Consolation du 4 mai 1938
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| Consolation du 4 mai 1938 | |
|---|---|
| Revue | Consolation |
| Date | 1938 |
| Année | 1938 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro de Consolation est dominé par une analyse en deux parties de la situation politique en Allemagne nazie, dans laquelle la publication dénonce la montée d'un culte de la personnalité autour d'Adolf Hitler, présenté comme une figure quasi-divine, et décrit le démantèlement progressif des institutions religieuses traditionnelles au profit d'une idéologie d'État. L'article s'attarde sur les déclarations publiques de dirigeants nazis, les pratiques de déification du *Führer* dans les écoles et les cérémonies civiles, ainsi que sur la militarisation croissante aux frontières de la Tchécoslovaquie.
Une part significative du numéro est consacrée aux relations entre la hiérarchie catholique romaine et le régime nazi, sujet sur lequel la publication adopte une position tranchée : loin de décrire l'Église catholique comme une victime de la persécution nazie, elle avance des chiffres et des témoignages tendant à montrer que cette hiérarchie aurait tiré profit de la période hitlérienne, voire collaboré avec elle contre les Étudiants de la Bible.[1]
Contenu
La Tragédie de l'Allemagne (Première partie)
La publication consacre un long article en deux parties à l'analyse de la situation politique en Allemagne sous le régime nazi. Elle affirme que les dirigeants nazis, en particulier Adolf Hitler, prétendent incarner la volonté collective du peuple allemand et se présentent comme des figures quasi-divines. Hitler est décrit comme un orateur charismatique dont les discours flattent l'orgueil national allemand, ce qui lui vaut un soutien massif parmi les plus assertifs de la population. La publication souligne que cette exaltation du *Führer* s'accompagne d'une dégradation des valeurs morales et religieuses traditionnelles, remplacées par un culte de la personnalité et une glorification de l'État[2].
L'article cite des déclarations de Hitler et de son ministre de la propagande, Joseph Goebbels, selon lesquelles la « race allemande » aurait le droit de dominer le monde. Ces propos sont présentés comme une source de préoccupation pour les autres nations, qui y voient une menace expansionniste. La publication note que toute critique de ces déclarations est interdite en Allemagne, sous peine de représailles sévères, et que même les figures religieuses, y compris des pasteurs protestants, participent à la glorification du régime en lisant des extraits de Mein Kampf (le livre d'Hitler) à la place des Écritures lors des offices religieux[3].
Un passage particulièrement critique est consacré à la déification progressive de Hitler, illustrée par des déclarations blasphématoires diffusées à la radio allemande, telles que : *« Nous croyons en notre Führer comme la révélation de Dieu à notre peuple »*. La publication souligne que cette idolâtrie s'étend aux enfants, qui sont encouragés à chanter des hymnes en l'honneur de Hitler dans les écoles, transformées en lieux de culte pour le régime. Parmi ces chants, l'un d'eux affirme : *« Führer, nous te suivons ; Führer, nous jurons une foi éternelle avec toi »*[4].
L'article aborde également la militarisation croissante de l'Allemagne, mentionnant l'installation de nouveaux canons à longue portée (50 miles) à la frontière tchécoslovaque, ce qui laisse présager une possible annexion de ce pays, à l'instar de ce qui s'est produit avec l'Autriche. Cette militarisation est présentée comme une conséquence directe de l'idéologie expansionniste nazie[5].
Enfin, la publication dénonce le retour à des pratiques païennes en Allemagne, notamment le culte des ancêtres, qui remplace progressivement les rites chrétiens. Des chapelles inutilisées sont transformées en « salles des ancêtres » (*Ahnenhalle*), où des cérémonies de mariage et de baptême sont organisées sous l'égide de l'État. Ces lieux sont décorés de symboles nazis, comme la svastika, et comportent des bustes de Hitler. Les enfants y sont initiés à des chants nationalistes, et des prières sont adressées à l'Allemagne plutôt qu'à Dieu. L'une de ces prières, publiée par la « Société d'édition chrétienne » de Weimar, déclare : *« À l'Allemagne, tu as toujours confié ton propre drapeau, ô Dieu. C'est pourquoi nous sommes haïs de tes ennemis »*[6].
Les apéritifs : nouvelles brèves
Cette rubrique rassemble plusieurs brèves d'actualité et commentaires satiriques sur des sujets variés. L'une des notes évoque une lettre du père Joseph Klein, un franciscain de Cincinnati, qui se plaint de la baisse des dons pour son œuvre missionnaire. Il explique que seulement une chaussette de Noël sur douze envoyées aux donateurs a été remplie et retournée, ce qui le contraint à envisager des travaux manuels pour subvenir à ses besoins[7].
Un autre passage critique l'Église catholique romaine, en particulier la campagne menée par des cardinaux et des évêques italiens pour faire reconnaître par le pape l'Assomption de la Vierge Marie (son élévation au ciel corps et âme). La publication ironise sur le fait que le pape n'a aucun pouvoir sur les événements célestes, mais qu'il prétend en avoir, ce qui conduit à des pétitions massives pour influencer sa décision[8].
La rubrique mentionne également le vol du célèbre « anneau du pêcheur » du pape, utilisé pour sceller les bulles pontificales, ainsi que d'autres objets en or, par des voleurs travaillant au Vatican. Seuls quatre des coupables ont été arrêtés, ce qui est présenté comme une preuve de la corruption régnant au sein de l'institution[9].
Enfin, un commentaire moqueur est consacré aux « sauveurs » contemporains : Mussolini, qui « sauve » la Méditerranée ; Hitler, qui « sauve » l'Europe ; le pape, qui « sauve » la « chrétienté » ; et le Diable, présenté comme le « prince et dieu » du monde. Cette remarque souligne l'ironie de voir ces figures se présenter comme des bienfaiteurs alors qu'elles sont perçues comme des oppresseurs[10].
Méthodes nazies de financement
La publication cite un rapport du *Deutschland Berichte* de décembre 1937, qui décrit les méthodes utilisées par le régime nazi pour lever des fonds. Ces contributions, présentées comme des dons volontaires, sont en réalité des taxes déguisées. Les sommes collectées servent à financer à la fois les dépenses de l'État et celles du Parti nazi, notamment son système de « bien-être social », qui profite principalement aux membres du parti et à leurs proches. Ce système permet au régime d'éviter d'augmenter les impôts officiels, libérant ainsi des ressources pour le réarmement[11].
Un autre passage évoque les tensions internes au régime nazi, en particulier la paranoïa de Hitler. La publication mentionne un article du magazine *Liberty* qui révèle l'existence d'une organisation secrète appelée « Les Vengeurs de Röhm » (*Roehm's Revengers*), en référence à Ernst Röhm, un ancien allié de Hitler assassiné lors de la Nuit des Longs Couteaux en 1934. Ces « vengeurs » harcèlent Hitler en apposant les initiales « R.R. » (pour *Roehm's Revengers*) sur son courrier et même sur les murs de sa chambre, malgré la présence de 250 gardes chargés de sa sécurité. Cette situation est présentée comme une illustration de l'instabilité du régime et de la peur constante qui habite ses dirigeants[12].
La hiérarchie progresse
La publication affirme que, malgré les poursuites judiciaires contre des membres de l'organisation catholique romaine, la hiérarchie ecclésiastique a réalisé des progrès substantiels sous le régime nazi. Elle souligne que le nombre d'églises et de prêtres catholiques a augmenté en Allemagne depuis l'arrivée d'Hitler au pouvoir, citant des sources comme le New York Times et le New York Staats Zeitung und Herald pour étayer cette affirmation. Par exemple, le nombre de journaux catholiques est passé de 210 à plus de 400 entre 1933 et 1937, et la moitié des 21 millions de catholiques allemands seraient abonnés à l'un d'eux. Ces éléments sont présentés comme une preuve que les récits de persécution des catholiques en Allemagne nazie seraient exagérés[13].
La publication cite également une lettre de Boris Toedtli, un nazi suisse, adressée à son supérieur Fleischhauer, dans laquelle Toedtli évoque ses liens avec des catholiques pour lutter contre les Étudiants de la Bible (Témoins de Jéhovah). Il mentionne avoir été reçu par le nonce papal et avoir obtenu des lettres de recommandation pour renforcer ces collaborations. Toedtli propose la publication d'un journal pour informer la presse sur les Étudiants de la Bible, suggérant de le faire paraître depuis Berne pour éviter d'éveiller des soupçons sur une implication allemande[14].

Collaboration entre la hiérarchie catholique et le régime nazi
La publication met en avant plusieurs exemples de collaboration entre la hiérarchie catholique et le régime nazi. Elle souligne que l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie a renforcé le pouvoir de l'Église catholique romaine dans l'empire allemand, notant que les figures majeures du parti nazi en Allemagne et en Autriche sont majoritairement catholiques. Elle cite également le cas d'Adolf Weinel, un pasteur protestant condamné à trois mois de prison pour avoir révélé que Joseph Goebbels, ministre de la Propagande nazi, avait été éduqué dans une institution jésuite aux frais de la hiérarchie catholique[15].
La publication affirme que les institutions protestantes sont systématiquement détruites, tandis que les jésuites agissent avec une efficacité totale. Elle critique les membres du clergé protestant pour leur trahison envers la vérité, estimant qu'ils ne méritent aucune sympathie de la part de Jéhovah Dieu ou de Ses témoins fidèles[16].
Un article du journal nazi Der Angriff est cité pour illustrer cette collaboration, affirmant que les prélats catholiques ne luttent pas pour la religion ou le christianisme, mais pour des objectifs politiques, prêts à sacrifier la paix de la nation pour les atteindre. La publication conclut que les nazis et la hiérarchie catholique sont en harmonie, tant que les premiers acceptent de soutenir et de reconnaître la seconde[17].
Intolérance et persécution
Cette section dénonce l'intolérance et la persécution exercées par le régime nazi, en particulier à l'encontre des Juifs et des opposants politiques. La publication affirme que les dictatures ne favorisent ni la tolérance ni la libéralité, et que l'Allemagne nazie en est un exemple frappant. Elle décrit une campagne systématique d'exclusion des Juifs de la société allemande, incluant l'interdiction pour les entreprises allemandes d'employer des représentants juifs, même en tant qu'avocats. Les certificats de naissance aryens sont devenus si recherchés qu'un marché noir s'est développé, avec des arrestations pour falsification de documents[18].
La publication rapporte des cas extrêmes d'antisémitisme, comme celui d'un enseignant berlinois qui aurait qualifié Jésus-Christ de "vaurien juif" devant ses élèves. Elle cite également le journal Deutschland Berichte, qui décrit des méthodes de harcèlement contre les Aryens faisant affaire avec des Juifs, incluant la publication de leurs noms dans des journaux comme Der Stürmer. Des sanctions sont également mentionnées, comme la destitution d'un maire pour avoir vendu une vache à un marchand de bétail juif[19].
La publication évoque également la propagande antisémite dans les écoles, où les enfants sont endoctrinés contre les Juifs. Elle cite un exemple à Nuremberg, où Julius Streicher, un proche d'Hitler, aurait demandé à des enfants d'identifier le diable comme étant "le Juif", avant de leur distribuer un livret illustrant un diable à tête de Juif[20].
La condition du peuple
La publication dresse un tableau sombre de la condition des travailleurs et de la population allemande sous le régime nazi. Elle affirme que la situation des travailleurs, en particulier, s'est détériorée. Environ 700 000 petits commerçants ont fait faillite au cours des derniers mois, et leurs dirigeants, qui avaient espéré un soulagement de la part du régime nazi, se retrouvent désormais contraints de chercher des emplois dans les usines. La publication souligne que les grandes entreprises, qui ont soutenu l'ascension d'Hitler, accaparent désormais toutes les ressources du pays[21].
La situation économique est décrite comme critique : les rapports des syndicats indiquent une baisse de 5 % du nombre de wagons de passagers et de 10 % du nombre de wagons de marchandises par rapport à l'année de crise 1932. Les locomotives sont en mauvais état, et la pénurie de matériaux conduit à l'utilisation de substituts de mauvaise qualité, comme des saucisses contenant du poisson, du pain de qualité inférieure à celui de 1914, ou des bottes fabriquées en papier. Des émeutes alimentaires ont éclaté dans plusieurs villes, et les généraux d'Hitler l'auraient averti que la faim pourrait compromettre la victoire, rappelant les effets de la famine sur le moral de l'armée allemande en 1915[22].
La publication mentionne également des mesures économiques drastiques, comme le rationnement des graisses depuis le 1er janvier 1938, ou la baisse des salaires. Les soldats ne recevraient qu'une allocation quotidienne dérisoire, et la plupart des achats se feraient à crédit, sans que les gens aient les moyens de rembourser. Les loyers seraient saisis par le gouvernement pour financer l'armement. Raymond Clapper, un correspondant de presse, est cité pour illustrer les conditions de travail difficiles dans les usines, où les ouvriers se voient refuser des emplois s'ils ne participent pas à des initiatives approuvées par le régime, comme la création d'un jardin floral[23].

Innovations et pénuries en Allemagne nazie
La publication décrit les conséquences des pénuries de matériaux en Allemagne nazie, qui ont conduit à des innovations douteuses et à une détérioration de la qualité de vie. Par exemple, le cuir se fait rare, et les Allemands utilisent désormais du "cuir de poisson" pour fabriquer des chaussures, des gants et d'autres articles. Des chimistes hambourgeois auraient développé un substitut d'albumine à base de poisson, destiné à remplacer plus de 400 000 œufs par an dans la pâtisserie. La laine australienne fine a été largement remplacée par de la rayonne, moins chère et plus facile à produire, au point d'être utilisée dans les uniformes de l'armée[24].
La publication mentionne également l'apparition de tubes de dentifrice en soie et de couronnes dentaires en résine artificielle, ainsi que la fabrication de barres de "chocolat" à base de goudron de houille, dont le goût rappelle vaguement celui du vrai chocolat. Une loi récente aurait même imposé aux fabricants de chemises de raccourcir les pans, limitant leur longueur à 90 centimètres à l'avant et 95 centimètres à l'arrière[25].
Les coiffeurs allemands ont été invités à collecter les cheveux humains, même les plus courts, pour les utiliser dans la fabrication de feutre et de tapis. La publication estime que cette collecte pourrait atteindre un million de livres par an. Elle souligne également l'augmentation des cas de maladies professionnelles, comme la silicose ou l'intoxication au plomb, qui seraient passées de 7 133 cas en 1933 à 13 944 cas en 1936, reflétant le mépris du régime nazi pour la santé des travailleurs[26].
Réalisations allemandes non attribuables au nazisme
La publication reconnaît certaines réalisations techniques et industrielles de l'Allemagne, mais refuse de les attribuer au régime nazi. Elle cite notamment le pont sur l'Elbe, présenté comme le plus grand du monde par Hitler, bien que d'autres ponts, comme ceux de San Francisco-Oakland, du George Washington ou du Golden Gate, aient des portées plus longues. Elle mentionne également les autoroutes allemandes, décrites comme des routes à double voie sans croisements, conçues pour résister aux bombardements et permettre une circulation fluide[27].
La publication souligne que ces réalisations auraient eu lieu même sans le régime nazi, et qu'elles ne doivent pas être créditées à Hitler ou à ses partisans. Elle évoque également le périfon, un dispositif allemand permettant de mesurer les profondeurs et les obstacles par le son, comme une innovation notable[28].
Contrôle des agriculteurs allemands
La publication dénonce le contrôle strict exercé par le régime nazi sur les agriculteurs allemands. Les inspecteurs agricoles, souvent en uniforme, surveillent les fermes de manière intrusive, vérifiant la production laitière et imposant des restrictions draconiennes sur l'usage des ressources. Les agriculteurs ne sont pas autorisés à conserver une seule pinte de lait pour leur propre consommation et doivent racheter du lait écrémé pour nourrir leurs porcs à un prix fixé par les autorités. En cas de non-respect des règles, les sanctions sont sévères, allant jusqu'à l'emprisonnement ou l'envoi dans des camps de concentration. Les agriculteurs sont également contraints d'écouter les discours d'Adolf Hitler pendant leurs jours de congé et peuvent se voir imposer un nouvel exploitant pour leur ferme, qui prend alors le contrôle de leurs livres de comptes et de leur vie quotidienne. Les fermes héritées et sans dettes ne peuvent pas être hypothéquées pour acheter d'autres terres, limitant ainsi toute mobilité économique[29].
Prospérité des fabricants d'armements
Cet article met en lumière l'enrichissement des fabricants d'armements sous les régimes dictatoriaux, en particulier celui de la famille Krupp en Allemagne. La société Krupp, qui n'avait pas versé de dividendes pendant vingt ans, emploie désormais 100 000 hommes avec une masse salariale annuelle dépassant 60 millions de dollars. La publication souligne l'hypocrisie de cette entreprise, qui a fourni des armes aux deux camps pendant la Première Guerre mondiale, y compris à la France via la Suisse, tout en armant simultanément la Chine et le Japon pendant le conflit sino-japonais. Le texte mentionne également le suicide de Fritz Krupp, présenté comme un acte symbolique de la duplicité des marchands d'armes. La publication critique ouvertement l'industrie de l'armement, accusée de prospérer grâce aux conflits et à l'oppression[30].
Phénomènes naturels
Cette rubrique regroupe plusieurs brèves sur des phénomènes scientifiques et naturels. Elle commence par une critique des fabricants de chlore, accusés de polluer l'eau potable pour augmenter leurs ventes, au point de rendre l'eau impropre à la consommation et mortelle pour les poissons. Un exemple est donné avec 25 truites arc-en-ciel placées dans de l'eau chlorée similaire à celle de Cleveland (Ohio), dont 12 sont mortes en 44 heures[31].
La rubrique aborde également des sujets astronomiques, comme l'estimation de 36 000 galaxies visibles, chacune contenant des milliards d'étoiles, ou la découverte de la plus grande galaxie connue, située à 100 millions d'années-lumière de la Terre et 50 000 fois plus grande que la Voie lactée. Un autre sujet traite des anomalies dans l'orbite de la Lune, dont les écarts par rapport aux calculs mathématiques restent inexpliqués[32].
Enfin, la publication évoque des études scientifiques soviétiques indiquant un réchauffement des régions arctiques et un refroidissement des tropiques, ainsi qu'une brève sur la consommation mondiale de pétrole, estimée à 28 000 miles de wagons-citernes par an, une quantité jugée insoutenable à long terme[33].
La secte catholique romaine
Cet article propose une analyse historique et critique de l'Église catholique romaine, présentée comme une secte schismatique issue de l'Église orthodoxe grecque. La publication retrace les origines du schisme, notamment le conflit entre les évêques de Constantinople et de Rome au VIIᵉ siècle. Elle souligne que l'Église orthodoxe, malgré ses prétentions initiales, n'a jamais reconnu de chef universel, contrairement à l'Église romaine, qui a obtenu ce titre en 606 sous l'empereur Phocas. Le texte décrit les manœuvres politiques ayant conduit à l'ascension de la papauté, comme l'alliance entre le pape et Pépin le Bref, qui a permis à ce dernier de renverser le roi Childéric III et de céder des terres à l'Église, fondant ainsi son pouvoir temporel[34].
La publication critique également les finances du Vatican, mentionnant que l'accord de 1929 avec Mussolini a rapporté à l'Église l'équivalent de 80 millions de dollars, générant un intérêt annuel de 2,4 millions de dollars. Ces fonds sont présentés comme une source de financement pour les interventions du Vatican dans des conflits comme ceux d'Éthiopie ou d'Espagne[35].
À Terre-Neuve catholique
Un témoignage de missionnaires des Étudiants de la Bible décrit les conditions de vie difficiles à Terre-Neuve, où la population est majoritairement catholique et soumise à l'autorité de la hiérarchie religieuse. Les missionnaires rapportent que les habitants vivent dans une grande pauvreté, dépendant presque exclusivement de la pêche pour leur subsistance. Les salaires sont très bas (8 à 10 dollars par mois pour les femmes, 20 à 36 dollars pour les hommes), et le coût de la vie est 20 à 30 % plus élevé qu'aux États-Unis. Les conditions sanitaires sont précaires, avec peu d'accès à des toilettes ou à des égouts, et une grande partie de la population est illettrée[36].
Les missionnaires expliquent que leur activité de distribution de littérature est entravée par les autorités locales, qui ont saisi des enregistrements et menacent de les expulser. Malgré ces obstacles, ils continuent leur travail, vivant frugalement et se préparant à des "temps sérieux" à venir. Le texte souligne l'emprise de l'Église catholique sur la population et les difficultés rencontrées par les Témoins de Jéhovah pour diffuser leur message dans un tel contexte[37].
Les nations adeptes du salut au drapeau
Une brève critique les régimes totalitaires, notamment ceux de l'Allemagne nazie, de l'Italie fasciste et de l'Union soviétique, où le salut au drapeau est devenu une obligation civique. La publication dénonce cette pratique comme une forme de "culte fétichiste" et met en garde les Américains contre l'adoption de telles coutumes, qui restreignent les libertés individuelles. Le texte souligne que toute déviation de ces rituels, comme un salut mal exécuté ou refusé, peut entraîner des suspicions et des persécutions[38].
Aucune liberté au Québec
Un extrait d'un discours de R. Th. Calder, un avocat catholique de Montréal, est cité pour dénoncer la loi du cadenas (Padlock Law) au Québec. Calder affirme qu'il ne reste "plus un vestige de liberté britannique" dans la province, où la liberté n'existe que par tolérance. La publication utilise cette déclaration pour illustrer l'oppression exercée par l'Église catholique au Québec, où les libertés individuelles sont restreintes et où les accusations secrètes et les dénonciations anonymes sont monnaie courante[39].
Le fascisme
Cette rubrique analyse le concept d'État totalitaire, ou fascisme, tel que décrit par Ogden L. Mills. Selon la publication, le fascisme repose sur une économie planifiée, où le gouvernement contrôle tous les aspects de la vie des citoyens, tant comme producteurs que comme consommateurs. Ce système nécessite un pouvoir autoritaire et permanent, où les dirigeants, une fois élus, ne peuvent être renversés que par la force. La publication souligne que les régimes fascistes, comme ceux de l'Allemagne nazie ou de l'Italie mussolinienne, suppriment les libertés individuelles et instaurent un climat de terreur[40].
La rubrique cite également un discours du président américain Franklin D. Roosevelt, qui dénonce les attaques contre les civils et les navires en temps de paix, ainsi que l'ingérence des nations étrangères dans les guerres civiles d'autres pays. La publication interprète ces propos comme une description du fascisme, bien que le terme ne soit pas explicitement mentionné[41].
Quelques fascistes éminents aux États-Unis
Une liste de personnalités américaines accusées de soutenir le fascisme est présentée, incluant Basil Harris (International Mercantile Marine), Kelley Graham (président de la First National Bank de Jersey City), Ogden Hammond (banquier), Joseph P. Grace (magnat du transport maritime) et Thomas F. Woodlock (du Wall Street Journal). Ces individus sont décrits comme membres d'un comité fasciste dirigé par le pape, chargé de lever des fonds pour soutenir les forces de Franco en Espagne. La publication les présente comme des exemples de l'influence fasciste aux États-Unis[42].
Qu'est-ce que l'américanisme ?
Cet article remet en question la notion d'"américanisme" en critiquant des institutions et des pratiques jugées contraires aux valeurs américaines. La publication interroge si des organisations comme l'American Legion ou les Veterans of Foreign Wars, connues pour leurs revendications financières, incarnent vraiment l'américanisme. Elle critique également l'Université Harvard pour avoir renoncé à sa liberté académique, ainsi que le travail des enfants dans les usines et les conserveries, légalisé par le refus de l'État de New York de ratifier l'amendement sur le travail des enfants. Le texte dénonce aussi les méthodes violentes utilisées pour réprimer les mouvements communistes, comme à Tampa, et la privatisation des ressources naturelles par les administrations successives à Washington[43].
La volonté de contrôler le monde
La publication interprète les actions de la hiérarchie romaine, ainsi que celles de l'Italie, de l'Allemagne et du Japon, comme une tentative de supprimer le communisme pour mieux contrôler le monde. Elle affirme que cette lutte contre le communisme n'est qu'un prétexte pour détruire toute forme de liberté, citant les 2 millions de tonnes de navires de guerre et les 200 millions d'hommes mobilisables dont disposent ces nations. La publication souligne que la définition du communisme utilisée par ces régimes est suffisamment vague pour englober des pays comme la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis, et que quiconque s'oppose à leurs dirigeants est étiqueté comme "communiste"[44].
Pegler sur Hitler et Mussolini
Un extrait d'un commentaire du journaliste Westbrook Pegler est cité pour dénoncer les exigences des régimes fascistes, qui demandent aux pays libres de restreindre la liberté d'expression pour ne pas les offenser. Pegler affirme que la seule réponse appropriée est de "leur marcher sur les pieds et de leur dire d'aller au diable", sous peine de voir les libertés individuelles réduites à néant. La publication utilise cette citation pour illustrer l'opposition des Témoins de Jéhovah aux régimes totalitaires et leur engagement en faveur de la liberté[45].
Convention des Témoins de Jéhovah pour le Nord-Ouest
La publication annonce une convention des Témoins de Jéhovah prévue à Seattle, dans l'auditorium civique de la ville, du 2 au 5 juin 1938. Cette convention est destinée aux fidèles résidant dans les États du Nord-Ouest des États-Unis et dans l'Ouest du Canada. Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Société Watch Tower, doit y assister et prononcer un discours radiodiffusé intitulé « Violence » le dimanche 5 juin à 15 heures. Les organisateurs anticipent la présence de 16 000 personnes et prévoient des arrangements pour accueillir les visiteurs, notamment en automobile, en caravane ou en tente. Les résidents locaux seront sollicités pour inviter le public à assister à l'assemblée publique du dimanche[46].

Conseil – Les « autorités supérieures » dans Romains 13:1
Cette rubrique répond à une question doctrinale sur l'interprétation de Romains 13:1, qui affirme : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu ». La publication rejette l'idée que ce verset s'applique aux dirigeants politiques comme Mussolini ou Hitler, ou aux « États » en général. Elle précise que ce passage s'adresse exclusivement aux membres de l'organisation divine, c'est-à-dire ceux qui ont fait alliance avec Jéhovah Dieu pour accomplir sa volonté. Selon l'interprétation présentée, les « autorités supérieures » désignent Jéhovah Dieu lui-même et Jésus-Christ, qui constituent ensemble la seule autorité légitime. Toute personne acceptant de suivre Christ doit se soumettre à cette autorité divine, et non aux lois des nations terrestres, qui varient d'un pays à l'autre et sont jugées incohérentes. La publication souligne que Dieu n'impose cette soumission à personne, mais offre à chacun la possibilité de s'engager volontairement dans cette alliance[47].
Photographies et instantanés
La rédaction de Consolation invite ses lecteurs à envoyer des photographies et instantanés illustrant des scènes intéressantes, des événements inhabituels ou des activités liées au Royaume de Dieu menées par les Témoins de Jéhovah. Ces images pourraient être publiées dans les futurs numéros de la revue. Les lecteurs sont encouragés à joindre une description détaillée de chaque photographie, identifiée au dos par un numéro écrit à l'encre ou au crayon doux. Bien que toutes les images envoyées ne puissent pas être utilisées, ni même retournées ou accusées de réception, la rédaction espère que les lecteurs trouveront une motivation à partager leurs clichés pour le plaisir de milliers de personnes, plutôt que de les conserver pour un usage strictement personnel[48].
Pennsylvanie – Divers articles
Cette rubrique regroupe plusieurs articles courts concernant l'État de Pennsylvanie.
Un montagnard nommé John Marsh refuse catégoriquement de faire vacciner son fils de sept ans contre la variole, préférant purger une peine de prison plutôt que de céder à ce qu'il considère comme une superstition. Il s'appuie sur des exemples de pays comme le Japon ou les Philippines, où la vaccination massive n'a pas empêché la propagation de la maladie. Il a déjà été emprisonné pendant huit mois pour le même motif[49].
Andrew Mellon, milliardaire décédé, a organisé sa succession de manière à éviter que les États-Unis ou la Pennsylvanie ne perçoivent une part de son immense fortune, estimée à 500 millions de dollars. Il a tout légué à un trust éducatif et caritatif contrôlé par son fils, son gendre et son avocat. Le gouvernement conteste cependant le statut d'exonération fiscale de ce trust[50].
La Cour d'appel du circuit des États-Unis à Philadelphie a statué que l'occupation illégale d'une usine par des grévistes « assis » (sit-down strike) était illégale. Cette décision concerne 250 grévistes qui avaient pris possession des usines Apex Hosiery pendant six semaines, empêchant les propriétaires d'utiliser leur bien et bloquant le travail de 2 500 autres employés souhaitant reprendre leur activité[51].
Le Dr Lester K. Ade, surintendant de l'instruction publique de Pennsylvanie, exprime son opposition à l'obligation pour les écoliers de saluer le drapeau, une pratique qu'il associe aux régimes autoritaires comme ceux de Hitler ou Mussolini, mais qu'il juge inappropriée pour le public américain[52].
La revue rappelle également que le premier drapeau américain, composé d'étoiles et de bandes, a été conçu par Francis Hopkinson, cousu par Margaret Manny et hissé lors d'une célébration navale le 4 juillet 1777. Betsy Ross n'a joué aucun rôle dans sa création[53].
New York et Philadelphie – Divers articles
À New York, les aviateurs russes Gromoff, Yumashef et Danilin, qui ont réalisé un vol record au-dessus du pôle Nord, ont été chaleureusement accueillis par le maire La Guardia. En revanche, le maire de Philadelphie, Davis Wilson, sous l'influence du cardinal Dougherty, a refusé de les recevoir, ce que la publication interprète comme un affront envers Philadelphie[54].
Un employeur philadelphien, J. Harvey Gravell, a remboursé les dettes de ses employés au début de l'année 1937, pour un montant total d'environ 100 000 dollars. Chaque employé a reçu au moins 100 dollars, et l'un d'eux a bénéficié de 7 000 dollars pour rembourser son hypothèque et d'autres dettes[55].
Le gouverneur de Pennsylvanie, George Earle, s'est opposé à la projection du film « Spain in Flames », arguant que cela pourrait favoriser la cause de la République espagnole et encourager des partisans de la liberté, comme Lafayette ou Kosciuszko, à prendre position. Cette opposition est présentée comme un rejet des valeurs de liberté, symbolisées par la cloche de la Liberté, toujours présente dans l'État[56].
À Meadville, une église méthodiste a affiché un panneau annonçant un culte intitulé « Worms for Lark’s Feathers » (Des vers pour les plumes d'alouette), illustrant selon la publication une forme de religiosité déconnectée de la réalité[57].
Enfin, la tour d'antenne de la station de radio KDKA à Pittsburgh est présentée comme la plus haute structure entièrement soudée au monde, avec une hauteur de 718 pieds pour seulement 5 pieds de largeur[58].
États de l'Atlantique Sud – Divers articles
Cette rubrique aborde plusieurs sujets liés aux États du Sud des États-Unis.
Thomas Hocati, expert en immigration, décrit les souffrances infligées aux étrangers et à leurs familles par les lois et règlements américains sur la déportation. Il cite des cas extrêmes, comme celui d'un Écossais qui, faute de pouvoir être renvoyé dans son pays d'origine en raison de l'absence de preuve de naissance, a été libéré puis emprisonné pendant six mois pour absence de moyens de subsistance. Un autre exemple concerne un couple marié, l'un américain et l'autre canadien, qui se voit interdire l'entrée dans leurs pays respectifs, ne pouvant se retrouver que lors de traversées en ferry sur la rivière Detroit[59].
La publication critique également les pratiques religieuses jugées superstitieuses, comme l'utilisation de chapelets, de bougies et d'« eau bénite »[60].
Un article dénonce la montée en puissance du Congress of Industrial Organizations (C.I.O.), un syndicat américain, dont le dirigeant, John L. Lewis, est accusé de bénéficier de soutiens politiques pour imposer son influence. Le Norfolk Ledger Dispatch affirme que les gouvernements fédéral et des États ont capitulé devant le C.I.O., dont les actions sont qualifiées d'illégales[61].
Le représentant Treadway, du Massachusetts, suggère que la contribution de 500 000 dollars du C.I.O. au fonds de campagne du Parti démocrate pourrait expliquer la politique de « non-intervention » du gouvernement fédéral envers ce syndicat[62].
Ben E. Adams, un Américain de Caroline du Sud, présente des statistiques sous forme de comptabilité, montrant que sur 27,5 millions de personnes issues de l'immigration, 16,5 millions sont des citoyens naturalisés, 3,5 millions sont en situation illégale, 6 millions occupent des emplois sans être naturalisés, et 1,5 million dépendent de l'aide sociale. Il conclut que l'expulsion de 10,5 millions d'étrangers causerait un préjudice considérable au pays[63].
Enfin, la publication critique l'augmentation de l'utilisation du courrier affranchi par les départements exécutifs du gouvernement américain, qui est passée de 302 millions d'envois en 1930 à 669 millions en 1936. Cette hausse est attribuée à la nomination du président du Comité national démocrate au poste de directeur général des postes, et est présentée comme une des causes du déficit de 72 millions de dollars enregistré par le département des Postes l'année précédente[64].
« En terre de Dixie » – Divers articles
Cette rubrique traite de sujets variés liés aux États du Sud des États-Unis.
Un article décrit les conditions de la cueillette du coton, soulignant que cette culture est plus haute qu'il n'y paraît, avec des plants pouvant atteindre jusqu'à six pieds de hauteur. La cueillette est présentée comme un travail exigeant une certaine dextérité, mais peu pénible pour le dos, et bien rémunéré par rapport aux autres travaux agricoles dans le Sud. Les cueilleurs expérimentés peuvent récolter entre 200 et 250 livres de coton par jour, pour un salaire variant entre 65 cents et un dollar par 100 livres, selon les régions et la demande. La publication mentionne également que les coupures aux doigts, causées par les coques de coton, sont rares et généralement sans gravité[65].
Deux jeunes filles de 11 et 12 ans, élèves d'une école du Royaume à Atlanta (Géorgie), partagent un extrait de leur manuel d'histoire intitulé « When We Were Colonies ». Ce passage explique que les Pères pèlerins rejetaient les fêtes païennes comme Pâques, le 1er mai et Noël, qu'ils considéraient comme « non chrétiennes ». La publication souligne que les écoles du Royaume de Jéhovah encouragent les élèves à utiliser leur raison et à rejeter les traditions religieuses imposées[66].
Enfin, un récit humoristique raconte l'histoire d'un vieil homme peu intéressé par les églises, mais qui accompagne sa femme à une réunion de réveil pour lui faire plaisir. Lorsqu'une jeune femme lui demande s'il souhaite donner de l'argent au Seigneur, il répond qu'il préfère le faire lui-même, car il s'attend à rencontrer Dieu avant elle, compte tenu de son âge et de sa santé. Cette anecdote est présentée comme une illustration de l'hypocrisie des collectes religieuses[67].
La Californie, toujours incroyable
La Californie est présentée comme un État où, malgré des contradictions politiques marquées, une décision judiciaire récente a rétabli une élève exclue pour avoir refusé de saluer le drapeau, en raison de ses convictions religieuses en tant que Témoin de Jéhovah. Cette décision est qualifiée d'« honnête, décente et américaine » par la publication, qui souligne qu'elle contraste avec des pratiques associées à des régimes autoritaires comme le communisme ou le fascisme. Le texte mentionne également le cas des militants syndicaux Tom Mooney et Warren K. Billings, toujours emprisonnés, ainsi que la présence de groupes extrémistes comme les *Silver Shirts*[68].
Un éditorial du *Baltimore Evening Sun* est cité pour souligner le paradoxe californien, où la liberté américaine semble à la fois menacée et préservée par des décisions judiciaires progressistes. Le texte ironise sur le fait que la Californie reste « incroyable » dans un sens positif, malgré des affaires comme celle de Mooney, dont la condamnation repose sur des témoignages jugés invraisemblables par la Cour suprême de l'État[69].
La publication critique également l'hypocrisie des croyances religieuses traditionnelles, comme l'idée d'un Dieu infligeant des tourments éternels ou l'efficacité des prières payantes pour réduire les souffrances du purgatoire, qualifiées de « préparations » à des déclarations judiciaires tout aussi invraisemblables[70].
Enfin, le décès de Charles M. Fickert, procureur ayant contribué à l'emprisonnement de Mooney, est salué avec satisfaction, tout comme celui de Francis W. Oxman, un témoin ayant menti sous serment. Le texte cite Romains 1:29-32 pour justifier l'idée que les menteurs et les persécuteurs méritent la mort, tout en espérant leur disparition future[71].
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Le juge Hermes, un magistrat incompétent
Le juge Joseph Hermes, de Chicago, est critiqué pour avoir condamné une Témoin de Jéhovah à six mois de prison pour son refus de saluer le drapeau, un acte motivé par ses convictions religieuses. La publication le décrit comme un magistrat inapte, dont les méthodes sont dénoncées par l'*International Juridical Association Monthly Bulletin*. Hermes est accusé d'avoir violé les *Canons of Professional Ethics* en orchestrant une publicité médiatique autour d'une affaire en cours, compromettant ainsi l'équité du procès. Il est également reproché d'avoir humilié des avocats en les faisant expulser manu militari de son tribunal, et d'avoir transformé sa salle d'audience en un spectacle pour journalistes et photographes[72].
Un autre cas est mentionné, celui d'Eleanor Swimmer, arrêtée pour possession de littérature communiste et soumise à un examen psychopathologique abusif. Hermes aurait également forcé une accusée, Mary Schlactka, à poser avec lui pour des photographes après l'avoir condamnée à une amende maximale pour son refus de saluer le drapeau. Ces agissements sont présentés comme une preuve supplémentaire de son incompétence et de son mépris pour les droits des justiciables[73].
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Le calendrier de jeûne et d'abstinence catholique
La publication se moque du *Fast and Abstinence Calendar* distribué par *The New World*, un organe catholique, qui impose des règles alimentaires complexes selon le statut social, l'âge et le sexe des fidèles. Ce calendrier détermine, pour 113 jours de l'année, si une personne peut manger de la viande, combien de repas complets elle est autorisée à prendre, et à quelles heures. Par exemple, les travailleurs et leurs familles sont soumis à des restrictions différentes de celles des non-travailleurs, et les personnes de plus de 59 ans bénéficient de règles spécifiques[74].
Le texte ironise sur l'absurdité de ces règles, qui obligent les fidèles à consulter quotidiennement le calendrier avant de manger, et dénonce l'hypocrisie de l'Église catholique, qui prétend défendre la famille et la maternité tout en imposant des contraintes jugées ridicules. La publication qualifie ces pratiques de « pure bunk » (foutaises) et met en garde contre toute remise en question de ces croyances, sous peine de représailles divines[75].
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Les "enfants" de l'American Legion
L'*American Legion*, une organisation d'anciens combattants, est critiquée pour son comportement immature et violent lors de sa convention à Springfield, dans l'Illinois. Bien que ses membres aient en moyenne 42 ans, la publication les compare à des enfants turbulents, décrivant leurs agissements comme des farces dangereuses : ils ont obstrué la circulation, frappé des automobilistes qui protestaient, coupé des câbles de trolleybus, et volé des kiosques à journaux pour les utiliser comme barricades. Ces actes sont présentés comme une preuve de leur manque de maturité et de leur irresponsabilité[76].
Le texte souligne également que plus de 90 % de ces membres n'ont jamais combattu volontairement, ayant été enrôlés de force, et que la majorité d'entre eux n'ont jamais été exposés aux combats. Cette remarque vise à discréditer l'organisation, en opposant ses membres aux véritables soldats, qui n'auraient jamais rejoint l'*American Legion*[77].
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Par les sentiers, les ruisseaux et les jardins (Le pommier)
Cet article adopte un ton poétique et pédagogique pour expliquer la croissance des pommes à travers un dialogue entre une mère, Jane, et ses deux enfants, Buddy et Bunny. Jane décrit la beauté des fleurs de pommier, leur parfum et leur rôle dans la nature, tout en soulignant l'ignorance humaine face aux mystères de la création divine. Elle explique ensuite le processus de pollinisation : les étamines, qui produisent le pollen, et le pistil, qui contient les ovules. Les enfants découvrent que les abeilles et les papillons jouent un rôle essentiel en transportant le pollen d'une fleur à l'autre, permettant ainsi la formation des graines et, finalement, des fruits[78].
Jane met en garde contre la cueillette excessive des fleurs sauvages, qui empêche la formation de graines et menace la survie des plantes. Elle explique que, dans le cas des arbres fruitiers, la partie inférieure du pistil se transforme en fruit (comme une pomme ou une pêche) une fois la pollinisation effectuée. Le texte se termine sur une note d'émerveillement face à la complexité et à la fragilité de ce processus naturel[79].

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Pourquoi être inventeur ?
Un fait divers humoristique est rapporté pour illustrer les risques de l'inventivité. Une femme finlandaise, à Helsingfors, a utilisé un fer à repasser électrique comme bouillotte pour réchauffer son lit. L'appareil a provoqué un incendie, et elle a été condamnée à une amende pour gaspillage d'électricité. La publication utilise cet exemple pour ironiser sur les dangers de l'innovation, tout en soulignant l'absurdité de certaines réglementations[80].
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Oslo et les États baltes
Cette rubrique présente plusieurs brèves sur des sujets variés, principalement liés à l'Europe du Nord et aux activités des Témoins de Jéhovah.
Un témoignage d'un fidèle de Birmanie est rapporté : il affirme avoir entendu, aux petites heures du matin, le discours prononcé par le juge Rutherford à Columbus (Ohio) le 18 septembre 1937, grâce à une diffusion en ondes courtes. Un autre témoignage, en provenance de Suède, décrit la joie de David Morin, qui a pu écouter le même discours en direct, malgré l'interdiction de se rendre à la convention. Ces récits sont présentés comme des preuves de l'intervention divine, qualifiée d'« ange du Seigneur »[81].
La publication souligne également l'opposition des Néerlandais à la guerre, malgré les tensions internationales. Les Pays-Bas sont décrits comme un pays pacifique, où les agriculteurs travaillent dans des polders situés sous le niveau de la mer, protégés par des digues. Cependant, le gouvernement néerlandais renforce ses fortifications face aux menaces extérieures, notamment en construisant des défenses aux frontières est et sud[82].
Un article évoque la possibilité d'utiliser les volcans islandais pour produire de la nourriture. L'Islande, connue pour ses sources chaudes, envisage de chauffer des serres et de fournir de l'eau chaude à Reykjavik grâce à l'énergie géothermique. Cette initiative est présentée comme une solution innovante pour l'agriculture en climat froid[83].
Le Danemark est cité en exemple pour sa politique agricole : le gouvernement a acheté 11 451 fermes au cours des 25 dernières années, les a rénovées et les a confiées à des agriculteurs compétents. Malgré quelques défauts de paiement, 96,4 % des acheteurs ont honoré leurs engagements, et les pertes financières pour l'État ont été minimes[84].
Enfin, un article décrit les bancs de morues au large du Groenland, où des pêcheurs portugais ont récemment capturé 48 000 poissons en six jours à l'aide de lignes à main. Ces eaux sont fréquentées par des navires américains, français, britanniques, portugais et danois, et le gouvernement danois est salué pour sa gestion équitable des ressources halieutiques[85].
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L'Europe centrale
Cette rubrique se concentre sur les persécutions subies par les Témoins de Jéhovah en Europe centrale et sur les manœuvres politiques de l'Église catholique.
En Yougoslavie, les activités des Témoins de Jéhovah, qualifiés de « Bible Examiners », sont interdites. Malgré cette interdiction, leurs missionnaires utilisent des gramophones pour diffuser des enregistrements de leurs enseignements dans les villages de montagne. Leurs réunions se tiennent dans des caves ou des pièces secrètes, à l'abri des perquisitions policières. La publication suggère que cette répression est orchestrée par l'Église catholique romaine, qui chercherait à étouffer toute concurrence religieuse[86].
Un journaliste britannique, Hubert Harrison, correspondant du *New York Times* et de Reuters, a été expulsé de Yougoslavie après avoir révélé des informations sur les dessins animés de *Mickey Mouse* critiquant la dictature catholique romaine. La publication affirme que la véritable raison de son expulsion est d'avoir dénoncé un accord secret visant à placer le pays sous l'influence du pape[87].
En Autriche, les conditions de détention des prisonniers politiques sont décrites comme particulièrement dures. Les détenus n'ont droit à aucune accusation formelle, à aucun avocat, et sont interrogés en secret par la police, qui fixe également leur peine. La publication cite un article du *Manchester Guardian* pour illustrer cette situation, et annonce que les Témoins de Jéhovah en Autriche subiront désormais les mêmes persécutions que leurs coreligionnaires en Allemagne nazie, suite à l'annexion du pays par le Troisième Reich[88].
La Hongrie est critiquée pour son implication dans des actions catholiques et fascistes. Le pays a participé à une violation de la neutralité américaine en achetant un navire, le *Cayuga*, pour le renommer *Alba* et l'utiliser pour transporter des munitions destinées aux forces franquistes en Espagne. Le gouvernement italien aurait facilité cette opération, ce qui est présenté comme une preuve de la collusion entre le fascisme et l'Église catholique[89].
Enfin, la Hongrie commence à rembourser une partie de sa dette envers les États-Unis pour de la farine achetée en 1920. Bien que les paiements soient modestes (22,8 % des sommes dues), la publication y voit un signe d'espoir pour un règlement plus large des dettes européennes, tout en ironisant sur les conséquences de la course aux armements en Europe[90].

La Grande-Bretagne
La rubrique consacrée à la Grande-Bretagne s'ouvre sur une critique acerbe des relations économiques et politiques entre le pays et les États-Unis. La publication dénonce une forme d'hypocrisie des dirigeants britanniques, accusés de chercher à soutirer des fonds américains sous prétexte d'une éventuelle guerre en Europe, tout en comptant sur le fait que ces dettes ne seraient jamais remboursées. Elle souligne le mépris perçu en Europe envers les « hommes d'État » américains, décrits comme des proies faciles pour des prêts destinés à financer des armements, sans espoir de remboursement. La publication compare cette dynamique à celle de la Première Guerre mondiale, où les États-Unis avaient été « saignés à blanc » pour soutenir les conflits européens, avant d'être vilipendés dès qu'ils osaient évoquer le remboursement des intérêts[91].
L'article aborde ensuite la position de l'Église anglicane, présentée comme une institution opportuniste et sans principe. La publication critique son refus de se prononcer clairement sur des questions doctrinales, notamment son rejet récent des récits de la création dans la Genèse au profit d'une interprétation « mythologique ». Elle ironise sur les origines simiesques que les évêques attribuent à l'humanité, suggérant que des « exercices matinaux dans l'étable » pourraient les aider à accepter cette idée. L'Église est décrite comme une entité attachée à ses privilèges financiers (17,5 millions de dollars annuels) et politiques (24 évêques siégeant à la Chambre des Lords), tout en niant l'infaillibilité de la Parole de Dieu, ce qui, selon la publication, la rend nuisible pour le peuple[92].
Un encadré relate une anecdote sur des bergers irlandais de Portadown, dans le comté d'Armagh, qui auraient donné des noms singuliers à leurs moutons, illustrant ainsi le verset Jean 10:3 (« Il appelle ses propres brebis par leur nom »). La publication cite une liste de noms tels que « Wee Scabby », « Wide Horns » ou « Blackest Lamb », présentés comme une preuve de l'attachement des bergers à leurs bêtes, à l'image de l'amour du Christ pour ses disciples. Cette histoire est utilisée pour souligner la proximité entre les humains et les animaux, en opposition aux positions des évêques anglicans sur l'origine de l'homme[93].
Enfin, la publication établit un parallèle entre deux figures apparemment opposées : Rosa Kennedy, une médium londonienne prétendant guérir les malades en invoquant les esprits de chefs zoulous décédés, et le Dr Arthur Hinsley, archevêque catholique de Westminster, qui accompagne des invalides britanniques à Lourdes pour des miracles. La publication affirme que les deux pratiques puisent leur source dans le même « commerce » démoniaque, dénonçant ainsi l'hypocrisie des institutions religieuses qui rejettent les médiums tout en promouvant des pèlerinages miraculeux[94].
La consommation de bananes en Grande-Bretagne
La publication rapporte que les Britanniques ont consommé 20,65 millions de régimes de bananes en 1936, soit un poids total de 413 000 tonnes. Ce chiffre, présenté comme un record, est utilisé pour illustrer l'évolution des habitudes alimentaires du pays, sans commentaire doctrinal particulier[95].

La liberté en déclin en Angleterre
Cet article dénonce une dérive autoritaire de la police britannique, comparée à celle d'autres pays. La publication relate l'arrestation d'une femme pour kleptomanie (qualifiée de « vol » pour les pauvres, tandis que les détournements financiers des riches sont présentés comme de la « finance ») et les tentatives abusives des forces de l'ordre pour séparer ses enfants de leur père, un homme honnête et travailleur. La publication critique l'absence de mandat légal pour ces actions et souligne l'arbitraire des autorités, qui auraient dû être poursuivies pour leur comportement. Elle conclut en suggérant que le mari aurait dû faire arrêter les policiers pour intrusion[96].
Les « actes de Dieu » près de Liverpool
La publication s'attaque à l'interprétation religieuse des catastrophes naturelles, en prenant l'exemple de grêles dévastatrices ayant ruiné des éleveurs de volailles et des arboriculteurs près de Liverpool en 1937. Lorsque ces derniers ont demandé une indemnisation au gouvernement, celui-ci a refusé en invoquant des « actes de Dieu ». La publication rejette cette explication, affirmant que ces tempêtes sont en réalité causées par Satan, et non par Jéhovah. Elle dénonce également l'hypocrisie du gouvernement britannique, qui se prétend « régnant par la grâce de Dieu », tout en agissant comme un instrument du Diable pour discréditer le nom divin. La publication conclut en annonçant que lors d'Harmaguédon, ceux qui auront ignoré les avertissements de Jéhovah n'auront aucune échappatoire[97].
L'Irlande s'incline devant Mussolini et le Pape
La publication critique la décision de l'État libre d'Irlande de reconnaître officiellement l'annexion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste, présentée comme un acte de soumission à Mussolini et au pape. Elle ironise sur le fait que l'Irlande, tout en refusant de s'incliner devant la Grande-Bretagne, accepte cette domination étrangère, et prédit que tous les hypocrites devront tôt ou tard se soumettre à cette réalité. Aucune référence doctrinale explicite n'est faite, mais le ton suggère une condamnation des compromis politiques avec les régimes autoritaires[98].
Commentaires britanniques
Sous la plume de J. Hemery (Londres), cette rubrique analyse les préparatifs militaires britanniques après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie. L'auteur souligne que le discours du Premier ministre britannique, bien que minimisant les risques immédiats de guerre, a révélé l'absence d'alternative à une course aux armements. La publication cite des désaccords sur la politique gouvernementale, mais note un consensus sur la nécessité de se préparer à la violence. Elle évoque les discussions en cours avec les syndicats pour accélérer la production d'armements, tout en dénonçant les profits exorbitants réalisés par les industriels lors de la Première Guerre mondiale (exemple : dividendes de 50 % et bonus de 100 % pour Handley Page, ou profits de 2 millions de livres pour Vickers). La publication critique également l'optimisme naïf de certains, comme l'archevêque de Cantorbéry, qui espère que Hitler, après avoir réalisé son ambition autrichienne, renoncera à de nouvelles aventures militaires[99].
L'article aborde ensuite les préparatifs civils face à la menace aérienne, notamment la production de 26 millions de masques à gaz et les exercices de défense passive. La publication souligne la terreur inspirée par les bombardements aériens, comparée à celle des tremblements de terre, et annonce que lors d'Harmaguédon, ceux qui auront rejeté les avertissements de Jéhovah n'auront aucune protection[100].
Enfin, la publication critique l'appel à un « retour à la religion » lancé par les autorités religieuses, présenté comme une tentative désespérée de sauver une civilisation en déclin. Elle dénonce l'hypocrisie des clercs, qui ignorent délibérément les prophéties bibliques sur l'établissement du Royaume de Dieu sur Terre, et se concentrent plutôt sur des questions politiques ou morales. La publication affirme que ni la moralité ni la religion ne sauveront cette civilisation, car le jour de Jéhovah est déjà là, et les nations sont jugées selon les prophéties de Sophonie 3:8[101].
« La Ligue montre toujours la voie »
La publication commente une lettre du secrétaire général du Conseil national des Églises libres, publiée dans un quotidien londonien, qui appelle à une mobilisation contre le « fléau du paganisme » et la dérive vers la « politique de puissance ». L'auteur de la lettre défend la Société des Nations comme une voie de « raison, d'honneur et de sécurité », et réclame une « Bible ouverte ». Cependant, la publication rejette cette interprétation, affirmant que les Églises libres utilisent la Bible non pas pour chercher la volonté de Jéhovah, mais pour justifier leurs propres ambitions politiques. Elle critique également leur soutien aux prophètes bibliques uniquement lorsqu'ils condamnent la tyrannie des agresseurs, tout en ignorant les autres aspects de leur message[102].
Un encadré relate une résolution adoptée lors d'une assemblée des Églises libres, qui se limite à des questions pratiques comme la sécurité routière ou la régulation de la vente d'alcool, sans aucune référence au Royaume de Dieu. La publication ironise sur le fait que cette résolution aurait pu être adoptée par n'importe quelle réunion de citoyens, et conclut que les religieux, s'ils entendaient la parole de Dieu comme le fit Jérémie, seraient traités avec le même mépris que ce prophète par leurs contemporains[103].
Les clercs sont mécontents
La publication rapporte les propos de l'évêque de Chelmsford, qui affirme dans un article que la civilisation est condamnée sans un retour rapide à la moralité et à la religion. Elle souligne l'inconfort de cette déclaration pour les dirigeants religieux, notamment ceux de l'Église anglicane, qui croient que l'Angleterre, en tant que « nation chrétienne », est immunisée contre les crises, même si d'autres pays s'effondrent. La publication dénonce cette illusion, rappelant que les affaires de l'État britannique sont menées sans aucune considération pour Dieu ou la justice, malgré les prières quotidiennes à la Chambre des Communes ou la présence de évêques à la Chambre des Lords. Elle conclut que les clercs, en rejetant les Écritures, ont perdu leur légitimité, et que leur « gestion » leur sera retirée[104].
Heureux au service de Dieu
Cet article contraste le malaise des religieux avec la joie des Témoins de Jéhovah (désignés comme « témoins de Jéhovah »), présentés comme heureux dans leur service divin. La publication décrit les assemblées des Témoins comme des rassemblements joyeux, malgré les difficultés actuelles, et souligne leur conviction que le Royaume du Christ apportera une ère de justice après la tribulation. Elle affirme que ces croyants, en proclamant la vérité malgré la persécution, trouvent leur bonheur dans la certitude que Jéhovah, le « Juge juste », vengera son saint nom lors du jour du jugement[105].
La Hiérarchie et Hitler
La publication analyse les relations entre le régime nazi et la hiérarchie catholique, en s'appuyant sur une déclaration des cardinaux et évêques autrichiens lue dans toutes les églises catholiques du pays le 27 mars 1938. Ces derniers affirment que le mouvement national-socialiste a accompli un « travail remarquable » dans la réorganisation sociale de l'Autriche, notamment en faveur des plus pauvres, et qu'il a évité le danger du bolchevisme athée. Ils appellent les fidèles à soutenir le Reich allemand lors du plébiscite à venir. La publication interprète cette déclaration comme une confirmation de l'alliance entre Hitler et la hiérarchie catholique, déjà évoquée par Judge Rutherford dans un précédent numéro de Consolation. Elle souligne que les évêques agissent sous le contrôle de la hiérarchie romaine, et que leur objectif réel est de promouvoir les intérêts de cette dernière, plutôt que de sauver l'Autriche de la « déchéance »[106].
La publication cite également un article du Sunday Times évoquant un concordat entre le Reich et l'Église catholique, ainsi que la déclaration de quatre surintendants protestants autrichiens saluant l'annexion de l'Autriche comme une « heure bénie par Dieu ». Elle conclut en dénonçant cette collusion entre les institutions religieuses et le régime nazi, présentée comme une trahison des principes chrétiens au profit du pouvoir politique[107].
La Gardienne d'oies
La publication présente une description ethnographique de la figure traditionnelle de la gardienne d'oies en Alsace-Lorraine, région frontalière entre la France et l'Allemagne. Ce personnage, souvent représenté avec un foulard sur la tête, un corsage lacé et un tablier, incarne une pratique rurale où les jeunes filles gardent les oies tout en tricotant des vêtements pour l'hiver. Les oies, considérées comme un luxe et une nécessité dans cette région, sont élevées en grand nombre et jouent un rôle central lors des fêtes familiales, où l'oie farcie est un plat traditionnel. Cependant, le foie des oies est réservé à la fabrication du pâté de foie gras, une spécialité culinaire exportée dans le monde entier et servie dans les grands hôtels et sur les paquebots de luxe. La gardienne d'oies, ou Ganseliesel, est si emblématique de l'Alsace-Lorraine qu'elle est représentée sur des fontaines et célébrée par des poètes locaux comme Lustig et Erckmann-Chatrian[108].
Une illustration accompagne cet article, montrant une jeune fille en costume traditionnel surveillant un troupeau d'oies.
Campagne d'abonnement à Consolation
La revue annonce le lancement d'une campagne massive visant à augmenter son tirage. Depuis le 9 avril, les lecteurs sont encouragés à souscrire de nouveaux abonnements et à distribuer des exemplaires supplémentaires parmi leurs proches. Pour faciliter cette démarche, une offre spéciale est proposée : 40 exemplaires du numéro en cours pour un dollar (1,25 dollar en dehors des États-Unis). La publication se présente comme un média franc et courageux, refusant de minimiser les difficultés du monde contemporain tout en offrant une perspective d'espoir. Elle met en avant deux ouvrages récents de Joseph Franklin Rutherford, Enemies (un livre relié de 384 pages) et Cure (une brochure déjà distribuée à des millions d'exemplaires), disponibles avec un abonnement annuel à Consolation pour une contribution d'un dollar (1,25 dollar pour le Canada et les autres pays)[109].
Deux coupons détachable sont insérés à la fin de l'article, permettant aux lecteurs de commander soit 40 exemplaires pour distribution, soit un abonnement annuel accompagné des deux publications mentionnées.
Avons-nous besoin de plus de religion ?
L'article s'ouvre sur une citation attribuée au gouverneur d'un État américain, affirmant que la solution aux problèmes de la nation réside dans un retour à la religion. Cette déclaration est suivie d'une prise de position similaire d'un membre éminent de la hiérarchie catholique, selon lequel l'éducation, la politique, la science et la philanthropie ont échoué à résoudre les crises contemporaines, laissant la religion comme dernier espoir. La publication interroge cette vision en posant la question : « Avons-nous vraiment besoin de plus de religion ? » et renvoie les lecteurs à la brochure Cure de Joseph Franklin Rutherford pour obtenir une réponse claire. Cette brochure de 32 pages, déjà imprimée à plus de douze millions d'exemplaires, aborde sans détour l'origine de la religion, son rôle dans les troubles actuels et la seule véritable espérance pour l'humanité. Les lecteurs sont invités à contribuer à sa diffusion en remplissant un coupon pour recevoir 60 exemplaires de Cure et 2 exemplaires de Enemies, moyennant une contribution d'un dollar destinée à financer la publication d'autres ouvrages[110].
Un coupon détachable est inclus à la fin de l'article, permettant aux lecteurs de commander ces publications.
Analyse
Croyances
La réinterprétation de Romains 13:1 publiée dans ce numéro constitue l'intervention doctrinale la plus explicite du périodique. La publication y rejette catégoriquement l'identification traditionnelle des « autorités supérieures » avec les gouvernements terrestres, pour leur substituer exclusivement Jéhovah Dieu et Jésus-Christ.[111] Cette lecture repose sur la prémisse que les lois civiles varient d'un pays à l'autre et sont jugées incohérentes, ce qui les disqualifie comme source d'autorité absolue. Un tel rétrécissement de la portée du texte paulinien est cohérent avec la logique théocratique développée par Joseph Franklin Rutherford à cette époque, selon laquelle tous les gouvernements terrestres se trouvent sous l'emprise de Satan, et non sous celle de Jéhovah.[112] La formulation retenue dans ce numéro — la soumission aux « autorités supérieures » comme engagement volontaire d'alliance avec Dieu, et non comme obéissance aux lois nationales — offre une justification scripturaire directe au refus de participer aux obligations civiques que l'organisation réclamait alors de ses membres.
Ce cadrage scripturaire s'articule directement avec la position, exposée dans plusieurs rubriques du numéro, selon laquelle le salut au drapeau constitue une forme d'idolâtrie incompatible avec le service de Jéhovah. La publication présente le culte du Führer en Allemagne — illustré par des déclarations diffusées à la radio allemande telles que « Nous croyons en notre Führer comme la révélation de Dieu à notre peuple » — comme le cas le plus flagrant d'idolâtrie d'État, mais elle pose simultanément le problème sur le plan de principe pour toutes les nations, y compris les États-Unis.[113] Les régimes totalitaires (Allemagne nazie, Italie fasciste, Union soviétique) et les démocraties sont placés sur le même plan au regard de l'idolâtrie civique : ce qui est dénoncé n'est pas spécifiquement le régime nazi, mais le principe même du serment d'allégeance à un symbole national, quel que soit le régime. La revue relate avec approbation la décision judiciaire californienne ayant rétabli une élève Témoin de Jéhovah exclue pour avoir refusé le salut au drapeau, qualifiée d'« honnête, décente et américaine »,[114] et cite le surintendant scolaire de Pennsylvanie, le Dr Lester K. Ade, qui s'exprime lui-même contre cette obligation.[115] Les publications des Témoins de Jéhovah déclaraient que saluer les drapeaux nationaux constituait une forme d'idolâtrie interdite par les Dix Commandements, une position qui avait déjà provoqué des arrestations et des violences dans plusieurs pays.[116]
L'eschatologie immédiate traverse l'ensemble du numéro comme un fil conducteur interprétatif. Les catastrophes naturelles refusées au remboursement gouvernemental en Grande-Bretagne ne sont pas des « actes de Dieu » mais des œuvres de Satan, et ceux qui auront ignoré les avertissements de Jéhovah ne trouveront aucune protection lors d'Harmaguédon.[117] La correspondance londonienne de J. Hemery, analysant les préparatifs militaires britanniques après l'annexion de l'Autriche, se conclut par une référence explicite au « jour de Jéhovah » annoncé en Sophonie 3:8, présenté comme déjà en cours d'accomplissement dans les tensions internationales observées.[118] Ce verset, qui annonce que Jéhovah se lève pour « rassembler les nations » et répandre sur elles « sa fureur ardente », est mobilisé pour donner une signification prophétique précise à la course aux armements et à la montée des dictatures décrites dans les rubriques géopolitiques du numéro. La brochure Harmaguédon, publiée par Rutherford l'année précédente en 1937, fournissait le cadre doctrinal développé dont ces rubriques constituent l'application journalistique.[119]
Le rejet de la religion organisée comme œuvre satanique constitue le quatrième axe doctrinal structurant ce numéro. La publication ne distingue pas entre les confessions : le catholicisme romain, l'anglicanisme et le clergé protestant sont traités avec le même refus de légitimité. L'Église anglicane est critiquée pour avoir renié l'infaillibilité des Écritures en adoptant une interprétation « mythologique » de la Genèse,[120] les pasteurs protestants allemands sont accusés de trahison pour avoir participé à la glorification du régime nazi,[121] et les Églises libres britanniques sont dénoncées pour avoir substitué des résolutions civiques au message du Royaume de Dieu.[122] La brochure Cure de Rutherford, dont la diffusion à plus de douze millions d'exemplaires est annoncée dans ce numéro,[123] est présentée comme la réponse directe à l'affirmation — attribuée à la fois à un gouverneur d'État américain et à un prélat catholique — selon laquelle un retour à la religion pourrait résoudre les crises contemporaines. En opposant la « vraie dévotion envers Jéhovah » à la « religion » comme catégorie satanique, ce numéro s'inscrit dans la ligne constante développée par Rutherford depuis les années 1920, qui réservait le terme de « religion » à ce qu'il condamnait, par opposition au terme de « culte pur » ou de « service de Dieu ».[124]
Organisation et histoire
Le numéro du 4 mai 1938 annonce officiellement la tenue d'une convention des Témoins de Jéhovah à Seattle, dans l'auditorium civique de la ville, prévue du 2 au 5 juin 1938 pour les fidèles des États du Nord-Ouest des États-Unis et de l'Ouest du Canada.[125] Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Société Watch Tower, doit y prononcer un discours radiodiffusé le dimanche 5 juin. Les organisateurs anticipent la présence de 16 000 personnes et prévoient des dispositifs d'accueil spécifiques pour les visiteurs arrivant en automobile ou en caravane, sur le modèle de la convention de Columbus (Ohio) tenue en septembre 1937.[126] La tenue d'une telle convention dans un auditorium civique de grande capacité, avec diffusion radiophonique du discours principal, illustre la pratique établie par Rutherford d'organiser des rassemblements publics de masse servant simultanément de démonstration de l'organisation et de vecteur de diffusion du message.[127]
Ce même numéro contient une campagne coordonnée de distribution des brochures Enemies et Cure, deux publications récentes de Rutherford, proposées conjointement avec un abonnement annuel à Consolation pour une contribution d'un dollar.[128] La brochure Cure, déjà tirée à plus de douze millions d'exemplaires selon la publication, est présentée comme une réponse directe aux appels religieux et politiques à un « retour à la religion », et les lecteurs sont invités à contribuer activement à sa diffusion. Cette mobilisation éditoriale, combinant une offre d'abonnement à prix réduit, des coupons détachables et des lots de quarante exemplaires destinés à la distribution gratuite, constitue une action institutionnelle caractéristique du mode de fonctionnement de la Watch Tower sous Rutherford, où la revue sert à la fois d'organe doctrinal et d'outil de recrutement.[129]
Sur le plan de la politique organisationnelle face aux régimes autoritaires, ce numéro publie une documentation précise sur la collaboration entre la hiérarchie catholique autrichienne et le régime nazi à la suite de l'Anschluss du 12 mars 1938. La publication cite la déclaration des cardinaux et évêques autrichiens lue dans toutes les églises du pays le 27 mars 1938, par laquelle ces derniers appelaient les fidèles à soutenir le plébiscite en faveur du Reich.[130] Les recherches historiques confirment que le cardinal Innitzer et les autres évêques catholiques autrichiens avaient effectivement signé cette déclaration d'approbation de l'Anschluss, organisée par le Gauleiter Josef Bürckel, et que le régime nazi en avait ensuite assuré la diffusion dans tout le Reich sans le consentement explicite des signataires.[131] La publication cite également une lettre du nazi suisse Boris Toedtli à son supérieur Fleischhauer, dans laquelle Toedtli évoque avoir été reçu par le nonce papal et obtenu des lettres de recommandation dans le cadre d'une coopération avec la hiérarchie catholique pour lutter contre les étudiants de la Bible.[132] Cette documentation sert à la Watch Tower à étayer sa thèse d'une alliance entre la hiérarchie catholique romaine et les régimes fascistes, présentée dans ce numéro comme une menace directe contre son propre réseau.
Le numéro aborde directement la situation des Témoins de Jéhovah en Europe centrale à la suite de l'Anschluss. En Yougoslavie, la publication signale l'interdiction des activités des Témoins, désignés localement comme « Bible Examiners », et décrit les conditions clandestines dans lesquelles se poursuivent leurs réunions.[133] En Autriche, elle annonce explicitement que les Témoins subiront désormais les mêmes persécutions que leurs coreligionnaires en Allemagne nazie.[134] Ce constat est cohérent avec les données historiques établissant qu'avant l'Anschluss le gouvernement catholique autrichien était déjà hostile aux Témoins, et qu'après l'annexion de mars 1938 leurs activités furent immédiatement interdites.[135] Le numéro mentionne par ailleurs l'activité missionnaire à Terre-Neuve, où des fidèles décrivent des saisies de matériel et des menaces d'expulsion de la part des autorités locales, soulignant les obstacles rencontrés dans une province canadienne à forte emprise catholique.[136]
Enfin, ce numéro illustre la position de l'organisation sur le refus du salut au drapeau, qui est à cette période l'une des causes directes de poursuites judiciaires contre des Témoins aux États-Unis. La publication rapporte avec approbation une décision judiciaire californienne ayant rétabli une élève exclue pour refus du salut au drapeau, et consacre plusieurs articles à dénoncer des juges ou des gouverneurs qui considèrent ce refus comme un acte d'allégeance à un régime autoritaire.[137] Rutherford avait établi, à la même époque, une comparaison explicite entre les Témoins allemands refusant le salut hitlérien et les Témoins américains refusant le salut au drapeau, les publications de l'organisation ayant décrété que cette pratique constituait une forme d'idolâtrie contraire au Second Commandement.[138]
Science et médecine
La publication aborde plusieurs sujets scientifiques ou médicaux où la revue manifeste un intérêt idéologique à présenter les choses d'une certaine façon, allant parfois au-delà de ce que justifiait l'état des connaissances de l'époque.
La chloration de l'eau potable fait l'objet d'une critique virulente dans la rubrique « Phénomènes naturels ». La publication accuse les fabricants de chlore de polluer volontairement l'eau pour augmenter leurs ventes, allant jusqu'à affirmer que l'eau ainsi traitée serait « impropre à la consommation » et mortelle pour les poissons, citant l'exemple de truites arc-en-ciel dont douze seraient mortes en quarante-quatre heures dans une eau chlorée comparable à celle de Cleveland (Ohio).[139] Or, à cette date, la chloration de l'eau potable était une mesure de santé publique largement établie et reconnue, en usage dans les grandes villes américaines depuis 1908, et elle avait entraîné une réduction spectaculaire de la mortalité due aux maladies hydriques telles que le choléra et la fièvre typhoïde.[140] Si des débats scientifiques naissants portaient bien sur la présence de sous-produits chlorés dans l'eau à forte concentration, aucun courant médical sérieux de l'époque n'assimilait la chloration à un complot commercial délibérément nocif. La revue instrumentalise ici une méfiance générale envers l'industrie moderne pour accréditer une vision du monde dans laquelle les institutions terrestres, assimilées au « système de Satan », corrompent jusqu'à l'eau que les hommes boivent.
L'affaire du montagnard de Pennsylvanie John Marsh, qui refuse de faire vacciner son fils contre la variole et préfère purger une peine de prison, est rapportée sans aucun commentaire critique de la part de la revue.[141] Marsh argumente que la vaccination serait inefficace, citant des épidémies dans des pays ayant pratiqué une vaccination massive comme le Japon ou les Philippines. Cette position est présentée comme un exemple de résistance courageuse à une contrainte étatique jugée abusive. Or l'affaire Marsh est une affaire judiciaire précisément documentée : le 9 mars 1938, ce même Marsh fut condamné par un tribunal fédéral du district médian de Pennsylvanie pour violation du Code scolaire de cet État, qui conditionnait l'admission à l'école à la vaccination antivariolique, et il s'agissait d'une série de condamnations répétées pour le même motif.[142] En 1938, le consensus médical en faveur de la vaccination antivariolique était solidement établi depuis plusieurs décennies, et les exemples de vaccination « massive » dans des pays confrontés à des épidémies ne constituaient pas une réfutation du principe vaccinal. En rapportant le cas Marsh sans le contredire, la revue valide implicitement un refus anti-vaccinal cohérent avec la posture générale de la Watch Tower de cette période envers la médecine institutionnelle — une posture documentée notamment par la page de ce wiki consacrée à la vaccination, qui établit qu'entre les années 1920 et le début des années 1950, les publications jéhovistes ont régulièrement présenté la vaccination de façon négative, parfois en l'assimilant à une violation de la loi divine sur le sang.
Enfin, la publication cite un doublement des maladies professionnelles en Allemagne entre 1933 et 1936 — de 7 133 à 13 944 cas — pour illustrer le « mépris » du régime nazi pour la santé des travailleurs.[143] Si cette hausse des chiffres déclarés reflète vraisemblablement une réalité industrielle liée à l'intensification du réarmement, la revue n'en propose aucune analyse : l'augmentation des cas déclarés pouvait aussi refléter, au moins en partie, une amélioration des systèmes de déclaration ou un accroissement du volume de travail industriel. La statistique est mobilisée ici non pour une analyse sanitaire mais comme argument rhétorique à visée prophétique, confirmant l'image d'un régime voué à la destruction dans le cadre eschatologique que la revue développe sur plusieurs articles du même numéro.
Économie et société
La description des conditions de vie des travailleurs et de la population allemande sous le régime nazi occupe une place considérable dans ce numéro. La publication affirme que 700 000 petits commerçants ont fait faillite, que les wagons de marchandises ont diminué de 10 % par rapport à la « crise » de 1932, que des émeutes alimentaires ont éclaté dans plusieurs villes, et que les généraux d'Hitler l'auraient mis en garde contre les effets de la faim sur le moral des troupes, rappelant 1915.[144] Ces affirmations s'inscrivent dans un cadre idéologique précis : la revue cherche à démontrer que le « présent système mauvais » est en train de s'effondrer, ce qui sert directement son discours eschatologique. Or, les données économiques disponibles pour l'Allemagne nazie d'avant 1938 permettent de nuancer sérieusement ce tableau catastrophiste.
Les historiens et les statistiques de l'époque confirment certes l'existence de pénuries et d'une austérité alimentaire réelle : la consommation de viande avait baissé de 17 %, celle de lait de 21 % et celle d'œufs de 46 % entre 1927 et 1937, et le rationnement des matières grasses fut instauré dès le 1er janvier 1937.[145] Cependant, la présentation de la Consolation force systématiquement la gravité de ces faits réels : comparer la situation de 1938 défavorablement à celle de 1932, année du creux absolu de la Grande Dépression en Allemagne, et évoquer des émeutes alimentaires généralisées constitue une dramatisation orientée, car la reprise économique allemande entre 1933 et 1938 — fondée sur le réarmement — avait effectivement fait reculer le chômage de manière spectaculaire, même si la consommation des ménages stagnait.[146] La publication présente ainsi des faits partiellement vrais — les pénuries existaient — mais les ordonne de manière à produire l'image d'un système économique à l'agonie, conformément à la rhétorique de la décadence inéluctable du monde séculier.
S'agissant des fabricants d'armements, la revue présente le cas de la famille Krupp, dont l'entreprise emploie désormais 100 000 hommes avec une masse salariale annuelle dépassant 60 millions de dollars, comme emblématique d'un capitalisme prospérant grâce aux conflits.[147] L'affirmation selon laquelle Krupp aurait livré des armes aux deux camps lors de la Première Guerre mondiale via la Suisse, et fourni simultanément la Chine et le Japon pendant la guerre sino-japonaise, sert à disqualifier l'ordre économique mondial dans sa globalité et non uniquement le cas nazi. Il s'agit ici non d'une erreur factuelle, mais d'une sélection idéologiquement orientée : en présentant Krupp comme archétype universel du capitalisme belliciste, la publication dépasse le cadre de l'analyse pour entrer dans celui de la démonstration eschatologique selon laquelle l'ensemble du « système de Satan » est voué à la destruction.
La description de la situation à Terre-Neuve, dans le témoignage des missionnaires publiés dans ce numéro, constitue un troisième exemple de déformation à enjeu idéologique. La revue y attribue implicitement la pauvreté extrême de la population — salaires de 8 à 10 dollars par mois pour les femmes, coût de la vie supérieur de 20 à 30 % à celui des États-Unis, illettrisme répandu, absence d'infrastructures sanitaires — à l'emprise de l'Église catholique romaine sur la province.[148] Or, la misère de Terre-Neuve dans les années 1930 est un fait historique bien documenté, mais ses causes sont structurelles et économiques : l'effondrement des prix du poisson, la dépendance quasi exclusive à cette ressource, et une dette publique si écrasante qu'en 1934 l'Assemblée de Terre-Neuve s'abolit elle-même pour céder le pouvoir à une commission nommée par Londres, le service de la dette ayant absorbé jusqu'à 63 % des revenus de l'État.[149] La revue omet délibérément ces causes structurelles pour imputer la détresse de la population à sa religion, ce qui sert directement sa thèse centrale que la domination catholique appauvrit et abrutit les populations qu'elle contrôle.
Illustrations du numéro
Références
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