Standfasters
Autres actions
Les Standfasters, aussi appelés les Fermes Étudiants de la Bible (en anglais: Stand Fast Bible Students Association), constituent un groupe dissident des Étudiants de la Bible qui fut choqué par les compromis auxquels consentirent Joseph Rutherford et ses associés à la fin de la Première Guerre Mondiale. La façon dont la littérature jéhoviste considèrent ces dissidents indique clairement que la Société Watch Tower tient un double langage et exige la fidélité envers elle-même, et non envers ce qu'elle appelle la "Vérité".
Contexte
A l'époque de Russell, la Société Watch Tower était opposé à la guerre, et les fidèles préféraient subir des persécutions et l'emprisonnement plutôt que de participer à l'effort de guerre. Durant l'été 1917, l'organisation lança, principalement au Royaume-Uni et en Amérique du Nord, une campagne de dénonciation de l'immixtion du clergé dans la guerre, notamment par la distribution du livre Le Mystère Accompli, qui fut interdit au Canada en janvier 1918.[1] Toutefois, durant l'été de la même année, les sept dirigeants de la Société Watch Tower furent emprisonnés et considérés comme des agents d'espionnage. De ce fait, Rutherford et ses associés se montrèrent beaucoup plus conciliant et publièrent deux Tour de Garde - celles du 1er et du 15 juin 1918 - indiquant que ce n'était pas grave d'acheter les bons servant à financer la guerre et encourageant les Étudiants de la Bible à soutenir la Journée nationale de prière pour la victoire des alliés dans la guerre.[2] Le New York Times du 29 avril 1918 relaya cette information.
Au Canada et aux États-Unis, certains fidèles furent choqués par ce qu'ils estimaient être un compromis et se détachèrent de la Société Watch Tower en décembre 1918 tout en restant loyal envers l'enseignement de Russell et adoptèrent le nom de "Standfasters", ce qui signifie "Ceux qui tiennent ferme". Au niveau doctrinal, le groupe pensait que la moisson et l'âge de l'Évangile étaient terminés, que les saints étaient scellés et que la porte pour l'appel céleste était fermée.[3] Ils accordaient une très grande valeur au livre Le Mystère Accompli, le 7è volume des Études dans les Écritures, et estimaient que leur séparation de la Watch Tower constituait l'antitype de la séparation d'Élie avec Élisée.[4]
Schismes et statistiques
Dirigé par W. B. Palmer, R.O. Hadley, W.M. Wisdom, I. C. Edwards, H.A. Livermore, A. A. Yerex, et F. McKercher, ce groupe fut constitué à Portland, publia Old Corn Gems et organisa de nombreuses assemblées dans les États-Unis, principalement dans le Nord-Ouest. Plusieurs groupes apparuent sous le nom de Standfasters à partir de l'assemblée de Seattle du 25 au 26 juillet 1919. En 1923, Ian C. Edwards et Charles E. Heard organisèrent un groupe de plus de 300 personnes dans la Star Construction Company de Victoria, qui fut déménagée à l'automne 1924 à Sooke, puis à Port Renfrew (île de Vancouver). La propriété fut fermée en 1927. En 1919, les effectifs totaux atteinrent un peu plus de 1200 membres répartis dans le Nord-Ouest et le Wisconsin; toutefois, ils sont aujourd'hui sur le déclin.[5]
Une scission du groupe appelée Elijah Voice Society (Société de la voix d'Élie) fut fondée vers 1922-23 par John A. Herdersen, qui avait passé plusieurs années en prison en tant qu'Étudiant de la Bible objecteur de conscience, et C. D. McCray, qui publièrent Elijah Voice Monthly. En prison, Herdersen avait étudié Le Mystère accompli et avait conclu que la méthode de prédication était bonne, que l'église dans la chair devait exécuter les jugements écrits et devait ainsi être mise à mort par les autorités avant l'âge de l'Évangile ne soit fermé. Ce groupe écrivit des lettres accusatrices et des tracts polémiques afin d'obtenir la persécution qu'il prophétisait. Finalement, Harderson décéda de mort naturelle dans son sous-sol.[6]
Mentions dans les publications
| Titre, publication et date | Description du contenu et commentaire |
|---|---|
| Index 1930-1985 | La Société Watch Tower classe les Standfasters parmi les groupes "apostats". Or, on peut se demander en quoi ce groupe était apostat puisque son seul défaut fut d'être choqué par le compromis auquel la Watch Tower a consenti en rapport avec la guerre. Ce point de vue était tout à fait correct, comme la reconnut ultérieurement la Watch Tower sans toutefois présenter la moindre excuse. |
| La Tour de Garde (édition anglaise), 15 juillet 1964, p. 441-3 | L'article donne une image négative des Standfasters. Ceux-ci sont présentés comme des fauteurs de troubles au sein de l'organisation, précisant que la Diable est à l'origine des divisions. Ils sont également qualifiés d' "individus ambitieux [qui], dans l'organisation, ont commencé égoïstement à rechercher le pouvoir pour eux-mêmes. Ils ont affirmé que ceux du siège de l'organisation, connue sous le nom Maison de la Bible, s'étaient compromis et étaient trop large d'esprit". Ainsi, pour le rédacteur de cette publication, l'unité était plus importante que la pureté; par ailleurs, il se garde bien de préciser en quoi consistait le compromis.[7] |
| La Tour de Garde, 1er mai 1985, p. 21 | L'article relate la biographie de Karl Klein, membre du Collège Central. Voici le passage en rapport avec les Standfasters:
On remarque que:
Et pourtant, en dépit de toute logique:
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| Les Témoins de Jéhovah : Prédicateurs du Royaume de Dieu | Il n'y a pas la moindre mention des Standfasters, ce qui évite par la même occasion d'évoquer le compromis de la Watch Tower qui a provoqué leur détachement de l'organisation. Voilà qui n'est pas bien honnête pour un ouvrage d'histoire qui se prétend impartial... |
| La Tour de Garde, 15 mars 1996, pp. 17-18 | Il est fait référence aux Standfasters de manière voilée. L'article déclare: "Qu'allons-nous faire ? Nous offusquer et quitter l'organisation de Jéhovah ? C'est ce que certains ont fait quand (...) [ils] ont été choqués par les propos qui avaient été tenus dans La Tour de Garde au sujet de la neutralité. Si ceux qui ont trébuché sur ces points avaient été fidèles à l'organisation et à leurs frères, ils auraient attendu que Jéhovah éclaircisse ces questions (...). Ainsi, être fidèle, c'est aussi attendre patiemment que l'esclave fidèle et avisé publie de plus amples explications."
Ainsi, cet article indique clairement que:
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Conclusion
Double discours
En 1979, le livre Fin prochaine de la détresse mondiale, aux pages 186 et 187, reconnut que "durant la première guerre mondiale, certains membres du reste de l'Israël spirituel acceptèrent de servir dans des unités non combattantes des armées en présence. Ils se chargèrent ainsi d'une dette de sang, car ils partagèrent la responsabilité collective du sang versé durant cette guerre." Dans le même temps, la Watch Tower affirme qu'une personne membre d'une religion est responsable d'un acte mauvais commis par ses dirigeants religieux et qu'elle se fait complice en y restant.[8] Or, les Standfasters furent condamnés la Watch Tower précisément parce qu'ils avaient applique ce principe.
Cet épisode montre combien la Société Watch Tower est capable de tenir un double langage quand cela l'arrange: d'un côté, elle demande aux croyants de quitter immédiatement une organisation qui se serait compromise avec le monde, et d'un autre côté elle demande à ses adeptes de ne surtout pas agir de la même manière lorsque c'est elle-même qui est à l'origine du compromis.
Fidélité envers l'organisation
En outre, cet épisode prouve clairement que la Société Watch Tower demande une fidélité, non pas à Dieu ni aux enseignements bibliques qu'elle prétend suivre, mais à elle-même, puisqu'à ses yeux, ceux qui la suivait même dans l'erreur étaient fidèles, tandis que ceux qui s'en dissociaient à cause de ses agissements critiquables étaient des "apostats" qui furent vilipendés. Pour l'organisation, la loyauté envers les dirigeants est donc plus importante que la Vérité ou un comportement irréprochable: le point de vue de l'organisation doit être suivi, peut importe s'il est mauvais. Cette attitude est typique des mouvements totalitaires et sectaires.[9]
Voir aussi
Ressources sur le sujet
- Aggelia (français), "Les "Standfasters" - Une contradiction"
- Cult Awareness and Information Library (anlgais), "Loyalty and the Watchtower Society"
- Institut Biblique Pastoral (anglais), "Bible Students Fragments"
- JW Info Line (anglais), "Is Loyalty more important than truth?"
- Kirkham, Lawrence E. (juillet 2002) (anglais), [http://members.cox.net/mpawlicki/omahabiblestudents/history_of_bible_students.htm "A brief history of the Bible Student movement after Pastor Russell’s death"
- Penton, James (1997) (anglais), Apocalypse Delayed : The Story of the Jehovah's Witnesses, Toronto: University of Toronto Press, pp. 55, 147, 350
- Wills, Tony (1967) (italien), Un popolo per il suo nome, format pdf, pp. 125-26
Références
- ↑ Penton, 1997, p. 55
- ↑ Penton, 1997, p. 147
- ↑ Penton, 1997, p. 350
- ↑ Wills, 1967, pp. 125-6
- ↑ Institut Biblique Pastoral, "Bible Students Fragments"
- ↑ Kirkham, juillet 2002
- ↑ The Watchtower, 15 juillet 1964, pages 441-3 :
- « As if persecution was not enough trouble, the Devil began to cause divisions and fighting within the ranks of God's people in an effort to disrupt the organization from within. Some ambitious individuals in the organization began selfishly to seek power for themselves. They claimed that those in the headquarters of the organization, known as the Bible House, were compromising and were too broad-minded. They called them 'broadviews.' This, of course, led to confusion and misunderstanding among the brothers. What were they to do? Should they remain loyal to those in the Bible House or leave the organization? A number of persons who had prominent positions of oversight in the congregations left the organization. They called themselves the 'Standfasters,' getting their name from the Bible book of Galatians where, in the Authorized Version of the Bible, it speaks of standing fast in the 'liberty wherewith Christ hath made us free.' (Gal. 5:1) The Standfasters soon began wrangling among themselves. »
- ↑ Le Royaume millénaire de Dieu s'est approché, 1975, pp. 377-78; "Réveillez-vous!", 8 septembre 1987. Voir les extraits publiés sur Aggelia
- ↑ La Tour de Garde, 15 mars 1996, pp. 17-18, citée dans l'encadré plus haut