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La Tour de Garde du 1er août 1940

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde du 1er août 1940
Revue La Tour de Garde
Date 1940
Année 1940
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est dominé par une longue étude exégétique de 1 Thessaloniciens 5:1, dont le sujet central est la question des « temps et des saisons » précédant la « bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant ». L'article développe une distinction entre les fidèles « dans la lumière », capables de discerner les signes des temps fixés par Dieu, et ceux qui, pratiquant la « religion » ou ayant abandonné le message du Royaume, demeurent dans les ténèbres et l'incapacité à percevoir l'accomplissement prophétique en cours.[1]

La réflexion s'articule autour d'une opposition structurante entre connaissance réservée aux oints — désignés comme les « frères » du reste oint — et ignorance irrémédiable des adversaires du « Grand Gouvernement Théocratique ». Les termes grecs chronoi et kairoi font l'objet d'une analyse philologique visant à établir que Paul n'invitait pas à fixer des dates, mais à surveiller les « faits physiques » qui marquent l'accomplissement de temps préalablement déterminés par Dieu.[2]

Analyse

Croyances

L'exégèse de 1 Thessaloniciens 5:1 qui structure l'article principal opère un déplacement méthodologique repérable : la distinction entre chronoi (durées indéfinies) et kairoi (temps fixés) sert à disqualifier l'étude de la chronologie en vue de fixer des dates à l'avance, au profit des « signes » ou « faits physiques » comme critère de discernement.[3] Ce déplacement est partiel et non un abandon du calcul : les dates-pivots de 1914 et 1918 sont conservées intactes et servent au contraire de points d'ancrage à toute l'argumentation du numéro, tandis que c'est la spéculation sur des échéances futures qui se trouve proscrite.[4] Le rejet explicite de l'ancienne application de Daniel 12:4 aux transports rapides — lecture qui fut longtemps courante dans l'apologétique millénariste du XIXe siècle — relève du même mouvement : la « course çà et là » est resémantisée en recherche diligente des Écritures, ce qui transfère le lieu de la preuve prophétique du monde extérieur vers l'activité exégétique du groupe lui-même.[5]

La chronologie qui sous-tend les trois grands articles articule l'intronisation royale de Christ en 1914 et sa venue au temple pour le jugement en 1918, intervalle explicitement chiffré à trois ans et demi.[6] Cette double datation n'appartient pas à la première génération du mouvement : la date de 1914 provient d'un calcul des temps des Gentils sur 2 520 ans, déjà proposé avant Russell par plusieurs exégètes britanniques dont Edward B. Elliott en 1844 et Robert Seeley en 1849, et transmis à Russell par Nelson Barbour à partir de 1875.[7] La signification attribuée à 1914 a en revanche été entièrement refondue : Russell y attendait l'établissement du Royaume sur la terre, la glorification complète des oints et l'apogée du temps de détresse, alors que le présent numéro en fait un simple commencement, celui de la mise en place du « roi sur la sainte montagne de Sion » selon Psaumes 2:6.[8][9]

Le traitement différentiel réservé à ces deux dates constitue l'argument le plus construit du numéro. L'affirmation que 1914 avait été publiée dès 1880 et surveillée par les chefs religieux, et n'était donc pas venue « comme un voleur », permet de sauver la date tout en concédant l'erreur sur sa signification ; inversement, 1918 est présentée comme survenue à l'improviste, ce qui légitime rétrospectivement une doctrine élaborée après coup.[10] La reconnaissance qu'« ils étaient dans l'erreur quant à ce qui devait se produire » circonscrit ainsi l'aveu au contenu sans jamais toucher au calcul lui-même.[11]

La rectification la plus lourde du numéro porte sur la résurrection des « saints endormis ». La doctrine désavouée ici est celle du Mystère accompli, publié en 1917 sous le nom de Russell mais rédigé par Clayton Woodworth et George Fisher, qui plaçait ce réveil en 1878, à mi-chemin exact entre le commencement des « temps de restitution » en 1874 et la clôture du « haut appel » en 1881.[12][13] Abandonner 1878 revient donc à retirer la clef de voûte d'un ensemble de trois dates solidaires ; le numéro requalifie l'ouvrage comme ayant été « très loin des faits réels », formule qui désavoue un livre attribué au fondateur sans le nommer comme auteur fautif.[14] La date de substitution, 1918, est réaffirmée dans le troisième article à partir de 1 Corinthiens 15:44, 43 et d'Apocalypse 6:11, soit un triple ancrage scripturaire pour une doctrine que Rutherford avait fixée en 1927.[15][16]

L'argument du « péché de Samarie » — accorder honneur et louange à une créature — vise nominalement les praticiens de la « religion » et ceux qui, durant la « période Élie », regardaient un homme comme leur chef et enseigneur.[17] Son efficacité doctrinale tient à sa réversibilité : il frappe simultanément le clergé de la chrétienté et les étudiants de la Bible demeurés attachés à la mémoire de Russell, au moment même où le numéro révoque une date issue de l'héritage russellien. La théologie qui l'accompagne — les fidèles n'ont besoin d'aucun homme pour les instruire, selon 1 Jean 2:27, leurs seuls maîtres étant Jéhovah et Christ — désigne pourtant The Watchtower comme le canal par lequel les faits physiques sont mis en regard des Écritures, position qui combine le refus de toute médiation humaine explicite et le maintien d'un organe d'interprétation unique.[18]

La périodisation « Élie » de l'histoire de l'Église et la mise à mort des deux témoins d'Apocalypse 11:7-10 renvoient à un dispositif prophétique dont le calcul avait été profondément remanié. Les 1 260 jours de ce chapitre furent d'abord lus comme 1 260 années courant de 539 à 1799, en analogie avec les trois ans et demi de sécheresse d'Élie, avant d'être convertis en jours littéraux et rapportés, dans Lumière en 1930, à la période allant du 7 novembre 1914 au 7 mai 1918, date des mandats d'arrêt visant les dirigeants de la Société Watch Tower — soit en réalité 1 277 jours et non 1 260.[19] C'est cette armature qui permet au numéro de lire l'extinction de l'« œuvre Élie » en 1918 comme un accomplissement prophétique.

La lecture de 1918 comme « temps de calamité » et d'« illégalité » du peuple de Dieu, suivie d'un rétablissement en faveur divine selon Ésaïe 12:1-2, transpose sur le registre doctrinal des événements judiciaires précis : la condamnation de Rutherford et de sept de ses collaborateurs à vingt ans de détention le 21 juin 1918, puis leur libération le 26 mars 1919.[20][21] L'aveu d'une faute collective — avoir failli « par ignorance ou par crainte » — fonctionne comme une théodicée de la défaite : l'épreuve subie n'invalide pas la doctrine mais atteste au contraire le jugement commençant par la maison de Dieu selon 1 Pierre 4:17.[22] Le même schéma est appliqué aux poursuites contemporaines au Québec et aux États-Unis, la persécution devenant un test d'intégrité et un signe d'approbation divine — mécanisme que la sociologie des mouvements millénaristes décrit comme une conversion de la stigmatisation en ressource identitaire.[23][24]

Le descellement des sept tonnerres d'Apocalypse 10:3-4 est daté de la fin de 1922, et la série de sept conventions internationales annuelles ouverte cette même année est intégrée au tableau prophétique.[25] L'assemblée de Cedar Point, tenue du 5 au 13 septembre 1922 et marquée par le mot d'ordre « Annoncez le Roi et le Royaume », se trouve ainsi élevée au rang d'accomplissement scripturaire : un événement organisationnel devient l'objet même d'une prophétie, de sorte que l'histoire interne du mouvement fournit la matière des « faits physiques » invoqués comme critère de vérification.[26]

La doctrine du sang trouve dans ce numéro un fondement scripturaire antérieur aux développements médicaux ultérieurs : l'arc-en-ciel d'Apocalypse 4:3 et d'Ézéchiel 1:28 est rattaché à l'alliance de Genèse 9 sur le caractère sacré de la vie et du sang, dont Christ serait porteur et au nom de laquelle il demanderait compte aux dirigeants du monde de l'effusion injuste de sang humain.[27] L'usage est ici exclusivement politique et eschatologique — un réquisitoire contre les gouvernants belligérants en 1940 — et non normatif pour la conduite des fidèles, ce qui situe cette exégèse à distance des applications ultérieures de l'alliance noachique.[28]

Enfin, la distinction établie entre « mystère de Christ » et « mystère de Dieu » redéfinit l'objet même de la révélation attendue. Le premier, limité à la sélection des membres du corps de Christ sans distinction entre Juifs et Gentils selon Éphésiens 3:4-6, correspond à la problématique ecclésiologique des décennies précédentes ; le second porte sur l'identité de Dieu, la signification de ses noms, l'origine du mal et l'existence d'organisations antagonistes.[29] Ce glissement de l'ecclésiologie vers la théologie proprement dite, et vers un dualisme cosmique opposant l'organisation de Jéhovah à celle de Satan — cette dernière étant ici décomposée en « mer » des peuples et « terre » des puissances dominantes —, prolonge une structuration doctrinale que Rutherford avait formalisée dans La Tour de Garde du 1er mars 1925.[30]

Organisation et histoire

La catégorisation des opposants internes occupe une place structurante dans ce numéro : ceux qui, jadis, se croyaient « dans la vérité » et critiquent désormais The Watchtower sont décrits comme prétendant que la revue leur serait devenue incompréhensible, ce qui est aussitôt retourné en preuve de leur exclusion de la lumière.[31] Le dispositif rhétorique est circulaire : la compréhension de la revue devient elle-même le critère d'appartenance, et l'incompréhension avouée vaut aveu d'apostasie. La catégorie mobilisée pour désigner ces dissidents est celle du « serviteur méchant », tirée de Matthieu 24:48, définie dans la doctrine de l'époque comme une classe issue des rangs mêmes de l'« esclave fidèle » et caractérisée par le refus de soutenir le Gouvernement Théocratique.[32] Le numéro l'associe explicitement au « mont Séïr » et à Édom dans son exégèse d'Ézéchiel 35:3-5, articulant ainsi la disqualification des dissidents à la condamnation eschatologique des ennemis extérieurs.[33] La seule voie de retour offerte — dévotion totale, demande de pardon, obéissance — ne comporte aucune procédure institutionnelle : la réintégration est décrite comme un acte unilatéral de soumission.[34]

La répudiation de la vénération accordée à un homme constitue un second axe organisationnel de ce numéro. Ceux qui, durant la « période Élie » du service de l'Église, ont regardé un homme comme leur chef et enseignant et continuent de le faire sont déclarés désormais dans les ténèbres, et cette attitude est qualifiée d'idolâtrie et de « péché de Samarie ».[35] Cette condamnation prolonge une série de désaveux publics de l'héritage doctrinal de Charles Taze Russell engagés par la Société au cours des années précédentes : abandon du « développement du caractère » dans The Watch Tower de mai 1926 sous le titre « Caractère ou alliance — lequel ? », requalifié dès 1927 comme une ruse de l'adversaire, puis rejet de la pyramidologie dans les livraisons des 15 novembre et 1er décembre 1928, où la Grande Pyramide est présentée comme la « Bible de Satan » et non comme le témoin de pierre de Dieu.[36] Le numéro de 1940 déplace toutefois la cible : ce n'est plus tel enseignement particulier qui est abandonné, mais l'attachement à la personne du fondateur comme enseignant, ce qui affecte directement la légitimité des groupes d'étudiants de la Bible restés fidèles à ses écrits.

L'aveu d'erreur portant sur Le Mystère Accompli constitue un cas rare d'autocritique institutionnelle explicite et datée. L'ouvrage, publié en 1917 et présenté comme l'œuvre posthume de Russell alors qu'il avait été rédigé par Clayton J. Woodworth et George H. Fisher, puis remis au personnel du siège le 17 juillet 1917, situait le réveil des saints endormis en 1878, exactement à mi-chemin entre le commencement des « Temps de Restitution » en 1874 et la clôture du « Haut Appel » en 1881.[37] En reconnaissant que cet ouvrage était « très loin de la réalité des faits » et en reportant ce réveil à 1918, le numéro entérine une révision déjà opérée par Rutherford en 1927, mais dont la reformulation publique en 1940 vise surtout à discréditer une date encore défendue par les dissidents.[38] La même logique de correction s'applique à Daniel 12:4 : l'interprétation du verset comme annonce des transports rapides, héritée de l'exégèse russellienne, est déclarée entièrement erronée et remplacée par une lecture renvoyant à la recherche diligente des Écritures.[39] La sélectivité de ces révisions mérite d'être notée : 1878 est abandonnée, mais 1914 est maintenue comme date d'intronisation et 1918 comme date de la venue au temple, la correction de 606 en 607 av. J.-C. n'intervenant que trois ans plus tard.[40]

La relecture de 1918 comme « temps de calamité » et temps de l'« illégalité » du peuple de Dieu, suivi d'un plein rétablissement en faveur, propose une narration officielle de l'effondrement organisationnel qu'avait connu la Société.[41] Les faits ainsi transposés en catégorie prophétique sont les mandats d'arrêt du 7 mai 1918 contre Rutherford et sept de ses collaborateurs, leur condamnation le 21 juin 1918 à vingt ans de détention et leur libération le 26 mars 1919 après une pétition réunissant quelque 700 000 signatures.[42] La formulation retenue — un manquement au devoir « par ignorance ou par crainte », suivi de la miséricorde divine — transforme une défaite judiciaire et une désorganisation interne en épreuve purificatrice attribuée à la responsabilité collective des fidèles plutôt qu'à la direction.

La périodisation de la reconstruction d'après-guerre donnée dans l'exégèse d'Apocalypse 10 — 1919 comme travail préparatoire, puis sept conventions internationales annuelles à partir de 1922 assorties de sept proclamations, la septième commencée en 1928 — reprend une chronologie institutionnelle établie par la Société elle-même.[43] La première de ces assemblées se tint à Cedar Point du 5 au 13 septembre 1922 et fut marquée par le mot d'ordre « Annoncez le Roi et le Royaume » ; celle de Toronto adopta le 24 juillet 1927, devant environ quinze mille assistants, la résolution « Aux peuples de la chrétienté ».[44] L'assimilation de cette séquence au descellement des « sept tonnerres » convertit un calendrier de congrès en révélation prophétique, l'histoire administrative du mouvement devenant elle-même objet d'exégèse.

Le chiffre de plus de vingt millions de livres et brochures diffusés à travers la chrétienté, associé à la radio, renvoie à une capacité de production dont la Société s'était dotée : impression en propre à partir de 1919 par des travailleurs volontaires non salariés, installation au 18 Concord Street en 1922, puis emménagement en 1927 dans un bâtiment de huit étages au 117 Adams Street.[45] Le volet radiophonique reposait sur la station WBBR, en service depuis le 24 février 1924, et sur des réseaux temporaires d'ampleur croissante : cinquante-trois stations en 1927, cent sept stations reliées par quelque trente-trois mille cinq cents milles de lignes téléphoniques pour l'assemblée de Detroit en 1928.[46]

Le tableau donné de la situation québécoise correspond à un dispositif répressif documenté et contemporain du numéro. L'accusation mentionnée — la sédition — relève du Code criminel canadien et non de la seule loi provinciale dite du cadenas adoptée le 24 mars 1937 ; en 1940, cent quinze Témoins, pour la plupart au Québec, furent inculpés d'infractions liées au libelle séditieux et à la distribution de littérature, et des centaines de poursuites suivirent, jusqu'à ce qu'Aimé Boucher obtienne en 1946 devant la Cour suprême du Canada l'invalidation de cette qualification.[47] La mise en cause du clergé catholique s'inscrit dans un contexte où la population québécoise était catholique à quelque 95 % et où les publications du mouvement représentaient la papauté sous des traits infamants, alimentant la qualification de religion subversive.[48] Le mouvement fut au demeurant interdit au Canada en 1940 en vertu de la Loi sur les mesures de guerre comme organisation subversive, interdiction maintenue jusqu'en 1943.[49] En revanche, les peines de travaux forcés et la comparution d'ecclésiastiques comme témoins experts, affirmées dans le numéro, ne sont corroborées par aucune des sources historiques consultées.[50]

La description des fidèles européens travaillant « sous un grand handicap » et dont les difficultés rendent l'œuvre presque impossible renvoie à un état des filiales en 1940 : interdiction en Allemagne depuis 1933, occupation de la Norvège depuis le 9 avril 1940 avec confiscation à l'automne de l'édition norvégienne d'Ennemis et impression clandestine à Oslo, et en Grande-Bretagne contraintes du black-out instauré le 1er septembre 1939 et comparutions devant les tribunaux d'objecteurs de conscience.[51]

Le constat de conditions comparables « à de nombreux endroits » aux États-Unis est corroboré par des sources indépendantes : les dossiers du ministère de la Justice recensent pour la seule année 1940 trois cent trente-cinq incidents violents distincts visant près de mille cinq cents Témoins, l'American Civil Liberties Union estimant que les Témoins de Jéhovah furent en 1940 plus souvent victimes de violences collectives que les communistes, les nazis du Bund et tous les autres groupes minoritaires réunis.[52] Les épisodes de Litchfield, dans l'Illinois, le 16 juin 1940, et de Kennebunk, dans le Maine, au début du même été, sont parmi les plus documentés ; le jour même de l'incident de Litchfield, le Solicitor General Francis Biddle dénonça publiquement à la radio les agressions répétées subies par les Témoins.[53] Publié au début du mois d'août 1940, ce numéro intervient donc quelques semaines après le déclenchement de cette vague, ce qui explique que l'exhortation à ne pas se lasser de bien faire soit adressée à des fidèles décrits comme épuisés par la persécution.[54]

Contenu

« Les temps et les saisons » (première partie)

L'étude principale de ce numéro est une longue méditation sur 1 Thessaloniciens 5:1, verset par lequel l'apôtre Paul déclare à ses correspondants qu'il n'est pas nécessaire de leur écrire sur « les temps et les saisons ».[55] L'article s'ouvre en affirmant qu'aucun être humain ne connaît la date exacte du début de la « bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant », en s'appuyant sur Matthieu 24:35-36 pour rappeler que cette connaissance appartient au seul Père céleste.[56]

Deux grandes catégories d'êtres humains sont distinguées : ceux qui font entièrement confiance au grand « Théocrate » et à son gouvernement, qui se trouvent dans la lumière de la provision divine, et ceux qui s'y opposent, plongés dans les ténèbres et la détresse.[57] Seule la soumission au Roi du « Grand Gouvernement Théocratique » est présentée comme la voie vers la consolation véritable.[58] Ce cadre dualiste est posé d'emblée comme la grille de lecture de tout le développement qui suit.

L'apôtre Paul est présenté comme ayant été mandaté par le Seigneur pour écrire des paroles de réconfort à ceux qui soutiennent pleinement la Théocratie. Le quatrième chapitre de sa première épître aux Thessaloniciens, versets 1 Thessaloniciens 4:13-18, y est interprété comme un message de consolation pour ceux qui croient en la résurrection des morts, affirmant que ceux qui « dorment en Jésus » seront ressuscités à la venue de Christ et que les vivants fidèles seront « ravis... pour rencontrer le Seigneur dans les airs », à l'écart et invisibles pour le monde.[59] Ces paroles apostoliques sont décrites comme un réconfort réel pour tous ceux qui ont pleinement fait confiance en Dieu et qui, à la mort de leurs proches, n'ont pas sombré dans le deuil de ceux « qui n'ont pas d'espérance ».[60]

Le Saint-Esprit est dit avoir également conduit Paul à écrire sur ce qui se produira à la fin de l'« œuvre étrange » de Dieu, les fidèles attendant avec une grande espérance la conclusion de cette œuvre et le début de son « acte étrange ».[61] La conjonction « mais » qui ouvre 1 Thessaloniciens 5:1 est analysée comme un lien grammatical délibéré reliant ce verset au message de consolation qui précède immédiatement, invitant les fidèles à se consoler mutuellement non seulement par la promesse de la résurrection, mais également par ce qui est écrit concernant les « temps et les saisons » à l'approche de la grande bataille d'Armageddon.[62]

La compréhension de ces admonitions apostoliques est présentée comme réservée à ceux qui appartiennent à la lumière ; ceux qui sont dans les ténèbres — notamment les praticiens de la « religion » — en sont incapables, conformément à Daniel 12:10 et au principe que « la lumière est semée pour les justes » (Psaumes 97:11).[63]

Temps fixé

Des opposants sont évoqués : des personnes qui, jadis, se croyaient « dans la vérité » mais qui, au fil des années récentes, se sont mises en opposition au message du Royaume et continuent à critiquer The Watchtower.[64] Ces opposants allèguent que la revue leur serait incompréhensible, trop « profonde » pour eux — une attitude présentée non pas comme étonnante, mais comme parfaitement conforme aux attentes : « Seuls ceux qui sont entièrement dévoués au Gouvernement Théocratique sous Christ Jésus peuvent comprendre et apprécier ce que Jéhovah Dieu, par le biais de Christ Jésus, révèle maintenant à ceux qui l'aiment ».[65] La seule issue pour quiconque aurait été séduit par l'ennemi et désirerait sincèrement se réconcilier avec le Seigneur est décrite comme une dévotion totale, la recherche du pardon et l'obéissance à ses commandements.[66]

L'exégèse se concentre ensuite sur les termes grecs de 1 Thessaloniciens 5:1 : chronoi (pluriel de chronos), traduit par « times » (temps), désignerait une durée ou un espace de temps indéfini, tandis que kairoi, traduit par « seasons » (saisons), désignerait un temps dû ou approprié, un temps fixé ou une saison déterminée.[67] Plusieurs textes scripturaires sont convoqués pour illustrer l'usage du terme kairos : 1 Pierre 4:17, Apocalypse 1:3, 1 Corinthiens 4:5, Éphésiens 1:10, 1 Timothée 4:1 et Apocalypse 11:18, tous présentés comme illustrant des temps déterminés, fixés dans le plan divin.[68]

Le fait que Paul emploie l'article défini « the » devant « times and the seasons » est interprété comme signifiant que la discussion ne porte pas sur une simple considération chronologique générale.[69] L'apôtre n'encouragerait pas l'étude de la chronologie pour fixer des dates à l'avance ou spéculer sur ce qui doit se produire à telle date précise ; les « signes » sont présentés comme plus déterminants que les dates elles-mêmes, et les fidèles sont exhortés à surveiller les signes des temps.[70] Lorsque Jéhovah n'a pas révélé dans sa Parole les limites des temps, ces périodes demeurent indéfinies pour les créatures humaines ; elles parviennent à leur accomplissement au point où Dieu l'a prédit, et il fournit les « signes », c'est-à-dire les faits physiques, par lesquels l'accomplissement des temps peut être discerné.[71]

La venue du Fils est citée en exemple de ce principe : « Quand la plénitude du temps fut venue, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sous la loi » (Galates 4:4), et les veilleurs fidèles, ayant vu les signes ou faits physiques, auraient eu la preuve concluante de l'accomplissement de la prophétie concernant le Messie.[72]

La sous-section intitulée « Temps fixé » développe l'idée que les mots de Paul — « les temps et les saisons » — renverraient à la période ayant débuté avec la descente de Christ Jésus du ciel et sa venue au temple de Dieu.[73] Paul aurait préalablement expliqué les doctrines concernant la résurrection ; ses auditeurs n'étaient donc pas dans la douleur parce qu'il n'y aurait pas de résurrection, mais parce que ceux qui étaient morts dans la foi devaient attendre et ne participeraient pas, de leur vivant sur la terre, à l'« œuvre étrange » de Jéhovah pour la vindication de son nom.[74]

Armageddon

La « bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant » est décrite comme un temps définitivement fixé, dont nul homme ne connaît exactement le jour ni l'heure où elle commencera.[75] La question des signes des temps est aussitôt posée : plusieurs versets d'Ézéchiel sont convoqués pour illustrer la désolation imminente de l'Égypte, symbole du monde ou de l'organisation de Satan, et celle du « mont Séïr », symbole d'Édom, identifié à la classe du « serviteur méchant » et à « l'homme du péché ».[76] La « religion » est présentée comme ayant sa part dans ce jugement : la haine perpétuelle d'Édom envers les enfants d'Israël et le sang versé par l'épée au temps de la calamité de l'Israël spirituel en 1918 sont cités à charge contre elle (Ézéchiel 35:3-5).[77]

Le « temps de la calamité » venu sur le peuple de Dieu en 1918 est interprété comme celui de leur « illégalité » : par ignorance ou par crainte, ils auraient failli à leur devoir. Dieu leur aurait ensuite montré sa miséricorde et ils auraient été pleinement rétablis dans sa faveur, conformément à Ésaïe 12:1-2.[78] Dieu est décrit comme ayant fixé un moment certain et défini pour l'accomplissement de son dessein ; plutôt que de communiquer à l'avance la date ou l'heure exactes, il fait advenir les faits physiques qui montrent que le moment précédemment fixé est arrivé ; ceux qui n'ont pas foi en sa Parole et continuent de pratiquer la « religion » en suivant leur propre voie égoïste sont présentés comme demeurant dans les ténèbres et incapables de discerner les signes des temps fixés.[79]

« Frères »

L'apôtre Paul est présenté comme s'adressant, dans son texte aux Thessaloniciens, à ceux qui sont en Christ Jésus dans le temple, oints et donc éclairés, par l'emploi du terme « Mais quant aux temps et aux saisons, frères ».[80] Ces paroles sont destinées à ceux qui sont « un en Christ Jésus », Chef du corps du Christ, le corps spirituel, et qui sont tous des « frères », membres d'un « seul corps » (1 Corinthiens 12:12-18).[81] Le fait que Paul s'adresse spécifiquement au reste oint est attesté par d'autres passages de la même épître (1 Thessaloniciens 1:4, 1 Thessaloniciens 1:7-8 ; 1 Thessaloniciens 2:12, 1 Thessaloniciens 2:14) : ce sont ceux qui connaissent leur élection par Dieu, dont la foi et la fidélité constituent des exemples pour les autres, et qui souffrent comme Christ a souffert.[82]

À la venue du Seigneur Jésus au temple, les fidèles endormis en Christ auraient été réveillés à la vie, et ceux qui se trouvaient sur la terre et avaient été approuvés lors du jugement du temple auraient été « ravis... pour rencontrer le Seigneur dans les airs », c'est-à-dire dans le temple (1 Thessaloniciens 4:17).[83] Tous ces membres du reste et de la classe du temple sont inclus dans les paroles de Paul, désignant tous ceux qui sont nés de Dieu et de sa « femme », Sion, son organisation, dont tous les enfants sont enseignés par le Seigneur et jouissent d'une grande paix (Ésaïe 54:13).[84]

Ces « frères » ayant Christ Jésus pour chef ont Jéhovah Dieu et Christ Jésus pour enseignants ; les yeux de leur intelligence étant ouverts, ils voient leurs maîtres et comprennent leur enseignement (Ésaïe 30:20).[85] C'est à ceux ainsi enseignés que l'apôtre dit « vous n'avez pas besoin qu'on vous écrive »: parce qu'au moment de l'accomplissement de la prophétie, les faits physiques seraient portés à l'accomplissement par le Seigneur de manière si claire et sans équivoque que tous les frères de la classe du temple, ainsi enseignés par Dieu et Christ Jésus, verraient que la prophétie s'est accomplie, discernant qu'elle avait été écrite d'avance pour leur instruction et leur réconfort (Romains 15:4).[86]

Il est précisé que cela ne signifie nullement qu'il est inutile d'étudier la Parole de Dieu et de discuter les Écritures entre frères. Les publications de The Watchtower sont présentées comme un moyen de communication entre les frères, permettant de mettre côte à côte les textes scripturaires et les faits physiques, ou signes, que Dieu a fait advenir, afin que le peuple de Dieu comprenne et apprécie les temps dans lesquels il vit. The Watchtower est décrit non comme l'opinion d'un homme, mais comme l'exposé des faits physiques ou signes bien connus de tous ceux qui réfléchissent, mis en regard des Écritures prophétiques pour permettre à ceux qui aiment et servent Jéhovah Dieu de comprendre son dessein — ce qui serait parfaitement conforme à la règle annoncée par l'apôtre.[87]

« Vous savez »

Ceux qui, à une époque antérieure — la « période Élie » du service de l'Église —, jouissaient de la lumière alors révélée par le Seigneur, mais qui regardaient un homme comme leur chef et enseigneur et continuaient de le faire, sont présentés comme désormais dans les ténèbres.[88] Donner honneur à un homme ou à une créature constituerait une forme d'idolâtrie, un échec à rendre à Dieu la louange et l'honneur qui lui sont dus. Les praticiens de la « religion » y sont enfermés, commettant ce qui est appelé le « péché de Samarie », c'est-à-dire accorder une grande honneur et louange à une créature, ce qui les maintient dans des ténèbres telles qu'ils sont incapables de comprendre les signes des temps et de voir que les faits physiques survenus correspondent à l'accomplissement des prophéties.[89] La classe du « serviteur méchant » — ceux qui s'opposent au Grand Gouvernement Théocratique et refusent de le soutenir entièrement, librement et joyeusement — est décrite dans le même état d'obscurité, pour laquelle les publications de The Watchtower ne seraient qu'une page blanche.[90]

À l'inverse, les témoins oints et fidèles de Jéhovah Dieu sont décrits comme connaissant ce que Dieu leur révèle, sans suivre l'enseignement d'aucun homme, sachant qu'ils sont enfants de Dieu et que leurs maîtres sont Jéhovah Dieu et Christ Jésus, le Chef des oints. À eux s'adressent les paroles de l'apôtre : « Car vous-mêmes savez parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit » (1 Thessaloniciens 5:2).[91] Le caractère emphatique de cette formule est souligné par d'autres traductions : « Vous-mêmes » (Diaglott) ; « Vous-mêmes » (Rotherham), montrant que la forme pronominale de la deuxième personne insiste sur le fait que le reste fidèle parviendrait en temps voulu à une connaissance précise de la vérité (1 Timothée 2:4), n'ayant besoin d'aucun homme pour l'instruire (1 Jean 2:27).[92]

Les fidèles sont décrits comme ne devinant pas le sens de la prophétie, mais comme « vous-mêmes savez parfaitement [avec précision] » (Diaglott) : par une recherche diligente des Écritures et en appliquant les faits physiques bien connus, ils rechercheraient la douceur et la justice et recevraient les bénédictions du Seigneur. Ceux ainsi bénis sont décrits comme ceux qui se consacrent entièrement et sans égoïsme au Grand Gouvernement Théocratique, reçoivent l'instruction du Seigneur et en profitent, participant ainsi à la compréhension et à l'appréciation des prophéties. Leurs yeux courent çà et là dans la Parole de Dieu, conformément à Daniel 12:4, et la connaissance est augmentée.[93] L'application ancienne de cette prophétie de Daniel aux transports rapides est présentée comme entièrement erronée ; sa signification véritable serait que les fidèles rechercheront diligemment les Écritures et que, les appliquant aux signes des temps, leur connaissance, leur compréhension et leur appréciation en seront accrues.[94]

« Ce jour-là »

Ce à quoi l'apôtre se réfère quand il dit « vous-mêmes savez avec précision » est développé autour de l'expression « le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit ».[95] Plusieurs textes pauliniens sont cités pour définir ce « jour » : 2 Pierre 3:10 décrit la venue du jour du Seigneur comme un voleur dans la nuit, avec la dissolution des éléments ; Romains 2:16 l'associe au jugement des secrets des hommes par Jésus Christ. L'emploi du mot « Seigneur » dans ces textes est jugé renvoyer non à Jéhovah mais à Christ Jésus, dont la venue au temple pour le jugement en 1918 — trois ans et demi après son intronisation en 1914 — constituerait le « jour du Seigneur ».[96]

Une série de textes pauliniens et johanniques est ensuite convoquée pour étayer cette conclusion (1 Corinthiens 1:8 ; 1 Corinthiens 5:5 ; 2 Corinthiens 1:14 ; Philippiens 1:6, Philippiens 1:10 ; Philippiens 2:16 ; 2 Thessaloniciens 2:1-2 ; 2 Timothée 1:12, 2 Timothée 1:18 ; 2 Timothée 4:8) : ce temps est présenté comme celui où les témoins du Grand Gouvernement Théocratique doivent avoir de la hardiesse, car c'est le jour du jugement, lorsque Christ Jésus est au temple pour juger les nations et les individus (1 Jean 4:17-18 ; Matthieu 25:31), et le jour que Jéhovah avait précédemment et définitivement fixé, comme l'annonce Ésaïe 28:17.[97]

« Comme un voleur »

Le mode d'avènement du « jour du Seigneur » est analysé à partir de la formule « vient ainsi comme un voleur dans la nuit »: le mot « ainsi » est interprété comme dirigeant spécifiquement l'attention vers la manière dont arrive ce jour, comme un voleur, c'est-à-dire le moment et les conditions dans lesquelles il arrive.[98] Le « jour » dans son ensemble, ou la période fixée entière, arrive comme un voleur ; de même, les divers aspects du jour du Seigneur et les événements qui s'y déroulent — y compris la destruction à l'Armageddon comme expression de la colère de Jéhovah — frapperaient comme un voleur tous les peuples de la terre non éclairés.[99]

Le « jour de Jéhovah Dieu » est présenté comme ayant débuté en 1914, quand ces paroles prophétiques commencèrent à s'accomplir : « J'ai pourtant établi mon roi sur ma sainte montagne de Sion » (Psaumes 2:6).[100] Il est affirmé qu'aussi tôt que 1880, The Watchtower avait publié avec insistance la date 1914 comme le « temps de la fin », même si personne ne comprenait encore clairement ce que cela signifiait. Des millions de livres, brochures et feuilles avaient été distribués à travers le monde pour annoncer cette date ; les chefs religieux catholiques et protestants, ainsi que de nombreux autres, la surveillaient et l'attendaient. La date 1914 n'était donc pas venue comme un voleur — elle était généralement connue, même si ceux qui l'annonçaient se trompaient sur les événements qui devaient se produire, car ils avaient correctement situé la date mais comis une grave erreur sur sa signification.[101]

En revanche, 1918 est présentée comme étant bien venue comme un voleur, ce qui montrerait que le « jour du Seigneur » mentionné par l'apôtre Paul dans le texte vise la venue du Seigneur Jésus au temple pour le jugement et le commencement du jugement.[102] Il est admis que le livre Le Mystère accompli avait mentionné 1918, mais qu'il était très loin de la réalité des faits qui devaient et allaient se produire à cette époque : la position défendue et publiée dans cet ouvrage était que le « réveil des saints endormis » — les fidèles morts en Christ, tels que les apôtres — avait eu lieu bien plus tôt, en 1878, ce qui est désormais reconnu comme une erreur.[103]

L'action du voleur

L'image du voleur est développée pour illustrer le mode d'action du Seigneur et le moment de l'accomplissement de son jour. Les voleurs « entrent par effraction et volent » (Matthieu 6:19 ; Jean 10:10) : ils viennent silencieusement. L'avertissement adressé à la congrégation de Sardes dans Apocalypse 3:2-3 est cité intégralement : « Sois vigilant et affermis ce qui reste, qui est près de mourir ; car je n'ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant Dieu. Souviens-toi donc comment tu as reçu et entendu ; tiens-le et repens-toi », avec la mise en garde que si la congrégation ne veille pas, le Seigneur viendra comme un voleur.[104]

La puissance qui rassemble les nations pour la bataille d'Armageddon est identifiée, à partir d'Apocalypse 16:14-15, aux esprits de démons accomplissant des miracles et allant vers les rois de la terre. Le Seigneur y déclare : « Voici, je viens comme un voleur [à la bataille d'Armageddon]. Heureux est celui [qui est dans le temple] qui veille et garde ses vêtements », ces vêtements étant interprétés comme les actions qui identifient pleinement leur porteur comme partisan de la Théocratie.[105] De la même manière, l'armée de « sauterelles » du Seigneur qui envahit les quartiers de l'ennemi est décrite comme venant à la façon d'un voleur, avec l'image tirée de Joël 2:9-10 : « Ils courront çà et là dans la ville ; ils courront sur les murailles, ils monteront sur les maisons ; ils entreront par les fenêtres comme un voleur. La terre tremblera devant eux ; les cieux seront ébranlés ; le soleil et la lune s'obscurciront ».[106]

« Dans la nuit »

Ceux qui ne veillent pas à la venue du jour du Seigneur dorment, et il est décrit comme étant nuit pour eux. Jusqu'en 1918, les pasteurs protestants auraient combattu ouvertement l'évangile du Royaume tel que The Watchtower le proclamait dans le monde entier ; semblables à la classe des « vierges folles », ils se seraient endormis, de même que les catholiques et les autres religieux, tous entièrement inconscients de la venue du Seigneur et ayant ainsi manqué toutes leurs opportunités.[107]

Ces religieux sont décrits non seulement comme endormis, mais comme grossièrement ivres, remplis du « breuvage fort de la distillation » et ayant vicieusement persécuté les serviteurs fidèles de Jéhovah Dieu, participant à l'extinction de l'« œuvre Élie » à laquelle les fidèles serviteurs de Dieu étaient alors engagés (Apocalypse 11:7-10). La parole de l'apôtre est citée pour fonder ce jugement : « Ceux qui dorment, dorment la nuit ; et ceux qui s'enivrent, s'enivrent la nuit » (1 Thessaloniciens 5:7).[108]

Dans leur ivresse, les religieux sont présentés comme raillant et continuant à se moquer des faits attestant l'accomplissement de la prophétie. 2 Pierre 3:3-6 est cité pour décrire leur attitude : des moqueurs marchant selon leurs propres convoitises, disant « Où est la promesse de son avènement ? » et refusant de tenir compte de la création et du déluge.[109] Résultat de cette ivresse et de cet assoupissement : le « jour du Seigneur » aurait bien surpris la « chrétienté » comme un voleur (1 Thessaloniciens 5:4). Les chefs religieux dans les ténèbres auraient ainsi entraîné dans l'obscurité ceux qui les suivaient, y compris des personnes de bonne volonté.[110]

Une prophétie de Michée est appliquée à ces opposants au message divin : « Ainsi dit le Seigneur concernant les prophètes qui égarent mon peuple » (Michée 3:5-7), les voyants seront couverts de honte et les devins confondus, car il n'y aura point de réponse de Dieu. Les opposants au message de Dieu tel que publié par The Watchtower se retrouveraient dans cette classe décrite par le prophète, demeurant dans les ténèbres et y marchant indéfiniment.[111]

Conditions défavorables

Les témoins fidèles de la Théocratie sont présentés comme poursuivant leur œuvre de proclamation du nom et du Royaume du grand Théocrate avec une grande joie, malgré des conditions très éprouvantes. Nombre de fidèles en Europe sont décrits comme travaillant sous un grand handicap et dans une grande souffrance, leurs difficultés ne cessant de croître, rendant presque impossible la poursuite ou la participation à l'« œuvre étrange » de la prédication de l'évangile du Royaume.[112]

Le Québec est cité comme exemple particulièrement grave : l'opposition au Gouvernement Théocratique y est devenue si amère et méchante qu'il est presque impossible d'y mener le travail. Dans cette province, de nombreux fidèles de Dieu seraient accusés de sédition et jetés en prison à travaux forcés, la seule charge retenue contre eux étant d'annoncer le dessein de Dieu d'établir son Royaume et de balayer toute méchanceté de la terre. Ces témoins fidèles de Jéhovah seraient jugés devant des juges prévenus, sur la base de témoignages fournis par des religieux dits « experts », condamnés pour le même crime que celui imputé à Jésus, et envoyés en prison comme ennemis de l'humanité — alors qu'ils seraient présentés comme les seuls à apporter la bonne nouvelle.[113]

Aux États-Unis, des conditions similaires de persécution et d'opposition cruelle sont signalées à de nombreux endroits, au point de lasser même les plus fidèles.[114] En réponse, l'apôtre est cité comme exhortant ceux qui servent Jéhovah à ne pas se lasser de bien faire, car ils moissonneront au temps convenable s'ils ne se relâchent pas, et à faire le bien à tous, mais surtout aux membres de la famille de la foi (Galates 6:9-10).[115] Les témoins de Jéhovah sont présentés comme les ambassadeurs du Gouvernement Théocratique, bittrement opposé par le monde entier, accomplissant une bonne œuvre par la grâce de Jéhovah dans son « œuvre étrange », assurés que la main de Jéhovah est sur eux et que sa force se manifeste pour eux, conformément à 2 Chroniques 16:9.[116]

La promesse de délivrance est annoncée comme certaine à l'Armageddon, appuyée sur Deutéronome 33:27 : « Le Dieu éternel est ton refuge, et sous toi sont les bras éternels ; il chassera l'ennemi de devant toi et dira : Détruis-les ».[117] Les fidèles, marchant dans la lumière et dans le jour, connaissent la signification des actions de l'ennemi et savent que celui-ci échouera. L'article se conclut sur la certitude de la délivrance à l'Armageddon, en suspendant la question du moment précis à la suite promise.[118]

Soulagement de la famine mondiale

Le second article principal de ce numéro développe une longue exégèse typologique fondée sur le récit de Joseph en Égypte. La famine survenue du temps de Joseph, premier ministre de Pharaon, sert de préfiguration prophétique de la situation spirituelle du monde contemporain.[119] La famine mondiale décrite par Amos 8:11 — non une famine de pain ni une soif d'eau, mais d'entendre les paroles de l'Éternel — est présentée comme s'étant répandue sur toute la terre, particulièrement depuis la Première Guerre mondiale de 1914-1918, quand les institutions religieuses de la « chrétienté » auraient abandonné le Seigneur Dieu et son Royaume sous Christ pour prendre ouvertement le parti de l'organisation mondaine de Satan.[120]

Au sein de l'organisation de Dieu, en revanche, subsiste une abondance de nourriture spirituelle, le Seigneur fournissant continûment cette « nourriture en temps voulu ». Christ Jésus est présenté comme le « Grand Joseph » qui nourrit ceux qui le cherchent dans le monde, ses serviteurs fidèles portant cette nourriture aux personnes spirituellement affamées constituant les « autres brebis » du Seigneur. La multitude venue de toutes nations pour se nourrir de Joseph trouve son accomplissement dans ceux qui, de toutes nations et peuples, viennent se tenir devant le trône du Seigneur, conformément à Apocalypse 7:9-17 : « Ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif... car l'Agneau [Christ Jésus], qui est au milieu du trône, les paîtra et les conduira vers des sources d'eaux vives, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ».[121]

Le récit de Genèse 42:1-5 est ensuite suivi pas à pas : Jacob envoyant ses dix fils en Égypte pour acheter de la nourriture ; leur comparution devant Joseph qu'ils ne reconnaissent pas, plus de vingt ans s'étant écoulés depuis qu'ils l'avaient vendu à des marchands ; la rétention de Siméon comme otage jusqu'au retour avec Benjamin. Le second voyage, lors duquel les neuf demi-frères amènent Benjamin, conduit à la libération de Siméon et à la dissimulation de la coupe d'argent de Joseph dans le sac de Benjamin — un test imposé à tous les frères.[122]

Benjamin est interprété comme préfigurant les témoins de Jéhovah sur la terre, une partie du reste qui, dans les années récentes, aurait été accusé de crimes dont ils étaient entièrement innocents. Dieu aurait permis cette épreuve comme un test d'intégrité pour ses fidèles. L'arrestation de ces témoins serait également un test pour les « hommes de bonne volonté », les « autres brebis » du Seigneur, qui, voyant les témoins accusés injustement, deviendraient volontiers leurs compagnons et souffriraient avec eux (Hébreux 10:33).[123]

La mise en scène de la coupe dans le sac de Benjamin et l'arrestation qui s'ensuit font partie du tableau prophétique que Dieu avait prévu d'accomplir en son temps. La décision de Joseph de garder Benjamin comme esclave plonge les dix demi-frères dans une grande peine, et Judah, agissant comme leur porte-parole, prononce un discours émouvant plaidant pour la libération de Benjamin et la compassion envers leur vieux père Jacob. Ce retournement de Judah — lui qui avait autrefois proposé la vente de Joseph — est interprété comme le signe d'un changement de cœur complet chez les frères.[124]

Ce test prophétique est lu comme préfigurant une catégorie de personnes contemporaines qui, autrefois hostiles aux enfants spirituels consacrés de Dieu, frères de Christ Jésus, ont montré, une fois conscientes de leur propre situation, une profonde contrition et un sincère désir de faire le bien envers tous ceux qui aiment le Seigneur.[125] La persécution venue sur les frères spirituels de Christ Jésus, particulièrement en 1918 pendant la guerre mondiale, à l'instigation des religieux de la « chrétienté », aurait suscité l'hostilité de beaucoup envers le peuple de Jéhovah ; mais plus tard, quand ces personnes égarées par la religion comprirent mieux leur propre situation et le dessein de Dieu à leur égard, elles eurent un changement de cœur et se montrèrent en disposition de cœur convenable pour être rassemblées par le Seigneur comme ses « autres brebis » dans la bergerie de Jéhovah, pour y trouver sûreté et préservation lors de la bataille d'Armageddon.[126]

Toutes les « autres brebis » doivent ainsi être de bonne volonté envers Jéhovah (figuré par Jacob le père), envers Christ Jésus (figuré par Joseph le fils) et envers le « reste » de Dieu (figuré par Joseph et Benjamin), avant de pouvoir être rassemblées comme les « autres brebis » du Seigneur dans son organisation.[127]

Le moment vient pour Joseph de se faire reconnaître de ses frères, en présence de Benjamin seulement : « Ne vous affligez pas maintenant, et ne vous irritez pas contre vous-mêmes de m'avoir vendu ici ; car Dieu m'a envoyé avant vous pour conserver la vie » (Genèse 45:1-5).[128] Joseph reconnaît la bonté et la main toute-puissante de Dieu dans tout ce qui lui est arrivé, y compris aux mains de ses frères égarés, et déclare que sa souffrance était pour leur bien. Ainsi, tous ceux qui sont du côté du Seigneur — qu'ils soient chrétiens spirituels dont l'héritage est dans le Royaume des cieux, ou « autres brebis » qui habiteront la terre pour toujours — se tiennent ensemble.[129]

Joseph dévoile ensuite que tout ce drame prophétique a été dirigé par Jéhovah pour qu'en son temps les hommes soient éclairés quant à sa provision pour obtenir la vie éternelle : « Ce n'est donc pas vous qui m'avez envoyé ici, mais Dieu ; et il m'a établi père de Pharaon, seigneur de toute sa maison, et gouverneur par tout le pays d'Égypte » (Genèse 45:8-9).[130]

En accomplissement de ce tableau prophétique, Christ Jésus est identifié au Grand Joseph : Jéhovah l'aurait envoyé au monde pour sauver le monde, l'aurait envoyé au temple en 1918 « pour conserver la vie », l'aurait établi « Père éternel » pour tous les sujets du Royaume, Seigneur et Chef de la maison royale de fils de Jéhovah, et Gouverneur légitime du monde. Son Royaume est présenté comme l'espoir du monde, fondé sur Ésaïe 9:6-7 et Matthieu 12:21 : il n'y aurait pas d'autre espoir, car c'est là la provision de Dieu, entièrement adéquate et complète. La parole de Joseph — « Parlez de toute ma gloire en Égypte, et de tout ce que vous avez vu ; et hâtez-vous d'amener ici mon père » — est appliquée aux témoins de Jéhovah d'aujourd'hui, à qui apparaît la gloire de Christ Jésus dans le monde entier.[131]

« Le temps n'est plus »

Le troisième grand article de ce numéro propose une exégèse détaillée du chapitre dix de l'Apocalypse, centré sur la figure du « puissant ange » descendant du ciel. Cet ange est identifié à Christ Jésus — celui qui est appelé Michel au ciel (« Qui est comme Dieu ? ») — exerçant désormais ses fonctions de « grand officier exécutif » de Jéhovah Dieu sur les affaires terrestres (Daniel 12:1 ; Apocalypse 12:7). La compréhension de cette descente céleste serait venue avec la publication dans La Tour de Garde des articles « La présence de Jéhovah » et « La présence de Christ » des 1er et 15 février 1928.[132]

L'expression « enveloppé d'une nuée » (Apocalypse 10:1) est analysée selon quatre significations symboliques distinctes : l'invisibilité de la venue du Seigneur aux yeux humains, puisqu'il est esprit ; sa présence bienveillante envers ses serviteurs fidèles, à la manière de la nuée de la pluie tardive (Proverbes 16:15 ; Ésaïe 25:5) ; sa présence menaçante pour ses ennemis (Ézéchiel 1:4) ; et enfin la présence glorieuse de Jéhovah accompagnant son officier exécutif, le chef du temple de Dieu (Ézéchiel 10:4).[133]

L'arc-en-ciel entourant la tête du « puissant ange » atteste qu'il est le représentant de Jéhovah, l'arc-en-ciel cerclant également le trône de Jéhovah (Apocalypse 4:3 ; Ézéchiel 1:28). En Genèse 9, l'arc-en-ciel est associé à l'« alliance éternelle » avec Noé concernant le caractère sacré de la vie humaine et animale. Christ Jésus serait donc porteur de cette alliance et devrait demander compte aux dirigeants du monde pour l'effusion injuste de sang humain. La signification prophétique de l'arc-en-ciel comme symbole de cette alliance concernant le caractère sacré du sang aurait été mieux comprise après la publication de l'article « Une raison de la vengeance de Dieu » dans La Tour de Garde du 15 décembre 1927.[134]

Le « puissant ange » est identifié au Soleil de justice de Malachie 4:2, dont le visage brillait comme le soleil lors de la Transfiguration (Matthieu 17:2) et dont la gloire dépassa la clarté du soleil lors de l'apparition à Saul de Tarse (Actes 26:13). Ses pieds comme des colonnes de feu signifient symboliquement qu'il doit fouler et détruire les ennemis et les mettre comme un marchepied sous ses pieds (Psaume 110:1 ; Romains 16:20 ; 1 Corinthiens 15:25-27 ; Hébreux 2:7-9).[135]

Le petit livre ouvert tenu dans la main de l'ange (Apocalypse 10:2) est interprété comme la révélation des desseins de Dieu, avec le pouvoir et l'autorité de les divulguer. Il est souligné que la vérité n'est le produit d'aucun homme, et qu'il serait erroné d'attribuer à quiconque le mérite de la révélation de la vérité : celle-ci appartient à Jéhovah, qui utilise son Grand Prêtre, Christ Jésus, pour l'ouvrir et la faire connaître en temps voulu.[136]

Le fait que l'ange pose un pied sur la mer et l'autre sur la terre est interprété ainsi : la « mer » représente les peuples qui soutiennent et portent l'organisation de Satan, laquelle commercialise l'humanité ; la « terre » représente les puissances dominantes de l'organisation visible de Satan. Le jugement ardent est donc imminent sur ces deux sphères. En tant qu'officier exécutif de Jéhovah, Christ Jésus aurait arrêté la Première Guerre mondiale en 1918 afin que ses serviteurs, alors dispersés et entravés, puissent être rassemblés et accomplir l'œuvre de témoignage avant la fin ultime du monde de Satan.[137]

Le cri de l'ange « à voix forte, comme rugit un lion » (Apocalypse 10:3) est interprété comme l'annonce que le temps est venu pour la justice et le jugement, lequel doit commencer par la maison de Dieu, son temple (1 Pierre 4:17 ; Amos 1:2 ; Joël 3:16). Christ Jésus, ayant assumé sa place comme Roi en 1914 et ayant chassé Satan du ciel, vient à son temple pour le jugement, en accomplissement de la prophétie de Malachie 3:1-4. Les sept tonnerres représentent la voix ou le message de Jéhovah réprimandant les ennemis du Gouvernement Théocratique et exprimant son indignation (Psaume 104:7).[138]

Le « sceau » mis sur les sept tonnerres semble avoir été levé à la fin de l'année 1922, lorsque la classe des serviteurs de Dieu — les témoins de Jéhovah — fut envoyée pour proclamer le jour de sa vengeance et annoncer spécifiquement le Roi de Jéhovah et son royaume. Ce descellement est rattaché au commandement du Seigneur enregistré en Apocalypse 22:10 : « Ne scelle pas les paroles de la prophétie de ce livre ; car le temps est proche ». Le temps était venu pour le peuple de Dieu d'avoir une vision plus claire de ses desseins et d'accomplir l'œuvre qui lui avait été confiée.[139]

Le serment de l'ange selon lequel « le temps ne serait plus » (Apocalypse 10:5-6) est interprété comme marquant un grand tournant ou une période de transition. Diverses traductions sont citées pour confirmer ce sens : « Le temps ne sera plus retardé » (Emphatic Diaglott), « il n'y aura plus de délai » (Rotherham), « il n'y aura plus de retard » (Am. Rev. Ver.). Cette déclaration n'aurait pu être faite avant 1914, car c'est là que la période d'attente à la droite du Père prit fin et que le Roi assuma son règne céleste (Psaume 110:1-2 ; Hébreux 10:12-13).[140]

Pour le « reste » terrestre des témoins, cette déclaration vise plus particulièrement l'année 1918, lorsque le Seigneur vint à son temple. L'« administration de la plénitude des temps fixés » était alors advenue (Éphésiens 1:10, Diaglott). Le texte cité d'Habacuc 2:3 — « Car la vision est encore pour un temps fixé... si elle tarde, attends-la ; car elle viendra sûrement, elle ne retardera pas » — est appliqué à l'attente des années précédant 1918 : en 1914, le peuple du Seigneur attendait de nombreux événements qui ne semblèrent pas se produire immédiatement, mais commencèrent à se réaliser en 1918 et devinrent de plus en plus manifestes par la suite, conduisant vers Armageddon.[141]

En 1918, le temps était venu pour les chrétiens morts fidèles avant la venue de Christ, qui « dormaient » dans la mort (Apocalypse 6:11), d'être ressuscités avec une résurrection spirituelle : « Il est semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel. Il est semé dans le déshonneur ; il ressuscite dans la gloire » (1 Corinthiens 15:44, 43). Le temps était également venu pour Jéhovah d'« achever l'œuvre et de l'abréger en justice » (Romains 9:28).[142]

L'année 1919 est désignée comme le moment du travail préparatoire parmi les témoins de Jéhovah précédant le début du grand témoignage. En 1922 commença une série de sept conventions internationales annuelles des témoins de Jéhovah, accompagnées de sept messages ou proclamations annuels concernant les desseins de Jéhovah contre la « chrétienté » et en faveur des « autres brebis » du Seigneur. Le septième de ces messages annuels commença à être donné en 1928, diffusé dans toute la « chrétienté » par la radio et plus de vingt millions de livres et brochures.[143]

Apocalypse 10:7 est ensuite lu comme montrant qu'il n'y aurait plus de délai dans l'achèvement du « mystère de Dieu ». Une distinction est tracée entre le « mystère de Christ » — lié à la sélection des membres du « corps de Christ » sans distinction entre Juifs et Gentils (Éphésiens 3:4-6 ; Galates 3:27-29 ; Colossiens 1:26-28) — et le « mystère de Dieu », qui concerne une série de questions relatives à Jéhovah lui-même : Qui est Dieu ? Quelle est la signification des noms par lesquels il se révèle ? Est-il responsable des souffrances de la terre ? A-t-il une organisation, et laquelle ? Qu'est-ce que l'organisation anti-théocratique qui s'oppose à lui ? Satan et son organisation sont-ils responsables des calamités des hommes et de leur éloignement de Dieu ? Toutes ces questions, longtemps annoncées par les prophètes mais demeurées obscures, auraient reçu leur élucidation depuis la venue du Seigneur à son temple, grâce aux éclairs de lumière qui en émanent (Amos 3:7 ; Romains 15:4 ; 1 Corinthiens 10:11).[144]

La conclusion affirme que le « reste » des témoins oints de Jéhovah aurait reçu une grande illumination au cours des dernières années, comprenant désormais nombre de prophéties jusqu'alors obscures — illumination due à la présence du Seigneur dans son temple. Une grande multitude de personnes de bonne volonté sur la terre serait en train de recevoir cet éclairement et de s'en réjouir.[145]

Expériences de terrain

La dernière rubrique du numéro rassemble des témoignages de terrain provenant de différentes régions du monde, illustrant l'activité de prédication des témoins de Jéhovah dans un contexte de tensions croissantes.[146]

Un rapport détaillé en provenance du Texas relate le déroulement d'une assemblée de zone à Brownwood, qui se déroula conformément au programme prévu malgré une vive opposition. Le samedi, quatre-vingts proclamateurs participèrent au travail de distribution de revues et au porte-à-porte, mais à partir de 16h30, une foule d'environ quatre cents personnes tenta d'expulser les témoins de la ville. Les hommes furent emmenés au commissariat de police, dont le chef refusa de les arrêter mais conseilla aux participants de quitter temporairement les lieux, reconnaissant que la foule était hors de son contrôle. Les responsables de l'assemblée distribuèrent discrètement les cartes de territoire depuis le palais de justice, contournant ainsi le rassemblement hostile qui attendait devant la Salle du Royaume. Un témoin fut attaqué avec un marteau sans être blessé, et plusieurs membres perdirent leur emploi en raison des émeutes, « mais cela ne semble pas les décourager ».[147]

Une résolution adoptée à l'unanimité par les témoins de Jéhovah et leurs compagnons de la « Zone 5, Région 5 » du Texas, rassemblés à Brownwood les 25 et 26 mai 1940, déclare qu'ils se sont trouvés renforcés par les violences de la foule et qu'ils sont déterminés à augmenter leurs heures de service en porte-à-porte et aux coins de rue. Ils y affirment être « à cent pour cent en harmonie avec la Watch Tower Bible & Tract Society » et résolus, par la grâce de Jéhovah, à poursuivre le combat jusqu'à ce qu'il déclare la fin.[148]

Un soldat britannique en poste en Birmanie témoigne de son engagement pour Jéhovah Dieu et de son activité de diffusion des écrits de la Société parmi ses camarades de régiment. Il rapporte une opposition notable de la part des soldats catholiques, mais aussi des conversations prometteuses avec d'autres. L'un de ses compagnons de chambre, d'abord hostile, finit par s'emparer discrètement d'une brochure laissée sur le lit et, trois jours plus tard, exprima sa perplexité face aux religions qui bénissent les canons de seize pouces et placent leur foi dans les armes plutôt qu'en Dieu. Ancien méthodiste pratiquant dans un orchestre de mission en Angleterre, ayant rejoint l'armée à quatorze ans en 1935 avant de partir en Inde la même année, ce soldat affirme qu'un pasteur méthodiste auquel il avait demandé ses vues sur Matthieu 24 lui avait répondu de ne pas en tenir compte, au motif que « ces choses arrivent tous les siècles ou tous les siècles et quart ». Il déclare ne pas vouloir manquer une réunion avec les frères de la Watchtower à moins d'y être contraint par ses obligations militaires.[149]

Un rapport d'un serviteur de zone en Nouvelle-Écosse décrit des visites de reprises de contact dans la région de Weymouth et de Centreville. Dans une localité, une famille entière — dont la mère avait été l'une des membres les plus actives de l'Église anglicane et dont les filles chantaient dans la chorale — aurait abandonné l'Église et étudié les publications tout l'hiver, souhaitant désormais se faire baptiser et participer au service de prédication. Le pasteur local, n'ayant pu les convaincre de revenir, aurait prétendu à sa congrégation que la femme était malade, ce qui lui valut de nombreuses visites de voisins auxquels elle put témoigner à son tour. À Centreville, sur le Digby Neck, un petit groupe composé presque exclusivement de sœurs aurait adopté avec zèle le travail de distribution de revues sur des routes rurales et étendues, au point de devoir commander des approvisionnements supplémentaires pour répondre à la demande. Une témoin âgée de quatre-vingt-treize ans, habitant seule depuis deux ans à Doctor's Cove, est citée comme exemple de fidélité : interrogée par des voisins sur sa solitude, elle répond « Comment pourrais-je me sentir seule, quand j'ai La Tour de Garde ? » et n'hésite pas à dire aux religieux qui lui rendent visite que le clergé est aveugle et mènera tout le monde dans le fossé.[150]

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Références

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