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Light After Darkness (1917)

De Tj-encyclopédie
Light After Darkness (1917)
Auteur Joseph Franklin Rutherford
Titre original Light After Darkness (1917)
Genre Livre
Sujet Témoins de Jéhovah
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society
Parution 1917
Format Livre

Light After Darkness est un document polémique publié en 1917 par quatre membres du conseil d'administration de la Société Watch Tower — Andrew Pierson, Alfred Ritchie, Isaac Hoskins et Robert Rockwell — en réponse directe à la brochure Harvest Siftings diffusée par Rutherford. Il constitue l'une des pièces maîtresses de la Crise de succession de 1917 qui a secoué l'organisation au lendemain de la mort de Charles Taze Russell.

Le document se concentre sur une question précise et urgente : la légitimité des règlements internes (by-laws) adoptés en janvier 1917 à Pittsburgh, qui, selon les directeurs contestataires, auraient illégalement concentré entre les mains du seul président des pouvoirs que la charte de la Société réservait au conseil d'administration dans son ensemble. Les auteurs s'appuient sur le testament de Russell et sur la charte de l'organisation pour démontrer que cette concentration de pouvoir contredit les dispositions explicitement prévues par le fondateur.

Face aux accusations contenues dans Harvest Siftings, les auteurs choisissent de répondre non par des arguments personnels, mais par une chronologie documentée des décisions et des actes officiels de Rutherford depuis son élection à la présidence. Le ton est celui d'une plaidoirie juridique, conforme au profil des signataires, qui entendent informer les actionnaires et les fidèles de ce qu'ils présentent comme une captation illicite du gouvernement de la Société.


Organisation et histoire

Light After Darkness est publié en 1917 au plus tard au mois d'août, comme en témoigne la lettre de l'auditeur F.G. Mason datée du 20 août 1917 et la lettre ouverte aux administrateurs datée du 15 août 1917 que le document reproduit intégralement.[1] Ce document est directement produit par la crise institutionnelle née de la mort de Charles Taze Russell le 31 octobre 1916 à Pampa, au Texas, au cours d'un voyage de prédication.[2] Le 6 janvier 1917, lors d'une convention tenue à Pittsburgh, Joseph F. Rutherford, alors âgé de 47 ans, est élu président de la Société Watch Tower sans opposition.[3]

Le document est expressément rédigé par quatre des sept administrateurs du conseil d'administration de la Société Watch Tower — Isaac F. Hoskins, R. H. Hirsh, J. D. Wright et Alfred I. Ritchie — en réponse directe à la brochure Harvest Siftings, publiée et diffusée par Rutherford au moyen des ressources de la Société.[4] La Crise de succession de 1917 que cette publication documente est l'un des conflits institutionnels les plus graves de l'histoire du mouvement des Étudiants de la Bible : selon l'historien James Penton, elle conduira à la perte d'environ un septième des adhérents d'ici 1919.[5]

L'acte déclencheur du conflit documenté dans ce numéro est l'adoption, lors de la convention des actionnaires du 6 janvier 1917 à Pittsburgh, de nouveaux statuts (by-laws) concentrant le pouvoir exécutif dans les mains du président. Selon les sources web consultées, Rutherford insista pour que ces statuts soient adoptés sans leur lecture préalable lors des assemblées des anciens ni lors de celle des membres.[6] Ces statuts stipulaient que le président exercerait les fonctions de directeur exécutif et de directeur général de la Société avec pleine autorité sur ses affaires dans le monde entier, ce que les quatre administrateurs contestataires interprètent comme une violation directe de la charte fondatrice de 1884, laquelle réserve expressément au conseil d'administration le pouvoir d'adopter des règlements internes.[7]

Le document reproduit intégralement la charte de la Société, datée du 13 décembre 1884 et validée par la Cour de common pleas du comté d'Allegheny, ainsi que les décrets judiciaires de 1896 actant le changement de nom de Zion's Watch Tower Tract Society en Watch Tower Bible and Tract Society.[8] Cette reproduction intégrale vise à démontrer que la charte prévoit des administrateurs élus à vie, révocables uniquement par un vote des deux tiers des actionnaires lors de l'assemblée annuelle — disposition que Rutherford contourne en obtenant d'un avocat de Philadelphie un avis juridique affirmant que cette clause serait contraire au droit pennsylvanien et que tous les administrateurs doivent être réélus annuellement.[9]

C'est sur la base de cet avis juridique que Rutherford procède, le 17 juillet 1917, à la destitution unilatérale des quatre administrateurs et à leur remplacement par Alexander Hugh Macmillan, G. H. Fisher, J. A. Bohnet et W. E. Spill, lors d'une réunion tenue à Pittsburgh.[10] Les avocats consultés par les administrateurs contestataires, dont Robert H. McGee, dont la lettre est reproduite dans le document, réfutent cet argument en soulignant qu'il invaliderait rétroactivement la légitimité de Rutherford lui-même, qui n'était pas administrateur au moment de son élection à la présidence.[11]

La publication de Light After Darkness intervient également dans un contexte de tension autour de la hiérarchie entre deux entités juridiques distinctes : la Watch Tower Bible and Tract Society et la Peoples Pulpit Association. Les administrateurs rappellent qu'un article de la Zion's Watch Tower du 1er décembre 1915, signé par Russell lui-même, établissait clairement que la Peoples Pulpit Association n'était qu'une filiale auxiliaire de la Société principale, chargée de missions de prédication spécifiques à New York.[12] Ils accusent Rutherford, en tant que président de la Peoples Pulpit Association, de chercher à renverser cette hiérarchie pour contourner l'autorité du conseil d'administration de la Société principale.[13]

Contenu

Notre Conseiller actuel

Ce document, publié en 1917, s'adresse aux Étudiants de la Bible et vise à réfuter les allégations contenues dans une publication intitulée « Harvest Siftings » signée par Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Société Watch Tower. La publication affirme que les fidèles doivent se méfier des tentatives de division au sein de l'organisation, en particulier à l'approche de la fin des temps, où les attaques de l'Adversaire pourraient se multiplier. Elle souligne que les écrits apocryphes, insérés dans certaines Bibles catholiques, illustrent les tentatives passées de falsification des Écritures par des esprits malveillants. De même, « Harvest Siftings » est présenté comme un faux, une imitation trompeuse des écrits authentiques de Charles Taze Russell, visant à discréditer ses collaborateurs et à saper l'unité de l'Église[14].

La publication dénonce l'utilisation des fonds de la Société Watch Tower par Rutherford pour financer cette campagne de diffamation, qualifiant ses méthodes de celles d'un « procureur » plutôt que d'un chrétien. Elle met en garde contre le risque de scission au sein de la communauté et rappelle que le titre de « Conseiller » (Counselor), revendiqué par Rutherford, est traditionnellement associé au Christ et non à une fonction ecclésiastique. Les auteurs exhortent les fidèles à examiner attentivement les faits et à se prémunir contre ces manœuvres, tout en réaffirmant leur confiance en la protection divine[15].

« Que la lumière soit ! »

Cette section critique ouvertement les actions de Joseph Franklin Rutherford depuis son élection à la présidence de la Société Watch Tower. Elle souligne que, moins de neuf mois après la mort de Charles Taze Russell, des changements radicaux ont été introduits, s'éloignant des principes et des méthodes établis par ce dernier. Les auteurs dénoncent une tentative de réécriture de l'histoire et de l'organisation, notamment en ce qui concerne la gouvernance de la Société, telle que définie par le testament de Russell et la charte de la Watch Tower Bible and Tract Society[16].

La publication énumère sept points clés pour illustrer les dérives de Rutherford : 1. Il a tenté de discréditer la réputation de ses collègues, membres du Conseil d'administration de la Société, qui avaient travaillé aux côtés de Russell pendant de nombreuses années. 2. Il a ignoré l'injonction biblique de ne pas médire d'autrui (Tite 3:2), en menant une campagne de diffamation et de calomnie. 3. Bien qu'il affirme laisser le jugement à Dieu, il s'est arrogé le rôle de juge envers ses frères. 4. Malgré ses déclarations de bienveillance, il a exprimé à plusieurs reprises des sentiments hostiles envers les autres membres du Conseil. 5. Ses propos ont suscité des sentiments amers parmi les fidèles, contredisant ses propres exhortations à éviter toute rancœur. 6. Il a tenté d'associer les affaires de Paul Samuel Leo Johnson en Angleterre aux actions des membres majoritaires du Conseil d'administration, malgré l'absence de lien entre ces deux questions. 7. Il a incité les lecteurs à former un jugement définitif après la lecture de son document, sans leur laisser le temps de réfléchir ou de vérifier les faits[17].

Les auteurs expriment leur confiance dans la capacité des fidèles à discerner la vérité et à suivre l'exemple du « sage d'autrefois », en citant Proverbes 18:13. Ils réaffirment leur dévouement à la cause de Dieu et leur détermination à protéger les intérêts du troupeau du Seigneur, malgré les épreuves et les persécutions[18].

Le but de cette publication

Cette section précise que l'objectif de la publication n'est pas de répondre à des attaques personnelles, mais de suivre l'exemple du Christ, qui « lorsqu'il était outragé, ne rendait pas l'outrage » (1 Pierre 2:23). Les auteurs se concentrent sur les actes officiels de Rutherford, estimant que chaque actionnaire a le droit d'être informé de la gestion de la Société. Ils présentent une chronologie des événements ayant conduit à la crise actuelle, afin que les fidèles puissent comprendre les enjeux et discerner la direction divine[19].

Les points saillants de cette chronologie sont les suivants : 1. Durant sa vie, Charles Taze Russell a exercé un contrôle total sur la Société Watch Tower, qu'il avait fondée avec ses propres ressources et sous la guidance de l'esprit saint. 2. Russell n'avait pas l'intention de désigner un successeur unique, mais souhaitait que le Conseil d'administration, composé de sept membres, prenne la relève après sa mort. 3. La charte de la Société, rédigée par Russell, définissait clairement la forme de gouvernance à suivre, en particulier après son décès. 4. À sa mort, Russell a laissé un testament expliquant pourquoi il avait exercé un contrôle exclusif sur la Société de son vivant et comment il souhaitait que les affaires soient gérées après sa disparition. 5. Peu après sa mort, son testament a été déclaré illégal et inapplicable, marquant le début d'une remise en question de ses dispositions. 6. Rutherford, anticipant son élection à la présidence, a rédigé des statuts (by-laws) avant même sa prise de fonction, qu'il a fait adopter par les actionnaires lors d'une réunion à Pittsburgh le 6 janvier 1917[20].

Chronologie des événements

Cette section poursuit la chronologie des événements ayant conduit à la crise au sein de la Société Watch Tower. Elle détaille les actions controversées de Joseph Franklin Rutherford après son élection à la présidence et les réactions des membres du Conseil d'administration.

Les points clés sont les suivants : 7. Les statuts rédigés par Rutherford conféraient au président un pouvoir exécutif absolu, lui donnant le contrôle total des affaires de la Société, tant aux États-Unis qu'à l'étranger. 8. L'adoption de ces statuts par les actionnaires était contraire à la charte de la Société, qui stipulait que le Conseil d'administration avait le pouvoir exclusif de rédiger et d'adopter les statuts. Ces statuts n'étaient donc pas légalement contraignants. 9. Rutherford, conscient de l'illégalité de ces statuts, a convoqué une réunion du Conseil d'administration à son retour de l'élection. Seuls cinq membres étaient présents (Rutherford, Van Amburgh, Pierson, Ritchie et Wright), tandis que Hoskins était malade et Rockwell avait quitté Bethel. Lors de cette réunion, les statuts ont été adoptés, leur donnant une apparence de légalité. 10. Les membres du Conseil présents à cette réunion, ne prévoyant pas les abus futurs, ont accepté de confier un pouvoir aussi étendu à Rutherford. 11. Rapidement, des doutes ont émergé parmi les administrateurs quant à la sagesse de cette décision, car Rutherford interprétait les statuts comme lui donnant un contrôle exclusif sur la Société, excluant ainsi le Conseil d'administration. 12. Rutherford a nommé Alexander Hugh Macmillan comme représentant spécial, lui conférant des pouvoirs autocratiques. Macmillan, qui avait déjà montré des signes d'incompétence depuis la mort de Russell, a utilisé cette position pour discréditer le Conseil d'administration et ridiculiser le testament de Russell lors de ses déplacements à travers le pays. 13. Plutôt que de modérer les actions de Macmillan, Rutherford les a approuvées, comme en témoigne son commentaire dans « Harvest Siftings » où il le qualifie de « fidèle et loyal ». 14. Après quelques mois, la majorité des administrateurs ont réalisé leur erreur en confiant un pouvoir absolu à Rutherford, contrairement à la charte de la Société. Sous cette gouvernance autocratique, les administrateurs n'avaient plus accès aux informations concernant les affaires de la Société, bien qu'ils en soient légalement responsables. 15. Van Amburgh était le seul administrateur à soutenir pleinement Rutherford, alors qu'avant la mort de Russell, il s'opposait fréquemment à ses décisions, gaspillant ainsi son temps précieux. Depuis la mort de Russell, Van Amburgh a apporté un soutien inconditionnel à Rutherford et a exercé plus d'autorité qu'auparavant, tout en refusant aux autres membres du Conseil l'accès aux archives de la Société[21].

La section se poursuit en détaillant les tensions croissantes entre Rutherford et les autres membres du Conseil, notamment en ce qui concerne les affaires de Paul Samuel Leo Johnson en Angleterre. Rutherford a refusé à plusieurs reprises de permettre à Johnson de présenter sa défense devant le Conseil, malgré ses demandes répétées. Lorsque les administrateurs ont tenté de modifier les statuts pour rétablir l'équilibre des pouvoirs, Rutherford s'y est opposé avec véhémence, reportant la discussion d'un mois. Pendant ce temps, il a voyagé dans l'Ouest des États-Unis pour préparer une manœuvre visant à déclarer illégaux quatre membres du Conseil, dont trois avaient été reconnus par Russell comme administrateurs légitimes pendant de nombreuses années[22].

Les auteurs clarifient que les divergences au sein de la Société ne sont pas liées aux affaires de Johnson en Angleterre, mais à la volonté de Rutherford de s'écarter des dispositions testamentaires de Russell et de la charte de la Société. Ils réaffirment leur engagement à protéger les intérêts de l'organisation et à éviter une rupture avec les principes établis par Russell, tout en restant disponibles pour servir les fidèles[23].

« La vérité écrasée à terre se relèvera »

Ce long article introductif, signé par les quatre directeurs contestataires (dont les noms ne sont pas explicitement mentionnés ici), défend leur position face aux accusations portées par Joseph Franklin Rutherford dans sa brochure Siftings (« Criblages »[24]). Les auteurs soulignent que Rutherford, en tant que président de la Société Watch Tower, a utilisé les ressources de l'organisation — papier, imprimerie et fonds — pour diffuser des « plus d'une centaine d'accusations mensongères et de déclarations trompeuses » contre eux, imprimées sur du papier de la Watch Tower et expédiées depuis le Tabernacle, siège de l'œuvre[25].

Le cœur de leur argumentation repose sur la fidélité aux volontés de Charles Taze Russell, exprimées dans son testament et dans la charte de la Société. Ils citent notamment un passage du testament de Russell, publié dans The Watch Tower du 1er décembre 1916, où celui-ci stipule que les intérêts des publications (comme Zion's Watch Tower, les Études dans les Écritures et autres ouvrages) doivent être gérés selon ses souhaits après sa mort, afin d'éviter toute ambition, orgueil ou esprit de domination[26]. Russell y affirme clairement que personne ne doit lui succéder dans le contrôle total des affaires de la Société, et que le conseil d'administration (Board of Directors) doit prendre le relais en tant que successeur légal, conformément à la charte de l'organisation[27].

Les directeurs rappellent que la charte de la Société Watch Tower confie la gestion de l'organisation à un conseil de sept membres, et non à une seule personne. Ils accusent Rutherford d'avoir contourné cette disposition en faisant adopter des règlements internes (by-laws) lors de l'assemblée des actionnaires de janvier 1917 à Pittsburgh, malgré le fait que la charte réserve ce pouvoir au conseil d'administration[28]. Ces règlements, préparés par Rutherford avant l'assemblée, visaient à concentrer tout le pouvoir exécutif entre ses mains, notamment en le nommant « Executive Officer and General Manager » (directeur exécutif et gérant général) de la Société, avec autorité sur les affaires en Amérique et à l'étranger[29].

L'article décrit en détail les manœuvres de Rutherford pour imposer ces règlements. Lors de l'assemblée de Pittsburgh, un comité chargé d'examiner les propositions de Rutherford a tenté de résister à ses pressions, mais celui-ci a menacé de provoquer un conflit public si ses règlements n'étaient pas adoptés tels quels. Sous la contrainte, le comité a finalement cédé, et les règlements ont été votés par les actionnaires, puis officiellement entérinés par le conseil d'administration lors d'une réunion ultérieure à Brooklyn[30]. Les directeurs soulignent que cette adoption a été faite sans protestation de leur part, par confiance envers le nouveau président et dans l'espoir de servir au mieux les intérêts de l'œuvre.

Les auteurs dénoncent également les méthodes d'intimidation employées par Rutherford et son représentant, Alexander Hugh Macmillan, pour écarter les directeurs contestataires. Ils évoquent notamment un incident survenu en juillet 1917, où Macmillan a fait appel à un policier pour expulser les directeurs des locaux du Tabernacle, sous prétexte qu'ils n'étaient plus autorisés à y entrer[31]. Cet épisode est présenté comme une preuve des méthodes autoritaires de Rutherford, qui cherche à éliminer toute opposition à son contrôle absolu sur la Société.

Enfin, l'article aborde la question de la gestion de l'affaire de Paul Samuel Leo Johnson, un pèlerin (missionnaire itinérant) dont le cas avait été examiné par le conseil d'administration. Les directeurs affirment que Johnson n'a pas bénéficié d'une audience équitable et qu'ils souhaitaient lui accorder une nouvelle audition, mais que Rutherford a refusé, déclarant que l'affaire était réglée et que la gestion de la Société ne regardait pas le conseil[32]. Cet épisode est présenté comme un tournant, où la question du contrôle de la Société est devenue centrale, conduisant les directeurs à proposer une résolution pour abroger les règlements adoptés en janvier 1917 et rétablir l'autorité du conseil d'administration.

Persécution et intimidation

Cette section poursuit la description des tensions au sein de la Société Watch Tower en 1917, en insistant sur les méthodes de persécution et d'intimidation employées par Joseph Franklin Rutherford et son entourage pour écarter les directeurs opposés à sa prise de pouvoir. Les auteurs soulignent que Rutherford, en tant qu'avocat, aurait dû encourager la coopération entre les membres du conseil d'administration, mais qu'il a au contraire cherché à les marginaliser et à les discréditer[33].

L'article revient sur l'incident du policier appelé pour expulser les directeurs des locaux du Tabernacle, un acte que Macmillan, représentant de Rutherford, a par la suite approuvé. Cet épisode est présenté comme une illustration des méthodes violentes et autoritaires employées pour réduire au silence toute opposition interne. Les directeurs affirment que ces agissements sont contraires aux principes chrétiens et à l'esprit de fraternité qui devrait régner au sein de l'organisation[34].

Les auteurs expliquent que, face à ces pressions, le conseil d'administration a décidé d'agir pour corriger les erreurs commises en janvier 1917, notamment en abrogeant les règlements qui avaient concentré tout le pouvoir entre les mains de Rutherford. Cette décision a été prise lors d'une réunion en juin 1917, mais Rutherford a refusé de l'entériner, provoquant une crise ouverte. La dernière réunion du conseil d'administration présidée par Rutherford a été marquée par des tensions extrêmes, celui-ci s'opposant farouchement à toute remise en cause de son autorité[35].

L'article se termine en annonçant que les semaines suivantes seraient décisives. Rutherford, conscient que les directeurs étaient désormais pleinement conscients de leurs responsabilités, était déterminé à les empêcher d'exercer le pouvoir qui leur était conféré par la charte de la Société. Les auteurs laissent entendre que cette lutte pour le contrôle de l'organisation allait se poursuivre, avec des conséquences potentiellement graves pour l'avenir de la Société Watch Tower[36].

Appel aux actionnaires votants

La publication lance un appel solennel aux actionnaires votants de la Société Watch Tower et à l'ensemble des lecteurs de la revue La Tour de Garde, les exhortant à évaluer la gravité des actions entreprises par Joseph F. Rutherford depuis la mort de Charles Taze Russell. Elle souligne que les quatre administrateurs destitués agissent en tant que représentants des actionnaires, cherchant à protéger les intérêts de la Société et à respecter les volontés de son fondateur. L'article met en lumière le caractère autocratique des décisions de Rutherford, notamment sa destitution unilatérale de quatre membres du Conseil d'administration sans consultation des actionnaires, en violation directe des statuts de la Société qui stipulent qu'un administrateur ne peut être révoqué que par un vote des deux tiers des actionnaires lors de l'assemblée annuelle[37].

La publication rappelle que Rutherford a également expulsé de force plus de 25 frères et sœurs du Béthel et du Tabernacle en quelques semaines, illustrant une gestion autoritaire et exclusive. Elle questionne la légitimité de la nomination de trois nouveaux administrateurs résidant loin de Brooklyn, rendant difficile une supervision efficace des activités de la Société. Cette situation est présentée comme une rupture avec les principes de collégialité et de proximité géographique prônés par Russell[38].

Les revendications légales de Rutherford non soutenues

L'article examine les arguments juridiques avancés par Rutherford pour justifier la destitution des quatre administrateurs. Il conteste notamment l'application d'une loi de Pennsylvanie exigeant que trois administrateurs d'une société soient résidents de cet État. La publication souligne que cette loi ne s'applique pas à la Société Watch Tower, fondée avant son entrée en vigueur, et que Rutherford a ignoré cette clause lors de ses nominations. Plusieurs avocats, dont certains résidant en Pennsylvanie, New York et New Jersey, ont d'ailleurs confirmé que ses actions étaient illégales, indépendamment de toute considération morale[39].

La publication cite également un discours prononcé par Rutherford lors des funérailles de Russell, dans lequel il qualifiait les statuts de la Société de « document des plus remarquables ». Elle souligne l'ironie de cette déclaration, alors que Rutherford lui-même a tenté de contourner ces statuts pour imposer son autorité[40].

L'affaire Johnson n'est pas en cause

L'article réfute les accusations portées par Rutherford dans Harvest Siftings, selon lesquelles les quatre administrateurs destitués auraient formé une alliance avec Paul S.L. Johnson pour le remplacer et l'envoyer de nouveau en Angleterre. La publication affirme que ces allégations sont infondées et constituent une tentative de détourner l'attention des véritables enjeux, à savoir les actions autoritaires de Rutherford avant même le retour de Johnson aux États-Unis. Elle précise que les administrateurs n'ont jamais envisagé de destituer Rutherford ni de placer Johnson à la présidence, et que les comités nommés par Rutherford lui-même avaient émis des rapports favorables sur une partie du travail de Johnson[41].

La publication rappelle que les tensions ont débuté bien avant le retour de Johnson, dès les premiers mois de 1917, lorsque les administrateurs ont commencé à s'opposer aux méthodes de Rutherford. Elle cite en exemple les protestations contre la mise à l'écart du testament de Russell et des statuts de la Société, comparant cette situation à celle de l'apôtre Paul, accusé d'avoir troublé l'ordre public en prêchant la vérité[42].

Violence au Béthel

Cet article décrit les événements violents survenus au Béthel le 27 juillet 1917, au cours desquels Rutherford a tenté d'imposer son autorité par la force. Lors d'une conférence, il a exigé des administrateurs qu'ils acceptent son ultimatum, puis a ordonné l'expulsion immédiate de Johnson et le départ des quatre administrateurs avant le lundi midi. La publication rapporte que Rutherford a physiquement agressé Johnson, le menaçant de le faire expulser manu militari s'il ne quittait pas les lieux avant la nuit. Cette menace a été mise à exécution, les effets personnels de Johnson étant jetés hors du Béthel et des gardes postés aux portes pour l'empêcher d'y revenir[43].

L'article reproduit également une lettre de A.N. Pierson adressée à A.I. Ritchie, dans laquelle Pierson affirme son soutien aux quatre administrateurs destitués. Cette lettre, que Rutherford a refusé de laisser lire aux résidents du Béthel, est présentée comme une preuve supplémentaire de la légitimité de leur position[44].

Lettre d'Andrew N. Pierson =

Andrew N. Pierson, alors vice-président de la Société Watch Tower, adresse une lettre aux quatre directeurs contestés (Hoskins, Hirsh, Wright et Ritchie) pour exprimer son désaccord avec les méthodes employées par Joseph Franklin Rutherford lors de la crise de succession de 1917. Pierson reconnaît avoir signé une résolution initiale dans l'espoir d'une réconciliation, mais affirme que ce document a été diffusé bien au-delà des cercles initialement prévus, ce qu'il n'aurait jamais approuvé[45]. Il déclare désormais soutenir le conseil d'administration historique, estimant que la nomination des nouveaux membres par Rutherford était inappropriée et contraire aux principes établis par Charles Taze Russell. Pierson souligne son attachement aux statuts de la Société et à la mémoire de Russell, tout en critiquant les actions unilatérales de Rutherford, qu'il juge préjudiciables à l'unité du mouvement[46].

La lettre révèle également que Pierson a tenté de négocier avec Rutherford pour éviter l'expulsion des quatre directeurs du foyer Bethel, obtenant finalement une allocation de 300 dollars pour couvrir leurs frais de départ, bien qu'il considère cette mesure comme une injustice plutôt qu'une résolution équitable[47].

Division à Bethel =

Cette section dénonce les manœuvres secrètes menées par des représentants de Joseph Rutherford au sein du foyer Bethel et parmi les pèlerins itinérants pour discréditer les quatre directeurs contestés. Selon le texte, ces émissaires ont diffusé des rumeurs infondées et incité les membres de Bethel à signer des pétitions de soutien à Rutherford, sous peine d'exclusion du foyer[48]. Plusieurs travailleurs ont ainsi signé ces pétitions par crainte de représailles, tandis que d'autres, refusant de le faire, ont été renvoyés. Le texte cite notamment l'exemple de ceux qui, après avoir signé, ont été congédiés pour avoir exprimé leur désapprobation face à la publication Siftings, accusée de contenir des allégations mensongères[49].

Le document souligne que ces pratiques ont créé un climat de méfiance et de division au sein de la communauté, éloigné des principes de fraternité et de transparence prônés par Russell.

Le représentant spécial du président =

Cette rubrique se concentre sur le rôle d'Alexander Hugh Macmillan, présenté comme le représentant spécial de Rutherford et auteur de la brochure Harvest Siftings. Le texte conteste les affirmations de Macmillan selon lesquelles les directeurs Hoskins, Hirsh et Ritchie auraient été hostiles à sa nomination par Russell en août 1916[50]. Il affirme au contraire que ces trois directeurs avaient soutenu Macmillan à l'époque, et que leur opposition ultérieure ne concernait pas sa personne, mais plutôt les méthodes de gestion de Rutherford.

Un incident particulièrement marquant est relaté : lors des funérailles de Russell à Pittsburgh, Macmillan aurait approché Hoskins pour lui suggérer que les quatre directeurs (à l'exception de Rutherford et Van Amburgh) démissionnent, les qualifiant d'incompétents et prédisant leur éviction prochaine[51]. Le texte interprète ces propos comme une preuve de la duplicité de Macmillan, qui aurait ensuite activement contribué à l'exclusion des directeurs contestés.

Lettre de Paul E. Thomson =

Cette section reproduit une lettre de Paul E. Thomson, ancien membre du foyer Bethel, adressée à Macmillan en réponse à une demande de validation rétroactive de l'utilisation de son proxy lors d'une réunion controversée. Thomson exprime son désaccord avec la manière dont son proxy a été utilisé pour voter l'exclusion des directeurs Hoskins et Hirsh, estimant que ce mandat était initialement destiné à l'élection des dirigeants de l'Association du Pulpit du Peuple, et non à des modifications du conseil d'administration[52].

Thomson souligne que les allégations contenues dans Harvest Siftings ne lui semblent pas suffisantes pour justifier une telle mesure, et refuse que son proxy soit utilisé à nouveau pour des votes similaires. Il maintient cependant sa confiance en Macmillan et Rutherford, tout en reconnaissant que leur jugement peut être faillible[53].

Méthodes autoritaires et aggravation de la situation =

Cette rubrique décrit les procédures controversées employées par Rutherford, Macmillan et Van Amburgh lors d'une réunion tenue fin juillet 1917, au cours de laquelle ils ont tenté d'exclure Hoskins et Hirsh du conseil d'administration et de l'Association du Pulpit du Peuple. Le texte dénonce l'utilisation frauduleuse de proxys, initialement destinés à l'élection des dirigeants en janvier, pour voter l'exclusion des deux directeurs en leur absence[54].

Malgré les protestations de sept membres présents, ces proxys ont été utilisés pour atteindre le quorum nécessaire, illustrant selon le document une « audace satanique » et un mépris des principes de justice. Le texte souligne que de telles pratiques, si elles étaient portées devant les tribunaux, pourraient entraîner des poursuites pénales[55].

La section mentionne également une déclaration publiée par le journal Brooklyn Eagle sur les troubles au sein de la Société Watch Tower, attribuant à Macmillan l'accusation selon laquelle les directeurs contestés auraient fourni ces informations à la presse. Le texte nie toute implication des directeurs dans cette fuite[56].

Aucun procès =

Cette brève section répond aux accusations portées dans Harvest Siftings selon lesquelles les directeurs contestés auraient commis une faute en consultant un avocat pour clarifier des questions juridiques liées aux statuts de la Société. Le texte explique que cette démarche a été entreprise uniquement après que Rutherford lui-même ait répété que certaines clauses des statuts étaient illégales[57]. L'avocat consulté, décrit comme un frère bien établi dans la vérité, a confirmé que l'interprétation de Rutherford était erronée, justifiant ainsi la nécessité de recourir à un avis juridique indépendant.

La gestion du président Rutherford

La publication revient sur les tensions internes au sein de la Société Watch Tower depuis l'élection de Joseph Franklin Rutherford comme président en janvier 1917. Les auteurs, membres du conseil d'administration, dénoncent les tentatives de Rutherford de contourner les statuts de la Société en s'appuyant sur une autre entité juridique, la Peoples Pulpit Association, pour en prendre le contrôle effectif. Ils citent un article de la Zion's Watch Tower du 1er décembre 1915, dans lequel Charles Taze Russell clarifiait que la Watch Tower Bible and Tract Society était l'organisation mère, tandis que la Peoples Pulpit Association n'en était qu'une filiale auxiliaire, chargée de missions spécifiques comme la prédication[58].

Les auteurs soulignent que Rutherford, en tant que président de la Peoples Pulpit Association, tente de renverser cette hiérarchie pour concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Ils rappellent que cette manœuvre ignore les statuts de la Société, qui stipulent que la gestion doit être assurée par le conseil d'administration. Ils mettent en garde les actionnaires : si la Peoples Pulpit Association devait remplacer la Watch Tower Bible and Tract Society, chaque actionnaire perdrait son droit de vote, car cette dernière ne compte que quelques dizaines de parts, contre des milliers pour la Société principale[59].

Le testament de Russell discrédité et déclaré illégal

Cette section aborde la remise en cause du testament de Charles Taze Russell, rédigé en 1907 et considéré comme non conforme aux exigences légales par les partisans de Rutherford. Les auteurs expliquent que Russell avait délibérément laissé son testament dans une forme juridique ambiguë pour tester la loyauté de ses successeurs envers ses volontés, même en l'absence d'obligation légale. Ils soulignent que les paragraphes 15 et 16 du testament, qui confiaient la gestion de ses parts à un comité de cinq sœurs, constituaient une garantie contre toute tentative de détournement des fonds de la Société par des hommes ambitieux[60].

Les auteurs dénoncent la décision de Rutherford de déclarer ce dispositif "illégal" et de bloquer le vote des parts détenues par les sœurs lors de l'assemblée de Pittsburgh en janvier 1917. Ils estiment que cette annulation expose la Société à des risques majeurs, tandis que le respect des volontés de Russell n'aurait causé aucun préjudice. Ils accusent Rutherford de manipuler la légalité à son avantage, qualifiant Russell de "serviteur sage et fidèle" lorsqu'il s'agit de justifier ses propres actions, mais le discréditant dès que ses dispositions ne lui conviennent pas[61].

La gestion du président

Les auteurs critiquent la gestion de Rutherford sur plusieurs dossiers sensibles. Ils évoquent d'abord le Photo-Drame de la Création, dont la vente avait été présentée comme une volonté divine lors de la convention de Pittsburgh, avant d'être finalement imposée à la Société. Ils mentionnent également les difficultés rencontrées par l'Angelophone, un projet cher à Russell, qui a suscité de nombreuses plaintes en raison d'une gestion jugée inefficace. Rutherford aurait ignoré les instructions de Russell, qui préconisait de réenregistrer les conférences en cas de problème technique, jusqu'à ce qu'une sœur finance elle-même cette opération pour un montant de 1 500 dollars[62].

Les auteurs soulignent que Rutherford a tenté de convaincre le responsable de l'Angelophone, Brother Cooke, de vendre l'entreprise au plus offrant, malgré son succès récent. Ils dénoncent également les dysfonctionnements dans le travail pastoral, attribués aux changements imposés par Rutherford, qui auraient provoqué des retards et des incompréhensions. Enfin, ils pointent l'incapacité du président à collaborer avec des administrateurs expérimentés, ce qui aurait aliéné de nombreux collaborateurs actifs de la Société[63].

Une biographie composée par Rutherford lui-même

Cette section révèle une controverse autour d'une biographie de Rutherford publiée dans le numéro commémoratif de la Zion's Watch Tower après la mort de Russell. Rutherford accuse Brother Hirsh d'en être l'auteur, une affirmation que ce dernier dément catégoriquement. Les auteurs expliquent que cette biographie avait été préparée à l'avance pour être diffusée dans la presse nationale le lendemain de l'élection de Rutherford, ce qui nécessitait une rédaction anticipée. Ils précisent que Hirsh n'a fait que suggérer la rédaction de ce texte, sans en être l'auteur, et qu'il n'en a pris connaissance qu'au moment où Rutherford le lui a remis[64].

Les auteurs critiquent également Brother Hudgings, qui a soutenu sous serment la version de Rutherford, ainsi que Brother Wisdom, dont les actions passées, comme des attaques répétées contre Brother Abbott lors d'une convention, sont jugées excessives. Ils soulignent que ces comportements, motivés par un désir de plaire à Rutherford, ont aggravé les tensions internes[65].

Erreurs de plume de Rutherford

Les auteurs relèvent plusieurs inexactitudes dans les propos de Rutherford publiés dans Harvest Siftings. Ils démentent notamment une citation attribuée à Brother Hoskins, selon laquelle le conseil d'administration aurait affirmé être le seul gestionnaire et donner les ordres. Hoskins aurait simplement rappelé l'article VI des statuts, qui confie la gestion de la Société au conseil d'administration, après que Rutherford ait déclaré détenir seul ce pouvoir[66].

Ils réfutent également une autre citation, selon laquelle le conseil d'administration se serait déclaré non responsable devant les actionnaires. En réalité, les administrateurs auraient souligné que les statuts, adoptés sous l'impulsion de Rutherford, n'étaient pas légalement contraignants, car ils avaient été approuvés par les actionnaires sur sa suggestion. Une autre inexactitude concerne une déclaration attribuée à un membre du conseil, selon laquelle il n'y aurait pas de réunion ce jour-là : en réalité, ce membre aurait simplement constaté que Rutherford n'avait pas convoqué de réunion, malgré ses affirmations contraires[67].

Enfin, les auteurs démentent une accusation selon laquelle Brother Hirsh aurait proposé un marché à Rutherford pour être réintégré au conseil d'administration. Hirsh nie avoir fait une telle offre, soulignant que Rutherford n'avait pas le pouvoir légal de le réintégrer. Ils mentionnent également une autre erreur concernant Brother Wright, accusé d'avoir exprimé des regrets pour son engagement : Wright a démenti ces propos à trois reprises en présence de ses accusateurs[68].

Quelques-uns des surnoms préférés du président

Les auteurs évoquent les surnoms injurieux utilisés par Rutherford à l'encontre de ses opposants, citant notamment Brother Sturgeon, qualifié de "Judas" et de "traître". Ils rappellent que Sturgeon avait été un collaborateur fidèle de Russell, notamment lors des périodes de souffrance de ce dernier, et qu'il s'efforce de rester loyal à sa mémoire. Les auteurs soulignent que Sturgeon a été tenu à l'écart de tous les comités depuis la mort de Russell, à l'exception du comité de rédaction, et qu'il attend patiemment que la volonté divine se manifeste dans ce conflit[69].

À propos de la parabole du "denier"

Les partisans de Rutherford utilisent la parabole du denier (Matthieu 20:1-16) pour assimiler les administrateurs exclus de Bethel aux "murmureurs" de la parabole, en les accusant de critiquer la publication du septième volume des Études dans les Écritures. Les auteurs réfutent cette interprétation : aucun des administrateurs incriminés n'était au courant de la publication de ce volume avant sa sortie, et aucun n'a exprimé de critique à son encontre. Ils soulignent que leurs protestations portaient uniquement sur les méthodes autoritaires de Rutherford et sur ses violations des statuts de la Société et du testament de Russell[70].

Les auteurs rappellent que les réformateurs religieux, comme les protestants du XVIe siècle, et même Jésus lui-même, ont été accusés de "murmurer" contre les abus de leur époque. Ils estiment que leurs protestations s'inscrivent dans cette tradition de résistance à l'injustice et se réjouissent d'être associés à ces figures historiques, plutôt que d'être considérés comme des murmureurs égoïstes[71].

Le dernier message de notre Pasteur : « Mettre la maison en ordre »

La publication revient sur un article de La Tour de Garde du 1er novembre 1916, intitulé « L’Heure de la Tentation » (« The Hour of Temptation »), attribué à Charles Taze Russell. Ce texte est présenté comme particulièrement pertinent pour la période de crise que traverse alors la Société Watch Tower. L’article original est partiellement cité et adapté pour souligner les dangers posés par des dirigeants ambitieux et égoïstes, tant dans le monde que dans l’Église. La publication affirme que ces derniers mènent inévitablement à l’anarchie, d’abord dans la société séculière, puis au sein même de l’organisation religieuse. Elle met en garde contre le risque de voir les étudiants de la Bible, pourtant dotés de « l’esprit du Maître » — caractérisé par la loyauté envers la vérité, l’amour fraternel et la liberté spirituelle —, rester sous la domination d’hommes (et parfois de femmes) ambitieux, dont les méthodes s’éloignent des principes divins. Le texte insiste sur la nécessité de « mettre la maison du Seigneur en ordre » sans délai, en rejetant toute forme de servitude humaine et en revenant à la liberté que procure le Christ[72].

Un extrait de l’article original est reproduit, dans lequel Russell souligne que l’élection de dirigeants inaptes reflète un manque de discernement spirituel de la part de la classe (ou Société). Il critique particulièrement la tendance à privilégier l’éloquence publique au détriment de la spiritualité, une pratique qui, selon lui, a souvent entravé la cause divine et étouffé la piété parmi les frères. Il exhorte les étudiants de la Bible à corriger rapidement et discrètement de telles erreurs, en évitant de se laisser dominer par des dirigeants qui cherchent à imposer leur pouvoir de manière non scripturaire. La publication ajoute que ces méthodes nuisent autant à l’organisation qu’aux dirigeants eux-mêmes, en les encourageant à persister dans des voies contraires aux Écritures[73].

Sous le sous-titre « Tromper et être trompé » (« Deceiving and Being Deceived »), le texte poursuit en évoquant les conséquences néfastes de l’ambition et de l’égoïsme, tant dans le monde que dans l’Église. Il annonce l’imminence d’un « Temps de Trouble » pour la société séculière, incapable de se purger de ces maux, et un temps similaire pour l’Église. Cependant, contrairement au monde, l’Église du Christ possède l’esprit du Maître, qui devrait la prémunir contre de telles dérives. La publication dénonce l’inexcusable soumission de l’Église à des dirigeants ambitieux, dont les méthodes s’écartent des principes divins, et appelle à une réforme immédiate pour « mettre la maison du Seigneur en ordre »[74].

« Qui pourra tenir debout ? »

Cette section s’adresse directement aux « chers frères et sœurs en Christ », les interrogeant sur leur capacité à rester fidèles face à une crise qui les place à la croisée des chemins : le chemin étroit et resserré de la vérité, et celui des infidèles. La question centrale, « Qui pourra tenir debout ? », est posée avec insistance, invitant chaque lecteur à une introspection personnelle : « Toi ? Moi ? ». La publication exprime l’espoir que les principes de vérité et de justice aient été suffisamment intériorisés pour permettre aux fidèles de rester fermes, même si cela implique de se distancier de leurs amis les plus proches. Elle souligne la nécessité de privilégier la loyauté envers le Seigneur, la vérité et les frères qui défendent ces principes, plutôt que de suivre la majorité par simple conformisme[75].

La publication évoque les nombreuses lettres reçues en réponse aux difficultés actuelles. Certaines expriment une profonde tristesse face à la situation, tandis que d’autres, plus lucides, attendent des éclaircissements supplémentaires. Beaucoup assurent prier pour les dirigeants et pour l’ensemble des personnes concernées. L’auteur exprime le souhait de pouvoir agir pour rétablir la paix et la justice, tout en reconnaissant que les efforts déployés jusqu’à présent visent à soutenir les fidèles du Seigneur. Il encourage les lecteurs à affronter la crise avec détermination, en la portant devant Dieu dans la prière, et à veiller à ne pas laisser l’amertume s’installer dans leurs cœurs envers qui que ce soit[76].

Le texte met en garde contre les dangers liés à la réception du prétendu septième volume des Études dans les Écritures, intitulé « Le Mystère Accompli » (« The Finished Mystery »). Bien que certains puissent le considérer comme authentique, la publication souligne la présence d’interprétations fantaisistes et d’erreurs doctrinales flagrantes. Elle cite notamment une affirmation selon laquelle les esprits malins pourraient prendre possession des esprits des fidèles, une idée jugée incompatible avec les Écritures, qui enseignent que « celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas » (1 Jean 5:18). L’auteur exhorte les lecteurs à la vigilance, à rester « dans l’amour de Dieu », à se préserver de tout mal et à conserver leur couronne spirituelle. Il les encourage à maintenir leur pratique de la prière et du service, tout en les préparant à affronter des épreuves ardentes, présentées comme une épreuve normale pour les fidèles, et non comme une anomalie[77].

Lettre de l’auditeur aux actionnaires

Cette section reproduit une lettre datée du 20 août 1917, signée par F.G. Mason, auditeur de la Société Watch Tower, et adressée « à qui de droit ». Mason y exprime son profond regret face aux épreuves et aux troubles causés par ce qu’il qualifie de « prise de pouvoir arbitraire » sur les affaires de l’organisation, en violation du testament de Charles Taze Russell et des statuts de la Société, qui confient la gestion aux administrateurs. Il dénonce plusieurs pratiques qu’il juge injustes et contraires aux principes d’une gestion saine et transparente[78].

Parmi les griefs soulevés, Mason critique la destitution illégale de quatre administrateurs, tous choisis par Russell pour leur fidélité et leur longue expérience au service de l’Église. Il s’indigne que ces hommes aient été écartés, tandis que d’autres continuent à diriger sans même l’assentiment des actionnaires. Il condamne également les méthodes employées pour contraindre des membres dévoués et consacrés à participer à la diffusion d’un document diffamatoire, « Harvest Siftings », sous peine d’exclusion. La publication de ce document, jugé ignoble et cruel, est présentée comme une utilisation abusive des ressources et du temps du personnel de la Société, dont une grande partie a été mobilisée pour sa diffusion[79].

Mason dénonce également le traitement réservé à Robert H. Johnson, un frère qui avait reconnu publiquement son erreur en croyant être « l’intendant » mentionné dans les Écritures, et qui avait été pardonné par l’ensemble de la famille Bethel. La publication de cette affaire dans « Harvest Siftings », sans possibilité pour Johnson de se défendre ou d’utiliser les moyens de la Société pour répondre, est perçue comme une manifestation d’un esprit contraire à celui du Christ. L’auditeur critique par ailleurs l’influence exercée au sein de la maison Bethel et du Tabernacle, où des comportements jugés inappropriés, tels que des moqueries et des plaisanteries aux dépens des fidèles, sont tolérés. Il évoque notamment des scènes de tension, comme celle où le responsable de la maison Bethel aurait menacé de « se battre jusqu’au bout » contre ceux qui souhaitaient respecter les dernières volontés de Russell, ou encore l’humiliation publique infligée à Johnson en présence de la famille Bethel[80].

Sur le plan financier, Mason révèle des dysfonctionnements graves dans la gestion des comptes de la Société. Il mentionne que des centaines de dollars sont dépensés chaque semaine sans traçabilité, hormis les chèques et les copies de lettres de transmission. Il souligne que de nombreuses commandes sont passées sans contrat ni prix fixé, et que les ajustements de comptes sont régulièrement retardés par des échanges de lettres contestataires, entraînant souvent la perte de remises. Ces pratiques, découvertes dans le cadre de ses fonctions d’auditeur, l’ont conduit à refuser de signer des ordres de paiement pour des sommes dépassant onze mille dollars, faute d’audit préalable et de comptes fiables. Il affirme que seul un homme, qui n’est ni le président, ni le directeur, ni le trésorier, détient une connaissance approfondie des comptes, une situation qu’il juge inacceptable pour les actionnaires[81].

Enfin, Mason proteste contre l’expulsion de plus d’une vingtaine de membres fidèles et dévoués de la maison Bethel, sans autre motif apparent que leur refus de signer, ou leur signature sous protestation, des documents exigeant une allégeance inconditionnelle (« through thick and thin ») aux méthodes terrorisantes imposées au Bethel et au Tabernacle. Il avoue avoir lui-même signé l’un de ces documents par crainte des représailles, mais regrette amèrement d’avoir cédé à la peur plutôt qu’à la promesse divine de ne jamais abandonner les fidèles. Il raconte avoir été contraint de quitter Bethel sous quarante-huit heures, avec sa famille, après avoir été menacé de perdre tous ses privilèges de service. Malgré cette épreuve, il considère cette expérience comme une bénédiction et une étape vers la « Demeure Éternelle Céleste », réservée à ceux qui restent fidèles malgré les persécutions[82].

Lettre ouverte aux actionnaires de la Société

Cette section reproduit une lettre ouverte datée du 15 août 1917, adressée aux administrateurs Andrew Pierson, Alfred Ritchie, W.E. Wright, W.E. Hoskins et I. Hirsh, par un frère en la vérité, membre du barreau et sollicité pour ses conseils juridiques. L’auteur précise qu’il n’a pas agi en tant qu’avocat officiel de la Société, mais en tant que frère connaissant le droit, à la demande des administrateurs. Il retrace brièvement son parcours spirituel, mentionnant son immersion baptismale en 1905, sa participation ininterrompue à la Cène du Seigneur depuis cette date, et son engagement dans le « Vœu » à partir de 1908. Il souligne également sa recommandation par l’assemblée de Trenton pour le service auxiliaire de pionnier, bien qu’il n’ait pas pu l’exercer en raison de ses obligations professionnelles[83].

La lettre se poursuit à la page suivante, mais le texte fourni s’interrompt avant la fin de son contenu.

Témoignage de Robert H. McGee

Robert H. McGee, ancien de l'écclesia de Trenton et résidant désormais à Freehold, témoigne de son engagement au sein du mouvement des Étudiants de la Bible. Il rappelle avoir été le témoin de Charles Taze Russell lors du procès contre le Brooklyn Eagle[84]. Depuis son installation à Freehold, il a également eu l'occasion de défendre publiquement les doctrines du mouvement devant les autorités locales, ce qui lui a valu une certaine défaveur dans la ville. Il mentionne avoir effectué des travaux juridiques pour la société responsable de la gestion du Gazette, un périodique inventé par Clayton J. Woodworth, en collaboration avec Joseph Franklin Rutherford, Andrew N. Pierson, Alfred I. Ritchie et Woodworth lui-même[85].

McGee conteste vivement les accusations portées contre lui par Rutherford dans le pamphlet Harvest Siftings, où ce dernier affirme avoir consulté un avocat « pas trop amical envers la Vérité ». McGee souligne que cette affirmation est fausse et qu'il a écrit à Rutherford pour lui demander de rectifier ses propos, conformément aux principes énoncés en Matthieu 18. Il précise que Rutherford a répondu en minimisant l'importance de ses déclarations, tout en rappelant une lettre prétendument envoyée par McGee à Olin R. Moyle le 4 juillet, dans laquelle il aurait suggéré de faire pression sur Rutherford en présentant des déclarations de grands donateurs du Fonds de Tracts. McGee nie catégoriquement avoir écrit une telle lettre et explique que sa correspondance avec Moyle concernait uniquement des questions juridiques relatives à l'influence des actionnaires sur les décisions des administrateurs[86].

Il conclut en réaffirmant que les questions doctrinales relèvent des principes bibliques, tandis que la gestion de la Société Watch Tower et les actions de ses administrateurs sont des sujets légitimes à porter à l'attention des actionnaires, propriétaires légitimes de l'organisation[87].

Rencontres avec les administrateurs

McGee relate plusieurs rencontres avec des membres du Conseil d'administration de la Société Watch Tower. Alfred I. Ritchie fut le premier à le consulter au sujet de l'Angelophone, un outil que Russell considérait comme utile pour les chrétiens, y compris ceux qui n'étaient pas encore familiarisés avec la Vérité présente. Ritchie exprima ses craintes quant à la volonté de certains au siège de Brooklyn de supprimer cet instrument, évoquant des tensions potentielles dues à la gestion des affaires sous la direction de Rutherford[88].

Quelques semaines plus tard, Olin R. Moyle sollicita son avis juridique sur la capacité des administrateurs à modifier ou abroger les règlements internes adoptés par les actionnaires. McGee lui expliqua que, selon les statuts de la Pennsylvanie, les administrateurs détenaient ce pouvoir si cela servait les intérêts de la Société, tout en soulignant que les actionnaires conservaient le droit de les élire annuellement. Il recommanda à Moyle de consulter un avocat pour une analyse plus approfondie, précisant qu'il ignorait ses intentions personnelles dans cette affaire[89].

Réunion du Conseil d'administration du 20 juin 1917

McGee rapporte qu'à la réunion du Conseil d'administration du 20 juin 1917, il fut suggéré à Rutherford d'adopter des règlements internes plus complets pour encadrer la gestion de la Société. Il précise que, à sa connaissance, les seuls règlements existants étaient ceux adoptés à Pittsburgh sous l'insistance de Rutherford, avant son élection à la présidence, et qu'ils étaient source de conflits[90].

Après cette réunion, Rutherford quitta Brooklyn pour un voyage, tout comme d'autres responsables. Peu après, McGee reçut un appel téléphonique de Hoskins l'informant de troubles au Tabernacle et lui demandant de se rendre sur place. À son arrivée au Béthel, il fut conduit dans un appartement voisin où il rencontra les administrateurs Wright, Ritchie, Hirsh et Hoskins, majoritaires au sein du Conseil. Ces derniers lui expliquèrent que Rutherford avait promulgué des règles interdisant l'accès au Tabernacle à toute personne non employée sur place, y compris aux administrateurs eux-mêmes. Ces règles, acceptées spontanément par la famille du Béthel, avaient suscité des rumeurs selon lesquelles les administrateurs seraient exclus des locaux[91].

Les administrateurs, dont deux étaient également membres du Conseil de la Peoples Pulpit Association, décidèrent d'interroger Martin, responsable du Tabernacle, pour clarifier la situation. Alexander H. Macmillan, présent sur place, leur ordonna de quitter les lieux, ce qu'ils refusèrent. Macmillan fit alors appel à un policier, qui refusa d'intervenir, estimant ne pas avoir le droit d'expulser les administrateurs. Ces derniers se retirèrent finalement d'eux-mêmes dans la chapelle, sans perturber les activités en cours[92].

Analyse des tensions internes

Lors de cette réunion nocturne, les administrateurs confièrent à McGee leur mécontentement face à la gestion autoritaire de Rutherford et Macmillan. Ils déplorèrent que Rutherford les considérât incompétents en matière juridique, leur rappelant systématiquement qu'ils n'étaient pas avocats. Wright mentionna une conversation avec Rutherford peu après la mort de Russell, au cours de laquelle ce dernier avait promis d'aborder certaines questions en profondeur, promesse restée sans suite[93].

Les administrateurs évoquèrent également une rumeur selon laquelle Russell aurait laissé une importante somme d'argent en espèces, susceptible d'être restituée aux donateurs en cas de besoin. McGee leur rappela leur responsabilité légale dans la gestion de ces fonds, soulignant qu'une négligence pourrait être considérée comme un délit. Il leur expliqua que, bien que la Peoples Pulpit Association fût chargée des activités à New York, ils pouvaient exercer un contrôle sur cette entité en limitant les transferts de fonds depuis la Société Watch Tower. Il leur suggéra d'adopter des règlements internes pour encadrer les actions des dirigeants exécutifs et éviter les abus de pouvoir[94].

Le lendemain de cette réunion, Rutherford envoya un télégramme à McGee depuis Duluth, lui demandant de conseiller aux administrateurs de patienter jusqu'à son retour, prévu vers le 18 juillet, afin que les questions en suspens soient réglées. McGee, estimant cette demande équitable, leur recommanda d'attendre. Il nota ironiquement que si Rutherford le considérait vraiment comme « pas trop amical envers la Vérité », il ne lui aurait pas demandé d'intervenir « pour le bien de la cause »[95].

Contenu

Conflits juridiques et gouvernance de la Société

Ce long article anonyme, attribué à un conseiller juridique nommé Francis H. McGee, détaille les tensions internes survenues au sein de la direction de la Watch Tower Bible and Tract Society en juillet 1917, peu après la mort de Charles Taze Russell en octobre 1916 et l'élection de Joseph Franklin Rutherford à la présidence[96]. L'auteur, qui s'exprime à la première personne, relate les événements ayant conduit à une crise de gouvernance, marquée par des accusations de prise de pouvoir illégale et de manipulation des statuts de l'organisation.

L'article commence par décrire les manœuvres de Rutherford pour écarter quatre membres du conseil d'administration (Hirsh, Hoskins, Wright et Ritchie), qu'il accuse d'être illégitimes. Rutherford s'appuie sur un avis juridique obtenu à Philadelphie, selon lequel seuls le président, le vice-président et le trésorier, élus à Allegheny, seraient des administrateurs valides[97]. Cependant, les avocats new-yorkais consultés par les administrateurs contestés estiment que cette interprétation est erronée, car elle invaliderait rétroactivement la propre légitimité de Rutherford en tant que président, celui-ci n'étant pas administrateur au moment de son élection[98].

L'auteur souligne que Rutherford a tenté de remplacer les administrateurs contestés par des proches (Spill, Bohnet, Fisher et MacMillan) lors d'une réunion secrète à Pittsburgh le 12 juillet 1917, avant de convoquer une réunion contradictoire à Brooklyn le 17 juillet, où il annonce la distribution imminente du septième volume des Études dans les Écritures[99]. Cette décision est présentée comme une provocation, Rutherford étant accusé d'avoir précipité la publication pour imposer son autorité avant que les conflits juridiques ne soient résolus.

Le texte met en lumière les contradictions de Rutherford, qui, d'un côté, critique les administrateurs contestés pour leur absence supposée de travail, et de l'autre, centralise le pouvoir en affirmant que « le travail de la Société requiert particulièrement la direction d'un seul esprit »[100]. L'auteur conteste cette vision, rappelant que les statuts et la loi prévoient un conseil d'administration collégial, chargé de superviser les affaires de la Société au nom des actionnaires.

Une comparaison est établie entre les agissements de Rutherford et ceux de Paul S.L. Johnson en Europe, ce dernier ayant été accusé d'abus de pouvoir après avoir obtenu un passeport sous de faux prétextes. L'auteur suggère que Rutherford, en critiquant Johnson, se place dans une position similaire, notamment en manipulant les statuts pour écarter des administrateurs légitimes[101].

L'article se conclut par un appel aux actionnaires et aux « amis » (les fidèles) à trancher deux questions fondamentales : qui détient l'autorité légitime au sein de la Société, et qui fait preuve d'ambition coupable en cherchant à renverser l'ordre établi[102]. L'auteur insiste sur la responsabilité morale et juridique des administrateurs, qui doivent agir avec prudence et transparence, conformément à leur rôle de trustees pour la Société. Il encourage les actionnaires à participer activement à la prochaine assemblée générale, prévue en janvier, pour élire un nouveau conseil d'administration et rétablir un fonctionnement conforme aux statuts et à la loi.

Un mot en conclusion

La publication présente une synthèse des événements survenus au sein de la Société Watch Tower depuis la mort de Charles Taze Russell, en particulier les tensions liées à la gouvernance et aux décisions prises par Joseph Franklin Rutherford. Les administrateurs soulignent que leurs protestations ne visent pas à défendre leurs intérêts personnels, mais ceux des fidèles ayant placé leur confiance et leurs ressources dans l'organisation. Ils rappellent que leur rôle de dirigeants représente une stewardship (gestion fidèle) envers les membres et les actionnaires, et qu'une absence de réaction face aux usurpations de pouvoir constituerait une trahison de cette confiance[103].

Le texte évoque une précédente suggestion d'engager des poursuites judiciaires pour régler le conflit, inspirée par des frères influents ayant investi dans la Société. Ces derniers estimaient que l'avertissement de l'apôtre Paul contre les recours en justice entre chrétiens (1 Corinthiens 6:1-8) ne s'appliquait pas ici, car la Watch Tower Bible and Tract Society est une entité juridique soumise aux lois civiles. Cependant, face aux nombreuses lettres de membres déconseillant cette voie, les administrateurs y renoncent, interprétant cette opposition comme un signe de la volonté divine[104].

Les auteurs notent que, depuis la diffusion de la brochure Harvest Siftings, Rutherford et ses partisans ont intensifié leurs efforts pour rallier les congrégations à leur cause, souvent sans leur présenter les deux côtés du conflit. Ils espèrent que la lecture de ce document permettra aux fidèles de reconsidérer leur position et de comprendre les enjeux réels. Une mise en garde est adressée aux actionnaires : en cas de sollicitation pour voter lors de futures élections, ils sont invités à ne pas soutenir des candidats dont les intentions leur échappent, rappelant que des procurations avaient été ignorées lors de précédents scrutins[105].

La conclusion exhorte les membres à agir individuellement, tout en recommandant une démarche collective : envoyer une brève requête à Rutherford pour lui demander de renoncer à sa position illégale, de démettre les administrateurs nommés sans droit, et de rétablir les membres exclus de la Peoples Pulpit Association. Les administrateurs prédisent que l'absence de mesures correctives entraînera davantage de troubles pour la Société et ses membres[106].

Enfin, le texte appelle à la confiance en Dieu et à la persévérance dans les bonnes œuvres, malgré les épreuves. Les auteurs expriment leur regret que ces conflits causent de la peine aux fidèles, mais y voient une épreuve permise par Dieu pour affermir leur caractère. Ils prient pour que l'œuvre de la moisson, menée pendant quarante ans sous la direction de Russell, puisse se poursuivre dans la simplicité et la pureté originelles[107].

Une lettre de l'Église de Philadelphie

La publication reproduit une lettre adressée à Rutherford par l'Église de Philadelphie, datée du 5 août 1917. Cette congrégation, seule à avoir entendu les deux parties du conflit lors d'une réunion de quatre heures, exprime sa préoccupation face à la crise menaçant de diviser l'organisation. Elle suspend son jugement sur les frères impliqués, préférant s'en remettre à Dieu, mais lance un appel pressant à Rutherford pour qu'il convoque une assemblée extraordinaire des actionnaires de la Société[108].

Les signataires avertissent que l'absence de réponse à cette demande risque de leur faire perdre leur soutien, ainsi que celui de nombreux fidèles. Ils évoquent même la possibilité d'une intervention judiciaire, pouvant aller jusqu'à une injonction contre la direction actuelle ou une suspension temporaire des activités de la Société. La lettre insiste sur la responsabilité de Rutherford envers les actionnaires, qu'ils considèrent comme l'unique instance à laquelle il doit rendre des comptes[109].

Les auteurs de la lettre réaffirment leur confiance dans la volonté de Rutherford de servir fidèlement la cause divine, mais le pressent d'agir rapidement pour convoquer cette assemblée. Ils concluent en se plaçant au service du Maître, sans prendre parti pour l'une ou l'autre des factions en présence[110].

La charte, fondement de notre Société

Cette section met en avant la charte de la Watch Tower Bible and Tract Society, document fondateur ayant permis à Russell de diriger l'œuvre de la moisson pendant trente-quatre ans. Selon la publication, plus de 50 000 personnes ont reçu la "vérité présente" durant cette période, et des milliers d'autres ont été guidées vers la lumière. La charte, validée par un juge associé de la Cour de common pleas de Pennsylvanie, est présentée comme un cadre juridique solide, confirmant la légalité de la Société et le droit de ses fondateurs à s'organiser pour diffuser les vérités bibliques[111].

La charte a été réaffirmée en 1896 lorsque Russell a demandé et obtenu le changement de nom de la Société, passant de Zion's Watch Tower Tract Society à sa dénomination actuelle. Depuis la mort de Russell, Rutherford conteste pour la première fois la légitimité de la gouvernance par un conseil d'administration à vie, affirmant que les lois de Pennsylvanie limitent le mandat des administrateurs à un an et exigent que trois d'entre eux résident dans cet État. Les auteurs du document rejettent ces affirmations, s'appuyant sur les conseils de leurs avocats pour affirmer que Rutherford n'a aucun fondement juridique pour ses revendications, et que les administrateurs qu'il a nommés illégalement n'ont aucun droit à leurs fonctions[112].

Le texte reproduit ensuite intégralement le texte de la charte, accompagné de notes explicatives. Les points clés incluent : - Le nom initial de la Société : Zion's Watch Tower Tract Society. - Son objectif : la diffusion des vérités bibliques par divers moyens, sous la direction de son conseil d'administration. - Son siège social à Allegheny, en Pennsylvanie. - Son existence perpétuelle. - L'absence de capital-actions, chaque don de dix dollars donnant droit à une part non cessible, non assujettie à des appels de fonds, et non productrice de dividendes, ainsi qu'à une voix lors des votes. - La gestion par un conseil d'administration composé de sept membres, élus à vie sauf révocation par un vote des deux tiers des actionnaires. Les vacances sont comblées par les administrateurs restants, ou à défaut par le président. - Le pouvoir du conseil d'administration d'adopter des règlements internes, sous réserve qu'ils ne contredisent pas la charte, la constitution de l'État ou celle des États-Unis. - La nomination annuelle d'un président, d'un vice-président et d'un secrétaire-trésorier, choisis parmi les administrateurs. - Les droits de la Société en matière de propriété, de poursuites judiciaires, et d'utilisation d'un sceau officiel[113].

La charte est suivie de l'acte de validation par le tribunal, daté du 13 décembre 1884, certifiant sa conformité aux lois de Pennsylvanie. Les administrateurs en place en 1917 sont également listés : Joseph F. Rutherford, A. N. Pierson, W. E. Van Amburgh, J. D. Wright, A. I. Ritchie, R. H. Hirsh, et Isaac F. Hoskins[114].

Modification du nom de la Société

Cette section reproduit intégralement les documents légaux relatifs à la modification du nom officiel de la Société Watch Tower. Elle présente d'abord un décret interlocutoire du tribunal de Pennsylvanie, daté du 24 août 1896, ordonnant la publication d'un avis concernant la demande de changement de nom de la Zion's Watch Tower Tract Society en Watch Tower Bible and Tract Society[115]. Le juge F. H. Collier, de la Cour de Common Pleas n°1 du comté d'Allegheny, signe ce décret, précisant que la publication doit se faire conformément aux dispositions légales en vigueur.

Le document inclut ensuite le décret final, daté du 19 septembre 1896, par lequel la Cour valide définitivement ce changement de nom. Ce décret stipule que, après publication de l'avis et en l'absence d'opposition, le nom de la Société est officiellement modifié. Le greffier J. O. Brown certifie l'enregistrement de ce décret le 15 décembre 1884, tandis que le changement de nom est enregistré le 22 septembre 1896 dans les archives du comté d'Allegheny[116].

La section reproduit également la pétition officielle déposée par la Société pour obtenir ce changement. Cette pétition, signée par Charles Taze Russell en tant que président et Maria F. Russell en tant que secrétaire, explique que la Société a été constituée le 13 décembre 1884 sous le nom de Zion's Watch Tower Tract Society. Elle précise que son objectif, tel que défini dans l'article 2 de ses statuts, est la diffusion des vérités bibliques par la publication de tracts, brochures et autres documents religieux, ainsi que par tout autre moyen légal jugé opportun par son conseil d'administration[117]. La pétition souligne que cet objectif relève des corporations de première classe, conformément à la loi de l'État de Pennsylvanie du 29 avril 1874. Elle demande que le nom de la Société soit modifié en Watch Tower Bible and Tract Society, une décision adoptée lors d'une assemblée générale de la Société.

Un affidavit, signé par Charles T. Russell et Maria F. Russell devant un notaire le 11 août 1896, atteste de l'authenticité de la pétition et de la validité des signatures apposées[118].

Enfin, la section inclut une déclaration de Charles Taze Russell, initialement publiée dans la brochure A Conspiracy Exposed and Harvest Siftings en avril 1894. Russell y explique les raisons de la création de la Société en 1881, lors de la distribution gratuite de 1,4 million d'exemplaires de la brochure Food for Thinking Christians. Il précise que la Société a été fondée par cinq fidèles et que ses affaires étaient entièrement sous sa responsabilité. En 1884, à la demande de ses soutiens, la Société a été légalement constituée pour garantir la continuité de son œuvre en cas de décès soudain de Russell. Celui-ci souligne que la charte de la Société, obtenue le 13 décembre 1884, avait pour unique but de faciliter la gestion des fonds et d'assurer la pérennité de la diffusion des vérités bibliques, sans imposer de credo ou de confession de foi[119].

Russell rappelle également que, jusqu'au 1er décembre 1893, lui-même et son épouse détenaient 3 705 des 6 383 actions votantes de la Société, leur permettant ainsi d'en contrôler la direction. Il insiste sur le fait que ce contrôle était pleinement assumé et que le rôle des administrateurs devait principalement s'exercer en cas de décès des Russell.

La section se termine par un avis pratique indiquant que, en raison du contrôle exercé par Russell et ses associés sur les listes d'abonnés et d'actionnaires, la diffusion de cette déclaration est limitée. Toutefois, la Société propose d'envoyer ce document à toute adresse fournie par les fidèles, dans la mesure où les fonds nécessaires sont disponibles. L'adresse postale indiquée est le P.O. Box 179 à Brooklyn, New York[120].


Copie de la lettre ouverte aux conventionnels de Boston

Cette section reproduit une lettre ouverte adressée aux participants de la convention de Boston, datée du 4 août 1917. Les signataires, parmi lesquels figurent A. N. Pierson, J. D. Wright, A. I. Ritchie, I. F. Hoskins et R. H. Hirsh, expriment leur consternation face à la diffusion d'un document intitulé « Brother Rutherford’s Harvest Siftings » lors de la convention. Ils dénoncent ce texte comme une source de « misreprésentation » et de « médisance », tout en affirmant leur refus de répondre par des attaques personnelles. Leur démarche s'inscrit dans une volonté de respecter les principes bibliques, citant notamment Romains 12:17 : « Ne rendez à personne le mal pour le mal »[121].

La lettre aborde ensuite le cas de Paul S. L. Johnson, présenté comme une victime de traitement injuste de la part de Joseph Franklin Rutherford. Les signataires soulignent que Johnson, ayant servi fidèlement pendant quatorze ans comme Pèlerin, a été condamné sans procès et diffamé. Ils insistent sur la nécessité de lui accorder une « pleine et juste opportunité de présenter sa cause »[122].

Un tableau comparatif oppose les positions de Rutherford à celles du Conseil d'administration sur trois points fondamentaux : 1. **Gouvernance de la Société** : Rutherford estime qu'un seul homme (lui-même) peut mieux gérer la Société que le Conseil d'administration, en contradiction avec la charte rédigée par Charles Taze Russell, qui prévoit une gestion collégiale par un Conseil de sept membres. 2. **Interprétation des résolutions** : Rutherford interprète les résolutions adoptées par les actionnaires le 6 janvier 1917 comme lui conférant un contrôle absolu sur les finances et les affaires de la Société. Le Conseil d'administration, soutenu par des avis juridiques, conteste cette interprétation et affirme que Rutherford est soumis à son autorité. 3. **Légitimité des directeurs** : Rutherford remet en cause l'élection de quatre directeurs, bien qu'il ait lui-même servi en tant que directeur élu selon les mêmes procédures. Il prétend nommer d'autres frères pour les remplacer, une décision jugée illégale par le Conseil[123].

Les signataires réaffirment leur attachement à la charte et au testament de Russell, ainsi qu'à la composition du Conseil d'administration tel que souhaité par ce dernier. Ils citent un extrait de la charte stipulant que les directeurs « doivent conserver leurs fonctions respectives à vie », sauf révocation par un vote des deux tiers des actionnaires[124].

La lettre évoque également les tensions autour de l'organisation Peoples Pulpit Association, créée comme une structure auxiliaire de la Société Watch Tower. Rutherford, qui en revendique la présidence à vie, cherche désormais à l'autonomiser, en contradiction avec les déclarations de Russell dans La Tour de Garde du 1er décembre 1915. Ce dernier y affirmait que la gestion globale relevait de la Société Watch Tower, tandis que la Peoples Pulpit Association se contentait d'exécuter ses directives. Les signataires dénoncent ce revirement et soulignent que Rutherford a ordonné à plusieurs directeurs, dont Wright, Ritchie, Hoskins et Hirsh, de quitter Béthel[125].

En conclusion, les auteurs expriment leur désir de rester fidèles à leur mission, en citant 1 Corinthiens 4:2 : « Il est requis des intendants qu’un homme soit trouvé fidèle ». Ils appellent à la sagesse et à l'humilité pour tous les acteurs de ce conflit, afin de se préparer à la venue du Royaume de Dieu[126].

La lettre se termine par une offre de diffusion gratuite de copies supplémentaires, tant que les fonds le permettent, en indiquant une adresse postale à Brooklyn[127].

« Ne crains pas ! »

Cette page présente une illustration graphique stylisée, accompagnée de la citation biblique « Ne crains pas ! » (« Fear Not! » en anglais). Le texte reproduit un extrait de Matthieu 28:20 : « Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde »[128]. L'illustration, bien que non disponible pour cette analyse, semble servir de message d'encouragement et de réconfort aux lecteurs, en lien avec les tensions internes évoquées dans les pages précédentes. Aucun développement doctrinal ou organisationnel n'est associé à cette section, qui se limite à une exhortation spirituelle.

Illustrations du numéro

Références

  1. Light After Darkness (1917), p. 15.
  2. « Watch Tower Society presidency dispute (1917) », Wikipédia anglophone, consulté en 2024.
  3. « Watch Tower Society presidency dispute (1917) », Wikipédia anglophone, consulté en 2024.
  4. Light After Darkness (1917), p. 5.
  5. Penton, 1997, p. 50, cité dans l'article Joseph Franklin Rutherford sur ce wiki.
  6. « Watch Tower Society presidency dispute (1917) », Wikipédia anglophone, consulté en 2024.
  7. Light After Darkness (1917), p. 5.
  8. Light After Darkness (1917), p. 21-22.
  9. « Watch Tower Society presidency dispute (1917) », Wikipédia anglophone, consulté en 2024.
  10. « Watch Tower Society presidency dispute (1917) », Wikipédia anglophone, consulté en 2024.
  11. Light After Darkness (1917), p. 18.
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