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La rubrique « Phénomènes naturels » rapporte que des truites arc-en-ciel, placées dans de l'eau chlorée {{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/consolation/1938/consolation-du-4-mai-1938-en-ocr.pdf|page=11|citation=similar to that distributed|label=« similaire à celle distribuée aux habitants de Cleveland »}}, meurent en quarante-quatre heures, présentant ce résultat comme un indice des dangers de l'eau traitée au chlore pour la consommation humaine.<ref>''Consolation du 4 mai 1938'', p. 11.</ref> Il est scientifiquement établi que le chlore est effectivement très toxique pour les poissons à des concentrations bien inférieures à celles qui sont sans danger pour les humains : des recherches du Michigan Department of Natural Resources datant de 1971 établissent qu'une concentration de 0,023 mg/L provoque une mortalité de 50 % chez la truite arc-en-ciel en 96 heures, alors que les réseaux d'eau municipaux nord-américains peuvent atteindre 2,5 mg/L, soit une concentration cent fois supérieure. La mort de truites exposées à de l'eau chlorée municipale était donc un fait réel et reproductible. Cependant, la revue présentait ce fait sans aucune contextualisation, omettant que le chlore est dosé spécifiquement pour être sans danger pour l'organisme humain tout en étant incompatible avec la physiologie des poissons à branchies, dont les mécanismes d'absorption diffèrent fondamentalement de ceux des mammifères. En présentant la mort des truites comme une preuve implicite de la dangerosité de l'eau du robinet pour les humains, la publication opérait un glissement rhétorique, au service d'une méfiance généralisée envers les autorités sanitaires publiques qui traversait plusieurs de ses rubriques. | La rubrique « Phénomènes naturels » rapporte que des truites arc-en-ciel, placées dans de l'eau chlorée {{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/consolation/1938/consolation-du-4-mai-1938-en-ocr.pdf|page=11|citation=similar to that distributed|label=« similaire à celle distribuée aux habitants de Cleveland »}}, meurent en quarante-quatre heures, présentant ce résultat comme un indice des dangers de l'eau traitée au chlore pour la consommation humaine.<ref>''Consolation du 4 mai 1938'', p. 11.</ref> Il est scientifiquement établi que le chlore est effectivement très toxique pour les poissons à des concentrations bien inférieures à celles qui sont sans danger pour les humains : des recherches du Michigan Department of Natural Resources datant de 1971 établissent qu'une concentration de 0,023 mg/L provoque une mortalité de 50 % chez la truite arc-en-ciel en 96 heures, alors que les réseaux d'eau municipaux nord-américains peuvent atteindre 2,5 mg/L, soit une concentration cent fois supérieure. La mort de truites exposées à de l'eau chlorée municipale était donc un fait réel et reproductible. Cependant, la revue présentait ce fait sans aucune contextualisation, omettant que le chlore est dosé spécifiquement pour être sans danger pour l'organisme humain tout en étant incompatible avec la physiologie des poissons à branchies, dont les mécanismes d'absorption diffèrent fondamentalement de ceux des mammifères. En présentant la mort des truites comme une preuve implicite de la dangerosité de l'eau du robinet pour les humains, la publication opérait un glissement rhétorique, au service d'une méfiance généralisée envers les autorités sanitaires publiques qui traversait plusieurs de ses rubriques. | ||
=== Économie et société === | |||
Le numéro du 4 mai 1938 accumule un nombre inhabituel d'affirmations à charge sur la dégradation économique et sociale de l'Allemagne nazie, affirmations que la revue a un intérêt idéologique manifeste à présenter sous leur jour le plus sombre, puisqu'elles servent à démontrer l'effondrement inévitable du « système de Satan » et à valider l'imminence d'Armageddon. | |||
L'article sur la situation des travailleurs allemands affirme que le réseau ferroviaire connaît une baisse de 5 % des wagons de passagers et de 10 % des wagons de marchandises par rapport à l'année de crise 1932, que le pain est de moins bonne qualité qu'en 1914, que les chaussures sont fabriquées en papier et les vêtements en textiles de substitution, et que des émeutes de la faim ont éclaté dans plusieurs villes.<ref>''Consolation du 4 mai 1938'', p. 8.</ref> Ces affirmations sur la pénurie de matières premières et le recours massif aux ''Ersatz'' correspondent à une réalité documentée : l'Allemagne nazie poursuivait effectivement une politique d'autarcie économique (''Vierjahresplan'') qui engendra une production intensive de substituts pour le cuir, les textiles et les matières grasses, et la laine artificielle envahit effectivement les uniformes militaires.<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/Ersatz_good Wikipedia, « Ersatz good »]</ref> Cependant, la revue choisit systématiquement les indicateurs les plus défavorables : les historiens notent que le régime nazi était autosuffisant à environ 80 % pour les cultures de base dès les années 1930, et que la production industrielle globale augmentait fortement grâce au réarmement.<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/Food_and_agriculture_in_Nazi_Germany Wikipedia, « Food and agriculture in Nazi Germany »]</ref> La sélection biaisée des faits — misère des paysans, pénuries alimentaires, émeutes — au détriment des données macroéconomiques globalement en hausse reflète une intention rhétorique claire : illustrer l'échec structurel du monde séculier. | |||
La publication évoque également la situation de la communauté juive de Berlin, affirmant qu'environ 40 % de la population juive de la capitale dépendrait de l'aide sociale et que {{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/consolation/1938/consolation-du-4-mai-1938-en-ocr.pdf|page=7|citation=only the aged will remain|label=« seuls les personnes âgées subsisteront d'ici deux ans »}}, les autres étant exclus de toute activité économique.<ref>''Consolation du 4 mai 1938'', p. 7.</ref> Ces affirmations s'inscrivent dans le prolongement d'une réalité historique documentée et sévère : à la suite des lois de Nuremberg de 1935, les Juifs furent systématiquement expulsés des professions libérales, du commerce et de la fonction publique, dans le cadre d'une politique d'exclusion économique délibérée et progressive.<ref>[https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/nuremberg-laws Holocaust Encyclopedia (USHMM), « Nuremberg Laws »]</ref> Si les chiffres précis avancés par la revue et la prédiction à deux ans ne peuvent être vérifiés, ils témoignent d'une réalité de paupérisation réelle des Juifs allemands sous le nazisme, et non d'une dramatisation sans fondement. | |||
Sur l'enrichissement des fabricants d'armements, la publication affirme que les usines Krupp, qui n'avaient versé aucun dividende pendant vingt ans, emploient désormais 100 000 ouvriers avec une masse salariale annuelle dépassant 60 millions de dollars.<ref>''Consolation du 4 mai 1938'', p. 10.</ref> Cette affirmation est substantiellement exacte : les recherches historiques confirment que Krupp passa de 35 000 à environ 112 000 employés sous le régime nazi, et que la valeur comptable du groupe progressa de 75 millions de marks en 1933 à plus de 237 millions en 1943.<ref>[https://www.globalsecurity.org/military/world/europe/krupp-08.htm GlobalSecurity.org, « 1933–1945 – Krupp Under the Nazis »]</ref> Cependant, la revue présente ce fait comme la preuve de la corruption structurelle inhérente au capitalisme militariste séculier, dans un cadre interprétatif où l'enrichissement des armateurs est signe de la décadence d'un système voué à la destruction divine — usage idéologique d'un fait réel. | |||
La section la plus contestable du numéro sur le plan de la véracité économique est celle qui décrit l'évolution de la presse catholique en Allemagne nazie. La publication affirme qu'en 1919 l'Allemagne comptait 210 journaux catholiques, et qu'en 1937 ce nombre dépassait 400, avec plus de la moitié des 21 millions de catholiques allemands abonnés à l'un d'eux, concluant que ces chiffres prouvent l'exagération des récits de persécution catholique.<ref>''Consolation du 4 mai 1938'', p. 6.</ref> Or les faits historiques documentés contredisent directement cette affirmation : au début de 1933, il existait effectivement plus de 400 quotidiens catholiques en Allemagne, mais dès 1935 il n'en restait aucun, et les périodiques catholiques survivants disparurent progressivement au cours des années suivantes, les nazis fermant les derniers hebdomadaires diocésains en 1941.<ref>[https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/the-german-churches-and-the-nazi-state Holocaust Encyclopedia (USHMM), « The German Churches and the Nazi State »]</ref> La revue inverse donc la chronologie à son avantage : elle utilise des chiffres vraisemblablement antérieurs à 1933 ou correspondant à une phase transitoire pour accréditer la thèse d'une Église catholique prospérant sous Hitler, ce qui lui permet de présenter la hiérarchie comme complice du nazisme plutôt que comme victime — un axe central de la rhétorique anti-catholique constante de la publication depuis l'ère Rutherford. | |||
Version du 4 juillet 2026 à 07:16
Contenu
La Tragédie de l'Allemagne (Première partie)
La publication consacre un long article en deux parties à l'analyse de la situation politique en Allemagne sous le régime nazi. Elle affirme que les ambitions expansionnistes des nazis ne visent pas seulement des territoires pour leur population, mais plutôt un espace pour exercer leur ambition démesurée. Le texte souligne que les nazis, comme la hiérarchie catholique romaine, revendiquent une domination mondiale, et que cette arrogance est comparable à celle des puissances religieuses traditionnelles[1].
L'article met en cause Adolf Hitler, présenté comme un "maître à penser" guidant les développements politiques en Allemagne, bien que la publication reconnaisse que les effets du nazisme ne peuvent être attribués à un seul homme. Elle note que de nombreux Allemands soutiennent Hitler par nécessité, attendant une désintégration du système due à ses faiblesses internes ou à des événements imprévus. Hitler est décrit comme un orateur charismatique qui interprète la volonté collective du peuple allemand, bien que ses actions reflètent davantage une ambition personnelle que des principes moraux ou religieux[2].
La publication critique vivement la déification de Hitler, soulignant que son autobiographie, Mein Kampf, est lue dans certaines églises à la place des Écritures saintes. Elle rapporte des exemples de culte rendu à Hitler, comme des avis de décès mentionnant la foi en Adolf Hitler plutôt qu'en Jésus-Christ, ou des déclarations de responsables nazis présentant Hitler comme une figure sacrée. Ces pratiques sont qualifiées de "pauvre consolation" et de dérive vers une forme de paganisme[3].
L'article dénonce également l'exaltation blasphématoire de Hitler par ses partisans, citant des déclarations radiodiffusées où il est présenté comme une "révélation de Dieu" pour le peuple allemand. Des prières et des chants en l'honneur de Hitler, enseignés aux enfants dans les écoles, sont reproduits pour illustrer cette idolâtrie. La publication souligne que cette adoration de la créature au détriment du Créateur conduit à une dégradation des valeurs morales et à une rupture avec les principes bibliques[4].
Enfin, l'article aborde la militarisation de l'Allemagne, mentionnant l'installation de nouveaux canons à la frontière tchécoslovaque, capables d'atteindre des cibles à cinquante miles de distance. Cette escalade militaire est présentée comme une menace directe pour la paix en Europe, suggérant que la Tchécoslovaquie pourrait suivre le sort de l'Autriche dans un avenir proche[5].
Le Culte des ancêtres nazi
La publication décrit une tendance croissante en Allemagne : le culte des ancêtres, encouragé par le régime nazi. D'anciennes chapelles catholiques, comme celle dédiée à Sainte Gertrude à Guestrow, sont transformées en lieux de culte païen où sont célébrés les ancêtres et la nation allemande. Ces nouveaux "temples" arborent des symboles nazis, comme la svastika, et remplacent les représentations religieuses traditionnelles par des images de mères allemandes entourées d'enfants, ou des bustes de Hitler. Les noms des ancêtres des familles locales sont inscrits sur les murs, et les cérémonies, comme les mariages ou les baptêmes, sont adaptées pour célébrer la "communauté de tous les Allemands"[6].
La publication cite des exemples de chants et de prières enseignés dans ces nouveaux lieux de culte, où la loyauté envers l'Allemagne et Hitler remplace toute référence religieuse. L'un de ces chants, intitulé "Pourquoi chercher Dieu dans un pays étranger", exalte la manifestation de Dieu à travers les maréchaux allemands et la nation. Ce culte est présenté comme une régression vers le paganisme, où la volonté individuelle ("Je veux") remplace la prière traditionnelle, et où la nation allemande est glorifiée comme éternelle[7].
L'article souligne également que ces pratiques sont enseignées dans des académies nazies spécialisées, où les futurs dirigeants sont formés pour perpétuer l'idéologie hitlérienne. La publication y voit une preuve supplémentaire de la dérive totalitaire et idolâtre du régime nazi[8].
La hiérarchie progresse
La publication affirme que, malgré les poursuites judiciaires contre des membres de l'organisation catholique romaine, la hiérarchie ecclésiastique a connu des avancées significatives sous le régime nazi. En Allemagne, le nombre d'églises catholiques et de prêtres a augmenté depuis l'arrivée d'Hitler au pouvoir, contrairement aux récits de persécution souvent relayés. En 1919, il existait 210 journaux catholiques en Allemagne, tandis qu'en 1937, ce nombre dépassait 400, avec plus de la moitié des 21 millions de catholiques allemands abonnés à l'un d'eux. Ces chiffres, selon la revue, démontrent que les récits de persécution des catholiques en Allemagne nazie sont exagérés[9].
La collaboration entre la hiérarchie catholique et le régime nazi est illustrée par plusieurs exemples. Après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en 1938, le cardinal Theodor Innitzer, archevêque catholique de Vienne, aurait reçu des assurances d'Hitler concernant l'avenir de l'Église dans l'Autriche germanisée. Par ailleurs, la franc-maçonnerie allemande a été démantelée, ses biens confisqués, et ses membres interdits de communication sous peine d'arrestation, sans que la hiérarchie catholique ne s'y oppose. Plusieurs francs-maçons éminents se seraient suicidés dans ce contexte[10].
Un extrait d'une lettre de Boris Toedtli, un nazi suisse, adressée à son supérieur Fleischhauer en Allemagne, est cité pour démontrer les liens entre les nazis et la machine papale. Toedtli y évoque ses contacts avec des catholiques et son entretien avec le nonce papal, qui lui aurait remis deux lettres de recommandation pour la Suisse. Il propose également la publication d'un journal bimensuel pour informer la presse sur les Étudiants de la Bible (Témoins de Jéhovah), en évitant de mentionner l'Allemagne comme lieu de publication pour préserver une apparence d'impartialité[11].

Subventions à la religion
La revue souligne que le retrait des subventions gouvernementales aux organisations religieuses aurait des conséquences plus désastreuses pour les protestants que pour les catholiques. En Allemagne, l'État versait annuellement 105 millions de marks aux églises, tout en collectant 200 millions de marks supplémentaires via des taxes ecclésiastiques. Le régime nazi envisagerait de supprimer ces financements, laissant aux fidèles le soin de subvenir directement aux besoins des églises. Cette mesure, selon la publication, affaiblirait davantage les protestants, déjà en déclin, tandis que l'Église catholique, plus résiliente, en sortirait renforcée[12].
Intolérance et persécution
L'article dénonce l'intolérance et la persécution systématique des opposants au régime nazi, en particulier des Juifs et des Témoins de Jéhovah. Les dictatures, selon la publication, ne favorisent ni la tolérance ni la liberté, comme en témoigne la politique allemande. Les Juifs sont exclus de tous les secteurs professionnels, y compris le droit, et les entreprises allemandes sont mises en garde contre l'emploi de représentants juifs. Les certificats de naissance "aryens" sont devenus si recherchés qu'un marché noir s'est développé, avec des cas d'usurpation d'identité de prêtres pour falsifier des documents[13].
La persécution des Juifs est décrite comme méthodique et sans précédent. Après avoir exclu les professions libérales et les commerçants, le régime s'attaque désormais aux employés juifs, remplacés par des Aryens. Environ 40 % de la population juive de Berlin dépendrait de l'aide sociale, et les projections suggèrent que seuls les personnes âgées subsisteront d'ici deux ans. La publication évoque également la possibilité d'une extermination massive des Juifs par les nazis, qualifiés de "courageux" uniquement face aux femmes et aux enfants[14].
L'antisémitisme est institutionnalisé dans les écoles, où les enfants sont endoctrinés contre les Juifs. Un exemple cité est celui de Julius Streicher, proche d'Hitler, qui aurait demandé à des enfants de Nuremberg d'identifier le diable comme étant "le Juif", avant de leur distribuer un livret illustrant un diable à tête de Juif. La haine atteint des sommets, comme en témoigne un enseignant berlinois ayant qualifié Jésus-Christ de "vaurien juif" devant sa classe, une déclaration qui n'a pas suscité de sanctions[15].
La revue rapporte également des cas de dénonciation publique d'Aryens faisant affaire avec des Juifs, via des publications comme Der Stürmer, qui publient les noms et adresses des personnes concernées. Un maire a été destitué pour avoir vendu une vache à un marchand de bétail juif, illustrant la sévérité des mesures discriminatoires[16].
La condition du peuple
La situation des travailleurs et des classes populaires en Allemagne est décrite comme en régression sous le régime nazi. Environ 700 000 petits commerçants ont fait faillite au cours des derniers mois, malgré les promesses de soutien du régime. Ces entrepreneurs, initialement séduits par les discours nazis contre les grandes entreprises, se retrouvent désormais sans emploi et contraints de chercher du travail dans les usines, tandis que les grands groupes industriels, qui ont soutenu l'ascension d'Hitler, accaparent les richesses du pays[17].
Les rapports des syndicats indiquent une baisse de 5 % du nombre de wagons de passagers et de 10 % du nombre de wagons de marchandises par rapport à l'année de crise 1932. Les locomotives sont en mauvais état, et le réseau ferroviaire montre des signes de détérioration. La pénurie de matériaux et l'utilisation de substituts de mauvaise qualité affectent la vie quotidienne des Allemands : le pain est de moins bonne qualité qu'en 1914, les chaussures sont fabriquées en papier, et les vêtements en textiles de substitution. Des émeutes de la faim ont éclaté dans plusieurs villes, et les généraux nazis auraient averti Hitler que la faim pourrait compromettre les victoires militaires, rappelant les effets de la malnutrition sur l'armée allemande en 1915[18].
La pénurie de cuir a conduit à l'utilisation de "cuir de poisson" pour la fabrication de chaussures, de gants et d'autres articles. Des barres de "chocolat" à base de goudron de houille, ressemblant davantage à du savon, sont produites, tandis que des chimistes hambourgeois travaillent sur la production d'albumine à partir de poisson pour remplacer plus de 400 000 œufs par an. La laine artificielle est devenue si répandue que les importations de laine australienne fine ont chuté de 100 millions à 37 millions de livres en quatre ans, et son prix a été divisé par deux. Cette laine artificielle est même utilisée dans les uniformes de l'armée régulière[19].

Les Allemands sont désormais tenus d'incorporer au moins 10 % de rayonne dans la composition de leurs sous-vêtements, afin de maintenir l'activité des usines de rayonne en prévision d'une utilisation chimique en cas de guerre. Des tubes de dentifrice en soie et des couronnes dentaires en résine artificielle ont fait leur apparition, tandis qu'une loi récente impose aux fabricants de chemises de raccourcir les pans, limitant leur longueur à 90 centimètres à l'avant et 95 centimètres à l'arrière[20].
Réutilisation des ressources
La revue mentionne que les coiffeurs allemands ont reçu pour instruction de collecter les cheveux humains, quelle que soit leur longueur, pour les recycler dans la fabrication de feutre et de tapis. Cette mesure permettrait de récupérer environ un million de livres de cheveux par an, illustrant les efforts du régime pour optimiser l'utilisation des ressources dans un contexte de pénurie[21].
Réalisations d'hier
La publication reconnaît certaines réalisations techniques de l'Allemagne, même sous domination nazie, tout en soulignant qu'elles ne doivent pas être attribuées au régime hitlérien. Parmi ces accomplissements figurent le pont sur l'Elbe, présenté par Hitler comme le plus grand du monde avec une portée de 2 240 pieds, bien que le pont Golden Gate en Californie le dépasse avec une portée de 4 200 pieds. Les autoroutes allemandes, à double voie et sans croisements, sont également citées comme un modèle de sécurité, bien que limitées à huit heures de conduite continue pour les automobilistes[22].
Le périphone, un dispositif allemand permettant de mesurer les profondeurs et les obstacles par le son, est mentionné comme une innovation technique. La revue conclut que ces réalisations auraient probablement vu le jour même sans le régime nazi[23].
Contrôle des agriculteurs allemands
La publication dénonce le contrôle strict exercé par le régime nazi sur les agriculteurs allemands. Les inspecteurs agricoles, souvent en uniforme, surveillent les exploitations de manière intrusive, vérifiant la production laitière et interdisant aux paysans de conserver le moindre litre de lait pour leur usage personnel. Le lait écrémé destiné aux porcs doit être racheté à un prix fixé par l’inspecteur. Les paysans sont également contraints d’écouter les discours d’Adolf Hitler ou de se rendre dans des camps de concentration pendant leurs jours de congé. En cas de non-respect des règles, les sanctions sont sévères, allant jusqu’à l’emprisonnement ou l’envoi dans des camps de concentration. La publication souligne que les paysans contournent ces restrictions en cachant des réserves ou en simulant des accidents pour abattre des animaux, une pratique tolérée pour éviter une surpopulation carcérale. Par ailleurs, les exploitants agricoles ne peuvent pas emprunter pour acheter de nouvelles terres, même s’ils sont propriétaires sans dettes[24].
Prospérité des fabricants d’armements
Cet article met en lumière l’enrichissement des fabricants d’armements sous les régimes dictatoriaux, en particulier celui de la famille Krupp en Allemagne. La publication affirme que les usines Krupp, qui n’avaient versé aucun dividende pendant vingt ans, emploient désormais 100 000 ouvriers avec une masse salariale annuelle dépassant 60 millions de dollars. Krupp a fourni des armes aux deux camps pendant la Première Guerre mondiale, y compris à la France via la Suisse, et a également armé à la fois la Chine et le Japon pendant le conflit sino-japonais. La publication souligne l’hypocrisie de ces industriels, qui prospèrent grâce aux guerres tout en alimentant les tensions internationales. Elle note également que les aumôniers et officiers allemands regrettent l’introduction du néo-paganisme dans l’armée, car cela augmente le nombre de suicides et de désertions, contrairement à la religion chrétienne qui, selon eux, formait de « meilleurs meurtriers »[25].
Phénomènes naturels
Cette rubrique regroupe plusieurs brèves scientifiques et observations sur des phénomènes naturels ou des découvertes astronomiques. La publication rapporte que des truites arc-en-ciel, placées dans de l’eau chlorée similaire à celle distribuée aux habitants de Cleveland, meurent en 44 heures, illustrant les dangers des produits chimiques utilisés pour traiter l’eau potable[26]. Elle mentionne également que 36 000 galaxies ont été photographiées, chacune contenant des milliards d’étoiles, et que le nouveau télescope du mont Palomar permettra d’en observer au moins 500 000[27]. D’autres sujets incluent la consommation annuelle de pétrole, estimée à 28 000 miles de wagons-citernes, et les conséquences potentielles de cette exploitation sur l’orbite terrestre[28]. La rubrique évoque aussi la découverte de la plus grande galaxie connue, située à 100 millions d’années-lumière de la Terre, ainsi que les irrégularités dans la trajectoire de la Lune, qui s’écarte de plus en plus de son orbite calculée sans explication connue[29].
La secte catholique romaine
Cet article critique l’histoire et les prétentions de l’Église catholique romaine, en particulier son schisme avec l’Église orthodoxe grecque. La publication affirme que l’Église orthodoxe, fondée à Constantinople, a une légitimité historique plus ancienne que celle de Rome. Elle retrace les origines du conflit entre les deux Églises, notamment lorsque l’empereur Maurice favorisa le patriarche de Constantinople, Jean, au détriment du pape Grégoire Ier. Ce dernier, mécontent, aurait soutenu le coup d’État de Phocas, qui assassina Maurice et fut ensuite consacré empereur par Grégoire. En récompense, Phocas accorda à Boniface III, successeur de Grégoire, le titre de « patriarche universel » en 606, marquant ainsi la rupture définitive entre les deux Églises en 1054. La publication souligne que de nombreux termes ecclésiastiques utilisés par l’Église catholique sont d’origine grecque, comme « pape », « patriarche » ou « diocèse », et accuse l’Église romaine d’avoir cherché à obtenir un pouvoir temporel en manipulant des dirigeants politiques, comme Pepin le Bref et Charlemagne[30].
L’article aborde également les finances du Vatican, notant que l’accord de 1929 avec Mussolini a rapporté à l’Église catholique l’équivalent de 80 millions de dollars. Avec un intérêt annuel de 3 %, cela génère un revenu de 2,4 millions de dollars, soit 506 000 dollars de plus que le coût de fonctionnement du gouvernement du Vatican. La publication suggère que ces fonds permettent au Vatican d’intervenir dans des conflits comme ceux d’Éthiopie ou d’Espagne, où les investissements pourraient rapporter des bénéfices[31].
À Terre-Neuve catholique
Ce témoignage décrit les conditions de vie difficiles à Terre-Neuve, où la population est majoritairement catholique et soumise à l’influence de la hiérarchie religieuse. Les missionnaires des Étudiants de la Bible, arrivés sur place, rapportent que les autorités locales ont tenté de les expulser, mais qu’ils ont pu distribuer de la littérature et témoigner de leur foi. La population est décrite comme extrêmement pauvre, dépendant presque exclusivement de la pêche pour survivre. Les salaires sont très bas : les femmes gagnent entre 5 et 10 dollars par mois pour des travaux domestiques, tandis que les hommes perçoivent entre 20 et 36 dollars par mois pour des travaux manuels. Le coût de la vie est 20 à 30 % plus élevé qu’aux États-Unis, et les missionnaires doivent se nourrir principalement de riz pour économiser[32].
La publication souligne également les conditions sanitaires précaires, avec une absence généralisée de toilettes et un manque d’hygiène. Les rues de Saint-Jean, la principale ville de l’île, sont étroites, sinueuses et mal entretenues. Les missionnaires rapportent que la distribution de littérature est très limitée en raison de la censure et de l’oppression religieuse, mais ils considèrent ces difficultés comme une préparation aux « temps sérieux » à venir, en référence aux persécutions subies par les Témoins de Jéhovah en Allemagne[33].
Le fascisme
Cette section analyse le fascisme et ses manifestations dans différents pays. La publication définit l’État totalitaire comme un système où le gouvernement exerce un contrôle absolu sur la vie des citoyens, tant sur le plan économique que social. Elle cite Ogden L. Mills, qui affirme que ce type de régime nécessite une administration permanente et que, une fois au pouvoir, les dirigeants fascistes ne peuvent être renversés que par la force, comme en témoigne l’exemple d’Adolf Hitler en Allemagne[34].
L’article dénonce également les pratiques fascistes, notamment la répression violente des opposants et les attaques contre les civils en temps de paix, comme les bombardements aériens ou les attaques de sous-marins. La publication critique les États-Unis pour leur soutien à des régimes fascistes, citant des personnalités comme Basil Harris, Kelley Graham ou Joseph P. Grace, qui auraient contribué à financer les forces de Franco en Espagne. Elle souligne que le fascisme, sous couvert de lutter contre le communisme, cherche en réalité à supprimer toute forme de liberté dans le monde, avec des pays comme l’Italie, l’Allemagne et le Japon disposant de 2 millions de tonnes de navires de guerre et de 200 millions d’hommes prêts à intervenir[35].
Enfin, la publication cite Westbrook Pegler, qui critique les demandes des régimes fascistes visant à limiter la liberté d’expression aux États-Unis. Pegler affirme que les pays libres doivent résister à ces pressions et refuser de se soumettre aux dictateurs, sous peine de perdre leurs droits fondamentaux[36].
Convention des Témoins de Jéhovah pour le Nord-Ouest
La publication annonce une convention des Témoins de Jéhovah prévue à Seattle, dans l'auditorium civique de la ville, du 2 au 5 juin 1938. Cette rencontre est destinée aux fidèles des États du Nord-Ouest américain et de l'Ouest canadien. Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Société Watch Tower, est attendu comme orateur principal. Il doit prononcer un discours intitulé « Violence » le dimanche 5 juin à 15 heures, à la fois devant les participants et un large auditoire radiophonique. Les organisateurs anticipent la présence d'environ 16 000 personnes. Les visiteurs sont invités à s'organiser pour leur hébergement, certains prévoyant de camper dans des tentes ou des caravanes, tandis que d'autres réserveront des chambres d'hôtel ou des logements privés. Un comité local, basé au 800 Broadway à Seattle, coordonne les préparatifs et répond aux demandes d'information[37].

Conseil biblique : Les « autorités supérieures »
Un lecteur interroge la publication sur l'interprétation de Romains 13:1, qui stipule que « toute âme soit soumise aux autorités supérieures ». La question porte sur la légitimité des régimes autoritaires comme ceux de Mussolini et Hitler, considérés comme des « Césars » modernes, et sur l'obligation éventuelle de leur obéir au nom de ce verset. La réponse de la rédaction rejette cette interprétation, affirmant que ce passage ne s'adresse pas aux nations en général, mais uniquement aux membres de l'organisation divine, c'est-à-dire ceux qui ont conclu une alliance avec Jéhovah pour accomplir sa volonté. Selon la publication, les « autorités supérieures » désignent Jéhovah Dieu et Jésus-Christ, seuls détenteurs du pouvoir légitime. Toute autre interprétation, notamment celle qui attribuerait ce rôle aux gouvernements terrestres, est présentée comme une distorsion des Écritures, incompatible avec l'unité des lois divines[38].
Photographies et instantanés
La rédaction encourage les lecteurs à envoyer des photographies et instantanés illustrant des scènes intéressantes, des événements marquants ou des activités liées au Royaume de Dieu menées par les Témoins de Jéhovah. Ces images, autrefois difficiles à reproduire, peuvent désormais être publiées grâce à des équipements améliorés, à condition qu'elles soient nettes et de bonne qualité. Les lecteurs sont invités à joindre une description détaillée de chaque cliché, identifié au dos par un numéro écrit à l'encre ou au crayon doux. Bien que tous les envois ne puissent être utilisés, la publication souligne l'intérêt de partager ces documents avec un large public plutôt que de les conserver pour un usage personnel[39].
Pennsylvanie : Actualités locales
Plusieurs brèves relatent des événements et des controverses en Pennsylvanie. Un montagnard, John Marsh, refuse de faire vacciner son fils de sept ans contre la variole, préférant purger une peine de prison plutôt que de céder à une pratique qu'il juge superstitieuse. La publication souligne l'inefficacité de la vaccination dans des pays comme le Japon ou les Philippines, où elle est pourtant largement appliquée. Par ailleurs, Andrew Mellon, magnat décédé, est présenté comme ayant organisé son patrimoine pour échapper aux taxes fédérales et étatiques, léguant l'essentiel de sa fortune à un trust éducatif et caritatif contrôlé par sa famille. La Cour d'appel des États-Unis de Philadelphie déclare illégale la grève sur le tas menée par 250 ouvriers de l'usine Apex Hosiery, bloquant l'accès à leur employeur et empêchant 2 500 autres salariés de travailler. Enfin, le surintendant de l'instruction publique de Pennsylvanie, Lester K. Ade, critique l'obligation pour les écoliers de saluer le drapeau, une pratique qu'il associe aux régimes fascistes plutôt qu'aux valeurs américaines[40].
New York et Philadelphie
La publication compare les réactions des maires de New York et de Philadelphie à l'arrivée des aviateurs soviétiques Gromoff, Yumashef et Danilin, qui avaient réalisé un vol record au-dessus du pôle Nord. Alors que Fiorello La Guardia les accueille chaleureusement à New York, le maire de Philadelphie, Samuel Davis Wilson, proche du cardinal Dougherty, refuse de les recevoir, un geste interprété comme un affront envers la ville. Par ailleurs, un employeur philadelphien, J. Harvey Gravell, rembourse les dettes de ses employés au début de l'année 1937, leur permettant de commencer l'année avec une ardoise vierge. Enfin, le gouverneur de Pennsylvanie, George Earle, s'oppose à la projection du film « Spain in Flames », craignant qu'il ne suscite des sympathies pour la République espagnole et n'encourage des engagements pro-libertaires[41].
États du Sud-Atlantique : Enjeux politiques et sociaux
La publication aborde plusieurs sujets liés aux États du Sud-Atlantique. Un expert en immigration, Thomas Hocati, dénonce les souffrances infligées aux étrangers et à leurs familles par les lois américaines sur la déportation, soulignant l'arbitraire et la cruauté des autorités. Un exemple frappant est celui d'un Écossais, incapable de retourner dans son pays faute de preuve de naissance, qui est emprisonné pour vagabondage. Par ailleurs, la montée en puissance du Congress of Industrial Organizations (C.I.O.) est critiquée, avec des accusations de collusion entre ce syndicat et le gouvernement, notamment en raison d'une contribution de 500 000 dollars au fonds de campagne démocrate. Le représentant Treadway suggère que cette donation explique la politique de « non-intervention » du gouvernement face aux actions du C.I.O. Enfin, des statistiques compilées par Ben E. Adams révèlent que 16,5 millions de citoyens nés à l'étranger, 3,5 millions d'immigrés illégaux et 6 millions de travailleurs non naturalisés vivent aux États-Unis, posant la question des conséquences économiques et sociales d'une éventuelle expulsion massive[42].
« En terre de Dixie » : Témoignages et anecdotes
Plusieurs témoignages et anecdotes illustrent la vie dans les États du Sud. Un cultivateur de coton, H. Sillaway, décrit les conditions de travail dans les champs, expliquant que la cueillette du coton, bien que physiquement exigeante, n'est pas considérée comme une corvée par la plupart des travailleurs. Il détaille les techniques de cueillette, les salaires variables selon les régions (de 65 cents à 1 dollar pour 100 livres de coton), et les petits désagréments comme les coupures aux doigts causées par les capsules de coton. Par ailleurs, deux jeunes filles de l'école du Royaume à Atlanta partagent un extrait de leur manuel d'histoire, révélant que les Pères Pèlerins rejetaient les fêtes de Pâques, du 1er mai et de Noël, les considérant comme païennes. Enfin, un récit humoristique raconte comment un vieil homme, invité à une réunion de réveil par sa femme pieuse, refuse de donner de l'argent à une quêteuse en arguant qu'il préfère remettre lui-même sa contribution à Dieu, compte tenu de son âge avancé[43].
California, l'incroyable
La rubrique met en avant le caractère paradoxal de la Californie, qualifiée d'« incroyable » pour son mélange de répression et de libertés. Le journal souligne une décision judiciaire historique : un juge de Sacramento ordonne la réintégration d'Helen Gabrielli, une Témoin de Jéhovah exclue de son école pour avoir refusé de saluer le drapeau[44]. Cette décision est présentée comme un acte de défense de la démocratie, contrastant avec d'autres pratiques autoritaires observées dans le même État, comme l'emprisonnement prolongé de Tom Mooney et Warren Billings, accusés à tort d'un attentat à la bombe en 1916[45]. La publication critique également la présence de groupes d'extrême droite, comme les *Silver Shirts*, et l'arrestation d'Upton Sinclair pour avoir lu la Constitution en public, tout en célébrant la décision du juge Shields comme un symbole de résistance à l'oppression[46].
Un article signé du *Baltimore Evening Sun* est cité pour illustrer ce paradoxe, soulignant que la Californie reste « incroyable » non pas par absurdité, mais par sa capacité à incarner à la fois la répression et la liberté[47].
La rubrique aborde également la mort de Charles M. Fickert, procureur connu pour avoir orchestré la condamnation injuste de Tom Mooney, et celle de Frank Oxman, un témoin clé dont les faux témoignages avaient contribué à cette condamnation. La publication célèbre leur disparition, les associant à des « parjures » et des « défenseurs de parjures », et cite le passage biblique Romains 1:29-32 pour appuyer son rejet de leurs actions[48].
Enfin, un encadré dénonce les croyances religieuses traditionnelles, comme l'idée d'un Dieu infligeant des tourments éternels ou l'efficacité des prières payantes pour réduire les souffrances du purgatoire, les qualifiant d'« incroyables » et de préparatoires à des jugements tout aussi irrationnels, comme celui de la Cour suprême de Californie concernant l'affaire Mooney[49].
Pourquoi, Detjen !
Cet article commente une chronique de Detjen, qui souligne l'impact mondial de la résistance des parents d'Helen Gabrielli, tous deux sourds-muets, dans l'affaire du salut au drapeau. La publication salue la portée symbolique de leur victoire, tout en ironisant sur la contradiction d'un président américain, Franklin D. Roosevelt, qui organise un « congrès de la paix » en Argentine tout en lançant la construction de navires de guerre et d'avions de bombardement à son retour[50].
Fickert est mort
La mort de Charles M. Fickert, procureur ayant contribué à l'emprisonnement injuste de Tom Mooney, est célébrée comme une victoire morale. La publication exprime sa satisfaction en citant la disparition de Fickert et d'Oxman, un témoin ayant commis un parjure dans cette affaire, et réaffirme que de tels individus « devraient tous être morts »[51].
Les travailleurs agricoles de Californie
Cet article dénonce les conditions de travail des ouvriers agricoles en Californie, en particulier ceux récoltant des pois, payés seulement 14 cents par livre. La publication souligne l'injustice de ces salaires, contrastant avec les sommes dépensées par les employeurs pour réprimer les revendications syndicales : une organisation de Salinas aurait versé 49 325 dollars à des détectives privés en 1936 pour maintenir les salaires à un niveau bas[52].
Le magistrat Hermes en route vers la sortie
Cette rubrique critique le juge Joseph Hermes de Chicago, accusé d'avoir condamné Mary Schlactka, une Témoin de Jéhovah, à six mois de prison pour son refus de saluer le drapeau. L'*International Juridical Association Monthly Bulletin* est cité pour détailler les accusations portées contre Hermes, notamment des violations des canons éthiques professionnels et judiciaires[53]. La publication dénonce son comportement, incluant des examens publics devant des journalistes, l'expulsion violente d'avocats de la défense, et la manipulation médiatique pour influencer les procès. Hermes est également accusé d'avoir forcé Mary Schlactka à poser pour des photographies avec lui et son huissier, une pratique jugée contraire à l'éthique[54].
Un autre cas est mentionné, celui d'Eleanor Swimmer, arrêtée pour possession de littérature communiste, où Hermes aurait outrepassé ses pouvoirs en refusant un procès devant jury et en imposant une caution illégale[55].
Calendrier de jeûne et d'abstinence
La publication ironise sur le « Calendrier de jeûne et d'abstinence » distribué par *The New World*, un organe catholique, qui impose des règles alimentaires strictes selon le statut social, l'âge et le genre des fidèles. Ce calendrier détermine, pour 113 jours de l'année, le nombre de repas autorisés, la consommation de viande, et même l'heure à laquelle elle peut être ingérée[56]. La publication dénonce cette pratique comme une forme de contrôle absurde, soulignant que les travailleurs et leurs familles sont soumis à des restrictions différentes de celles des non-travailleurs, et ridiculise l'idée que les fidèles doivent consulter ce calendrier avant chaque repas[57].
Enfants espiègles
Cet article critique l'*American Legion*, une organisation d'anciens combattants, présentée comme un groupe d'hommes immatures malgré leur âge moyen de 42 ans. La publication décrit leurs actions lors d'une convention à Springfield, Illinois, où ils auraient perturbé la circulation, agressé des automobilistes, coupé des câbles de trolleybus, et volé des kiosques à journaux pour les utiliser comme obstacles[58]. Elle souligne également que plus de 90 % de ses membres ont été enrôlés de force pendant la Première Guerre mondiale et que la majorité n'a jamais combattu, les qualifiant de « lâches »[59].
Par sentiers et ruisseaux et chemins de jardin (Le pommier)

Cet article adopte un ton poétique et pédagogique pour expliquer la croissance des pommes à travers un dialogue entre Jane et deux enfants, Buddy et Bunny. Jane décrit la beauté des fleurs de pommier, leur parfum et leur rôle dans la pollinisation, tout en soulignant l'intervention des abeilles et des papillons dans ce processus[60]. Elle explique également la structure des fleurs, incluant les étamines, le pollen et le pistil, et détaille comment les graines se forment lorsque le pollen atteint les ovules. La publication insiste sur l'importance de ne pas cueillir les fleurs sauvages, car cela empêche la formation de graines et menace la survie des plantes[61].
Pourquoi être inventeur ?
Un court article relate l'histoire d'une femme finlandaise qui, faute de bouillotte, utilise un fer à repasser électrique pour réchauffer son lit. L'incident provoque un incendie, et elle est condamnée à une amende pour gaspillage d'électricité. La publication utilise cet exemple pour ironiser sur les risques et les absurdités de l'innovation domestique[62].
Oslo et les États baltes
Cette rubrique présente plusieurs brèves sur des sujets variés, principalement liés à l'Europe du Nord et à l'actualité des Témoins de Jéhovah.
Un premier article relate un témoignage d'un fidèle en Birmanie, qui affirme avoir entendu l'intervention de Joseph Rutherford lors d'une convention à Columbus, Ohio, le 18 septembre 1937, grâce à une diffusion en ondes courtes. La publication attribue cette expérience à une intervention divine, évoquant un « ange du Seigneur »[63]. Un autre témoignage similaire provient de Suède, où David Morin aurait également entendu l'intervention de Rutherford malgré l'interdiction de la secte dans son pays[64].
Un encadré souligne l'opposition des Néerlandais à la guerre, malgré les tensions internationales. La publication décrit les Pays-Bas comme un pays pacifique, où les agriculteurs travaillent dans des polders situés sous le niveau de la mer, conscients que leur pays pourrait être inondé en cas d'invasion. Malgré cette paix relative, le gouvernement néerlandais renforce ses fortifications aux frontières est et sud, en raison des menaces extérieures[65].
Un autre article évoque la pêche à la morue au large du Groenland, où des bancs importants sont exploités par des navires américains, français, britanniques, portugais et danois. La publication souligne la générosité du gouvernement danois envers les pêcheurs étrangers[66].
Enfin, un encadré mentionne la possibilité d'utiliser les volcans islandais pour produire de la nourriture, en chauffant des serres grâce aux sources chaudes naturelles. Cette innovation permettrait de cultiver des légumes en hiver et de fournir de l'eau chaude à Reykjavik[67].
Un autre article rapporte que le Danemark a acheté 11 451 fermes au cours des vingt-cinq dernières années, les a aménagées et les a revendues à des agriculteurs. La publication souligne que seulement 3,6 % des acheteurs n'ont pas respecté leurs obligations de paiement, ce qui représente une perte totale de 9 085 dollars pour l'État[68].
Europe centrale

Cette rubrique se concentre sur les persécutions subies par les Témoins de Jéhovah en Europe centrale, en particulier en Yougoslavie et en Autriche.
Un article dénonce les activités des prêtres catholiques en Yougoslavie, accusés de réprimer les Témoins de Jéhovah en utilisant des disques de gramophone pour diffuser leur propagande religieuse dans les villages montagneux. Bien que la secte soit interdite, ses missionnaires contournent cette interdiction en organisant des réunions clandestines dans des caves et des pièces cachées. La publication souligne que les autorités confisquent systématiquement les gramophones, les disques et les brochures des Témoins, et emprisonnent leurs propriétaires[69].
Un autre article relate l'expulsion de Hubert Harrison, un journaliste britannique résidant en Yougoslavie depuis douze ans, correspondant pour le *New York Times* et Reuters. Bien que la raison officielle de son expulsion soit la diffusion d'un article sur des dessins animés de Mickey Mouse critiquant le régime catholique, la publication suggère que la véritable raison est sa révélation de la soumission du pays à l'influence du pape[70].
Un encadré décrit les conditions de détention des prisonniers politiques en Autriche, où les accusés n'ont droit ni à un acte d'accusation formel, ni à une audience publique, ni à un avocat. Les interrogatoires se déroulent en secret dans les bureaux de la police, et les sentences sont fixées par les mêmes policiers qui mènent l'enquête. La publication annonce que, avec l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie, les Témoins de Jéhovah dans ce pays subiront probablement les mêmes persécutions que leurs coreligionnaires allemands[71].
Un autre article mentionne que la Hongrie commence à rembourser une dette contractée auprès des États-Unis en 1920 pour l'achat de farine. La publication ironise sur le fait que, alors que l'Europe se prépare à une nouvelle guerre, même les nations en défaut de paiement comme la Grande-Bretagne et la France s'interrogent sur la sagesse de leurs mensonges passés envers les États-Unis[72].
Enfin, un dernier encadré dénonce la participation de la Hongrie à l'« Action catholique », un mouvement fasciste soutenu par le Vatican. La publication cite l'exemple du consul hongrois à Gênes, qui aurait acheté un navire américain, l'*Alba*, pour le charger d'armes destinées aux forces franquistes en Espagne, en violation de la neutralité américaine[73].
La Grande-Bretagne
La rubrique consacrée à la Grande-Bretagne s'ouvre sur une critique acerbe des relations économiques et politiques entre le pays et les États-Unis. La publication dénonce une forme d'hypocrisie des dirigeants britanniques, accusés de chercher à obtenir un soutien financier américain en cas de guerre en Europe, tout en comptant sur le fait que les dettes contractées ne seraient jamais remboursées. Elle souligne que cette attitude est perçue en Europe comme une exploitation cynique des ressources américaines, sans intention réelle de restituer les fonds empruntés. La rhétorique employée compare les États-Unis à un prêteur abusif, évoquant l'image de Shylock pour illustrer le mépris supposé des Européens envers les créanciers américains[74].
Un encadré intitulé *« His Own Sheep by Name »* (Ses propres brebis par leur nom) relate l'histoire d'un jeune berger irlandais, Fred Fisher, décédé prématurément, qui avait l'habitude d'appeler ses moutons par des noms affectueux et originaux, tels que *« Wee Scabby »* (Petit Galeux) ou *« Blackest Lamb »* (Agneau le plus noir). Ce récit est présenté comme une illustration poétique de la relation personnelle que le berger entretenait avec son troupeau, en écho à la parabole du Bon Berger dans l'Évangile selon Jean (Jean 10:3)[75].
La rubrique aborde également la position de l'Église anglicane, décrite comme opportuniste et hypocrite. La publication critique son refus de renoncer à ses privilèges financiers, notamment une dotation annuelle de 17,5 millions de dollars héritée de l'époque d'Henri VIII, tout en siégeant au Parlement et en influençant les débats politiques. Les évêques anglicans sont accusés de nier l'infaillibilité de la Parole de Dieu et de propager des idées évolutionnistes, notamment en qualifiant les récits de la Genèse de « mythologiques ». Leur origine est moquée par une comparaison ironique avec des exercices matinaux dans une étable[76].
Un autre article, *« In the Same Business »* (Dans le même métier), établit un parallèle entre une médium spirite londonienne, Rosa Kennedy, et l'archevêque catholique de Westminster, Arthur Hinsley. La publication affirme que les deux pratiquent une forme de charlatanisme en prétendant guérir les malades, l'une en invoquant des esprits zoulous, l'autre en organisant des pèlerinages à Lourdes. Elle souligne que les sources de ces « miracles » sont identiques, à savoir des entités démoniaques, et que les coûts financiers pour les fidèles sont comparables[77].
Enfin, un court article intitulé *« Talking Back to Hitler »* (Répondre à Hitler) décrit les préparatifs militaires britanniques, notamment la construction de dix-neuf usines d'armement et d'aviation en vingt mois. La publication interprète ces efforts comme une tentative de s'allier aux États-Unis en feignant de rembourser une dette de guerre, tout en sachant pertinemment que celle-ci ne sera jamais honorée. Elle suggère que ces manœuvres visent à préparer le pays à une future guerre, qualifiée de *« Great Foolishness »* (Grande Folie)[78].

Consommation de bananes et déclin des libertés en Angleterre
Un article intitulé *« Eating Bananas by the Ton »* (Manger des bananes par tonnes) relève une tendance alimentaire en Grande-Bretagne : en 1936, les Britanniques ont consommé 20,65 millions de régimes de bananes, soit 413 000 tonnes. Ce détail anodin est présenté comme un indicateur des changements culturels et économiques dans le pays[79].
La rubrique se poursuit avec un article plus critique, *« Liberty Slipping in England »* (La liberté glisse en Angleterre), qui dénonce une dérive autoritaire des forces de police britanniques. La publication relate l'arrestation d'une femme pour kleptomanie, un terme jugé hypocrite pour désigner un vol mineur, alors que les fraudes financières à grande échelle sont tolérées. L'article décrit une intervention policière jugée abusive : des agentes de police auraient tenté de retirer les enfants du foyer familial sans mandat, avant d'être chassées par le père. La publication suggère que cette affaire illustre une érosion des libertés individuelles et une tendance croissante à l'arbitraire policier[80].
Un autre article, *« “Acts of God” near Liverpool »* (Des « actes de Dieu » près de Liverpool), critique l'attitude des autorités britanniques face aux catastrophes naturelles. La publication rapporte que des agriculteurs et éleveurs de la région de Liverpool, victimes de grêles destructrices en 1937, se sont vu refuser toute indemnisation au motif que ces intempéries seraient des *« actes de Dieu »*. Elle rejette cette interprétation, affirmant que ces événements sont en réalité imputables à Satan, et non à Jéhovah. Elle dénonce également l'hypocrisie d'un gouvernement qui se prétend *« régner par la grâce de Dieu »*, tout en agissant comme un instrument du Diable pour discréditer le nom divin[81].
Enfin, un court article intitulé *« Bowing to Mussolini and the Pope »* (S'incliner devant Mussolini et le Pape) condamne la reconnaissance officielle par l'État libre d'Irlande de l'annexion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste. La publication interprète cette décision comme une soumission aux dictatures et à l'influence du Vatican, tout en soulignant que cette position finira par s'imposer à tous les hypocrites[82].
Commentaires britanniques sur la guerre et la religion
Un article signé J. Hemery (Londres), intitulé *« War Fears and Preparations »* (Craintes et préparatifs de guerre), analyse les réactions britanniques à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie. La publication rapporte que le Premier ministre britannique a reconnu, dans un discours au Parlement, que le pays n'avait d'autre choix que de se préparer activement à une guerre imminente. Elle souligne que, bien que certains désapprouvent cette politique, peu contestent la réalité de la violence qui se propage en Europe. Les préparatifs militaires ne sont plus présentés comme défensifs, mais comme potentiellement offensifs, notamment en raison de l'influence croissante de l'Italie fasciste en Méditerranée[83].
L'article mentionne également des négociations entre le gouvernement et les syndicats pour accélérer la production d'armements. Les dirigeants syndicaux exigent des garanties, notamment que les profits générés par la guerre ne soient pas accaparés par des intérêts privés, comme cela avait été le cas lors de la Première Guerre mondiale. La publication cite des exemples de dividendes élevés versés par des entreprises d'armement, comme Handley Page (50 % de dividende plus un bonus de 100 %) ou Vickers (2 millions de livres de bénéfices), pour illustrer les enjeux économiques derrière les préparatifs militaires[84].
Un autre passage aborde les mesures de protection civile, notamment la préparation aux attaques aériennes et aux attaques au gaz. La publication rapporte que 26 millions de masques à gaz ont déjà été distribués, et que des exercices de simulation d'attaques aériennes sont organisés dans tout le pays. Elle souligne l'angoisse suscitée par ces préparatifs, tout en rappelant que les véritables catastrophes, comme Armageddon, ne laisseront aucune échappatoire à ceux qui auront ignoré les avertissements de Jéhovah[85].
Un article intitulé *« “Call to Religion” »* (Appel à la religion) critique les appels des dirigeants religieux britanniques à un retour à la moralité et à la religion. La publication affirme que ces appels ignorent délibérément la promesse biblique de l'établissement du Royaume de Dieu sur Terre, une perspective absente des discours des archevêques, évêques et autres clercs. Elle souligne que ces derniers cherchent avant tout à influencer la politique, comme en témoigne l'intervention de l'archevêque de Cantorbéry au Parlement, où il a exprimé l'espoir que Hitler, après avoir réalisé son ambition autrichienne, renonce à de nouvelles aventures militaires. La publication dénonce cette approche, qui réduit la religion à un outil de stabilité politique plutôt qu'à une soumission à la volonté divine[86].
La religion face à la crise mondiale
Un article intitulé *« “The League Still Points” »* (La Société des Nations montre encore la voie) rapporte les positions du Conseil national des Églises libres britanniques, qui appelle à une mobilisation contre le *« fléau du paganisme »* et à un retour aux principes chrétiens pour éviter une dérive vers la politique de puissance. La publication critique cette vision, soulignant que ces appels s'appuient sur une interprétation biaisée de la Bible, utilisée non pas pour chercher la volonté de Jéhovah, mais pour justifier des intérêts politiques. Elle dénonce également l'attachement de ces religieux à la Société des Nations, présentée comme une voie de *« raison, d'honneur et de sécurité »*, tout en ignorant les prophéties bibliques sur le jugement divin imminent[87].
Un autre article, *« The Clerics Are Unhappy »* (Les clercs sont mécontents), cite les propos du évêque de Chelmsford, qui affirme que la civilisation est condamnée sans un retour rapide à la moralité et à la religion. La publication interprète cette déclaration comme un aveu d'échec, soulignant que les dirigeants religieux, notamment ceux de l'Église d'Angleterre, refusent d'admettre que leur propre hypocrisie contribue à la crise. Elle rappelle que les affaires de l'État britannique sont menées sans aucun égard pour Dieu, malgré les prières rituelles au Parlement, et que les évêques, bien qu'habillés en représentants du *« domaine spirituel »*, ne sont que des acteurs du système politique corrompu[88].
Un passage intitulé *« “Call to Religion” »* (suite) critique une déclaration d'un autre clerc, qui compare la situation mondiale à des canoës emportés vers les chutes du Niagara, et qui affirme que seul un *« grand réveil religieux »* pourrait restaurer la confiance. La publication rejette cette vision, rappelant que les véritables solutions se trouvent dans l'établissement du Royaume de Dieu, un thème absent des discours religieux dominants. Elle souligne que les clercs, en rejetant les Écritures, ont trahi la vérité pour des gains matériels et une popularité mondaine, et que leur *« gestion »* leur sera retirée[89].
Enfin, un article intitulé *« Happy in God’s Service »* (Heureux au service de Dieu) contraste l'inquiétude des religieux avec la joie des Témoins de Jéhovah, qui se réjouissent de leur service en dépit des persécutions et des difficultés. La publication décrit les rassemblements des Témoins comme des moments de bonheur, et souligne que leur foi en la venue prochaine du Royaume de Christ les soutient face aux tribulations actuelles. Elle affirme que Jéhovah, en tant que Juge juste, *« vengera son saint nom »* lors du jour du jugement, une perspective qui échappe totalement aux dirigeants religieux[90].
L'Église catholique et l'alliance avec le nazisme
Un article intitulé *« The Hierarchy and Hitler »* (La Hiérarchie et Hitler) analyse les relations entre le régime nazi et l'Église catholique, à la lumière d'une déclaration des cardinaux et évêques autrichiens lue dans toutes les églises catholiques du pays le 27 mars 1938. La publication affirme que cette déclaration, qui salue l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie comme une *« heure bénie par Dieu »*, confirme une alliance entre Hitler et la Hiérarchie catholique. Elle souligne que les évêques autrichiens ont exprimé leur conviction que le mouvement national-socialiste avait sauvé le pays du *« bolchevisme athée et destructeur »*, et qu'ils appellent les fidèles à soutenir le Reich allemand lors du plébiscite organisé par les nazis[91].
La publication interprète cette prise de position comme une preuve supplémentaire de la collusion entre le Vatican et les régimes fascistes, citant un article du *Sunday Times* qui évoque un concordat entre l'Allemagne nazie et l'Église catholique. Elle rapporte que des négociations entre le ministre des Affaires étrangères allemand, Joachim von Ribbentrop, et le nonce apostolique à Berlin, Mgr Orsenigo, ont abouti à un accord, marqué par l'interdiction d'un journal anti-chrétien du mouvement païen nazi. La publication suggère que ces développements montrent une volonté de cesser les attaques contre la *« religion chrétienne »*, en échange d'un soutien politique de la Hiérarchie au régime hitlérien[92].
Enfin, l'article mentionne une déclaration de quatre surintendants protestants autrichiens, qui ont également salué l'annexion de l'Autriche comme une *« heure bénie par Dieu »*. La publication conclut en affirmant que ces alliances entre les institutions religieuses et les dictatures illustrent la corruption morale des clercs, qui privilégient leurs intérêts politiques au détriment de la vérité biblique[93].
Analyse
Croyances
L'interprétation de Romains 13:1 que développe ce numéro du 4 mai 1938 constitue un document de première importance pour l'histoire doctrinale du mouvement. En réponse à un lecteur interrogeant la revue sur l'obligation d'obéir à des régimes comme ceux de Mussolini et de Hitler au nom du verset paulinien, la publication tranche sans ambiguïté : les « autorités supérieures » ne désignent pas les gouvernements terrestres, mais exclusivement Jéhovah et Jésus-Christ.[94] Cette position n'était pas nouvelle en 1938 : elle avait été introduite dès juin 1929 par Joseph Rutherford dans La Tour de Garde, où il déclarait que l'application de Romains 13 aux gouvernements humains avait longtemps constitué « la base de la fausse doctrine du droit divin des rois ».[95] La page Autorités supérieures du présent wiki documente que cette doctrine demeura en vigueur de 1929 à 1962, avant qu'un retour à la compréhension prérutherdordienne ne soit opéré par une série d'articles de La Tour de Garde à partir de novembre 1962. En 1938, au moment de la parution de ce numéro, la doctrine de 1929 est donc pleinement en vigueur, et ce numéro en constitue une application directe au contexte nazi. La revue désigne la soumission aux pouvoirs terrestres non comme une obligation scripturaire, mais comme une « distorsion des Écritures, incompatible avec l'unité des lois divines »,[96] une formulation qui fait écho aux termes utilisés dès 1932 dans la littérature de la Société, qui qualifiait alors l'ancienne compréhension de « mauvais point de vue ».[97]
Ce positionnement doctrinal sur Romains 13 n'est pas isolé dans le numéro : il s'articule avec un fil conducteur théologique plus large, à savoir la dénonciation de toute forme d'adoration rendue à la créature plutôt qu'au Créateur. La déification d'Hitler, décrite dans les articles sur la tragédie de l'Allemagne et le culte des ancêtres nazi, les prières et chants scolaires présentant le Führer comme une « révélation de Dieu »,[98] la transformation de chapelles catholiques en lieux de culte dédié aux ancêtres germaniques et à la nation,[99] et jusqu'à l'invocation de figures spirites ou de pèlerinages miraculeusement efficaces décrite dans la rubrique sur la Grande-Bretagne[100] : toutes ces réalités sont présentées par la revue comme autant d'illustrations contemporaines d'une prophétie biblique sur le paganisme caractéristique des « derniers jours ». Cette lecture eschatologique unifie des rubriques en apparence disparates — politique allemande, spiritisme londonnien, catholicisme autrichien — en les inscrivant dans un même schéma interprétatif : la substitution de l'autorité divine par des autorités humaines ou démoniaques constitue le signe distinctif d'une ère condamnée.
La troisième articulation doctrinale majeure du numéro réside dans l'opposition systématique entre le Royaume de Dieu et toutes les solutions humaines à la crise mondiale. Les clercs britanniques appelant à un « grand réveil religieux » pour détourner les nations des chutes du Niagara vers lesquelles elles se précipitent, ou l'archevêque de Cantorbéry espérant qu'Hitler renonce à de nouvelles aventures après l'Anschluss,[101] sont présentés comme des hommes dont la religion se réduit à un outil de stabilisation politique. La publication leur oppose une perspective radicalement différente : « Heureux au service de Dieu » constitue, selon la revue, la seule réponse authentique aux tribulations du moment, fondée sur la certitude de l'établissement imminent du Royaume de Christ. Cette attente eschatologique, qui traverse tout le numéro — des préparatifs militaires britanniques commentés comme une « Grande Folie »[102] aux masques à gaz distribués en masse[103] jusqu'aux avertissements que Jéhovah « vengera son saint nom » lors du jugement[104] — ancre la lecture politique et sociale dans un cadre prophétique. La mention d'Armageddon comme seule issue véritable à une Europe en armes[105] s'inscrit dans la doctrine rutherfordienne selon laquelle les conflits mondiaux depuis 1914 constituent les douleurs de l'enfantement du Royaume, une position constante de la littérature de la Société depuis les années 1920 et qui structure ici l'ensemble de la lecture journalistique proposée au lecteur.
Organisation et histoire
Ce numéro du 4 mai 1938 de Consolation annonce formellement une convention des Témoins de Jéhovah prévue à Seattle, dans l'auditorium civique de la ville, du 2 au 5 juin 1938, destinée aux fidèles des États du Nord-Ouest américain et de l'Ouest canadien.[106] Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Société Watch Tower, est annoncé comme orateur principal et doit prononcer un discours intitulé « Violence » le dimanche 5 juin, simultanément devant les participants et un large auditoire radiophonique. Les organisateurs anticipent la présence d'environ 16 000 personnes, un chiffre qui témoigne de l'ampleur des rassemblements régionaux organisés par l'organisation à cette époque.[107] Un comité local basé au 800 Broadway à Seattle coordonne les préparatifs logistiques, incluant l'hébergement en tentes, caravanes, hôtels ou logements privés.[108]
L'implantation institutionnelle internationale du mouvement est documentée dans ce numéro par la publication de photographies des sièges locaux de l'organisation. Des « maisons Bethel » des éditeurs du Royaume sont présentées à Copenhague (Danemark) et à Prague (Tchécoslovaquie), ainsi que les sièges de Berne (Suisse) et de Londres (Angleterre), accompagnés d'un Kingdom Hall à Honolulu (Hawaï).[109] Ces illustrations témoignent de la structuration internationale du mouvement sous la présidence de Rutherford, qui avait imposé une organisation administrative centralisée dans l'ensemble de ses implantations mondiales.[110]
Le numéro publie plusieurs cas de persécutions institutionnelles visant les Témoins de Jéhovah. En Yougoslavie, des missionnaires y organisent des réunions clandestines malgré l'interdiction légale de l'organisation, leurs gramophones, disques et brochures étant systématiquement confisqués par les autorités.[111] En Autriche, la publication signale l'absence de garanties procédurales pour les accusés — aucun acte d'accusation formel, aucune audience publique, aucun avocat — et anticipe que l'annexion par l'Allemagne nazie soumettra les Témoins autrichiens aux mêmes persécutions que celles déjà subies par leurs coreligionnaires allemands. Ce pronostic correspond à la réalité documentée : l'organisation avait été officiellement dissoute en Autriche dès juillet 1935 sous le régime du *Ständestaat*, et les Témoins n'étaient plus que 550 environ au moment de l'*Anschluss* de mars 1938.[112] Aux États-Unis, le juge Joseph Hermes de Chicago est mis en cause pour avoir condamné une Témoin de Jéhovah, Mary Schlactka, à six mois de prison pour refus de saluer le drapeau.[113] En Californie, le numéro signale en revanche une décision judiciaire favorable : un juge de Sacramento ordonne la réintégration d'Helen Gabrielli, une élève Témoin de Jéhovah exclue de son école pour le même motif de refus du salut au drapeau.[114]
Ce numéro publie également un commentaire détaillé sur la déclaration solennelle des cardinaux et évêques catholiques autrichiens lue dans toutes les églises du pays le 27 mars 1938, saluant l'annexion de l'Autriche comme une « heure bénie par Dieu » et appelant les fidèles à soutenir le Reich lors du plébiscite nazi.[115] Cette déclaration, signée sous l'impulsion du cardinal Theodor Innitzer, archevêque de Vienne, avait été diffusée par le régime nazi dans tout le Reich sans que les évêques n'y aient consenti explicitement dans ces termes.[116] La Watch Tower s'en saisit pour étayer sa thèse d'une collusion structurelle entre la hiérarchie catholique et les régimes fascistes, un leitmotiv des publications de l'ère Rutherford.[117]
Ce numéro traite également de l'interprétation de Romains 13:1 sur les « autorités supérieures », à travers une rubrique de questions-réponses qui rejette toute soumission aux gouvernements terrestres au nom de ce passage.[118] Cette position correspond à la doctrine adoptée par la Watch Tower depuis 1929, lorsque Rutherford avait publié deux articles fondateurs dans La Tour de Garde des 1er et 15 juin 1929 concluant que les « autorités supérieures » de Romains 13:1 désignaient exclusivement Jéhovah et Jésus-Christ et non les gouvernements humains.[119] Cette doctrine, maintenue jusqu'en 1962 avant d'être abandonnée au profit du point de vue antérieur à 1929, est présentée dans la Consolation de mai 1938 comme une évidence scripturale, sans mention de son caractère récent.[120]
Science et médecine
L'édition du 4 mai 1938 contient deux affirmations à caractère scientifique ou sanitaire sur lesquelles la revue avait un intérêt idéologique direct : une mise en cause de la vaccination antivariolique obligatoire et une présentation alarmiste des effets du chlore dans l'eau potable.
Dans la rubrique consacrée à la Pennsylvanie, la revue soutient le refus de John Marsh de faire vacciner son fils contre la variole, en invoquant l'exemple du Japon et des Philippines, où la vaccination serait « largement appliquée » sans empêcher la maladie.[121] Cette ligne éditoriale s'inscrit dans une campagne durable de la Watch Tower contre la vaccination, que la page de ce wiki sur la vaccination documente depuis les années 1920, époque à laquelle L'Âge d'Or publiait des articles très virulents contre les vaccins sous la direction de Clayton Woodworth.[122] En 1931, la Watch Tower assimilait même la vaccination à une violation de la loi divine sur le sang.[123] Or, en 1938, la vaccination antivariolique était une pratique médicale établie de longue date et reconnue efficace par les autorités sanitaires des pays industrialisés. L'argument japonais et philippin avancé par la revue pour discréditer le vaccin antivariolique était rhétoriquement commode mais scientifiquement réducteur : il ignorait les conditions d'application, les souches locales et les contextes épidémiologiques propres à ces pays. La revue n'utilisait pas cet argument pour informer ses lecteurs, mais pour appuyer une position préexistante hostile à l'obligation vaccinale et, plus généralement, à l'intervention de l'État dans la vie privée.
La rubrique « Phénomènes naturels » rapporte que des truites arc-en-ciel, placées dans de l'eau chlorée « similaire à celle distribuée aux habitants de Cleveland », meurent en quarante-quatre heures, présentant ce résultat comme un indice des dangers de l'eau traitée au chlore pour la consommation humaine.[124] Il est scientifiquement établi que le chlore est effectivement très toxique pour les poissons à des concentrations bien inférieures à celles qui sont sans danger pour les humains : des recherches du Michigan Department of Natural Resources datant de 1971 établissent qu'une concentration de 0,023 mg/L provoque une mortalité de 50 % chez la truite arc-en-ciel en 96 heures, alors que les réseaux d'eau municipaux nord-américains peuvent atteindre 2,5 mg/L, soit une concentration cent fois supérieure. La mort de truites exposées à de l'eau chlorée municipale était donc un fait réel et reproductible. Cependant, la revue présentait ce fait sans aucune contextualisation, omettant que le chlore est dosé spécifiquement pour être sans danger pour l'organisme humain tout en étant incompatible avec la physiologie des poissons à branchies, dont les mécanismes d'absorption diffèrent fondamentalement de ceux des mammifères. En présentant la mort des truites comme une preuve implicite de la dangerosité de l'eau du robinet pour les humains, la publication opérait un glissement rhétorique, au service d'une méfiance généralisée envers les autorités sanitaires publiques qui traversait plusieurs de ses rubriques.
Économie et société
Le numéro du 4 mai 1938 accumule un nombre inhabituel d'affirmations à charge sur la dégradation économique et sociale de l'Allemagne nazie, affirmations que la revue a un intérêt idéologique manifeste à présenter sous leur jour le plus sombre, puisqu'elles servent à démontrer l'effondrement inévitable du « système de Satan » et à valider l'imminence d'Armageddon.
L'article sur la situation des travailleurs allemands affirme que le réseau ferroviaire connaît une baisse de 5 % des wagons de passagers et de 10 % des wagons de marchandises par rapport à l'année de crise 1932, que le pain est de moins bonne qualité qu'en 1914, que les chaussures sont fabriquées en papier et les vêtements en textiles de substitution, et que des émeutes de la faim ont éclaté dans plusieurs villes.[125] Ces affirmations sur la pénurie de matières premières et le recours massif aux Ersatz correspondent à une réalité documentée : l'Allemagne nazie poursuivait effectivement une politique d'autarcie économique (Vierjahresplan) qui engendra une production intensive de substituts pour le cuir, les textiles et les matières grasses, et la laine artificielle envahit effectivement les uniformes militaires.[126] Cependant, la revue choisit systématiquement les indicateurs les plus défavorables : les historiens notent que le régime nazi était autosuffisant à environ 80 % pour les cultures de base dès les années 1930, et que la production industrielle globale augmentait fortement grâce au réarmement.[127] La sélection biaisée des faits — misère des paysans, pénuries alimentaires, émeutes — au détriment des données macroéconomiques globalement en hausse reflète une intention rhétorique claire : illustrer l'échec structurel du monde séculier.
La publication évoque également la situation de la communauté juive de Berlin, affirmant qu'environ 40 % de la population juive de la capitale dépendrait de l'aide sociale et que « seuls les personnes âgées subsisteront d'ici deux ans », les autres étant exclus de toute activité économique.[128] Ces affirmations s'inscrivent dans le prolongement d'une réalité historique documentée et sévère : à la suite des lois de Nuremberg de 1935, les Juifs furent systématiquement expulsés des professions libérales, du commerce et de la fonction publique, dans le cadre d'une politique d'exclusion économique délibérée et progressive.[129] Si les chiffres précis avancés par la revue et la prédiction à deux ans ne peuvent être vérifiés, ils témoignent d'une réalité de paupérisation réelle des Juifs allemands sous le nazisme, et non d'une dramatisation sans fondement.
Sur l'enrichissement des fabricants d'armements, la publication affirme que les usines Krupp, qui n'avaient versé aucun dividende pendant vingt ans, emploient désormais 100 000 ouvriers avec une masse salariale annuelle dépassant 60 millions de dollars.[130] Cette affirmation est substantiellement exacte : les recherches historiques confirment que Krupp passa de 35 000 à environ 112 000 employés sous le régime nazi, et que la valeur comptable du groupe progressa de 75 millions de marks en 1933 à plus de 237 millions en 1943.[131] Cependant, la revue présente ce fait comme la preuve de la corruption structurelle inhérente au capitalisme militariste séculier, dans un cadre interprétatif où l'enrichissement des armateurs est signe de la décadence d'un système voué à la destruction divine — usage idéologique d'un fait réel.
La section la plus contestable du numéro sur le plan de la véracité économique est celle qui décrit l'évolution de la presse catholique en Allemagne nazie. La publication affirme qu'en 1919 l'Allemagne comptait 210 journaux catholiques, et qu'en 1937 ce nombre dépassait 400, avec plus de la moitié des 21 millions de catholiques allemands abonnés à l'un d'eux, concluant que ces chiffres prouvent l'exagération des récits de persécution catholique.[132] Or les faits historiques documentés contredisent directement cette affirmation : au début de 1933, il existait effectivement plus de 400 quotidiens catholiques en Allemagne, mais dès 1935 il n'en restait aucun, et les périodiques catholiques survivants disparurent progressivement au cours des années suivantes, les nazis fermant les derniers hebdomadaires diocésains en 1941.[133] La revue inverse donc la chronologie à son avantage : elle utilise des chiffres vraisemblablement antérieurs à 1933 ou correspondant à une phase transitoire pour accréditer la thèse d'une Église catholique prospérant sous Hitler, ce qui lui permet de présenter la hiérarchie comme complice du nazisme plutôt que comme victime — un axe central de la rhétorique anti-catholique constante de la publication depuis l'ère Rutherford.
- ↑ Consolation du 4 mai 1938, p. 3.
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