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Enfin, l'article annonce le jugement final de Jéhovah contre cette organisation, en citant <CiteBible>Ézéchiel 29:3-5,10</CiteBible>. La « chrétienté » est comparée à l'Égypte antique, et son chef, symbolisé par Pharaon, est décrit comme un « grand dragon » qui se vante de posséder les fleuves (c'est-à-dire les nations) et de les avoir créés pour lui-même<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 47.</ref>. Jéhovah déclare qu'il s'oppose à ce dragon et qu'il rendra le pays « complètement dévasté et désolé », en livrant ses habitants aux bêtes sauvages et aux oiseaux du ciel. Le texte se termine en citant <CiteBible>Isaïe 19:1-2</CiteBible>, où Jéhovah annonce qu'il chevauchera une nuée rapide pour venir en Égypte, provoquant la chute des idoles et semant la discorde parmi ses habitants<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 47.</ref>. | Enfin, l'article annonce le jugement final de Jéhovah contre cette organisation, en citant <CiteBible>Ézéchiel 29:3-5,10</CiteBible>. La « chrétienté » est comparée à l'Égypte antique, et son chef, symbolisé par Pharaon, est décrit comme un « grand dragon » qui se vante de posséder les fleuves (c'est-à-dire les nations) et de les avoir créés pour lui-même<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 47.</ref>. Jéhovah déclare qu'il s'oppose à ce dragon et qu'il rendra le pays « complètement dévasté et désolé », en livrant ses habitants aux bêtes sauvages et aux oiseaux du ciel. Le texte se termine en citant <CiteBible>Isaïe 19:1-2</CiteBible>, où Jéhovah annonce qu'il chevauchera une nuée rapide pour venir en Égypte, provoquant la chute des idoles et semant la discorde parmi ses habitants<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 47.</ref>. | ||
== Analyse == | |||
=== Croyances === | |||
La méthode herméneutique centrale de ce numéro repose sur un dispositif type/antitype appliqué de manière systématique au livre de Jonas. Cette méthode, par laquelle des personnages, événements ou objets de l'Ancien Testament sont interprétés comme des « préfigurations » (types) dont les équivalents modernes constituent l'accomplissement (antitypes), structure l'ensemble des développements doctrinaux du numéro. La Watch Tower n'est pas l'inventrice de ce procédé exégétique : la tradition chrétienne interprète depuis les premiers siècles le séjour de Jonas dans le ventre du poisson comme un type de la mort et de la résurrection du Christ, fondé sur la déclaration explicite de Jésus lui-même en <CiteBible>Matthieu 12:39-40</CiteBible>.<ref>[https://christoverall.com/article/concise/jonah-and-the-resurrection-of-christ-from-type-to-antitype/ « Jonah and the Resurrection of Christ: From Type to Antitype »], christoverall.com.</ref> Ce que ce numéro opère, en revanche, est une extension radicale du dispositif : Jonas ne représente plus seulement le Christ dans son parcours mort/résurrection, mais aussi la communauté des serviteurs de Jéhovah prise collectivement, les marins deviennent les Jonadabs en quête de vérité, et Ninive est successivement identifiée à la « chrétienté » contemporaine.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 36, 44-45.</ref> | |||
Cette multiplication des correspondances typologiques a pour effet de fondre ensemble deux affirmations doctrinales distinctes : une affirmation christologique (Jonas préfigure Jésus-Christ dans sa mort et sa délivrance) et une affirmation ecclésiologique (Jonas préfigure également le « reste oint » et ses Jonadabs associés). En assimilant ainsi les serviteurs de Jéhovah à la figure du Christ souffrant et délivré, la publication leur confère une dignité prophétique exceptionnelle : leur emprisonnement pendant la Première Guerre mondiale est présenté comme l'accomplissement direct d'une prophétie biblique, et leur libération en 1919 comme une intervention divine analogue à la résurrection.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 41-42.</ref> | |||
La doctrine de la révélation progressive occupe une place déterminante dans cet article. La publication affirme que la vérité prophétique est dévoilée par Jéhovah par étapes successives, identifiables à des dates précises : 1914 comme fin du monde et commencement des troubles, 1922 comme début de la première des sept plaies symboliques lors de la convention de Cedar Point, 1925 comme moment où fut révélée la véritable nature de la bataille de Jéhovah contre l'organisation de Satan, et 1931 comme attribution du « nouveau nom » de Témoins de Jéhovah.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 35-36.</ref> Cette construction implique que la compréhension prophétique correcte est réservée à ceux qui reçoivent ces révélations par l'intermédiaire de l'organisation, ce qui constitue un argument d'autorité épistémique interne au mouvement. | |||
L'interprétation de 1914 proposée dans ce numéro mérite d'être précisée au regard de son propre contenu : la publication affirme qu'en 1880, ''La Tour de Garde'' avait désigné 1914 comme marquant « la fin du monde », mais que la nature exacte des troubles devant survenir n'était alors pas comprise.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 35.</ref> Ce n'est qu'en 1925 que cette année fut réinterprétée non comme un conflit entre le capital et le travail, mais comme la bataille de Jéhovah contre l'organisation de Satan. Cette reformulation tardive illustre un phénomène documenté dans l'histoire du mouvement : la date de 1914, initialement associée par [[Charles Taze Russell]] à un ensemble de prédictions très différentes de la doctrine ultérieure, fut progressivement réinterprétée après les événements pour en faire le point de départ des « temps de la fin ».<ref>[[1914]]</ref> | |||
Le tirage au sort des marins sur le navire de Jonas est théologisé dans ce numéro d'une manière qui mérite attention. La publication refuse d'y voir un geste humain ou un procédé pagien ; elle l'interprète au contraire comme un acte par lequel Jéhovah lui-même désigne la vérité et oriente les personnes de bonne volonté vers ses serviteurs, sans intervention humaine autonome.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 36.</ref> Cette lecture s'appuie sur un fondement scripturaire reconnu : le livre des Proverbes affirme que « le sort est jeté dans le sein, mais c'est de l'Éternel que vient toute décision » (<CiteBible>Proverbes 16:33</CiteBible>), verset qui, dans la tradition biblique de l'Ancien Testament, établit que le tirage au sort peut fonctionner comme instrument de la volonté divine.<ref>[https://www.deseret.com/2015/10/2/20573546/the-casting-of-lots-in-ancient-israel/ « Casting Lots: Definition, Biblical References & Context in Ancient Israel »], ''Deseret News'', 2015.</ref> L'originalité de la publication consiste à transposer cet instrument dans un contexte eschatologique contemporain : de même que le sort avait désigné Jonas, Jéhovah « désigne » aujourd'hui ses serviteurs comme la source de vérité pour les personnes en détresse. | |||
L'article sur Armageddon articule une argumentation théologique en trois volets — transgression des lois divines, modification des ordonnances, rupture de « l'alliance éternelle » conclue avec Noé — qui justifient la destruction imminente de la « chrétienté ».<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 46.</ref> L'invocation de <CiteBible>Genèse 9:5-6</CiteBible> pour condamner toute participation à la guerre prolonge une position antimiliariste constante dans la doctrine Watch Tower depuis les années 1910, mais la radicalise en en faisant l'une des trois causes théologiques du jugement divin d'Armageddon. Le clergé, accusé d'avoir béni les armées pendant la Première Guerre mondiale, est ainsi élevé au rang de responsable principal de la rupture de cette alliance, ce qui lui confère une place centrale dans la cosmologie dualiste du numéro, où il représente les « agents de Satan » sur terre.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 46-47.</ref> | |||
L'identification de la Société des Nations à « l'image de la bête » et à l'abomination de la désolation (<CiteBible>Apocalypse 13:14-15</CiteBible> ; <CiteBible>Matthieu 24:15</CiteBible>) s'inscrit dans une ligne doctrinale cohérente avec les publications de la même période.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 44.</ref> Cette double identification, qui fait de la Société des Nations à la fois une entité prophétique apocalyptique et le signe eschatologique annoncé par Jésus dans le discours sur les Oliviers, fournit aux Témoins de Jéhovah un cadre d'interprétation des événements politiques des années 1930 entièrement intégré à leur herméneutique typologique : prêcher contre la Société des Nations n'est pas un acte politique, mais l'accomplissement de la mission prophétique de Jonas à Ninive. | |||
La définition de l'identité collective des serviteurs de Jéhovah proposée dans ce numéro repose sur trois textes pauliniens et apostoliques combinés : la « citoyenneté céleste » de <CiteBible>Philippiens 3:20</CiteBible>, la qualité de « peuple pour son nom » tirée d'<CiteBible>Actes 15:14</CiteBible> et de <CiteBible>1 Pierre 2:9-10</CiteBible>, et la désignation comme « Judéens » louant Jéhovah.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 36.</ref> Cette construction théologique accomplit une double fonction : elle sépare radicalement les serviteurs de toute appartenance nationale terrestre, justifiant ainsi le refus du serment d'allégeance et de la participation à la guerre, et elle fonde leur identité exclusive sur un lien d'alliance directe avec Jéhovah, médiatisé par [[Jésus Christ|Jésus-Christ]] et l'organisation. | |||
=== Organisation et histoire === | |||
Ce numéro du 1er février 1938 documente deux mécanismes organisationnels distincts qui révèlent le degré de centralisation atteint par la Société Watch Tower sous la présidence de [[Joseph Franklin Rutherford|Rutherford]] : l'obligation systématique de rendre des rapports d'activité à l'issue de chaque campagne de prédication, et la tenue d'une convention spécialement destinée aux hispanophones. À la fin des deux campagnes décrites dans ce numéro — celle intitulée « Son œuvre » (5-13 février) et celle dite « Compagnons » (9-17 avril 1938) — la publication insiste explicitement sur la nécessité de remettre un rapport fidèle de l'activité accomplie.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 34.</ref> Cette exigence systématique s'inscrit dans un dispositif de contrôle mis en place dès 1919, lorsque Brooklyn avait prescrit à tous les membres participant à la prédication de rendre compte hebdomadairement de leur activité de témoignage.<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Jehovah%27s_Witnesses « History of Jehovah's Witnesses »], Wikipédia (en anglais), consulté en 2024.</ref> | |||
La convention hispanique annoncée dans ce numéro constitue un fait institutionnel précis : une assemblée distincte, prévue du 15 au 17 avril 1938 à San Antonio (Texas), placée sous la supervision directe de la Société et confiée pour son organisation locale à la congrégation de San Antonio, avec des responsables nommément désignés (les frères Montero et Keller comme participants, et J. D. Carter comme contact).<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 34.</ref> L'organisation d'une convention entièrement réservée aux hispanophones témoigne de l'extension de la structure organisationnelle vers des communautés linguistiques distinctes de l'anglophone dominante, dans un cadre où la supervision centrale demeure intacte. | |||
Le numéro fait également référence à un événement institutionnel fondateur du mouvement : l'adoption officielle du nom « Témoins de Jéhovah » en 1931. L'article sur Jonas rappelle qu'« en 1931, Jéhovah a confirmé l'identité de sa classe servante sur terre en lui donnant un "nouveau nom" ».<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 36.</ref> Ce nom avait été adopté par résolution lors d'une convention tenue le 26 juillet 1931 à Columbus (Ohio), sur proposition de Rutherford, à partir du texte d'<CiteBible>Ésaïe 43:10</CiteBible>, afin de distinguer nettement le mouvement des autres groupes issus des [[Étudiants de la Bible]].<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/Jehovah%27s_Witnesses « Jehovah's Witnesses »], Wikipédia (en anglais), consulté en 2024.</ref> La publication de 1938 présente cet acte de dénomination non comme une décision administrative, mais comme un acte divin de confirmation identitaire, réservé à « ceux qui lui sont dévoués et qui sont dans l'alliance pour le Royaume ».<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 36.</ref> | |||
Le numéro traite par ailleurs de la convention de Cedar Point (Ohio, 1922) comme d'un moment historique de référence du mouvement. Présentée comme le point de départ du renouveau de la prédication active et du déversement des « premières plaies symboliques », cette convention est décrite comme l'occasion où fut publiée la Résolution dite « Le Défi », marquant selon la publication le début d'un avertissement systématique adressé à la « chrétienté ».<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 36.</ref> | |||
L'emprisonnement des dirigeants de la Watch Tower en 1918 et leur libération en 1919 occupent une place centrale dans l'argumentation exégétique de ce numéro, la publication les présentant comme l'accomplissement antitypique de la délivrance de Jonas du ventre du poisson. Sur le plan historique, Rutherford et sept autres directeurs avaient été condamnés le 21 juin 1918 à vingt ans d'emprisonnement en vertu de la loi américaine sur l'espionnage de 1917, avant d'être libérés le 26 mars 1919 — leur condamnation ayant été annulée en appel en mai 1919 par la cour d'appel de circuit, à deux voix contre une.<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/Joseph_Franklin_Rutherford « Joseph Franklin Rutherford »], Wikipédia (en anglais), consulté en 2024.</ref> Plus de 700 000 signatures avaient été recueillies par des étudiants de la Bible fidèles pour demander leur libération.<ref>[https://www.jw.org/en/library/magazines/watchtower-study-october-2019/1919-one-hundred-years-ago/ « 1919 — One Hundred Years Ago »], ''La Tour de Garde'', octobre 2019, jw.org, consulté en 2024.</ref> La publication de 1938 présente cette libération non comme le résultat de procédures judiciaires, mais comme une intervention miraculeuse de Jéhovah, validant la légitimité institutionnelle du mouvement.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 41.</ref> | |||
Enfin, ce numéro documente un stade précis de l'intégration institutionnelle des [[Jonadabs]] dans la structure organisationnelle. La publication rappelle que la désignation de cette catégorie de membres à espérance terrestre — distincte du « reste oint » des 144 000 — avait été opérée peu après 1931, et qu'à partir de ce moment le travail de rassemblement des Jonadabs « dans le char », c'est-à-dire dans l'organisation de Dieu, avait commencé.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 36.</ref> La campagne de témoignage intitulée « Compagnons » (avril 1938), dont le nom même symbolise l'union active du reste oint et des Jonadabs, traduit concrètement cette intégration dans les structures de prédication.<ref>''La Tour de Garde du 1er février 1938'', p. 34.</ref> La doctrine des Jonadabs, élaborée par Rutherford à partir du milieu des années 1930, permettait à l'organisation d'intégrer le nombre croissant de nouveaux adhérents qui n'estimaient pas avoir l'appel céleste propre aux 144 000.<ref>[[Jonadabs]].</ref> | |||
== Références == | |||
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Version du 15 juillet 2026 à 18:42
Contenu
« Son œuvre »
La publication annonce une période de témoignage spécial intitulée « Son œuvre » (« His Work »), prévue du 5 au 13 février 1938. Cette campagne vise à diffuser conjointement les deux derniers livres publiés par la Société Watch Tower, intitulés Enemies (« Ennemis ») et Riches (« Richesses »), offerts à tous les contributeurs de 50 cents. Les instructions détaillées pour l'organisation de cette activité sont publiées dans The Informant (« L’Informateur »), un bulletin interne que les Témoins de Jéhovah sont invités à étudier et à suivre scrupuleusement. À l'issue de cette période, la publication souligne l'importance de rendre un rapport fidèle de l'activité accomplie[1].

Convention espagnole des Témoins de Jéhovah
La Société Watch Tower organise une convention spécialement destinée aux Témoins de Jéhovah hispanophones, qui se tiendra à San Antonio, au Texas, du 15 au 17 avril 1938. Les frères Montero et Keller sont annoncés comme participants. La responsabilité de l'organisation locale de cette convention est confiée à la congrégation de San Antonio, sous la supervision directe de la Société. Les frères hispanophones souhaitant y assister sont invités à contacter J. D. Carter, dont l'adresse est précisée[2].
« Guérison »
La publication présente une nouvelle brochure intitulée Cure (« Guérison »), rédigée par Joseph Rutherford. Ce document, dont la couverture est décrite comme percutante, est présenté comme une réponse aux vaines tentatives des nations et des individus pour trouver un remède aux maux de l'humanité. Bien que sa diffusion officielle pour les campagnes de prédication ne soit pas encore annoncée, les Témoins de Jéhovah sont encouragés à se familiariser avec son contenu. Des exemplaires individuels peuvent être obtenus contre une contribution de 5 cents[3].
« Compagnons »
La période du Mémorial de cette année est marquée par une campagne de témoignage intitulée « Compagnons » (« Companions »), prévue du 9 au 17 avril 1938. Ce nom symbolise l'union active de tous les serviteurs de Jéhovah, à savoir le reste oint et les Jonadabs, dans une activité mondiale intensive. La stratégie de cette campagne propose une combinaison exceptionnelle : un abonnement d'un an à la revue Consolation, accompagnée des livres Enemies (« Ennemis ») ou Riches (« Richesses »), ainsi que de la nouvelle brochure Cure (« Guérison »), le tout pour une contribution de 1 dollar. Les détails complémentaires de cette campagne seront publiés dans les prochains numéros de The Informant (« L’Informateur »). La publication insiste sur la nécessité d'une planification minutieuse et d'une préparation anticipée pour cette activité de grande envergure. Un rapport fidèle de l'activité accomplie est attendu à la fin de cette période de témoignage[4].
Jonas (2e partie)
Cet article, qui constitue la deuxième partie d'une série sur le prophète Jonas, met en avant la miséricorde et la bonté de Jéhovah envers ses serviteurs. La publication affirme que « Dieu est amour », et que sa miséricorde est éternelle, une vérité que ses fidèles serviteurs comprennent et apprécient davantage au fil de leur service. Dans un contexte où les jours deviennent de plus en plus périlleux, marqué par une hostilité croissante des représentants de Satan sur terre envers les fidèles de Jéhovah, la publication souligne que Dieu révèle progressivement des vérités prophétiques pour encourager et protéger son peuple. Ces révélations permettent aux Témoins de Jéhovah de mieux comprendre les événements actuels et de ne plus critiquer les figures bibliques comme Jonas, mais plutôt de reconnaître leur rôle dans les desseins divins[5].
L'article poursuit en décrivant la situation de Jonas, endormi dans la cale du navire alors qu'une tempête menace les marins. Réveillé par le capitaine, Jonas est sommé d'invoquer son Dieu. Les marins, en proie à une grande détresse, cherchent à comprendre la cause de leur malheur et décident de tirer au sort pour identifier le responsable. Le sort tombe sur Jonas, ce qui est interprété comme une intervention divine pour désigner la cause de la tempête. La publication explique que les marins, reconnaissant leur impuissance à calmer la tempête, ne se fient ni à leur propre jugement ni à celui des hommes, mais s'en remettent à la volonté de Jéhovah, qui contrôle le sort. Ce passage est présenté comme une illustration prophétique des événements contemporains, où Jéhovah révèle la cause des troubles actuels par l'intermédiaire de ses serviteurs[6].
La publication rappelle que dès 1880, La Tour de Garde avait identifié l'année 1914 comme marquant la fin du monde, annonçant de grands troubles pour les nations. Cependant, à cette époque, la nature exacte de ces troubles n'était pas encore comprise. Ce n'est qu'en 1925 que la véritable signification de cette période fut révélée : il s'agissait de la bataille de Jéhovah contre l'organisation de Satan, et non d'un simple conflit entre les forces du capital et du travail, comme on le croyait auparavant. Cette compréhension fut exposée pour la première fois dans le numéro du 1er janvier 1925 de La Tour de Garde, puis approfondie dans les numéros suivants, notamment celui du 1er mai 1925, qui traitait du rôle des élus dans cette période de trouble. D'autres articles, comme « Une raison de la vengeance de Dieu », publié le 15 décembre 1927, ont également contribué à éclaircir cette prophétie. Ces révélations, transmises par le biais de discours radiophoniques, de livres et d'autres publications, ont permis aux Témoins de Jéhovah de comprendre la cause des troubles, leur déroulement et leur issue finale[7].
L'article souligne que, tout comme les marins tirèrent au sort pour identifier Jonas comme la cause de leur détresse, Jéhovah révèle la véritable origine des troubles actuels par l'intermédiaire de ses serviteurs. Ce n'est pas l'homme qui désigne la cause des malheurs, mais Jéhovah lui-même, par l'intermédiaire de Jésus-Christ. La publication explique que le tirage au sort par les marins, bien que réalisé par des païens, était une partie intégrante du tableau prophétique, et que leur rôle n'était pas anodin. En faisant tomber le sort sur Jonas, Jéhovah a attiré l'attention des marins en détresse sur la véritable cause de leur malheur. De manière antitypique, Jéhovah dirige aujourd'hui l'attention des personnes de bonne volonté vers ses serviteurs, Jésus-Christ et ses fidèles disciples sur terre, qui agissent sous son commandement[8].
La publication rappelle qu'en 1922, les fidèles rassemblés au temple ont appris que le Seigneur était venu au temple et que Jéhovah avait répandu son esprit sur toute chair, c'est-à-dire sur tous ceux qui lui étaient dévoués et faisaient partie de la classe des serviteurs. Ce moment a marqué le début de la révélation du message de Jéhovah, attirant l'attention sur ses serviteurs et leur mission. Cette révélation a été comparée au tirage au sort qui désigna Jonas, symbolisant la direction des personnes en quête de sécurité vers la source appropriée. En 1931, Jéhovah a confirmé l'identité de sa classe servante sur terre en lui donnant un « nouveau nom », celui de « Témoins de Jéhovah ». Ce nom n'est accordé qu'à ceux qui lui sont dévoués et qui sont dans l'alliance pour le Royaume. Peu après, il a été révélé que Jéhu préfigurait Jésus-Christ et ses membres corporels, l'Église, et que la classe des Jonadabs a été identifiée, ainsi que sa relation avec le Seigneur. À partir de ce moment, le travail de rassemblement des Jonadabs dans « le char », c'est-à-dire dans l'organisation de Dieu, a commencé, intégrant activement ces personnes de bonne volonté aux côtés du reste oint pour proclamer le message du Royaume[9].
L'article explique que, dans ce contexte prophétique, Jonas représente clairement Jésus-Christ, l'élu de Jéhovah, ainsi que ses serviteurs associés, qui élèvent l'étendard de Jéhovah pour l'aide, l'instruction et le réconfort des personnes de bonne volonté. Les marins, en interrogeant Jonas sur son identité, son occupation, son origine et son peuple, préfigurent les personnes de bonne volonté en quête de vérité sur leur salut. La publication souligne que les religionistes, bien qu'ils prétendent représenter Dieu, ont grandement confus les esprits des personnes de bonne volonté. Cependant, le temps vient où ces dernières cherchent des informations véridiques. Les Témoins de Jéhovah, bien qu'en apparence en détresse et dénoncés par les religionistes, sont perçus comme sincères par les personnes de bonne volonté, qui se tournent vers eux pour obtenir la vérité. Dès 1922, la première des sept plaies symboliques a commencé à être déversée avec la publication de la Résolution « Le Défi », adoptée lors de la convention de Cedar Point, dans l'Ohio. Par la suite, les autres plaies symboliques ont été déversées année après année, comme décrit dans le livre Light, Book Two (« Lumière, Livre II »), pages 7 à 67. Ces révélations ont permis aux fidèles serviteurs de Jéhovah de transmettre des informations aux personnes de bonne volonté, répondant ainsi à leurs questions et à leur désir d'en savoir plus[10].
La publication décrit comment les personnes de bonne volonté, en observant et en expérimentant les événements, ont été convaincues que les chefs religieux ne plaisaient pas à Dieu. Elles ne se sont pas tournées vers eux pour obtenir des informations, mais ont cherché la vérité auprès de ceux qui manifestaient clairement leur service à Dieu, malgré les souffrances endurées. En voyant la vérité, même partiellement, les Jonadabs ont commencé à rejeter la religion et les religionistes, et à s'associer avec ceux qui adorent Jéhovah en esprit et en vérité. En constatant la sincérité et l'honnêteté des Témoins de Jéhovah, ces personnes de bonne volonté ont désiré s'associer à eux et continuent de le faire[11].
L'article cite ensuite la réponse de Jonas aux marins, où il se présente comme un Hébreu craignant Jéhovah, le Dieu du ciel, qui a créé la mer et la terre ferme. Cette déclaration est interprétée comme une préfiguration des réponses que les Témoins de Jéhovah apportent aux questions des personnes de bonne volonté. À la question « D'où viens-tu ? », la réponse est que les serviteurs de Jéhovah viennent du temple de Dieu, où leur Roi les a rassemblés et leur a confié la mission de proclamer la vérité au peuple, comme le décrit le passage d'Ésaïe 6:1-9. À la question « Quel est ton pays ? », ils répondent que leur citoyenneté est dans les cieux et qu'ils sont membres de l'organisation spirituelle de Jéhovah, leur allégeance lui étant entièrement dévouée, comme le montrent les passages de Philippiens 3:20 et Hébreux 11:16. Enfin, à la question « De quel peuple es-tu ? », ils affirment être des Judéens, c'est-à-dire ceux qui louent Jéhovah et sont en alliance avec lui. Ils se présentent comme des disciples de Jésus-Christ, leur grand Rédempteur et Guide, et donc comme des chrétiens. Ils se décrivent comme le peuple de Dieu, qu'il a tiré du monde pour former « un peuple pour son nom », selon 1 Pierre 2:9-10 et Actes 15:14[12].
La délivrance prophétique de Jonas et son application aux Témoins de Jéhovah
Ce long article exégétique établit un parallèle détaillé entre le récit biblique de Jonas et l'expérience des Témoins de Jéhovah, en particulier leur emprisonnement et leur libération en 1918-1919. La publication affirme que la délivrance de Jonas du ventre du poisson préfigure la libération des Étudiants de la Bible (anciens nom des Témoins de Jéhovah) de leur captivité pendant la Première Guerre mondiale, interprétée comme une intervention miraculeuse de Jéhovah[13].
Le texte souligne que la prière de Jonas dans le ventre du poisson (Jonas 2:1-9) symbolise les supplications des fidèles emprisonnés, dont les prières auraient été exaucées par Jéhovah, permettant leur libération en 1919. Cette délivrance est présentée comme une preuve de la protection divine et de la légitimité du mouvement, en opposition aux persécutions orchestrées par les « agents de Satan », notamment les institutions religieuses et politiques[14].
L'article insiste sur le fait que « le salut vient de Jéhovah » et non des autorités terrestres, citant Psaume 102:16-20 pour illustrer la miséricorde divine envers les prisonniers. Il dénonce également les « vanités mensongères » (Jonas 2:8), c'est-à-dire les idoles et les fausses doctrines, que les fidèles doivent rejeter pour rester fidèles à Jéhovah[15].
L'ordre de prêcher à Ninive et son accomplissement moderne
Cette section poursuit l'exégèse du livre de Jonas en mettant l'accent sur l'ordre donné à Jonas de prêcher à Ninive, interprété comme une préfiguration de la mission des Témoins de Jéhovah après leur libération. La publication affirme que, tout comme Jonas a obéi à l'ordre divin de prêcher à Ninive malgré les risques, les fidèles ont repris leur activité de prédication avec une « énergie renouvelée » à partir de 1922, notamment lors de la convention de Cedar Point[16].
Le texte souligne que la prédication de Jonas à Ninive, une ville « excessivement grande » (Jonas 3:3), symbolise la mission des Témoins de Jéhovah de proclamer le message divin à la « chrétienté », présentée comme un vaste territoire nécessitant un travail de longue haleine. L'article insiste sur le fait que cette prédication doit se faire sans crainte des autorités politiques ou religieuses, et sans chercher leur approbation, conformément à l'exemple de Jonas qui n'a pas demandé la permission des dirigeants de Ninive pour prêcher[17].
La publication établit également un lien entre le message de jugement prononcé par Jonas (« Encore quarante jours, et Ninive sera renversée », Jonas 3:4) et les avertissements proclamés par les Témoins de Jéhovah contre la Société des Nations, identifiée comme « l'image de la bête » et « l'abomination de la désolation » (Apocalypse 13:14-15, Matthieu 24:15). Cette prédication est présentée comme une preuve de la fidélité des Témoins de Jéhovah à leur mission divine, malgré l'opposition des « Assyriens modernes », c'est-à-dire les dirigeants politiques et religieux de la chrétienté[18].
Étude de la prophétie de Jonas
Cette section poursuit l'analyse de la prophétie de Jonas, entamée dans un numéro précédent, en mettant l'accent sur son accomplissement symbolique à l'époque contemporaine. La publication affirme que la prédication de Jonas à Ninive préfigure celle des Témoins de Jéhovah, désignés comme le « reste » ou la « classe du temple » envoyée pour proclamer le message du Royaume de Dieu[19]. Le texte souligne que l'effet de cette prédication sur les Ninivites, qui se repentirent et proclamèrent un jeûne, sert de condamnation symbolique à la « chrétienté », accusée d'avoir abandonné les commandements divins et de pratiquer une forme de « culte du diable »[20].
L'article établit un parallèle entre la situation de Jonas, jeté à la mer par des marins ignorants la cause de la tempête, et celle des Témoins de Jéhovah, dont le message est souvent rejeté ou incompris par les « gens de bonne volonté »[21]. Les questions posées par les marins à Jonas (« D’où viens-tu ? Quel est ton pays ? De quel peuple es-tu ? ») sont interprétées comme une préfiguration des interrogations adressées aux Témoins de Jéhovah par ceux qui cherchent à comprendre leur message[22]. La publication insiste sur le fait que ces derniers, comme Jonas, sont chargés de fournir des réponses claires sur la volonté divine et les moyens de salut.
Un autre point central de cette section est l'accomplissement symbolique du séjour de Jonas dans le ventre du poisson pendant trois jours et trois nuits. Ce passage est interprété comme une préfiguration de la persécution subie par les Témoins de Jéhovah, notamment durant la Première Guerre mondiale, ainsi que de leur « délivrance » par Jéhovah[23]. La prière de Jonas, rapportée dans le deuxième chapitre du livre biblique, est présentée comme un modèle de foi et de persévérance pour les fidèles, malgré les épreuves. Le texte cite notamment Matthieu 27:46 et 1 Rois 8:46-51 pour appuyer cette interprétation, en soulignant que les Témoins de Jéhovah, comme Jonas, sont appelés à maintenir leur confiance en Dieu même dans les situations les plus désespérées[24].
La section se termine en annonçant la suite de l'étude, qui portera sur l'accomplissement des chapitres suivants du livre de Jonas, notamment la prédication à Ninive et la réaction des habitants de cette ville. Une série de questions d'étude est proposée pour guider les lecteurs dans leur réflexion sur les parallèles entre la prophétie et son accomplissement contemporain[25].
Raisons pour Armageddon
Cet article expose les raisons bibliques pour lesquelles la bataille d'Armageddon est présentée comme inévitable et nécessaire. La publication s'appuie sur Isaïe 24:1,5 pour affirmer que la destruction de la « chrétienté » et de l'organisation mondiale de Satan est justifiée par trois motifs principaux : la transgression des lois divines, la modification des ordonnances de Dieu, et la rupture de « l'alliance éternelle »[26].
Le premier motif invoqué est la violation des lois de Dieu, en particulier le commandement suprême d'aimer Jéhovah de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, tel que rapporté dans Matthieu 22:37-38. La publication accuse les organisations religieuses, et en particulier la « chrétienté », d'avoir modifié ce commandement en incitant les fidèles à adorer des hommes (comme le pape) ou des objets (comme les reliques ou les images saintes)[27]. Elle dénonce également le rejet de la doctrine biblique de la création et de la rédemption par le sang du Christ, ainsi que la promotion de la doctrine de la « sainte trinité », qualifiée de « diabolique » et de contraire à l'amour de Dieu et du Christ[28].
Le deuxième motif est la modification des ordonnances divines. La publication souligne que les systèmes religieux, en s'engageant dans la politique mondiale et en soutenant les guerres, ont trahi leur mission spirituelle. Elle cite en exemple le rôle des clergymen durant la Première Guerre mondiale, qui auraient béni les armées et encouragé les soldats à tuer leurs semblables, en violation flagrante du commandement « Tu ne tueras point »[29]. Cette accusation est étendue à toutes les nations, mais particulièrement à la « chrétienté », présentée comme la principale responsable de cette trahison.
Le troisième motif est la rupture de « l'alliance éternelle », conclue par Dieu avec Noé après le Déluge. Cette alliance, symbolisée par l'arc-en-ciel, est interprétée comme une garantie de la sanctité de la vie humaine. La publication insiste sur le fait que Dieu seul a le droit de donner et de reprendre la vie, et que quiconque tue un homme, ou incite à le faire, viole cette alliance[30]. Elle accuse les nations, et en particulier leurs dirigeants religieux et politiques, d'avoir systématiquement rompu cette alliance en sanctifiant la guerre et en encourageant les tueries. Le texte cite Genèse 9:5-6 pour rappeler que « quiconque verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé », et affirme que le Christ Jésus sera l'exécuteur de ce jugement divin lors d'Armageddon[31].
L'article se termine en annonçant que Jéhovah a promis d'assembler les nations pour les juger et les exécuter, en citant Sophonie 3:8 et Joël 3:11-14. Il décrit une scène apocalyptique où les forces de Satan, symbolisées par l'Égypte antique, seront détruites dans la « vallée de la décision »[32].
Jugement divin contre les nations
Cette section poursuit l'exposé des raisons du jugement divin en décrivant les accusations portées contre les différentes composantes de l'organisation de Satan. La publication s'appuie sur plusieurs passages bibliques pour dénoncer l'hypocrisie des dirigeants religieux, politiques et commerciaux, présentés comme les principaux responsables de la rupture de l'alliance éternelle et de la transgression des lois divines[33].
Le texte cible particulièrement le clergé, décrit comme « austère, orgueilleux et dédaigneux », et accusé de porter des vêtements distinctifs pour se mettre en valeur. La publication cite 2 Timothée 3:5, Isaïe 29:13 et Matthieu 23:13-32 pour dénoncer leur « forme de piété » qui nie la puissance de Dieu, ainsi que leur hypocrisie, consistant à honorer Dieu des lèvres tout en éloignant leur cœur de lui[34]. Le Christ Jésus est cité pour condamner ces « serpents » et cette « engeance de vipères », annonçant que « tout le sang innocent répandu sur la terre » retombera sur eux, depuis le sang d'Abel jusqu'à celui de Zacharie[35].
La publication étend cette condamnation aux dirigeants politiques et commerciaux, accusés d'avoir violé l'alliance éternelle en répandant le sang des innocents. Elle cite Jérémie 2:34 pour affirmer que ce sang innocent, y compris celui des martyrs et des saints, a été trouvé « sur les pans de leurs vêtements »[36]. Le texte mentionne également Apocalypse 17:6 et Apocalypse 18:24, où la « grande prostituée », symbolisant l'organisation de Satan, est décrite comme ivre du sang des saints et des martyrs de Jésus.
Enfin, l'article annonce le jugement final de Jéhovah contre cette organisation, en citant Ézéchiel 29:3-5,10. La « chrétienté » est comparée à l'Égypte antique, et son chef, symbolisé par Pharaon, est décrit comme un « grand dragon » qui se vante de posséder les fleuves (c'est-à-dire les nations) et de les avoir créés pour lui-même[37]. Jéhovah déclare qu'il s'oppose à ce dragon et qu'il rendra le pays « complètement dévasté et désolé », en livrant ses habitants aux bêtes sauvages et aux oiseaux du ciel. Le texte se termine en citant Isaïe 19:1-2, où Jéhovah annonce qu'il chevauchera une nuée rapide pour venir en Égypte, provoquant la chute des idoles et semant la discorde parmi ses habitants[38].
Analyse
Croyances
La méthode herméneutique centrale de ce numéro repose sur un dispositif type/antitype appliqué de manière systématique au livre de Jonas. Cette méthode, par laquelle des personnages, événements ou objets de l'Ancien Testament sont interprétés comme des « préfigurations » (types) dont les équivalents modernes constituent l'accomplissement (antitypes), structure l'ensemble des développements doctrinaux du numéro. La Watch Tower n'est pas l'inventrice de ce procédé exégétique : la tradition chrétienne interprète depuis les premiers siècles le séjour de Jonas dans le ventre du poisson comme un type de la mort et de la résurrection du Christ, fondé sur la déclaration explicite de Jésus lui-même en Matthieu 12:39-40.[39] Ce que ce numéro opère, en revanche, est une extension radicale du dispositif : Jonas ne représente plus seulement le Christ dans son parcours mort/résurrection, mais aussi la communauté des serviteurs de Jéhovah prise collectivement, les marins deviennent les Jonadabs en quête de vérité, et Ninive est successivement identifiée à la « chrétienté » contemporaine.[40]
Cette multiplication des correspondances typologiques a pour effet de fondre ensemble deux affirmations doctrinales distinctes : une affirmation christologique (Jonas préfigure Jésus-Christ dans sa mort et sa délivrance) et une affirmation ecclésiologique (Jonas préfigure également le « reste oint » et ses Jonadabs associés). En assimilant ainsi les serviteurs de Jéhovah à la figure du Christ souffrant et délivré, la publication leur confère une dignité prophétique exceptionnelle : leur emprisonnement pendant la Première Guerre mondiale est présenté comme l'accomplissement direct d'une prophétie biblique, et leur libération en 1919 comme une intervention divine analogue à la résurrection.[41]
La doctrine de la révélation progressive occupe une place déterminante dans cet article. La publication affirme que la vérité prophétique est dévoilée par Jéhovah par étapes successives, identifiables à des dates précises : 1914 comme fin du monde et commencement des troubles, 1922 comme début de la première des sept plaies symboliques lors de la convention de Cedar Point, 1925 comme moment où fut révélée la véritable nature de la bataille de Jéhovah contre l'organisation de Satan, et 1931 comme attribution du « nouveau nom » de Témoins de Jéhovah.[42] Cette construction implique que la compréhension prophétique correcte est réservée à ceux qui reçoivent ces révélations par l'intermédiaire de l'organisation, ce qui constitue un argument d'autorité épistémique interne au mouvement.
L'interprétation de 1914 proposée dans ce numéro mérite d'être précisée au regard de son propre contenu : la publication affirme qu'en 1880, La Tour de Garde avait désigné 1914 comme marquant « la fin du monde », mais que la nature exacte des troubles devant survenir n'était alors pas comprise.[43] Ce n'est qu'en 1925 que cette année fut réinterprétée non comme un conflit entre le capital et le travail, mais comme la bataille de Jéhovah contre l'organisation de Satan. Cette reformulation tardive illustre un phénomène documenté dans l'histoire du mouvement : la date de 1914, initialement associée par Charles Taze Russell à un ensemble de prédictions très différentes de la doctrine ultérieure, fut progressivement réinterprétée après les événements pour en faire le point de départ des « temps de la fin ».[44]
Le tirage au sort des marins sur le navire de Jonas est théologisé dans ce numéro d'une manière qui mérite attention. La publication refuse d'y voir un geste humain ou un procédé pagien ; elle l'interprète au contraire comme un acte par lequel Jéhovah lui-même désigne la vérité et oriente les personnes de bonne volonté vers ses serviteurs, sans intervention humaine autonome.[45] Cette lecture s'appuie sur un fondement scripturaire reconnu : le livre des Proverbes affirme que « le sort est jeté dans le sein, mais c'est de l'Éternel que vient toute décision » (Proverbes 16:33), verset qui, dans la tradition biblique de l'Ancien Testament, établit que le tirage au sort peut fonctionner comme instrument de la volonté divine.[46] L'originalité de la publication consiste à transposer cet instrument dans un contexte eschatologique contemporain : de même que le sort avait désigné Jonas, Jéhovah « désigne » aujourd'hui ses serviteurs comme la source de vérité pour les personnes en détresse.
L'article sur Armageddon articule une argumentation théologique en trois volets — transgression des lois divines, modification des ordonnances, rupture de « l'alliance éternelle » conclue avec Noé — qui justifient la destruction imminente de la « chrétienté ».[47] L'invocation de Genèse 9:5-6 pour condamner toute participation à la guerre prolonge une position antimiliariste constante dans la doctrine Watch Tower depuis les années 1910, mais la radicalise en en faisant l'une des trois causes théologiques du jugement divin d'Armageddon. Le clergé, accusé d'avoir béni les armées pendant la Première Guerre mondiale, est ainsi élevé au rang de responsable principal de la rupture de cette alliance, ce qui lui confère une place centrale dans la cosmologie dualiste du numéro, où il représente les « agents de Satan » sur terre.[48]
L'identification de la Société des Nations à « l'image de la bête » et à l'abomination de la désolation (Apocalypse 13:14-15 ; Matthieu 24:15) s'inscrit dans une ligne doctrinale cohérente avec les publications de la même période.[49] Cette double identification, qui fait de la Société des Nations à la fois une entité prophétique apocalyptique et le signe eschatologique annoncé par Jésus dans le discours sur les Oliviers, fournit aux Témoins de Jéhovah un cadre d'interprétation des événements politiques des années 1930 entièrement intégré à leur herméneutique typologique : prêcher contre la Société des Nations n'est pas un acte politique, mais l'accomplissement de la mission prophétique de Jonas à Ninive.
La définition de l'identité collective des serviteurs de Jéhovah proposée dans ce numéro repose sur trois textes pauliniens et apostoliques combinés : la « citoyenneté céleste » de Philippiens 3:20, la qualité de « peuple pour son nom » tirée d'Actes 15:14 et de 1 Pierre 2:9-10, et la désignation comme « Judéens » louant Jéhovah.[50] Cette construction théologique accomplit une double fonction : elle sépare radicalement les serviteurs de toute appartenance nationale terrestre, justifiant ainsi le refus du serment d'allégeance et de la participation à la guerre, et elle fonde leur identité exclusive sur un lien d'alliance directe avec Jéhovah, médiatisé par Jésus-Christ et l'organisation.
Organisation et histoire
Ce numéro du 1er février 1938 documente deux mécanismes organisationnels distincts qui révèlent le degré de centralisation atteint par la Société Watch Tower sous la présidence de Rutherford : l'obligation systématique de rendre des rapports d'activité à l'issue de chaque campagne de prédication, et la tenue d'une convention spécialement destinée aux hispanophones. À la fin des deux campagnes décrites dans ce numéro — celle intitulée « Son œuvre » (5-13 février) et celle dite « Compagnons » (9-17 avril 1938) — la publication insiste explicitement sur la nécessité de remettre un rapport fidèle de l'activité accomplie.[51] Cette exigence systématique s'inscrit dans un dispositif de contrôle mis en place dès 1919, lorsque Brooklyn avait prescrit à tous les membres participant à la prédication de rendre compte hebdomadairement de leur activité de témoignage.[52]
La convention hispanique annoncée dans ce numéro constitue un fait institutionnel précis : une assemblée distincte, prévue du 15 au 17 avril 1938 à San Antonio (Texas), placée sous la supervision directe de la Société et confiée pour son organisation locale à la congrégation de San Antonio, avec des responsables nommément désignés (les frères Montero et Keller comme participants, et J. D. Carter comme contact).[53] L'organisation d'une convention entièrement réservée aux hispanophones témoigne de l'extension de la structure organisationnelle vers des communautés linguistiques distinctes de l'anglophone dominante, dans un cadre où la supervision centrale demeure intacte.
Le numéro fait également référence à un événement institutionnel fondateur du mouvement : l'adoption officielle du nom « Témoins de Jéhovah » en 1931. L'article sur Jonas rappelle qu'« en 1931, Jéhovah a confirmé l'identité de sa classe servante sur terre en lui donnant un "nouveau nom" ».[54] Ce nom avait été adopté par résolution lors d'une convention tenue le 26 juillet 1931 à Columbus (Ohio), sur proposition de Rutherford, à partir du texte d'Ésaïe 43:10, afin de distinguer nettement le mouvement des autres groupes issus des Étudiants de la Bible.[55] La publication de 1938 présente cet acte de dénomination non comme une décision administrative, mais comme un acte divin de confirmation identitaire, réservé à « ceux qui lui sont dévoués et qui sont dans l'alliance pour le Royaume ».[56]
Le numéro traite par ailleurs de la convention de Cedar Point (Ohio, 1922) comme d'un moment historique de référence du mouvement. Présentée comme le point de départ du renouveau de la prédication active et du déversement des « premières plaies symboliques », cette convention est décrite comme l'occasion où fut publiée la Résolution dite « Le Défi », marquant selon la publication le début d'un avertissement systématique adressé à la « chrétienté ».[57]
L'emprisonnement des dirigeants de la Watch Tower en 1918 et leur libération en 1919 occupent une place centrale dans l'argumentation exégétique de ce numéro, la publication les présentant comme l'accomplissement antitypique de la délivrance de Jonas du ventre du poisson. Sur le plan historique, Rutherford et sept autres directeurs avaient été condamnés le 21 juin 1918 à vingt ans d'emprisonnement en vertu de la loi américaine sur l'espionnage de 1917, avant d'être libérés le 26 mars 1919 — leur condamnation ayant été annulée en appel en mai 1919 par la cour d'appel de circuit, à deux voix contre une.[58] Plus de 700 000 signatures avaient été recueillies par des étudiants de la Bible fidèles pour demander leur libération.[59] La publication de 1938 présente cette libération non comme le résultat de procédures judiciaires, mais comme une intervention miraculeuse de Jéhovah, validant la légitimité institutionnelle du mouvement.[60]
Enfin, ce numéro documente un stade précis de l'intégration institutionnelle des Jonadabs dans la structure organisationnelle. La publication rappelle que la désignation de cette catégorie de membres à espérance terrestre — distincte du « reste oint » des 144 000 — avait été opérée peu après 1931, et qu'à partir de ce moment le travail de rassemblement des Jonadabs « dans le char », c'est-à-dire dans l'organisation de Dieu, avait commencé.[61] La campagne de témoignage intitulée « Compagnons » (avril 1938), dont le nom même symbolise l'union active du reste oint et des Jonadabs, traduit concrètement cette intégration dans les structures de prédication.[62] La doctrine des Jonadabs, élaborée par Rutherford à partir du milieu des années 1930, permettait à l'organisation d'intégrer le nombre croissant de nouveaux adhérents qui n'estimaient pas avoir l'appel céleste propre aux 144 000.[63]
Références
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- ↑ « History of Jehovah's Witnesses », Wikipédia (en anglais), consulté en 2024.
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- ↑ « 1919 — One Hundred Years Ago », La Tour de Garde, octobre 2019, jw.org, consulté en 2024.
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- ↑ Jonadabs.