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La Tour de Garde — 1er janvier 1938

De Tj-encyclopédie
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La Tour de Garde — 1er janvier 1938
Revue La Tour de Garde
Date 1938
Année 1938
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro place au centre de sa réflexion la figure du prophète Jérémie, présentée comme un type prophétique de Jésus-Christ et des membres fidèles de son organisation terrestre. L'article principal, qui court sur plusieurs pages, déploie une lecture typologique de Jérémie 1:10 pour justifier la mission des Témoins de Jéhovah comme un mandat divin d'arracher, renverser et détruire les structures religieuses adverses — désignées sous le nom de « Chrétienté » — avant l'exécution du jugement divin.

Le numéro s'inscrit dans une rhétorique de guerre spirituelle explicitement assumée : la publication y soutient que l'instrument de combat est la Parole de Dieu, seule arme reconnue, et que ce combat vise en premier lieu la hiérarchie catholique romaine, assimilée à « Babylone » et qualifiée du plus grand système de racket ayant jamais existé sur la terre. Ce cadre doctrinal est articulé avec la figure de Rutherford, dont deux ouvrages récents — Enemies et Riches — font l'objet d'une campagne de diffusion annoncée pour février 1938.

Contenu

Jérémie

La page de couverture de ce numéro présente un sommaire annonçant une étude approfondie consacrée au prophète Jérémie, articulée en plusieurs volets intitulés respectivement « Commission », « Modestie », « But », « Compagnons » et « Intrépidité », suivis de questions d'étude.[1] Le sommaire signale également des articles intitulés « Temple », « Prédicateurs », « Lettres du terrain », « Son œuvre ! », « Ennemis ! » ainsi qu'une présentation de l'Annuaire pour 1938 et un calendrier pour l'année 1938.[2] La couverture porte en exergue un verset scripturaire tiré de Ésaïe 43:12, « dit Jéhovah » servant de fil directeur à l'ensemble du numéro.[3]

Page d'organisation et annonces

La page 2 de ce numéro est consacrée à des éléments organisationnels et promotionnels propres à la publication. Elle expose la mission de la revue, annonce plusieurs nouvelles publications et présente les prochaines campagnes de prédication planifiées par la Société Watch Tower.

La déclaration de mission de la revue affirme qu'elle « est publiée dans le but de permettre aux personnes de connaître Jéhovah Dieu et ses desseins tels qu'ils sont exprimés dans la Bible ». La publication se présente comme entièrement séparée de toute organisation mondaine, partisane ou sectaire, et déclare se consacrer exclusivement au royaume de Jéhovah Dieu sous le Christ.[4]

La page annonce une campagne de témoignage collectif dénommée « Son Œuvre », désignant une période de neuf jours allant du 5 au 13 février inclus, durant laquelle les membres sont appelés à diffuser conjointement les deux derniers livres publiés par Rutherford, Enemies et Riches, offerts à tout contributeur de cinquante cents.[5] Les instructions détaillées sont renvoyées à l'Informant, le bulletin interne de l'organisation.[6]

Le livre Enemies, décrit comme une œuvre de Rutherford de 384 pages, est présenté comme ayant été annoncé et mis en circulation pour la première fois lors de la récente convention générale des Témoins de Jéhovah à Columbus (Ohio).[7] La page précise que l'édition initiale constitue une édition dédicacée, contenant en fac-similé une lettre manuscrite de l'auteur adressée à tous les serviteurs du Seigneur, et qu'une contribution de cinquante cents par exemplaire est demandée pour cette édition spéciale.[8]

L'annonce de l'Annuaire pour 1938 indique qu'il « réunit les caractéristiques qui ont rendu les éditions des années précédentes si précieuses pour tous ceux qui se déclarent du côté de Jéhovah ».[9] Il contient notamment le rapport du président sur l'état des activités du Seigneur dans les différents pays, le texte de l'année pour 1938 accompagné d'un commentaire, ainsi que des textes quotidiens choisis avec leurs explications tirées de The Watchtower.[10]

Enfin, la page présente le calendrier pour 1938, dont le texte retenu est tiré de 2 Chroniques 20:15 : « N'ayez pas peur : la bataille est celle de Dieu. » L'illustration du calendrier a été spécialement peinte pour illustrer ce verset, et une lettre du président de la Société, exposant les différentes périodes de service unitaire prévues pour l'année, est reproduite au bas du calendrier.[11]

Jérémie

Cet article principal du numéro s'ouvre par une citation de Jérémie 1:10, verset dans lequel Jéhovah déclare avoir établi le prophète « sur les nations » pour déraciner, renverser, détruire, bâtir et planter.[12]

La publication affirme que Jéhovah a une controverse avec les nations parce que celles-ci ont accordé leur allégeance au Diable, et que tout ce que Jéhovah a fixé a son heure, notamment celle de la guerre.[13] Cette guerre doit régler la longue controverse et en finir définitivement avec l'ennemi. Avant la destruction effective de cet ennemi, la publication affirme que Jéhovah accomplit « son "œuvre étrange" », qui consiste à faire proclamer son nom sur toute la terre et à annoncer ses desseins sur le point d'être exécutés.[14] Selon l'article, Dieu a tiré du monde un peuple pour son nom, et c'est à ce peuple qu'il accorde le privilège de proclamer son nom sur toute la terre.[15]

L'article souligne que Jéhovah n'agit jamais contre l'ennemi en secret, mais toujours ouvertement, en lui donnant pleine connaissance de ses desseins pendant que les armées adverses se positionnent pour le conflit final.[16] C'est dans ce cadre que la publication explique que Jéhovah fit jadis jouer des drames prophétiques à des hommes, afin de préfigurer ce qu'il accomplirait à la fin du monde. Parmi ces drames prophétiques, le plus développé dans cet article est celui de Jérémie.[17]

La publication indique que le nom « Jérémie » signifie « Élevé par Jéhovah », et que Jérémie fut un type de Jésus-Christ ainsi que des membres de son corps, y compris le reste fidèle désormais présent sur la terre.[18] La commission donnée à Jérémie par Dieu est présentée comme accordée à Christ à une échelle bien plus grande, et cette commission s'étend aux membres de son corps.[19]

L'article développe ensuite l'idée que ce que Jérémie accomplit envers Jérusalem et ses dirigeants, Christ Jésus le fait désormais envers les organisations religieuses de la terre, et en particulier envers l'organisation religieuse improprement appelée « à tort dénommée "Chrétienté" ».[20] La publication affirme que Christ Jésus a rassemblé les membres de son corps pour former le temple de Jéhovah, et que tous les membres de cette compagnie font connaître les louanges de Jéhovah en obéissant de tout cœur à sa volonté.[21]

Invoquant Psaumes 122:3, l'article affirme que « Jérusalem est édifiée comme une ville dont les parties sont unies ensemble », ce qui symbolise l'unité complète de l'organisation de Dieu sous Christ.[22] La publication avertit que ceux qui murmurent ou se plaignent contre l'organisation du Seigneur, ou qui s'y opposent, prouvent ainsi qu'ils n'en font pas partie et ne sont donc pas au nombre de l'organisation de Dieu.[23]

La section intitulée « Commission » aborde ensuite le personnage de Nebucadnetsar dans le grand drame prophétique de Jérémie : la publication affirme que Jéhovah fit jouer à ce roi un rôle représentant le Seigneur Jésus-Christ en tant qu'exécuteur des jugements du Très-Haut.[24] De même que Jérémie fut envoyé témoigner auprès de Jérusalem avant sa destruction, Jéhovah enverrait aujourd'hui ses témoins témoigner devant le monde avant que la « Chrétienté » soit détruite par Christ Jésus le grand Exécuteur.[25] La publication conclut ce passage en affirmant que Jérémie joua dans le drame prophétique un rôle préfigurant à la fois Christ Jésus le grand Chef, et le reste de son organisation qui rend témoignage aux dirigeants et au peuple, et que ce drame prophétique en cours de dévoilement devrait « remplir de joie le cœur de quiconque aime la justice et hait l'iniquité ».[26]

Levez-vous en guerre (suite)

La page 4 poursuit l'article principal du numéro. La publication y développe sa description de la hiérarchie catholique romaine comme représentante terrestre du Diable, qu'elle nomme « Babylone » — le terme désignant, selon la revue, l'ensemble des fausses religions.[27] Le texte affirme que cette organisation s'est enracinée profondément parmi les peuples de la terre, et « elle se glorifie aujourd'hui de sa position stable » en déclarant, selon la publication, que nul mal ne peut l'atteindre, car elle a fait des mensonges son refuge.[28]

La revue soutient que ce système a drogué les peuples avec ses vins doctrinaux corrompus, les rendant aveugles à la provision gracieuse de Dieu, et « dépouillés de leurs biens matériels », ce qu'elle qualifie du plus grand système de racket ayant jamais sévi sur la terre.[29]

Le texte cite ensuite le commandement que Jéhovah aurait confié à son organisation, tiré de Jérémie 1:10 : arracher, renverser, détruire, abattre, bâtir et planter. La publication présente cet ordre comme la commission remise à Christ Jésus et à tous ceux qui lui obéissent, les enjoignant à se lever contre l'ennemi religieux.[30] Le texte cite également Psaumes 2:6, Psaumes 2:8 et Psaumes 2:9 pour attester que Jéhovah a établi son roi sur la montagne sainte de Sion et lui a remis les nations en héritage.[31]

La revue précise la nature des armes que doivent employer les témoins de Jéhovah dans cette guerre : « notre instrument de guerre est la Parole du Dieu Tout-Puissant, l'épée de son esprit ».[32] Le texte insiste sur le caractère non violent du combat : la publication déclare n'avoir aucune malice contre aucun être humain, ne jamais chercher à blesser physiquement qui que ce soit, et mener une guerre sainte et juste, entièrement désintéressée, menée sur ordre de Dieu contre le système de racket religieux qui, selon elle, opère faussement au nom du Christ pour diffamer le nom divin.[33]

La section se conclut par l'affirmation que seul l'esprit du Dieu Tout-Puissant, agissant par sa Parole, peut déraciner ce système religieux dévastateur. En vue d'équiper ses serviteurs pour ce combat, le Seigneur les invite à revêtir son armure, en référence au passage sur « prendre le casque du salut ».[34]

Sa Vengeance (suite)

La page 5 poursuit l'article Sa Vengeance, qui développe l'idée selon laquelle les témoins de Jéhovah sont armés spirituellement par la Parole de Dieu.[35] La publication cite Éphésiens 6:17 pour établir que l'arme offensive des serviteurs de Dieu est la Parole, et 2 Corinthiens 10:3-5 pour souligner que leur combat n'est pas charnel mais spirituel, visant à renverser toute forteresse intellectuelle qui s'élèverait contre la connaissance de Dieu.[36]

L'article affirme ensuite que, selon le commandement cité en 2 Corinthiens 10:6, les serviteurs de Dieu qui obéissent fidèlement sont prêts à proclamer la vengeance divine contre toute désobéissance et à démasquer ainsi l'ennemi hypocrite et trompeur.[37] La publication exhorte chaque lecteur à s'armer personnellement de la Parole de Dieu et à mettre en pratique ce commandement.

Le texte décrit ensuite comment Jéhovah aurait récemment dévoilé à ses serviteurs le sens de ses prophéties, leur offrant une vision du Royaume et de leurs obligations.[38] La radio est présentée comme un moyen mis en œuvre par Jéhovah pour diffuser la vérité à de nombreuses personnes, ce qui aurait grandement effrayé les chefs religieux, incapables de réfuter le « tranchant de l'épée de l'esprit ».[39] Selon la publication, ces chefs religieux auraient refusé de débattre ouvertement de leurs doctrines, restant cachés dans leurs retranchements, à l'instar des guerriers de Babylone décrits en Jérémie 51:30 : « les hommes puissants de Babylone ont renoncé à combattre, ils sont restés dans leurs retranchements ; leur vaillance a défailli, ils sont devenus comme des femmes ».

L'article décrit alors les manœuvres que les responsables religieux auraient employées pour contrer les témoins de Jéhovah : pression sur les stations de radio pour les réduire au silence, et campagnes de dénigrement public qualifiant les témoins de Jéhovah de « menteurs, repris de justice, sectaires et séditieux », dans l'espoir de détourner l'attention des populations.[40] La publication mentionne qu'en réponse à ces accusations, plus de deux millions et demi de personnes aux États-Unis auraient signé une pétition demandant aux responsables religieux de défendre publiquement leurs doctrines à la radio, ce que ceux-ci auraient encore refusé.[41]

Face à cette situation, la publication affirme que le Seigneur aurait alors fourni un autre moyen de diffusion : des milliers de phonographes portables et des centaines de milliers d'enregistrements de discours proclamant le message du Royaume.[42] Les témoins de Jéhovah sont présentés comme portant ces appareils de maison en maison pour reproduire le message et « déloger » ainsi les religionistes retranchés dans le peuple.[43]

La publication développe ensuite l'idée que Jéhovah aurait fait imprimer le message du Royaume en plus de soixante-dix langues et l'aurait fait diffuser sous forme de livres et de brochures, dont plus de 250 millions d'exemplaires auraient été placés entre les mains du public, provoquant une étude généralisée du message du Royaume et un grand réconfort pour ses lecteurs.[44] Par ce moyen, affirme la publication, Dieu détruit la forteresse de Satan et expose au grand jour les religionistes qu'il y aurait dissimulés, révélant à la population la provision gracieuse du Royaume pour son bien-être.[45]

L'article établit enfin un parallèle entre la mission de Jérémie, envoyé aux Juifs de Jérusalem pour dénoncer les pratiquants de la religion juive, et la mission que Dieu confierait aujourd'hui à ses témoins envers les religionistes contemporains.[46]

Modestie

La page 6 poursuit l'article en cours en développant les thèmes de la mission des témoins comme « œuvre étrange » avant d'introduire une nouvelle sous-section consacrée à la modestie.

La publication y reprend la comparaison entre la mission de Jérémie et celle des témoins contemporains, affirmant que Jéhovah a chargé son peuple non seulement de démanteler les forteresses des dirigeants religieux, mais aussi de « bâtir et de planter ».[47] À l'appui de cette idée, elle cite la promesse divine faite à Jérémie — « j'ai mis mes paroles dans ta bouche » (Jérémie 1:9) — qu'elle transpose aux témoins d'aujourd'hui par un parallèle avec Ésaïe 51:16.[48] La publication cite également Ésaïe 55:1-2 pour illustrer l'invitation divine adressée à tous ceux qui ont soif, à venir recevoir la nourriture spirituelle sans argent ni prix, en opposant implicitement cette gratuité divine aux pratiques du clergé jugées mercantiles, notamment les prières pour extraire les défunts du « purgatoire ».[49]

L'article insiste ensuite sur l'urgence de la tâche : lorsqu'Harmaguédon commencera, il ne sera plus possible pour les témoins de poursuivre ce travail d'avertissement et d'édification.[50] La publication cite Ésaïe 62:10 pour appeler les fidèles à « Passez, passez par les portes ; préparez le chemin du peuple » et à dresser l'étendard de Jéhovah, non celui d'un gouvernement terrestre sous la domination invisible de Satan.[51] La section se conclut par un appel direct au lecteur : s'il comprend sa relation à Dieu et à son royaume, doit-il porter le message d'avertissement et de réconfort aux peuples affamés et assoiffés ?[52]

La nouvelle sous-section intitulée « Modestie » propose une réflexion morale et spirituelle sur l'humilité.[53] La publication définit la modestie comme « la possession et la manifestation d'une estimation modérée de sa propre valeur et de son importance », et affirme que l'homme arrogant, vantard et suffisant est présomptueux devant le Seigneur.[54] L'article établit un parallèle avec Lucifer, dont la surestimation de lui-même conduisit à sa chute, et présente la créature agréable à Dieu comme celle qui ne pense pas d'elle-même plus qu'il ne convient, mais qui considère sobrement ce qu'elle peut accomplir avec l'aide divine.[55] La publication avertit que ceux qui, parmi le peuple de Dieu, manifestent une disposition à dominer les autres, à user de paroles dures et de méthodes arrogantes, se dirigent vers la classe du « méchant serviteur » et vers le sort qui attend Satan.[56] Le paragraphe conclusif rappelle que le prophète Jérémie était lui-même un homme modeste et que les vrais et fidèles suivants de Christ Jésus sont également modestes.[57]

But (suite)

La page 7 poursuit l'article entamé dans les pages précédentes. Elle développe en premier lieu le thème de la modestie et de la hardiesse des témoins de Jéhovah à travers l'exemple de Jérémie. La publication affirme que « de même aujourd'hui, ceux que Jéhovah approuve comme ses témoins sont modestes, reconnaissant qu'en eux-mêmes il n'y a aucune force » à l'image du prophète Jérémie qui, convoqué par Dieu, avait d'abord déclaré ne pas savoir parler car il n'était qu'un enfant (Jérémie 1:6).[58]

La page rappelle que Dieu avait alors commandé à Jérémie de ne pas craindre, lui promettant qu'il serait avec lui pour le délivrer (Jérémie 1:7-8), et que c'est cette assurance divine qui avait rendu le prophète courageux et fort.[59] La publication tire de ce récit une application directe à ses membres contemporains, affirmant que ceux qui comprennent que Jéhovah et Christ Jésus les soutiennent pleinement rejettent toute crainte des hommes et des démons et proclament avec joie le message que Dieu leur a confié, manifestant ainsi leur amour pour Dieu et pour Christ (1 Jean 4:17-18).[60]

La publication soutient ensuite que Jéhovah avait spécifiquement commandé à Jérémie de s'avancer pour déclarer ses jugements contre les religionistes — c'est-à-dire les Juifs qui avaient abandonné leur alliance et s'étaient tournés vers le culte du diable. Elle applique ce commandement aux témoins de Jéhovah de 1938, auxquels Dieu ordonnerait pareillement de se lever et de déclarer ses jugements contre ceux qui prétendent être ses serviteurs tout en s'étant livrés à la pratique de la « religion du Diable ».[61] Les mots adressés à Jérémie — « ceins tes reins, lève-toi et parle-leur tout ce que je te commande ; ne sois pas consterné devant eux, de peur que je ne te confonde devant eux » — s'appliqueraient donc avec une force accrue aux témoins d'aujourd'hui (Jérémie 1:16-17).[62]

La page expose alors le danger que Jérémie savait devoir affronter en obéissant au commandement divin : une foule puissante et bien retranchée de clercs juifs soutenus par un peuple crédule et déraisonnable.[63] La publication établit une correspondance directe avec la situation de ses membres, à qui les paroles d'encouragement et d'assurance reçues par le Seigneur correspondraient exactement à la timidité naturelle des hommes et des femmes frêles engagés dans l'œuvre de témoignage, sachant qu'ils doivent faire face à une foule cruelle de religionistes qui recourent à des méthodes déloyales et sournoises.[64]

La publication cite ensuite la promesse divine adressée à Jérémie, dans laquelle Dieu lui déclare : « voici, je t'ai fait aujourd'hui une ville fortifiée, une colonne de fer et des murs d'airain contre tout le pays » (Jérémie 1:18), et en conclut que Jéhovah pourvoit aujourd'hui à la défense de son peuple, le rendant fort et semblable à des murs d'airain contre les dirigeants, les politiciens, les escadrons de la force publique et tous les religionistes qui s'élèvent contre eux.[65] La promesse finale — « ils combattront contre toi, mais ils ne prévaudront pas contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jérémie 1:19) — est présentée comme la preuve que le combat n'est pas celui de l'homme mais celui de Dieu, une « œuvre étrange » que Dieu a entreprise et à laquelle il commande à ses serviteurs de s'associer, jusqu'à ce que Christ Jésus et son armée d'invisibles guerriers effacent totalement l'organisation de Satan.[66]

La page s'achève en introduisant la section intitulée « But » (« Purpose » dans l'original), qui expose la double finalité de la mission de Jérémie à Jérusalem : avertir les religionistes d'amender leur conduite et cesser d'opprimer l'étranger, sous peine de punition divine, et prévenir toutes les personnes de bonne volonté que leur seul refuge est de se soumettre au « serviteur » de Dieu, le roi Nebucadnetsar, préfiguration de Christ Jésus, le roi légitime du monde.[67]

Intrépides

La page 8 prolonge l'article en cours sur les témoins de Jéhovah et leur mission de proclamation. La publication décrit d'abord le rôle des « compagnons » (Companions) aux côtés du reste oint. Elle évoque les descendants de Jonadab et la figure d'Ébed-Mélek comme figures typologiques des personnes de bonne volonté qui, sans appartenir aux religionnistes, se rallient au côté de Dieu et deviennent les compagnons du reste des témoins de Jéhovah, formant ainsi la « grande multitude » qui sert dans l'organisation divine.[68] La publication cite prophétiquement le psalmiste en appliquant à l'organisation de Jéhovah — symbolisée par Jérusalem — les paroles : « J'ai été joyeux quand ils m'ont dit : Allons à la maison du Seigneur. Nos pieds se tiendront dans tes portes, ô Jérusalem. Jérusalem est bâtie comme une ville bien compacte » (Psaumes 122:1-3).[69]

La publication soutient que tous ceux qui appartiennent à la Jérusalem antitypique doivent vivre en paix les uns avec les autres et œuvrer comme une unité compacte, priant constamment pour la paix de l'organisation.[70] Le reste oint et ses compagnons, les Jonadabs, marchent ensemble avec joie et chants de louange vers la guerre contre l'ennemi, entendant les paroles de Jéhovah : « Ne craignez pas et ne soyez pas consternés à cause de cette grande multitude, car la bataille n'est pas la vôtre, mais celle de Dieu » (2 Chroniques 20:15).[71]

Sous le sous-titre « Intrépides », la publication développe un parallèle entre Jérémie et les témoins de Jéhovah contemporains. Elle affirme que le message de Jérémie était très impopulaire auprès des chefs religieux de Jérusalem et que cette impopularité avait attiré sur lui la colère du clergé, mais que cela ne l'avait pas effrayé.[72] La publication insiste sur le fait que Jérémie n'avait ni sollicité ni accepté de licence des dirigeants pour aller délivrer son message, car c'était Dieu qui lui en avait donné l'ordre, et qu'aucun pouvoir humain ne pouvait légitimement autoriser ou empêcher l'accomplissement de ce que le Dieu Tout-Puissant commande.[73]

La publication affirme que des conditions identiques existent en 1938 : le message que les témoins de Jéhovah et leurs compagnons délivrent sur l'ordre de Dieu est très impopulaire auprès du clergé, et particulièrement auprès de la hiérarchie catholique romaine. La publication déclare que cela n'effraie pas ceux qui aiment Dieu, et que ses témoins ne compromettent pas leur message en le laissant censurer par d'autres, ni ne sollicitent de licence humaine pour délivrer le message du Royaume.[74] La publication conclut que « lorsque les lois des hommes sont contraires à la loi de Dieu, les fidèles obéiront à la loi de Dieu et en assumeront les conséquences comme Dieu le voudra ».[75]

La publication rapporte ensuite que Jérémie, exécutant le commandement de Jéhovah, avait averti le peuple de ne pas prêter attention aux chefs religieux qui enseignaient de fausses doctrines, citant le texte : « Car ils vous prophétisent un mensonge pour vous éloigner de votre pays, afin que je vous chasse et que vous périssiez » (Jérémie 27:10).[76] De même, affirme la publication, les témoins envoyés par Jéhovah avertissent aujourd'hui le peuple que s'il continue d'obéir aux clergymen et aux chefs religieux, il subira certainement la destruction, car ces chefs religieux déshonorent le nom de Dieu en se prosternant devant ce que le Diable a créé.[77]

Jérémie, modèle de courage face aux religionnistes (suite)

La publication poursuit son développement du parallèle entre Jérémie et les témoins de Jéhovah contemporains. Elle souligne que les chefs religieux de Jérusalem cherchèrent à mettre Jérémie à mort après qu'il eut prononcé le message divin, et cite à ce propos le texte de Jérémie 26:8 : les prêtres, les prophètes et le peuple s'emparèrent de lui en criant qu'il devait mourir. La revue établit une correspondance directe avec la situation de l'époque : les leaders religieux, entendant le message proclamé par les témoins de Jéhovah, provoquent leur arrestation, les traînent devant les tribunaux et les accusent de sédition et d'incitation à la violence. La publication affirme que « c'est le clergé qui provoque les fausses accusations portées contre les témoins de Jéhovah », et que ce même clergé excite ses partisans fanatiques à former des foules, les prêtres catholiques étant désignés nommément comme menant parfois ces attroupements.[78]

La revue oppose deux figures prophétiques tirées de l'Ancien Testament : Urija, qui, apprenant que les religionnistes voulaient l'arrêter, prit peur et s'enfuit en Égypte, où il fut néanmoins capturé et exécuté, et Jérémie, qui, au contraire, se tint debout devant ses accusateurs et déclara avoir accompli l'ordre reçu de Dieu, laissant ses adversaires décider de son sort. La publication tire de cette opposition une leçon destinée aux témoins de Jéhovah : « les expériences du peuple de Jéhovah en Allemagne et ailleurs montrent que les craintifs souffrent bien plus que les intrépides ».[79] Urija, en cherchant refuge dans l'organisation du Diable, périt ; Jérémie, en plaçant toute sa confiance en Dieu, fut épargné. Ce précédent prophétique est présenté comme un modèle contraignant pour le peuple de Dieu à l'époque contemporaine : sa protection et son salut ne sauraient se trouver que dans l'organisation divine sous le Christ Jésus, toute recherche d'une autre forme de sécurité étant interprétée comme un manque de foi.[80]

La revue conclut ce développement en rappelant les paroles de Jésus tirées de Matthieu 10:28, selon lesquelles il ne faut pas craindre ceux qui tuent le corps mais sont incapables de tuer l'âme, et invite plutôt à craindre celui qui peut détruire à la fois l'âme et le corps. La publication affirme ensuite que les témoins de Jéhovah, oints et chargés de mission par le Seigneur, savent qu'ils doivent mourir à un moment donné afin de prouver leur intégrité et d'entrer pleinement dans le royaume spirituel du Seigneur ; ils sont donc déterminés à mourir dans la foi, fidèlement dévoués à Dieu dans l'accomplissement de leur devoir, et cette foi les rend, selon la revue, aveugles à toute autre considération que la volonté divine.[81]

Suite : fidélité, les Jonadabs et le livre « Ennemis »

La publication poursuit son développement autour de la notion de fidélité exigée des témoins de Jéhovah. Elle affirme que le Seigneur, ayant confié beaucoup à ses témoins, exige d'eux bien davantage qu'une simple obéissance passive.[82] La fiabilité démontrée dans les petites choses est présentée comme la preuve d'une fiabilité dans les plus grandes, et le privilège de servir Jéhovah dans son « étrange œuvre » est décrit comme la plus grande faveur jamais accordée à l'homme.[83]

Le texte traite ensuite du sort des Jonadabs, désignés comme les « autres brebis », qui ont trouvé refuge dans l'organisation du Seigneur.[84] Ceux-ci doivent eux aussi demeurer fidèles, obéir aux commandements de Dieu, rester proches de son organisation sous le Christ, ne pas craindre les hommes ni les démons, et chercher la justice et la douceur. La publication précise que le même degré de fidélité est exigé d'eux que du reste du reste des oints.[85]

L'article décrit ensuite le moment présent comme celui où Jéhovah appelle son organisation, visible et invisible, au combat, en citant le commandement « Levez-vous, levons-nous pour la combattre ».[86] L'ennemi principal sur terre est identifié à la « vieille prostituée », instrument visible de Satan, décrit comme cherchant à attirer tous les peuples sous son influence pour les détourner de Dieu. La publication rappelle que Satan et ses anges sont décrits dans les Écritures comme « principautés et puissances, et une armée d'esprits méchants », en référence à Éphésiens 6:12.[87] Le texte annonce qu'avant qu'Harmaguédon n'abatte ce péril sur le monde, Jéhovah envoie ses serviteurs fidèles avertir les peuples de son dessein, afin que ceux qui lui sont de bonne volonté puissent trouver salut sous son royaume sous le Christ.[88]

La publication aborde enfin la question du devoir de prêcher, affirmant que ceux qui sont du côté de Dieu ont l'obligation de participer à cette « étrange œuvre ».[89] Elle met en garde contre une attitude passive : rester silencieux et s'appuyer sur une connaissance passée ou sur une pieuse bonne conscience serait insuffisant, voire dangereux. S'appuyant sur Ézéchiel 33:7, la publication soutient que le silence équivaudrait à la destruction de celui qui se tait.[90]

Le texte annonce ensuite la parution du livre Ennemis, présenté comme un nouvel instrument de guerre spirituelle mis à disposition par Jéhovah.[91] Cet ouvrage est décrit comme révélant l'identité et la position de l'ennemi, et comme montrant comment le peuple de Dieu doit faire face à ses assauts. La publication identifie comme « principaux instruments visibles » utilisés par le Diable les organisations religieuses, et particulièrement la hiérarchie catholique romaine, accusée d'exploiter les peuples, de les priver de leur liberté de pensée et de les pousser dans le « fossé du désespoir ».[92] Le livre est présenté comme permettant aux témoins d'avertir les gens du danger imminent et de leur montrer le seul chemin vers le salut éternel. La publication conclut en exhortant ses lecteurs à s'armer de cette information sur l'ennemi, à marcher sur les traces de Jérémie, et à aller hardiment vers les peuples avec le message de vérité afin de remplir leur commission divine.[93]

Le Temple

La page 11 du numéro présente d'abord la liste des questions d'étude relatives à l'article précédent sur la mission prophétique de Jérémie, avant d'introduire un nouvel article intitulé « Temple ».[94]

Les questions d'étude couvrent l'ensemble des thèmes développés dans l'article sur Jérémie : la nature et le but de l'« œuvre étrange » de Jéhovah, le rôle prophétique de Jérémie et de Nabuchodonosor, les armes et moyens de défense mis à disposition de ceux qui s'engagent dans cette guerre spirituelle, ainsi que l'application contemporaine des avertissements prophétiques aux témoins de Jéhovah face aux religionnistes fanatiques.[95]

L'article « Temple » s'ouvre en affirmant que les membres du peuple du covenant de Jéhovah — le reste — encore sur terre ont été préfigurés par le prophète Ézéchiel. La publication précise que la vision du temple décrite en Ézéchiel 40–48 fut accordée à ce prophète en 592 avant notre ère, soit quatorze ans après que Jérusalem eut été frappée par Babylone, et que la désolation de Jérusalem devait se poursuivre soixante-dix ans jusqu'en 536 avant notre ère, laissant donc encore cinquante-six ans après la vision elle-même.[96]

La publication développe ensuite une chronologie prophétique : la guerre au ciel et sur la terre aurait commencé en 1914, l'organisation de Satan ayant alors été frappée à la fois dans les cieux et sur la terre ; cette guerre en « Chrétienté » aurait pris fin en 1918, date à laquelle, selon la revue, le Christ Jésus serait venu au temple de Jéhovah, en application de Malachie 3:1 et Ésaïe 6:1-5.[97] La vision d'Ézéchiel est présentée comme correspondant plus particulièrement au moment où le reste fidèle du peuple du covenant de Dieu, considéré comme une communauté, recevrait une compréhension (ou vision) du sens de la prophétie d'Ézéchiel relative au temple. La publication indique que « le Seigneur vint à son temple en 1918 » et que quatorze ans après cette date conduit à l'année 1932, durant laquelle l'explication de la vision du temple d'Ézéchiel fut publiée dans le livre Vindication, tome troisième.[98]

L'article affirme enfin que la vision prophétique d'Ézéchiel assura qu'il y aurait, à un moment donné, une restauration ou un rétablissement du peuple du covenant de Dieu dans sa patrie. La publication précise que cette restauration ne concerne pas les descendants naturels de Jacob — Israélites ou Juifs —, ce peuple n'ayant été qu'un type ; la restauration désigne donc les Israélites spirituels préfigurés par « le reste de Jacob », c'est-à-dire les élus et oints de Dieu appelés à faire partie de la maison royale. À l'appui de cette interprétation, la revue cite la prophétie d'Ésaïe : Ésaïe 10:20-22.[99]

Le temple d'Ézéchiel (suite)

La publication poursuit l'exégèse du temple visionnaire d'Ézéchiel en reliant la prophétie d'Isaïe à celle d'Ézéchiel. Elle affirme que le nom du fils d'Isaïe, Shear-jashub, signifiant « le reste reviendra », désigne prophétiquement le reste du peuple en alliance avec Dieu, et non les descendants naturels d'Abraham et de Jacob.[100] Les deux prophètes se corroborent mutuellement, selon la publication, pour encourager et réconforter ce reste qui s'échappe de l'organisation de Satan et retourne à sa juste place dans l'organisation de Jéhovah, où il adorera et servira Dieu dans son temple.[101]

La publication soutient que le temple que vit Ézéchiel en vision doit être érigé avant Harmaguédon, la bataille du grand jour de Dieu Tout-Puissant. Elle décrit Gog comme le chef de l'armée du Diable qui mène l'assaut contre le reste de Dieu en son sanctuaire, et affirme que Dieu protégera son peuple durant cette bataille.[102] Citant Ézéchiel 37:28, elle indique que « les nations sauront que moi, l'Éternel, je sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera au milieu d'eux pour toujours », et que le but même de cette présence est que les observateurs sachent que Jéhovah a un peuple sur terre entièrement dévoué à lui.[103]

Contrairement au temple de Salomon, situé dans la ville de Jérusalem, le temple qu'Ézéchiel vit en vision est décrit comme séparé de la ville et situé au nord de celle-ci, dans la « portion sainte du pays ».[104] La publication cite Aggée pour affirmer que la gloire de cette maison postérieure surpassera celle de l'ancienne, et renvoie à l'ouvrage Vindication, livre trois, chapitre 11, pages 128 à 139, pour un examen approfondi de cette prophétie d'Aggée.[105]

Sur la question du bâtisseur du temple, la publication affirme que la vision d'Ézéchiel montre que le temple n'était pas un simple plan architectural mais qu'il était déjà entièrement construit, mesuré en détail par le messager céleste, et d'une pureté absolue et irréprochable — à l'opposé de l'état de l'ancien temple décrit en Ézéchiel chapitre 8, qui avait été détruit pour cause de profanation.[106] S'appuyant sur Zacharie 6:12-13, la publication identifie le bâtisseur comme Jéhovah lui-même, agissant par la main de son Fils bien-aimé, le Christ Jésus, désigné sous le nom de « Germe ».[107]

La vision d'Ézéchiel est ensuite mise en relation avec 2 Corinthiens 5:1 et 1 Corinthiens 3:16-17, qui décrivent la congrégation comme un temple de Dieu habité par son esprit, ainsi qu'avec 2 Corinthiens 6:16.[108] La publication conclut que la « chrétienté » organisée, qu'elle qualifie de fausse excroissance sur la classe du temple de Dieu, sera totalement retranchée et n'aura jamais aucune part dans l'organisation bénie de Dieu. Elle cite à l'appui Zacharie 14:20-21, promettant que dans ce jour-là, la « sainteté à l'Éternel » sera inscrite jusque sur les clochettes des chevaux, et qu'il n'y aura plus de Cananéen dans la maison de l'Éternel des armées.[109]

La publication précise enfin qu'Ézéchiel n'a eu qu'une vision du temple, et non la révélation d'un édifice matériel réel ou à venir : il avait une vision de la maison royale de Dieu. Elle établit un lien avec Ézéchiel 43:1-2 pour décrire la venue du Seigneur à son temple, et note qu'il n'y a ni propitiatoire ni arche de l'alliance dans le Saint des saints de ce temple, car le Seigneur lui-même est désormais présent et aucun objet n'est plus nécessaire pour figurer sa présence.[110] L'article se clôt sur la description des quatre êtres vivants de Apocalypse 4:6-8, que la publication identifie comme présents auprès du Seigneur lors de sa venue et représentés sur les murs du temple qu'Ézéchiel vit, symbolisant ainsi l'organisation carrée et vivante de Jéhovah Dieu.[111]

La prophétie d'Ézéchiel (suite)

La publication poursuit son étude de la vision prophétique d'Ézéchiel en insistant sur la permanence de la loi divine. Elle affirme que le temple ou maison royale décrit dans la prophétie est la demeure de Jéhovah, et que Jéhovah glorifiera éternellement l'œuvre de la rançon accomplie par Christ Jésus, devant qui tout genou se courbera.[112] L'article souligne que le fait que la loi divine soit immuable ne signifie pas que les pratiques mosaïques seront littéralement restaurées, mais que Dieu fera respecter sa loi pour toujours en établissant les réalités que la loi de Moïse préfigurait.[113]

Le texte développe ensuite la signification du temple comme maison royale mise au service actif de la gloire divine, dont le sacerdoce ne sera pas une simple compagnie honorifique sans travail, mais servira Dieu en bénissant les hommes obéissants.[114] Le royaume de Dieu y est décrit comme étant situé au sommet d'une haute montagne selon Ézéchiel 43:12, la maison étant désignée par le Seigneur comme « le lieu de mon trône et le lieu de la plante de mes pieds » selon Ézéchiel 43:7. Le « prince » mentionné dans la prophétie se voit attribuer une position éminente et des privilèges particuliers dans le temple ; il est présenté comme le souverain sous le Roi d'Éternité au sein de la maison royale, en référence à Ézéchiel 44:1-3 et Ézéchiel 46:1-12.[115]

L'article précise que la ville est située au sud du temple dans « la sainte offrande » du pays consacré aux desseins de Jéhovah, selon Ézéchiel 40:2 et Ézéchiel 48:35, et que des décisions judiciaires concernent les Lévites antitypiques ainsi que ceux qui seront «princes dans toute la terre » selon Psaumes 45:16.[116] Le fait que le messager céleste guidant Ézéchiel soit muni d'un roseau et d'une corde à mesurer pour mesurer le temple dans tous ses détails indique également, selon la publication, un travail de jugement.[117]

La construction du temple avant Harmaguédon indiquerait, selon l'article, qu'un témoignage doit être rendu au nom de Jéhovah, ce qui est illustré par le fait qu'Ézéchiel reçut l'instruction de publier les moindres détails du temple conformément à Ézéchiel 40:4, Ézéchiel 43:10-11 et Ézéchiel 44:5-7.[118] La prophétie d'Ézéchiel en Ézéchiel 47:22-23 laisserait aussi entendre que des étrangers ou des gens des nations viendraient séjourner parmi le peuple de Jéhovah ; ces personnes sont assimilées par la publication aux «millions de vivants actuels qui ne mourront jamais», qui se tourneraient vers le royaume en cherchant Jéhovah, la vérité, la douceur et la justice.[119]

L'article rapporte ensuite le dialogue entre le messager céleste et Ézéchiel à la porte du temple, citant Ézéchiel 40:4 : le messager ordonne à Ézéchiel d'ouvrir ses yeux, ses oreilles et son cœur sur tout ce qui lui sera montré, afin de le déclarer à la maison d'Israël. Le fait qu'Ézéchiel soit interpellé comme «fils de l'homme» signifie, selon la publication, que la personnalité d'Ézéchiel est tenue hors de la scène et que les paroles de salutation s'adressent collectivement au résidu du peuple de Dieu sur la terre ; cela suggèrerait aussi que ce résidu est en train de voir s'accomplir sous ses yeux, alors qu'il est encore dans la chair, le début de la réalisation de la vision.[120]

La publication insiste sur la nécessité pour la « classe Ézéchiel », c'est-à-dire le résidu, d'être pleinement éveillée et en alerte. Elle soutient qu'on peut être consacré, engendré par l'esprit de Dieu et appelé au royaume, mais que si l'on est lent à entendre, si le cœur est alourdi et si les yeux ne perçoivent pas les privilèges que le Seigneur présente, on ne peut être agréable à Dieu.[121] Le résidu, affirme l'article, sera vigilant, possédant « l'ouïe de la foi », entièrement dévoué à Dieu et à son royaume.[122] Celui qui n'est pas ce genre de serviteur du Seigneur ne pourrait pas, selon la publication, être un témoin précis en ces jours où le témoignage doit être rendu ; il doit comprendre que son plus grand privilège est de veiller, d'être attentif, et d'accomplir l'œuvre du Seigneur avec plus de soin que toute autre chose.[123]

L'article conclut cette partie en affirmant que, de même que le Seigneur avait conduit Ézéchiel en vision jusqu'au lieu du temple, il a désormais amené le résidu dans la situation où la vision lui est présentée, pour lui montrer les choses « qui doivent bientôt arriver » selon Apocalypse 1:1. La publication souligne enfin que le fait que le résidu doive porter témoignage au nom du Seigneur est confirmé par les instructions données à Ézéchiel de déclarer tout ce qu'il avait vu dans la maison du Seigneur, sans sceller ce qui lui avait été révélé ni le garder pour son propre enrichissement égoïste, mais en en étant au contraire un témoin fidèle et véridique pour le Seigneur et son royaume.[124]

Éditeurs

La publication poursuit son commentaire exégétique du livre d'Ézéchiel en se penchant sur l'identité de l'homme vêtu de lin portant un encrier à sa ceinture, mentionné au chapitre neuf de cette prophétie.[125] Selon la revue, Ézéchiel a rédigé sa prophétie sous la dictée du Très-Haut, et elle ne peut être comprise qu'en son temps par les serviteurs obéissants de Dieu.[126]

La publication affirme que cet homme vêtu de lin ne saurait représenter un individu particulier en chair et en os, car, en dehors du Seigneur Jésus-Christ, Dieu n'a jamais confié à aucun individu sur terre une œuvre exclusive à accomplir seul.[127] Il est soutenu que dès le commencement de son ministère, Jésus-Christ disposait d'une organisation visible, ses apôtres agissant collectivement sous sa direction en formant la partie terrestre de cette organisation, et que l'unité d'action entre eux ne put s'établir de nouveau dans l'Église qu'au moment de la venue du Seigneur au temple de Jéhovah.[128]

Les fidèles trouvés lors de cette venue sont présentés comme incorporés dans l'organisation de Dieu et désignés comme «les pieds de lui» — c'est-à-dire de Christ — selon Ésaïe 52:7.[129] La prophétie d'Ézéchiel est dès lors interprétée comme décrivant l'organisation de Dieu dans sa double dimension : la partie céleste et invisible, représentée par le chiffre six, et la partie terrestre plus petite, représentée par le chiffre un, les deux ensemble formant sept hommes symbolisant l'ensemble de l'organisation sous la direction du Christ Jésus.[130]

La revue insiste sur le fait que les individus n'apparaissent pas dans ce tableau, Dieu traitant collectivement avec les membres de son organisation sur terre. Elle affirme qu'il n'existe « pas un seul texte scripturaire à l'appui » de la conclusion que l'homme à l'encrier représenterait un individu.[131] Bien au contraire, de nombreux textes scripturaires prouveraient que cet homme symbolise l'ensemble des oints sur terre, constituant la classe du «serviteur», le reste de Jéhovah.[132]

L'article développe ensuite la description de cet homme «vêtu de lin» en s'appuyant sur Apocalypse 19:8, où il est écrit que la fiancée de Christ se vêt d'un fin lin brillant et pur, représentant les actes justes des saints.[133] Ce vêtement est interprété comme l'approbation reçue par la classe du «serviteur fidèle» de la part de Jéhovah, en raison du fait qu'elle est en Christ et que le témoignage de Jésus-Christ lui est confié, conformément aux références à l'ouvrage Lumière, volume deux, pages 155-156.[134]

La publication conclut cette démonstration en affirmant qu'il serait absolument contradictoire et donc impossible que les six hommes décrits dans la vision représentent une quelconque partie de l'organisation du monde, cette dernière étant celle du Diable et n'étant pas soumise à l'ordre de Jéhovah.[135] Chacun des sept hommes doit nécessairement appartenir à l'organisation de Jéhovah et lui être entièrement dévoué. La revue décrit enfin la réponse de l'organisation au commandement divin : « ils entrèrent et se tinrent auprès de l'autel d'airain », soulignant que chaque membre se tient prêt à obéir, offrant son corps en sacrifice vivant, «entièrement dévoué à Dieu et acceptable à ses yeux», conformément à Romains 12:1, et que celui qui ne serait pas volontairement et joyeusement prêt pour le service ne pourrait pas faire partie de cette organisation.[136]

La classe du « serviteur » et la marque sur le front (suite)

La publication poursuit l'exposé de la vision d'Ézéchiel en insistant sur le rôle actif assigné à la classe du « serviteur ». Elle souligne que ce serviteur, figuré par l'homme portant le matériel d'écriture, ne doit pas rester confiné en un lieu de culte à converser uniquement avec ses semblables, mais doit se répandre parmi le peuple en qualité de représentant de l'organisation de Dieu pour publier, informer et témoigner.[137] Cette conclusion est présentée comme corroborée par les mandats conférés aux oints de Jéhovah, avec renvoi à plusieurs versets scripturaires.[138]

L'article décrit ensuite la mise en mouvement de l'ensemble de l'organisation sous la direction de Jéhovah. La gloire de sa présence se tient au seuil de la maison, ce qui signifierait que toute l'organisation est en alerte et prête à entrer en action sur ordre.[139] L'homme vêtu de lin reçoit alors le commandement de traverser le milieu de Jérusalem — symbole de la « Chrétienté » — pour apposer une marque sur le front des hommes qui soupirent et qui crient à cause des abominations qui s'y commettent. La publication associe ce commandement aux paroles de Jésus en Matthieu 24:14, selon lesquelles « le royaume sera prêché dans tout le monde en témoignage à toutes les nations, et alors viendra la fin », avant qu'une grande tribulation, sans précédent depuis le commencement du monde (Matthieu 24:21), ne s'abatte sur la « Chrétienté ».[140]

Ces paroles de Jésus sont présentées comme permettant d'identifier plus précisément la classe figurée par l'homme vêtu de lin avec l'écritoire, et de montrer que ceux qui exécutent l'œuvre de destruction sont les membres invisibles de l'armée de Jéhovah. La publication affirme que cela révèle l'organisation entière de Jéhovah en action contre l'ennemi, « en déclarant et en faisant appliquer les jugements de Jéhovah précédemment écrits ».[141] À l'appui de cette affirmation, le texte cite le psaume 149:5-9, qui évoque les saints chantant les louanges de Dieu, le glaive à double tranchant à la main, pour exécuter la vengeance sur les nations et les jugements qui ont été écrits.[142]

La publication insiste sur le fait que quiconque nierait la nécessité du service actif sur le terrain démontrerait par là même qu'il n'est pas dans la vérité et ne fait pas partie de l'organisation de Dieu.[143] Concernant l'identité de ceux qui reçoivent la marque sur le front, l'article précise qu'il ne s'agit pas des oints de Jéhovah eux-mêmes, car ceux-ci se réjouissent de la venue du jugement ; il s'agit plutôt d'une classe de personnes vivant au sein de la « Chrétienté », sous l'organisation du Diable, mais sans lui appartenir et sans la soutenir.[144] Ces individus sont décrits comme des « gens de bonne volonté qui ont un désir de justice mais qui n'ont pas eu l'occasion d'apprendre la vérité », ce manque d'information étant attribué à l'infidélité du clergé de la « Chrétienté ».[145] Ces gens de bonne volonté observent la grande dégénérescence et l'hypocrisie de leurs dirigeants religieux, mais se trouvent impuissants à y remédier.[146]

Courrier des lecteurs

La dernière page de ce numéro publie une rubrique de lettres adressées à Rutherford par des membres ordinaires du mouvement, offrant un aperçu de la pratique de terrain et de la réception des outils de prédication à la fin de l'année 1937.

Une première lettre, signée Anna Martin, de Chincoteague en Virginie, rend compte d'une participation à la convention de Columbus.[147] La correspondante exprime sa gratitude envers Jéhovah pour avoir pu y assister et rapporte son intention de suivre les instructions reçues en utilisant le phonographe et les livres pour aider à la prédication. Elle mentionne avoir entendu Rutherford parler le dimanche 26 septembre à la station de Richmond, et attend avec impatience la parution de Consolation afin d'y lire le compte rendu de la séance de questions-réponses de Columbus.[148]

Une deuxième lettre, signée Helen M. Miller, de Virginie-Occidentale, exprime sa reconnaissance pour l'utilisation du phonographe dans le travail de porte-à-porte.[149] La correspondante note que le phonographe facilite grandement l'entrée dans les foyers et que, même lorsque les gens refusent les livres, ils reçoivent néanmoins une partie du message. Elle relate également avoir rencontré un couple — désigné comme des « Jonadabs » — dans les collines reculées de Virginie-Occidentale, qui, réticent au départ, a finalement accepté de l'écouter dès qu'elle a mentionné le nom du juge Rutherford. La publication indique que « tout l'argent qui aurait été consacré aux programmes de radio sera utilisé pour acheter davantage de voitures sonores et de phonographes », présentant ce réaménagement des ressources comme une disposition providentielle.[150]

Une troisième lettre, signée par Eero Nironen, secrétaire du bureau de Helsinki, rapporte le compte rendu de l'étude du Béthel pour le mois d'octobre 1937.[151] Le signataire fait état de l'étude des deux articles sur les « racketteurs » parus dans La Tour de Garde, qu'il décrit comme un discours clair et sans équivoque. Il exprime la satisfaction de ceux qui aiment la justice à la lecture de ces vérités sévères, et note que les racketteurs « pieux » eux-mêmes bouillonnent de colère en voyant « leur refuge de mensonges, qu'ils considéraient comme inexpugnable, balayé » comme une chose dérisoire.[152] Il présente ce qu'il qualifie d'« œuvre étrange » comme un signe de l'avancement du combat divin. Les chiffres de présence aux réunions d'étude pour octobre 1937 sont également mentionnés : quatorze personnes le 12 octobre, treize le 19 et quinze le 26.[153] La lettre se conclut par une expression de gratitude pour La Tour de Garde et par l'assurance de prières quotidiennes pour le bien-être de Rutherford conformément à la volonté divine.

Analyse

Croyances

Le premier point mérite une mise en perspective scripturaire précise : l'interprétation de Jérémie comme figure typologique du Christ et du reste oint ne constitue pas une lecture isolée de ce numéro, mais le sommet d'un développement exégétique que Rutherford avait entrepris depuis le milieu des années 1920, puisant systématiquement dans les livres prophétiques de l'Ancien Testament — Exode, Jérémie, Ézéchiel, Psaumes, Samuel, Rois et Chroniques — pour construire sa vision de la bataille d'Harmaguédon comme conflit universel ordonné par Dieu.[154] Ce numéro applique ce cadre interprétatif de manière particulièrement systématique : la commission de Jérémie 1:10 — déraciner, renverser, détruire, bâtir et planter — est lue comme accordée d'abord au Christ, puis étendue par analogie à l'ensemble du reste oint encore sur terre, créant une chaîne typologique à trois niveaux (Jérémie → Christ → reste oint) qui structure l'intégralité du numéro sur plus de huit pages consécutives.[155]

La doctrine de l'« œuvre étrange » — empruntée à Ésaïe 28:21 et répétée comme un leitmotiv dans plusieurs sections — remplit dans ce numéro une fonction théologique précise : elle justifie l'activité de prédication publique comme acte préalable et nécessaire avant tout jugement divin, en posant que Jéhovah n'agit jamais contre l'ennemi en secret mais toujours ouvertement, après proclamation.[156] Ce principe théologique explique pourquoi la doctrine de la guerre spirituelle non charnelle, fondée sur Éphésiens 6:17 et 2 Corinthiens 10:3-5, est formulée avec une insistance particulière dans ce numéro : les armes que sont la Parole de Dieu, les publications imprimées en plus de soixante-dix langues et les phonographes portables ne sont pas de simples outils missionnaires, mais les instruments concrets de cette déclaration préalable au jugement.[157]

La chronologie prophétique qui sous-tend l'article sur le temple mérite une attention particulière. La publication articule trois repères : 1914 comme début de la guerre au ciel et sur terre, 1918 comme venue du Christ au temple de Jéhovah en application de Malachie 3:1, et 1932 comme date de révélation publique de la compréhension de la vision du temple d'Ézéchiel, quatorze ans après 1918 — parallèle structurel avec les quatorze ans séparant la vision d'Ézéchiel (592 av. n. è.) de la désolation de Jérusalem.[158] Cette construction chronologique correspond exactement à ce que la Watch Tower avait développé dans la trilogie Vindication, dont les livres I (1931) et III (1932) avaient pour objet précis de révéler les prophéties d'Ézéchiel comme s'accomplissant après la venue du Seigneur au temple en 1918.[159] La justification de l'année 1932 par un calcul calqué sur la chronologie interne du livre d'Ézéchiel illustre la méthode exégétique caractéristique de la période : les événements vécus par le prophète biblique sont traités comme des unités de mesure temporelles applicables telles quelles à l'histoire récente du mouvement.

La figure de Nabuchodonosor comme type de Christ Jésus exécuteur des jugements divins, développée dans la section « Commission », mérite d'être soulignée pour son audace théologique. Présenter le roi de Babylone — figure généralement associée dans la tradition chrétienne à la persécution du peuple de Dieu — comme préfiguration du Christ dans son rôle de destructeur de la Chrétienté renverse les conventions exégétiques habituelles.[160] Cette lecture s'inscrit dans la logique plus large de la doctrine rutherfordienne qui tend à faire de la « Chrétienté » l'équivalent fonctionnel de l'ancienne Jérusalem infidèle, méritant donc le même châtiment que celle-ci reçut aux mains du roi babylonien.

La doctrine des deux catégories sotériologiques — le reste oint et les Jonadabs — est exposée dans ce numéro avec une cohérence interne particulièrement développée. Les Jonadabs, désignés comme « autres brebis » préfigurées par Ébed-Mélek et les descendants de Jonadab, constituent une classe distincte dont la destinée est terrestre et non céleste, mais à qui les mêmes exigences d'obéissance, de courage et de participation active à la prédication sont imposées.[161] La mention explicite que le même degré de fidélité est requis des Jonadabs que du reste des oints renforce le caractère contraignant de la doctrine : l'appartenance à cette catégorie ne constitue pas un statut de second rang dispensé d'obligations mais une vocation pleinement engageante.

La doctrine de la foi sans crainte comme condition de la protection divine, illustrée par l'opposition entre Urija (fuite vers l'Égypte, mort) et Jérémie (courage devant ses accusateurs, délivrance), forme dans ce numéro un argument théologique de nature probante : le sort d'Urija est présenté non comme une injustice mais comme la conséquence logique d'un manque de foi, et la publication affirme explicitement que les expériences des membres en Allemagne confirment empiriquement cette thèse, les craintifs souffrant davantage que les intrépides.[162] Cet usage de l'expérience contemporaine des membres persécutés sous le régime nazi comme preuve d'une doctrine est notable : la persécution n'est pas seulement subie comme une épreuve mais instrumentalisée comme démonstration théologique de la supériorité de la confiance totale en Jéhovah sur toute recherche de sécurité humaine.

La lecture du temple d'Ézéchiel comme maison royale spirituelle, construite par le Christ avant Harmaguédon et constituée des membres oints — sans aucun bâtiment matériel à venir —, s'inscrit dans la ligne de la doctrine développée dans Vindication, qui avait posé que la vindication du nom de Dieu par son royaume constituait la doctrine la plus importante, plus centrale encore que la doctrine de la rançon elle-même.[163] La citation de Zacharie 6:12-13 pour identifier Christ comme le « Germe » bâtisseur du temple, l'absence de propitiatoire et d'arche dans le Saint des saints — remplacés par la présence effective du Seigneur lui-même —, et la promesse de Zacharie 14:20-21 que la sainteté sera inscrite jusqu'aux clochettes des chevaux forment un ensemble doctrinal cohérent qui subordonne toute forme cultuelle antérieure à la réalité spirituelle présente.[164] L'affirmation que la « chrétienté » organisée sera totalement retranchée et n'aura jamais aucune part dans l'organisation bénie de Dieu constitue dans ce cadre moins une polémique anti-cléricale qu'une conclusion théologique déduite de l'exégèse du temple.

Organisation et histoire

Ce numéro du 1er janvier 1938 documente un tournant stratégique majeur dans les méthodes de diffusion du mouvement : l'abandon progressif de la radiodiffusion commerciale au profit des phonographes portables. La lettre publiée en page 16 mentionne explicitement que « tout l'argent qui aurait été consacré aux programmes de radio sera utilisé pour acheter davantage de voitures sonores et de phonographes », présentant cette réaffectation comme une décision déjà actée à la fin de l'année 1937.[165] Cette décision s'inscrit dans le mouvement de retrait de la Watch Tower Society des stations de radio commerciales amorcé en 1937, consécutif aux pressions exercées par des responsables religieux, notamment catholiques, sur ces mêmes stations.[166] La page 5 du numéro décrit ce blocage radiophonique comme une manœuvre délibérée du clergé, et présente les phonographes portables comme le moyen providentiel que Jéhovah aurait substitué à la radio pour contourner ce refus.[167]

L'infrastructure phonographique du mouvement à cette date était déjà substantielle. Dès 1934, la Watch Tower Society avait commencé à produire dans ses ateliers de Brooklyn des phonographes portables spécialement conçus pour la prédication de porte-à-porte — vingt mille unités y furent fabriquées —, accompagnés d'une série de disques 78 tours contenant des conférences bibliques de quatre minutes et demie, couvrant finalement 92 sujets distincts.[168] La lettre de Helen M. Miller publiée en page 16 illustre concrètement l'efficacité terrain de ce dispositif, notant que le phonographe facilite l'entrée dans les foyers et permet de délivrer une partie du message même lorsque l'interlocuteur refuse les livres.[169]

La page 5 évoque également une action de mobilisation collective de grande ampleur : plus de deux millions et demi de personnes aux États-Unis auraient signé une pétition enjoignant aux responsables religieux de défendre publiquement leurs doctrines à la radio, démarche que ces derniers auraient refusée.[170] Cette mention, intégrée dans un article de fond sur la mission prophétique des témoins de Jéhovah, témoigne de la capacité de mobilisation institutionnelle du mouvement à cette période et illustre la stratégie de confrontation publique avec le clergé mise en œuvre par Rutherford.

La référence explicite en page 9 à la situation des témoins de Jéhovah en Allemagne constitue l'un des rares points d'ancrage géopolitique du numéro. La publication y cite nommément les « expériences du peuple de Jéhovah en Allemagne et ailleurs » pour illustrer sa thèse selon laquelle les craintifs souffrent davantage que les intrépides, en opposant les figures prophétiques d'Urija et de Jérémie.[171] Cette allusion intervient dans un contexte de persécution sévère : les organisations des témoins de Jéhovah avaient été interdites en Allemagne nazie dès 1933, et leurs membres subissaient arrestations et déportations pour avoir refusé le service militaire et la prestation de serment au régime hitlérien.[172] La rédaction transforme ainsi une réalité institutionnelle et politique contemporaine en argument théologique militant pour l'intrépidité.

La lettre d'Eero Nironen, secrétaire du bureau de Helsinki, publiée en page 16, atteste du fonctionnement de la structure organisationnelle internationale du mouvement à cette date.[173] Les chiffres de présence aux réunions d'étude du Béthel finlandais pour octobre 1937 — quatorze personnes le 12 octobre, treize le 19 et quinze le 26 — constituent un témoignage chiffré modeste mais précis de l'activité des filiales régionales à la veille de la Seconde Guerre mondiale.[174]

L'article doctrinal principal du numéro, consacré à la figure de Jérémie, s'appuie sur le cadre exégétique développé par Rutherford à partir de 1931 dans la trilogie Vindication, dont le troisième volume, paru en 1932, était explicitement consacré à la prophétie d'Ézéchiel sur le temple.[175] La publication renvoie d'ailleurs nommément à cet ouvrage pour approfondir l'interprétation d'Aggée, confirmant que le numéro s'inscrit dans la continuité directe de ce corpus doctrinal constitué dans les années précédentes.[176] Cette exégèse d'Ézéchiel, amorcée dès 1932 par Rutherford selon les sources consultées, faisait partie d'un effort plus large, à partir de 1925, consistant à puiser dans les livres prophétiques de l'Ancien Testament — Jérémie, Ézéchiel, les Psaumes — pour structurer la vision de la bataille d'Harmaguédon comme guerre universelle conduite par Dieu.[177]

Références

  1. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 1.
  2. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 1.
  3. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 1.
  4. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 2.
  5. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 2.
  6. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 2.
  7. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 2.
  8. La Tour de Garde — 1er janvier 1938, p. 2.
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