Conspiracy against democracy (1940)
Autres actions
Conspiracy against democracy[1] est une brochure de Joseph Franklin Rutherford qui développe une thèse centrale : la démocratie est en danger d'extinction, et la responsabilité première en incombe à la hiérarchie catholique romaine, présentée comme alliée objectif des régimes fascistes et dictatoriaux qui déstabilisent le monde occidental. L'autogouvrement des peuples y est décrit comme une institution divine que Satan, par l'entremise de la « religion », cherche à détruire depuis les origines de l'humanité.
La brochure articule deux niveaux d'argumentation : un cadre théologique — opposant « religion » et « christianisme » comme deux réalités radicalement contraires — et un dossier à charge contre l'« Action catholique », illustré par des citations de prêtres défroqués, des documents saisis lors d'arrestations et des déclarations de clercs publiées dans la presse. C'est dans ce cadre que s'inscrit l'avertissement lancé au peuple américain quant aux ambitions politiques qu'il est présenté comme susceptible de ne pas avoir mesurées.
Analyse
La redéfinition de la religion comme opposé du christianisme
Le propos repose sur une opération lexicale préalable : la « religion » cesse de désigner un genre dont le christianisme serait une espèce pour devenir son contraire absolu, définie comme le fait d'accomplir quoi que ce soit de contraire à la volonté de Dieu, tandis que le christianisme désigne l'obéissance joyeuse à cette volonté.[2] Cette dichotomie n'est pas propre à 1940 : Rutherford l'avait déjà formulée dans Riches (1936), dont un chapitre entier oppose le faux et le vrai en présentant la religion comme un piège et un racket, puis systématisée dans la brochure Religion and Christianity publiée en 1937.[3] Son originalité réside moins dans la nouveauté que dans son usage comme prémisse unique : toutes les accusations ultérieures contre les Églises n'en sont que des conséquences déductives, ce qui rend le raisonnement inattaquable de l'intérieur puisqu'il suffit de concéder la définition initiale pour concéder tout le reste.
Deux opérateurs viennent valider cette opposition. Le premier est un critère de discrimination : la tradition, définie comme ce qui se transmet de père en fils sans égard pour la loi écrite, contre la Parole écrite seule.[4] Son application la plus remarquable est le retournement de l'aveu du cardinal Gibbons, qui fonde le purgatoire sur la voix unanime des Pères : l'argument d'autorité catholique est converti en preuve à charge, le fondement traditionnel devenant par lui-même la démonstration du caractère non scripturaire de la doctrine.[5] Le second opérateur est étiologique : la religion est identifiée au culte des démons, par une relecture d'Actes 17:22 où la « dévotion religieuse » des Athéniens devient adoration démoniaque, et de 1 Corinthiens 10:19-21 sur la table des démons.[6] Cette clé démonologique donne à la dichotomie un contenu ontologique : ce ne sont plus deux attitudes religieuses qui s'opposent, mais deux camps surnaturels.
Le récit qui les articule court d'Éden à la Rome papale sans solution de continuité : le fruit défendu comme premier acte religieux, la corruption universelle punie par le déluge, Nemrod fondateur de Babylone et premier dictateur se faisant adorer, puis la Hiérarchie du Vatican comme aboutissement.[7] L'origine satanique du culte babylonien avait déjà été posée dans Enemies (1937), qui identifiait Babylone la Grande à l'Église catholique.[8] Ce cadre narratif produit une conséquence identitaire directe : le refus de la qualification de secte ou de culte religieux n'est pas une revendication juridique mais une déduction.[9] Puisque « religion » signifie désobéissance à Dieu, un groupe qui obéit ne saurait être religieux, donc ne saurait être une secte. Le sociologue Bryan Wilson classera pourtant le mouvement parmi les sectes de rejet du monde, catégorie descriptive sans jugement de valeur ; dès 1937, Elmer Clark rangeait les Témoins de Jéhovah parmi les « sectes pessimistes ou adventistes » dans sa classification des petits mouvements américains.[10] L'écart entre les deux usages du mot est total : le refus de l'étiquette repose sur une définition théologique du terme, la classification sociologique sur une définition fonctionnelle.
Filiation depuis Abel et christologie de la charge
À l'objection de nouveauté, opposée à tout mouvement récent, il est répondu par une filiation : les Témoins de Jéhovah ne constitueraient pas une secte d'origine récente mais une lignée de fidèles remontant à Abel, dont la preuve se trouverait au chapitre onzième de l'épître aux Hébreux.[11] L'argument est habile en ce qu'il retourne l'antériorité contre les Églises : la question de la date de fondation devient sans objet, puisque ce qui est revendiqué n'est pas une institution mais une continuité de témoignage. Cette lecture d'Hébreux 11 suppose de traiter une liste de croyants vétérotestamentaires comme une liste de « témoins de Jéhovah » au sens technique, opération qui dispense d'assumer les cinquante années d'histoire écoulées depuis les débuts du mouvement et d'expliquer l'adoption du nom en 1931.
La même logique commande la christologie. Le Christ est défini par ce qu'il exerce, non par ce qu'il est : « Christ » est expliqué comme signifiant l'officiel oint et mandaté de Jéhovah selon Éphésiens 5:22-23, « Témoin Fidèle et Véritable » selon Apocalypse 1:5 et Apocalypse 3:14, et « juste souverain du monde » par l'application d'Ézéchiel 21:25-27, prophétie adressée au dernier roi d'Israël.[12] Aucun développement sur la nature ou la génération éternelle : le vocabulaire est entièrement celui du mandat, de la charge et de l'investiture. La finalité de l'ensemble, enfin, est ramenée à la justification du nom divin, motif devenu doctrine primaire dans les publications depuis 1929 : Dieu se choisit « un peuple pour son nom » en la personne des descendants d'Abraham, et Armageddon aboutit à la pleine justification de ce nom.[13] Nom, charge et filiation de témoignage occupent ainsi la place que la théologie classique réserve à l'institution, au dogme et à la nature — cohérence remarquable d'un système où les trois catégories de remplacement se soutiennent mutuellement.
Un royaume déjà établi et ses deux classes d'hommes
Au diagnostic porté sur la religion répond un remède unique : le Royaume théocratique, décrit comme déjà établi et non comme à venir, avec un Roi intronisé invisible aux yeux des hommes et des représentants visibles ou « princes » annoncés pour bientôt sur la terre selon Psaumes 45:16.[14] L'attente de ces princes ressuscités avait été assez concrète pour que la maison de Beth-Sarim, à San Diego, ait été acquise et détenue à leur intention déclarée.[15]
Cette structure de gouvernement se prolonge en une structure de population. La « grande foule » d'Apocalypse 7:9-17 est présentée comme destinée à survivre à Armageddon et à peupler la terre d'une race juste, distincte du « reste » oint.[16] Cette bipartition est l'application de l'innovation doctrinale annoncée à l'assemblée de Washington du 3 juin 1935, qui relocalisa sur une terre paradisiaque une classe auparavant comprise comme céleste de second rang ; la fiche en retrace l'établissement. La rapidité avec laquelle la doctrine est ici traitée comme acquise, sans argumentation défensive, mesure son intégration en cinq ans.
Deux développements complémentaires soutiennent cette architecture. L'anthropologie d'abord : Psaumes 9:17 applique le shéol aux nations qui oublient Dieu, et Matthieu 10:28 distingue ceux qui ne peuvent tuer que le corps — refus implicite de l'immortalité de l'âme, cohérent avec le rejet du purgatoire comme invention traditionnelle.[17] L'angélologie ensuite : Jude 6 et 2 Pierre 2:4 servent à établir que les démons furent précipités dans les ténèbres perpétuelles lors du déluge, d'où leur ignorance permanente du dessein divin.[18] Ce développement n'est pas décoratif : il explique pourquoi la Hiérarchie catholique, présentée comme instrument démoniaque, ne croit pas à la destruction qui l'attend et se retranche derrière la promesse que les portes de l'enfer ne prévaudront pas.[19] L'aveuglement de l'adversaire est ainsi doctrinalement fondé.
Le débouché de l'ensemble est l'appel adressé aux juifs, catholiques et protestants, présentés comme pris involontairement au piège de la religion et invités à fuir vers la « ville de refuge ».[20] Cette image reprend l'institution de Nombres 35, où six villes abritaient le meurtrier involontaire du vengeur du sang — l'insistance sur le caractère involontaire de l'égarement n'est donc pas une concession rhétorique mais la condition même de la pertinence du type. Sans la seconde classe instituée en 1935, cet appel n'aurait aucun objet : il faut une espérance terrestre disponible pour que des millions de personnes puissent être invitées à sortir de leurs Églises.
Une eschatologie datée : 1914, 1918, 1922 et le signe à venir
L'imminence n'est pas ici une atmosphère mais un dispositif technique à quatre pièces. La première est une chronologie rétrospective : le jour de Jéhovah aurait commencé en 1914, celui de Christ Jésus en 1918 avec sa venue au temple et le jugement des alliés, et depuis 1922 le peuple de l'alliance serait engagé dans l'œuvre de proclamation.[21] Ces trois dates sont exactement celles que les périodiques de la même année développent sur d'autres versets, comme l'établissent , et ; l'événement de 1922 visé est la convention de Cedar Point tenue du 5 au 13 septembre. L'apport propre de ce discours est de les présenter d'un seul tenant, comme un triptyque simple, là où La Tour de Garde du 15 novembre 1940 les déployait en exégèses séparées sur la lèpre de Moïse et la mort des deux témoins.
La deuxième pièce est un déclencheur assignable : la proclamation « Paix et sécurité » de 1 Thessaloniciens 5:3, identifiée au moment où la Hiérarchie et ses alliés croiront avoir totalement réduit les Témoins au silence.[22] L'innovation est considérable : le signal eschatologique n'est plus un événement politique extérieur mais l'issue du conflit que le mouvement vit lui-même en 1940. Toute aggravation de la répression devient alors un rapprochement de la délivrance, et l'annonce qu'il semble probable que les témoins auront bientôt été complètement réduits au silence transforme une déroute en indice favorable.[23]
La troisième pièce est une condition d'achèvement, tirée de l'articulation entre l'« œuvre étrange » et l'« acte étrange » d'Ésaïe 28:21 et le témoignage mondial de Matthieu 24:14 : la fin survient lorsque la prédication est achevée.[24] La quatrième est un ordre de séquence : Armageddon commencera par la chute de la Hiérarchie sous les coups des puissances politiques, Dieu mettant dans leur esprit de comprendre que les religieux sont leurs véritables ennemis, selon Apocalypse 17:16-17.[25] Ce scénario renverse la coalition décrite dans les pages précédentes : les alliés d'aujourd'hui sont les bourreaux de demain, ce qui permet de maintenir simultanément l'accusation d'alliance et l'annonce de sa rupture. Chaque pièce fournit ainsi à la fois une preuve tirée du passé et une attente vérifiable au présent, convertissant l'actualité de 1940 en calendrier lisible.
Typologie et jugement en cours : l'actualité comme accomplissement
Le passage du texte biblique aux faits contemporains s'opère par une typologie systématique dont ce discours offre un échantillon dense : Éhud enfonçant son poignard dans les entrailles d'Eglon figure le peuple de Dieu exposant la saleté des praticiens du démonisme depuis vingt ans, Samson humilié dans le temple de Dagon annonce le festin triomphant des persécuteurs, 2 Chroniques 20 illustre le retournement des politiques contre les religieux, les premiers-nés d'Égypte et Noé préfigurent respectivement la destruction et la survie.[26] La typologie d'Éhud fait l'objet d'un traitement bien plus détaillé dans La Tour de Garde du 15 octobre 1940, où chaque élément du récit reçoit un antitype ; la fiche en recense les assignations. Ici, le type est réduit à sa pointe polémique — la mise à nu de la saleté —, ce qui indique que la grille détaillée était supposée déjà connue de l'auditoire.
L'application la plus lourde de conséquences est la transposition au présent de la séparation des brebis et des boucs de Matthieu 25. Le critère du classement n'est pas une conduite morale générale mais le traitement réservé aux Témoins : ceux qui les persécutent sont les boucs, ceux qui leur ouvrent leur porte sont les brebis, et la déclaration adoptée à Détroit invoque expressément l'hospitalité offerte par des habitants de la ville comme preuve corroborante.[27] La lecture des brebis et des boucs comme jugement en cours remontait à The Watch Tower du 15 octobre 1923 ; son application immédiate à des faits datés de juin et juillet 1940 en constitue l'usage le plus concret.[28] L'opération convertit un conflit social en procédure judiciaire divine et attribue au groupe la fonction de pierre de touche de l'humanité : nul ne peut être neutre à son égard, puisque son attitude envers lui décide de son sort éternel.
La persécution retournée en confirmation prophétique
Le conflit qui traverse tout le texte a une origine doctrinale précise : les cérémonies religieuses accomplies envers des créatures et des objets sont posées comme violation de l'alliance avec Jéhovah, le salut au drapeau et le salut hitlérien étant traités ensemble comme deux formes du même outrage.[29] Cette position, formalisée en 1935, avait reçu quelques semaines avant la convention de Détroit sa sanction juridique : le 3 juin 1940, la Cour suprême des États-Unis validait par huit voix contre une l'exclusion scolaire des enfants Gobitis dans Minersville School District v. Gobitis.[30] Les violences collectives rapportées — le Texas, la Floride, le Maine, l'Alabama, l'épisode de Richwood en Virginie-Occidentale — s'inscrivent dans une vague nationale documentée par les historiens, qui recensent pour la seule année 1940 plusieurs centaines d'incidents répartis dans la grande majorité des États.[31] Le procureur général adjoint Francis Biddle déclarait d'ailleurs le 16 juin 1940, lors d'une émission radiophonique nationale, que les Témoins de Jéhovah avaient été à maintes reprises agressés et battus.[32]
Ce conflit réel est immédiatement réinterprété. Matthieu 24:9 et Jean 15:18-21 font de la haine universelle la confirmation prophétique de l'élection, et l'épreuve présente est donnée comme la preuve que les prophéties ont été correctement lues au cours des dix dernières années.[33] La logique est explicitement circulaire : la doctrine produit l'hostilité, et l'hostilité valide la doctrine. Le circuit se ferme par l'annonce d'une vengeance rapide fondée sur Luc 18:7-8, le sang des Témoins tués devant retomber sur la tête des agents religieux du Diable.[34] Un tel dispositif rend toute réfutation extérieure inopérante : l'opposition rationnelle comme la violence physique confirment également le système, puisque l'une et l'autre étaient annoncées. Max Weber avait décrit sous le nom de théodicée du désavantage cette opération par laquelle un groupe dominé convertit sa situation subordonnée en signe d'élection et en promesse de renversement.[35] Appliqué à Détroit en juillet 1940, ce mécanisme explique que le refus d'accès aux terrains de Columbus, la rupture du contrat et les agressions puissent être présentés dans une même déclaration comme des griefs et comme des motifs de réjouissance.
Organisation et histoire
Une convention déplacée : de Columbus à Détroit
La résolution adoptée à Détroit consacre ses trois premiers points à un épisode strictement administratif : une invitation officielle avait été adressée au mouvement pour tenir en 1940 sa convention à Columbus, dans l'Ohio, et un contrat de location avait été signé avec les responsables du terrain de la foire de l'État.[36] Ce contrat fut rompu, la rupture étant imputée à la pression exercée sur les autorités par des membres de la hiérarchie catholique, et une salle dut être louée à Détroit quelques jours seulement avant la date prévue.[37] L'insistance du texte sur le détail contractuel — invitation, signature, paiement intégral du loyer — relève moins de la narration que de la constitution d'un dossier : chaque élément est présenté sous une forme qui pourrait être opposée devant un tribunal, ce qui correspond à la pratique alors établie du service juridique de Brooklyn, lequel systématisait l'appel contre les entraves administratives et portait une trentaine d'affaires devant la Cour suprême des États-Unis entre 1938 et 1943.[38]
Le motif officiellement invoqué pour refuser l'accès aux lieux — le refus des Témoins de pratiquer ce qu'ils qualifient d'idolâtrie — rattache directement l'incident au salut au drapeau.[39] Le contexte américain de l'été 1940 est celui de l'arrêt Minersville School District v. Gobitis, rendu le 3 juin 1940 par huit voix contre une, qui valida l'exclusion scolaire des enfants refusant ce geste ; le juge Felix Frankfurter y invoquait l'unité nationale comme intérêt gouvernemental légitime.[40] Cette décision fut largement reçue comme une caution donnée par la plus haute juridiction au salut obligatoire, et l'American Civil Liberties Union recensa 1 488 victimes d'agressions dans plus de trois cents localités réparties sur quarante-quatre États entre mai et octobre 1940.[41] Le rapprochement opéré dans la brochure entre le salut au drapeau et le salut hitlérien, présentés comme introduits l'un et l'autre par la religion, n'est pas une improvisation de circonstance : cette comparaison avait été formulée par Rutherford dès le 3 juin 1935.[42] La réaffirmation de ce refus comme marqueur d'identification collective est documentée la même année dans La Tour de Garde du 1er novembre 1940.
La riposte à l'exclusion de Columbus prit la forme d'une pétition adressée au gouverneur de l'Ohio et créditée de plus de deux millions de signatures.[43] Le recours à la collecte massive de signatures comme instrument de pression n'était pas nouveau : trois pétitions nationales contre la censure radiophonique avaient été déposées dans les années précédentes, la dernière en septembre 1936 auprès de la Federal Communications Commission, sans effet ; une campagne canadienne avait réuni 406 270 signatures.[44] Le chiffre revendiqué en 1940 dépasse d'un ordre de grandeur ces précédents et fonctionne comme indicateur de la capacité de mobilisation du réseau de prédication : la signature collectée de porte en porte devient un sous-produit mesurable de l'activité ordinaire des proclamateurs.
L'assemblée qui se tint finalement à Détroit est présentée comme réunissant quarante mille serviteurs reliés par téléphone privé à dix-sept autres villes des États-Unis.[45] Ce dispositif prolonge une technique éprouvée : à Détroit déjà, le 5 août 1928, 107 stations de radio et plusieurs dizaines de milliers de kilomètres de lignes téléphoniques avaient été mobilisés, et le discours prononcé au Royal Albert Hall de Londres le 11 septembre 1938 reliait cinquante villes par le même procédé.[46] Le recours aux lignes louées répond à une contrainte précise : après la campagne catholique de 1933 visant à écarter Rutherford des ondes, les antennes commerciales s'étaient progressivement fermées aux émissions de la Société. La contrainte administrative subie à Columbus se trouve ainsi convertie en démonstration de ce que l'organisation sait faire sans le concours des institutions qui lui résistent — et la convention de Détroit sera ultérieurement invoquée comme preuve de la faveur divine, ainsi que le documente La Tour de Garde du 15 novembre 1940.
La Hiérarchie catholique et ses relais civils comme adversaire unique
La « Hiérarchie d'Autorité » dont le siège est situé à la Cité du Vatican est désignée comme l'organisation adverse principale, accusée d'avoir soutenu l'État totalitaire, d'agir de concert avec Staline, Hitler et Mussolini, et de contraindre au silence la presse américaine par le boycott.[47] Cette construction d'un centre unique de commandement n'est pas propre à cette publication : le livre Ennemis[48], paru trois ans plus tôt, identifiait déjà Babylone la grande à l'Église catholique. Deux faits vérifiables alimentent le raisonnement : la visite aux États-Unis du cardinal Eugenio Pacelli en 1936 et la nomination de Myron Taylor comme représentant personnel du président auprès du Saint-Siège en décembre 1939, décision prise en contournant l'avis du Congrès.[49] Ce second épisode est précisément celui que la brochure invoque dès ses premières pages sous la forme de l'ambassade personnelle auprès du pape.[50] L'opération intellectuelle consiste à faire d'un fait diplomatique attesté la preuve d'une chaîne de commandement supposée s'étendre jusqu'aux violences de rue.
Le bras civil de cette organisation est identifié à l'American Legion, dont les dirigeants sont nommés — Owsley, Chaillaux, Kelly — et le commandant national qualifié de chevalier de Colomb recevant ses ordres du Vatican.[51] L'accusation d'implication de la Légion dans les violences de l'été 1940 est corroborée de source externe : plus de cent épisodes de violence justicière lui sont liés, et l'avocat Hayden Covington, venu défendre six Témoins arrêtés à Connersville (Indiana) dix-sept jours après l'arrêt Gobitis, décrivit la ville comme un foyer d'action de la Légion qui régnait sur l'ensemble de la localité.[52] L'écart entre le fait établi — l'implication de sections locales de la Légion — et l'affirmation d'une subordination au Vatican mesure l'opération polémique à l'œuvre.
Le pendant canadien de cette architecture est fourni par l'affaire Adrien Arcand, dont les documents saisis lors de l'arrestation auraient contenu les félicitations d'un « Comité d'Action Universelle » romain.[53] Le fait externe est daté : le Parti de l'unité nationale d'Arcand fut interdit le 30 mai 1940 en application des Defence of Canada Regulations, et son chef arrêté le même jour à Montréal pour complot visant à renverser l'État, puis interné au camp de Fredericton, au Nouveau-Brunswick.[54] Ce qui échappe au texte, c'est que le même dispositif réglementaire frappa les Témoins eux-mêmes par décret du 4 juillet 1940, moins de cinq semaines après Arcand et trois semaines avant la convention de Détroit : l'instrument juridique invoqué contre le fasciste canadien est celui-là même qui proscrivit le mouvement. L'interdiction fut l'œuvre d'Ernest Lapointe, ministre de la Justice, et les archives gouvernementales montrent qu'elle suivit une lettre adressée au ministre depuis le palais du cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, à Québec.[55] Cette pièce d'archive est le seul élément du dossier canadien qui étaye partiellement la thèse d'une initiative ecclésiastique ; elle ne soutient pas la construction d'un centre unique de commandement mondial, mais elle explique pourquoi cette construction paraissait plausible à ceux qui la formulaient.
La répression de juin 1940 comme matériau probatoire
Le recensement des violences subies occupe plusieurs pages et se signale par sa précision topographique : Texas, Floride, Maine, Alabama, et l'épisode de Richwood en Virginie-Occidentale où neuf Témoins furent liés ensemble et contraints d'ingurgiter de l'huile de ricin.[56] Cet épisode est attesté de source externe et daté du 29 juin 1940 : le chef de police Martin Catlette et le constable Bert Stewart livrèrent les Témoins à une foule d'environ quinze cents personnes.[57] D'autres incidents de la même vague sont documentés indépendamment : l'émeute de Litchfield (Illinois) du 16 juin 1940, d'une ampleur telle que le procureur général adjoint Francis Biddle y consacra le jour même une allocution radiophonique nationale, et l'encerclement à Saco (Maine) d'une salle du Royaume par une foule de quinze cents à dix-sept cents personnes.[58] La date du 10 juin 1940, retenue comme charnière parce que Mussolini attaqua la France le jour même où des foules conduites par des prêtres et des shérifs battaient des Témoins au Texas, illustre le procédé : la coïncidence calendaire vaut démonstration de l'unité du complot.[59]
Le mode de consignation — dates, localités, fonctions exercées par les agresseurs, nature précise des sévices — n'obéit pas au registre du récit d'édification. Il produit un matériau directement transposable en pièces de procédure, et la mention explicite d'ordonnances municipales jugées inconstitutionnelles, d'arrestations massives et de décisions des plus hautes juridictions ignorées par les fonctionnaires locaux désigne la voie contentieuse comme réponse organisée.[60] Le précédent fondateur de cette stratégie est l'arrêt Lovell v. Griffin, rendu à l'unanimité le 28 mars 1938 sous la plume du juge en chef Charles Evans Hughes, et les séries d'arrestations successives — 268, puis 340, 478, 1 149 — alimentèrent une trentaine d'affaires portées devant la Cour suprême entre 1938 et 1943, avec trente-six succès sur quarante-cinq.[61]
Le bilan par pays prolonge le dispositif à l'échelle mondiale : Espagne de Franco, France décrite comme devenue État totalitaire catholique, Canada privant ses citoyens de liberté de réunion, Angleterre seule nation présentée comme bienveillante, Rhodésie du Sud où la hiérarchie aurait menti contre les Témoins à Bulawayo.[62] La mention de Bulawayo correspond à une situation réelle : le gouvernement de Rhodésie du Sud interdit la même année l'importation et la distribution de toute la littérature de la Société, et le bureau du Cap répondit en faisant distribuer dans chaque foyer, bureau et commerce de Bulawayo et de son district un tract intitulé L'intolérance religieuse en Rhodésie du Sud[63].[64] Le contraste établi avec l'Angleterre, seule nation à mériter une faveur divine, reprend une appréciation formulée la même année dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940.
Le sociologue Ronald Lawson a analysé ce mécanisme de conversion de l'hostilité en ressource, en comparant les trajectoires des Témoins de Jéhovah et des adventistes du septième jour, issus d'une matrice millénariste commune : là où les adventistes ont progressivement recherché l'approbation gouvernementale, les Témoins ont accru leur intransigeance et accepté le conflit, l'isolement intellectuel joint à une persécution considérable entretenant la constance du sentiment d'urgence apocalyptique.[65] Zoé Knox observe dans le même sens qu'une opposition soutenue enracine les positions marginales et que la persécution a renforcé chez les Témoins la conviction de la justesse de leur cause.[66]
Résolutions votées, porte-parole choisis, diffusion de masse
Deux textes sont soumis à l'assemblée : une « Déclaration » exposant en points numérotés les griefs de la convention, et un « Message d'espoir » adopté à l'unanimité par vote à main levée, avec recommandation d'en imprimer et diffuser des millions d'exemplaires.[67] Le procédé est institué de longue date : sept résolutions annuelles furent adoptées en convention entre 1922 et 1928, de Cedar Point à Los Angeles en 1923, Columbus en 1924, Indianapolis en 1925, Toronto le 24 juillet 1927, jusqu'à la « Déclaration contre Satan et pour Jéhovah » de Détroit en 1928.[68] La brochure rappelle d'ailleurs elle-même ce précédent en signalant qu'une résolution avait été adoptée douze ans plus tôt dans la même ville.[69] Dans tous les cas, l'assemblée ratifie par acclamation un texte rédigé en amont : le vote ne tranche pas, il confère à une parole de direction l'autorité d'une parole collective, et le tirage massif qui suit transforme cette ratification en instrument de propagande.
Le choix des lecteurs participe de la même mise en scène. La demande de lecture est formulée par G. Y. McCormick, présenté comme ancien capitaine de l'armée américaine, et le texte lu par Max Freschel, présenté comme né juif, chrétien par adoption et familier des nazis en Europe.[70] Ces deux qualités répondent point par point aux accusations formulées au même moment contre le mouvement : l'uniforme militaire contre le soupçon de subversion et d'antipatriotisme né du refus du salut au drapeau, l'origine juive contre le soupçon d'affinité avec l'Allemagne — soupçon que les dirigeants de la Légion exprimaient à Richwood en traitant leurs victimes d'espions de Hitler et de membres d'une cinquième colonne.[71] La composition de la tribune constitue ainsi un argument en soi, adressé moins aux délégués qu'à l'opinion extérieure.
Cette manière de produire la parole officielle s'inscrit dans la réorganisation engagée deux ans plus tôt : à partir de 1938, les responsables locaux ne sont plus élus par les congrégations mais nommés depuis Brooklyn, le territoire américain étant découpé en onze régions et cent quarante-huit zones.[72] James Beckford a décrit le résultat comme une organisation « totalisante » exigeant l'uniformité doctrinale et comportementale de ses membres, la dissidence y étant activement combattue.[73]
Une origine reculée jusqu'à Abel et une fin anticipée
La qualification de secte ou de culte religieux est explicitement refusée, les Témoins de Jéhovah étant définis comme des personnes entièrement dévouées à Jéhovah Dieu et à son Roi, et non comme une organisation religieuse d'origine récente.[74] L'argument est adossé à une généalogie remontant à Abel et attestée, selon cette lecture, par le chapitre onzième de l'épître aux Hébreux.[75] L'effet de cette construction est double : elle soustrait le mouvement à la catégorie sociologique de la secte en lui déniant toute date de naissance, et elle efface du même geste sa filiation avec Russell et les Étudiants de la Bible — l'appellation « Témoins de Jéhovah » ayant pourtant été adoptée à Columbus le 26 juillet 1931, sur la base d'Ésaïe 43:10.[76] Les typologies universitaires contemporaines ne suivaient pas cette revendication : Elmer T. Clark rangeait le mouvement dès 1937 parmi les « sectes pessimistes ou adventistes »[77], et Bryan Wilson y verra un cas de secte « révolutionniste » de rejet du monde caractérisée par l'absence de dénominationalisation.[78] Régis Dericquebourg retiendra la même classification en soulignant que le monde y est tenu pour intrinsèquement mauvais et impossible à améliorer.[79]
Entre cette origine sans date et le présent, une armature chronologique serrée fixe l'autorité de la direction en exercice : le jour de Jéhovah commencé en 1914, celui du Christ en 1918 avec la venue au temple et le jugement des consacrés, l'engagement actif dans l'œuvre de proclamation depuis 1922, la résolution de Détroit douze ans plus tôt.[80] Chacune de ces dates est établie dans les publications de la même année et ne relève pas de l'analyse organisationnelle ; ce qui relève ici, c'est leur fonction cumulative — elles produisent une continuité institutionnelle ininterrompue reliant l'assemblée de 1940 à un mandat reçu vingt-deux ans plus tôt, rendant indiscutable l'autorité de ceux qui parlent.
À l'autre extrémité du dispositif, la disparition possible du mouvement est intégrée au récit : les témoins auraient bientôt été complètement réduits au silence, ce qui constituerait le signal que l'œuvre est achevée, et la convention pourrait être la dernière tenue sur terre avant Har-Maguédon.[81] Cette anticipation s'appuie sur une situation vérifiable : l'International Bible Students Association était interdite en Allemagne depuis juin 1933, un mois avant la signature du concordat entre le Reich et le Vatican le 20 juillet ; l'activité était proscrite en France et les bureaux évacués ; l'interdiction canadienne datait du 4 juillet 1940 ; en Rhodésie du Sud l'importation de la littérature venait d'être prohibée.[82] L'opération consiste à transformer un bilan de proscriptions en étape programmée d'un calendrier divin : ce qui pourrait être lu comme un échec organisationnel devient la confirmation que le terme approche, de sorte qu'aucune évolution de la situation extérieure, si défavorable soit-elle, ne peut valoir comme indice d'une erreur.
Contenu
Conspiration contre la démocratie
L'autogouvrement des peuples est présenté comme en voie de disparition rapide sous l'effet de dictateurs qui s'emparent du pouvoir à travers le monde.[83] La détresse universelle est décrite comme une réalité prophétisée, à laquelle les élites politiques et commerciales proposent « davantage de religion » comme remède, un remède que Rutherford entend soumettre à l'épreuve des faits.[84] L'ambassade personnelle du président des États-Unis auprès du pape est citée en exemple d'un rapprochement officiel entre gouvernement et Église, rapprochement que Rutherford juge révélateur.[85] Seule une considération sobre et sincère des preuves peut, selon lui, conduire à la bonne conclusion, et il s'adresse explicitement « à toutes les personnes de bonne volonté » pour qu'elles prêtent attention aux faits exposés.[86]
La détresse mondiale est donnée pour avoir été annoncée des siècles à l'avance par les prophètes de Dieu, et la Bible est posée comme la source incontournable pour en identifier à la fois la cause et le remède.[87] Un verset de Proverbes 29:2 est cité pour établir que le deuil universel des peuples témoigne du règne des méchants. Rutherford rappelle avoir averti publiquement les nations européennes, trois ans plus tôt, du désastre dictatorial qui s'annonçait, et annonce à présent ce qui, selon lui, attend l'Amérique.[88]
Définition opposée de la religion et du christianisme
Une distinction cardinale est établie entre « religion » et « christianisme », deux termes présentés comme rigoureusement opposés.[89] La religion y est définie comme « le fait de faire quoi que ce soit qui est contraire à la volonté du Dieu Tout-Puissant », tandis que le christianisme est défini comme l'accomplissement joyeux de ce qui est en plein accord avec cette volonté.[90] Satan est désigné comme l'introducteur de la religion auprès de l'humanité, et Jésus-Christ comme le fondateur et chef du christianisme.[91] La religion est présentée comme la crainte des créatures, le christianisme comme la crainte de Dieu seul, dont le nom est donné comme « Jéhovah ».[92]
Le schéma narratif adopté est celui du défi satanique lancé à Dieu : Satan aurait contesté la fidélité possible des hommes au Créateur, et l'interdiction du fruit défendu, assortie de la peine de mort en cas de violation, constitue le cadre du premier acte religieux de l'humanité — la désobéissance à Dieu sur le conseil de Satan.[93] À partir de cet acte originel, la religion est présentée comme le principal instrument de combat de Satan contre Dieu tout au long de l'histoire.[94] Jésus est donné en contraste absolu : celui qui a dit à Dieu « Je prends plaisir à faire ta volonté, ô mon Dieu ; ta loi est écrite dans mon cœur » (d'après Psaumes 40:8).[95]
Le nom de Jéhovah et le peuple élu
Environ seize siècles après la création, Satan aurait, par la religion, corrompu tous les peuples à l'exception de Noé et de sa famille. Le déluge est présenté comme la conséquence directe de cette corruption généralisée, seuls les obéissants à Dieu ayant survécu (Genèse 6:7).[96] Après le déluge, les descendants de Noé se tournèrent à nouveau vers la religion, avec Nemrod comme prêtre et chef, fondateur de Ninive et de Babylone, décrit comme un dictateur arbitraire qui se faisait adorer comme un dieu puissant (Genèse 10:8-11).[97]
Dieu est décrit comme ayant voulu la justification de son nom et s'être choisi « un peuple pour son nom », en la personne des descendants d'Abraham et de Jacob, désignés comme « Israélites ».[98] L'Égypte est qualifiée de nation vouée à la religion des démons. Le commandement divin aux Israélites de se tenir entièrement séparés des peuples religieux de Canaan est cité d'après Deutéronome 7:4 et Deutéronome 7:16 : « Tu ne serviras pas non plus leurs dieux [démons] ; car ce serait un filet pour toi ».[99] Saül, premier roi d'Israël, est présenté comme le premier à avoir succombé au démonisme en se tournant vers la sorcière d'Endor, tandis que la chute finale d'Israël est attribuée à l'adoption de la religion. Psaumes 106:36-38 est cité pour illustrer la pollution du pays par le sang des sacrifices aux idoles.[100]
Le chrétien
La prophétie d'Ézéchiel 21:25-27, adressée au dernier roi d'Israël, est utilisée pour annoncer l'arrivée de Jésus-Christ, décrit comme « le juste souverain du monde ».[101] Le terme « Christ » est expliqué comme signifiant l'officiel oint et mandaté du Dieu Tout-Puissant Jéhovah, chef de tous les chrétiens selon Éphésiens 5:22-23.[102] Il est présenté comme le témoin principal de Jéhovah et le chef de tous les témoins de Jéhovah.[103]
Les Témoins de Jéhovah sont décrits comme n'ayant aucun différend avec qui que ce soit en raison de ses croyances religieuses. Juifs, catholiques et protestants sont présentés comme ayant été involontairement pris au piège de la religion, et le devoir de tout chrétien est d'aider ces personnes à voir la vérité.[104] La distinction entre religion et christianisme n'est proclamée qu'à des fins de guidance, pour montrer que la loi de Dieu est le seul guide sûr et que l'obéissance à Dieu est la seule protection de l'être humain.[105]
La tradition — définie comme ce qui se transmet de père en fils sans égard pour la loi écrite de Dieu — est présentée comme le fondement de la religion, par opposition au christianisme qui reposerait exclusivement sur la Parole écrite de Dieu.[106] Les prêtres d'Israël, commandés à enseigner la loi divine, auraient choisi la tradition à la place, poussant le peuple à pratiquer la religion au lieu du christianisme. Jésus en aurait repris les chefs avec les paroles de Matthieu 15:3-9, et les aurait qualifiés d'enfants du diable selon Jean 8:44.[107]
Paul est présenté comme un exemple de conversion de la religion au christianisme : autrefois persécuteur de l'Église au nom de la tradition juive, il aurait reçu l'Évangile par révélation directe de Jésus-Christ, d'après Galates 1:11-16.[108] À Athènes, Paul aurait reconnu dans la dévotion religieuse de ses interlocuteurs un culte rendu aux démons (d'après Diaglott, Actes 17:22), et aurait averti les Corinthiens de ne pas participer à la table des démons selon 1 Corinthiens 10:19-21.[109]
Ce qui est appelé « religion chrétienne » est présenté comme une pratique religieuse conduite sous le nom du Christ mais en défiance de la loi divine, et qui « trompe des millions de personnes sincères ».[110] Le cardinal Gibbons est cité comme exemple : sa justification de la doctrine du purgatoire par « la voix unanime des Pères de la chrétienté » est présentée comme l'aveu d'un fondement purement traditionnel, sans appui dans la Parole de Dieu, en référence à The Faith of Our Fathers, page 208.[111]
Résultats : ce que la religion a accompli pour les nations
Jésus de Nazareth est désigné comme « le seul grand homme ayant jamais vécu sur terre », chef du christianisme, persécuté à mort par les chefs religieux d'Israël pour avoir dit la vérité.[112] La destruction de la nation d'Israël est attribuée au fait qu'elle se serait soumise au démonisme et à la religion, attirant ainsi sur elle la colère de Dieu.[113]
La grande organisation religieuse qualifiée de faussement étiquetée « religion chrétienne » est identifiée à une « Hiérarchie d'Autorité » dont le siège est à Vatican City, en Italie. Pendant plus de seize siècles, cette institution aurait mené les persécutions les plus abominables de l'histoire humaine, l'Inquisition d'Espagne, du Mexique et d'autres nations en étant l'illustration la plus terrible, preuve que le système papal n'est pas le christianisme mais la religion au sens condamné du terme.[114]
La « Hiérarchie d'Autorité » est décrite comme ayant toujours soutenu l'État totalitaire ou corporatif.[115] Depuis la Première Guerre mondiale, elle serait redevenue très agressive, agissant de concert avec les dictateurs cruels, notamment « Staline, Hitler, Mussolini et d'autres ayant la même ambition politique ».[116] Le chef de cette organisation religieuse est présenté comme le conseiller et l'allié étroit d'Hitler, qui menacerait de submerger toutes les démocraties. Un avertissement est lancé au peuple américain : la liberté est en danger.[117]
Témoignages de prêtres catholiques défroqués sur l'« Action catholique »
Des prêtres ayant quitté l'organisation catholique sont présentés comme des témoins à charge contre la Hiérarchie. Le docteur Barrett, anciennement prêtre actif, est crédité d'un ouvrage intitulé Rome Stoops to Conquer, duquel est citée la phrase selon laquelle « la conquête de l'Amérique est l'objectif suprême visé » par Pie XI, et que l'Église catholique ne pourra jamais espérer dominer à nouveau le monde civilisé « jusqu'à ce que l'Amérique s'agenouille, vaincue et repentante, à ses pieds ».[118] L'« Action catholique » est décrite comme une pénétration politique, une infiltration dans la sphère civile d'une nouvelle force organisée.[119]
Un second témoignage est attribué à un prêtre nommé O'Brien, dont les propos publiés dans L'Aurora réclament des membres de l'Église aux postes de membres du cabinet gouvernemental et déclarent « Nous sommes prêts pour 1940 ».[120] Ces mêmes textes préconiseraient la suppression ou la mise sous tutelle de toutes les institutions non catholiques, et l'imposition à la Cour suprême des États-Unis de suivre les injonctions présidentielles, voire la modification ou la suppression de la Constitution si nécessaire.[121]
Un complot catholico-fasciste au Canada, dirigé par Adrien Arcand et présenté comme piloté depuis le Vatican, est évoqué : des documents saisis lors de l'arrestation d'Arcand contiendraient une communication du « Comité d'Action Universelle » de Rome félicitant Arcand de son « bon travail fasciste au Canada, d'une nature mussolinienne pure, c'est-à-dire romaine et catholique ».[122] Un document en provenance de Bulawayo, en Rhodésie du Sud, présente Arcand comme un chef fasciste catholique en mesure de prendre le contrôle du gouvernement canadien au premier signe d'un soulèvement judéo-bolchévique.[123] La mention de Bulawayo est l'occasion de rappeler que la Hiérarchie aurait malicieusement menti contre les témoins de Jéhovah dans cette même ville, afin de masquer ses propres actes de tentative de prise de contrôle du monde.[124]
Le magazine The Converted Catholic, publié par d'anciens prêtres catholiques cherchant à éclairer le public, est cité pour affirmer que les ambitions d'Hitler « avaient été planifiées et désirées bien avant qu'Hitler ou aucun de ses partenaires de l'Axe ne paraisse sur la scène », et que les dictateurs nazi-fascistes, tous présentés comme produits de l'Église catholique, auraient fourni les moyens de réaliser les objectifs poursuivis depuis quatre siècles par le catholicisme jésuite contre les effets de la Réforme.[125] L'« Action catholique » aux États-Unis est décrite comme travaillant fiévreusement à la création d'un État corporatif.[126]
Le prêtre catholique Curran, rédacteur en chef du Catholic Tablet de Brooklyn, est cité comme partisan déclaré du « Christian Front » et comme ayant affirmé « Il est grand temps que nous prenions le contrôle des journaux de ce pays ».[127] La presse américaine, dans sa grande majorité, est présentée comme contrainte au silence sur l'« Action catholique » en raison des méthodes de boycott constamment pratiquées par la Hiérarchie.[128] Un exemple concret est fourni par la décision des évêques catholiques d'Allemagne, rapportée le 6 juin 1940, d'organiser des messes d'action de grâces pour la victoire allemande en Belgique et en Flandre, au moment même où les populations catholiques belges étaient chassées de leurs foyers.[129]
Drapeaux et créatures
Les cérémonies religieuses accomplies envers des créatures et des objets sont présentées comme un autre stratagème du Diable pour outrager le nom de Jéhovah Dieu et pousser les hommes à violer leur alliance avec lui.[130] Le salut obligatoire au drapeau et le salut hitlérien (« Heil Hitler ») sont présentés comme ayant été introduits en Allemagne par la religion —
La Légion
L'organisation connue sous le nom d'« American Legion » est présentée comme ayant peut-être été fondée dans un but louable, mais ses dirigeants actuels sont accusés de trahir cet idéal.[131] Son commandant national en exercice est décrit comme un catholique romain et chevalier de Colomb, une organisation qui reçoit ses ordres de la hiérarchie au Vatican.[132] Un ancien commandant national, Owsley, est cité pour avoir publiquement déclaré que « les fascistes sont pour l'Italie ce que la Légion américaine est pour les États-Unis », ce qui est interprété comme une déclaration contre la démocratie.[133] Le commandant actuel est accusé d'avoir ouvertement dénoncé la liberté de réunion et de parole, réclamé l'amendement de la Déclaration des droits et préconisé la création d'une armée privée de la Légion, décrite comme déjà existante et armée, attendant l'ordre de la hiérarchie pour entrer en action.[134]
Le directeur national de la Légion, M. Chaillaux, est accusé d'encourager et de préconiser la violence des foules contre des citoyens pacifiques et respectueux des lois qui servent Dieu et le Christ.[135] Le commandant Kelly est cité pour une déclaration du 10 juin 1940 dans laquelle il aurait appelé « à des mesures expéditives pour éradiquer entièrement les activités de ces subversifs », sans procès ni droit à la défense — une position qualifiée d'anarchie et de violence contraire à la loi.[136]
Ce même 10 juin 1940 est présenté comme une date triply symbolique : Mussolini attaqua la France, tandis que des prêtres catholiques, des policiers, des shérifs et des procureurs dans diverses villes du Texas et d'ailleurs auraient conduit des foules qui battirent et emprisonnèrent de nombreux Témoins de Jéhovah, au seul motif qu'ils distribuaient de la littérature annonçant le gouvernement théocratique.[137] Des incidents similaires sont rapportés dans plusieurs États : au Texas, des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants auraient été entassés en prison toute une nuit sans nourriture ni eau ; en Floride, des vieillards furent sortis de chez eux et battus ; dans le Maine, des maisons furent fracturées et brûlées ; en Alabama, le shérif et d'autres agents publics auraient kidnappé des citoyens et les auraient livrés à la Légion dans un État voisin.[138]
L'épisode de Richwood, en Virginie-Occidentale, est décrit avec une précision particulièrement frappante : neuf Témoins auraient été liés ensemble avec des cordes, « un médecin avec une pompe stomacale leur fit avaler de l'huile de ricin de force », puis conduits hors de la ville comme des animaux, pendant que les dirigeants de la Légion les insultaient en les traitant d'espions de Hitler et de membres d'une cinquième colonne.[139]
L'Inquisition ressuscitée
Ces violences sont présentées comme la résurgence de la vieille Inquisition romaine.[140] Hitler est décrit comme catholique de naissance et Mussolini comme converti au catholicisme, agissant de concert avec la hiérarchie romaine et suivant les conseils du pape.[141] Franco est présenté comme un dictateur catholique ayant détruit la République espagnole et uni l'Église et l'État en Espagne ; la France est décrite comme ayant cessé d'être une république pour devenir un État totalitaire catholique ; le Canada est accusé d'avoir cédé à l'influence sinistre de la hiérarchie en privant ses citoyens de la liberté de réunion et de culte.[142]
L'Angleterre, en revanche, est présentée comme la seule nation encore debout, combattant le bloc religieux-totalitaire, et sa bienveillance envers les Témoins de Jéhovah est interprétée comme pouvant mériter une faveur spéciale de Dieu en son heure de détresse.[143] Les fondateurs de la République américaine sont évoqués comme des hommes craignant Dieu qui refusèrent de s'incliner devant des tyrans religieux et inscrivirent dans la loi fondamentale le droit inaliénable de chacun de « adorer Dieu selon les dictées de sa propre conscience ».[144]
Cet esprit originel de liberté est présenté comme ayant disparu, remplacé par des politiciens sans épine dorsale qui cèdent à la hiérarchie religieuse hors-la-loi.[145] Les réformateurs Wycliffe, Huss, Luther et Knox — tous présentés comme d'anciens prêtres catholiques ayant combattu pour la liberté de culte — sont invoqués en exemple, et les protestants et politiciens américains sont interpellés pour leur passivité face à la destruction de la Réforme.[146]
L'affaire de Columbus, Ohio, est développée : des fonctionnaires ayant invité les Témoins à tenir une convention auraient ensuite, sous l'influence de la hiérarchie, rompu leur contrat et refusé l'accès aux lieux — malgré une pétition de plus de deux millions de citoyens adressée au gouverneur de l'Ohio.[147] La motivation officielle donnée pour ce refus — que les Témoins refusent de pratiquer l'idolâtrie — est présentée comme la preuve même que les libertés garanties par le drapeau américain sont trahies par les autorités.[148]
Les nations de la « chrétienté » sont déclarées avoir oublié Dieu sous l'influence religieuse, et la réponse biblique à leur sort est donnée par Psaumes 9:17 : « Les méchants seront précipités dans le shéol, toutes les nations qui oublient Dieu. » Les serviteurs de Dieu sont présentés comme tenus d'annoncer que la religion est un piège du Diable, et que le Royaume de Dieu est le seul espoir.[149] Matthieu 10:28 est cité pour exhorter les Témoins à ne pas craindre ceux qui ne peuvent tuer que le corps.[150]
Pourquoi
La persécution des Témoins de Jéhovah par la hiérarchie et ses alliés est expliquée par leur attachement au Royaume de Dieu, la Théocratie, pour la venue de laquelle le Christ aurait commandé à tous les chrétiens de prier continuellement, selon Matthieu 6:9-10.[151] Le bloc « romano-hiérarchique-nazi-fasciste » est présenté comme l'instrument des démons sous la direction de Satan, opposés depuis le début au Royaume de Dieu.[152] Jésus lui-même est rappelé comme ayant été la cible des chefs religieux qui tentèrent de le tuer parce qu'il se présentait comme Fils et Roi de Jéhovah, et ses paroles de Jean 8:40-44 sont citées pour qualifier ces persécuteurs d'enfants du Diable.[153]
La hiérarchie catholique est présentée comme prenant la tête de cette coalition religieuse à laquelle se joindraient protestants et juifs, tandis que les hommes politiques embrасseraient la religion et en réclameraient davantage.[154] La religion est qualifiée de démonisme, et toutes les organisations obéissant à la hiérarchie religieuse sont présentées comme placées sous le contrôle des démons.[155] Matthieu 24:9 est cité comme prophétie s'accomplissant dans la haine universelle dont sont victimes les Témoins en raison de leur dévouement au Royaume portant le nom du Christ.[156] Jean 15:18-21 est également invoqué pour présenter cette persécution comme une confirmation prophétique.[157]
Les Témoins de Jéhovah sont présentés comme n'étant pas une secte religieuse d'origine récente, mais une lignée de fidèles remontant à Abel, dont la preuve se trouverait dans le chapitre onzième de l'épître aux Hébreux.[158] Leur mission est décrite comme n'ayant rien à voir avec la religion mais consistant à avertir les hommes contre elle, tout en annonçant le Gouvernement Théocratique sous le Christ comme seul espoir de l'humanité.[159] Ceux d'entre eux qui ont été tués par des religionnaires sont évoqués, et il est annoncé que le sang de ces victimes retombera sur la tête des agents religieux du Diable qui ont commis ces crimes.[160]
Luc 18:7-8 est cité pour annoncer que Dieu vengera ses élus, et la vengeance divine est présentée comme devant s'accomplir lors de la bataille d'Har-Maguédon, décrite comme très proche, par référence à Psaumes 2:9 et Sophonie 3:8.[161]
La religion est ensuite présentée comme la cause de tous les grands malheurs de l'histoire humaine : le péché et la mort, le déluge, la confusion des langues, les guerres, la chute d'Israël.[162] Une référence est faite à un livre intitulé Religion, présenté comme venant d'être publié le jour même de la convention, rassemblant les preuves scripturaires de ces affirmations.[163] La situation politique américaine de 1940 est évoquée, avec l'allusion à un possible troisième mandat présidentiel présenté comme un projet de la hiérarchie, qui disposerait déjà d'une armée privée composée des chevaliers de Colomb, de la Légion américaine et d'autres forces armées prêtes à intervenir.[164]
Le remède
Le seul remède à la souffrance humaine est présenté comme étant le Royaume Théocratique de Dieu sous le Christ, décrit comme déjà établi.[165] Psaumes 96:9-13 est cité pour commander aux serviteurs de Dieu d'annoncer parmi les nations que le Seigneur règne et jugera le monde en justice.[166] Dans cette heure de grande détresse, Dieu est présenté comme séparant les obéissants des désobéissants, et Matthieu 25:34 est cité pour promettre aux premiers l'héritage du Royaume préparé dès la fondation du monde.[167]
La « grande foule » destinée à survivre à l'Harmaguédon et à peupler la terre d'une race juste est exhortée à se ranger du côté de la Théocratie et de son Roi, selon Apocalypse 7:9-17.[168] Les dirigeants terrestres, ayant oublié Dieu pour se tourner vers la religion, sont présentés comme voués à une chute imminente, tandis que seule la grande foule survivra pour vivre éternellement sur une terre transformée en lieu glorieux et béni.[169]
Déclaration de la convention de Détroit
À la suite du discours, un ancien capitaine de l'armée américaine, G. Y. McCormick, se lève pour demander la lecture et l'adoption d'une résolution.[170] La résolution est lue par Max Freschel, présenté comme né juif et chrétien par adoption, familier des nazis en Europe.[171]
La déclaration est présentée comme émanant de quarante mille serviteurs de Jéhovah réunis en convention à Détroit, reliés par téléphone privé à dix-sept autres villes des États-Unis.[172] Elle expose en plusieurs points numérotés les faits que les délégués entendent porter à la connaissance des citoyens respectueux de l'ordre et des lois.
Premièrement, les conventions tenues précédemment à Columbus, Ohio, sont rappelées, ainsi qu'une nouvelle invitation officielle pour 1940 et la signature d'un contrat avec les responsables du terrain de la foire de l'État.[173] Deuxièmement, des membres de la hiérarchie catholique auraient exercé une pression suffisante sur les autorités pour contraindre celles-ci à rompre ce contrat, malgré les protestations de plusieurs millions de citoyens.[174] Troisièmement, une salle fut louée à Détroit quelques jours seulement avant la date prévue, le loyer ayant été payé intégralement.[175] Quatrièmement, la hiérarchie catholique, l'American Legion et les anciens combattants des guerres étrangères s'y opposèrent également et se comportèrent de manière illégale envers les délégués.[176]
Cinquièmement, quelque vingt mille membres trouvèrent hébergement chez des habitants de Détroit qui leur ouvrirent volontiers leurs portes, et les commerçants de la ville témoignèrent d'une inhabituelle bienveillance, exprimant leur désapprobation des agissements des autorités religieuses et politiques.[177] Sixièmement, plusieurs journaux de Détroit sont accusés d'avoir publié de nombreuses informations fausses, et les autorités municipales d'avoir agi de manière incivile et anti-américaine sous l'influence des milieux religieux — allant jusqu'à exiger le paiement d'une taxe de licence pour le service de restauration organisé à l'intention des plus démunis.[178] Septièmement, des prêtres catholiques et d'autres éléments hors-la-loi auraient commis des agressions sur des femmes, des enfants et des hommes, et « des prêtres catholiques ont violemment agressé et frappé des femmes dans le dos en leur déchirant leurs vêtements », sans que les autorités policières, sous influence religieuse, ne procèdent à aucune arrestation.[179]
Huitièmement, dans d'autres parties des États-Unis où des conventions parallèles étaient organisées, des prêtres catholiques, des shérifs, des chefs de police et des officiers de la Légion américaine auraient conduit des foules qui « chassèrent nos gens comme des bêtes sauvages de leurs maisons et de leurs communautés », avec l'intention manifeste d'empêcher toute convention chrétienne sur le territoire américain — tentative présentée comme un échec grâce à la grâce de Dieu.[180] Neuvièmement, ces faits sont présentés comme la preuve corroborant la promesse du Christ selon laquelle il sépare en ce moment même « ses brebis » des « boucs » : ceux qui persécutent ses serviteurs étant les « boucs », et ceux qui les traitent avec bonté étant « ses brebis », conformément à la prophétie de Matthieu 25.[181]
La Fin
La « fin » prophétique est présentée comme un terme fixé par Dieu lui-même, irrévocable et qui ne saurait être différé, conformément à la parole du prophète : « La fin sera à l'heure fixée ».[182] Cette « fin » est définie comme le terme ultime qui survient lorsque l'« œuvre étrange » de Dieu est achevée et que l'« acte étrange » commence, conformément à Ésaïe 28:21, soit le moment où l'évangile du royaume aura été prêché en témoignage à toutes les nations selon Matthieu 24:14.[183]
Depuis 1922, le peuple de l'alliance de Dieu est présenté comme activement engagé dans l'œuvre de proclamation du royaume, subissant de grandes tribulations mais éprouvant une joie encore plus grande.[184] Douze ans auparavant, dans la même ville, une résolution avait été adoptée en convention, décrite comme une « déclaration » de guerre contre le règne mauvais de Satan et une proclamation d'allégeance à Jéhovah Dieu contre la domination des démons et de leurs agents.[185] Toutes les preuves sont alors présentées comme pointant fermement vers l'imminence d'Armageddon, annonçant la défaite prochaine de Satan et la pleine justification du nom de Jéhovah, ce qui représenterait le début d'une joie, d'une paix et d'une vie sans fin pour toute la création qui aime la justice.[186]
Dans ces jours de ténèbres pesant sur les dirigeants terrestres, une grande lumière est déclarée briller dans l'esprit et le cœur de ceux qui sont entièrement dévoués à Dieu et au gouvernement théocratique, lumière de Jéhovah réfléchie par le grand Roi de la Théocratie, Christ Jésus, sur l'esprit de ses vrais disciples.[187] Les paroles de l'apôtre Paul en 1 Thessaloniciens 5:1,4,5,11 sont convoquées à l'appui : les fidèles ne sont pas dans les ténèbres mais sont des enfants de la lumière, appelés à se consoler et à s'édifier mutuellement.[188]
Alors même que la porte de participation à l'« œuvre étrange » de Dieu se ferme rapidement en de nombreuses régions du globe et que la persécution des chrétiens fidèles s'intensifie, le peuple oint de Dieu et ses compagnons sont décrits comme nullement découragés, prévenus par la révélation des prophéties que ces choses devaient nécessairement advenir.[189] Le verset-texte de l'année 1940 est tiré du psaume : « J'ai mis ma confiance en ta miséricorde ; mon cœur se réjouira en ton salut » (Psaumes 13:5).[190]
La présence de Christ Jésus au temple de Dieu est affirmée comme une réalité clairement discernée, confirmée par le dévoilement progressif de nombreuses prophéties montrant que le royaume est déjà établi, conformément à Malachie 3:1-3.[191] Christ Jésus est dépeint comme le grand Juge séparant actuellement les nations, et la conviction est affirmée que ses serviteurs ne suivent aucune fable habilement inventée mais ont été instruits par le Seigneur et savent qu'ils sont dans le bon chemin.[192]
Armageddon
La question du moment précis de la « bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant » est posée : ce moment est décrit comme fixé avec certitude, mais aucun homme n'en connaît l'heure.[193] Avant Armageddon, l'ensemble du « reste » doit être uni dans le Christ Jésus, avec les cœurs fixés sur la Théocratie et une dévotion totale à Dieu et à son Roi.[194] Les oints et leurs compagnons, les « autres brebis » du Seigneur, sont présentés comme étant déjà en pleine unanimité, sachant que le jour de Jéhovah a commencé en 1914 et que le jour de Christ Jésus a débuté en 1918, au moment de sa venue au temple de Dieu, quand commença le jugement de ceux qui avaient contracté une alliance pour accomplir la volonté de Jéhovah.[195]
Les paroles de l'apôtre Paul en 1 Thessaloniciens 5:3 sont identifiées comme le « signe » attendu par le peuple fidèle du Seigneur : « Quand ils diront : "Paix et sécurité !", alors une destruction subite fondra sur eux comme les douleurs de l'enfantement sur une femme enceinte, et ils n'échapperont pas ».[196]
La controverse
Ceux qui crieront « Paix et sécurité » sont identifiés comme les chefs de l'élément impie de l'humanité, désignés dans les Écritures comme les « ambassadeurs de paix » qui sont appelés à « pleurer amèrement » (Ésaïe 33:7), ceux-là mêmes qui fabriquent de la propagande pour tromper et contrôler un public crédule.[197] Ce sont les hommes qui, mus par un égoïsme extrême, cherchent à contrôler et à dominer le monde entier en opposition à la volonté de Dieu, et qui s'opposent par conséquent au gouvernement théocratique de Jéhovah avec Christ Jésus comme Roi.[198]
Ces hommes sont décrits comme perturbés non par le nombre ou la véhémence des Témoins de Jéhovah, mais par le message que ceux-ci proclament hardiment — le message concernant la Théocratie et les prophéties de Dieu concernant la religion.[199] Effrayés et perturbés, ils cherchent à unir toutes les forces du monde contre le gouvernement théocratique et contre ceux qui proclament le nom du grand Théocrate.[200]
La controverse fondamentale est décrite comme l'opposition de l'organisation de Satan contre la Théocratie, le royaume de Dieu. Depuis Nemrod et son gouvernement établi en défi de Jéhovah, Satan est présenté comme ayant toujours cherché à imiter le Très-Haut en érigeant des dictatures.[201] Jéhovah Dieu ayant désigné Jésus comme Roi du monde, Satan se serait immédiatement employé à le détruire, persécutant le Seigneur pendant trois ans et demi jusqu'à la crucifixion, avant que Dieu ne le ressuscite et ne le constitue Seigneur et Souverain sur toute la création.[202] Christ Jésus est présenté comme déjà intronisé comme Roi, invisible aux yeux des hommes, mais devant bientôt avoir des représentants visibles ou « princes » sur la terre, conformément à Psaumes 45:16.[203]
Satan, sachant que son temps est court avant le dénouement final, s'emploierait à mettre en place une domination totalitaire dans les diverses nations, en défi du royaume de Dieu.[204] Le système religieux papal est désigné comme le principal instrument de tromperie de Satan, par lequel il cherche à détourner tous les peuples vers le soutien aux dictateurs. Staline, Hitler et Mussolini sont présentés comme travaillant tous au même but, en opposition au gouvernement théocratique, et c'est pour cela que les Témoins de Jéhovah sont décrits comme haïs des puissances dirigeantes, conformément à la promesse de Jésus en Matthieu 24:9.[205]
Les Témoins de Jéhovah sont définis comme des personnes entièrement dévouées à Jéhovah Dieu et à son Roi, qui rendent publiquement témoignage du nom de Jéhovah et de son royaume. Ils ne sauraient donc être une secte ou un culte religieux, précise-t-on.[206] Christ Jésus est proclamé le témoin en chef de Jéhovah, portant le titre de « Témoin Fidèle et Véritable » selon Apocalypse 1:5 et Apocalypse 3:14, et ses serviteurs fidèles sont également appelés ses témoins selon Ésaïe 43:10,12.[207]
Les fidèles témoins sont décrits comme des enfants de la lumière et du jour, conformément à 1 Thessaloniciens 5:5, et comme des ambassadeurs de paix chargés d'annoncer les bénédictions futures que le gouvernement théocratique dispensera aux obéissants.[208] Leurs opposants, en revanche, sont plongés dans les ténèbres quant au dessein de Jéhovah d'accomplir toutes choses en bien pour ceux qui l'aiment et lui obéissent, ainsi que quant à son dessein de bénir toutes les familles obéissantes de la terre par Christ le Roi.[209]
Le sort des démons lors du déluge est rappelé à l'appui de ce thème des ténèbres : selon Jude 6 et 2 Pierre 2:4, Dieu les aurait précipités dans les ténèbres perpétuelles, les mettant hors d'état d'apprécier jamais sa bonté.[210] Depuis lors, le Diable et tous les autres démons seraient dans les ténèbres quant au dessein de Jéhovah, ayant utilisé la religion pour tromper et maintenir les peuples dans l'obscurité.[211] Les dirigeants dictateurs sont désignés comme des enfants des ténèbres, conformément à Ésaïe 60:2, et la seule voie d'échappatoire pour les peuples qui les suivent est décrite comme l'apprentissage de la vérité de la Parole de Dieu et la soumission au Christ le Roi.[212]
Le Seigneur envoie ses témoins pour annoncer à tous les hommes de bonne volonté le dessein du Très-Haut de mettre en opération le gouvernement théocratique, ce qui constitue la « bonne nouvelle » ou « évangile » du royaume, dont la prédication à toutes les nations est présentée comme un commandement impérieux selon Matthieu 24:14-16.[213] La coalition totalitaire, politique et ecclésiastique, qui revendique le droit de gouverner le monde à la place de Christ, est identifiée comme l'« abomination de la désolation » contre laquelle les personnes de bonne volonté doivent fuir vers le royaume.[214]
Depuis 1918, Christ Jésus est présenté comme ayant mis à l'épreuve ceux qui avaient contracté une alliance pour accomplir la volonté de Dieu, approuvant et oignant ceux qui avaient réussi l'épreuve, et les envoyant porter témoignage du nom de Jéhovah et de Christ le Roi.[215] La proclamation de ce message au cours des vingt années écoulées est présentée comme ayant considérablement perturbé et irrité les chefs religieux et les dictateurs, entraînant une intensification de la haine envers Jéhovah et de la persécution de ses témoins sur la terre, au point que toutes les nations tendent désormais vers le totalitarisme et s'opposent toutes à la Théocratie.[216]
Complot
Le « monde » est défini comme composé des parties invisible et visible de la création, désignées « ciel » et « terre ». Satan et ses démons associés, invisibles aux yeux humains, sont présentés comme gouvernant les nations de la terre, dont les puissances dirigeantes seraient sous l'influence et le contrôle des démons.[217]
Le slogan de la Première Guerre mondiale, « Nous rendrons le monde sûr pour la Démocratie », est présenté comme un faux slogan d'origine diabolique, destiné à tromper les peuples et à les amener à faire confiance à des hommes qui, en réalité, édifiaient dans l'ombre de grandes puissances totalitaires.[218] Peu après la Première Guerre mondiale, les totalitaires se seraient organisés et auraient immédiatement entrepris de détruire toutes les démocraties et, en particulier, de s'opposer au gouvernement théocratique sous Christ.[219]
Ce complot est présenté comme foretold de Dieu par la prophétie du Psaumes 83:2-5 : « Car voici, tes ennemis font du tumulte ; ceux qui te haïssent ont levé la tête. Ils ont pris conseil avec ruse contre ton peuple et ils ont conspiré contre tes cachés. Ils ont dit : Venez et retranchons-les pour qu'ils ne soient plus une nation ».[220] La hiérarchie catholique romaine, opérant depuis la Cité du Vatican, est désignée comme le meneur de ce complot, ayant convaincu les éléments politiques et commerciaux que les Témoins de Jéhovah sont des éléments subversifs et des ennemis de tous les gouvernements qui doivent être anéantis.[221]
Les conspirateurs, religieux et totalitaires, n'auraient pas seulement conspiré contre la Théocratie et ses serviteurs mais auraient commis de nombreux actes manifestes contre les serviteurs de Dieu dans la période dite des « temps et des saisons », c'est-à-dire depuis l'intronisation de Christ Jésus en 1914.[222] Le message du Royaume aurait été supprimé dans la plupart des régions du monde, et il est annoncé qu'il semble probable que les témoins auront bientôt été complètement réduits au silence — ce qui constituerait le signal que l'« œuvre étrange » de Jéhovah est accomplie selon sa volonté.[223] Une déclaration émanant du Vatican est citée : « Il faut faire quelque chose pour réduire au silence ces Témoins de Jéhovah ».[224]
Actes manifestes
Depuis plusieurs années, un effort organisé pour arrêter le travail de témoignage concernant le royaume est décrit : des villes et municipalités auraient été amenées à adopter des ordonnances inconstitutionnelles, entraînant de nombreuses arrestations et emprisonnements et obligeant les Témoins de Jéhovah à mener de nombreuses batailles judiciaires pour se défendre.[225] Les Témoins de Jéhovah sont accusés de toutes sortes de crimes dont ils seraient totalement innocents, et la persécution aurait été rendue possible dans pratiquement tous les pays européens à l'instigation de la hiérarchie catholique romaine.[226]
Bien que les plus hautes juridictions aient statué que les Témoins de Jéhovah sont pleinement dans leurs droits en allant de lieu en lieu pour rendre témoignage au Royaume, des officiels publics auraient ignoré ces décisions de justice.[227] La hiérarchie, ne pouvant stopper légalement le travail, aurait encouragé des foules à recourir fréquemment à la violence contre ceux qui s'efforcent de servir Dieu, et des fonctionnaires assermentés à défendre la loi se seraient permis de déclarer aux Témoins : « Nous sommes la loi ; quittez la ville et n'y revenez pas ».[228]
Cette persécution fanatique est interprétée comme visant à mettre à exécution le complot de la hiérarchie et de ses alliés de réduire au silence toute personne prônant le gouvernement théocratique, et se poursuivra jusqu'à ce que ceux-ci croient avoir définitivement abattu tous ceux qui favorisent Dieu et son royaume sous Christ.[229] Lorsqu'ils concluront avoir réduit tous les témoins au silence, les chefs religieux proclameront alors : « Nous sommes en paix et nous sommes en sécurité » — ce que la prophétie requiert comme condition préalable au dénouement final.[230]
Le signe
Le « signe » annoncé est associé au moment où la hiérarchie et ses alliés croiront avoir complètement mis fin à tout le travail de témoignage et pourront proclamer : « Tout va bien et tout est sûr » (Moffatt).[231] Ce sera l'occasion d'une célébration parmi eux, convaincus d'avoir accompli ce qu'ils avaient illégalement comploté d'accomplir — la mise en place d'un règne totalitaire arbitraire sur le monde.[232] Ce festin triomphant ivre est comparé à la scène des Philistins tourmentant et humiliant le serviteur de Dieu Samson alors qu'ils le retenaient captif dans le temple de Dagon, présentée comme une prophétie de ces événements à venir.[233]
Puis, au moment même de ces festivités mondaines, quand les impies se félicitent mutuellement en disant « Nous sommes en paix ; Dieu est de notre côté et nous sommes en sécurité », une destruction soudaine fondra sur eux.
Il agit
La question de savoir si Dieu prend note de la persécution de son peuple reçoit une réponse affirmative : Dieu prend notice et Christ Jésus compte le mauvais traitement infligé à ses serviteurs comme s'il lui était fait personnellement.[234] La promesse de vengeance divine est fondée sur les paroles mêmes de Jésus en Luc 18:7-8 : « Dieu ne vengera-t-il pas ses élus qui crient vers lui jour et nuit, bien qu'il tarde à leur égard ? Je vous dis qu'il les vengera rapidement ».[235]
Ces paroles sont interprétées comme impliquant que seul un nombre relativement petit de personnes sur terre croira que la destruction fondra sur les opposants au gouvernement théocratique, et que seuls ceux qui sont entièrement dévoués à Dieu auront la foi dont Jésus parle ici.[236] La hiérarchie catholique romaine est expressément désignée comme ne croyant pas à cette destruction annoncée, se retranchant derrière la promesse que « les portes de l'enfer ne prévaudront pas » contre elle — montrant ainsi, selon l'interprétation proposée, qu'elle est dans les ténèbres quant au dessein de Jéhovah.[237] Les orgueilleux qui règnent sur les peuples et qui déclarent avoir fait une alliance avec la mort sont interpellés par la parole du prophète, citée selon Ésaïe 28, leur annonçant le jugement à venir.
Les boucs
Ceux qui persécutent les Témoins de Jéhovah en opposition au gouvernement théocratique sous Christ sont désignés par le Seigneur comme des « boucs ». S'ils étaient du côté du Seigneur et de son royaume, ils obéiraient au Seigneur et annonceraient aux peuples que le royaume de Dieu est le seul espoir de l'humanité.[238] Au lieu de cela, ils font violence à ceux qui proclament le Seigneur et son royaume, et font ainsi violence au Seigneur lui-même. À ces désobéissants qualifiés de « boucs », le Seigneur déclare que le mauvais traitement qu'ils ont infligé à ses serviteurs, il le compte comme s'il lui avait été fait personnellement, leur intimant : « Éloignez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le Diable et ses anges » (Matthieu 25:40-41).[239]
Ces « boucs » sont présentés comme étant entièrement du côté du Diable et poussés par lui à s'opposer au royaume sous Christ. Le grand Roi, Christ Jésus, est annoncé comme devant les exécuter, toute puissance lui ayant été confiée et le commandement d'exercer le jugement lui ayant été donné selon Jean 5:22-27.[240]
Ne vous tourmentez pas
Armageddon est présenté comme devant commencer par la chute soudaine de la Hiérarchie et de ses alliés les plus proches. Selon Apocalypse 17:16-17, Dieu mettra dans l'esprit des éléments politiques du monde la capacité de voir et de comprendre que les religieux sont leurs véritables ennemis, les amenant à se retourner subitement contre les chefs religieux et à les frapper. La prophétie du chapitre vingt du second livre des Chroniques est citée comme une illustration claire de ce dénouement.[241]
La difficulté pour toute créature de rester calme lorsqu'elle est méchamment persécutée pour avoir agi justement est reconnue, mais cette persécution est présentée comme offrant au chrétien l'occasion de prouver son intégrité envers Dieu et de manifester sa pleine foi dans les précieuses promesses du Seigneur.[242] La promesse divine de délivrance est fondée sur les paroles du Psaumes 37:1-7 : « Ne t'irrite pas à cause des malfaiteurs, et ne sois pas envieux des ouvriers d'iniquité : car ils seront bientôt coupés comme l'herbe et se faneront comme la verdure. Repose-toi en l'Éternel et attends-le patiemment ».[243]
Le Seigneur assure pleinement son peuple que la fin des impies opposants à son royaume surviendra en son temps. Les signes des temps sont présentés comme montrant clairement que le moment fixé par Dieu pour frapper l'ennemi est très proche.[244] À l'appui, les paroles de l'apôtre en 2 Thessaloniciens 1:7-10 sont convoquées : « quand le Seigneur Jésus sera révélé du ciel avec ses puissants anges, dans un feu flamboyant, tirant vengeance sur ceux qui ne connaissent pas Dieu et qui n'obéissent pas à l'évangile de notre Seigneur Jésus-Christ ».[245]
Le sort des ennemis de Dieu est comparé à celui qu'il infligea aux premiers-nés d'Égypte (Hébreux 11:28). La bataille d'Armageddon est annoncée comme devant marquer la fin définitive de tous les ennemis de Dieu, selon la parole du Psaumes 21:8.[246]
Aucune échappatoire
Armageddon est décrit comme une purification complète de tout ce qui s'oppose au royaume de Dieu sous Christ, dont nul ne pourra s'échapper. La version Diaglott est citée à l'appui : « En aucun cas ils n'échapperont ».[247] Les versets de Jérémie 25:33-35 sont cités pour décrire l'ampleur de la destruction : les victimes du Seigneur s'étendront d'un bout de la terre à l'autre, sans être pleurées, ramassées ni ensevelies, et les bergers n'auront aucun moyen de fuir.[248] De nombreux autres passages des Écritures sont présentés comme corroborant pleinement que tout ce qui s'oppose au gouvernement théocratique de Jéhovah sous Christ Jésus périra de la terre.[249]
Réjouissez-vous
Aucun des témoins fidèles de Jéhovah n'est censé faiblir ni défaillir face à la méchante opposition qui leur est faite. L'épreuve présente est présentée comme la confirmation que les prophéties ont été correctement lues au cours des dix dernières années, puisque Jéhovah avait précisément annoncé par ses prophètes les choses que les Témoins de Jéhovah et leurs compagnons vivent à présent.[250]
Une distinction est tracée entre le bonheur et la joie en l'Éternel : il serait impossible d'être heureux dans les circonstances présentes, marquées par tant de méchanceté, d'iniquité et de persécution cruelle, mais il est possible d'être joyeux en l'Éternel, sachant qu'il permet que ces choses arrivent pour le bien de ceux qui l'aiment et sont appelés selon son dessein.[251] La « patience » est définie comme le fait d'avancer fermement dans l'accomplissement du devoir en faisant entièrement confiance au Seigneur Dieu et à son Roi ; le « courage » est défini comme la certitude d'être soutenu par une puissance éternelle, d'où la confiance que la victoire par le Seigneur est assurée.[252]
La conviction est affirmée que Christ Jésus sera victorieux en son temps et que ses serviteurs partageront sa victoire. L'exhortation de Jésus est rappelée : « Par votre patience, vous posséderez vos âmes », et l'appel à se réjouir toujours est fondé sur la certitude que le jour de la délivrance est proche.[253]
Le devoir
Jéhovah est présenté comme ayant confié à son peuple l'obligation et le devoir de déclarer son nom afin que toutes les personnes de bonne volonté envers Dieu puissent entendre la vérité et apprendre la voie d'échappatoire vers le salut.[254] Le Seigneur aurait chargé son peuple d'avertir tous ceux qui voudront entendre de son dessein de détruire l'hypocrisie et la pratique du démonisme, qui depuis longtemps déshonoreraient le saint nom de Dieu, et d'annoncer publiquement que toute méchanceté pratiquée en son nom cessera.[255]
La mission confiée aux Témoins de Jéhovah est illustrée par le personnage d'Éhud qui enfonça son poignard dans les entrailles d'Eglon, mettant à nu sa saleté (Juges 3:12-26) : de même, le peuple du Seigneur — dont Éhud serait la figure — aurait, au cours des vingt dernières années, enfoncé l'épée de l'esprit dans les entrailles des praticiens du démonisme, exposant ainsi leur œuvre souillée et malpropre, ce qui aurait grandement irrité tous ceux qui sympathisent avec le mal.[256]
Dieu est présenté comme ayant commandé à son peuple d'élever haut la bannière de son royaume afin que toutes les personnes de bonne volonté qui désirent le salut puissent entendre la vérité et s'échapper vers sa « ville de refuge ».[257] Des personnes sincères et honnêtes sont décrites comme quittant les organisations catholiques, protestantes et autres organisations religieuses pour trouver la sécurité sous le Seigneur Jésus-Christ, venant de toutes nations, tribus et langues (Apocalypse 7:9-17 ; Jean 10:16 ; Sophonie 2:3 ; Genèse 1:28 ; Genèse 9:1).[258] Ces personnes sincères sont identifiées comme celles qui formeront la « grande multitude » ou les « autres brebis » du Seigneur, qui, en prouvant leur intégrité, seront protégées de la colère de Dieu pendant la bataille d'Armageddon et auront ensuite le privilège d'accomplir le commandement divin de « multiplier et remplir la terre » d'une race juste et parfaite.[259]
Les « autres brebis » du Seigneur qui formeront la « grande multitude » sont invitées à se joindre fermement au « reste » pour proclamer hardiment le nom de Jéhovah Dieu, son gouvernement théocratique et le nom de Christ Jésus son Roi, et à avancer dans l'œuvre avec calme, sobriété et pleine foi jusqu'à ce que Dieu permette qu'elle prenne fin.[260] Les paroles de l'apôtre Paul en 1 Thessaloniciens 5:8 sont présentées comme particulièrement appropriées pour ce « jour de Jéhovah » : « mettant la cuirasse de la foi et de l'amour, et pour casque l'espérance du salut ».[261]
L'appel est lancé à ne pas se laisser troubler ni décourager par l'opposition et la persécution, à maintenir son équilibre, à demeurer fort dans la foi et entièrement dévoué à un service désintéressé du Roi.[262] La certitude que le jour de la colère de Dieu est sur le point de s'abattre sur le monde est affirmée, assortie de la conviction que les fidèles bénéficieront d'une pleine protection, fondée sur 1 Thessaloniciens 5:9-11 : « Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l'obtention du salut par notre Seigneur Jésus-Christ ».[263]
Que les fidèles meurent dans l'accomplissement de leur devoir ou demeurent en vie pendant Armageddon, ils ont l'assurance pleine de la vie éternelle avec Christ Jésus.[264] Le signe attendu pour le début d'Armageddon est rappelé une dernière fois : « Quand ils diront : Paix et sécurité, la destruction commencera aussitôt ».[265]
Message d'espoir
Lorsque le signe du début d'Armageddon se manifestera clairement, la promesse de Jéhovah à son peuple en Ésaïe 26:20 est présentée comme appelée à s'accomplir : « Viens, mon peuple, entre dans tes chambres, et ferme tes portes derrière toi ; cache-toi pour un court moment, jusqu'à ce que l'indignation soit passée ».[266] La convention est décrite comme pouvant être la dernière que le peuple fidèle de Dieu tiendra sur terre avant Armageddon, et l'appel est lancé à se réjouir toujours et à rendre gloire à Jéhovah Dieu.[267]
À l'issue du discours, un « Message d'espoir » est lu et soumis à l'adoption de l'assemblée, avec la recommandation qu'il en soit imprimé et diffusé des millions d'exemplaires.[268] Ce message est adressé à toutes les personnes de bonne volonté envers le Dieu Tout-Puissant Jéhovah qui aiment la justice et désirent que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel, et sa seule autorité est déclarée être la Bible, parole de vérité de Dieu et seul vrai guide de l'homme.[269]
Le Diable et ses démons associés, agissant par et à travers de cruels dictateurs et de géants religieux présents sur la terre, sont présentés comme ayant rassemblé les nations pour combattre contre la Théocratie, le royaume de Dieu sous Christ Jésus, dans le but de détruire ceux qui servent le Seigneur. Cette « bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant » est annoncée comme imminente et devant constituer la plus grande tribulation jamais connue, selon Apocalypse 16:13-16, Matthieu 24:21 et Jérémie 25:33.[270]
Toutes les nations, et particulièrement celles qui se disaient autrefois « chrétiennes », sont présentées comme ayant oublié Jéhovah Dieu et s'étant soumises aux démons ou faux dieux, et le Psaumes 9:17 est cité à leur encontre : « Les méchants retourneront au shéol, ainsi que toutes les nations qui oublient Dieu ».[271]
La voie d'échappatoire à ce temps de trouble est identifiée : Christ Jésus rassemble en ce moment ses « autres brebis » (Jean 10:16), qui formeront la « grande multitude » (Apocalypse 7:9-15). Seules les personnes de bonne volonté envers Jéhovah Dieu et son Roi seront ainsi rassemblées auprès du Seigneur.[272] Le passage de Sophonie 2:1-3 est cité comme exhortation : « Rassemblez-vous, oui, rassemblez-vous, ô nation indésirable ; avant que vienne sur vous la colère de l'Éternel, cherchez l'Éternel, vous tous les humbles de la terre ; cherchez la justice, cherchez l'humilité : peut-être serez-vous cachés au jour de la colère de l'Éternel ».[273]
Pour trouver la voie d'échappatoire vers la sécurité et la vie éternelle, il est annoncé qu'il faut agir vite en se déclarant pour la Théocratie et Christ Jésus son Roi.[274] Ceux qui appartiennent à la « grande multitude » ont la promesse de traverser Armageddon et d'être délivrés, à l'instar de Noé et de sa famille sauvés du déluge, puis d'avoir le privilège d'accomplir le mandat divin de multiplier et de remplir la terre d'une race parfaite de personnes (Psaumes 83:18).[275]
Ce « Message d'espoir » est décrit comme ayant été adopté à l'unanimité par un vote à main levée de la foule imposante réunie en convention, qui éclata ensuite en applaudissements enthousiastes et en expressions vocales de joie et de gratitude.[276]
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Illustrations du numéro
Références
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