Charles Truax Betts
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Charles Truax Betts (6 août 1879 - 19 décembre 1959) était un dentiste de Toledo (Ohio, USA) qui lança sa croisade anti-aluminium aux États-Unis par l'intermédiaire du Golden Age. Il s'opposait aussi aux vaccinations, à l'utilisation du fluor dans l'eau ainsi qu'à l'aspirine. Selon l'historien José O. Solá, Betts obtint sa licence pour exercer la dentisterie dans l'Ohio en 1902 sans avoir été diplômé d'une école dentaire[1]. Il exerça la dentisterie pendant 57 ans entre Perrysburg et Toledo, et vécut à Maumee, Ohio[2]. Il fonda dans les années 1920 sa propre maison d'édition, la Research Publishing Company, basée à Toledo, pour diffuser ses écrits, dont un premier opuscule autoédité de 36 pages, An Opinion on Aluminum (1926), avant son ouvrage principal de 1928[3].
Betts fut membre de la First Presbyterian Church de Maumee à partir du 7 décembre 1924, avant d'en être « suspendu » le 1er avril 1941 ; ses funérailles furent néanmoins conduites par le pasteur de cette même église[4].
Origine de sa croisade
Selon les propres écrits de Betts, il aurait été atteint en 1913 d'une gastrite sévère l'obligeant à cesser sa pratique dentaire, avec un pronostic de trois mois de vie. Convaincu que l'aluminium en était la cause, il aurait éliminé tout ustensile en aluminium de son foyer et repris son activité huit semaines plus tard, se disant guéri[5]. Une autre version de cet épisode fondateur, rapportée par un auteur du Golden Age, situe le déclic lors d'un séjour dans une station thermale de l'Ouest américain : Betts y aurait remarqué que l'eau minérale devenait effervescente dans une tasse en aluminium, mais pas dans un récipient en verre utilisé par une autre personne, ce qui l'aurait mis sur la piste de l'aluminium[6]. C'est cet épisode fondateur, sous l'une ou l'autre de ses versions, qui est à l'origine de sa campagne de plus de trois décennies contre l'aluminium.
Relation avec la Watch Tower
Le livre Aluminum Poisoning (1928) documente directement la manière dont Betts noua une relation avec la Watch Tower Society. L'ouvrage reproduit une lettre signée par Clayton J. Woodworth, alors rédacteur en chef du Golden Age, justifiant la publication des articles de Betts et d'un certain Dr William Held[7]. Woodworth y explique que la rédaction avait initialement fait confiance à la publicité vantant les ustensiles en aluminium, avant qu'une expérience personnelle (une pâte à tarte noircie au contact d'une plaque d'aluminium) ne le convainque du bien-fondé des mises en garde de Betts et Held. Il précise également que la publication de ces articles suscita un abondant courrier de lecteurs témoignant avoir abandonné l'usage de l'aluminium.
Le Dr William Held, présenté dans le livre comme président puis directeur général de la « United States Health League » de Chicago, est cité à plusieurs reprises aux côtés de Betts, notamment pour un article intitulé « Disease and Early Grave via Our Modern Kitchen » (The Golden Age, 16 novembre 1927, p. 107-110)[8]. Aucune trace de cette organisation ni de ce personnage n'a pu être retrouvée en dehors des propres publications de Betts.
Selon José O. Solá, le Dr George D. Beal, de l'université de Pittsburgh, notait à l'époque que Betts et Held étaient les deux seuls professionnels à soutenir de telles thèses sur l'aluminium, les qualifiant respectivement de « dentiste de Toledo » et de « médecin publicitaire de Chicago... associé à de nombreux prétendus "instituts de santé" »[9].
Betts publia dans The Golden Age pendant plus d'une décennie (1925-1935), puis dans Consolation, le successeur du Golden Age, jusqu'en 1939 au moins. La Watch Tower publia plus de 130 articles sur le sujet de l'aluminium entre 1925 et 1969, la croisade ne prenant officiellement fin qu'en 1962[10].
Enquête de la Federal Trade Commission
Au-delà des minutes du Docket 540 qu'il cite comme source dans son livre (voir ci-dessous), Betts affirme avoir lui-même fait l'objet d'une enquête personnelle de la Federal Trade Commission. Il rapporte qu'un avocat de la FTC serait venu examiner ses comptes et sa correspondance, l'informant qu'il était accusé de conspiration et de violation du Clayton Act ; ses deux livres autoédités, An Opinion on Aluminum et Aluminum Poisoning, auraient alors été confisqués[11]. Betts affirme également, sans preuve vérifiable, qu'un de ses promoteurs aurait été volontairement poussé sous un train et rendu invalide pour l'empêcher de poursuivre la diffusion de ses livres — une allégation relevant de la théorie du complot qu'aucune source indépendante ne vient corroborer.
Contenu et méthode d'Aluminum Poisoning
L'ouvrage se présente moins comme une démonstration scientifique linéaire que comme une accumulation de pièces à conviction hétérogènes — extraits de presse, témoignages de lecteurs, citations médicales décontextualisées — destinées à emporter la conviction par le nombre plutôt que par la rigueur. Betts y attribue à l'aluminium un spectre de pathologies très large (troubles gastriques, maladies cardiaques, cancer, troubles nerveux) et consacre même un chapitre, intitulé « Race Suicide », à une prétendue corrélation entre l'usage de l'aluminium et le déclin de la natalité, comparant les taux de natalité français et allemand[12]. Le chapitre « Group Poisoning Cases » illustre bien sa méthode : des faits divers de presse rapportant des intoxications alimentaires collectives — imputées par les articles sources eux-mêmes à une intoxication ptomaïnique d'origine bactérienne — y sont présentés comme des preuves d'empoisonnement à l'aluminium, la seule présence de l'ustensile dans la cuisine concernée suffisant à l'accusation[13]. Betts affirmait par ailleurs, sans fondement scientifique, que l'aluminium serait un métal « lumineux » ou radioactif comparable au radium, et que la vaisselle en aluminium serait présente dans « 99 % » de tous les cas d'empoisonnements collectifs qu'il recensait[14].
Betts s'opposait également à la fluoration de l'eau — position paradoxale pour un dentiste, la fluoration étant reconnue pour prévenir les caries — et publia sur le sujet en 1953[15], ainsi qu'au brossage des dents chez les enfants de moins de 15 ans, qu'il jugeait inutile voire néfaste hors maladie[16]. Il qualifiait par ailleurs la majorité des médecins américains de praticiens « de pure charlatanerie »[17].
Le médecin et polémiste médical Morris Fishbein, rédacteur du Journal of the American Medical Association, qualifia les thèses de Betts de « pernicieuses »[18], ce à quoi Betts répondit dans un article du Golden Age intitulé « Answer to Dr. Morris Fishbein » (10 septembre 1928).
Livres
- Aluminium Poisoning (Toledo, Ohio, U.S.A., 1928)[19].
- An Opinion on Aluminum; A Series of Articles (Toledo, Ohio, Research Publishing Co., 1926, 36 p., autoédité)[20].
- Dare We Use Aluminium Cooking Utensils? (Toledo, Ohio, 1932).
- Dangers of Fluorine in our Water Supply (Toledo, Ohio, Research Publishing Co., 1953)[21].
Articles dans la revue Golden-Age
- "Is Aluminum a Poison? An Opinion." The Golden Age. March 7, 1925 pp. 359-363.
- "An Opinion Upon Aluminum Kitchen Utensils." The Golden Age. August 8, 1928 pp. 710-713.
- "Answer to Dr. Morris Fishbein." The Golden Age. September 10, 1928. pp.814-816.
- "Aluminum in City Drinking Water." The Golden Age. Oct. 3, 1928 p. 16.
- "Cancer Caused by Chemical Poisons." The Golden Age. Nov. 14, 1928 p.115.
- "Lightning Workers." The Golden Age. Dec. 12, 1928 pp. 172-173.
- "The Way of the Reformer." The Golden Age. Jan. 9, 1929 p. 244.
- "Is 'Sodium Aluminum Sulfate' Alum?" The Golden Age. June 26, 1929. pp.623-627.
- "Organic Aluminum is a Poison Too." The Golden Age. August 7, 1929. pp. 720-721.
- "Do Aluminum Kitchen Utensils Have a Clean Bill of Health?" The Golden Age. August 21, 1929 pp.754-756.
- "Coffee Poisoning by Aluminum" The Golden Age. September 18,1929. pp. 824-825.
- "Answer the Worlds Greatest Food Authority." The Golden Age. May 14, 1930 pp. 527-528
- "Aluminum Cooking Recipes" The Golden Age. Oct. 15, 1930 p. 49.
- "How to Test An Aluminum Cooking Utensil." The Golden Age. June 24, 1931 p. 628.
- "Truth Comes to the Surface Quickly" The Golden Age 13 Avril 1932 p. 442.
- "Poisoning by Aspirin" The Golden Age du 27 Février 1935 p. 343.
- "Who are the Quacks?" Consolation. Feb 23, 1938. pp. 11-12.
- "Does the Government Encourage Illness?" Consolation. Feb 22, 1939, pp.10-11.
Sources
- Jerry Bergman, « Aluminum: Satan's Metal and Killer of Millions? The Watchtower's Incredible Crusade Against Aluminum », JW Research, 17 juillet 2021 en ligne.
Références
- ↑ José O. Solá, « Toledo Dentist Charles Betts and the Health Crusade Against Aluminum », Ohio History, vol. 118, 2011, p. 91-111, citant Donald McNeil.
- ↑ Jerry Bergman, « Aluminum: Satan's Metal and Killer of Millions? The Watchtower's Incredible Crusade Against Aluminum », JW Research, 17 juillet 2021, en ligne, citant l'avis de décès du Toledo Blade du 21 décembre 1959, p. 14.
- ↑ Bergman, op. cit.
- ↑ Bergman, op. cit.
- ↑ Charles T. Betts, Aluminum Poisoning, Toledo, Research Publishing Co., 1928.
- ↑ Bergman, op. cit.
- ↑ Charles T. Betts, Aluminum Poisoning, Toledo, Research Publishing Co., 1928, p. 197-199.
- ↑ Bergman, op. cit.
- ↑ Bergman, op. cit., citant Hopkins 1929, p. 247.
- ↑ Bergman, op. cit.
- ↑ Charles T. Betts, « The Way of the Reformer », The Golden Age, 9 janvier 1929, p. 244, cité dans Bergman, op. cit.
- ↑ Charles T. Betts, Aluminum Poisoning, Toledo, Research Publishing Co., 1928, p. 69-76.
- ↑ Charles T. Betts, Aluminum Poisoning, Toledo, Research Publishing Co., 1928, p. 115-129.
- ↑ Bergman, op. cit., citant Betts 1932, p. 442 et Betts 1938, p. 10.
- ↑ Bergman, op. cit.
- ↑ Bergman, op. cit., citant Betts 1928, p. 211.
- ↑ Bergman, op. cit., citant Betts 1938, p. 12.
- ↑ Morris Fishbein, « The Month in Medical Science », Scientific American, vol. 136, janvier 1927, p. 26-27.
- ↑ L'ouvrage reprend des témoignages du Docket n°540 de la Federal Trade Commission, une affaire portant sur l'usage de l'alun dans la levure chimique (Royal Baking Powder Company).
- ↑ Bergman, op. cit.
- ↑ Bergman, op. cit.
