Informant de juin 1940
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| Informant de juin 1940 | |
|---|---|
| Revue | Informant |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro est entièrement consacré à la préparation et à l'organisation de la grande convention nationale théocratique de Columbus, dans l'Ohio, prévue du 24 au 28 juillet 1940. La mobilisation y est présentée comme un effort collectif sans précédent : trente villes reliées simultanément par fil télégraphique, quinze millions de tracts à distribuer, un disque phonographique spécial produit pour l'occasion, et une chaîne logistique allant jusqu'aux modalités d'hébergement et de financement local.
Rutherford est au centre du dispositif, notamment à travers son discours du dimanche 28 juillet sur la religion comme remède mondial, dont la diffusion simultanée dans l'ensemble du réseau de villes est minutieusement planifiée. Chaque proclamateur est invité à se concevoir comme un ambassadeur du gouvernement théocratique, chargé d'informer les personnes de bonne volonté de l'existence de cette convention.
Analyse
Croyances
La religion opposée au christianisme : une antithèse doctrinale
Le discours principal annoncé pour le dimanche 28 juillet 1940 porte le titre « La religion comme remède mondial », et les formules d'accroche destinées à la distribution de magazines dans la rue opposent frontalement « la religion », déclarée nuisible, au « christianisme », déclaré bénéfique.[1] Cette opposition n'a rien d'un effet de rhétorique publicitaire : elle constitue une redéfinition lexicale opérée par Rutherford à partir de 1936, dans laquelle le mot « religion » cesse de désigner un genre dont le christianisme serait une espèce pour devenir le nom d'un système d'origine démoniaque, tout culte non conforme à la Parole de Dieu étant rangé sous ce terme.[2] Le slogan repris dans les formules de rue de 1940 — la religion comme « piège » — prolonge directement la formule « la religion est un piège et un racket » déjà portée sur les panneaux des marches d'information organisées en Grande-Bretagne en 1939, où elle était contrebalancée en cours de semaine par des pancartes « Servez Dieu et le Christ Roi » destinées à désamorcer l'hostilité des passants.[3]
La singularité des formules de juin 1940 tient à ce qu'elles ajoutent au terme négatif un terme positif explicitement nommé : ce n'est plus seulement la religion qui est dénoncée, c'est le christianisme qui lui est substitué comme catégorie de rechange, portée par la lecture de La Tour de Garde.[4] La construction est donc doctrinalement autonome : elle n'appelle pas une adhésion confessionnelle concurrente mais une sortie hors du champ religieux tout entier, formulée comme l'objectif même du témoignage de rue — aider les personnes honnêtes à se dégager de la religion.[5] Cette exigence de rupture explique aussi la judiciarisation qui accompagne ces marches avec pancartes aux États-Unis, dont la légalité fut portée devant la Cour suprême dans l'affaire Cox c. New Hampshire.[6]
La Théocratie comme fondement de l'autorité et mandat du proclamateur
Le terme « Théocratie » sature les instructions de juin 1940 : convention théocratique, gouvernement théocratique, proclamateurs théocratiques, service de la Théocratie, et surtout l'énoncé selon lequel l'organisation du Seigneur est une Théocratie, dont se déduit l'obligation de coopération entre pionniers et compagnies.[7] Cette cohérence lexicale est le corollaire logique de la disqualification de la religion analysée plus haut : si tout système religieux est un piège, la seule légitimité restante ne peut venir d'une institution ecclésiastique mais de la souveraineté directe de Jéhovah, catégorie théologique introduite dans l'enseignement du mouvement à partir de 1938.[8]
De cette souveraineté découle le statut conféré à chaque proclamateur, explicitement désigné comme ambassadeur du gouvernement théocratique et tenu à ce titre d'une conduite calme et digne en toutes circonstances.[9] La notion n'est pas neuve : Rutherford l'avait appliquée à lui-même à la fin des années 1930, se décrivant comme fait ambassadeur par le Seigneur pour porter au monde le message divin de réconciliation.[10] Son extension à l'ensemble des proclamateurs de rue constitue en revanche un déplacement doctrinal notable : la qualité diplomatique du représentant d'un gouvernement étranger est généralisée à chaque distributeur de tracts, ce qui transforme une règle de bonne tenue en obligation théologique.
Le témoignage lui-même n'est pas présenté comme une activité facultative mais comme la participation à la glorification du nom et de la parole de Jéhovah.[11] L'application la plus tranchée de ce principe concerne les plus de dix mille personnes ayant assisté au Mémorial de mars sans avoir remis de rapport de service en avril, invitées à examiner sérieusement leur situation à la lumière des prophéties révélées.[12] Le décompte administratif devient ici un instrument de diagnostic spirituel : l'absence de rapport n'est pas traitée comme une lacune statistique mais comme un problème de position devant Dieu. La sociologie des sectes de rejet du monde a précisément identifié dans cette absorption du temps et de l'activité des membres par l'institution un trait structurant du mouvement, le rapport chiffré fonctionnant comme mesure du statut individuel.[13]
Brièveté du temps et refus de la contrainte en matière de foi
L'affirmation que le temps disponible pour le témoignage est court fournit le ressort implicite de l'ensemble du dispositif de juin 1940, depuis les quinze millions de tracts mis sous presse jusqu'aux créneaux de service réservés pendant la convention elle-même.[14] Cette urgence n'est pas une exhortation générale : elle s'articule à l'invitation faite aux non-rapporteurs d'examiner leur situation à la lumière des prophéties révélées, formule qui renvoie à l'attente d'un dénouement proche exprimée dans l'enseignement du mouvement tout au long des années 1935-1940.[15]
L'intérêt doctrinal de ce numéro est que cette urgence commande une instruction apparemment contraire. Les proclamateurs sont tenus d'éviter toute controverse et, si une discussion s'engage, de renvoyer leur interlocuteur à la convention plutôt que d'argumenter.[16] Le fondement n'est pas tactique mais théologique, et il est explicitement rattaché à l'enseignement de La Tour de Garde du 15 mai 1940 : la population ne peut être amenée à se placer du côté de Jéhovah contre sa volonté, et la Parole de Dieu ne peut être imposée à personne.[17] Le mouvement se dote ainsi d'une doctrine de l'impossibilité de la contrainte en matière de foi, qui aboutit à une méthode de prédication où le disque phonographique parle à la place du proclamateur.[18] La sociologie des nouveaux mouvements religieux a décrit la conversion comme une resocialisation volontaire par laquelle l'individu réorganise son identité, et non comme un effet de persuasion argumentative — lecture qui rejoint, par un tout autre chemin, la position ici formulée.[19]
Les autres brebis, le baptême et le Mémorial
L'urgence du témoignage produit une classification des personnes atteintes. Les « personnes de bonne volonté » destinataires de la lettre postale d'invitation sont explicitement désignées comme Jonadabs, et distinguées des proclamateurs du Royaume lorsqu'il est question du lectorat de la publication de compte rendu, destinée aussi bien à ces derniers qu'aux « autres brebis » n'ayant pu assister à l'assemblée.[20] La désignation repose sur la typologie de Jonadab fils de Récab, empruntée à Jérémie 35:6-19, employée depuis le début des années 1930 pour nommer les chrétiens espérant vivre éternellement sur la terre.[21] Son articulation à Apocalypse 7:9 et Jean 10:16 fut prononcée à l'assemblée de Washington du 3 juin 1935, qui relocalisa sur une terre paradisiaque une classe auparavant comprise comme céleste de second rang. En 1940, l'expression « personnes de bonne volonté » englobe à la fois le reste et les Jonadabs.[22] L'apport propre de ce numéro est de convertir cette catégorie eschatologique en dispositif administratif : les Jonadabs sont ceux dont les noms figurent sur les listes de visites de retour tenues par les compagnies, ce qui permet un envoi postal nominatif.[23] Une classe du dénouement devient ainsi un fichier d'adresses.
Deux rites encadrent ce corps trié. Le service d'immersion fixé à huit heures du matin le dimanche dans toutes les villes de la convention constitue le seul acte sacramentel mentionné, et l'instruction se limite au costume de bain et à la serviette.[24] Cette brièveté est doctrinalement cohérente : l'immersion est enseignée comme un simple symbole de la consécration faite pour accomplir la volonté de Dieu, dépourvue de valeur salvifique propre, et elle ne fait à cette date l'objet d'aucune formule interrogative standardisée.[25] Le Mémorial de mars, seul repas commémoratif annuel reconnu et fixé au 14 Nisan, apparaît quant à lui uniquement comme base de comparaison chiffrée avec les rapports de service d'avril.[26][27] Cet usage statistique est indissociable de la réforme de 1938, année où les personnes ayant l'espérance terrestre furent pour la première fois expressément invitées à assister au Mémorial sans consommer les emblèmes, un article demandant alors à chacun de déterminer s'il était des oints habilités à y prendre part ou un Jonadab qui ne le pouvait pas.[28] L'assistance au Mémorial mesure donc l'audience totale du mouvement, tandis que le rapport de service mesure son activité effective : l'écart de plus de dix mille personnes entre les deux chiffres est précisément ce que le numéro donne à lire comme un déficit spirituel.[29]
Organisation et histoire
Une convention nationale décentralisée par liaison téléphonique
Trente villes reliées par fil à une ville-clé, Columbus dans l'Ohio, pour former une seule assemblée du 24 au 28 juillet 1940 : le dispositif annoncé constitue l'application la plus ambitieuse d'une technique que la Société Watch Tower expérimente depuis une quinzaine d'années.[30] Dès les années 1920, les assemblées étaient retransmises à des auditoires distants au moyen de lignes téléphoniques doublées de réseaux radiophoniques, et l'organisation présentait explicitement le sentiment de fraternité internationale comme rehaussé par la possibilité d'entendre les discours principaux venus d'une ville-clé unique.[31] Ce que 1940 ajoute, c'est l'échelle : un seul orateur, un seul horaire, imposés simultanément d'un océan à l'autre, avec publication des heures de diffusion du discours de clôture selon chaque fuseau horaire du continent.[32]
La contrainte logistique se retourne ainsi en démonstration d'unité. L'intégration au réseau de Honolulu, dans le Territoire d'Hawaï, et l'annonce de délégués attendus du Canada, du Mexique et d'Europe prolongent cette mise en scène à l'échelle transnationale, en pleine guerre mondiale et alors que l'organisation est frappée d'interdiction au Canada depuis le 4 juillet 1940.[33] La synchronisation descend jusque dans le rituel : le service d'immersion est fixé à huit heures du matin le dimanche dans toutes les villes de la convention, chaque candidat devant apporter costume de bain et serviette.[34] Le baptême de masse en maillot de bain, organisé dans des piscines publiques, caractérise les assemblées de cette période ; il ne comporte alors aucune formule standardisée, les questions baptismales fixes n'étant publiées qu'après la présidence de Rutherford, et l'immersion vaut comme symbole public d'une offrande de soi, non comme condition du salut.[35] L'équipement matériel obéit à la même logique d'uniformisation : phonographes, disque spécial, mallettes de témoignage, sacoches à magazines, voitures-sono des modèles n° 3 et n° 4 dont le type doit être déclaré par écrit au comité local, salles des livres et cafétérias tenues par la Société constituent un appareillage fourni ou normé par le siège, condition technique d'une activité de masse.[36]
La mise à disposition des terrains de la Foire d'État de Columbus par les autorités municipales et étatiques mérite d'être relevée : elle témoigne d'une relation institutionnelle encore praticable au printemps 1940.[37] Ce rapport se dégrade rapidement au cours de l'été : des sections de l'American Legion déposent des plaintes auprès du bureau du gouverneur, du conseil du champ de foire et d'autres responsables de l'État pour s'opposer à l'usage des terrains par les Témoins de Jéhovah, tandis que l'American Civil Liberties Union recense 1 488 agressions contre eux dans plus de trois cents localités entre mai et octobre 1940.[38]
Le centre comme unique producteur du message
Un disque phonographique de quarante-cinq centimètres produit spécialement pour l'occasion, quinze millions de tracts mis sous presse, un second tract portant l'adresse de l'auditorium local, des banderoles fournies par la Société, des marches d'information à deux proclamateurs par tronçon de rue portant panneaux devant et derrière : le dispositif publicitaire est intégralement conçu et fabriqué à Brooklyn.[39] La marche avec pancartes recto-verso n'est pas une improvisation locale mais un format standardisé, expérimenté dès 1939 à Manchester, où chaque participant portait un panneau « La religion est un piège et un racket » doublé au verso de « Servez Dieu et le Christ Roi », les seconds ayant été intercalés en cours de semaine pour désamorcer l'hostilité du public.[40] Ces défilés font alors l'objet de poursuites judiciaires, l'affaire Cox c. New Hampshire étant portée devant la Cour suprême des États-Unis.[41]
L'exclusion de toute annonce payante dans la presse, au profit d'une publicité assurée par l'organisation elle-même et de communiqués adressés aux journaux, n'est pas une économie de moyens mais un principe.[42] Il découle directement de la décision annoncée à l'assemblée de Columbus de septembre 1937 : retrait volontaire de tous les contrats de radiodiffusion commerciale à compter du 31 octobre 1937, les fonds et le temps devant désormais être concentrés sur les voitures-sono et les phonographes, le contact personnel de porte en porte étant jugé plus efficace que la radio.[43] Trois ans plus tard, l'autosuffisance médiatique est devenue la règle ordinaire : aucun média extérieur n'intervient dans la chaîne entre le siège et le passant.
Cette architecture assigne au proclamateur une place précise. L'instruction d'éviter toute controverse, de laisser le disque parler et de répondre à toute objection par une invitation à venir à la convention réduit le membre au rôle de support technique d'un message qu'il ne formule pas.[44] Sa qualification d'« ambassadeur du gouvernement théocratique », tenu au calme et à la dignité, reprend un vocabulaire que Rutherford applique d'abord à lui-même : il se décrit à la fin des années 1930 comme fait par le Seigneur son ambassadeur pour porter au monde le message divin de réconciliation.[45] Le circuit se referme avec la production éditoriale commémorative : The Messenger, compte rendu officiel de la convention avec photographies, est commandé par avance à dix cents l'exemplaire, sans crédit, par l'intermédiaire du serviteur de compagnie, toutes les commandes devant être parvenues à Brooklyn au 1er juillet 1940.[46] Les 28 812 nouveaux abonnements à La Tour de Garde enregistrés au 25 mai 1940 complètent le tableau : le centre produit, le membre diffuse, achète et fait acheter.[47]
Gouverner par le chiffre : quotas, rapports et comparaisons
Le record de 48 196 proclamateurs atteint lors de la période dite de la « Bataille du Siège », le quota national de 50 000 déclaré à portée, le quota individuel de 60 heures et 12 visites de retour par mois, et un tableau comparatif mensuel couvrant octobre 1938 à avril 1940 forment un appareil de pilotage complet.[48] Ce dispositif n'est pas né en 1940 : Brooklyn avait nommé un directeur dans chaque congrégation dès 1919 et prescrit l'année suivante à tous ceux qui participaient à la prédication d'en rendre compte hebdomadairement.[49] Ce qui s'ajoute ici est l'usage réflexif du chiffre : la comparaison mois par mois avec l'année précédente fait apparaître une baisse de la moyenne d'heures par rapport à avril 1939, aussitôt convertie en exhortation à réorganiser son temps.[50] On reconnaît là ce que Max Weber décrit comme rationalisation bureaucratique : hiérarchie formalisée, division précise du travail, règles impersonnelles et introduction de méthodes de comptabilité dans le processus de production.[51]
La comparaison internationale des ratios d'habitants par proclamateur — 101 au Canada, 2 047 aux États-Unis, 4 086 en Australie et Nouvelle-Zélande, 5 208 au Royaume-Uni — étend l'instrument aux filiales nationales, tandis qu'un questionnaire d'auto-évaluation demande à chaque compagnie de calculer le ratio de son propre territoire et son pourcentage de progression sur le record de l'an passé.[52] La mesure descend ainsi de l'échelon mondial jusqu'au groupe local, chacun devenant comparable à tous les autres.
Le critère réel d'appartenance apparaît en creux dans le traitement réservé aux plus de 10 000 personnes ayant assisté au Mémorial de mars sans fournir aucun rapport de service en avril : invitées à examiner sérieusement leur situation et à devenir des proclamateurs réguliers, elles ne sont pas comptées comme membres, faute de chiffre déposé.[53] La comparaison est d'autant plus significative que le Mémorial venait d'être ouvert à ceux qui professent l'espérance terrestre, expressément invités à y assister pour la première fois en 1938 sans consommer les emblèmes.[54] Présence et activité sont donc dissociées : seule la seconde compte. La même logique administrative saisit les personnes extérieures au mouvement, les « Jonadabs » n'étant plus définis par la typologie biblique des Récabites mais par leur inscription sur les listes de visites de retour que tiennent les compagnies, ce qui permet un envoi postal nominatif et l'affectation d'un groupe spécialisé aux relances.[55] La convention elle-même n'échappe pas à la mesure : cinq modalités de témoignage y sont définies, les capitaines de voiture ou de groupe centralisent des rapports journaliers, et l'activité déployée pendant l'assemblée doit figurer au rapport de juillet de la compagnie d'origine.[56] Le sociologue James Beckford a caractérisé cette configuration comme totalisante, en ce qu'elle englobe et comptabilise le temps du membre jusque dans ses moments de rassemblement.[57]
Chaîne hiérarchique et autorité personnelle du président
L'organigramme que l'on peut reconstituer à partir des instructions de ce numéro — président de la Société, serviteurs régionaux, serviteurs de zone, serviteurs de compagnie, famille du Béthel, pionniers, proclamateurs de compagnie — correspond à l'appareil mis en place par la réorganisation de 1938, qui a substitué aux anciens responsables élus localement des nominations émanant de Brooklyn, le serviteur de zone exerçant une fonction de supervision itinérante.[58]
Deux lettres signées de Rutherford structurent cependant le numéro par-dessus cette chaîne : celle du 30 avril 1940 aux pionniers sur l'aide financière et les tickets de repas, et celle du 19 mai 1940 sur la conduite à tenir lors de la distribution de magazines dans la rue, recommandée pour lecture répétée aux réunions de service.[59] S'y ajoutent le discours inaugural du mercredi et celui du dimanche. Le président apparaît ainsi comme source nominale et directe des instructions, adressées à l'ensemble d'une catégorie sans passer par les échelons intermédiaires — position cohérente avec le fait que Rutherford est depuis 1931 seul rédacteur effectif de La Tour de Garde.[60]
L'échelon local est quant à lui étroitement encadré. Le pionnier reçoit une assignation de comté limitée aux portions non attribuées aux compagnies, doit négocier des frontières mutuellement acceptables, écrire immédiatement au serviteur de zone, et il lui est expressément interdit de demander à être affecté à une zone déterminée ou auprès d'un serviteur de zone donné : sa requête ne peut porter que sur une compagnie ou un comté.[61] L'initiative géographique individuelle est donc supprimée au profit d'une affectation administrative. La convergence de toute correspondance vers le 117 Adams Street à Brooklyn — commandes du Messenger, contributions aux frais généraux, inscriptions à l'orchestre, comité de convention — matérialise cette centralisation jusque dans l'adresse postale.[62]
Discipline financière et statut privilégié du pionnier
Le financement de la convention repose sur un partage explicite : les conventions locales assument location de salle et publicité de leur zone, la Société prend en charge les liaisons par fil.[63] Les offrandes remises au trésorier local font l'objet d'une liste en double exemplaire adressée simultanément au serviteur de zone et à la Société, dispositif qui relève moins de la collecte que du contrôle comptable croisé : l'échelon régional et le siège disposent de la même information sur les flux locaux. La discipline s'étend à chaque individu par le compte de distributeur de magazines, dont trois mois consécutifs sans versement entraînent la clôture automatique, certaines compagnies étant nommément signalées comme négligentes.[64] Le lien du membre à la trésorerie centrale est donc permanent et sanctionné.
En sens inverse, le numéro institue le pionnier en catégorie statutaire avantagée : aide de la Société sur les frais de convention pour qui figure sur la liste au 1er mars 1940, ticket de repas gratuit pour qui y figure au 1er juin, carte d'identification donnant droit aux tarifs pionniers sur la littérature, disque spécial fourni gratuitement à raison d'un exemplaire par pionnier.[65] Le calendrier même des seuils fonctionne comme incitation à l'inscription : les nouveaux venus après le 1er juin ne reçoivent que la carte de littérature. Le corps concerné reste restreint — la moyenne mondiale s'établit en 1940 à 5 251 pionniers, toutes catégories confondues — ce qui fait de ces avantages la contrepartie d'un engagement à plein temps et le marqueur d'une élite de service.[66]
Le troisième volet du modèle économique est le travail gratuit. Cuisiniers expérimentés, préparateurs de sandwichs, caissiers, sténographes, préposés aux comptoirs, médecins et infirmières inscrits dès leur arrivée, musiciens d'orchestre venus avec instrument et recueil de cantiques : les compétences profanes des membres sont mobilisées sans rémunération, les bénévoles de restauration devant en outre fournir leur propre tablier et rester disponibles pour le service sur le terrain.[67] Les travaux de socio-économie religieuse ont souligné que les ressources des organisations religieuses combinent contributions volontaires, vente de biens de salut et exploitation de ressources productives, le bénévolat massif permettant de maintenir des coûts de fonctionnement minimaux.[68]
L'enregistrement de la « race » des conventionnistes
Le formulaire de demande de chambre adressé aux comités de logement exige, à côté du nom, des dates d'arrivée et de départ et du budget quotidien, l'indication de la nationalité et de la « race » du demandeur, avec distinction explicite entre « blanc » et « de couleur ».[69] Ce détail administratif, noyé parmi des considérations tarifaires, documente un alignement silencieux sur l'ordre social américain de 1940.
La pratique n'est pas isolée. Une séparation des assistants blancs et noirs est attestée dès 1914 lors des réunions et des projections du Photo-Drame de la Création, les « amis de couleur » étant assignés à la galerie, et certaines régions des États-Unis ont connu des congrégations, circonscriptions et districts séparés selon la couleur de peau.[70] Sous la présidence de Rutherford, des textes publiés dans L'Âge d'Or présentaient la peau noire comme la marque d'une malédiction appelée à s'effacer.[71] La ségrégation ne sera remise en cause dans le mouvement qu'à la faveur de l'action des organisations de défense des droits civiques dans les décennies suivantes.[72]
Le contraste mérite d'être relevé. La même page qui organise une assemblée continentale unique, reliant trente villes par fil jusqu'à Honolulu et attendant des délégations canadiennes, mexicaines et européennes en pleine guerre, trie les participants selon une catégorie raciale administrative.[73] Un mouvement qui revendique une rupture radicale avec le monde et une fraternité supranationale reproduit ici sans discussion ni justification doctrinale la norme ségrégationniste en vigueur autour de lui.
Contenu
Convention théocratique des Témoins de Jéhovah — Columbus, 24-28 juillet 1940
La grande convention nationale de l'été 1940 est présentée comme un événement sans précédent dans l'histoire des Témoins de Jéhovah. Columbus, dans l'Ohio, est désignée ville-clé d'un réseau de trente villes reliées entre elles par fil télégraphique direct, permettant à l'ensemble du pays de participer simultanément à la même assemblée.[74] La date retenue est le 24 au 28 juillet 1940, et les terrains de la Foire d'État de Columbus sont mis à disposition par les autorités municipales et étatiques pour accueillir la foule.[75]
L'ouverture de la convention le mercredi est placée sous la responsabilité du président de la Société, dont l'allocution inaugurale doit être retransmise dans toutes les villes participantes. Le point culminant est annoncé pour le dimanche 28 juillet, à l'heure où Rutherford doit prononcer un discours intitulé « La religion comme remède mondial », dont les horaires de diffusion selon les fuseaux horaires de l'ensemble du continent sont précisés à l'attention des proclamateurs.[76]
La mobilisation attendue est présentée comme universelle : pionniers, serviteurs de zone, serviteurs régionaux, famille du Béthel, proclamateurs sur le terrain, frères du Canada et du Mexique, et même des délégués venant d'Europe sont mentionnés comme attendus.[77] Une responsabilité expresse est rappelée à tous les proclamateurs du Royaume : informer chaque personne de bonne volonté, d'un bout à l'autre du pays, de l'existence de cette convention.[78]
Publicité nationale — disque spécial et tracts
Un disque phonographique spécial de quarante-cinq centimètres, double face et d'une durée de quatre minutes, est produit spécialement pour annoncer la convention de Columbus.[79] Chaque proclamateur disposant d'un phonographe est invité à se le procurer pour l'utiliser pendant les six semaines précédant la convention, que ce soit lors de visites de porte à porte, de présentations sur le pas de la porte, par haut-parleurs mobiles, ou encore dans chaque visite de retour et chaque étude modèle. Le prix est fixé à quarante-cinq cents, tandis que les pionniers le reçoivent gratuitement sur demande, à raison d'un exemplaire par pionnier.[80]
En parallèle, quinze millions de tracts sont mis sous presse et doivent être acheminés vers chaque compagnie ainsi qu'aux pionniers non rattachés à une compagnie.[81] Ces tracts, distribués gratuitement, doivent être déposés dans chaque foyer, remis aux abonnés des magazines, et avoir été entièrement distribués avant le début de la convention. Un second tract, portant le nom et l'adresse de l'auditorium local, est prévu pour une diffusion à partir du 20 juillet dans les villes d'accueil et leurs environs immédiats.[82]
Des marches d'information sont organisées dans toutes les villes d'accueil à partir du 20 juillet. Chaque tronçon de rue animé est couvert par deux proclamateurs marchant de long en large, équipés de panneaux portés sur le devant et le dos de leur personne, et distribuant des tracts.[83] Des banderoles extérieures fournies par la Société et des panneaux fabriqués localement complètent le dispositif publicitaire. Une lettre spécialement rédigée à l'intention des Jonadabs — c'est-à-dire des personnes de bonne volonté répertoriées dans les listes de visites de retour des compagnies — est adressée par voie postale afin de les inviter personnellement à assister à l'ensemble de la convention, et en particulier au discours sur la religion comme remède mondial.[84]
Les compagnies situées dans un rayon de cinquante kilomètres d'une ville d'accueil sont invitées à communiquer rapidement à celle-ci le nombre de lettres dont elles auront besoin, afin d'en commander la quantité adéquate auprès de la Société. Les envois se font par courrier de troisième classe, non scellés, avec timbre ordinaire, et les proclamateurs sont encouragés, dans la mesure du possible, à remettre ces lettres en mains propres et à organiser le transport des personnes intéressées vers la convention.[85]
Aucune annonce payante dans la presse n'est prévue : toute la publicité est assurée par l'organisation théocratique elle-même, au moyen des communiqués de presse que la Société fait parvenir aux journaux. Les proclamateurs sont exhortés à éviter toute controverse, à laisser le disque phonographique « parler » à leur place, et, si une discussion s'engage, à simplement répondre « Venez à la convention et vos questions trouveront réponse ».[86] Chaque proclamateur est rappelé à son statut d'ambassadeur du gouvernement théocratique, tenu de se conduire avec calme et dignité en toutes circonstances.[87]
Hébergement à la convention — appel à la coopération
Le logement des participants est présenté comme un défi organisationnel majeur.[88] Dès le 1er juin 1940, les comités de chambres de chaque ville d'accueil commencent à recenser des chambres dans des foyers privés propres et dans des hôtels. Les conventioneers sont invités à écrire directement au comité de leur ville, en précisant leurs besoins : nom, nationalité, race (les formulaires distinguent explicitement « blanc » et « de couleur »), dates d'arrivée et de départ, type d'hébergement souhaité, nombre de personnes dans le groupe, nombre de couples mariés, d'hommes seuls et de femmes seules, type de lit, et budget quotidien par personne.[89]
Les tarifs indiqués s'échelonnent de cinquante cents par personne et par nuit dans les chambres les plus modestes à cinq dollars dans les hôtels de première classe pour une chambre double à deux lits. À Columbus, les chambres simples avec bain dans les hôtels haut de gamme sont indiquées à deux dollars cinquante et trois dollars par jour, tandis que les grandes chambres partagées peuvent descendre à un dollar cinquante par personne avec quatre personnes par chambre.[90] Les participants voyageant en caravane ou en camping-car sont orientés vers le camp de remorques installé dans les terrains de la Foire de Columbus. Chaque frère est instamment prié de passer exclusivement par le comité de chambres de sa ville d'accueil, afin d'éviter toute confusion et de ne pas occuper des chambres déjà attribuées à d'autres.[91]
Liste des villes d'accueil et zones assignées
Trente villes d'accueil sont listées avec, pour chacune, le nom et l'adresse de la salle de réunion, l'adresse du comité de chambres de la Watch Tower et les zones dont les proclamateurs sont invités à s'y rendre s'ils ne peuvent rejoindre Columbus.[92] Parmi les villes mentionnées figurent Atlanta en Géorgie, Bangor dans le Maine, Beaumont au Texas, Boise dans l'Idaho, Boston dans le Massachusetts, Burlington au Vermont, Des Moines en Iowa, Duluth dans le Minnesota, El Paso au Texas, Fargo dans le Dakota du Nord, Fort Worth au Texas, Great Falls dans le Montana, Jackson dans le Mississippi, Kansas City dans le Missouri, Lincoln dans le Nebraska, Long Beach en Californie, Medford en Oregon, Memphis dans le Tennessee, Montgomery en Alabama, Pueblo dans le Colorado, Saint Paul dans le Minnesota, San Antonio au Texas, San Diego en Californie, San José en Californie, Savannah en Géorgie, Seattle dans l'État de Washington, Sioux Falls dans le Dakota du Sud, Spokane dans l'État de Washington, Tampa en Floride, Tulsa en Oklahoma, ainsi que Honolulu dans le Territoire d'Hawaï.[93]
Lettre de convention pour les pionniers
Le 30 avril 1940, Rutherford adresse une lettre à l'ensemble des pionniers, leur annonçant deux mesures de soutien financier pour la convention.[94] Les pionniers figurant sur la liste au 1er mars 1940 et y demeurant jusqu'à la convention reçoivent une aide de la Société sur leurs frais de convention. Ceux qui sont sur la liste au 1er juin 1940 et y restent jusqu'à la convention reçoivent en outre un ticket leur donnant droit aux repas à la convention, servant également de carte d'identification pour l'obtention de la littérature aux tarifs pionniers.[95] Cette lettre et cette carte ont été envoyées avec le relevé d'avril vers le 14 mai. Les nouveaux pionniers inscrits après le 1er juin reçoivent uniquement la carte d'identification pour la littérature. Ces tickets sont valables à Columbus comme dans toutes les autres villes de la convention théocratique du 24 au 28 juillet 1940.[96]
Dépenses de convention — financement local
Chaque convention locale assume les frais de location de salle et de publicité locale dans sa zone, indépendamment du financement central assuré par la Société pour les liaisons téléphoniques avec Columbus.[97] Les contrats de location de salles sont à signer le plus tôt possible avec un acompte, afin de garantir la disponibilité des locaux. Les personnes souhaitant contribuer aux frais locaux remettent leur offrande au trésorier de la convention de leur ville, lequel en tient une liste en double exemplaire adressée au serviteur de zone et à la Société. Ceux qui souhaitent participer aux frais généraux, notamment les frais de liaison par fil, peuvent envoyer leur contribution au bureau de la Société au 117 Adams Street à Brooklyn, en indiquant la mention « Convention Expenses ».[98]
« Le Messager » — rapport de la convention
Une publication spéciale intitulée The Messenger est annoncée pour paraître après la convention.[99] Destinée aussi bien aux proclamateurs du Royaume qu'aux « autres brebis » n'ayant pu assister à l'assemblée, elle doit couvrir le compte rendu général de la convention de Columbus, inclure de nombreuses photographies et rassembler les moments forts de toutes les conventions tenues sur le territoire des États-Unis. Son prix est fixé à dix cents l'exemplaire, sans possibilité de crédit : le paiement doit accompagner la commande. Les commandes sont à passer par le serviteur de compagnie local, afin d'organiser les expéditions en vrac. La date limite pour que toutes les commandes soient reçues à Brooklyn est fixée au 1er juillet 1940, afin que les étiquettes d'expédition puissent être préparées avant la période des vacances.[100] Les proclamateurs disposant de photographies ou d'informations dignes d'intérêt prises lors de la convention sont invités à les remettre au président de leur convention locale, qui les transmettra à la Société accompagnées d'une légende indiquant la ville, l'État et le sujet représenté.[101]
Rapport des proclamateurs — bilan d'avril et objectif de 50 000
Le quota de 50 000 proclamateurs fixé pour les États-Unis au cours de l'exercice fiscal est déclaré en vue, grâce à un nouveau record de 48 196 proclamateurs — compagnies et pionniers confondus — atteint lors de la période de témoignage dite de la « Bataille du Siège ».[102] Toutefois, plus de 10 000 personnes ayant assisté au Mémorial de mars n'ont fourni aucun rapport de service en avril ; elles sont invitées à examiner sérieusement leur situation à la lumière des prophéties révélées et à faire tout leur possible pour devenir des proclamateurs réguliers du gouvernement théocratique, afin que le prochain quota soit en bonne voie d'être atteint d'ici la convention de juillet.[103]
L'analyse du rapport d'avril, comme des rapports précédents, fait apparaître qu'une minorité de proclamateurs assume l'essentiel de la charge en matière de temps passé et de visites de retour.[104] Malgré un nombre appréciable de proclamateurs ayant atteint ou dépassé le quota de 60 heures et 12 visites de retour par mois, aucune progression n'est enregistrée pour ces deux indicateurs. Un tableau comparatif est présenté couvrant les mois d'octobre 1938 à avril 1940 et mettant en regard, pour chaque mois, le nombre de proclamateurs de compagnie, la moyenne des heures et la moyenne des visites de retour de l'année précédente et de l'année en cours. Les chiffres montrent une légère baisse par rapport à mars 1939 et une baisse sensible par rapport à avril 1939 pour la moyenne des heures. Chacun est instamment prié d'organiser son temps de manière à disposer d'une part conséquente de son temps pour le service de la Théocratie.[105]
Informations générales sur la convention — salle des livres
Chaque convention dispose de sa propre salle des livres, où les proclamateurs n'ayant pas apporté de littérature peuvent s'approvisionner. L'offre prévue est d'un livre relié et trois brochures pour une contribution de 35 cents.[106] Les proclamateurs sont invités à apporter leur phonographe et le nouveau disque, leur mallette de témoignage et leur sacoche pour les magazines, afin d'être prêts à rendre témoignage et à aider les personnes de bonne volonté avec le matériel mis à leur disposition.[107]
La Société exploite sa propre cafétéria dans la quasi-totalité des conventions, servant une nourriture saine pour un coût modique destiné à couvrir les frais de fonctionnement. Les pionniers reçoivent des tickets de repas leur assurant la gratuité dans toutes les conventions dotées d'une cafétéria.[108] Des bénévoles sont recherchés pour le service de restauration — cuisiniers expérimentés en particulier, mais aussi préparateurs de sandwichs, agents de caisse, sténographes et préposés aux comptoirs. Ceux qui s'engagent dans ce service doivent apporter leur propre tablier et également leur équipement de service sur le terrain, car tous les bénévoles ne pourront pas être affectés exclusivement à la cafétéria.[109]
Les propriétaires de voitures-sono, en particulier les modèles n° 3 et n° 4, sont invités à les amener en bon état de marche à leur convention et à en informer par écrit le comité local en précisant le type d'équipement, le nom de l'opérateur, le nombre de jours de présence et la disponibilité de l'équipement pour tout usage qui pourrait en être fait.[110]
Les médecins et infirmières présents à la convention sont invités à s'inscrire dès leur arrivée ou à signaler par avance la disponibilité de leurs services. Le service d'immersion est organisé pour huit heures du matin le dimanche dans toutes les villes de la convention ; les candidats doivent apporter un costume de bain et une serviette.[111]
Des orchestres sont organisés partout où cela est possible. Les musiciens sont invités à apporter leurs instruments ; ceux qui assistent à la convention de Columbus et sont capables de jouer dans un orchestre sont priés d'écrire au Watchtower Convention Committee au 117 Adams Street à Brooklyn en indiquant leur nom et leur instrument, ainsi que leur propre recueil de cantiques.[112]
Service sur le terrain pendant la convention
Des créneaux horaires sont réservés au service sur le terrain dans chaque ville de la convention, afin d'assurer une publicité convenable pour la Théocratie et pour la réunion publique intitulée « La religion comme remède mondial ».[113] Cinq modalités de témoignage distinctes sont définies pour la période de la convention : le porte-à-porte avec littérature, phonographe et disque spécial, tracts et offre combinée d'un livre et trois brochures pour une contribution de 55 cents ; la distribution de magazines dans un territoire spécial attribué dans la ville de la convention et les localités voisines ; un groupe spécial pour les visites de retour, auquel sont remises les listes préalablement établies afin que les personnes nouvellement intéressées soient amenées aux réunions ; des marches d'information avec pancartes et distribution de tracts dans la ville et les agglomérations environnantes ; et enfin les voitures-sono, affectées à un territoire spécial avec utilisation continue du nouveau disque et du disque musical au verso.[114]
Le capitaine de chaque voiture ou groupe est chargé de centraliser les rapports de service journaliers. Un rapport complet, incluant les activités de convention, doit être remis à la compagnie d'origine pour le mois de juillet. L'ensemble du peuple associé à la Théocratie est conscient que le temps disponible pour le témoignage est court, et chacun est invité à prendre part à la glorification du nom et de la parole de Jéhovah, tant d'ici à la convention que pendant la convention elle-même. « Toutes les routes mènent à Columbus ou à une autre assemblée de la Convention Théocratique des Témoins de Jéhovah ».[115]
Comparaison des proclamateurs dans différents pays
Une comparaison internationale est présentée pour illustrer l'ampleur du travail restant à accomplir afin que l'ensemble des personnes de bonne volonté soient correctement informées au sujet de la Théocratie. Le nombre de personnes par proclamateur dans quatre pays est mis en regard : le Canada affiche le ratio le plus favorable avec 101 habitants par proclamateur, suivi des États-Unis avec 2 047, de l'Australie (y compris la Nouvelle-Zélande) avec 4 086, et du Royaume-Uni avec 5 208.[116]
Des questions d'auto-évaluation sont adressées à chaque compagnie : quel est le ratio de population de son territoire assigné ? Les rappels sont-ils effectués et des études modèles lancées ? La population est-elle approvisionnée en Watchtower et Consolation et invitée aux réunions ? Le pourcentage d'augmentation du nombre de proclamateurs par rapport au record de l'an passé est-il atteint ?[117]
Bonne conduite dans la distribution de magazines
Le 19 mai 1940, Rutherford adresse une lettre aux proclamateurs théocratiques sur la bonne conduite à observer lors de la distribution de magazines dans la rue. Cette lettre est présentée comme particulièrement opportune et est recommandée pour être lue à plusieurs reprises lors des réunions de service.[118] Conformément à l'enseignement de La Tour de Garde du 15 mai, la population ne peut être amenée à se placer du côté de Jéhovah contre sa volonté ; la Parole de Dieu ne peut être imposée à personne. L'objectif est d'aider les personnes honnêtes à « se dégager de la religion pour informer les autres des bénédictions du Royaume ».[119]
Des formules d'accroche courtes destinées à la présentation des magazines dans la rue sont proposées, opposant systématiquement « la religion », présentée comme nuisible, à « le christianisme », présenté comme bénéfique. Ces slogans, déclinés en plusieurs variantes, se terminent chacun par une invitation à lire La Tour de Garde pour cinq cents : « La religion nuit, le christianisme vous bénit. Lisez La Tour de Garde. 5¢ », ou encore « La religion est un piège. La Bible explique pourquoi. Lisez La Tour de Garde. 5¢ ».[120]
Comptes des distributeurs de magazines
Les compagnies et les pionniers ayant ouvert un compte de distributeurs de magazines auprès de la Société sont invités à effectuer des versements mensuels réguliers, sans attendre le relevé mensuel.[121] Seuls les versements reçus avant le premier du mois apparaissent sur le relevé. L'absence de versement pendant trois mois consécutifs entraîne automatiquement la clôture du compte de distribution. Les proclamateurs sont invités à effectuer leurs versements hebdomadairement pour les magazines, la compagnie reversant ensuite mensuellement à son tour ; certaines compagnies sont signalées comme négligentes.[122]
Attention, pionniers — coordination avec les compagnies
L'organisation du Seigneur étant présentée comme une Théocratie, tous ceux qui en font partie sont tenus de coopérer pleinement les uns avec les autres pour recevoir la bénédiction du Seigneur et obtenir les meilleurs résultats dans le service.[123] Lorsqu'un pionnier reçoit une assignation de comté, mention est faite sur sa feuille d'assignation des compagnies présentes sur le territoire à contacter avant tout témoignage dans les villes de leur ressort. L'assignation exclusive du pionnier ne couvre que la portion du territoire non assignée aux compagnies, et des frontières mutuellement acceptables doivent être établies, les compagnies couvrant souvent les routes rurales adjacentes à leurs villes.[124]
Les informations sur la zone et les coordonnées du serviteur de zone sont également transmises au pionnier, ainsi que les noms de bonne volonté du comté. Les pionniers sont tenus d'écrire immédiatement au serviteur de zone pour lui demander s'il détient de tels noms et pour coordonner avec lui le développement de l'intérêt manifesté, ce qui informe en retour le serviteur de zone que le comté est en cours de couverture. Il est précisé que les pionniers sont « habilités à aider les compagnies dans leurs études lorsqu'on le leur demande », tout en devant toujours orienter les personnes de bonne volonté vers les réunions de compagnie.[125] Lors de la demande d'un territoire, il est expressément interdit de demander à être assigné à une zone ou avec un serviteur de zone ; la demande doit toujours mentionner la compagnie avec laquelle le pionnier souhaite travailler ou le comté désiré.[126]
Rapport sur la campagne « La Tour de Garde »
Au 25 mai 1940, 28 812 nouveaux abonnements à La Tour de Garde ont été enregistrés par la Société.[127]
Période de témoignage de l'« armée de sauterelles » — campagne prolongée jusqu'à la convention
Les événements rapides et bouleversants des dernières semaines ont profondément galvanisé les « sauterelles » aux États-Unis, qui prennent conscience qu'il leur incombe dans une large mesure d'atteindre le quota mondial de la campagne pour La Tour de Garde.[128] Les hordes armées du mal sévissent à travers l'Europe ; elles ont violemment perturbé le travail de témoignage organisé au Danemark, en Norvège, en Hollande, en France et en Belgique, et le travail de témoignage est gravement menacé dans tous les pays. Il est présenté comme impératif que les « sauterelles » aux États-Unis consacrent toutes leurs énergies à accomplir les responsabilités confiées par le grand Théocrate. « Les jours sont vraiment mauvais, et Harmaguédon n'est pas loin ».[129]
Durant la période de témoignage de l'« armée de sauterelles » en juin et pendant les jours prolongés de la campagne pour La Tour de Garde jusqu'au 24 juillet, chaque ami de la justice est appelé à tout mettre en œuvre pour atteindre le quota. Les conditions sont présentées comme favorables : le temps est au mieux, les jours sont longs pour témoigner jusque vers 21 heures, le nombre de proclamateurs est en hausse, et la littérature disponible abondante.[130]
Abonnements — priorité de la campagne
L'obtention d'abonnements pour La Tour de Garde est présentée comme la phase la plus importante de la campagne.[131] Les rapports disponibles au moment de l'impression indiquent un déficit important par rapport au quota. Pour combler ce déficit d'ici au 24 juillet, les personnes de bonne volonté doivent être convaincues de la nécessité absolue de souscrire à La Tour de Garde et de la recevoir régulièrement à leur domicile deux fois par mois. Rutherford est cité : « Toute personne qui espère faire partie de la "grande multitude" devrait posséder et étudier assidûment La Tour de Garde ».[132]
À chaque retour de visite et à chaque étude modèle, les avantages de l'abonnement doivent être mis en avant, notamment l'offre d'un livre et de la brochure Réfugiés offerts en prime pour une année d'abonnement. La publicité faite à La Tour de Garde par le témoignage aux coins des rues et les tournées de magazines est présentée comme une préparation efficace pour trouver les personnes de bonne volonté dans un état d'esprit favorable à la souscription.[133]
Davantage de temps dans le service sur le terrain
Le quota individuel implique, au 1er juin, l'obtention de deux abonnements à La Tour de Garde, le placement de 14 livres et de 166 brochures. La majorité des proclamateurs est loin de son quota et doit redoubler d'efforts pour l'atteindre avant le 24 juillet.[134] Le graphique de progression de la compagnie doit être tenu à jour chaque semaine afin que chaque proclamateur sache précisément ce qu'il reste à accomplir. Le serviteur de compagnie doit informer hebdomadairement les proclamateurs du nombre exact d'abonnements, de livres et de brochures que chacun doit encore placer pour que la compagnie atteigne son quota.[135]
Une conclusion s'impose : davantage de temps doit être consacré au service de maison en maison. Juin est présenté comme le meilleur mois de l'année pour allonger son temps de service : le temps est idéal, les jours sont longs et les proclamateurs peuvent organiser une ou deux soirées par semaine de 18 à 21 heures pour témoigner avec les brochures Réfugiés, en prenant quelques livres et magazines pour les personnes manifestant un intérêt réel.[136] Des groupes de témoignage peuvent être lancés depuis les domiciles des participants aux études modèles, les séances d'étude pouvant être décalées d'une demi-heure pour laisser davantage de temps au service sur le terrain.[137]
Le travail avec les magazines
Un enthousiasme général est noté pour le travail de distribution de magazines aux coins des rues, mais il est souligné que cet enthousiasme ne doit pas réduire le temps consacré à la distribution de livres et de brochures.[138] Il est précisé que le travail de magazines ne devait jamais remplacer le travail de porte-à-porte et les visites de retour, mais y être ajouté. Les rapports de la campagne pour La Tour de Garde montrent clairement que chaque proclamateur doit planifier son service sur le terrain semaine par semaine, faute de quoi il négligerait inévitablement certaines des formes du témoignage.[139]
Attention, serviteurs de compagnie — erreurs dans les versements
Les serviteurs de compagnie sont invités à apporter davantage de soin lors des versements adressés au bureau de Brooklyn.[140] Avant tout envoi de chèque, il convient de vérifier la signature, la provision suffisante en banque, la concordance entre les montants en chiffres et en lettres. Une liste des erreurs les plus fréquentes est dressée : signature manquante, incomplète ou incorrecte ; provision insuffisante — certaines banques facturant des frais de protestation de 1,50 à 2,50 dollars ; discordance entre les montants ; chèques antidatés ; titre manquant. Il est souligné que ces erreurs sont coûteuses en temps et en argent pour les deux parties.[141]
Brochures — faire de juin le plus grand mois de brochures
Le placement de livres, de brochures et l'obtention d'abonnements sont présentés comme un enjeu sérieux. Pour le mois d'avril, le nombre de brochures placées est inférieur d'environ un million à celui d'avril de l'année précédente, alors que l'offre était identique.[142] La thèse selon laquelle le travail de magazines serait responsable de cette chute est réfutée : les 383 503 magazines placés compensent à peine une fraction de la baisse d'un million de brochures. Il est insisté sur l'importance du message contenu dans la brochure Réfugiés, qui doit parvenir aux mains des gens sans tarder.[143]
L'heure d'été est en vigueur dans une grande partie du pays et le soir est encore éclairé dans toutes les régions, permettant à chacun de consacrer deux heures ou plus au service après le repas du soir. Des groupes de témoignage spéciaux pour les soirées sont recommandés, avec des campagnes spéciales pour la brochure Réfugiés, en laissant des magazines là où l'intérêt le justifie, avant de repasser sur le même territoire avec l'offre régulière de la campagne.[144]
500 nouveaux pionniers — davantage encore requis
La prière « Que ton règne vienne » est déclarée plus actuelle que jamais, alors que le monde est présenté comme plongé dans la confusion, avec des centaines de milliers de victimes et des millions de personnes dépouillées de tout ce qu'elles possèdent.[145] Le seul remède est le Royaume pour lequel tous les sincères disciples de Christ prient. Pour prononcer honnêtement cette prière, chacun doit être prêt à faire sa part en informant les personnes de bonne volonté au sujet de ce Royaume, conformément à Matthieu 24:14. Cela implique de tout consacrer au service de la Théocratie, tel que le souligne la lettre du 10 mai adressée à tous les proclamateurs.[146]
Ceux qui peuvent maintenant consacrer tout leur temps au service du Roi sont instamment invités à s'engager sans délai comme pionniers. La Tour de Garde du 15 mai est citée : « Les privilèges gaspillés et laissés s'échapper inutilisés sont perdus, et ce qui doit être fait maintenant pour racheter le temps ou se remettre de ces occasions perdues doit être fait rapidement ».[147] Depuis le lancement récent de l'appel, plus de 500 proclamateurs se sont enrôlés pour le service de pionnier, d'autres attendant la période de la convention pour commencer.[148]
Des compagnies signalent leur besoin d'aide pionnière, alors que dans leurs propres rangs se trouvent probablement des proclamateurs capables d'assurer ces besoins en passant au service de pionnier ; il n'est pas nécessaire d'aller chercher des pionniers ailleurs. L'objectif est d'atteindre 3 000 pionniers enrôlés d'ici le 24 juillet.[149]
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Illustrations du numéro
Références
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