.

Croyances

La parousia invisible : un héritage russellite

La doctrine centrale exposée dans cette brochure est celle de la **présence invisible** du Christ, désignée par le terme grec *parousia* (παρουσία). La publication affirme que le retour du Christ ne saurait être visible à des yeux humains, puisque Jésus aurait été ressuscité en tant qu'être spirituel et non charnel.[1] Cette position théologique était le fondement de l'enseignement de Charles Taze Russell depuis les années 1870, et la brochure de 1925 s'inscrit dans sa continuité directe. La doctrine de la *parousia* invisible est propre à la Watch Tower Bible and Tract Society. Les russellites croyaient à l'origine que la présence du Christ avait commencé en 1874, et la date de 1914 était attendue comme l'aboutissement de toutes choses.

La brochure développe une distinction tripartite entre *parousia*, *epiphaneia* et *apokalupsis* pour démontrer que la présence du Christ précède nécessairement sa manifestation progressive, puis son dévoilement général.[2] Cette distinction lexicale grecque sert à justifier l'invisibilité de la présence dès 1874, tout en réservant la pleine révélation à une étape ultérieure. La publication réinterprète également Ap 1:7 (« tout œil le verra ») : le grec *horao* y est présenté comme signifiant « discerner » et non « voir physiquement », ce qui permet d'inscrire ce verset dans le schéma d'une prise de conscience progressive.[3]

La chronologie prophétique : 539 – 1799 – 1874

La brochure articule une chronologie précise qui constitue l'armature doctrinale de la date de 1874. Le point de départ en est **539 ap. J.-C.**, présenté comme le début de la domination papale — renversement du royaume ostrogoth — à partir duquel sont décomptés 1 260 jours prophétiques interprétés comme 1 260 années selon le principe herméneutique « un jour pour un an ».[4] Ce calcul aboutit à **1799**, présenté comme le début de la « fin des temps » (*time of the end*), marqué par la captivité du pape Pie VI lors de la campagne napoléonienne.[5]

Russell enseignait que les 1 260, 1 290 et 1 335 jours débutaient tous au commencement de la domination papale en 539 ap. J.-C. Ce cadre interprétatif ne lui était pas entièrement propre : des protestants du mouvement adventiste avaient remarqué que de l'établissement de la papauté comme puissance civile, vers 538-539, à sa cessation temporaire en 1798-1799, il s'écoulait exactement 1 260 ans. C'est un prédicateur adventiste, Jonas Wendell, qui le premier envisagea 1873, puis 1874, comme date du retour du Christ, en cohérence avec un début de la puissance papale en 538 ou 539 ; Nelson Barbour se rallia à cette vue, puis Charles Taze Russell.

À partir de 539, le décompte des 1 335 jours prophétiques de Da 12:12 conduit la brochure à identifier **1874** comme la date du début de la seconde présence du Christ.[6] La publication s'appuie explicitement sur les *Studies in the Scriptures*, vol. 3, p. 84, pour étayer ce calcul, témoignant de la fidélité doctrinale aux écrits russellites fondateurs. La *Watch Tower* du 1er mars 1922 affirmait encore : « les faits indiscutables montrent que le "temps de la fin" a commencé en 1799 et que la seconde présence du Seigneur a commencé en 1874. »

1914 : fin des temps des Gentils

La brochure présente **1914** non comme la date de la *parousia* — celle-ci étant fixée à 1874 — mais comme la date de la fin des « temps des Gentils », calculée à partir de 606 av. J.-C. sur 2 520 ans (sept « temps » symboliques de 360 ans chacun).[7] La Première Guerre mondiale, l'épidémie de grippe espagnole et les famines sont présentées comme l'accomplissement de Mt 24:7-8, et la désintégration des monarchies européennes comme la confirmation de Da 2:44. Selon la doctrine russellite, la période de 3,5 ans entre l'onction du Christ comme Messie et son entrée royale à Jérusalem préfigurait la période entre sa *parousia* (1874) et sa prise de pouvoir royal (1878), et la « moisson » de quarante ans de l'âge juif typifiait une moisson de quarante ans de l'âge de l'Évangile de 1874 à 1914.

Un système doctrinal en voie d'abandon

En 1925, au moment de la publication de cette brochure, l'édifice chronologique centré sur 1874 était déjà fragilisé par le non-accomplissement des attentes de 1914 et, plus encore, par celles de 1925 elles-mêmes. Dans les années 1920, la Watch Tower enseignait encore que la présence de Jésus avait commencé en 1874. Ce n'est que postérieurement que la date fut révisée : la *parousia* du Christ — son retour ou sa « présence » invisible —, précédemment établie à 1874 et réaffirmée jusqu'en 1929, fut déplacée à 1914 vers 1930. Bien que 1874 ait cessé d'être un marqueur important en 1943, la justification invoquée était trompeuse, car la date avait en réalité déjà été remplacée par 1914 dès 1930.

La brochure témoigne ainsi d'un état transitoire de la doctrine : la structure chronologique russellite y est exposée dans son intégralité — 539, 1260 jours, 1799, 1335 jours, 1874, 1914 — sans que les révisions ultérieures, qui effaceront 1874 au profit de 1914 pour la *parousia*, soient encore perceptibles. Avec l'abandon des dates 539, 1799 et 1874, l'explication de ces prophéties fut également abandonnée.

Eschatologie : la moisson, les signes des temps et le rejet des doctrines traditionnelles

La publication développe une eschatologie qui refuse les représentations traditionnelles du jugement dernier — enfer de feu éternel, destruction physique de la Terre — en les qualifiant de doctrines diffamatoires envers Dieu, propagées par des agents de Satan.[8] En parallèle, la période 1874–1925 est présentée comme une « moisson » de cinquante ans par analogie avec les cinquante jours séparant la moisson juive de la Pentecôte, au cours de laquelle des chrétiens sincères seraient rassemblés hors des confessions organisées pour l'étude de la Bible.[9] Les fédérations ecclésiastiques catholiques et protestantes sont assimilées à la « vigne de la terre » destinée à la destruction, tandis que les clercs qui contestent l'annonce de la présence du Seigneur sont identifiés à l'accomplissement de la prophétie de 2 Pi 3:3-4.[10]

Le retour des Juifs en Palestine est présenté comme l'une des preuves les plus décisives de la présence du Christ et de la fin du monde, en lien avec Lc 21:24.[11] La brochure renvoie explicitement au livre *Millions Now Living Will Never Die* pour le développement de ce thème, s'inscrivant dans la campagne de proclamation lancée à partir de 1919 par Joseph Franklin Rutherford, dont le message « Des millions de vivants ne mourront jamais » est décrit comme ayant été distribué à 2,5 millions d'exemplaires en huit mois.[12]

  1. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 7–9.
  2. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 11–16.
  3. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 15–16.
  4. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 20–22.
  5. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 22.
  6. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 24–26.
  7. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 34–38.
  8. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 44.
  9. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 30–32.
  10. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 32–34.
  11. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 41–42.
  12. Le Retour de Notre Seigneur (1925), p. 38–41.