Jonadabs
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Les Jonadabs est un terme employé par la Watch Tower Bible and Tract Society à partir des années 1930 pour désigner une catégorie de personnes distincte du « reste oint », à vocation terrestre plutôt que céleste, qui s'associent à l'organisation des Témoins de Jéhovah sans prétendre à une espérance de vie dans les cieux.
Terminologie et origine du terme
Le terme « Jonadabs » est dérivé du personnage biblique de Jonadab (ou Yonadab), fils de Récab, dont les descendants sont mentionnés dans le livre de Jérémie (Jérémie 35:1-19) comme modèles d'obéissance fidèle aux instructions de leur ancêtre. L'organisation rutherfordienne reprit ce nom pour désigner ceux qui, sans faire partie du « reste oint » des 144 000, s'associent à l'œuvre du royaume avant Harmaguédon.
Doctrine des deux catégories sotériologiques
Distinction entre le reste oint et les Jonadabs
La doctrine des deux catégories sotériologiques — le reste oint et les Jonadabs — constitue l'un des développements doctrinaux majeurs de la période rutherfordienne. Les Jonadabs sont désignés comme les « autres brebis » préfigurées scripturalement par Ébed-Mélek, personnage du livre de Jérémie, et par les descendants de Jonadab fils de Récab.[1]
Cette classe distincte se caractérise par une destinée terrestre et non céleste : contrairement au reste oint, dont l'espérance est de régner avec le Christ dans les cieux, les Jonadabs ont en perspective une vie éternelle sur une terre paradisiaque après Harmaguédon.
Exigences d'obéissance et de participation
La Tour de Garde du 1er janvier 1938 précise explicitement que les mêmes exigences d'obéissance, de courage et de participation active à la prédication sont imposées aux Jonadabs qu'au reste des oints.[2]
La mention que le même degré de fidélité est requis des Jonadabs que du reste des oints renforce le caractère contraignant de la doctrine : l'appartenance à cette catégorie ne constitue pas un statut de second rang dispensé d'obligations mais une vocation pleinement engageante.[3]
Figures typologiques
Les Jonadabs sont rattachés par l'exégèse rutherfordienne à plusieurs figures de l'Ancien Testament présentées comme leurs antitypes :
- Ébed-Mélek, l'Éthiopien qui sauva Jérémie de la citerne (Jérémie 38:7-13), est présenté comme type des Jonadabs en raison de sa fidélité et de son courage au service du prophète, qui lui valut une promesse de protection divine (Jérémie 39:15-18).
- Les fils de Jonadab, qui observèrent scrupuleusement les commandements de leur ancêtre de ne pas boire de vin et de ne pas bâtir de maisons (Jérémie 35:6-10), sont présentés comme exemples d'obéissance inconditionnelle.
Contexte théologique
Intégration dans l'eschatologie rutherfordienne
La doctrine des Jonadabs s'inscrit dans le cadre plus large de la vision eschatologique développée par Joseph Franklin Rutherford à partir du milieu des années 1920, qui articulait la bataille d'Harmaguédon comme conflit universel ordonné par Dieu.[4] L'émergence de cette classe terrestre permettait à l'organisation d'intégrer le nombre croissant de nouveaux adhérents qui n'estimaient pas avoir l'appel céleste propre aux 144 000.
Doctrine de la foi sans crainte
La doctrine de la foi sans crainte comme condition de la protection divine s'applique également aux Jonadabs. L'opposition biblique entre Urija, qui fuit vers l'Égypte et mourut (Jérémie 26:21-23), et Jérémie, qui fit preuve de courage devant ses accusateurs et fut délivré, est présentée comme un argument probant : la Tour de Garde affirme explicitement que les expériences des membres en Allemagne sous le régime nazi confirment empiriquement cette thèse, les craintifs souffrant davantage que les intrépides.[5]
Cet usage de l'expérience contemporaine des membres persécutés comme preuve doctrinale est notable : la persécution n'est pas seulement subie comme une épreuve mais instrumentalisée comme démonstration théologique de la supériorité de la confiance totale en Jéhovah sur toute recherche de sécurité humaine.[6]
Évolution ultérieure
Le terme « Jonadabs » fut progressivement remplacé, à partir des années 1950, par l'expression « autres brebis » tirée de Jean 10:16, expression qui demeure en usage dans la littérature des Témoins de Jéhovah jusqu'à nos jours pour désigner la classe à espérance terrestre.
Références
- ↑ La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 8, 10.
- ↑ La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 8, 10.
- ↑ La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 8, 10.
- ↑ « Joseph Franklin Rutherford », Religion Fandom Wiki, consulté en 2024.
- ↑ La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 9.
- ↑ La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 9.
