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L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877)

De Tj-encyclopédie
L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877)
Auteur Charles Taze Russell
Titre original Object and Manner of Our Lord's Return
Genre Brochure
Sujet Témoins de Jéhovah
Langue Anglais
Pays Erreur lors de la création de la vignette : /bin/bash: /usr/bin/rsvg-convert: No such file or directory États-Unis
Éditeur Herald of the Morning / Watch Tower Bible and Tract Society
Parution 1877
Format Brochure
Pages 64

En 1877, le monde protestant américain est traversé par de vives discussions eschatologiques, nourries par les courants adventistes hérités de William Miller et par les débats entre calvinisme et arminianisme sur la prédestination et le salut universel. C'est dans ce contexte que Charles Taze Russell, alors jeune prédicateur de Pittsburgh âgé d'une vingtaine d'années, publie sa première brochure autonome majeure, intitulée *Object and Manner of Our Lord's Return* (en français : *L'objet et la manière du retour de notre Seigneur*), diffusée par le bureau du périodique *Herald of the Morning* à Rochester (New York), qu'il co-dirigeait alors avec Nelson H. Barbour. Cette publication marque une étape fondatrice dans l'histoire du mouvement qui donnera naissance aux Témoins de Jéhovah : elle expose pour la première fois de manière structurée les convictions de Russell sur le second avènement du Christ, sa nature invisible et spirituelle, ainsi que le plan divin de salut progressif pour l'ensemble de l'humanité.

La brochure articule trois grands dossiers doctrinaux : premièrement, l'objet du retour du Christ, présenté comme la mise en place d'un royaume spirituel destiné à bénir toutes les nations à travers l'Église glorifiée ; deuxièmement, la manière de ce retour, que Russell soutient être invisible et spirituelle, s'appuyant sur une analyse de la nature des corps spirituels et sur le terme grec *parousia* ; troisièmement, la question de la vigilance eschatologique, Russell affirmant que les chrétiens avertis peuvent et doivent discerner les signes de la présence du Christ déjà à l'œuvre.

Analyse

Croyances

Le plan divin de salut

La brochure pose comme fondement théologique l'existence d'un plan préétabli de Dieu pour l'humanité. Elle affirme que « Dieu a un dessein ou un plan »[1] et que ce plan est entièrement fondé sur l'amour divin, en référence à 1 Jean 4:8. La publication rejette l'idée que la chute d'Adam aurait pris Dieu par surprise ou que le salut par Christ serait une simple mesure corrective improvisée. Elle s'inscrit ainsi en opposition à ce qu'elle présente comme les deux grandes positions théologiques protestantes de l'époque : le calvinisme et l'arminianisme.

La publication affirme que le calvinisme, en enseignant que Dieu élit quelques-uns à la vie éternelle et condamne les autres, présente un Dieu « capable mais peu disposé à sauver quiconque à l'exception de quelques-uns »[2]. L'arminianisme, à l'inverse, dépeindrait selon elle un Dieu aimant mais impuissant face au péché. La brochure soutient que ces deux positions, bien qu'apparemment contradictoires, possèdent chacune une base scripturaire partielle et peuvent être harmonisées dans un cadre plus large. L'universalisme, en revanche, est expressément écarté comme étant « si clairement contredit par de nombreux passages scripturaires directs »[3].

L'élection et les âges de l'humanité

La brochure développe une vision dispensationaliste de l'histoire, structurée en âges successifs. Elle distingue un âge patriarcal (des origines jusqu'à Moïse), un âge juif ou de la Loi (d'Israël à la mort du Christ), et un âge évangélique (de la mort du Christ jusqu'au retour du Seigneur). Selon cette lecture, la révélation progressive de Dieu n'a été accordée qu'à un petit nombre à chaque époque : d'abord à quelques patriarches, puis à la seule nation d'Israël, puis au monde chrétien.[4]

La publication avance que la grande majorité de l'humanité — estimée à environ 120 milliards d'individus depuis la création jusqu'à l'époque de rédaction — n'a jamais eu l'occasion d'entendre l'Évangile.[5] Elle en conclut que l'élection présente de l'Église n'est pas une fin en soi, mais le moyen par lequel Dieu prépare l'instrument du salut futur de tous.

La « petite troupe » et la promesse abrahamique

Un axe central de la brochure est l'interprétation de la promesse faite à Abraham : « En toi et en ta postérité seront bénies toutes les familles de la terre. » La publication, s'appuyant sur Galates 3:29, soutient que cette « postérité » désigne non seulement Christ en tant que chef, mais aussi l'Église en tant que corps collectif. Elle emploie régulièrement l'expression « petite troupe » pour désigner cette Église élue, appelée à régner avec Christ et à bénir l'humanité lors de l'ère millénaire.[6]

La figure de la fiancée et de l'époux est longuement développée : l'Église est décrite comme une « vierge chaste fiancée à Christ » (2 Corinthiens 11:2), n'étant pas encore l'épouse mais attendant l'union lors du retour du Seigneur. La publication affirme que c'est seulement après ce mariage que l'Église, devenue Épouse, pourra adresser à toute l'humanité l'invitation au salut.[7]

La restitution universelle et la « seconde chance »

La brochure développe une doctrine de restitution universelle (« restitution of all things », Actes 3:21) qui constitue l'un de ses apports doctrinaux les plus distinctifs. Elle soutient que lors de l'âge millénaire, l'ensemble de l'humanité — y compris ceux qui ne sont jamais parvenus à la connaissance du Christ — sera ressuscitée dans des corps naturels et charnels (et non spirituels), afin de bénéficier d'une première occasion véritable d'entendre et d'accepter l'Évangile.[8]

La publication prend soin de distinguer cette doctrine de celle d'une « seconde chance » : elle argue que la grande majorité de l'humanité n'a jamais eu de première chance, de sorte que l'opportunité millénaire constituerait pour elle une première et unique occasion. Elle cite en exemple les Sodomites, dont la destruction est présentée non comme une condamnation définitive mais comme un simple écartement provisoire, ces derniers devant être restaurés lors du jugement millénaire.[9] En revanche, ceux qui, ayant reçu la connaissance de la vérité, s'en sont délibérément détournés, ne bénéficieront d'aucun autre sacrifice expiatoire, en référence à Hébreux 10:26.

Deux résurrections, deux destins

La brochure établit une distinction nette entre la résurrection de l'Église — ressuscitée en corps spirituel glorieux, « semblable au corps glorieux du Christ » — et celle du reste de l'humanité, ressuscitée en corps naturels et charnels, susceptibles de mourir à nouveau. Elle s'appuie sur 1 Corinthiens 15:44 et sur l'exemple de Lazare et de la fille de Jaïrus, présentés comme des résurrections en corps naturels.[10] La publication affirme que « de ceux morts en Christ, lors de son retour, seul il est dit : semé un corps naturel, ressuscité un corps spirituel ».[11]

La nature du retour du Christ : présence invisible

Le chapitre II constitue le cœur de la contribution proprement eschatologique de la brochure. La publication soutient que le retour du Christ sera d'abord invisible au monde. Elle fonde cette position sur une analyse de la nature des corps spirituels, s'appuyant sur des exemples tirés des Écritures : les anges apparaissent et disparaissent à volonté, Christ après sa résurrection était présent mais invisible la plupart du temps, n'apparaissant que sept ou huit fois à ses disciples durant les quarante jours précédant son ascension.[12]

La publication examine le terme grec *Parousia*, traduit habituellement par « venue », et soutient qu'il signifie invariablement « présence personnelle, comme étant arrivé », et non « être en chemin ».[13] Elle en conclut que la *Parousia* du Christ peut débuter sans que le monde en soit conscient, à l'instar des « jours de Noé » (Matthieu 24:37) où la vie continuait normalement sans que les contemporains perçussent les événements en cours.

La brochure interprète les trompettes de l'Apocalypse non comme des sons audibles dans l'air, mais comme des événements historiques symboliques s'étendant chacun sur une période de temps. Elle affirme que Sir Isaac Newton et les principaux commentateurs reconnaissent que cinq ou six de ces trompettes appartiennent déjà au passé, et que le temps présent se situe sous la septième trompette.[14]

La moisson et la séparation

La publication interprète la parabole du blé et de l'ivraie (Matthieu 13) comme décrivant un processus de séparation graduel et invisible à l'intérieur de l'Église nominale, opéré par des anges. Elle souligne que cette moisson de la fin de l'âge se déroule sans démonstration extérieure visible : les vivants seraient « enlevés » (ravis) en corps spirituels invisibles, et les morts en Christ ressusciteraient de même en corps spirituels sans que les tombes ne s'ouvrent de façon spectaculaire.[15]

La brochure distingue par ailleurs la « petite troupe » des vierges sages — qui entrent dans le mariage — d'une « grande multitude » de chrétiens insuffisamment vigilants, qui traverseront la grande tribulation avant d'être éventuellement purifiés.[16]

Le royaume de Dieu : spirituel et invisible

La brochure affirme que le royaume de Dieu est de nature spirituelle et invisible, et ne saurait donc être assimilé à un État politique ou à une capitale terrestre à Jérusalem. Elle s'appuie sur la parole du Christ : « le royaume de Dieu ne vient pas avec ostentation » (Luc 17:20). Tout en admettant que Jérusalem sera reconstruite et qu'Israël selon la chair redeviendra la principale nation terrestre, la publication soutient que cela ne constituera pas le royaume de Dieu, lequel demeurera invisible, gouvernant le monde à la manière dont le royaume de Satan exerce actuellement son influence sans être vu.[17]

La publication recourt à l'image de Moïse dont le visage rayonnant fut voilé devant le peuple, pour suggérer que les membres de l'Église glorifiée pourront, lorsque nécessaire, se manifester aux hommes sous une apparence charnelle, comme les anges le firent autrefois, tout en étant dans leur état normal des êtres spirituels glorieux et invisibles.[18]

Veiller et connaître les signes des temps

Le chapitre IV aborde la question de la connaissance du temps du retour du Christ. La brochure rejette l'interprétation selon laquelle la parole « nul ne sait le jour ni l'heure » signifierait qu'aucun homme ne pourra jamais le savoir. Elle argumente que le texte grec indique simplement que personne ne le savait alors, et que l'injonction à veiller implique précisément la possibilité de connaître.[19] Elle illustre ce point par l'analogie d'un général assiégeant une forteresse qui donne des signaux préalables à ses habitants pour qu'ils puissent se préparer.

La publication indique que l'auteur est « profondément convaincu » que le Maître est déjà venu et inspecte les invités au mariage, que la moisson est en cours et que la séparation entre le blé et l'ivraie progresse, pouvant aboutir à tout moment à l'enlèvement des vierges sages.[20] Pour les éléments proprement chronologiques et les preuves relatives à la date du retour, la brochure renvoie explicitement au « Dr N. H. Barbour, éditeur du *Herald of the Morning*», sans développer davantage cette dimension dans ses propres pages.[21]

Page de titre Organisation et histoire

La brochure *L'objet et la manière du retour de notre Seigneur* est publiée en 1877 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, sous la plume de Charles Taze Russell, alors âgé d'une vingtaine d'années.[22] Elle est distribuée par le biais du bureau du périodique *Herald of the Morning*, établi à Rochester, dans l'État de New York, publication dont Nelson H. Barbour était le rédacteur en chef.[23]

Contexte de collaboration Russell-Barbour Contexte de collaboration Russell-Barbour

La brochure témoigne de la période de coopération entre Russell et Barbour, collaboration qui aboutira la même année à la publication conjointe de l'ouvrage *Three Worlds and the Harvest of This World* (1877). Dans le dernier chapitre de la brochure, Russell renvoie explicitement le lecteur désireux d'approfondir la question du *temps* du second avènement vers Barbour et son périodique : « ceux qui s'intéressent à connaître les preuves concernant le temps, je les renverrais au Dr N. H. Barbour, éditeur du *Herald of the Morning*, Rochester, N. Y. »L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 62 Ce renvoi illustre la division du travail alors en vigueur entre les deux hommes : Russell se chargeait de l'argumentation théologique et Barbour de la chronologie prophétique.

Cette collaboration sera de courte durée. Dès 1879, Russell rompt avec Barbour et fonde sa propre revue, *Zion's Watch Tower and Herald of Christ's Presence*, marquant ainsi le début de ce qui deviendra l'organisation des étudiants de la Bible, puis, bien plus tard, les Témoins de Jéhovah.[24]

Destinataires et diffusion Destinataires et diffusion

La publication se présente explicitement comme destinée non au grand public, mais aux croyants déjà familiers des Écritures. Russell précise dès le chapitre II que « ces pages n'ont pas été écrites pour le monde, mais pour la maisonnée de la foi »L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 32, précisant en outre que le lecteur visé est celui qui accepte la Bible comme parole de Dieu. La dernière page de la brochure indique que les commandes pour distribution ou vente devaient être adressées au bureau du *Herald of the Morning* à Rochester.[25]

Positionnement doctrinal interne Positionnement doctrinal interne

Sur le plan des controverses internes au protestantisme de l'époque, Russell positionne sa brochure comme une tentative de synthèse entre les courants calviniste et arminien, qu'il juge tous deux partiellement fondés sur les Écritures mais individuellement insuffisants.[26] Il prend soin de se démarquer explicitement de l'universalisme, précisant : « je ne suis pas universaliste »L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 20, tout en développant une doctrine de la restitution universelle qui en emprunte certains éléments. Ce positionnement délicat reflète les tensions doctrinales caractéristiques des milieux adventistes et restaurationnistes américains de la seconde moitié du XIXe siècle, dans lesquels Russell évoluait alors.

Contenu

Chapitre I — L'objet du second avènement

Dieu a-t-il un plan ?

La brochure ouvre en affirmant que si tous les chrétiens s'accordent sur la réalité du retour du Seigneur, ils divergent profondément sur son objet. Russell pose d'emblée la question centrale : Dieu agit-il selon un plan préétabli, ou la création et la chute d'Adam l'ont-elles pris par surprise ? Il rejette l'idée que le salut par Christ serait une « pensée après coup » née d'un Dieu contrecarré par le diable. La publication affirme que « Dieu a, et a toujours eu, un plan — un dessein ; et toutes ses intentions s'accompliront »,L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 4 un dessein fondé sur l'amour divin et révélé progressivement par les Écritures. Russell souligne que la Bible n'est pas une révélation figée, mais qu'elle dévoile sans cesse de nouvelles vérités au fur et à mesure que la lumière divine progresse, à la manière d'une lampe qui « brille de plus en plus jusqu'au jour parfait ».

Calvinisme, arminianisme et universalisme

Russell examine les trois grandes traditions protestantes sur la question du salut. Il concède que le calvinisme et l'arminianisme s'appuient chacun sur des textes scripturaires, mais estime qu'ils présentent des contradictions apparentes : le premier fait de Dieu un être « capable mais non désireux » de sauver tous les hommes, le second un Dieu « désireux mais incapable ». L'universalisme, quant à lui, est jugé trop frontalement contredit par les Écritures pour être retenu. La publication propose de réconcilier ces vues en les situant dans le cadre d'un plan divin progressif couvrant plusieurs dispensations successives : l'âge patriarcal, l'âge juif ou de la Loi, et l'âge évangélique en cours.

Les dispensations et l'élection progressive

La brochure retrace l'histoire de l'élection divine à travers les âges. Pendant les quelque 2 100 premières années, seuls quelques patriarches — Énoch, Noé, Abraham, Isaac et Jacob — furent choisis. À la mort de Jacob, l'élection s'élargit à toute la nation d'Israël. Puis, à la mort du Christ, la Loi est abolie et une nouvelle dispensation s'ouvre à toutes les nations. Russell observe que, de son temps encore, quatre habitants de la terre sur cinq ignorent que Jésus est mort pour eux, et que cette inégalité dans la diffusion de l'Évangile reflète un choix délibéré de Dieu, non une défaillance humaine. Il en conclut que l'éternel bien-être des quatre cinquièmes de l'humanité ne peut logiquement dépendre de la seule libéralité du cinquième restant.

La semence d'Abraham et la petite troupe

S'appuyant sur Galates 3:16 et Galates 3:29, Russell identifie la « semence d'Abraham » non pas au seul Christ individuel, mais au Christ-tête et à l'Église son corps, désignée comme la « petite troupe ». Cette assemblée est comparée à une vierge chaste fiancée au Christ, qui attend l'union définitive à la résurrection. La publication insiste sur le fait que les récompenses ne seront distribuées qu'une fois le corps tout entier complété : « ils ne recevront pas les promesses, afin qu'ils ne soient pas rendus parfaits sans nous »[27], selon Hébreux 11:39-40.

Le sort du monde et la restitution

La brochure affirme que le plan de Dieu ne se limite pas à la glorification de l'Église. Après le mariage de l'épouse et du Christ, le monde entier bénéficiera d'une « restitution de toutes choses » (Actes 3:21). Russell distingue deux types de vie (naturelle et éternelle) et deux types de mort (temporelle et éternelle). Adam n'ayant perdu que la vie naturelle, la restitution accordée au monde consistera à retrouver cette vie naturelle et un corps physique, à l'image de Lazare ou de la fille de Jaïrus, et non une existence spirituelle comme celle réservée à l'Église. La publication évalue à quelque 120 milliards le nombre d'âmes n'ayant jamais entendu parler de Christ depuis la création, et soutient que ces personnes n'ont pas eu une « deuxième chance », mais simplement leur unique et première chance, témoignée « en temps voulu ».[28]

Le règne millénaire et le jugement du monde

Russell développe la doctrine du règne de mille ans comme période de jugement universel. Il s'appuie sur Romains 5:18-19 pour soutenir que, de même que la condamnation est venue sur tous par Adam, la justification est offerte à tous par Christ. Durant le millénium, les nations ressusciteront avec des corps naturels et auront pour la première fois l'occasion d'entendre l'Évangile et de l'accepter ou de le rejeter. Ceux qui le refuseront encourront la « seconde mort ». La publication cite également la prophétie d'Ézéchiel sur la restauration d'Israël, de Samarie et même de Sodome (Ézéchiel 16:48-63), interprétée littéralement comme la promesse d'un retour à vie de nations disparues. Russell conclut ce chapitre en affirmant que « le plan de Dieu montre véritablement l'objet du retour de notre Seigneur »L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 29 : établir le royaume, enchaîner Satan, et bénir toutes les familles de la terre.

Chapitre II — La manière du second avènement

La nature du corps spirituel

Le deuxième chapitre aborde la question de la nature du Christ ressuscité et, par extension, de la manière dont il reviendra. Russell commence par définir le corps spirituel par opposition au corps naturel, s'appuyant sur 1 Corinthiens 15:38-49. Il affirme que le Christ a été « mis à mort dans la chair, mais vivifié par l'Esprit », et qu'il est ressuscité non pas avec un corps de chair et d'os, mais en tant que corps spirituel glorieux — « sa deuxième naissance ». De même, l'Église connaîtra cette même transformation à la résurrection. La publication souligne que les anges constituent des exemples de corps spirituels : ils sont normalement invisibles, peuvent apparaître sous forme humaine, et leur état glorieux naturel est inaccessible à la perception humaine sans miracle.

Les apparitions du Christ ressuscité et l'invisibilité

Russell analyse les sept ou huit apparitions du Christ entre la résurrection et l'ascension pour en tirer des conclusions sur la nature du corps spirituel. Il relève que le Seigneur était « présent mais invisible » pendant la plus grande partie des quarante jours, et qu'il « apparaissait » — terme jamais employé pour lui avant sa résurrection. La publication note qu'il s'est manifesté sous différentes formes, notamment comme jardinier devant Marie et « sous une autre forme » devant les disciples d'Emmaüs (Marc 16:12), traversant des portes closes, puis disparaissant soudainement. Russell répond à l'objection tirée de Luc 24:39 (« un esprit n'a pas de chair et d'os ») en soutenant que le Christ s'était temporairement revêtu d'un corps charnel pour se rendre visible, à l'instar des anges qui avaient mangé avec Abraham, sans que leurs corps spirituels fussent eux-mêmes de chair.

Comment reviendra-t-il ? La venue invisible

Fort de cette démonstration sur la nature du corps spirituel, Russell formule sa thèse centrale : lors de son retour, le Christ « demeurera invisible ; se manifestant ensuite par des jugements et diverses formes, de sorte que tout œil le verra »L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 39. Il s'appuie sur 1 Thessaloniciens 4:16-17 et Actes 1:11, interprétant la formule « il viendra de la même manière » comme une référence au caractère discret et non triomphal du départ du Christ — sans trompettes audibles ni manifestation extérieure. La publication traite la « trompette de Dieu » comme un symbole d'événements historiques, à l'instar des six premières trompettes de l'Apocalypse commentées par Newton et Clarke, et l'identifie à la septième trompette de Apocalypse 11:15-18, sous laquelle les morts sont jugés et les saints récompensés.

La moisson et la présence (Parousie) du Christ

Russell développe le parallèle entre la moisson de l'âge juif — accomplie par le Christ en personne pendant trois ans et demi — et la moisson de l'âge évangélique, illustrée par la parabole du blé et de l'ivraie (Matthieu 13). Il affirme que cette seconde moisson se déroule invisiblement, les anges séparant intérieurement le blé de l'ivraie avant que les vivants ne soient « enlevés » pour rejoindre le Seigneur. La publication introduit ensuite une analyse philologique du terme grec *parousie*, ordinairement traduit par « venue » mais signifiant, selon Russell, « présence personnelle, comme étant arrivé »L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 51. Il distingue ce terme des mots grecs *phaneroo* (apparaître, se manifester) et *apokalupsis* (être révélé), pour conclure que la *parousie* implique une présence réelle mais non nécessairement visible. En Matthieu 24:37, la *parousie* du Fils de l'homme est comparée aux jours de Noé : le monde continuait à manger, à boire et à se marier sans savoir — de même, le monde ne saura pas que le Christ est présent.

Chapitre III — Le royaume de Dieu

Un royaume spirituel et invisible

Russell expose sa conception du royaume de Dieu comme réalité spirituelle et invisible, à l'opposé d'un État théocratique terrestre. Les paraboles des dix vierges, du blé et de l'ivraie, et du filet représentent le royaume dans son état actuel mêlé, bons et mauvais coexistant au sein de l'Église nominale. À la fin de l'âge, le royaume sera donné aux saints du Très-Haut. La publication rejette l'idée que Jérusalem restaurée serait le siège de ce royaume : Israël selon la chair ne sera jamais à nouveau « le royaume de Dieu », ce titre ayant été transféré à l'Église. Sous la septième trompette, tous les royaumes du monde passeront sous la domination du Christ et de son royaume — l'Église glorifiée — Satan étant lié (Apocalypse 20:2). Le royaume de Dieu, précise Russell en citant Luc 17:20-21, « ne vient pas avec ostentation » et ne peut être vu par les mortels, de même que le royaume de Satan n'est pas visible aujourd'hui mais réel dans ses effets.

Les montagnes, les rochers et les gouvernements humains

La brochure interprète les supplications apocalyptiques aux montagnes et aux rochers (Apocalypse 6:16) non de façon littérale, mais comme une demande de protection auprès des grandes puissances mondiales — Grande-Bretagne, Russie — et des associations comme la franc-maçonnerie ou l'Odd Fellowship. Durant le temps de trouble accompagnant l'établissement du royaume, ces structures s'effondreront toutes, et la « pierre » — l'Église — deviendra une grande montagne remplissant toute la terre. Russell conclut en reprenant la figure de Moïse descendant du Sinaï avec un visage rayonnant puis couvrant son visage d'un voile pour parler au peuple (Exode 34:30) : de même, les membres glorifiés de l'Église porteront un voile de chair lorsqu'ils enseigneront les hommes au cours du millénium, révélant leur gloire uniquement en présence du Seigneur.

Chapitre IV — Ce que je dis à l'un, je le dis à tous : veillez

Peut-on connaître le temps du retour ?

Le dernier chapitre traite de la connaissance anticipée que les chrétiens pourraient avoir du moment du retour du Christ. Russell récuse l'interprétation selon laquelle la déclaration « personne ne connaît ce jour ni cette heure » (Matthieu 24:36) signifierait qu'on ne le saura jamais : le texte dit simplement que nul ne le sait alors, non qu'on ne le saura jamais. La publication développe l'analogie du fort assiégé : le général qui a planifié l'explosion donne des signaux successifs permettant aux non-combattants de se préparer, sans pour autant connaître lui-même l'heure exacte. De même, Dieu fournit des signaux prophétiques permettant à ceux qui « marchent dans la lumière » de discerner leur époque. Citant 1 Thessaloniciens 5:1-9, Russell distingue nettement les « frères » — qui ne seront pas surpris par ce jour — du monde et des serviteurs « surchargés » qui le seront.

Signes du temps et appel final

La brochure se conclut par une réflexion sur les signes extérieurs annonciateurs d'un grand changement de dispensation. Russell observe que les inventions et améliorations techniques du XIXe siècle, bénéfiques en elles-mêmes, se révèlent sous les conditions sociales existantes une malédiction : le chômage croissant, la réduction du travail manuel disponible et l'agitation sociale confirmeraient à ses yeux la proximité du « temps de trouble » prophétique. La publication se termine par un appel pressant adressé au lecteur : est-il un serviteur fidèle, une vierge sage, un chrétien qui bâtit sur l'or, l'argent et les pierres précieuses plutôt que sur le bois et le chaume ? Russell renvoie explicitement le lecteur à N. H. Barbour, éditeur du périodique Herald of the Morning à Rochester, pour des preuves plus développées sur le temps du second avènement, indiquant sa propre conviction que « le Maître est venu et inspecte maintenant les invités au mariage »L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 62 et que la séparation entre le blé et l'ivraie est en cours.


Illustrations du numéro

Références

  1. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 6.
  2. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 7.
  3. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 7.
  4. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 7-9.
  5. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 19.
  6. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 10-13.
  7. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 11-17.
  8. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 21-23.
  9. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 25-26.
  10. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 21.
  11. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 21.
  12. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 35-39.
  13. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 51-52.
  14. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 45-47.
  15. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 47-54.
  16. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 41-42.
  17. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 54-59.
  18. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 58-59.
  19. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 60-62.
  20. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 62.
  21. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 62.
  22. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 1.
  23. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 62.
  24. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 1.
  25. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 64.
  26. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 6-7.
  27. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 12.
  28. L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (1877), p. 20.
Sommaire