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Helen Conroy

De Tj-encyclopédie
Helen Conroy

Helen Conroy

Helen Conroy (1890–?), connue sous son nom de religieuse Sœur Mary Ethel, est une ex-religieuse irlandaise qui devient conférencière anticatholique aux États-Unis et au Canada dans les années 1920 et 1930. Elle publie en 1938 un ouvrage intitulé Les femmes oubliées (Forgotten Women) dans lequel elle appelle à une réforme législative des couvents catholiques américains. Son livre est recensé favorablement par le périodique des Témoins de Jéhovah Consolation dans son numéro du 24 août 1938, qui en fait cependant un usage radicalement différent de l'intention de l'auteure.

Biographie

Helen Conroy naît en 1890 à Waterford, en Irlande, dernière d'une famille de quinze enfants.[1] Elle reçoit son instruction primaire dans les écoles nationales (publiques) de Waterford, puis dans le couvent des Visitandines de sa ville natale.

Partie en Lancashire (Angleterre), elle entre au noviciat des Petites Sœurs des Pauvres, dont elle est rapidement renvoyée comme « non adaptée ».[2] Elle entre ensuite à la Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition à Manchester, où elle prononce ses vœux à la Maison-Mère de l'Ordre à Marseille.[3] Immédiatement après sa profession, elle est envoyée au couvent de l'Ordre à Mandalay, en Birmanie, où elle enseigne pendant sept ans.[4]

En 1917, ses supérieures la renvoient pour insubordination.[5] Elle quitte la Birmanie en janvier 1918 munie d'un passeport délivré par Sir Harcourt Butler, gouverneur de Birmanie.[6] Elle gagne les États-Unis la même année, se marie et devient citoyenne américaine. Elle dit elle-même avoir « évolué du statut d'épouse de Dieu à celui de vraie épouse, mère heureuse et citoyenne américaine loyale ».[7]

À partir de 1923 au moins, elle parcourt les États-Unis (Alabama, Oklahoma, Texas) et le Canada comme conférencière, se présentant comme une « religieuse évadée ».[8] En décembre 1923, elle est arrêtée à Kansas City pour distribution de littérature jugée obscène par les autorités locales.[9] Une caution de 4 000 dollars est fixée et son procès prévu pour le 17 décembre 1923 ; la ville lui avait par ailleurs refusé une licence pour tenir des conférences payantes.[10] Son mari, identifié sous le nom de M. Steepe, tente d'obtenir une injonction en justice pour défendre sa femme.[11]

Les femmes oubliées (Forgotten Women, 1938)

Édition et éditeur

En 1938, Helen Conroy publie Les femmes oubliées (Forgotten Women) aux presses du Boise Valley Herald de Middleton, dans l'Idaho, pour le prix d'un dollar.[12] Le copyright est déposé au nom d'Ellen Frances Price, dont l'identité n'a pas pu être établie.[13] La page de dédicace précise que l'ouvrage est dédié « aux travailleurs du monde » et que « tout le travail a été accompli dans un atelier respectueux du travail » — formule correspondant au label syndical de l'imprimerie américaine de l'époque.[14] En exergue figure une citation du philologue Friedrich Max Müller (1823–1900) : « Toute vérité est sûre et rien d'autre ne l'est ; celui qui retient la vérité, ou la dissimule aux hommes par calcul, est soit un lâche, soit un criminel, ou les deux. »[15]

Le Boise Valley Herald était un journal hebdomadaire fondé en 1928, propriété d'Adelbert Cornell, qui se décrivait lui-même comme « agriculteur le jour, rédacteur la nuit ».[16] Animé de convictions pacifistes d'inspiration quaker, Cornell publiait régulièrement des articles sur les droits civiques des Noirs américains, défendait les objecteurs de conscience et critiquait la politique du New Deal.[17] Deux de ses fils avaient été emprisonnés pour refus de conscription en 1940.[18] En septembre 1942, le procureur général Francis Biddle retirait au journal ses droits d'envoi postal de deuxième classe, le rangeant parmi les « pacifistes chrétiens », aux côtés du Militant trotskiste et du Social Justice du père Coughlin.[19]

Le livre est réédité en 1946 par Agora Publishing Co. (229 West 48th Street, New York), puis en 1960 par Christ's Mission, un ministère évangélique de conversion des catholiques, dans le contexte de la campagne présidentielle Kennedy-Nixon.

Contenu et sources

L'ouvrage s'inscrit dans la tradition des récits d'ex-religieuses, très populaires aux États-Unis aux XIXe et début XXe siècles, dont le modèle fondateur est Maria Monk (Révélations terribles du couvent de l'Hôtel-Dieu de Montréal, Awful Disclosures of the Hotel Dieu Nunnery, 1836). À la différence de la plupart de ses prédécesseurs, Conroy construit son argumentation principalement sur des sources catholiques internes : le droit canon, les écrits du père jésuite William Doyle sur les vocations, les œuvres du théologien Alphonse de Liguori, et l'autobiographie de la Mère Mary Frances Clare Cusack (La Nonne de Kenmare, The Nun of Kenmare), ancienne religieuse catholique.[20]

La thèse centrale du livre est que les couvents catholiques constituent un système d'exploitation économique reposant sur une main-d'œuvre féminine non rémunérée, recrutée dès l'enfance par les confesseurs. Le Los Angeles Times soulignait que l'auteure adressait « un appel au peuple américain pour un New Deal pour les femmes oubliées dans les couvents », et le Christian Century la présentait comme proposant « un examen calme, honnête et critique de l'institution conventuelle sur la base de l'expérience et d'une étude des autorités et du droit canon catholiques ».[21]

Onze propositions de réforme

Contrairement à ce que sa réception dans certains milieux protestants radicaux pouvait laisser croire, Conroy ne demandait pas la suppression des couvents. Son dernier chapitre, intitulé « Un nouveau code pour les religieuses » (A New Code for Nuns), formulait onze propositions de réforme législative adressées au gouvernement américain, en appel à la Constitution américaine et non à la loi canonique :[22]

  1. Interdire légalement l'admission dans les institutions monastiques de toute personne de moins de dix-huit ans ;
  2. Interdire la prononciation de vœux avant l'âge de vingt et un ans ;
  3. Exiger de chaque établissement une déclaration assermentée du nombre exact de résidents, tenue à jour ;
  4. Rendre obligatoire la déclaration de toute arrivée et de tout départ ;
  5. Établir une liste certifiée des noms civils des résidents et des adresses de leurs parents ou proches ;
  6. Priver du droit de vote et d'enseignement dans les écoles publiques les membres des communautés monastiques, au motif qu'ils ont renoncé aux droits civiques en servant deux maîtres ;
  7. Soumettre les religieux étrangers à la prise d'empreintes digitales et à l'obligation de naturalisation ;
  8. Obliger toute personne entrant dans une institution monastique à rédiger un testament, et rendre nulle la renonciation forcée aux biens imposée soixante jours avant la profession ;
  9. Interdire le port de l'habit religieux hors de l'enceinte du couvent ;
  10. Soumettre les institutions monastiques au contrôle régulier des services de santé publique ;
  11. Exiger que tout certificat de décès dans une institution monastique soit cosigné par un médecin non catholique.

Conroy concluait : « Il faut espérer que les personnes de bonne volonté au sein de l'Église romaine verront à ce que nos législateurs prêtent attention à ces femmes oubliées et élaborent un nouveau code pour les religieuses. »[23]

Utilisation par Consolation (1938)

Dans son numéro du 24 août 1938, le périodique des Témoins de Jéhovah Consolation consacre plusieurs colonnes au livre de Conroy, présentant l'auteure comme [[{SourceDocTitre|fichier=/documents/periodiques/consolation/1938/consolation-du-24-août-1938-en-ocr.pdf|page=21|label=« l'une des quatre ex-religieuses officiellement recensées vivant aux États-Unis »|citation=FOUR officially}}.[24] La rédaction signale que Joseph Rutherford avait personnellement écrit à l'auteure pour lui exprimer son appréciation de l'ouvrage.[25]

Si la recension est globalement favorable, elle opère un détournement significatif du propos de Conroy sur deux points essentiels.

D'une part, Consolation ne cite que quatre des onze propositions de réforme — les plus susceptibles d'alimenter une rhétorique anticatholique — en omettant les sept propositions les plus concrètement protectrices des femmes : obligation testamentaire, listes nominatives, contrôle sanitaire régulier et cosignature des certificats de décès par un médecin non catholique.

D'autre part, et surtout, là où Conroy appelait à une réforme législative dans le cadre constitutionnel américain en espérant le soutien de catholiques de bonne volonté, Consolation concluait que « rien ne peut guérir la civilisation du Diable, et encore moins en faire autre chose qu'un vase destiné à la destruction ».[26] Cette conclusion eschatologique et abolitionniste était diamétralement opposée à la démarche réformiste et constitutionnaliste de l'auteure.

Consolation omettait par ailleurs entièrement la dimension ouvrière et syndicale du livre — sa dédicace aux travailleurs, son label d'imprimerie syndiqué, sa critique du travail non rémunéré comme concurrence déloyale au travail salarié — qui situait l'ouvrage dans un contexte politique progressiste étranger à la rhétorique de la Société Watch Tower.

Références

  1. Helen Conroy (Sœur Mary Ethel), Les femmes oubliées dans les couvents (Forgotten Women in Convents), Agora Publishing Co., New York, 1946, notice biographique, p. 1.
  2. The Advocate (Melbourne, Australie), 22 mars 1923, p. 4 : « Another "Escaped" Nun ».
  3. Helen Conroy, Les femmes oubliées dans les couvents, op. cit., p. 1.
  4. Ibid.
  5. The Advocate (Melbourne), 22 mars 1923, op. cit. ; Catholic Courier (Kansas City), 14 décembre 1923 : « Expelled Ex-Nun Mary Ethel Seems Headed for Prison ».
  6. Helen Conroy, Les femmes oubliées dans les couvents, op. cit., p. 1.
  7. Ibid.
  8. The Advocate (Melbourne), 22 mars 1923, op. cit. ; Catholic Courier (Kansas City), 14 décembre 1923, op. cit.
  9. Catholic Courier (Kansas City), 14 décembre 1923, op. cit.
  10. Ibid.
  11. Ibid.
  12. Sœur Mary Ethel [Helen Conroy], Les femmes oubliées (Forgotten Women), Boise Valley Herald, Middleton, Idaho, 1938, 124 p.
  13. Page de copyright, Les femmes oubliées, 1938 : « Copyright, 1938, By Ellen Frances Price. All rights reserved Including Foreign Countries. »
  14. Page de dédicace, Les femmes oubliées, 1938.
  15. Ibid.
  16. David T. Beito, La guerre du New Deal contre la Déclaration des droits (The New Deal's War on the Bill of Rights: The Untold Story of FDR's Concentration Camps, Censorship, and Mass Surveillance), Independent Institute, Oakland, 2023, p. 223-230.
  17. Ibid.
  18. Beito, op. cit., p. 227.
  19. Beito, op. cit., p. 223-230.
  20. Helen Conroy, Les femmes oubliées dans les couvents, op. cit., Introduction, p. 13-20.
  21. 4e de couverture, Les femmes oubliées dans les couvents, Agora Publishing Co., 1946.
  22. Helen Conroy, Les femmes oubliées dans les couvents, op. cit., chapitre VII, p. 118-120.
  23. Helen Conroy, Les femmes oubliées dans les couvents, op. cit., p. 120.
  24. Consolation, 24 août 1938, p. 21-22.
  25. Ibid.
  26. Consolation, 24 août 1938, op. cit.

Bibliographie

  • Sœur Mary Ethel [Helen Conroy], Les femmes oubliées (Forgotten Women), Boise Valley Herald, Middleton, Idaho, 1938, 124 p. Édition numérisée (1949) disponible sur Internet Archive.
  • Helen Conroy (Sœur Mary Ethel), Les femmes oubliées dans les couvents (Forgotten Women in Convents), Agora Publishing Co., New York, 1946.
  • David T. Beito, La guerre du New Deal contre la Déclaration des droits (The New Deal's War on the Bill of Rights: The Untold Story of FDR's Concentration Camps, Censorship, and Mass Surveillance), Independent Institute, Oakland, 2023. (ISBN 978-1-59813-356-1).
  • The Advocate (Melbourne, Australie), 22 mars 1923, p. 4 : « Another "Escaped" Nun ».
  • Catholic Courier (Kansas City), 14 décembre 1923 : « Expelled Ex-Nun Mary Ethel Seems Headed for Prison ».
  • Consolation, 24 août 1938, p. 21-22.