La Tour de Garde du 1er juin 1940
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| La Tour de Garde du 1er juin 1940 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro est dominé par une longue étude prophétique intitulée « Instruction — Partie 6 », qui développe une lecture typologique des nations voisines d'Israël mentionnées dans le livre de Sophonie : Éthiopie, Philistie, Moab, Ammon, Assyrie. Chacune de ces entités bibliques est interprétée comme le « type » d'un groupe contemporain — religieux, commercial, politique ou militaire — présenté comme ennemi des serviteurs fidèles de Jéhovah et promis à la destruction imminente lors d'un Armageddon décrit comme très proche.
Le conflit entre les Témoins de Jéhovah et ce qui est désigné sous le nom de « Hiérarchie catholique romaine » constitue le fil conducteur de l'ensemble du numéro : cette hiérarchie est tenue pour responsable de la persécution des fidèles dans les démocraties comme dans les régimes totalitaires, et son influence croissante sur les gouvernements civils est présentée comme un signe prophétique supplémentaire que le dénouement divin est imminent.
Analyse
Croyances
L'exégèse qui structure ce numéro repose sur une transposition systématique de Sophonie 2:8-15 : les peuples voisins d'Israël que le prophète dénonce y deviennent chacun le type d'une composante du monde contemporain. Ce choix de texte n'est pas anodin : Moab et Ammon sont présentés dans le récit biblique comme issus des deux filles de Lot, donc comme des parents du peuple d'Israël,[1] et le grief que leur adresse le prophète est celui de l'outrage verbal et de l'arrogance présomptueuse aux frontières du peuple de Jéhovah.[2] La transposition opérée ici retient précisément ce motif d'outrage — la cause du châtiment étant explicitement rapportée à Sophonie 2:10 — pour désigner les milieux commerciaux et politiques qui méprisent les Témoins de Jéhovah.[3]
La double lecture des verbes de Sophonie 2:8, qui visent à la fois le blasphème contre Dieu tenu pour incapable de secourir son peuple et l'injure adressée à ce peuple lui-même,[4] fournit le fondement scripturaire de l'affirmation la plus forte du numéro : que l'existence même de Dieu est en jeu, les nations le réduisant à un « Dieu tribal d'Israël ».[5] Cette manière de faire de la réputation du nom divin l'enjeu central du conflit prolonge une inflexion doctrinale engagée à la fin des années 1920, lorsque la justification du nom de Jéhovah fut érigée en doctrine première du christianisme, au-dessus même de la manifestation de la grâce divine.
L'identification de l'Assyrie au totalitarisme et de Ninive à la dictature moderne mobilise un schéma historique précis, celui de 2 Rois 16 à 2 Rois 19. Le récit invoqué correspond à l'appel lancé en 734 avant notre ère par Achaz de Juda à Tiglath-Piléser III contre la coalition d'Israël et de Damas, alliance payée par un tribut prélevé sur les trésors du Temple,[6] puis au retournement assyrien qui aboutit à l'invasion de Juda par Sennachérib en 701 avant notre ère.[7] C'est ce renversement — le protecteur devenu agresseur — qui sert ici de garantie typologique à la prédiction selon laquelle l'élément politique détruira l'élément religieux avant d'être lui-même anéanti, prédiction adossée à Révélation 17:16-17.[8]
La séquence en trois temps énoncée pour Armageddon — coalition contre les fidèles, puis destruction du religieux par le politique, puis extermination mutuelle — articule la doctrine des deux organisations rivales, celle de Dieu et celle de Satan, cette dernière étant subdivisée depuis le milieu des années 1920 en éléments religieux, politique et commercial. Le numéro applique cette tripartition avec une rigueur mécanique, chaque peuple de Sophonie recevant une composante : Moab au commerce, Ammon à la politique, Assyrie et Ninive au totalitarisme.[9] La nuance introduite au sujet des commerçants « légitimes et honnêtes », distingués de ceux qui exploitent le peuple, constitue une atténuation notable de cette condamnation en bloc.[10]
L'attribution à la « Hiérarchie catholique romaine » du rôle d'inspiratrice des Moabites, des Ammonites, des totalitaires et de la « Ninive moderne » prolonge l'identification formulée dans Ennemis en 1937, où « Babylone la Grande » et la « prostituée » de l'Apocalypse étaient explicitement rapportées à l'Église catholique romaine. La signalisation de l'interdiction, en Suède, d'ouvrages exposant la vérité sur Hitler, et de la poursuite d'un éditeur d'Oslo pour un éditorial hostile au chancelier allemand, sert ici de preuve empirique à une thèse théologique : l'extension de l'influence de la Hiérarchie sur des États tenus pour neutres.[11]
La distinction entre deux classes de sauvés apparaît sous sa forme stabilisée depuis 1935 : le « reste » de Révélation 12:17, identifié aux derniers oints encore sur terre et destiné à devenir créature spirituelle, et la « grande foule » de Révélation 7:9-17, vouée aux biens matériels que Dieu a préparés pour l'humanité, les deux groupes étant réunis sous la figure du seul troupeau de Jean 10:16.[12] Cette répartition détermine aussi la lecture du « dépouillement » annoncé en Sophonie 2:9 : le verset, qui annonce littéralement que le reste pillera Moab et héritera de son territoire,[13] est écarté de tout sens matériel et converti en transfert exclusif des bénédictions divines vers ceux qui servent Jéhovah.[14]
L'assimilation de Moab à Sodome et d'Ammon à Gomorrhe, présente dans le texte même de Sophonie 2:9,[15] autorise l'enchaînement avec la typologie de Lot fuyant Sodome et la doctrine du « lieu de sécurité » offert aux personnes de bonne volonté.[16] Ce « lieu de sécurité » est un refuge symbolique, formulé depuis le milieu des années 1930 comme équivalant au maintien de l'affiliation à l'organisation — ce qui éclaire le démenti publié dans le même numéro au sujet d'un prétendu agrandissement de Beth-Sarim destiné à servir d'abri matériel.[17]
La délivrance promise en Michée 5:6 au moment même où l'Assyrien entre dans le pays des fidèles[18] trouve son précédent typologique dans l'échec du siège de Jérusalem en 701 avant notre ère, Sennachérib se bornant à se vanter d'avoir enfermé Ézéchias « comme un oiseau en cage » sans prendre la ville.[19] Le recours à Isaïe 19:23-25 pour annoncer une « grande route de l'Égypte vers l'Assyrie » par laquelle des personnes de bonne volonté échapperont à l'organisation ennemie relève de la même lecture purement figurée : aucune restauration littérale des peuples nommés n'est envisagée, conformément au rejet de tout rôle salvifique reconnu à un peuple selon la chair depuis le début des années 1930.[20]
Le refus du salut au drapeau et de l'incorporation militaire, présenté comme obéissance à un commandement divin et comme cause directe de la persécution par l'élément militaire,[21] s'appuie sur la position exposée par Rutherford en juin 1935, qui qualifiait d'infidélité envers Dieu le salut d'un emblème terrestre en se fondant sur Exode 20:4-6. Le refus corrélatif de reconnaître la souveraineté des États repose sur la réinterprétation des « autorités supérieures » de Romains 13:1, rapportées à Jéhovah et à Christ et non aux gouvernements humains, exposée dans La Tour de Garde des 1er et 15 juin 1929.
Le sarcasme divin tiré de Sophonie 2:15, où la cité se dit « Je suis, et il n'y en a point d'autre que moi », est appliqué au dictateur pour dénoncer l'autodivinisation de l'État placé au-dessus de Dieu.[22] Cette lecture prolonge l'argumentaire du discours « Fascisme ou Liberté » prononcé le 2 octobre 1938 et rejoint la désignation d'Hitler comme instrument du Diable publiée dans Consolation quelques semaines avant ce numéro.
L'inviolabilité des serviteurs de Jéhovah est établie par un enchaînement de textes qui identifie l'agression subie par les fidèles à une agression contre Dieu lui-même : la « prunelle des yeux » de Zacharie 2:8, l'assimilation de Matthieu 25:40 et la promesse de vengeance rapide de Luc 18:7-8.[23] Cette construction donne aux emprisonnements et aux mises à mort signalés dans les pays totalitaires[24] une fonction doctrinale : la persécution devient la preuve que les persécuteurs ont atteint Dieu et qu'ils sont dès lors voués à la destruction.
Enfin, le cadre normatif qui justifie la prédication est celui de la Théocratie, notion érigée en catégorie centrale de l'enseignement à partir de 1938, dont les prédicateurs sont dits « ambassadeurs ».[25] Le symbolisme de l'« armée des sauterelles » retenu pour la campagne de juin 1940[26] reprend l'identification des sauterelles de Révélation 9:3-11 au reste oint revivifié depuis 1919, dont le tourment infligé au clergé est décrit comme exclusivement verbal et non physique — ce qui explique que l'image soit ici mobilisée pour une simple campagne d'abonnements dirigée contre la religion.
Organisation et histoire
L'événement institutionnel le plus développé de ce numéro est l'annonce d'une convention tenue à Columbus (Ohio) du 24 au 28 juillet 1940, articulée à un réseau de plus de trente conventions secondaires réparties dans les villes des États-Unis et reliées au site principal par ligne téléphonique privée, de manière à ce que l'ensemble ne forme qu'une seule assemblée.[27] Ce dispositif n'est pas une innovation de 1940 : il reconduit le montage éprouvé lors de la convention internationale de septembre 1938, où le discours prononcé au Royal Albert Hall de Londres le 11 septembre avait été transmis par liaison téléphonique à une cinquantaine de villes de convention à travers le monde.[28] Le recours à la ligne téléphonique privée plutôt qu'à la radiodiffusion s'explique par le retrait volontaire de la Société de ses contrats avec les stations commerciales, décidé à compter du 31 octobre 1937, qui privait l'organisation du principal canal par lequel les discours de son président étaient auparavant diffusés.[29] Le choix de Columbus renvoie par ailleurs à la ville où, le 26 juillet 1931, une résolution avait fait adopter la désignation « Témoins de Jéhovah » sur la base d'Isaïe 43:10.[30]
L'impossibilité d'étendre la convention aux pays situés hors d'Amérique, imputée aux dictateurs et à leurs alliés, constitue un indicateur direct de la contraction des activités internationales de la Société en 1940.[31] Cette contraction est corroborée par les mesures prises contre le mouvement dans plusieurs pays : au Canada, la Société et ses publications sont interdites par décret pris en vertu de la Loi sur les mesures de guerre le 4 juillet 1940, interdiction qui restera en vigueur jusqu'au 14 octobre 1943.[32] En Norvège, occupée depuis le 9 avril 1940, l'édition norvégienne du livre Ennemis, parue en 1939, est confisquée à l'automne 1940 en raison de ses développements sur le fascisme et le nazisme, plusieurs centaines d'exemplaires ayant été soustraits et dispersés dans des foyers de fidèles.[33] Les emprisonnements et mises à mort évoqués pour les pays totalitaires correspondent à une réalité documentée : environ six mille Témoins de Jéhovah étaient détenus en Allemagne en 1939, ils représentaient 12 % des détenus de Buchenwald en mai 1938 et 40 % des détenues de Schloss Lichtenburg en mai 1939, et August Dickmann fut exécuté à Sachsenhausen le 15 septembre 1939 sur ordre de Himmler pour refus du service militaire.[34]
La campagne collective de juin, désignée période de témoignage de l'« armée des sauterelles », prolonge le modèle des périodes de témoignage internationales mises en place dans les années 1930, caractérisées par un thème imposé, un tarif promotionnel unique et une remontée statistique centralisée des résultats.[35] L'appellation retenue pour cette campagne renvoie à l'exégèse d'Apocalypse 9:1-11 développée sous la présidence de Rutherford, selon laquelle les sauterelles désignent le reste oint reprenant depuis 1919 sa prédication publique et « tourmentant » le clergé sans lui infliger de dommage physique.[36]
La coordination de cette campagne repose sur un dispositif d'encadrement qui centralise l'instruction : les prédicateurs sont renvoyés à The Informant pour les précisions complémentaires, invités à se rattacher aux groupes organisés de leur localité ou à écrire au bureau de Brooklyn, et les commandes de littérature comme les souscriptions à The Messenger passent par le serviteur de congrégation.[37] The Informant, bulletin d'instructions internes paru de juillet 1936 à août 1956, était alors le canal ordinaire de transmission des consignes de campagne, des statistiques et des annonces de convention, et connaissait des éditions géographiques distinctes.[38] Ce circuit descendant s'inscrit dans la réorganisation engagée par les articles de The Watch Tower des 15 août et 1er septembre 1932, qui supprimèrent l'élection des anciens par les congrégations, puis parachevée en 1938, année où l'ensemble des nominations de responsables locaux fut transféré au siège de Brooklyn.[39]
Le tirage annoncé de quinze millions de tracts, dont la distribution doit débuter le 15 juin, ainsi que la suspension complète des expéditions de livres pendant les vacances du Béthel du 20 juillet au 4 août, renvoient à une capacité industrielle propre : la Société imprime elle-même ses publications depuis 1919 et occupe depuis 1927 un bâtiment de huit étages au 117 Adams Street à Brooklyn, où le travail est assuré par un personnel bénévole non salarié.[40][41]
Le démenti publié au sujet de Beth-Sarim constitue une intervention de la Société sur sa propre réputation interne : la rumeur d'un agrandissement financé par l'organisation pour en faire un lieu de sécurité est qualifiée de dépourvue de toute vérité.[42] Cette mise au point porte sur une propriété dont l'acte notarié du 24 décembre 1929, publié dans L'Âge d'Or du 19 mars 1930, stipulait qu'elle était détenue à perpétuité par la Société pour l'usage des « princes » ressuscités mentionnés au chapitre onze des Hébreux, et où Rutherford résidait effectivement.[43]
Les dispositions spéciales signalées pour les « frères de couleur » dans les villes du Sud renvoient à une organisation raciale séparée, appliquée de manière rigide sous la présidence de Rutherford : congrégations, circonscriptions et districts distincts pour fidèles blancs et noirs, à l'image de Chattanooga (Tennessee) où coexistaient en 1937 une congrégation noire et une congrégation blanche dotées chacune de leur serviteur de compagnie.[44] Cette séparation, qui se prolongera jusqu'à la fin des années 1950 dans le Sud profond, correspondait aux lois ségrégationnistes alors en vigueur dans ces États.[45]
Enfin, l'exclusion explicite des personnes « à l'esprit nazi » de la convention et le rappel adressé aux éditeurs de se comporter en « ambassadeurs du Gouvernement Théocratique » en évitant toute controverse lors de la publicité des réunions relèvent d'un même souci de contrôle du comportement public à un moment de forte hostilité.[46] L'accusation de communisme et de « campagne de haine » relayée dans ce numéro renvoie à un climat de violences collectives contre les Témoins de Jéhovah aux États-Unis, que la décision de la Cour suprême Minersville School District v. Gobitis du 3 juin 1940 — validant l'obligation du salut au drapeau à l'école — contribua à amplifier à l'échelle nationale.[47]
Contenu
Période de témoignage de l'« Armée des sauterelles »
Le mois de juin 1940 est entièrement consacré à ce que la Société désigne comme la période de témoignage de l'« armée des sauterelles »[48], une campagne collective menée par les « sauterelles » de Jéhovah contre la religion, dont l'objectif déclaré est d'accroître encore davantage la liste des abonnés à The Watchtower.[49] Une offre exceptionnelle est proposée : un abonnement d'un an à The Watchtower accompagné d'un livre relié au choix et d'une brochure souple, le tout pour une contribution d'un seul dollar (un dollar cinquante pour l'étranger).[50] Cette période constitue le dernier volet d'une campagne de trois mois centrée sur The Watchtower, et les prédicateurs de terrain sont invités à se coordonner avec les groupes organisés de leur localité ou à contacter le bureau de Brooklyn pour y être rattachés ; des précisions complémentaires sont données dans The Informant.[51]
Vacances annuelles du Béthel de Brooklyn
La période de vacances annuelle des membres de la famille du Béthel de Brooklyn est fixée du samedi 20 juillet au dimanche 4 août 1940 inclus.[52] Cette interruption des activités régulières au siège est présentée comme une occasion de participer à la Convention théocratique de 1940 des Témoins de Jéhovah et de profiter des possibilités accrues de prédication sur le terrain.[53] Les opérations normales de l'usine et du bureau seront suspendues pendant cette période ; aucun livre ne sera expédié ni courrier ordinaire traité. Les prédicateurs de terrain sont donc exhortés à commander leurs fournitures de littérature suffisamment à l'avance pour couvrir la période de vacances et jusqu'à fin août, ces commandes devant être expédiées au plus tard dans la soirée du vendredi 19 juillet.[54]
Faux rapports
Une mise au point catégorique est publiée au sujet d'une rumeur circulant selon laquelle Beth-Sarim serait en cours d'agrandissement afin de servir de lieu de sécurité, ce chantier étant prétendument financé par la Société.[55] La Société déclare qu'il « n'existe absolument pas » un seul mot de vérité dans ce rapport, et ceux qui s'intéressent à la Théocratie sont encouragés à diffuser le message du Royaume plutôt que les « fausses imaginations » d'autrui.[56]
Je continue le résumé de l'article « Instruction — Partie 6 » qui a été commencé dans la tranche précédente, sans créer de nouveau titre puisque cet article se poursuit directement dans les pages physiques 3 à 6.
Les Moabites modernes — c'est-à-dire les milieux commerciaux — sont présentés comme soumis aux lois de la « Hiérarchie catholique romaine », accusée d'avoir répandu le mensonge que les Témoins de Jéhovah seraient des communistes ou conduiraient une « campagne de haine ».[57] La presse commerciale quotidienne et les magazines sont décrits comme des « feuilles de propagande » qui refusent de publier toute déclaration véridique, même contre rémunération, tandis qu'ils multiplient les calomnies contre les serviteurs de Dieu.[58] Le groupe militaire et paramilitaire, serviteur des puissances commerciales, est accusé d'avoir tenté de contraindre les fidèles à saluer les drapeaux et à intégrer l'armée, en violation du commandement divin.[59] Il est assuré que « Dieu ne permettra à aucun représentant de cet élément commercial » de trouver un chemin de fuite, la distinction étant toutefois établie entre commerçants légitimes et honnêtes d'une part, et ceux qui « exploitent le peuple » et usent de leur pouvoir contre l'humanité d'autre part.[60]
Les Ammonites antitypiques sont identifiés à l'élément politique moderne, présenté comme agissant de concert avec les religionistes pour un gain politique, et inspiré par le diable via la « Hiérarchie catholique romaine ».[61] Les totalitaristes, déterminés à dominer le monde, sont accusés de promulguer des lois conférant des pouvoirs dictatoriaux permettant à leurs chefs de déclarer l'état d'urgence et de supprimer les libertés des serviteurs de Dieu ; de nombreux Témoins de Jéhovah auraient ainsi été emprisonnés et tués dans les pays totalitaires, non pour avoir mal agi, mais pour avoir persisté à proclamer la bonne nouvelle de la Théocratie.[62]
L'existence même de Dieu est présentée comme étant en jeu : les Moabites et Ammonites modernes nient l'Almighty God par leurs actes, le qualifiant de « Dieu tribal d'Israël » ou de « Dieu de l'Antiquité ».[63] Aucun dirigeant politique de l'époque n'est décrit comme reconnaissant Dieu comme Souverain de l'univers, et « toutes les nations ont oublié Dieu » (Psaumes 9:17).[64] Le jugement prononcé contre eux reprend la prophétie de Sophonie : Moab sera comme Sodome et les fils d'Ammon comme Gomorrhe, réduits à « un lieu d'orties, de salines et une désolation perpétuelle » (Sophonie 2:9).[65] Comme Lot avait fui Sodome, les personnes de bonne volonté qui se réfugieront dans le « lieu de sécurité » pourront être sauvées (2 Pierre 2:6-8 ; Genèse 19:14-29).[66]
Un renversement de situation en faveur des fidèles est annoncé : « Le reste de mon peuple les dépouillera » (Sophonie 2:9), ce « dépouillement » étant interprété dans un sens spirituel : les bénédictions de Jéhovah, en abondance, iront exclusivement à ceux qui l'aiment et le servent.[67] Les fidèles transformés en créatures spirituelles recevront ces bénédictions éternellement par le Christ Jésus, tandis que les fidèles restant sur terre jouiront des biens matériels que Dieu a préparés pour l'humanité.[68]
Les « restes » de la « nation sainte » — désignés comme le « reste de sa semence » de Révélation 12:17, c'est-à-dire les derniers membres de la classe des esprits fidèles encore sur terre — hériteront de la liberté d'action et de l'usage de la terre dont les ennemis de Dieu ont abusé.[69] Avec le Christ Jésus, ils contribueront à guider ceux de la « grande foule » dans l'accomplissement de leurs tâches assignées, et tous finiront par former un seul troupeau sous un seul berger (Jean 10:16 ; Révélation 7:9-17).[70]
La description des Moabites et Ammonites modernes est complétée par l'évocation de leur orgueil excessif, mis en parallèle avec la prophétie de Jérémie : « Nous avons entendu l'orgueil de Moab, il est excessivement arrogant » (Jérémie 48:29-30), rappelant que « l'orgueil précède la ruine » (Proverbes 16:18).[71] Les humbles qui obéissent à Dieu et sont opprimés par les grands de ce monde reçoivent l'assurance divine exprimée en Psaumes 10:14 ; tous ces orgueilleux qui refusent d'avoir Dieu dans leurs pensées seront conduits à une fin méprisable, illustrée par la prophétie d'Isaïe : « car sur cette montagne, la main de l'Éternel s'appesantira, et Moab sera foulé sous lui comme la paille est foulée dans le fumier » (Isaïe 25:10-12).[72]
La cause de ce châtiment sévère est explicitement donnée : « parce qu'ils ont outragé et se sont exaltés contre le peuple de l'Éternel des armées » (Sophonie 2:10), et nul ne sera autorisé à traiter les serviteurs de Jéhovah avec mépris sans en être puni.[73] La persécution des fidèles est assimilée à une atteinte à la prunelle des yeux de Dieu (Zacharie 2:8), et la vengeance divine est jugée certaine et rapide en vertu de Luc 18:7-8.[74] Les orgueilleux qui se croient seulement observés par des hommes sont prévenus qu'ils maltraitent en réalité les serviteurs du Seigneur, ce qu'il tient pour fait à lui-même (Matthieu 25:40 ; Matthieu 23:12).[75] Les religionistes orgueilleux de la « Hiérarchie catholique romaine » sont tenus pour responsables d'avoir encouragé les Moabites et Ammonites modernes à malmener les Témoins de Jéhovah, poussés par la convoitise des gains politiques et commerciaux de leurs alliés.[76]
Assyrie
L'Assyrie antique est présentée comme l'antitypique du régime totalitaire dans la prophétie de Sophonie : « il étendra sa main contre le nord et détruira l'Assyrie, et il fera de Ninive une désolation et une sécheresse comme un désert » (Sophonie 2:13).[77] L'Assyrie antique figurait un gouvernement absolu et totalitaire, et est interprétée comme préfigurant le système politique moderne, au moment précis où la « Hiérarchie catholique romaine » étend son influence et son pouvoir sur l'ensemble des gouvernements, en particulier sur la « chrétienté », et où tous les gouvernements tendent à devenir totalitaires ou fascistes en reconnaissant la Hiérarchie comme puissance spirituelle supérieure.[78] En preuve de cela, il est signalé que des pays nordiques prétendument neutres, comme la Suède, interdisent la publication et la diffusion d'ouvrages qui exposent la vérité sur Hitler et d'autres dirigeants arbitraires, et qu'un éditeur de journal à Oslo, en Norvège, a été poursuivi en justice pour avoir publié un éditorial défavorable à Hitler.[79] Ces faits sont présentés comme la preuve que l'État est placé au-dessus de Dieu, et que la Hiérarchie catholique romaine pousse son influence dans toutes les parties de la terre, constituant ainsi une preuve supplémentaire qu'Armageddon approche rapidement.[80]
Dans le tableau prophétique, l'Assyrie antique assista d'abord Israël infidèle — qui figure la « chrétienté » religieuse — avant de se retourner brusquement contre lui et de détruire Samarie puis Jérusalem (2 Rois 16:7-10 ; 2 Rois 17:1-6 ; 2 Rois 18:13-37 ; 2 Rois 19:1-13).[81] Ce « double jeu » était prédit par le prophète Ézéchiel (Ézéchiel 16:28-43 ; Ézéchiel 23:1-49). Il en est conclu que les totalitaires modernes se retourneront d'abord contre l'élément religieux pour le détruire, conformément à la prophétie de Révélation 17:16-17, avant d'être eux-mêmes détruits par Dieu.[82] En bref, la séquence prophétique est la suivante : l'élément politique, commercial et militaire s'unit à l'élément religieux pour détruire les serviteurs fidèles de Jéhovah ; puis l'élément politique, commercial et militaire détruit l'élément religieux infidèle ; puis Dieu les balaye tous en les faisant se combattre mutuellement.[83]
Ces enchaînements sont corroborés par plusieurs textes scripturaires, dont Isaïe 10:5-12 — « Ô Assyrien, verge de ma colère », instrument de l'indignation divine envoyé contre la « Jérusalem » hypocrite et religieuse, la « chrétienté » moderne —, et par Michée 5:6, qui annonce que les fidèles seront délivrés de l'Assyrien lorsqu'il entrera dans leur pays.[84] Il est conclu que Dieu détruira les éléments de l'organisation de Satan, et que de cette organisation sortiront néanmoins quelques personnes de bonne volonté, comme ce fut le cas pour l'Égypte et l'Assyrie, conformément à la prophétie d'Isaïe : « En ce jour-là, il y aura une grande route de l'Égypte vers l'Assyrie », permettant à ceux qui formeront la « grande foule » de s'échapper de la foule du Diable (Isaïe 19:23-25).[85]
Ninive moderne
Ninive antique est présentée comme entièrement livrée au culte des démons, fondée par Nimrod peu après le déluge, où la religion — l'adoration du Diable, des démons et de Nimrod lui-même, l'homme « puissant » — occupait le premier rang (Genèse 10:11-12).[86] Ce régime totalitaire de Nimrod est interprété comme préfigurant la « monstruosité politique dictatoriale » qui envahit aujourd'hui la terre : les gouvernements totalitaires font de l'État la puissance suprême et traitent les peuples comme du matériau à exploiter au profit de l'État malfaisant.[87] En guise de preuve, il est allégué que l'Allemagne organise la reproduction d'hommes et de femmes et l'élevage d'enfants illégitimes destinés à devenir la « chair à canon » de l'État, et que cette réalité est en outre confirmée par la trahison quadripartite qui livra la Tchécoslovaquie à Munich, le vol de l'Autriche, le viol de l'Abyssinie et de l'Albanie, et l'agression injustifiée contre la Finlande.[88]
La Hiérarchie catholique romaine est accusée d'avoir conspiré avec les dirigeants totalitaires, les aidant et les soutenant dans leur œuvre malfaisante, dans l'espoir de se retrouver en position dominante comme conseillère spirituelle et dirigeante de la terre.[89] Cette alliance impie sera réduite à la désolation, tout comme Ninive l'ancienne. Il est cependant prévu que de la « Ninive moderne » sortiront quelques personnes qui cherchent Jéhovah et qui seront épargnées lors de la grande bataille du grand jour de Dieu le Tout-Puissant, tandis que « aucun membre de cette foule totalitaire ne sera épargné » à Armageddon.[90]
La désolation complète du régime totalitaire est illustrée par la prophétie de Sophonie 2:14 : les troupeaux coucheront au milieu de ses ruines, le pélican et le butor logeront dans les chapiteaux de ses colonnes, et « il mettra à nu les lambris de cèdre », c'est-à-dire que l'œuvre qui se prétend éternelle sera exposée et s'effondrera.[91] Plus jamais, est-il annoncé, les politiciens cruels ne jouiront de leurs somptueux édifices érigés à la mémoire d'êtres sous l'emprise démoniaque ; leurs constructions, dont Hitler prétend qu'elles tiendront mille ans, tomberont en poussière.[92]
La prophétie de Nahoum 2:11-13 est ensuite appliquée à la « Ninive moderne » : « Où est la demeure des lions, le pâturage des jeunes lions ? » La voix des messagers des totalitaires ne se fera plus entendre après Armageddon.[93] Le Seigneur s'adresse alors avec un sarcasme méprisant à l'organisation désolée des totalitaires, reprenant les paroles de Sophonie 2:15 : « C'est là cette ville triomphante qui demeurait en sécurité, qui disait en son cœur : Je suis, et il n'y en a point d'autre que moi ! comment est-elle devenue une désolation, un repaire de bêtes ! » [94] Le grand dictateur dit dans son cœur « Je suis, et il n'y a personne d'autre que moi », avant que la règle totalitaire ne s'effondre et que le lieu qu'elle occupait ne devienne désolé ; ce sarcasme est mis en contraste avec ce que Dieu dit à son organisation, à ceux qui obéissent à sa parole sainte et magnifient son nom (Sophonie 3:14), tandis que les dictateurs qui tournent en dérision les serviteurs fidèles de Jéhovah Dieu se verront prochainement appliquer les paroles de Jésus : « Malheur à... ».[95]
Convention
Une convention est annoncée pour se tenir à Columbus, Ohio, du 24 au 28 juillet, présentée comme une occasion de réconfort pour les personnes de bonne volonté envers le Très-Haut et de promotion des intérêts théocratiques.[96] Les dictateurs et leurs alliés sont désignés comme responsables de l'impossibilité d'étendre la convention aux pays hors d'Amérique ; cela est interprété comme une raison supplémentaire pour les personnes de bonne volonté en Amérique de se rassembler pour se fortifier mutuellement. Il est souligné que « il n'y aura peut-être plus beaucoup de conventions de ce genre avant Armageddon ».[97]
L'assemblée est ouverte à toutes les personnes de bonne volonté envers Jéhovah et son Roi, sans distinction d'appartenance religieuse, mais ceux qui ont l'esprit nazi ou cherchent à nuire à autrui sont explicitement déclarés non bienvenus.[98] Le point culminant de la convention est fixé au dimanche 28 juillet, à l'occasion duquel le président de la Société doit prononcer un discours public sur le sujet « La religion comme remède mondial ».[99] Pour cet événement diffusé simultanément par ligne téléphonique privée dans plus de trente autres villes des États-Unis, des conventions satellites sont organisées, toutes reliées à Columbus afin de ne former qu'une seule assemblée d'un même esprit et d'une même cause.[100]
Quinze millions de tracts sont annoncés comme en cours d'impression pour inviter les « autres brebis » à assister à l'une de ces conventions, leur distribution devant commencer à partir du 15 juin.[101] Les éditeurs sont rappelés à leur qualité d'« ambassadeurs du Gouvernement Théocratique » et invités à se comporter avec calme et dignité, en évitant toute controverse lors de la publicité des réunions ou du service de terrain.[102] Des dispositions pratiques sont décrites pour le service sur le terrain pendant la convention — prédication de porte à porte, travail de distribution de magazines, visites de retour, marches d'information et distribution de tracts —, les rapports de service devant être remis à la convention puis à la congrégation locale au retour.[103] Des réunions en langues étrangères sont prévues pour les francophones hispanophones et des dispositions spéciales sont signalées pour les « frères de couleur » dans les villes du Sud.[104] Un service d'immersion est organisé dans chacune des conventions pour ceux qui souhaitent symboliser leur consécration.[105] Il est enfin annoncé que la Société publiera The Messenger (« Le Messager ») immédiatement après la convention pour rendre compte des événements, les membres pouvant souscrire des exemplaires auprès de leur serviteur de congrégation avant le 1er juillet.[106]
Expériences de terrain
Opposition ecclésiastique en Inde
Un correspondant rapporte son activité de prédication en Inde, où les conditions de guerre n'ont pas encore affecté l'œuvre du Royaume.[107] La diffusion de la conférence intitulée Fascisme ou Liberté à Bangalore, ville du sud de l'Inde décrite comme particulièrement religieuse, a provoqué une pétition signée par cent cinquante personnes, dont trois prêtres catholiques, déposée auprès des autorités de police pour dénoncer une prétendue « insulte » à l'Église catholique.[108] Le magistrat local ayant ordonné une enquête policière, le résultat est présenté comme favorable : la plainte est rejetée comme sans fondement, et un avertissement est adressé aux signataires selon lequel toute ingérence ou atteinte aux personnes utilisant l'appareil de transcription entraînerait leur responsabilité collective.[109] Depuis lors, la présence policière lors de chaque diffusion est signalée comme n'ayant causé aucun trouble supplémentaire, et la presse locale aurait relayé l'information, contribuant à la diffusion du message.[110]
Un court séjour dans le Pendjab est également relaté : le message de vérité y est décrit comme ayant pris racine parmi les habitants simples des villages, contrairement aux habitants plus instruits des villes.[111] Les missions locales sont présentées comme déployant des efforts frénétiques pour conquérir ces populations en ouvrant des écoles, mais leur incapacité à répondre aux questions des villageois est interprétée comme les rendant ridicules aux yeux de la communauté.[112] Le correspondant signale enfin l'envoi d'une brochure publiée par un prêtre catholique local, intitulée The Vatican and International Policy, dont la dernière page révèle « le vœu le plus cher de la Hiérarchie » — à savoir l'envoi d'un nonce papal auprès du gouvernement indien et la présence d'un ambassadeur indien au Vatican.[113]
Prédication en affaires à Londres en temps de guerre
Un pionnier travaillant dans le monde des affaires à Londres témoigne de son activité auprès des grandes entreprises de la City durant la période de guerre.[114] Lors d'une journée de service de deux heures et demie, il rapporte avoir placé six livres reliés et douze brochures au cœur du quartier d'affaires, en ayant rencontré notamment deux dirigeants d'entreprise réceptifs au message du Royaume.[115] Le premier aurait déclaré spontanément que son immeuble était « un palais du Diable » dont l'unique but était de faire de l'argent, et aurait contribué volontairement pour un livre et la brochure Government and Peace.[116] Le second, d'abord offusqué de voir le pionnier entrer dans son bureau privé, est décrit comme s'étant radouci lorsque celui-ci lui a présenté le message comme « un message de réconfort et d'espoir » en ces temps de détresse, l'homme confiant que face aux événements mondiaux, « toutes mes croyances sont en train de fondre ».[117]
La suite du récit décrit le retour à pied dans le black-out londonien — les lumières étant éteintes dès 16h30 — au cours duquel un bref témoignage est rendu à un groupe de quatre hommes d'affaires croisés dans l'obscurité ; ceux-ci acceptent une brochure et prennent congé en lançant gaiement « Au revoir, vieux, grand merci et bonne chance ».[118] Dans le train du retour, d'une heure et demie de trajet, trois passagers auraient également écouté attentivement et accepté une brochure chacun.[119]
Distribution par courrier en Ontario, Canada
Un frère malade de l'Ontario rapporte avoir mis en place un système de distribution des magazines par courrier postal afin de participer malgré tout à l'œuvre du Royaume.[120] Ayant envoyé des lettres à ses contacts habituels ainsi qu'un exemplaire de chaque magazine, il a déjà obtenu trois abonnés permanents sur sa liste, dont deux prenant les deux périodiques et un seul La Tour de Garde, une ancienne lectrice ayant en outre souhaité recevoir les deux magazines sous ce nouveau mode de livraison.[121]
Supériorité du travail par itinéraire en Idaho
Un correspondant de Pocatello, Idaho, fait valoir que le système de placement des magazines par itinéraire régulier donne de meilleurs résultats que la méthode de distribution dans la rue.[122] En quarante heures de service, il rapporte avoir placé trente et un exemplaires de La Tour de Garde et soixante exemplaires de Consolation sur deux territoires distincts, soulignant que l'itinéraire permet de mieux entrer dans les foyers et de nouer des liens avec les habitants, ceux-ci préférant aborder les sujets spirituels chez eux.[123] Il signale enfin que trois enfants ont participé ce mois-là à l'œuvre, aux côtés de treize adultes déclarés actifs pour la congrégation de Pocatello.[124]
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Références
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