La Tour de Garde du 1er mai 1930
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| La Tour de Garde du 1er mai 1930 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1930 |
| Année | 1930 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Le document s'articule principalement autour d'une réflexion théologique approfondie sur la nature du mal à partir d'Ésaïe 45:7, verset dans lequel Jéhovah se présente comme celui qui « crée le mal ». La publication y propose une distinction sémantique entre le mal entendu comme adversité ou affliction d'origine divine, et la méchanceté morale qu'elle attribue exclusivement à Satan et à la désobéissance humaine. Le numéro aborde également des thèmes eschatologiques liés aux « derniers jours » et à l'année 1914 comme point de départ de la détresse mondiale contemporaine.
Ce document offre un témoignage précieux sur la manière dont la théologie de la Watch Tower des années 1930 cherchait à résoudre la question de la théodicée tout en consolidant son cadre prophétique. Il illustre la méthode exégétique propre à la publication, qui récuse l'autorité des lexicographes profanes pour revendiquer une herméneutique fondée sur l'esprit divin, et permet ainsi de mesurer l'évolution doctrinale du mouvement dans la période charnière précédant l'adoption du nom « Témoins de Jéhovah » en 1931.
Contenu
Paix et mal
Cet article constitue la contribution principale du numéro. Il s'ouvre sur la citation d'Ésaïe 45:7 — « Je forme la lumière et crée les ténèbres ; je fais la paix et je crée le mal. C'est moi, l'Éternel, qui fais tout cela. » — et propose une élaboration théologique approfondie sur la nature de la paix et du mal tels que la publication les attribue à Jéhovah.[1]
La publication s'emploie d'abord à réconcilier l'affirmation divine selon laquelle Jéhovah est à la fois le Dieu de la paix et le Dieu de la guerre. Elle cite Romains 16:20 pour établir que Dieu fera la guerre à Satan, et Ecclésiaste 3:3, 8 pour soutenir qu'il existe un temps propice à chaque chose, y compris la guerre.[2]
Le mal défini
La publication affirme que les lexicographes séculiers ne peuvent fournir de définitions correctes des termes bibliques, car ils ne connaissent pas Dieu et ne possèdent pas son esprit.[3] Elle distingue ensuite soigneusement entre le « mal » (evil) et ce qui est moralement mauvais ou pervers. Selon la publication, « selon les Écritures, le "mal" désigne ce qui apporte l'adversité ou la blessure, l'affliction ou la douleur. Ce n'est pas nécessairement moralement mauvais. »[4]
La mort est présentée comme un grand mal en ce qu'elle est l'opposé de la vie, tout en n'étant pas injuste en soi : elle constitue la punition que Dieu a instituée pour la violation délibérée de sa loi, conformément à Genèse 2:17.[5] La publication développe ensuite la règle divine annoncée à Israël par Moïse en Deutéronome 30:15-19, selon laquelle l'obéissance apporte la vie et la désobéissance entraîne le mal.[6]
Le mal et la faute
La publication établit une distinction formelle entre le mal et la faute morale. Elle pose en principe que « toute faute ou mauvaise action est un mal, mais tout mal n'est pas une faute. »[7] Elle précise que l'administration de la justice est toujours juste, même si elle inflige de la souffrance à celui contre qui elle est exercée, et que la justice et le jugement constituent la demeure du trône de Jéhovah, en s'appuyant sur Psaume 89:14.[8]
La publication soutient que tout jugement ou décret imposé par rancune, haine ou malice est mauvais et injuste, tandis qu'un décret rendu et appliqué par l'autorité légitime dans l'administration honnête de la justice est juste, même s'il provoque de la souffrance.[9] Elle souligne à cet égard que Michée 6:8 expose les exigences de Jéhovah envers tous ceux qu'il approuve : agir avec justice, aimer la bonté et marcher humblement avec Dieu.[10]
Calamités
La publication procède à l'examen des calamités historiques décrites dans les Écritures. Elle soutient que chacune des calamités envoyées par Dieu à des peuples particuliers était un acte juste.[11] Elle traite notamment des plaies d'Égypte, rappelant que Pharaon refusa de libérer les Israélites et interpella Moïse par « Qui est Jéhovah, pour que j'obéisse à sa voix ? », avant que Dieu ne détruise l'armée égyptienne dans la mer Rouge.[12]
Sont également évoqués les Amalécites, descendants d'Ésaü, qui maltraitèrent le peuple d'Israël et contre qui Saül fut envoyé avec une armée, selon 1 Samuel 15:2-7.[13] La publication mentionne encore l'armée assyrienne qui se présenta devant Jérusalem et défia le nom de Dieu Tout-Puissant : en une seule nuit, l'ange de Dieu frappa 185 000 soldats, selon Ésaïe 36-37.[14] La destruction de Sodome et Gomorrhe est présentée selon le même schéma interprétatif.[15] Dans chacun de ces cas, la publication affirme que ces calamités avaient pour but de maintenir le nom de Jéhovah devant les creatures et de démontrer que Satan n'est pas le Tout-Puissant.[16]
L'affliction d'Israël
Cette sous-section traite d'Israël comme organisation typique de Jéhovah, établie pour préfigurer ses desseins.[17] Israël reçut la charge de représenter Jéhovah parmi les nations ; son infidélité et son attachement aux faux dieux entraînèrent une grande calamité : la destruction de Jérusalem et la déportation de sa population en terre étrangère. La publication cite Jérémie 44:26-28 et Ézéchiel 36:21-23 pour affirmer que ce châtiment fut administré pour le nom de Jéhovah et que Dieu promet encore de restaurer Israël pour montrer à toutes les nations qu'il est le seul Dieu vivant.[18]
La publication cite Amos 3:1-2, 6 pour souligner la responsabilité particulière d'Israël en tant que peuple d'alliance de Jéhovah : « Y a-t-il un malheur dans une ville, que l'Éternel n'en soit l'auteur ? »[19]
Dieu se repent
La publication aborde la question des passages scripturaires affirmant que Dieu se repent, notamment Exode 32:14 et Jérémie 18:8. Elle soutient que ce « repentir » divin ne constitue pas une reconnaissance d'une erreur de conduite, mais signifie que Dieu inverse ou modifie son cours d'action pour le bien de ses créatures.[20] L'exemple des Israélites adorant le veau d'or est cité pour illustrer le fait que l'intercession de Moïse conduisit Jéhovah à changer son intention de les détruire.[21]
Le prince du mal
La publication développe le thème de Lucifer, défini comme un prince ayant reçu un pouvoir délégué par Jéhovah, notamment le pouvoir de donner la mort.[22] En s'appuyant sur Ézéchiel 28:13-15 et Hébreux 2:14, elle affirme que Lucifer fut placé comme surveillant de l'homme et se révolta en refusant d'exercer le pouvoir de mort contre Adam après sa désobéissance, raisonnant que si Adam péchait et n'était pas mis à mort, Dieu paraîtrait menteur aux yeux de toutes ses créatures.[23]
Depuis sa défection, Satan conserve selon la publication son pouvoir de mort qu'il exerce illégitimement, comme l'atteste le récit de Job en Job 2:6.[24] La publication affirme que Jésus le désignait comme « le prince de ce monde » selon Jean 12:31, et comme « le prince de la puissance de l'air » selon Éphésiens 2:2, ce qui lui conférerait la capacité de provoquer tempêtes, ouragans et inondations.[25] La publication soutient que c'est Satan, et non Dieu, qui déchaîna la tempête sur la mer de Galilée contre Jésus, selon Marc 4:37, et qu'il provoqua le grand vent qui détruisit les enfants et les biens de Job selon Job 1:12-19.[26]
La publication avance ainsi que les nations dites civilisées ont eu tort d'inscrire dans leurs lois et contrats l'idée que Jéhovah est responsable des inondations, tempêtes et désastres naturels, soutenant que « le Diable lui-même est responsable de telles calamités. »[27]
La publication conclut cette sous-section en décrivant comment Satan a obtenu le contrôle des dirigeants du christianisme organisé dès les premiers siècles de l'ère chrétienne et a utilisé des organisations portant le nom du Christ pour exercer une iniquité étendue.[28] Elle va jusqu'à affirmer que Satan a manœuvré les professed followers of Christ en Amérique pour adopter la loi prohibitionniste, et que « beaucoup de gens inoffensifs ont été délibérément assassinés sous prétexte de faire respecter cette prétendue loi morale. »[29] L'article s'achève par une série de questions pour l'étude bérénienne, couvrant les paragraphes 1 à 37, et porte la mention « À suivre ».[30]
Les vrais chrétiens
Ce texte, présenté comme une conférence radiophonique de quinze minutes, aborde la question de l'identité des vrais chrétiens. La publication affirme d'emblée que le simple fait de se dire chrétien ne prouve pas qu'on l'est, en s'appuyant sur plusieurs déclarations de Jésus.[31] Elle cite notamment Matthieu 15:7-8 à propos des hypocrites, Jean 16:2 à propos de ceux qui pensaient rendre service à Dieu en tuant, et Matthieu 7:21 à propos de ceux qui invoquent le nom du Seigneur sans faire sa volonté.[32]
La publication définit le vrai chrétien comme celui qui a conclu une alliance par sacrifice avec le Seigneur, renonçant à son droit de vivre sur la terre et s'engageant à prêcher le royaume à venir.[33] Elle soutient que « ces vrais chrétiens n'étaient pas autorisés à prêcher la politique, ni des réformes sociales ou morales. Une telle ligne de conduite n'est pas mentionnée dans les Écritures. »[34]
Deux critères distinctifs du vrai chrétien sont présentés : premièrement, il prêchera le royaume à venir et ses bénédictions ; deuxièmement, il sera l'objet de reproches, de calomnies et de persécutions pour ce témoignage.[35] La publication cite à l'appui Luc 6:22-23, Jean 15:19-20 et 1 Pierre 4:12-14.[36]
L'exemple de Paul est développé en détail : ancien membre d'une grande organisation religieuse populaire — les Pharisiens — il devint un vrai chrétien, souffrit la persécution jusqu'à la mort, et déclara en Philippiens 3:7-8 compter tout comme une perte pour la valeur éminente de la connaissance de Christ Jésus.[37]
La publication définit enfin le sens de l'expression « surmonter le monde », affirmant qu'elle ne désigne pas le fait de vaincre de mauvaises habitudes, mais de s'abstenir de coopérer aux méthodes et aux plans du monde, car ils sont contraires aux desseins de Dieu.[38] Elle dénonce comme des méthodes de Satan la Société des Nations, la fédération des Églises et la législation morale coercitive, affirmant que ceux qui y font opposition sont traités de « "rouge", "bolchéviste" et "anarchiste", et dénoncés comme traîtres à leur pays. »[39]
Preuves que nous vivons dans les derniers jours
Cette conférence radiophonique de trente minutes constitue le troisième article principal du numéro. Elle s'ouvre sur l'affirmation que quiconque aime Jéhovah et croit que la Bible est sa Parole doit s'intéresser au sujet des « derniers jours ».[40] La publication cite 2 Timothée 3:1-5 dans son intégralité pour dépeindre les conditions des derniers jours — amour de soi, arrogance, impiété, manque d'affection naturelle, amour du plaisir plutôt que de Dieu — et affirme que Paul aurait pu difficilement mieux décrire les conditions contemporaines.[41]
La publication prend soin de préciser que les émissions de la Watch Tower ne constituent pas de la propagande et ne cherchent ni à obtenir de l'argent ni à faire adhérer à une organisation, affirmant que « le seul but de ces émissions est de planter un espoir de jours meilleurs dans les esprits et les cœurs des gens. »[42]
La conférence développe ensuite la doctrine cosmologique : Dieu créa la terre pour qu'elle soit habitée à jamais selon Ésaïe 45:18, Psaume 115:16 et Ecclésiaste 1:4, et non pour être détruite.[43] Elle expose la chute de Lucifer devenu Satan, s'appuyant sur Ézéchiel 28:14 et Ésaïe 14:12-15 pour décrire l'ambition de Lucifer d'avoir un royaume personnel et la séduction d'Ève en Genèse 3:6.[44]
La publication affirme que Dieu décida de ne pas entraver Satan pendant approximativement 6 000 ans, mais résolut qu'il y aurait un « second Adam » — le Seigneur Jésus-Christ ressuscité selon 1 Corinthiens 15:45-47 — à qui mille ans seraient accordés pour accomplir l'œuvre que le premier Adam avait manqué.[45]
L'expression « fin du monde » est interprétée comme désignant non la destruction de la terre, mais la fin du règne de Satan, « la fin de toutes les institutions oppressives et égoïstes de la terre, la fin de la corruption, la fin de l'hypocrisie et de la façade ».[46]
S'appuyant sur la chronologie biblique et les faits physiques, la publication affirme que « les "derniers jours" ont commencé en 1914 et se termineront dans un avenir très proche par ce que la Bible appelle "la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant", autrement appelée "la bataille d'Harmaguédon". »[47]
La conférence examine plusieurs textes prophétiques, notamment Ésaïe 13:4-9 et Ésaïe 34:2, 8-9, présentés comme des descriptions symboliques et non littérales de la destruction de l'organisation du Diable.[48] Le feu de Malachie 4:1 est interprété comme non littéral, la preuve en étant que le cormoran, le hibou et les bêtes sauvages y habiteront selon les versets suivants.[49] La publication rejette explicitement la doctrine du tourment éternel en affirmant que si les orgueilleux et les méchants sont détruits sans qu'il reste ni racine ni branche, ils ne peuvent pas être en tourment éternel.[50]
La conférence se conclut sur la description de l'œuvre de Christ durant le Millénium : il sera roi sur toute la terre, bénira toutes les familles de la terre, et tous les morts ressusciteront pour apprendre pour la première fois le nom de Jésus-Christ, seul nom par lequel on peut être sauvé selon Actes 4:12. La publication cite Jérémie 31:33-34 pour décrire la grande école millénaire et cite Paul en 1 Timothée 2:3-4 selon lequel Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.[51] Elle affirme que cela nécessite une résurrection pour que ceux qui moururent avant la venue de Jésus, les nourrissons et les païens puissent entendre parler de lui et avoir l'opportunité de l'accepter comme Sauveur pour obtenir la vie éternelle sur la terre.[52]
Les preuves que nous vivons dans les derniers jours (suite)
La suite de l'article sur les signes des temps développe les preuves scripturaires censées confirmer que l'humanité vit dans les « derniers jours » de l'organisation de Satan. La publication mobilise une série de passages prophétiques pour étayer la thèse que 1914 marque le début du règne du Christ. Elle affirme que « l'une des principales preuves est la chronologie biblique, qui montre que Christ a pris son pouvoir et commencé à régner en l'an 1914 » .[53]
À partir de cette date, l'article recense les « signes des temps » comme autant d'accomplissements prophétiques. La Première Guerre mondiale, survenue en 1914, est présentée comme la réalisation de la prophétie de Matthieu 24:7 sur les guerres entre nations, suivie selon le texte des pires famines, pestilences et tremblements de terre de l'histoire humaine.[54] La publication s'appuie également sur Matthieu 24:37-39 pour souligner que, comme au temps de Noé, la population serait aveugle à l'imminence du jugement, trop occupée par les affaires ordinaires de la vie pour prêter attention aux avertissements.[55]
Un autre « signe » invoqué est tiré de Jacques 5:3-6, présenté comme annonçant la concentration prodigieuse des richesses dans les derniers jours et leur mauvais usage par les riches.[56] La publication cite encore 1 Thessaloniciens 5:4, Daniel 12:10 et Apocalypse 11:17-18 pour affirmer que seuls les « sages » comprendraient les événements, tandis que les nations, devenues furieuses en 1914, accomplirent ainsi elles-mêmes la prophétie.[57]
La conclusion de l'article est eschatologique : la destruction de l'organisation de Satan aurait commencé en 1914 et serait sur le point de s'achever par la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant. La publication promet que « le refuge de mensonges sera balayé, et tout le peuple sera délivré de Satan et de ses agents » , après quoi s'ouvrira selon elle une ère de santé, liberté, paix, bonheur, justice et vie éternelle pour tous ceux qui obéiront aux lois du nouveau royaume.[58] Ceux qui refuseraient d'obéir connaîtraient quant à eux ce que la publication nomme une « destruction miséricordieuse dans la seconde mort ».[59]
Courrier des lecteurs
La section des lettres rassemble des témoignages de lecteurs et de membres de congrégations adressés à Joseph Rutherford, présentés comme des expressions spontanées de gratitude envers la Société et sa littérature. Ces lettres constituent un matériau sociologique précieux pour comprendre la relation d'autorité entre Rutherford et la base des étudiants de la Bible à cette époque.[60]
Un correspondant signataire du nom de Stanley Huxtable déclare que les ouvrages de Rutherford, notamment The New Government, lui ont fourni « une connaissance de la disposition de Jéhovah pour le bénéfice de l'humanité, et de la présence de notre Seigneur Jésus Christ, qui était de la nourriture au moment opportun » .[61]
La congrégation de Sarrebruck, représentée par son secrétaire Hubert Schmützler, exprime dans sa lettre la solidarité spirituelle des assemblées européennes avec la direction américaine de la Société. Elle compare Rutherford à Moïse et Josué, affirmant qu'il ne se cache pas derrière les lignes de bataille mais fait face aux bastions de l'organisation de Satan.[62] La lettre invite Rutherford à venir prononcer une conférence publique dans le bassin de la Sarre afin d'y démasquer l'organisation ennemie.[63]
Une congrégation non identifiée, dont la lettre est signée par son secrétaire G. Edwin, exprime sa conviction que « le contenu des nouveaux livres et brochures nous donne toujours l'assurance que cela ne peut être écrit que par l'esprit de Dieu » .[64] Ce même correspondant précise que la littérature de la Tour de Garde permet aux membres de discerner de quel côté vient l'influence lorsque des « frères égarés » cherchent à approcher la congrégation, formule qui désigne vraisemblablement les dissidents et opposants à l'autorité de Rutherford dans les années qui suivirent la crise de 1917.[65]
Une lectrice du Missouri, Ethel Thayer, se montre particulièrement enthousiasmée par un article paru dans le numéro du 15 novembre de The Watch Tower sur le nom de Jéhovah, affirmant que la phrase « La parole de Dieu et son nom, et leur justification, sont plus importants que toutes les leçons que les créatures pourraient apprendre par l'expérience » la transporte d'enthousiasme.[66] Cette formule illustre bien la centralité croissante du thème de la justification du nom divin dans la théologie de Rutherford à cette période.[67]
Une colporteuse, Lillian J. C. White, témoigne de l'efficacité du ministère radiophonique sur sa propre activité de placement de littérature, notant que dans les territoires où les auditeurs ont accès aux émissions de stations comme WBBR ou WGBT, les colporteurs rencontrent une meilleure réception et parviennent à placer davantage de publications.[68] Ce témoignage reflète l'importance que la Société Watch Tower accordait à cette époque à la radiodiffusion comme outil d'évangélisation complémentaire au porte-à-porte.[69]
Nominations de prédicateurs itinérants
La dernière partie du numéro publie le calendrier des déplacements des prédicateurs itinérants de l'Association internationale des étudiants de la Bible pour le mois de mai 1930, couvrant l'Amérique du Nord dans sa quasi-totalité.[70] Parmi les noms figurant dans ces nominations, on note celui d'A. H. Macmillan, prédicateur de premier plan dans l'organisation, dont le circuit couvre Indianapolis, Muncie, Dayton, Columbus et Cleveland en Ohio et Indiana.[71] Le document mentionne également les études bibliques béréennes de l'IBSA, avec l'annonce des thèmes qui seront traités lors des semaines à venir, notamment des études sur « Le Fils de l'Homme » et « L'esclave fidèle et avisé ».[72]
Croyances
Le numéro du 1er mai 1930 de La Tour de Garde articule plusieurs positions doctrinales majeures, organisées autour de deux axes principaux : une théodicée distinguant le mal divin du mal satanique, et une eschatologie centrée sur le concept des « derniers jours » ancrés en 1914.
La nature du mal selon Ésaïe 45:7
L'article central du numéro, intitulé « Peace and Evil » (Paix et Mal), prend pour point de départ le verset d'Ésaïe 45:7 — « Je forme la lumière et crée les ténèbres ; je fais la paix et crée le mal. Moi, l'Éternel, je fais toutes ces choses. » — pour développer une distinction sémantique entre le « mal » (evil) et la « méchanceté » (wrong ou wickedness).[73]
La publication soutient que la difficulté d'interprétation de ce verset provient d'une mauvaise compréhension du terme « mal » par les lexicographes mondains, qui le définissent comme ce qui possède de mauvaises qualités morales. La publication affirme que Dieu ne saurait créer quoi que ce soit de moralement corrompu, et que le terme « mal » dans les Écritures désigne ce qui apporte adversité, affliction ou chagrin, sans nécessairement impliquer une dimension morale.[74] Ainsi, la mort est présentée comme « un grand mal. Elle est l'exact opposé de la vie, et aucun plus grand malheur ne pourrait frapper une créature que de perdre sa vie. »[75] La publication insiste sur le fait que Dieu a ordonné la mort comme peine juste pour la violation délibérée de sa loi, et qu'un tel châtiment était non seulement légitime mais intrinsèquement juste.[76]
La distinction entre mal, méchanceté et injustice
Le raisonnement développé sur plusieurs pages repose sur une hiérarchie de concepts : tout acte de méchanceté est un mal, mais tout mal n'est pas un acte de méchanceté. La publication formule cette distinction ainsi : « Toute méchanceté est un mal, mais tout mal n'est pas une méchanceté. Un acte d'injustice est toujours mauvais et cause généralement un mal à autrui. L'administration de la justice est juste, et entraîne souvent un mal pour celui contre qui elle s'applique. »[77]
Cette distinction fondamentale permet à la publication de justifier théologiquement les catastrophes historiques — plaies d'Égypte, destruction de Sodome et Gomorrhe, anéantissement de l'armée assyrienne devant Jérusalem — comme autant d'actes divins justes, non comme des manifestations de méchanceté. La publication affirme que l'extermination de 185 000 soldats assyriens en une nuit (Ésaïe 36-37) constitua un mal justement infligé « afin que le nom de Jéhovah Dieu soit maintenu devant ses créatures »[78]. La motivation centrale de tous ces actes divins est ainsi identifiée à la « vindication » (justification ou réhabilitation) du nom de Jéhovah face aux entreprises de Satan visant à le discréditer auprès de l'humanité.[79]
Le rôle de Satan et les calamités naturelles
Une section intitulée « Prince of Evil » développe la doctrine concernant Lucifer, présenté comme un « prince » doté par Jéhovah d'une autorité déléguée et du pouvoir d'infliger la mort.[80] La publication affirme que Lucifer, devenu Satan après sa déchéance, conserve ce pouvoir jusqu'à nos jours et s'en sert de manière illégitime. Elle soutient que « Satan possède un tel pouvoir, et puisqu'il fit de répétées tentatives pour détruire le Seigneur Jésus, il devait être responsable de cette tempête sur la mer de Galilée »[81]. Par extension, la publication attribue à Satan la responsabilité de toutes les calamités naturelles — tempêtes, cyclones, inondations et incendies — qui affligent l'humanité depuis la déchéance d'Israël, nation typique de Jéhovah.[82]
La publication dénonce par ailleurs ce qu'elle appelle une manipulation satanique à grande échelle : les nations civilisées auraient intégré dans leurs lois et contrats l'idée que Jéhovah est responsable de ces catastrophes naturelles — notamment par la formule juridique de « force majeure » — contribuant ainsi, selon la publication, à éloigner les peuples de Dieu.[83] La publication va jusqu'à citer en exemple la loi américaine sur la Prohibition, présentée comme un instrument de Satan qui, en faisait tuer des gens innocents sous couvert d'une loi soi-disant morale, a « jeté le discrédit sur le nom de Jéhovah et détourné de nombreux hommes et femmes du grand Dieu éternel »[84]. Cette prise de position anti-prohibitionniste est notable dans le contexte de l'Amérique de 1930, où la Prohibition était encore en vigueur.
Le vrai chrétien : définition et critères d'identification
Un article radiophonique de quinze minutes, intitulé « True Christians » (Les vrais chrétiens), propose une définition de l'identité chrétienne authentique entièrement fondée sur l'activité de prédication et l'expérience de la persécution. La publication y affirme que « le seul moyen de remplir leur alliance par le sacrifice est de prêcher ce royaume à venir et ses bénédictions »[85]. Tout chrétien qui prêche le royaume à venir sera inévitablement persécuté ; inversement, la persécution devient un signe de validation divine. La publication présente la prédication de réformes politiques, sociales ou morales comme incompatible avec la mission chrétienne authentique, au motif que « une telle démarche n'apporte jamais de reproche ni de persécution au prédicateur »[86]
La publication rejette également les associations telles qu'une « ligue des nations », une fédération d'Églises ou toute législation drastique comme autant de ruses de l'organisation de Satan pour détourner les chrétiens de leur véritable espoir : le Royaume de Christ.[87] Ceux qui prennent position contre ces schémas populaires sont, selon la publication, traités de « rouge », de « bolcheviste » et d'« anarchiste », et dénoncés comme traîtres à leur pays »[88]
Les « derniers jours » et la chronologie de 1914
L'article radiophonique de trente minutes intitulé « Proofs That We Are Living in the Last Days » (Preuves que nous vivons dans les derniers jours) constitue un exposé eschatologique structuré. La publication y définit les « derniers jours » non comme la fin du monde physique mais comme la fin du règne de Satan, afin d'écarter explicitement toute idée de destruction de la Terre.[89] La publication affirme que la Terre a été créée pour être habitée éternellement par des êtres humains parfaits (Ésaïe 45:18 ; Psaume 115:16 ; Ecclésiaste 1:4), et que la prière du Seigneur — « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » — ne pourrait être exaucée si la Terre devait être détruite.[90]
La publication développe une cosmologie dualiste dans laquelle Adam fut placé sous la tutelle de Lucifer, désigné comme « le chérubin oint qui couvre » (Ézéchiel 28:14), chargé de protéger les premiers humains contre tout danger.[91] La trahison de Lucifer entraîna la chute d'Adam et Eve, et donc le contrôle de Satan sur l'humanité tout entière. Le « second Adam » — Jésus-Christ ressuscité (1 Corinthiens 15:45-47) — est présenté comme chargé d'accomplir sur mille ans ce que le premier Adam avait manqué, à savoir remplir la terre d'une humanité heureuse et sans péché.[92]
En 1929, la Watch Tower avait déplacé le début des « derniers jours » de 1799 à 1914, et vers 1930 la « présence » de Christ était également déplacée de 1874 à 1914. Ce numéro témoigne de cette révision doctrinale accomplie : la publication affirme que « selon la chronologie biblique, les "signes des temps" et les réalités physiques, "les derniers jours" ont commencé en 1914 et s'achèveront dans un avenir très proche dans ce que la Bible appelle "la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant", autrement appelée "la bataille d'Armageddon" »[93]
La publication décrit la bataille d'Armageddon comme devant accomplir la destruction complète de l'empire du Diable et l'enchaînement de Satan pour mille ans (Apocalypse 20:1-7), après quoi Jésus-Christ regnera en tant que roi sur toute la Terre, instruit tous les peuples — y compris les milliards de morts ressuscités — dans la vérité divine, conformément à la prophétie de Jérémie 31:33-34.[94] La publication évalue à environ vingt milliards le nombre d'élèves qui fréquenteront cette « grande école » millénaire présidée par Jésus.[95] Ceux qui, malgré toutes ces opportunités, persisteraient dans la rébellion, recevraient la « seconde mort », décrite comme une « destruction éternelle » — formulation qui rejette explicitement la doctrine du tourment éternel.[96]
Croyances
La partie finale de ce numéro développe une eschatologie articulée autour de la notion de « derniers jours » (last days), dont la publication affirme qu'ils auraient débuté en 1914, année à laquelle le Christ aurait pris son pouvoir et commencé son règne.[97] Cette affirmation est présentée comme le fruit d'une démonstration chronologique fondée sur la Bible, que la publication reconnaît explicitement comme trop vaste pour être développée dans ce seul numéro, tout en la désignant comme « l'une des preuves principales est la chronologie biblique, qui montre que le Christ prit son pouvoir et commença son règne en l'an 1914 » .
La publication situe le début des « derniers jours » à une date précise, avancée comme point de référence de l'ensemble du raisonnement prophétique. Elle qualifie de « signes des temps » les accomplissements de prophéties relatives à cette période, en précisant que ces signes constituent des preuves ou des témoignages.[98] Ce cadre interprétatif est ensuite appliqué à des événements contemporains : la Grande Guerre de 1914 est présentée comme l'accomplissement de Matthieu 24:7, qui annoncerait guerres, famines, épidémies et tremblements de terre. La publication affirme que la Première Guerre mondiale fut suivie « par les pires famines, épidémies et tremblements de terre de toute l'histoire de la terre » .[99]
Un deuxième ensemble de signes scripturaires est invoqué pour étayer cette thèse. La publication cite Jacques 5:3-6 comme prophétie d'une accumulation démesurée de richesses dans les derniers jours, et mentionne également la figure de Noé comme préfiguration du rôle des prédicateurs contemporains, qui avertissent le monde sans être entendus, à l'instar du personnage biblique.[100] La comparaison avec Noé est tirée de Matthieu 24:37-39, dont la publication retient que les hommes seront absorbés par leurs occupations quotidiennes — mariages, constructions, repas — sans prêter attention à l'avertissement qui leur est adressé.[101]
Le texte conclut cette démonstration prophétique en affirmant que la destruction de l'organisation satanique a commencé en 1914 et sera bientôt achevée, et que la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant est imminente. La publication présente les bénéfices du règne du Christ selon un registre utopique — santé, liberté, paix, bonheur, justice et vie éternelle — pour ceux qui se soumettront à la nouvelle domination, tandis qu'une « miséricordieuse destruction dans la seconde mort pour tous ceux qui n'obéiront pas » est annoncée pour les récalcitrants.[102] Ce schème dualiste, opposant salut et destruction selon le critère de l'obéissance à la loi du nouveau royaume, constitue un trait caractéristique de l'eschatologie rutherfordienne de cette période.
En 1929, le début des « derniers jours » avait été déplacé de 1799 à 1914, et vers 1930, la « présence » du Christ fut également transférée de 1874 à 1914. Le numéro du 1er mai 1930 s'inscrit donc dans cette transition doctrinale majeure, en consolidant la date de 1914 comme pivot central du calendrier prophétique de la Watch Tower Society, au moment même où cette révision chronologique était en cours d'établissement sous la direction de Joseph Rutherford.[103]
Le numéro fait également appel à des textes prophétiques pour dépeindre les bénédictions promises au terme de la période de tribulation. Des passages d'Ésaïe, de l'Apocalypse et des Psaumes sont convoqués pour évoquer un monde futur sans maladie, sans mort, sans pleurs ni douleur, où les guerres auront cessé et où « la connaissance du Seigneur remplira la terre comme les eaux couvrent la mer » .[104] Ce tableau de la restauration universelle est présenté comme la contrepartie positive de la destruction du régime satanique, et s'appuie sur une série de références bibliques (Ésaïe 33:24 ; Apocalypse 21:4) que la publication dispose en sequence pour construire une vision cohérente du millénium à venir.
Contenu
Organisation et histoire
Le document ne contient aucune décision organisationnelle, aucun conflit interne ni aucun changement structurel explicitement évoqué en dehors des pages de garde administratives. La section de calendrier des conventions reproduite dans le numéro signale toutefois une activité de rassemblement intense au cours des mois de mai et juin 1930, avec des assemblées planifiées dans de nombreuses villes des États-Unis — Indianapolis, Columbus, Warren, New Haven, Cincinnati, Cleveland, New York, Saginaw, San Diego, Portsmouth — et dont les annonces indiquent des contacts désignés pour des groupes linguistiques distincts tels que l'allemand, le grec, le hongrois, le polonais, le roumain, le russe, le slovaque, l'italien, le lituanien ou encore l'ukrainien.[105] Cette organisation des assemblées par communautés linguistiques reflète, dans le document lui-même, la dimension multilingue et multinationale déjà établie du mouvement à cette date.
Le numéro présente par ailleurs deux conférences radiodiffusées reproduites intégralement dans ses pages, désignées respectivement comme une conférence de quinze minutes (« fifteen-minute radio lecture ») et une conférence de trente minutes (« thirty-minute radio lecture »).[106] La mention explicite du format radiophonique dans les titres mêmes des articles constitue une indication directe du rôle que la radio jouait alors dans la stratégie de diffusion de la publication, les textes imprimés dans la revue étant présentés comme des transcriptions de programmes destinés à l'antenne. Le numéro précise par ailleurs que « les programmes de la Watch Tower ne sont pas destinés à susciter un débat acrimonieux, mais à provoquer l'étude, la réflexion et l'investigation » , ce qui révèle une conscience explicite de la spécificité du médium radiophonique et du positionnement public que l'organisation entendait adopter vis-à-vis de son audience.[107]
Organisation et histoire
Le document ne contient aucune décision organisationnelle formelle, aucun changement structurel et aucun conflit interne explicitement traité en tant que tel. Deux éléments de nature historique méritent cependant d'être relevés, car ils témoignent de l'état du mouvement à ce moment précis de son développement doctrinal.
En premier lieu, la section théologique du numéro traite de la question chronologique sous-jacente à toute la prédication du mouvement en 1930. La publication affirme que « l'une des principales preuves est la chronologie biblique, qui montre que Christ a pris son pouvoir et commencé son règne en l'année 1914 » .[108] Cette affirmation s'inscrit dans un contexte doctrinal alors en pleine mutation : en 1929, le début des « derniers jours » avait été déplacé de 1799 à 1914, et c'est progressivement vers 1930 que la « présence » du Christ fut également rétrodatée de 1874 à 1914. La Tour de Garde du 1er mai 1930 illustre donc précisément cette phase de transition chronologique opérée sous la présidence de Joseph Franklin Rutherford : l'échec des prédictions de Russell à caractère adventiste avait rendu nécessaires des ajustements chez Rutherford, son successeur, qui déplaça le début des Derniers Jours dans son propre siècle, affirmant à partir des années 1930 qu'ils avaient commencé en 1914.
En second lieu, la rubrique des nominations de prédicateurs itinérants publiée dans ce numéro — désignés par le terme « appointments » dans le document — documente la structure organisationnelle décentralisée caractéristique de l'époque. La Société jouait un rôle administratif de soutien pour la coordination des itinéraires des « pèlerins » — conférenciers itinérants dépêchés pour donner des exposés lors des rassemblements locaux d'étudiants de la Bible — et pour le maintien de répertoires de classes autonomes, préservant ainsi le modèle d'association volontaire décentralisé du mouvement. Le numéro liste ainsi une dizaine de prédicateurs itinérants et leurs affectations pour les mois de mai et juin 1930, répartis dans de nombreuses villes du Canada et des États-Unis.[109] On y relève notamment le nom de A. H. Macmillan, figure marquante de l'organisation, dont le programme de conférences couvre alors l'Indiana et l'Ohio.[110] La rubrique mentionne également les « I.B.S.A. Berean Bible Studies » — études bibliques bérénnes de l'Association Internationale des Étudiants de la Bible — associées à des séries thématiques planifiées pour les semaines à venir, témoignant du maintien d'un programme d'étude collective structuré au niveau international.[111]
La dimension épistolaire du numéro, constituée de lettres de lecteurs adressées à Rutherford depuis différents pays, offre enfin un témoignage indirect sur l'état de l'organisation. La lettre de l'ecclésie de Sarrebruck (Sarre), signée par son secrétaire, manifeste un attachement fervent à la direction centralisant le mouvement depuis Brooklyn et évoque explicitement la situation particulière de ce territoire sous statut international d'après-guerre, en invitant Rutherford à venir donner une conférence publique à l'occasion d'un prochain séjour en Europe.[112] Cette lettre, parmi d'autres, illustre la dynamique de consolidation de l'autorité personnelle de Rutherford au sein du mouvement à la fin des années 1920 et au début des années 1930, période durant laquelle des milliers de membres avaient quitté les congrégations des étudiants de la Bible associées à la Watch Tower Society, en raison notamment des prédictions non réalisées pour 1925, d'une désillusion croissante face aux changements doctrinaux et organisationnels continus, et de la campagne de Rutherford pour un contrôle centralisé du mouvement.
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Paix et mal
Cet article principal du numéro occupe la majeure partie de la publication et est présenté comme un exposé doctrinal signé de la rédaction.[113] Son point de départ est le verset d'Ésaïe 45:7, dans lequel Dieu déclare former la lumière, créer les ténèbres, faire la paix et créer le mal. La publication pose d'emblée que cette formulation a été largement mal comprise et a conduit à une représentation fausse de Dieu.[114]
L'article entreprend de distinguer soigneusement trois termes : le « mal » (evil), le « tort » ou « mauvais agissement » (wrong ou wrongdoing), et la « méchanceté » (wickedness). La publication soutient que le terme biblique traduit par « mal » ne désigne pas nécessairement ce qui est moralement répréhensible, mais ce qui entraîne de l'adversité, de la souffrance ou de l'affliction. Elle affirme ainsi que « le mal désigne ce qui apporte l'adversité ou la blessure, l'affliction ou la douleur. Il n'est pas nécessairement moralement mauvais. » Cette distinction est présentée comme la clef permettant de concilier la bonté absolue de Dieu avec les calamités qu'il impose ou autorise.[115]
Pour illustrer cette thèse, l'article convoque successivement plusieurs épisodes de l'Ancien Testament : la mort imposée à Adam comme sanction d'une violation délibérée de la loi divine, les châtiments infligés aux Israélites pour leur rupture de l'alliance, les plaies d'Égypte, la destruction des Amalécites par Saül, la déroute de l'armée assyrienne devant Jérusalem, et l'anéantissement de Sodome et Gomorrhe.[116] Dans chaque cas, la publication avance que le « mal » infligé par Dieu était juridiquement juste et ne constituait pas un tort, car il émanait d'une autorité légitime agissant conformément à son droit.[117]
La publication développe ensuite une réflexion sur la notion de justice divine. Elle pose que « La justice et le jugement sont le fondement de ton trône : la miséricorde et la vérité marchent devant ta face. » (Psaume 89:14), ce qui signifie selon elle que tous les décrets judiciaires de Jéhovah sont droits, même lorsqu'ils entraînent souffrance et douleur.[118]
La section intitulée « Dieu se repent » (God Repents) examine les passages scripturaires où il est dit que Dieu se repent d'un mal qu'il avait pensé faire. La publication explique que ce « repentir » divin ne constitue pas une reconnaissance d'erreur, mais simplement un changement de ligne d'action au bénéfice des créatures.[119]
La section suivante, intitulée « Le prince du mal » (Prince of Evil), traite de Lucifer, décrit comme un officier de l'organisation de Jéhovah auquel avait été délégué le pouvoir de la mort. La publication soutient que Lucifer, devenu Satan, a usurpé ce pouvoir délégué et l'exerce désormais de manière illégitime. Elle avance que « en tant que prince de la puissance de l'air, Satan aurait le pouvoir de déchaîner des tempêtes, des ouragans, des inondations et des choses semblables qui apporteraient de grandes calamités sur les peuples. »[120] C'est donc à Satan, et non à Dieu, que la publication impute la responsabilité des catastrophes naturelles frappant l'humanité depuis la chute d'Israël en tant que peuple typique.[121]
L'article signale également que les nations civilisées ont inscrit dans leurs lois et leurs contrats l'idée que Jéhovah serait responsable des inondations, tempêtes et autres catastrophes, ce que la publication dénonce comme une erreur servant le dessein de Satan de détourner les hommes de Dieu.[122] Il est précisé que les lois humaines désignent habituellement ces événements comme des « actes de Dieu » (acts of God), formule que la publication rejette explicitement. L'article se clôt sur une note eschatologique, annonçant que Dieu réservera la grande bataille finale pour venger son nom en temps voulu, et que d'ici là c'est Satan qui reste responsable des maux frappant l'humanité.[123] L'article est annoncé comme devant être continué dans un numéro ultérieur.[124]
Les vrais chrétiens
Ce second texte est présenté comme une conférence radiophonique de quinze minutes.[125] Il reprend une argumentation caractéristique de la période Rutherford sur la distinction entre les chrétiens authentiques et ceux qui n'en ont que l'apparence. La publication s'appuie sur plusieurs passages des évangiles pour montrer que Jésus lui-même avait averti que beaucoup se réclamant de lui ne lui appartiendraient pas véritablement, notamment en citant Matthieu 7:21, Luc 6:46 et Jean 16:2.[126]
La publication définit le vrai chrétien comme celui qui a conclu une « alliance par le sacrifice » avec le Seigneur, renonçant à ses droits terrestres pour suivre les traces du Christ et prêcher le Royaume à venir. Elle soutient que « le seul moyen d'accomplir leur alliance par le sacrifice est de prêcher ce royaume à venir et ses bénédictions. »[127] L'article établit une règle de discernement en deux points : le vrai chrétien prêche le Royaume et, en conséquence, est reproché, calomnié et persécuté.[128]
La prédication de réformes politiques, sociales ou morales est explicitement exclue du mandat du vrai chrétien. La publication affirme que de tels sujets ne sont pas mentionnés dans les Écritures et que leur prédication ne vaut jamais de persécution au prédicateur, ce qui constitue précisément la preuve que ce n'est pas la voie divine.[129] À l'inverse, celui qui prêche constamment le Royaume à venir est ridiculisé et traité de « rouge », de « bolchéviste » ou d'« anarchiste ».[130]
L'article développe ensuite une réflexion sur le sens de l'expression « surmonter le monde ». La publication rejette l'interprétation courante selon laquelle « le monde » désignerait de mauvaises habitudes ou des actes mauvais. Elle soutient plutôt que « le monde désigne la grande organisation de Satan, que les hommes appellent la chrétienté. »[131] Surmonter le monde signifie donc refuser de coopérer aux méthodes et aux projets de cet ordre satanique : la Société des Nations, la fédération des Églises, la législation prohibitionniste ou les réformes sociales et morales, toutes présentées comme des tentations proposées par Satan pour détourner les chrétiens de l'espérance du Royaume.[132]
Preuves que nous vivons dans les derniers jours
Ce troisième texte est présenté comme une conférence radiophonique de trente minutes.[133] Il s'ouvre sur une lecture de 2 Timothée 3:1-5, où Paul décrit les conditions des « derniers jours » comme une époque de trouble moral généralisé. La publication souligne que Paul n'aurait pu mieux décrire les conditions de son époque à lui, en 1930.[134]
L'article expose la cosmogonie propre à la doctrine Watch Tower de cette période. Il affirme que Dieu a créé la terre pour être habitée par l'homme pour toujours et que l'expression « fin du monde » ne désigne pas la destruction de la planète mais la fin du règne de Satan et de toutes ses institutions oppressives.[135] La publication retrace ensuite l'histoire du premier péché en évoquant Lucifer, présenté comme le « chérubin oint qui couvre » (Ézéchiel 28:14), gardien d'Adam et Ève, qui trahit sa mission pour s'arroger un royaume propre et le culte des créatures.[136]
Sur le plan de la chronologie prophétique, la publication avance que « Selon la chronologie biblique, les signes des temps et les faits physiques, les derniers jours ont commencé en 1914 et se termineront dans un avenir très proche par ce que la Bible appelle la bataille du grand jour de Dieu Tout-Puissant, autrement appelée la bataille d'Harmaguédon. »[137] Cette bataille est décrite comme devant accomplir la destruction complète de l'empire du Diable et l'enchaînement de Satan pour mille ans.[138]
La publication examine plusieurs textes d'Ésaïe 13:4-9 et d'Ésaïe 34:2-9 ainsi que de Malachie 4:1 pour montrer que les feux et destructions évoqués sont symboliques et non littéraux, et qu'ils décrivent l'anéantissement de l'organisation de Satan plutôt qu'un supplice éternel.[139] La doctrine du tourment éternel est ainsi implicitement rejetée, la publication soulignant qu'une destruction complète où il ne reste « ni racine ni branche » exclut tout état de souffrance prolongée.[140]
L'article présente ensuite le programme millénaire : Christ régnera sur toute la terre, éduquera toute l'humanité ressuscitée, et mettra à sa disposition une grande école de mille ans afin que chacun connaisse la vérité et ait la possibilité d'obtenir la vie éternelle sur terre. La publication cite Jérémie 31:33-34 comme description de ce programme divin d'éducation universelle, et 1 Timothée 2:3-4 comme confirmation que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.[141] Ceux qui persisteraient dans la rébellion après ces opportunités seraient condamnés à la « seconde mort », présentée comme une destruction éternelle et non comme un tourment.[142]
Illustrations du numéro
Références
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- ↑ La Tour de Garde du 1er mai 1930, p. 131.
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